Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Guillaume Tirtiaux, Quatrieme épisode: Performance de groupe, leadership et followership.
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- 0:02Enquête d'accord,
- 0:04l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:08Bonjour les amis,
- 0:10et voici le quatrième volet de cette magnifique expérience auprès de Guillaume Tiersiot,
- 0:16au cœur de son livre « Mieux réussir ensemble » .
- 0:20Je lui demande dans cet épisode de nous éclairer au sujet des notions de leadership et followership.
- 0:28Il saura m'expliquer.
- 0:30Le brief et le débrief,
- 0:32ainsi que le feedback et d'autres sujets encore.
- 0:36Alors,
- 0:36rejoignez-nous !
- 0:38Est-ce que tu voudrais me parler de leadership,
- 0:44Guillaume ?
- 0:45Bien sûr !
- 0:46On a déjà un peu abordé ça d'ailleurs avec...
- 0:48On a démarré un petit peu.
- 0:50De la sécurité psychologique.
- 0:52Qu'est-ce qu'un bon leader ?
- 0:54Alors,
- 0:54un bon leader,
- 0:55c'est celui qui va faire en sorte que tout le monde...
- 1:00se sentent en sécurité au sein du groupe,
- 1:02de manière à ce qu'ils consacrent toute leur énergie à l'atteinte de l'objectif commun.
- 1:08Et donc,
- 1:09il va limiter tout ce qui peut polluer les interactions au sein du groupe,
- 1:17tout ce qui va inutilement consommer du temps et de l'énergie,
- 1:22et qui seront dans le chemin de la recherche de cet objectif commun.
- 1:26Que ce soit la sécurité du patient,
- 1:27la sécurité des passagers,
- 1:30la conduite d'un central nucléaire,
- 1:31la production,
- 1:32l'entreprise,
- 1:33etc.
- 1:34Et donc il y a toute une série de manières d'arriver à ça.
- 1:36La base c'est la sécurité psychologique que je viens d'évoquer,
- 1:39mais au-delà de ça il y a toute une série de comportements spécifiques et de pratiques spécifiques qu'un leader peut adopter pour justement asseoir son leadership.
- 1:47Alors du coup,
- 1:49naturellement,
- 1:49me vient...
- 1:52La question des différents types de leadership.
- 1:55Je pense qu'on est d'une génération qui a connu déjà une façon de procéder qui était un peu ancienne et qui a vu les choses s'améliorer,
- 2:03changer,
- 2:03se modifier.
- 2:05Et puis,
- 2:07avant,
- 2:08on avait des croyances qui disaient qu'un type de leadership donnait les meilleurs résultats.
- 2:14Maintenant,
- 2:14on en est revenu.
- 2:17Il y en a plusieurs.
- 2:18et ce que je comprends moi de ton livre c'est que
- 2:21Au final,
- 2:22ce qui compte c'est d'avoir un leadership qui soit flexible,
- 2:26qui soit situationnel,
- 2:28qu'il soit adapté à la situation,
- 2:30à l'environnement.
- 2:31Il y a des fois où on a besoin d'avoir un leadership qui est directif,
- 2:35mais qu'en situation d'urgence,
- 2:38ce n'est pas forcément celui-là,
- 2:39parce que comme on s'attend à ce que les intervenants puissent être adaptatifs,
- 2:46on a besoin qu'ils aient leur marge de manœuvre.
- 2:49Et là,
- 2:50ça ne sert à rien de leur dire ce qu'il faut faire,
- 2:52c'est à eux de trouver la solution.
- 2:54Parle-moi de tout ça.
- 2:55Donc des modèles de leadership,
- 2:56il y en a plusieurs centaines.
- 2:58Il y a énormément de littérature sur le leadership,
- 3:01il y a des centaines de milliers de livres qui existent sur le leadership.
- 3:06Et moi j'ai pris le pli d'en retenir deux spécifiques.
- 3:14On a d'abord effectivement un modèle en scie.
- 3:19six approches de leadership,
- 3:20qui propose six approches de leadership,
- 3:23qui a été développée par Daniel Goleman,
- 3:27quand on a parlé de l'intelligence émotionnelle.
- 3:29Et donc effectivement,
- 3:31pour lui,
- 3:32ces six styles de leadership,
- 3:34directif,
- 3:34visionnaire,
- 3:35affectif,
- 3:36collaboratif,
- 3:37affirmé et coach,
- 3:38ce sont des styles au travers desquels on navigue,
- 3:43en fonction de la situation qu'on rencontre,
- 3:45mais pour lesquels on a une affinité pour l'un ou l'autre.
- 3:49Et ce qui est intéressant,
- 3:51c'est qu'il y a eu des études qui ont montré que si la tendance dominante d'un leader était soit directif,
- 4:01soit affirmé,
- 4:03alors directif,
- 4:04c'est en gros,
- 4:05c'est faites ce que je vous dis,
- 4:06d'accord ?
- 4:07Affirmé,
- 4:07c'est je sais comment faire,
- 4:10faites comme moi.
- 4:11Regardez-moi,
- 4:12faites comme moi.
- 4:14Si on est trop dans un de ces deux styles-là en permanence,
- 4:17on a un impact.
- 4:19On a une corrélation négative avec la performance de l'équipe.
- 4:22Par contre,
- 4:23si on est capable d'emmener les gens,
- 4:25si on est capable de les impliquer en leur demandant ce qu'ils en pensent,
- 4:28en fonction du temps disponible,
- 4:29bien sûr,
- 4:30on parlera de leadership situationnel,
- 4:31comme tu l'as évoqué,
- 4:32mais si on est dans le coaching,
- 4:36en mentorant ses collègues pour qu'ils développent des compétences,
- 4:40chaque fois que ça le permet,
- 4:42ça va améliorer la performance globale de l'équipe.
- 4:45De ce que j'ai vu,
- 4:47il y a le premier style de leadership quand il y a un faible risque,
- 4:54c'est-à-dire quand on a le temps,
- 4:56tout ça,
- 4:56c'est ce que tu disais ?
- 4:57Alors ça,
- 4:58c'est le leadership situationnel.
- 4:59Donc effectivement,
- 5:01de ces six modèles de Goldman,
- 5:04on en garde plus que quatre,
- 5:05plus ou moins,
- 5:07et on va s'intéresser à deux variables.
- 5:10Donc le leadership situationnel initialement.
- 5:13Il a été développé par Hersey Blanchard,
- 5:16c'est un modèle qui est très connu.
- 5:18Et les deux variables qu'eux avaient gardées,
- 5:20c'est l'engagement des collaborateurs et leurs compétences.
