Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / La responsabilité des applications de rencontres dans nos difficultés relationnelles: Anissa Ali et l'ethique du lien.
Transcript
- 0:05En quête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:14Je vous présente aujourd'hui
- 0:17Anissa Ali,
- 0:19psychothérapeute et fine exploratrice des liens familiaux et relationnels.
- 0:27Depuis qu'elle a placé les applications de rencontres sous la loupe grossissante de son livre
- 0:34« Dating, la grande illusion » ,
- 0:37elle interroge les promesses de l'amour à l'ère numérique et met en garde contre l'émergence de relations toujours plus consuméristes.
- 0:48Dans cet épisode,
- 0:49je recueille son indignation,
- 0:52mais aussi les propositions qu'elle formule pour faire émerger une nouvelle éthique du lien.
- 1:01Excellente écoute !
- 1:08Bonjour Anissa Ali,
- 1:09bonjour Imane,
- 1:11quel plaisir de te retrouver cet après-midi à Paris pour discuter de choses et d'autres,
- 1:17c'est un vrai plaisir.
- 1:18Merci d'être venue jusqu'à Enquête d'accord ?
- 1:21Merci,
- 1:21c'est un plaisir intensément partagé.
- 1:24Exactement.
- 1:25Alors on a déjà papoté,
- 1:27on a déjà échangé sur un certain nombre de choses,
- 1:30mais ce qui nous intéresse est le message et le sujet d'échange aujourd'hui.
- 1:38C'est un livre que j'ai lu une fois,
- 1:41deux fois,
- 1:42que j'ai raturé,
- 1:43que j'ai annoté,
- 1:44que j'ai coloré dans tous les sens.
- 1:46Un honneur.
- 1:47À qui j'ai fait honneur.
- 1:48Donc,
- 1:49qui s'appelle « Dating,
- 1:50la grande illusion » .
- 1:52Et il y a un sous-titre que je vais dire.
- 1:56Sortir de la spirale des rencontres superficielles et créer de vraies relations.
- 2:01Tout un programme.
- 2:03Alors,
- 2:04pour commencer,
- 2:05je vais essayer de te présenter.
- 2:08Si tu as envie de compléter ça,
- 2:09tu as vraiment la possibilité de le faire dès que j'aurai terminé.
- 2:13Ce que j'ai retenu de ton travail,
- 2:15c'est que tu étais psychothérapeute conjugale et familiale et que tu utilises pas mal d'outils.
- 2:22La thérapie brève,
- 2:24les thérapies comportementales et cognitives peut-être.
- 2:28Il y a un peu de PNL aussi.
- 2:30Tu pratiques dans le sud de la France.
- 2:32Tu peux me dire où exactement ?
- 2:34À Toulon et en visio.
- 2:37Donc,
- 2:37il y a des personnes qui peuvent te contacter de partout en dehors de Toulon.
- 2:42Voilà,
- 2:43ton travail,
- 2:44il porte sur les dynamiques familiales,
- 2:47relationnelles et surtout dans le couple.
- 2:50Autrice de ce livre-là,
- 2:54pour moi,
- 2:55tu es une fille profondément engagée.
- 2:57C'est ce que je retiens et ce que je garde de la fin de ton livre.
- 3:04S'il y a deux mots que je retiendrai,
- 3:07peut-être c'est l'éthique et le lien.
- 3:10J'associe chez toi l'éthique du lien.
- 3:12C'est vraiment le sentiment qu'on a quand on lit ton livre et quand on le termine.
- 3:19Pour moi,
- 3:19tu es une exploratrice passionnée.
- 3:22Je te vois comme ça.
- 3:23Je t'ai entendu beaucoup avant de te lire.
- 3:25Et quand on suit attentivement tes messages,
- 3:28c'est ça.
- 3:29Tu explores encore et encore.
- 3:31tu fais...
- 3:32Tu refais,
- 3:33tu dissèques tout ce qui est en rapport avec les liens conjugaux,
- 3:37les liens de couple,
- 3:39l'amour.
- 3:39La famille,
- 3:40les amis,
- 3:42toute notre vie sociale.
- 3:42Les amitiés aussi.
- 3:43Exactement.
- 3:45Voilà.
- 3:46Et donc,
- 3:47il y a un angle spécifique qui te concerne et sur lequel tu te penches comme une petite fée.
- 3:54Ce sont les applications de rencontre.
- 3:56Parce que l'avenue des applications de rencontre n'est pas quelque chose de neutre.
- 4:02profondément imprimé nos relations,
- 4:05nos interactions sociales et notre façon de considérer les relations amoureuses.
- 4:10Et donc,
- 4:10s'il y a un sujet sur lequel,
- 4:12pour l'instant,
- 4:12tu as écrit,
- 4:13je suis sûre qu'il y en aura d'autres,
- 4:15c'est plutôt celui-là.
- 4:16Et donc,
- 4:17il y a une phrase centrale,
- 4:19c'est
- 4:20« nous avons industrialisé la rencontre,
- 4:23le problème,
- 4:23c'est qu'on a désorganisé le lien » .
- 4:25C'est comme ça que je pourrais résumer un petit peu ton message.
- 4:31En général,
- 4:33j'ai envie de dire à Nyssa,
- 4:36on aspire tous à l'amour,
- 4:38on a tous besoin de reconnaissance,
- 4:41on a besoin d'interactions solides,
- 4:43on a besoin d'être porté par les autres et de se voir dans le regard des autres.