- 5:24Et en fonction de...
- 5:26fort ou faible engagement et forte ou faible compétence,
- 5:30le leader va devoir endosser une forme de leadership pour amener le collaborateur à l'objectif qu'il souhaite.
- 5:39En aéronautique,
- 5:40on a opté pour un autre modèle de leadership situationnel.
- 5:43On s'est inspiré de Hersey Blanchard,
- 5:45mais on a retenu deux autres variables que sont le temps disponible et le risque associé à l'action en cours.
- 5:53et donc
- 5:54Là effectivement on va avoir un leader qui va endosser un différent style de leadership en fonction de si on a beaucoup de temps disponible ou pas,
- 6:03ou si le risque est élevé ou pas.
- 6:04Et typiquement un exemple c'est que si on a un risque qui est élevé avec un temps qui est faible,
- 6:10un temps disponible qui est réduit,
- 6:12et bien le leader va endosser ses responsabilités et il va diriger.
- 6:16C'est pas pour ça que les followers vont...
- 6:19suivre aveuglément,
- 6:21c'est-à-dire qu'à un moment donné,
- 6:22s'il y en a un qui se rend compte qu'il y a un ordre qui a été donné et qui va dégrader la situation,
- 6:28il va s'exprimer.
- 6:29Mais quand même,
- 6:30on est dans une situation qui va être essentiellement directive.
- 6:33Par contre,
- 6:34si on a un risque qui est faible et un temps disponible qui est élevé,
- 6:38à ce moment-là,
- 6:39le leader,
- 6:40pour donner un peu l'exemple inverse,
- 6:42il va coacher l'équipe en leur posant les bonnes questions pour que...
- 6:49eux arrivent à avoir le raisonnement opportun pour solutionner la situation.
- 6:54Par eux-mêmes ?
- 6:55Tout à fait.
- 6:56Donc en fait,
- 6:56quand on a un risque qui est élevé,
- 7:00on est focalisé plus sur la tâche,
- 7:03et quand on a un risque qui est faible,
- 7:04on est focalisé plus sur l'humain.
- 7:06D'accord.
- 7:07Donc compétition et performance,
- 7:14ça va toujours ensemble ?
- 7:17Alors compétition...
- 7:18dans la plupart des cas,
- 7:19va à l'opposé de la performance au sein d'une équipe.
- 7:23Donc à partir du moment où au sein de mon équipe je suis en compétition,
- 7:26la performance globale de l'équipe va être impactée négativement.
- 7:30Et même si,
- 7:32alors il y a un mot qu'on entend beaucoup,
- 7:34c'est important d'avoir une bonne collaboration.
- 7:37Dans une collaboration,
- 7:38il y a parfois de la compétition.
- 7:40Par contre,
- 7:41une coopération,
- 7:43je coopère,
- 7:44c'est-à-dire que je mets toutes mes compétences
- 7:47au service de l'objectif qu'on essaie d'atteindre ensemble,
- 7:50à ce moment-là,
- 7:51on a réellement une implication qui va améliorer la performance de l'équipe.
- 7:56Donc au fait,
- 7:56quand on est dans un domaine de travail qui fait tout pour mettre en compétition les uns par rapport aux autres,
- 8:04ce n'est pas forcément productif.
- 8:06Donc il faut plutôt apprendre aux gens à coopérer.
- 8:08C'est même fondamentalement anti-performance,
- 8:14non productif.
- 8:17Stephen Covey,
- 8:18que j'ai déjà évoqué,
- 8:19avait réalisé auprès d'un échantillon de 2 500 000 clients,
- 8:24plus ou moins,
- 8:25alors clients,
- 8:26sous-clients,
- 8:26etc.,
- 8:27il travaillait avec des agences,
- 8:29un questionnaire dans lequel il avait demandé la proportion de temps de travail que les personnes interrogées consacraient à des jeux politiques.
- 8:44Mais donc c'est essayer d'interférer dans un sens,
- 8:46dans un autre,
- 8:47auprès de quelqu'un,
- 8:48essayer de casser un collègue,
- 8:50essayer de passer devant lui,
- 8:51d'avoir un projet plus tôt que lui,
- 8:52etc.
- 8:53C'est 17%
- 8:53du temps.
- 8:5417%
- 8:55du temps.
- 8:55Et je ne te dis pas le niveau d'énergie auquel ça correspond,
- 9:00c'est bien supérieur à 17%.
- 9:02Mais tout ce gaspillage parce qu'il y a une forme de compétition.
- 9:06Alors que quand on a un leader qui parvient à donner une vision,
- 9:10qui emmène tout le monde,
- 9:11et qui donne à tout le monde l'envie d'atteindre cet objectif et donc de mettre à chacun,
- 9:17de mettre toutes ses forces dans la bataille entre guillemets pour coopérer de manière efficace,
- 9:23en faisant confiance à tout le monde parce qu'ils se sentent en sécurité au sein du groupe,
- 9:27à ce moment-là on a un réel niveau de performance qui est amélioré.
- 9:32J'ai envie que tu me dessines les traits de ce leader qu'on aimerait tous avoir ou être.
- 9:44Un jour ou l'autre,
- 9:45on lit toujours,
- 9:46il n'y a pas que les CIO qui sont leaders,
- 9:51on peut être leader de sa petite équipe,
- 9:53on peut être leader de sa famille,
- 9:55on peut être...
- 9:56Et on peut même être leader d'une situation,
- 9:58c'est-à-dire que dans le cadre du leadership situationnel,
- 10:00on peut se retrouver dans une situation où le responsable de l'équipe n'a pas les compétences,
- 10:06mais par contre...
- 10:07quelqu'un dans l'équipe a les compétences et il lui transfère le leadership.
- 10:10Et cette personne peut devenir la personne directive de la situation.
- 10:14Donc le leadership situationnel,
- 10:16c'est quelque chose qui pour certains est très difficile à appliquer parce que ils ont l'impression d'abandonner leur prérogative.
- 10:25Mais la contrepartie,
- 10:26c'est que le niveau de performance est...
- 10:29largement impacté.
- 10:30Ça me fait penser au fait qu'en parlant de sa petite équipe,
- 10:39la taille d'une entreprise où un leader a encore de l'effet et de l'impact et a les possibilités de diriger,
- 10:47il paraît qu'il y a un chiffre...
- 10:50Oui,
- 10:52on appelle ça le nombre de Dunbar,
- 10:53c'est le chercheur qui a proposé ça.
- 10:56c'est basé sur la taille des...