- 4:49On a l'impression quand même qu'on vit une époque où les besoins sont très différents d'une personne à l'autre.
- 4:56Je n'ai pas toujours l'impression de reconnaître mes besoins dans les besoins des autres,
- 5:00en fonction des générations.
- 5:01Est-ce que tu peux me dire,
- 5:03dans ta pratique,
- 5:04dans ton expérience,
- 5:07dans ton regard que tu portes sur la société,
- 5:09parce que tu as un regard bien aiguisé et bien observateur,
- 5:14comment tu vois actuellement ?
- 5:16les relations interhumaines et les relations amoureuses.
- 5:20Il me semble,
- 5:21on le voit tous,
- 5:22qu'on le sent tous,
- 5:23qu'on le subit tous parfois,
- 5:25un véritable changement de paradigme dans la manière de rentrer en lien,
- 5:30dans la manière d'être présent à l'autre,
- 5:32d'être présent aux autres,
- 5:33dans la manière de se soucier de soi et de l'autre,
- 5:38et une évolution...
- 5:41de la culture,
- 5:42une évolution des outils mis à notre disposition,
- 5:45une évolution aussi de la temporalité et du rapport,
- 5:47autant qu'on a une altération de certains comportements.
- 5:58Tu parlais tout à l'heure des applications de rencontre,
- 6:02un élément du système qui a profondément transformé notre manière de faire lien à travers une logique de tri,
- 6:09une logique de catalogue.
- 6:11synthétise et très grossièrement,
- 6:14qui nous a amenés à amoindrir certaines de nos compétences relationnelles.
- 6:19On va le voir plus en détail tout à l'heure.
- 6:21Mais il y a un fait nouveau parce qu'il y a eu une accélération de tout un tas de choses ces dix dernières années,
- 6:29ces vingt dernières années,
- 6:30avec l'arrivée du digital dans nos vies,
- 6:32qui a ouvert tout un pan,
- 6:35panel de liberté,
- 6:36mais qui a,
- 6:37à l'inverse,
- 6:38également atrophié.
- 6:41tout un tas de dispositions intérieures,
- 6:43comportementales,
- 6:44réflexes,
- 6:44etc.
- 6:45Et qui a,
- 6:46en quelque sorte,
- 6:48supprimé certaines libertés.
- 6:50On ira dans le détail aussi tout à l'heure.
- 6:53La question que je me pose,
- 6:54c'est,
- 6:54est-ce qu'on a toujours les mêmes besoins de couple ?
- 6:57Est-ce qu'on a envie encore d'être en couple ?
- 7:00Quel est le modèle actuel ?
- 7:03En fonction des générations aussi,
- 7:04parce que j'imagine qu'il y a des différences.
- 7:06Les gens qui viennent te consulter,
- 7:07qu'est-ce qu'ils te disent ?
- 7:09Le modèle est...
- 7:10complètement éclaté aujourd'hui.
- 7:13Il y a une vérité que moi je considère comme une vérité à l'aune de ce que j'observe en consultation et dans ma vie sociale et dans ce que j'écoute et de mon regard sur le monde,
- 7:25c'est que le besoin,
- 7:27l'envie,
- 7:28le désir d'être en lien reste quelque chose de fondamentalement structurant dans la vie des humains.
- 7:35On a toujours envie d'être en relation.
- 7:36Non,
- 7:36mais ça me rassure.
- 7:37À mon sens.
- 7:38En tout cas,
- 7:38de ce que j'observe de ma petite lorgnette.
- 7:40C'est ça.
- 7:41En tout cas,
- 7:41les gens qui viennent te voir,
- 7:43ils sont tous à la recherche et dans l'attente de relations amoureuses comme dans le temps,
- 7:48comme nos parents.
- 7:50En fait...
- 7:50On rêve d'amour,
- 7:51rassure-moi.
- 7:51On rêve d'amour.
- 7:52On a toujours besoin de liens.
- 7:54Les besoins humains,
- 7:56primitifs,
- 7:57qui sont les nôtres,
- 7:59drive et draine toujours nos comportements.
- 8:03les formes.
- 8:04Les outils ont changé.
- 8:08Du coup,
- 8:09j'ai sorti mon calepin de sociologue.
- 8:14J'ai quelques chiffres que je vais sélectionner pour pouvoir te faire peut-être un état des lieux,
- 8:19peut-être un peu plus concret,
- 8:20chiffré,
- 8:21de ce qui se passe aujourd'hui.
- 8:23Alors,
- 8:24aujourd'hui,
- 8:25le couple reste une norme,
- 8:27quelque chose de voulu,
- 8:29pour certains,
- 8:30certaines,
- 8:31un idéal même de vie.
- 8:34un idéal social,
- 8:35un absolu.
- 8:37Mais on va voir que dans les chiffres,
- 8:39ça s'articule de manière assez intéressante.
- 8:41Bon,
- 8:42je vais ressortir peut-être ce qu'on connaît déjà.
- 8:45Un mariage sur deux,
- 8:46aujourd'hui en France,
- 8:47se termine par un divorce dans les cinq premières années du mariage.
- 8:51Dans 75%
- 8:53des cas du divorce,
- 8:54c'est la femme qui l'entame.
- 8:56L'âge moyen aujourd'hui pour se marier,
- 8:58côté femme,
- 8:5936 ans.
- 9:00Côté homme,
- 9:0139 ans.
- 9:02Ça a retardé.