- 10:59groupes et des tribus au sein desquels on vivait il y a des dizaines de milliers d'années et c'est de l'ordre de 100 à 150 personnes.
- 11:08C'est-à-dire que dans une entreprise,
- 11:10tant qu'il y a 100 à 150 personnes,
- 11:12on peut avoir une personne qui est en charge de manager les choses.
- 11:15Au-delà,
- 11:15je ne dis pas que c'est comme ça que ça se fait,
- 11:17mais c'est une possibilité.
- 11:19Au-delà,
- 11:20on va devoir créer des strates intermédiaires pour qu'il y ait des chefs de service,
- 11:24etc.
- 11:28À ce moment-là,
- 11:29ce qui est important,
- 11:29c'est qu'à chaque échelon,
- 11:31il y ait cette capacité de mettre en place une forme de leadership situationnel.
- 11:34Oui,
- 11:34parce qu'au-delà de ce chiffre-là,
- 11:36le problème,
- 11:37c'est que la dernière personne qui est au bout du maillon puisse ne pas se reconnaître ni se sentir incluse dans le projet ou dans l'objectif.
- 11:47Tout à fait.
- 11:47C'est-à-dire,
- 11:48pour inclure tout le monde,
- 11:49il faut que ce soit à la taille de moins de 100 et au-delà,
- 11:54ça devient...
- 11:55Il faut passer le relais.
- 11:56Il faut passer le relais.
- 11:59Donc je te demandais de me décrire ce leader incroyable qu'on a tous envie d'être ou d'avoir.
- 12:07Donc d'abord il faut qu'il donne l'exemple.
- 12:09Donc je propose de les prendre dans l'ordre du livre.
- 12:12Vas-y,
- 12:13je t'en prie Guillaume.
- 12:14Déjà on l'a évoqué mais il faut que l'objectif soit clair.
- 12:17Il faut que tout le monde sache ce qu'on va faire.
- 12:19Moi je suis déjà intervenu dans des services dans lesquels on s'était rendu compte que le projet avait capoté.
- 12:26Parce qu'il y en a qui ne savaient pas ce qu'il fallait faire,
- 12:29parce qu'ils n'avaient pas compris l'objectif.
- 12:31Donc la première chose c'est qu'est-ce qu'on va faire ensemble ?
- 12:34La vision.
- 12:34La vision et puis même plus spécifiquement,
- 12:36dans le cadre de ce projet,
- 12:38qu'est-ce qu'on essaye d'atteindre comme objectif ?
- 12:40Et qu'on le partage,
- 12:41qu'on s'assure que tout le monde le comprenne.
- 12:42Ensuite,
- 12:44exemplarité,
- 12:44honnêteté,
- 12:45tu en parlais,
- 12:48on rejoint la sécurité psychologique,
- 12:50être capable pour un leader de dire j'ai besoin d'aide,
- 12:54j'ai fait une erreur,
- 12:55je ne sais pas.
- 12:56C'est extrêmement rare d'entendre un de nos responsables qui dit ça.
- 13:00Et pourtant,
- 13:00quand ils le font,
- 13:02on a envie d'être derrière eux pour les épauler.
- 13:06Et ceux qui le font témoignent de la force de la chose.
- 13:09Et puis l'exemplarité,
- 13:12l'apprentissage,
- 13:13il passe par deux grands principes,
- 13:17que ce soit chez l'homme ou chez les animaux,
- 13:19c'est le jeu et le mimétisme.
- 13:22Ici,
- 13:22si on est confronté à un leader...
- 13:25qui montre le mauvais exemple,
- 13:26mais on va avoir tendance à se comporter comme lui.
- 13:28Ou qui dit,
- 13:28qui prône des choses qu'il ne fait pas,
- 13:30genre que personne ne réponde au téléphone alors que lui...
- 13:33Que lui le fait.
- 13:34Il le fait,
- 13:35ça va pas.
- 13:35De toute façon,
- 13:36pour les enfants,
- 13:36c'est comme ça que ça marche.
- 13:37Exactement.
- 13:38Tu peux leur parler pendant des heures,
- 13:39si toi tu prends ton téléphone pendant que tu dînes,
- 13:43ça n'a aucun intérêt de leur dire de ne pas le faire.
- 13:45J'aime beaucoup cette citation de Peter Crone qui dit
- 13:48« Vos enfants seront très mauvais pour vous écouter,
- 13:51mais ils seront excellents pour devenir qui vous êtes. »
- 13:53Oui,
- 13:53c'est ça.
- 13:54Ils sont très contents de le renvoyer aussi.
- 13:57Bien sûr.
- 13:59Et alors,
- 14:00l'humilité et la vulnérabilité,
- 14:02tu en as parlé,
- 14:03c'est extrêmement important.
- 14:04Tout à fait,
- 14:04accepter sa faillibilité,
- 14:06mais sa propre faillibilité et la faillibilité des autres,
- 14:08c'est-à-dire autoriser les autres à faire des erreurs aussi.
- 14:11Ça,
- 14:11c'est une culture qui met un peu de temps à s'instaurer.
- 14:16C'est une culture qui met un certain temps,
- 14:18on en reparlera dans la dernière partie.
- 14:21Parce qu'on n'y a pas toujours été en aéronautique ?
- 14:24Où ça a été le cas ?
- 14:26Moi,
- 14:26je ne connais pas d'endroit où tu as le chef qui dit qu'il ne sait pas,
- 14:33qu'il montre ses limites et qu'il invite les gens à le faire.
- 14:38On a tendance tous à se sur...
- 14:41Bien sûr.
- 14:42On nous a appris à mieux nous présenter.
- 14:44Quand tu écris un CV,
- 14:46tu essayes de mettre en valeur.
- 14:48Tu montres la meilleure version de toi,
- 14:50quitte à la maquiller un peu,
- 14:51tout ça,
- 14:52on ne nous apprend pas du tout à montrer ses limites.
- 14:58Et ça nous amène dans de nombreuses situations à cacher nos erreurs.
- 15:06Et en aéronautique,
- 15:09tous les quatre ans,
- 15:10dans les grosses compagnies,
- 15:11il y a une campagne d'observation d'un certain nombre de vols,
- 15:16plusieurs centaines de vols.
- 15:17par des pilotes de la compagnie qui ont été formés spécifiquement pour déterminer quels sont les domaines de risque principaux du moment.
- 15:28On a déterminé au travers de ces observations que,
- 15:31par rapport aux procédures,
- 15:33aux référentiels tels qu'on est supposé l'appliquer,
- 15:35des pilotes réalisent en moyenne 8 erreurs par heure de vol.
- 15:41Mais la plupart de ces erreurs sont rattrapées grâce à la communication,
- 15:46grâce à la qualité du leadership,
- 15:48à la manière dont on interagit.
- 15:49Et il est fréquent dans un cockpit d'entendre « tiens,
- 15:51t'as oublié ça » .
- 15:53Et le collègue ne s'offusque pas en disant « ouais,
- 15:55j'allais le faire,
- 15:55de quoi tu te mêles,
- 15:56etc. »
- 15:57C'est « ah oui,
- 15:57merci » .
- 15:58Et ils corrigent.
- 16:00On se corrige mutuellement en permanence,
- 16:02parce qu'il est normal de commettre des erreurs.
- 16:05Maintenant qu'on a le super leader qui est là et qu'on est en équipe,
- 16:10du coup il y a des outils qui aident à la progression,
- 16:15qu'en aéronautique vous avez mis en place et qu'on aimerait tellement que ce soit la culture de toute entreprise et tout milieu professionnel.
- 16:26le briefing
- 16:28Et ce n'est pas juste un outil,
- 16:31ça prend une forme,
- 16:34ça a été instauré,
- 16:35ça a été organisé.
- 16:37Comment vous l'avez mis en place ?
- 16:39L'idée,
- 16:40c'est que ces outils dont on va parler rapidement,
- 16:42ce sont des outils qui permettent à une personne qui voudrait endosser un rôle de leader plutôt que juste être manager,
- 16:48chef,
- 16:48etc.
- 16:49Ça lui permet de montrer à l'équipe qu'il souhaite prendre soin d'eux.
- 16:55On en revient à cette notion de sécurité,
- 16:56il faut que tout le monde se sente en sécurité.
- 16:58Pour moi,
- 16:58le rôle d'un leader,
- 16:59c'est de prendre soin des gens.
- 17:00Et inclus dans la réalisation de l'objectif,
- 17:03le fait de briefer et d'inclure tout le monde ?
- 17:05Ah bien sûr,
- 17:05bien sûr,
- 17:06bien sûr.
- 17:06Et donc,
- 17:07l'idée du briefing,
- 17:08il est relativement simple.
- 17:10On veut s'assurer que tout le monde sache ce qu'on va faire,
- 17:12comment on va le faire,
- 17:13à quel moment,
- 17:14qui va faire quoi,
- 17:14comment.
- 17:16On va envisager les risques liés à ce qu'on envisage de faire et donc on va déterminer a priori un plan B.
- 17:24pour si jamais la situation dégénère.
- 17:27Et puis on va s'assurer que tout le monde est en état de réaliser la mission.
- 17:31Est-ce que moi je suis en état mentalement,
- 17:33psychologiquement,
- 17:36physiquement ?
- 17:37Est-ce que les autres le sont ?
- 17:39Et à ce moment-là,
- 17:40c'est bon,
- 17:41on s'est mis dans les meilleures dispositions pour réussir.
- 17:45Est-ce que vous le faites à chaque vol ?
- 17:47On fait ça avant chaque vol.
- 17:48Et même,
- 17:49on fait des briefings avant chaque phase de vol critique.
- 17:52C'est-à-dire qu'on fait un briefing...
- 17:54avant le décollage,
- 17:55avant le survol d'une zone inhospitalière dans laquelle il y a peu de terrain d'appui sur lesquels on pourrait atterrir en cas de problème,
- 18:03avant l'atterrissage.
- 18:04Et on fait aussi un briefing avec tout l'équipage en amont du vol,
- 18:07donc pilote et personnel de cabine.
- 18:10Moi,
- 18:10ça me scotche.
- 18:13J'essaye de faire le parallèle dans des domaines différents et ce n'est pas chronophage.
- 18:19Alors,
- 18:20ça peut sembler chronophage de prime abord.
- 18:23Bien sûr,
- 18:23la première fois qu'on fait un briefing,
- 18:25on patauge un peu,
- 18:26ça prend du temps,
- 18:28il faut le préparer,
- 18:28etc.
- 18:30Parce que sinon,
- 18:31ça semble brouillon et donc ça n'atteint pas son objectif.
- 18:33À force d'en faire,
- 18:35on développe des compétences,
- 18:36donc c'est de plus en plus fluide,
- 18:37ça prend de moins en moins de temps,
- 18:39on se focalise sur les éléments qui sont vraiment importants,
- 18:42et surtout,
- 18:44un briefing d'une minute va potentiellement nous permettre d'économiser ou de gagner des heures plus tard grâce au fait de...
- 18:52S'assurer que tout le monde est juste au courant de ce qu'on va faire.
- 18:54Un briefing va permettre de s'assurer qu'un projet ne va pas capoter juste parce qu'il y a des gens qui n'ont pas compris.
- 19:00Parce que moi le briefing je le vois au sport,
- 19:03je le vois dans une brigade de cuisine qui va démarrer un service,
- 19:07je vois ça chez les pompiers ou les militaires avant d'intervenir éventuellement même dans des situations semi-urgentes.
- 19:16Je ne vois pas comment il pourrait être pratiqué dans le quotidien dans des tâches qui sont récurrentes.
- 19:21je dis tâches mais qui sont des fonctions récurrentes,
- 19:26comment faire en sorte que les procédures restent fluides et que ça ne alourdisse pas la mécanique ?
- 19:34En fait ça ne l'alourdit pas,
- 19:36c'est plutôt l'inverse,
- 19:37parce que ça donne confiance à tout le monde sur le fait qu'on va y arriver ensemble.
- 19:42Plutôt que d'avoir certaines personnes qui disent « Oulala,
- 19:46je n'ai pas trop compris,
- 19:47je ne sais pas ce qu'il va faire,
- 19:49je n'ose pas poser de questions. »
- 19:51Et donc je subis ce qui se passe et je suis un boulet pour l'équipe.
- 19:56Est-ce que ça peut être fait par exemple juste après une checklist,
- 19:59avec une procédure qui soit facilitée et qui soit applicable,
- 20:05qui soit réalisée en fonction du domaine d'application ?
- 20:09Par exemple,
- 20:09chaque équipe peut utiliser un outil spécifique de briefing ?
- 20:13L'idée c'est de s'approprier ce qui convient le mieux.
- 20:15Moi je conseille toujours de créer une petite carte au début,
- 20:19s'appuyer sur la carte.
- 20:21avec les différents domaines,
- 20:23les différents sujets que je souhaite aborder.
- 20:25Et puis après,
- 20:26à force de pratiquer,
- 20:27on n'a plus besoin de la carte.