- 9:03par rapport aux années 70,
- 9:05où les âges étaient de 26 pour les femmes et de 29 pour les hommes.
- 9:09Donc en gros,
- 9:10depuis 1960,
- 9:12on sait aujourd'hui qu'il y a un taux de mariage qui a été divisé par deux.
- 9:15On se marie moins.
- 9:16On se marie moins,
- 9:17deux fois moins en tout cas que dans les années 60.
- 9:19Et il faut savoir qu'en France aussi,
- 9:22on est le pays d'Europe où l'on se marie le moins.
- 9:26Qu'est-ce qu'on trouve aussi dans ce panorama ?
- 9:28Les unions libres.
- 9:30Les unions libres ont augmenté.
- 9:32Et du coup ?
- 9:33Beaucoup de liens que le sociologue Sigmund Boman,
- 9:37en début année 2000,
- 9:39avait décrits de liens liquides,
- 9:41donc des liens plus friables,
- 9:42des liens plus volatiles,
- 9:44etc.
- 9:45Et bien ces liens-là,
- 9:46ces unions libres…
- 9:47On constate dans les chiffres dix fois plus de ruptures que dans les couples classiques.
- 9:51Donc,
- 9:51en gros,
- 9:52dans les unions libres,
- 9:53on a tout ce qui est paxe et ce genre de choses-là.
- 9:57Et donc,
- 9:57ce que ça vient nous dire aussi,
- 9:58typiquement,
- 9:59là,
- 9:59c'est que plus le lien devient liquide,
- 10:04juridiquement et symboliquement,
- 10:05et plus il devient fragile statistiquement.
- 10:08Et ça,
- 10:08c'est intéressant.
- 10:09Et on va parler du célibat,
- 10:11évidemment.
- 10:12Oui,
- 10:12est-ce qu'il y a plus de célibataires ?
- 10:14Alors ?
- 10:14aujourd'hui de ce que nous divrent les chiffres,
- 10:17l'INSEE et tout un tas de données croisées,
- 10:19c'est que 41%
- 10:21des adultes sont juridiquement célibataires aujourd'hui.
- 10:2443%
- 10:25de la population est mariée,
- 10:26donc au passage on est presque dans un...
- 10:28C'est quasiment à l'égalité ?
- 10:30Presque à l'égalité.
- 10:316%
- 10:32en 1962 vivaient seuls.
- 10:35Voilà.
- 10:35Ah oui,
- 10:36donc il y a nettement plus de célibats.
- 10:38Nettement plus de célibats.
- 10:39On se marie moins.
- 10:41Ouais.
- 10:41Et le célibat...
- 10:43beaucoup plus de formes aujourd'hui.
- 10:44Ça,
- 10:44c'est très intéressant de le noter.
- 10:46Le célibat,
- 10:47aujourd'hui,
- 10:47regroupe différentes définitions.
- 10:50Il y a le célibat choisi,
- 10:53le célibat de liberté ou de reconstruction,
- 10:56par exemple.
- 10:57Le célibat défensif,
- 10:58quand on est déçu,
- 10:59quand on a été blessé,
- 11:01quand on pense que les relations sont trop médiocres et qu'on ne s'y retrouve pas dans le nouveau marché de l'amour.
- 11:07Le célibat traumatique aussi.
- 11:09Le célibat d'hyper-exigence.
- 11:11qui peut être aussi une des conséquences de l'hyper-individualisation,
- 11:15l'usage des applications et d'une culture de l'option et du toujours plus.
- 11:19Et il y a le célibat structurel,
- 11:20évidemment.
- 11:22En gros,
- 11:23tout ça pour dire qu'aujourd'hui,
- 11:25il existe beaucoup plus de cadres.
- 11:28La liberté individuelle,
- 11:29la révolution sexuelle,
- 11:32la culture,
- 11:33nous permet aujourd'hui de choisir le cadre,
- 11:35les cadres dans lesquels on veut aimer.
- 11:37Pour autant,
- 11:38est-ce que ça veut dire que les gens...
- 11:41savent encore comment s'y dissoudre,
- 11:45s'y organiser.
- 11:46Je pense qu'on est dans cette étape de l'humanité où il y a un entre-deux.
- 11:51Parce qu'aujourd'hui,
- 11:53force est de constater qu'on est quand même dans une culture,
- 11:57on baigne quand même dans une culture où on a cette sensation d'hyper-choix.
- 12:02On a cette sensation pour beaucoup d'instabilité affective,
- 12:06chez beaucoup de gens que je reçois.
- 12:08On est dans une époque...
- 12:10je vais généraliser,
- 12:12où la comparaison permanente et le besoin de validation et la mise en concurrence d'autrui est légion.
- 12:19Et on est aussi dans un marché,
- 12:23dans une époque,
- 12:23dans une culture,
- 12:25où beaucoup de comportements d'incivilité et de civilité ne sont pas encore complètement réglés.
- 12:34on va peut-être en parler,
- 12:35mais du coup,
- 12:36les incivilités auxquelles je fais référence par rapport...
- 12:40Dans le livre,
- 12:40c'est toutes ces micro-violences comportementales qu'on trouve dans le dating,
- 12:45qu'on peut trouver au quotidien,
- 12:46même au travail,
- 12:47en fait,
- 12:47dans différents pans de notre vie sociale.
- 12:51Et voilà,
- 12:51pour l'état des lieux du couple,
- 12:52si je puis dire.