- 20:29En aviation civile,
- 20:30c'est le TEM,
- 20:31c'est ça ?
- 20:31Alors le TEM,
- 20:33c'est une manière d'analyser la situation en amont du briefing.
- 20:38C'est-à-dire que c'est Traité and Error Management,
- 20:40la gestion de la menace et de l'erreur.
- 20:42Donc on va évaluer dans la situation à laquelle on va être confronté,
- 20:46quelles sont les menaces présentes et comment on va y répondre.
- 20:50Pour les mitiguer,
- 20:51quelles sont les erreurs qu'on est susceptible de commettre,
- 20:54et comment on va faire en sorte d'essayer de ne pas les commettre,
- 20:56et comment on les récupérera si on en commet.
- 20:58Donc,
- 20:58quelque part,
- 20:59c'est le plan B qu'on va mettre en place avant chaque situation.
- 21:04C'est-à-dire avant chaque vol ?
- 21:06Avant chaque décollage,
- 21:07avant chaque atterrissage,
- 21:09avant chaque situation qu'il exige.
- 21:12Oh,
- 21:13d'accord.
- 21:14Une fois la mission finie,
- 21:16le débriefing ?
- 21:17Alors,
- 21:17le debriefing,
- 21:18c'est quelque chose qu'on systématise,
- 21:20c'est-à-dire qu'à chaque vol,
- 21:23on a des occasions,
- 21:24on a des opportunités d'apprendre,
- 21:26des opportunités d'apprendre des réussites,
- 21:28et des opportunités d'apprendre des loupés.
- 21:32Ok,
- 21:32les deux sont importants.
- 21:33Les deux sont importants,
- 21:34parce que l'idée,
- 21:34c'est les réussites,
- 21:36apprendre des réussites,
- 21:36ça nous permettra de ne plus réussir par hasard,
- 21:39ça nous permettra de dire,
- 21:40tiens,
- 21:40mais on a fait ça,
- 21:41ça marche,
- 21:41la prochaine fois,
- 21:42je me retrouve confronté à la même situation,
- 21:44je reproduis.
- 21:45Ce qui a fonctionné,
- 21:47et de la façon dont ça a fonctionné.
- 21:49Voilà,
- 21:49et par contre,
- 21:51là,
- 21:52ça c'était pas top,
- 21:53on aurait pu faire autrement,
- 21:54donc la prochaine fois,
- 21:55je ferais plutôt ça si je suis confronté à cette situation.
- 21:58Donc ça c'est quelque chose qu'on fait après chaque vol.
- 22:01En gros,
- 22:01on se pose la question,
- 22:01si c'était à refaire,
- 22:02est-ce qu'on referait la même chose ?
- 22:04De manière très ouverte.
- 22:07Par contre,
- 22:08si on a vécu un événement significatif,
- 22:09là on va convier tout l'équipage à un débriefing,
- 22:13qu'on appelle débriefing après événement.
- 22:15Et donc l'idée c'est aussi dans un but d'apprentissage mais au préalable on va s'assurer que tout le monde puisse exprimer son état émotionnel,
- 22:24tout le monde puisse vider son sac par rapport au stress qu'il a pu rencontrer dans cette situation.
- 22:29Et donc ça a une vertu de diffusing et une vertu d'apprentissage.
- 22:35Et l'objectif,
- 22:37on s'assure,
- 22:37donc on a un support spécifique pour ça,
- 22:40et on s'assure en fin de débriefing que
- 22:43Il est répondu aux besoins de chacun pour que personne ne reparte avec des inconforts,
- 22:48des incompréhensions,
- 22:49voire des frustrations qui pourraient les polluer sur des vols suivants.
- 22:55Un bon leader,
- 22:56c'est ce qu'on dit,
- 22:57c'est ce que j'entends dire le plus souvent,
- 23:00c'est quelqu'un qui sait s'entourer des bons collaborateurs.
- 23:04Oui,
- 23:05qui sait s'entourer des bons collaborateurs au sens où si j'ai besoin d'avoir des avis...
- 23:12Différents avis pour me faire une opinion et pour pouvoir construire une décision.
- 23:16Si tout le monde est a priori d'accord avec moi,
- 23:19ça ne met d'aucun sens,
- 23:22d'aucune utilité.
- 23:23Donc l'idée c'est de réussir à construire une équipe qui soit la plus complémentaire possible.
- 23:32Quand c'est possible ?
- 23:32Alors ce n'est pas toujours possible.
- 23:34En aviation ce n'est pas possible parce que les plannings ne sont pas construits de cette manière-là.
- 23:39Dans les soins de santé...
- 23:41C'est probablement difficile aussi,
- 23:43parce que vous avez des plannings qui sont en fonction de vos disponibilités,
- 23:47de vos spécialisations,
- 23:48etc.
- 23:50Mais quand c'est possible,
- 23:51c'est vraiment très utile.
- 23:52Ok.
- 23:53Donc c'est cet exemple d'un amiral de la marine que tu cites,
- 23:57qui dit que ceux qui sont assis autour de cette table et qui sont d'accord avec moi,
- 24:02aillent faire un tour.
- 24:04Je n'ai pas besoin d'eux ici.
- 24:05Voilà,
- 24:06ils ont mieux à faire en fait,
- 24:07parce que je n'ai pas besoin de leur avis,
- 24:08parce que je suis déjà de cet avis-là.
- 24:09J'ai besoin de ceux qui sont d'un avis différent pour pouvoir me faire une opinion.
- 24:12Il faut avoir une vision et de la sagesse pour sortir une phrase pareille.
- 24:19Et alors,
- 24:22un grand leader est un homme qui sait écouter,
- 24:26un homme ou une femme qui sait écouter.
- 24:29Alors effectivement,
- 24:30on a parlé d'écoute tout à l'heure dans le cas de la communication.
- 24:34imagine tu...
- 24:36mène un projet et puis tu rentres dans une réunion et tu as toute ton équipe qui est là et tu dis bon,
- 24:44on a ça comme problème j'ai imaginé ça comme solution,
- 24:47qu'est-ce que vous en pensez ?
- 24:48Il y a de fortes chances que ce soit ça qui soit adopté.
- 24:51Par contre,
- 24:52si tu rentres dans cette réunion et tu dis on a tel problème,
- 24:56j'aimerais entendre vos solutions.
- 24:59Tu écoutes tout le monde et à la fin,
- 25:00après t'être fait une opinion globale,
- 25:02tu proposes une solution.
- 25:04Là au moins,
- 25:04tu auras une solution qui a été construite sur de la matière grise,
- 25:08et pas simplement imposée,
- 25:12sans avoir l'impression de l'imposer.
- 25:14Mais imposée...
- 25:16inconsciemment.
- 25:17Très bien,
- 25:18très bien.
- 25:18Et puis,
- 25:19on reparle de l'ego,
- 25:22de l'ego qui est un sujet extrêmement intéressant et extrêmement impactant parce qu'un bon leader,
- 25:31c'est celui qui gère son ego et qui aide ses collaborateurs à gérer le leur.
- 25:40J'aime cette notion d'équilibrer son ego parce que l'ego,
- 25:44il est nécessaire.
- 25:45L'ego,
- 25:45c'est quand même lui.
- 25:46qui prend soin de nous.
- 25:48Oui.
- 25:48Quand on se sent menacé,
- 25:49etc.,
- 25:50c'est lui qui va intervenir,
- 25:51qui va nous protéger.
- 25:53Par contre,
- 25:56lorsqu'il est trop présent,
- 25:58lorsqu'on parle d'ego surdimensionné,
- 26:01il risque de nous mener vers des réactions qui ne sont pas appropriées dans la situation.
- 26:07Et donc l'idée,
- 26:08c'est pour le leader d'être capable d'avoir suffisamment de recul pour équilibrer son ego et détecter chez ses collaborateurs
- 26:15quand il y a des comportements qui sont guidés par l'ego,
- 26:17et les accompagner là-dedans,
- 26:18les coacher là-dedans.
- 26:20Est-ce que tu connais,
- 26:21toi,
- 26:21des endroits où on a essayé de travailler sur l'ego des uns et des autres,
- 26:30et sensibiliser les équipes à ce sujet ?
- 26:34Alors,
- 26:35c'est une thématique qui est compliquée,
- 26:39mais nous,
- 26:40chez Air France,
- 26:41on a,
- 26:42il y a quelques années,
- 26:44aborder l'ego au travers de certains cas d'incidents qui s'étaient produits.
- 26:56C'est une notion qui est très personnelle,
- 27:02très sensible,
- 27:03parfois mal comprise.
- 27:06On est nombreux à se sentir agressé quand on remet en cause notre ego.
- 27:10C'est ça,
- 27:10c'est beaucoup de susceptibilité.
- 27:12Exactement.
- 27:14Et donc l'idée c'est d'essayer,
- 27:16bon il y a les démarches individuelles,
- 27:18quand tu es persuadé que tu dois faire quelque chose,
- 27:21tu fais en sorte de le faire,
- 27:23mais pour essayer de toucher tout le monde,
- 27:24il y a des moyens détournés au travers de formations avec des événements spécifiques,
- 27:28de dire tiens mais qu'est-ce qui a pu pousser cet équipage à se comporter comme ça,
- 27:32amener sur l'ego et puis en discuter,
- 27:35voir un peu les conséquences que ça peut avoir,
- 27:37d'avoir un ego mal équilibré.
- 27:41Et alors j'en viens à une notion que j'ai découvert par ton livre,
- 27:48qui est extrêmement intéressante,
- 27:50qui est un pilier de l'apprentissage et de la progression d'équipe,
- 27:56qui est le feedback.
- 28:00Il y a un spécialiste en France qui s'appelle Stéphane Morieux.
- 28:04Il y avait,
- 28:04malheureusement il est décédé récemment.
- 28:06Ah,
- 28:06je ne savais pas.
- 28:07Oui,
- 28:09oui.
- 28:10ça fait...
- 28:11un peu plus d'un an.
- 28:12Donc j'ai eu la chance de le rencontrer parce qu'on l'a fait intervenir chez Air France dans le cadre de la préparation de nos formations.
- 28:18Il faut faire la distinction entre le débriefing et le feedback.
- 28:20Le débriefing,
- 28:22c'est vraiment à la suite d'une mission.
- 28:25On s'était fixé un objectif,
- 28:26on avait fait un briefing et donc on va débriefer pour voir comment ça s'est passé.
- 28:30Est-ce qu'on a atteint l'objectif ?
- 28:30Est-ce qu'on aurait pu faire certaines choses différemment ?
- 28:32Qu'est-ce qu'on a bien fait ?
- 28:33Etc.
- 28:33Le feedback,
- 28:34c'est vraiment quelque chose qu'on peut proposer à ses collègues à n'importe quel moment,
- 28:38quel que soit le niveau hiérarchique.
- 28:40Donc proposer ça à son chef ou proposer ça à un subalterne pour,
- 28:45comme tu le disais,
- 28:47permettre un apprentissage continu au sein de l'organisation.
- 28:50Et Stéphane Morieux disait,
- 28:52le feedback c'est un cadeau que l'on fait à l'autre pour l'aider à grandir et à réaliser son potentiel.
- 28:57Et donc il propose un feedback en deux parties,
- 29:02feedback correctif et feedback positif.
- 29:05Ou positif et correctif,
- 29:06la plupart du temps c'est d'abord le positif et puis le correctif.
- 29:09Il n'y a pas de feedback négatif,
- 29:10ça n'existe pas.
- 29:11Il n'y a pas de sandwich,
- 29:12de truc où ça c'était bien,
- 29:14et puis en fait ça t'aurais pu mieux faire,
- 29:15mais quand même c'était bien.
- 29:17Ici c'est vraiment proposer quelque chose de positif,
- 29:21parce que parfois il y a des trucs qu'on fait super bien,
- 29:23mais dont on n'a pas conscience,
- 29:24et peut-être du coup un jour on va décider de faire autrement.
- 29:27Et donc là c'est faire en sorte que la personne prenne conscience que ça quand tu fais ça c'est vraiment bien,
- 29:32garde-le.
- 29:34Et si en plus tu fais ça...
- 29:38ça ce sera encore mieux parce que tu atteindras tel résultat.
- 29:40Et donc,
- 29:41ce qui est important c'est de mentionner le résultat.
- 29:45Parce que si on dit juste à quelqu'un « oui ça c'était bien »
- 29:48Ok,
- 29:49mais ça c'était bien parce que ça t'a permis d'atteindre tel résultat,
- 29:51c'est beaucoup plus ancré dans la mémoire.
- 29:55Il y a aussi cette notion de futur,
- 29:57c'est-à-dire plutôt projeter l'action dans le futur et ne pas revenir ce qui s'est passé.
- 30:03Le passé c'est le passé,
- 30:04par contre si on devait le reproduire,
- 30:05qu'est-ce qu'on fera différemment ?
- 30:06Et donc la manière de formuler,
- 30:11de structurer le feedback,
- 30:12il propose le star,
- 30:14situation,
- 30:15action,
- 30:15résultat.