- 12:53Alors,
- 12:55est-ce que je peux résumer en disant qu'au fait,
- 12:58il y a plus de célibataires ?
- 13:00Beaucoup par choix,
- 13:01parce que c'est devenu une façon de vivre.
- 13:04Tout à fait.
- 13:05Est-ce que pour...
- 13:06Autant,
- 13:06il y a moins de gens qui rêvent d'amour et d'être en relation amoureuse.
- 13:12Excellente question.
- 13:13La question,
- 13:14c'est que juridiquement,
- 13:15c'est une chose.
- 13:16De façon organisationnelle,
- 13:18c'est une chose.
- 13:19Mais le besoin fondamental de l'être humain d'être en lien et d'être en relation,
- 13:25est-ce que celui-là,
- 13:27il est toujours présent avec des difficultés qu'on va citer,
- 13:32qui vont l'empêcher de se réaliser dans cette relation ?
- 13:36De ma petite fenêtre,
- 13:37oui,
- 13:38le couple reste un idéal,
- 13:40un absolu,
- 13:41toutes générations confondues.
- 13:43Le couple reste,
- 13:44à mon sens,
- 13:45clairement une norme structurante,
- 13:46et ça je l'observe à travers les chiffres et ma pratique,
- 13:49ça reste un désir profond,
- 13:51fort,
- 13:51juste,
- 13:52si je puis dire,
- 13:53sa forme a muté,
- 13:55explosé.
- 13:56donc les mariages plus tardifs,
- 13:58les célibats,
- 13:58comme pour certains nouveaux modèles de relations,
- 14:01c'est peut-être dit de manière un peu inadéquate ou maladroite.
- 14:05Plus d'union libre,
- 14:06donc,
- 14:07l'émergence de célibat aussi,
- 14:09de personnes qui sont en couple mais qui vivent chacun chez eux.
- 14:11C'est ce que j'allais te dire.
- 14:12Au fait,
- 14:12c'est du célibat,
- 14:13mais qui ne renonce pas à la relation.
- 14:15C'est-à-dire,
- 14:16je tiens à ma vie tout seule,
- 14:18mais ça ne m'empêche pas d'être en interaction avec des relations amoureuses,
- 14:21mais qui ne désorganisent pas mon noyau et ma façon de vivre,
- 14:26au fait.
- 14:27C'est ça ?
- 14:27Tout à fait.
- 14:29Et on a effectivement quand même des séparations plus fréquentes,
- 14:32mais ça,
- 14:33on pourra venir parler de...
- 14:35de ce que ça vient nous dire et qu'est-ce que veulent dire ces symptômes.
- 14:39Mais on est véritablement dans une époque de remise en question du couple.
- 14:44Et du coup,
- 14:45c'est multiplication des nouvelles formes du couple.
- 14:47Donc l'amour,
- 14:48c'est effectivement désinstitutionnalisé.
- 14:50Il y avait une norme avant,
- 14:52on se reproduisait,
- 14:54on faisait famille,
- 14:55basta cosi,
- 14:56jusqu'à ce que l'amant nous sépare.
- 14:58Et aujourd'hui,
- 14:59effectivement,
- 14:59le célibat devient une forme de nouvelle norme,
- 15:04quelque chose de plus moderne,
- 15:05avec différentes règles,
- 15:06différentes formes,
- 15:07différentes cartes,
- 15:09et n'est plus vécu comme un échec.
- 15:12Ah oui,
- 15:12non,
- 15:13c'est même un objectif.
- 15:14C'est même revendiqué.
- 15:15C'est même revendiqué.
- 15:17Lorraine Bastide a écrit un livre là-dessus.
- 15:20enfin seule sur le célibat revendiqué des femmes.
- 15:23Très,
- 15:23très intéressant.
- 15:25Ok.
- 15:27Reste quand même l'injonction un petit peu subtile dans plein de domaines,
- 15:33notamment celui,
- 15:35par exemple,
- 15:35de la maternité.
- 15:36Oui,
- 15:36on peut revendiquer son célibat,
- 15:38mais attention,
- 15:39il y a l'horloge biologique.
- 15:40Il faut quand même avoir un enfant avant 40 ans ou avant 35 ans.
- 15:44Il y a quand même des petites injonctions qui sont restées culturellement imprégnées et qui viennent d'une époque.
- 15:50J'ai l'impression qu'on est dans une génération qui essaye de s'affranchir,
- 15:54mais qui n'est pas encore complètement affranchie.
- 15:56Il y a des choses qui tiraillent.
- 15:58C'est ce que je vois.
- 15:59Pour moi,
- 16:00grosse période de transition.
- 16:02On a fait une bascule,
- 16:04à mon sens,
- 16:05assez rapide à l'échelle de l'humanité,
- 16:09de ce qu'étaient les anciens modèles,
- 16:11les anciens cadres,
- 16:11parfois enfermants,
- 16:12parfois violents,
- 16:13parfois véritablement limitants,
- 16:15enfermants.
- 16:16Et on est passé à un ultra-libéralisme.
- 16:19dans nos pensées,
- 16:20dans nos usages.
- 16:21Et toutes ces choses-là n'ont pas eu le temps de maturer.
- 16:25Un code culturel n'a pas eu le temps aussi de s'installer,
- 16:28d'être nommé,
- 16:30pas beaucoup de repères non plus.
- 16:32Aujourd'hui,
- 16:32quand on regarde,
- 16:34les repères que l'on peut avoir sont archi nombreux,
- 16:38archi individualisés,
- 16:39via le téléphone sur lequel on passe,
- 16:42quand on est raisonnable,
- 16:43un peu plus de deux heures par jour.
- 16:45Mais bon.
- 16:45La moyenne est quand même très,
- 16:47très élevée.
- 16:48Et puis,
- 16:49pas que chez les jeunes générations.
- 16:51Toutes générations confondues.
- 16:53Et du coup,
- 16:55je me pose la question,
- 16:56si on interagit moins,
- 16:59la sexualité par rapport aux générations d'avant.
- 17:03Avant,
- 17:03il y avait la liberté sexuelle.
- 17:05Maintenant,
- 17:07je ne sais plus,
- 17:08ces nouvelles générations,
- 17:09si on parle de la génération Z,
- 17:11par exemple,
- 17:13il y a moins de sexualité.
- 17:14Sexualisation de la société partout,
- 17:16mais sexe quasiment nulle part.
- 17:18Gros paradoxe de l'époque.
- 17:21Je ne saurais expliquer en détail,
- 17:23je pense que beaucoup de gens le feraient bien mieux que moi,
- 17:27ce paradoxe.
- 17:28Mais par contre,
- 17:28ce qu'on peut constater,
- 17:29c'est qu'on est sur une génération qui a subi de plein fouet l'arrivée des applications,
- 17:36justement,
- 17:36de rencontres.
- 17:37Donc l'accès rapide,
- 17:38facile,
- 17:39instantané à la chair humaine,
- 17:41à la rencontre.
- 17:43sans avoir à passer par la case création de lien,
- 17:46compétence relationnelle,
- 17:48séduction,
- 17:49densité du lien,
- 17:51surprise,
- 17:51émerveillement,
- 17:52être véritablement touché par l'autre.
- 17:54Cette génération-là a été plongée dans des usages frénétiques,
- 17:59addictifs,
- 18:00qui ne leur ont pas véritablement permis de toucher ce qu'est véritablement la rencontre d'Ama Ham.
- 18:10Donc le fait d'être touché,
- 18:11émerveillé.
- 18:13dans le temps,
- 18:13dans un tricotage sur le temps long.
- 18:17Et du coup,
- 18:17il me semble que ça,
- 18:18c'est un facteur,
- 18:20un des nombreux facteurs explicatifs de ce retrait,
- 18:24ou en tout cas,
- 18:25de cette inhibition de la vie sexuelle.
- 18:26Ensuite,
- 18:27il y a effectivement des facteurs sociologiques qu'il est important de ne pas balayer.
- 18:32L'arrivée plus tard dans le monde du travail,
- 18:34pour beaucoup,
- 18:34ils vivent encore très longtemps chez leurs parents,
- 18:37parfois au-delà de 30 ans,
- 18:38ce qu'on appelait les tanguis à notre époque.
- 18:40Aujourd'hui,
- 18:41ce terme n'existe même plus.
- 18:42C'est limite devenu une norme.
- 18:45Donc en gros,
- 18:47une situation géopolitique,
- 18:49économique,
- 18:50qui ne favorise pas l'autonomie financière de nombre de jeunes.
- 18:56Donc quand on n'a pas un chez soi,
- 18:57quand on n'a pas son autonomie,
- 18:59peut-être que ça a probablement aussi un impact sur,
- 19:02je vais le dire très schématiquement,
- 19:04l'entrée dans la vie sexuelle,
- 19:06dans le développement d'une vie sexuelle.
- 19:08Donc ça,
- 19:09c'est l'état des lieux.
- 19:12Et si on allait disséquer,
- 19:17le sujet qui est,
- 19:18qu'est-ce qu'elles ont fait ces applis,
- 19:20mon Dieu ?
- 19:22Depuis quand elles sont là,
- 19:23les applis ?
- 19:24Un peu plus de dix ans.
- 19:26Un peu plus de dix ans.
- 19:27Aujourd'hui,
- 19:27on avait les sites de rencontres à la base,
- 19:30sur les internets,
- 19:31sur nos écrans,
- 19:32en plein milieu du salon,
- 19:33etc.
- 19:34Pour les gens qui avaient à l'époque beaucoup de difficultés,
- 19:37des timidités.
- 19:39des boulots qui ne leur permettaient pas de tricoter de liens sociaux,
- 19:45des personnalités peut-être légèrement marginales.
- 19:48Et puis,
- 19:49c'était un usage caché.
- 19:51Oui,
- 19:51on ne le disait pas.
- 19:52C'était limite honteux.
- 19:53Mais arrivé sur le marché
- 19:57Tinder, qui a complètement rendu hyper cool le swipe,
- 20:05le fameux,
- 20:06le catalogue de profils.
- 20:07Adopte un mec,
- 20:08à l'époque aussi,
- 20:09a été un des précurseurs de ce super marché de la rencontre avec du coup un concept hyper explicite.
- 20:15Adopte le logo avec le chariot,
- 20:17etc.
- 20:19Et du coup,
- 20:20Ces applications sont venues toucher les plus jeunes pour ensuite toucher les usages de toutes les générations.
- 20:30Et du coup a rendu ce fameux swipe,
- 20:32cette culture de la comparaison permanente,
- 20:35du tri permanent,
- 20:37la norme,
- 20:38la nouvelle norme.
- 20:39Et donc ça fait un peu plus de dix ans qu'on est baigné dans ces usages,
- 20:42dans ces outils frénétiques qui dérèglent,
- 20:46qui ont déréglé et qui continuent de dérégler.