- 30:16dans telle situation.
- 30:18Tu as fait ça et tu as obtenu tel résultat.
- 30:22Et dans cette situation similaire,
- 30:25si tu fais ça,
- 30:25tu obtiendras tel résultat.
- 30:27Encore meilleur potentiellement.
- 30:29Et la petite notion suivante qu'on va aborder,
- 30:32c'est une notion qu'on aborde très très peu.
- 30:35On connaît tous le leadership,
- 30:37mais on parle très peu du followership.
- 30:40Et c'est une notion fondamentale parce qu'un leader a besoin de followers.
- 30:45Il n'a pas juste besoin...
- 30:47de collègues et encore moins de subordonnés,
- 30:50parce qu'il a besoin de personnes qui sont dans une démarche active pour le soutenir dans l'atteinte de l'objectif commun.
- 31:00Et si on évoque les différences fondamentales entre un subordonné et un follower,
- 31:06on a un aspect motivationnel au travers duquel le follower va être beaucoup plus proactif dans le fait d'aider
- 31:16de contribuer à ce que le groupe atteigne l'objectif recherché.
- 31:20On va avoir également une recherche de bénéfices communs du côté du follower,
- 31:28alors que le subordonné pourra facilement être dans une recherche de bénéfices personnels.
- 31:34On a des attitudes qui sont différentes en termes d'enthousiasme et de motivation,
- 31:40avec davantage de coopération,
- 31:42de comportement coopératif chez le follower.
- 31:45Et puis on a les besoins qui vont être différents,
- 31:51donc les besoins qui vont conduire au comportement vont être différents.
- 31:54Généralement chez le subordonné,
- 31:57c'est moins un aspect global qui va le motiver,
- 32:03tandis que chez le follower,
- 32:04ça va être réellement l'envie de faire en sorte que l'équipe aboutisse aux résultats recherchés.
- 32:12C'est très intéressant de faire...
- 32:15De mettre la lumière sur ça,
- 32:17le follower,
- 32:20s'il a toutes ses qualités,
- 32:23est un leader en devenir au final.
- 32:26Alors la plupart des compétences requises pour être un bon follower sont les mêmes que celles qu'on a évoquées pour être un bon leader.
- 32:34L'exemplarité,
- 32:36l'honnêteté,
- 32:36le fait de reconnaître ses erreurs,
- 32:38le fait de faire confiance,
- 32:40etc.
- 32:42Oser dire.
- 32:44Et effectivement,
- 32:45il y a des situations dans lesquelles le follower deviendra,
- 32:50de par la situation,
- 32:51leadership situationnel,
- 32:52le leader pour résoudre le problème auquel l'équipe est confrontée.
- 32:57C'est ça,
- 32:57c'est-à-dire celui qui a juste l'habitude de suivre et d'attendre quand on lui dit ce qu'il faut faire,
- 33:01ne saura pas prendre l'initiative et va attendre tranquillement l'injonction en fait.
- 33:07Tout à fait.
- 33:08Là,
- 33:09tu as parlé d'oser dire et oser exprimer.
- 33:13Quelles sont les implications concrètes ?
- 33:15Est-ce que tu as des exemples à nous donner ?
- 33:17Quelque chose de marquant pour vraiment schématiser le fait d'oser s'exprimer,
- 33:24de naître en accord ?
- 33:27Alors oui,
- 33:27je peux en proposer deux.
- 33:29Le premier,
- 33:29je l'ai déjà partagé,
- 33:30c'était l'accident de Ténérife en 1977,
- 33:33où au moment du décollage dans le brouillard,
- 33:35alors que le commandant de bord avait entamé le décollage,
- 33:38le mécanicien navigant lui a posé la question « mais est-ce que l'autre avion a dégagé la piste ? »
- 33:42Le commandant de bord lui a demandé
- 33:44« C'est quoi la question ?
- 33:46Est-ce que l'autre avion a déjà dégagé la piste ? »
- 33:48Et la réponse du commandant de bord,
- 33:49ça a été
- 33:50« Mais oui ! »
- 33:53« Lâche-moi avec tes questions,
- 33:55on est en train de décoller. »
- 33:57Et malheureusement,
- 33:59le mécanicien navigant,
- 34:00à ce moment-là,
- 34:01a abandonné.
- 34:03Alors qu'il savait très bien qu'il allait au casse-pipe.
- 34:06Donc ça,
- 34:10c'est un exemple dans lequel...
- 34:12Il y a eu une forme d'osédire initialement au travers du questionnement,
- 34:17mais il y a eu abandon face à la réaction du commandant de bord.
- 34:22Un autre exemple plus récent,
- 34:23c'est l'exemple de l'explosion de la navette Challenger en 1986,
- 34:31où les ingénieurs qui avaient un gros doute sur la capacité des joints de booster à assurer leur rôle,
- 34:37étant donné les faibles températures qui régnaient le jour du lancement,
- 34:42n'ont pas réussi à faire entendre raison aux politiques,
- 34:47à leurs supérieurs et aux politiques,
- 34:49et ça a mené au drame.
- 34:52qui a coûté la vie à plusieurs astronautes.
- 34:55Donc au fait,
- 34:56ils avaient l'information,
- 35:01mais la probabilité était extrêmement faible,
- 35:06mais ils n'ont quand même pas exprimé leur inquiétude ou leur interrogation pour aller vérifier cet objet-là.
- 35:14Ils n'ont pas réussi à se faire entendre,
- 35:18pourtant ils ont mis pas mal de...
- 35:21de moyens.
- 35:23Et là on retrouve un peu aussi cette notion où l'ego ne sert plus l'objectif commun.
- 35:31C'est-à-dire que le fait que ce lancement ait lieu était crucial à la fois pour les responsables de la NASA et pour le politique.
- 35:44Et donc il y avait d'énormes pressions pour ne pas écouter les lanceurs d'alerte par rapport à des doutes.
- 35:50C'était des hypothèses qu'ils formulaient.
- 35:55Et donc effectivement,
- 35:56statistiquement,
- 35:57c'était peu probable,
- 35:58mais on était dans une situation où,
- 36:01normalement,
- 36:01si le doute sert la sécurité,
- 36:07il aurait fallu que le lancement soit reporté.
- 36:10Ok,
- 36:11donc je comprends un petit peu ce que c'est que le follower.
- 36:13Maintenant,
- 36:14il y a un leader,
- 36:15mais il y a plusieurs followers.
- 36:17Oui,
- 36:18généralement,
- 36:18oui.
- 36:19C'est ça.