- 20:48tout un tas de choses dans notre manière de faire lien,
- 20:50dans notre manière de nous regarder,
- 20:53dans notre manière de nous projeter,
- 20:56dans notre manière de nous morfondre.
- 20:58Ils ont établi tout un langage et un code de la rencontre.
- 21:02Ils ont effectivement créé une nouvelle nomenclature.
- 21:05Ils ont contribué à développer une nouvelle nomenclature des relations.
- 21:09Tous les sélicouples,
- 21:11les précouples,
- 21:13en fait,
- 21:14en même pas dix ans,
- 21:15Toute la sémantique que je nomme dans le livre,
- 21:17que je ne saurais même plus renommer aujourd'hui.
- 21:19Je peux t'aider.
- 21:21J'ai noté des trucs que j'ai lus pour la première fois et je ne savais pas ce que c'était.
- 21:26Il y en a un tas.
- 21:28C'est souvent de l'anglicisme.
- 21:31Mais c'est ça.
- 21:32C'est-à-dire qu'au fait,
- 21:33c'est le jugement rapide.
- 21:34C'est la difficulté de décision.
- 21:36C'est la comparaison.
- 21:37C'est le tri.
- 21:38C'est le catalogue.
- 21:39on est tombé dans une logique de...
- 21:44effectivement de chosification de l'autre.
- 21:47Un défilement,
- 21:48un avatar,
- 21:49un profil optimisé,
- 21:51des filtres,
- 21:52une petite histoire qu'on raconte sur soi.
- 21:54On est dans de l'optimisation.
- 21:56Des photos de vacances aussi.
- 21:57Des photos de vacances,
- 21:58des photos retouchées.
- 22:00On est dans une optimisation de soi permanente.
- 22:03Et ce défilement permanent,
- 22:06en fait,
- 22:07associé à une logique de flux,
- 22:09fait que nous devenons du contenu.
- 22:12Comme si le cerveau n'arrivait plus à différencier les flux de vidéos,
- 22:15de photos qu'il voit sur Instagram,
- 22:17sur un site de e-commerce,
- 22:18etc.
- 22:19Cette même logique est appliquée,
- 22:21du coup,
- 22:22à nos vies amoureuses,
- 22:23grâce ou à cause de ces applications.
- 22:26Et cette dynamique de tri a quelque peu atrophié notre dynamique,
- 22:33notre capacité à entrer en lien.
- 22:36Et c'est ce qui est profondément problématique aujourd'hui.
- 22:41Tu décris beaucoup de choses.
- 22:42Alors,
- 22:43les nouveaux codes.
- 22:44Quand tu parles des nouveaux codes,
- 22:46tu as parlé de la difficulté décisionnelle,
- 22:49l'intolérance à la frustration,
- 22:51c'est-à-dire dès que quelque chose ne convient pas,
- 22:53vite poubelle.
- 22:55On n'attend pas,
- 22:56on ne rectifie pas,
- 22:57on ne vérifie pas.
- 22:58L'intolérance à la frustration est un des symptômes de la modernité,
- 23:03mais j'ai envie de dire que,
- 23:05je vais peut-être les dédouaner pour une fois,
- 23:07Ce n'est pas forcément les applications de rencontres qui ont créé et développé ce biais chez nous.
- 23:13Justement,
- 23:13le sociologue Sigmund Boman,
- 23:16début des années 2000,
- 23:17avait parlé de la liquidité des liens qui émanait de l'hyper-individualisation de la culture du moi,
- 23:26de la culture de la consommation,
- 23:28etc.
- 23:29Et du coup,
- 23:30il avait déjà décrit ce phénomène au début des années 2000.
- 23:32Donc déjà,
- 23:33on observait à cette époque-là une liqueur.
- 23:36liquidification,
- 23:38très très mal dit,
- 23:39des liens qui impliquent un désengagement facile.
- 23:43Dès qu'il y a de la friction ou de l'altérité,
- 23:45on va passer à autre chose.
- 23:47Et au nom de la liberté de choix,
- 23:50au nom du libre-arbitre ou du libre-échange,
- 23:54du coup,
- 23:54dès qu'une relation,
- 23:56dès qu'un lien implique de gérer de l'altérité,
- 24:00on se dérobe,
- 24:01on se carapate.
- 24:02Ça,
- 24:02ça existait effectivement,
- 24:03mais les applications sont venus.
- 24:06appuyer,
- 24:07développer,
- 24:08exacerber ce défaut-là,
- 24:11tout comme un tas d'autres défauts.
- 24:12Effectivement,
- 24:13la faible résistance ou gestion de la frustration est une conséquence de l'immédiateté,
- 24:22l'instantanéité à laquelle nous avons été habitués dans tous les usages digitaux qui sont les nôtres aujourd'hui.
- 24:27Livraison à la demande,
- 24:29Amazon qui nous livre dès le lendemain,
- 24:31Uber Eats qui arrive dès 20 minutes.
- 24:33Un site de e-commerce,
- 24:33on repère une paire de chaussures,
- 24:35etc.
- 24:36On l'achète en deux,
- 24:36deux,
- 24:36c'est plié.
- 24:37Vinted,
- 24:37bim,
- 24:38bam,
- 24:38boum,
- 24:38photo,
- 24:38c'est vendu,
- 24:39bam.
- 24:40En fait,
- 24:40on s'est habitué à un rythme toujours plus rapide,
- 24:44à une accélération du temps.
- 24:46voire même un état d'urgence permanent que nous avons imprégné et qui se manifeste aujourd'hui dans le cadre de nos relations,
- 24:53encore plus dans le cadre de la séduction et encore plus quand on est habitué,
- 24:57pédagogisé à cette dynamique de tri permanent,
- 25:00de comparaison permanente qui est devenue en fait une disposition intérieure.
- 25:04Quand ça ne coche pas tous les critères,
- 25:06ça dégage.
- 25:07C'est le système de récompense ça au fait ?
- 25:09Le système de récompense,
- 25:11comme les machines à sous,
- 25:13effectivement.
- 25:14Tu mets un jeton,
- 25:15il faut que tu aies le truc qui sort.
- 25:18C'est exactement sur ce modèle que sont construites les applications de rencontre.
- 25:23L'intermittence,
- 25:24la gratification aléatoire,
- 25:27des fameux likes,
- 25:28des fameux matchs,
- 25:28etc.
- 25:29Et c'est ce qui nous fait revenir,
- 25:31ce qui nous rend accro.
- 25:33Et ce qui nous rend accro peut causer différentes défaillances.
- 25:38Est-ce que ça marche ?
- 25:40Alors,
- 25:41grande question.
- 25:42Est-ce qu'on peut le quantifier ?
- 25:44Parce qu'au fait,
- 25:45comment on peut savoir si au final,
- 25:47parce qu'on est d'accord que beaucoup de couples quand même se sont formés grâce aux applis de rencontre,
- 25:52il y en a qui ont réussi quand même à avoir de la chance dans ce milieu de fous et de rencontrer…
- 26:00J'en fais partie.
- 26:01Ah,
- 26:01ça fait plaisir.
- 26:03J'en fais partie.
- 26:03Ça donne de l'espoir.
- 26:04Mais il faut rester quand même lucide sur ce qu'elles apportent comme…
- 26:11comment elles imprègnent nos relations et l'influence qu'elles ont sur nous.
- 26:15Tout à fait.
- 26:16Pour répondre à ta première question,
- 26:18est-ce que ça marche ?
- 26:19Alors pour moi,
- 26:20c'est une industrie qui est basée sur l'économie de la frustration.
- 26:23Leur KPI,
- 26:26en gros leurs indicateurs de succès et de performance en français,
- 26:30ce sont la rétention,
- 26:34le temps passé,
- 26:37et les retours du coup.
- 26:39compulsifs sur l'application.
- 26:41Leurs KPIs,
- 26:42ce ne sont pas le nombre de couples,
- 26:44le bonheur apporté.
- 26:46On ne sait pas.
- 26:47Ils ne communiquent pas là-dessus.
- 26:49Alors non,
- 26:49par contre,
- 26:50en revanche,
- 26:52on sait que leur économie est basée sur les abonnements et sur la publicité.
- 26:58Si vous êtes heureux,
- 26:59si vous rentrez en couple,
- 27:00si vous êtes épanoui dans votre vie,
- 27:01les gens ne reviennent pas sur ces applications.
- 27:04Donc,
- 27:04ils n'ont pas d'argent.
- 27:05Donc,
- 27:05leur système s'effondre.
- 27:06Donc,
- 27:07j'ai envie de dire que leur système est...
- 27:09très lucratif,
- 27:10il fonctionne encore,
- 27:12mais il y a un véritable déclin.
- 27:14Un déclin économique chez les grands groupes,
- 27:17chez Match Group,
- 27:17qui a Tinder,
- 27:19Inge,
- 27:19Mythique,
- 27:20neuf semestres consécutifs de baisse des abonnements,
- 27:24de baisse des utilisations.
- 27:25On n'y croit plus ?
- 27:26Dating fatigue.
- 27:29Et la première génération à manifester,
- 27:33à revendiquer cette dating fatigue,
- 27:34ce sont les plus jeunes,
- 27:35la génération Z.
- 27:36Il y a des chiffres.
- 27:38Mythique et Ipsos,
- 27:38justement,
- 27:39ont sorti début 2026 une étude,
- 27:42une grande étude,
- 27:44sur les usages des applis de rencontre,
- 27:45quelque peu orientée évidemment,
- 27:47mais avec quand même quelques données intéressantes et à prendre avec des pincettes.
- 27:51D'accord ?
- 27:52Ok.
- 27:52Aujourd'hui,
- 27:5361%
- 27:54des utilisateurs des applications de rencontre ressentent une dating fatigue.
- 27:58Ok.
- 27:58Moi,
- 27:59j'aurais envie de dire qu'on peut rajouter 20%
- 28:01de plus.
- 28:03Quand je vois les centaines et centaines de personnes que j'ai en...
- 28:07cabinet et ce que je vois sur les réseaux,
- 28:09ce que j'entends dans la vie sociale,
- 28:10etc.
- 28:10Bon,
- 28:11ça fait pas de ce que je vis,
- 28:12de ce que je vois une vérité absolue,
- 28:14mais on se sait.
- 28:16On a
- 28:1767% des célibataires qui se disent être toujours plus et beaucoup plus exigeants dans leur rapport amoureux.
- 28:27Plus exigeants ?
- 28:28Avant,
- 28:29après l'utilisation des applications de rencontres.
- 28:31Mais exigeants sur quel...
- 28:32Est-ce que c'est précisé ?
- 28:34Non.