- 36:20Alors,
- 36:20comment ils s'articulent ?
- 36:22Quelle est la façon de procéder entre ces différentes personnes ?
- 36:27Pour que ça fonctionne,
- 36:28évidemment.
- 36:29Pardon ?
- 36:29Pour que ça fonctionne,
- 36:30pour que la performance soit au rendez-vous.
- 36:33Ça va dépendre du secteur d'activité dans lequel on est.
- 36:38On a des équipes dans lesquelles chacun a un rôle bien défini.
- 36:43Donc si les rôles sont définis,
- 36:44ce rôle va avoir un impact sur la manière dont l'équipe va s'organiser.
- 36:48Ce qu'on observe,
- 36:49c'est que même si on confie à deux personnes qui ont à priori les mêmes compétences,
- 36:55qui ont dans une structure le même niveau hiérarchique,
- 37:00si on leur confie la réalisation d'un projet,
- 37:02travailler sur une prise de décision,
- 37:05il va y avoir une forme de leadership qui va s'instaurer naturellement de la part d'une des deux personnes.
- 37:12S'il y a trois personnes,
- 37:12ce sera la même chose.
- 37:15Et plus on augmente...
- 37:17Si on augmente au-delà d'un certain nombre,
- 37:21ça peut devenir problématique.
- 37:22Mais dans une équipe dans laquelle les rôles ne sont pas assignés,
- 37:25une petite équipe,
- 37:26naturellement il va y avoir une forme de leadership qui va s'instaurer.
- 37:29Et donc,
- 37:30par le fait des choses,
- 37:31les autres vont devenir followers dans la situation.
- 37:35Et ce leadership peut être un leadership tournant.
- 37:36Il se peut qu'à un moment donné,
- 37:38parce qu'il y a une baisse d'énergie ou parce qu'il y a une compétence qui est mieux maîtrisée par l'un ou l'autre,
- 37:44ce leadership soit transféré.
- 37:46Alors comment on fait en sorte que ça tourne,
- 37:50que les gens connaissent leurs limites et que ce ne soit pas toujours le même qui la ramène et qui prend la lead et le monopole au fait ?
- 37:57Parce qu'il y a forcément des personnalités qui ont cette appétence-là.
- 38:04Si les rôles sont définis,
- 38:05c'est simple.
- 38:07Par contre,
- 38:07ce qui est fait dans des entreprises dans lesquelles les rôles ne sont pas définis,
- 38:10et je pense notamment à une fonderie en Picardie dans les années...
- 38:14En 1990,
- 38:15la fonderie Favi,
- 38:17qui était dirigée par Jean-François Zobrist,
- 38:20lui avait mis en place une forme de leadership tournant dans l'atelier.
- 38:23C'est-à-dire que tous les six mois,
- 38:25un ouvrier était chargé de prendre le leadership d'une équipe chargée de la production d'un type de pièce.
- 38:31Et six mois plus tard,
- 38:33il y avait élection d'un nouveau leader pour les six mois à venir.
- 38:38De manière à éviter de tomber dans ces travers et de toujours avoir les mêmes personnes qui...
- 38:45endossent ce rôle et qui peuvent à un moment donné profiter du fait d'y être en permanence.
- 38:51Et surtout d'empêcher d'autres qui auraient des choses intéressantes à dire de les dire.
- 38:55Aussi.
- 38:57L'autorité de groupe ?
- 38:58L'autorité de groupe,
- 38:59c'est...
- 39:01On peut se retrouver dans des situations dans lesquelles une personne extrêmement douée dans son métier prend des libertés de...
- 39:12déroger à certaines procédures par facilité,
- 39:14par bénéfice personnel de rapidité.
- 39:18Et c'est très difficile de faire revenir ces gens à l'intérieur des limites prévues par le référentiel parce qu'elles ne voient pas le problème.
- 39:27C'est facile pour elles,
- 39:28elles ont souvent fait comme ça et ça s'est toujours bien passé.
- 39:32À partir du moment où on a une ou deux autres personnes,
- 39:36au moins deux personnes je dirais,
- 39:39qui ramènent cette personne à
- 39:42qui demande à cette personne de revenir faire les choses comme il faut,
- 39:46donc de revenir à l'intérieur des limites prévues,
- 39:50généralement c'est accepté.
- 39:52Donc on fait appel à la pression du nombre pour faire entendre raison à un collègue qui a tendance à ne pas respecter les règles.
- 40:04Est-ce que dans le cotin on peut trouver...
- 40:07trouver des façons d'approfondir et d'acquérir ou de consolider ces compétences-là,
- 40:14que ce soit en leadership ou en followership.
- 40:16Est-ce que toi,
- 40:17on te sollicite par exemple pour consolider ces deux notions,
- 40:25surtout la deuxième d'ailleurs,
- 40:26parce que des leaders qui demandent du coaching,
- 40:29il y en a beaucoup,
- 40:30est-ce qu'il y en a qui les proposent pour leurs collaborateurs ?
- 40:34pour...
- 40:34mieux faire articuler les gens entre eux pour améliorer l'intelligence émotionnelle collective ?
- 40:42Alors,
- 40:43à ma connaissance,
- 40:44il y en a peu.
- 40:45Effectivement,
- 40:45il y a moins de coachings qui sont proposés spontanément à des followers qu'à des leaders,
- 40:52donc à des membres des équipes plutôt qu'aux responsables des équipes.
- 40:57Mais dans tous les cas...
- 41:02Les premiers sujets sur lesquels il faut travailler,
- 41:04c'est la connaissance de soi.
- 41:05C'est-à-dire que pour réussir à développer et à démontrer de manière efficace ses compétences,
- 41:13il va falloir apprendre à se connaître,
- 41:16il va falloir apprendre comment on fonctionne,
- 41:19système 1,
- 41:19système 2,
- 41:20système 3,
- 41:21apprendre à développer son système 3,
- 41:24apprendre à développer ses compétences émotionnelles.
- 41:28Et une fois qu'on a développé ça chez soi,
- 41:29on est en capacité de comprendre comment les autres fonctionnent et à partir de là,
- 41:33on a la capacité de devenir un bon leader.
- 41:35Un immense merci à Guillaume pour ces chapitres passionnants et poursuivant,
- 41:41si vous le voulez bien,
- 41:43cette aventure par la charge de travail et les interruptions de tâches.
- 41:49Si ce podcast vous nourrit autant qu'il le fait pour moi,
- 41:52pensez à le suivre et à en parler autour de vous.
- 41:56En attendant...
- 41:57Je vous espère en excellente forme et je vous dis à très vite.