- 28:35C'est un chiffre global qu'on peut interpréter,
- 28:37du coup,
- 28:37allons-y gaiement,
- 28:39dans des applications qui fonctionnent sur de la logique critériste.
- 28:45Célibataire,
- 28:46sportif,
- 28:47blond,
- 28:48fêtard,
- 28:49oiseau de nuit,
- 28:50je bois des tisanes,
- 28:51j'adore la raclette,
- 28:52je fais de la moto,
- 28:55je fais de la pole dance.
- 28:58le défilement permanent qui mène à,
- 29:02en fait,
- 29:02ce...
- 29:04ce que les sociologues ont appelé le paradoxe du choix,
- 29:06à une moindre satisfaction et au besoin de toujours plus.
- 29:12Et quand on est dans le toujours plus,
- 29:14on est dans une disposition où on se dit « je vais peut-être rater quelque chose » .
- 29:17Ça porte un nom ce truc-là.
- 29:19Le FOBO,
- 29:20le Fear of Better Option,
- 29:21la peur de rater une meilleure opportunité.
- 29:24On est là-dedans.
- 29:25Donc on continue à swiper,
- 29:27on continue à espérer plus,
- 29:28on continue à vouloir plus,
- 29:30à exiger plus,
- 29:31en se disant
- 29:32Ma quête est infinie,
- 29:33je trouverai toujours quelqu'un de mieux finalement,
- 29:36mais au final...
- 29:37comme quelques personnes que j'accompagne et que je vois dans mon entourage,
- 29:40quatre,
- 29:40cinq ans après l'usage des applications,
- 29:42toujours dans les mêmes schémas,
- 29:44toujours dans les mêmes difficultés,
- 29:45et dans un profond désespoir et dans une profonde remise en question existentielle de pourquoi ça ne fonctionne pas sur moi.
- 29:51Parce qu'ils ont dessiné un schéma précis dans leur tête avec des critères qu'ils ont pré-sélectionnés,
- 29:57comme ils ont rempli le...
- 29:58Le configurateur de voiture.
- 30:00Exactement.
- 30:01Et au fait,
- 30:02ils l'attendent,
- 30:02ce truc-là.
- 30:04C'est-à-dire qu'on n'est pas ouvert à ce qui se présente.
- 30:06On a déjà dessiné un avatar et on attend qu'il arrive.
- 30:10C'est exactement de cela dont il choisit,
- 30:13dont il s'agit.
- 30:14En fait,
- 30:15cette illusion d'hyper choix amoureux mène les gens vers une quête de toujours plus,
- 30:22complètement démesurée,
- 30:24décorrélée,
- 30:25hors sol,
- 30:26comparée à la manière dont les rencontres se créent,
- 30:31les vraies rencontres.
- 30:33La vraie disposition à la rencontre,
- 30:35déjà,
- 30:35c'est hors critères.
- 30:37C'est hors marché.
- 30:38C'est hors comparaison.
- 30:40C'est hors concurrence permanente.
- 30:42Mais Anissa,
- 30:42il y avait toujours des critères.
- 30:44Regarde les agences matrimoniales.
- 30:45Quand tu vois les familles,
- 30:46quand elles s'arrangeaient entre elles,
- 30:47elles ne vont pas prendre n'importe qui,
- 30:49ni être ouvertes à toute famille,
- 30:53autre famille.
- 30:54Il y a des critères de sélection qui font que...
- 30:57Tu ne te mets pas avec n'importe qui.
- 30:59Donc,
- 31:00qu'est-ce qu'il y a à changer ?
- 31:01Le problème,
- 31:02c'est l'industrialisation.
- 31:03C'est d'avoir appliqué des processus de masse,
- 31:07des processus industriels à nos vies émotionnelles.
- 31:11Ce fameux tri,
- 31:12en fait,
- 31:12qui nous fait choisir juste via du visuel,
- 31:16via du rationnel,
- 31:17là où l'amour,
- 31:18les rencontres,
- 31:19c'est limite des compétences inverses.
- 31:21C'est la vulnérabilité.
- 31:23C'est le fait d'être touché,
- 31:25véritablement touché.
- 31:26par l'autre.
- 31:26C'est un processus inconscient en fait.
- 31:28C'est un processus complètement inconscient voire irrationnel,
- 31:32presque.
- 31:33Ou quelque chose qui va nous toucher,
- 31:35c'est pas forcément une image.
- 31:37Une image ça va nous permettre de nous projeter.
- 31:38Un compte Tinder ça va nous permettre de nous projeter.
- 31:41Un Instagram,
- 31:42un TikTok,
- 31:42ce que tu veux,
- 31:43même chose.
- 31:44Pour autant la vraie rencontre,
- 31:47un terme de voix,
- 31:48une présence,
- 31:49une énergie,
- 31:50un regard,
- 31:51un sentiment de sécurité,
- 31:53c'est quelque chose qui nous traverse et quelque chose qui nous touche.
- 31:57donc l'inconscient alors moi je me dis que pour être amoureux d'abord il y a le truc inconscient et après tu le consolides et tu le valides par des critères pour le coup inconscient,
- 32:09tu dis ah quand même il a ça,
- 32:12il a ça,
- 32:12il a ça donc ça correspond,
- 32:14donc ça consolide et ça conforte,
- 32:16non mais des fois même tu te crées des trucs consciemment qui vont aller consolider au fait une idée qui qui...
- 32:23pas une idée,
- 32:24une sensation que tu as pour valider au fait un choix qui est irrationnel ou inconscient.
- 32:31Ça,
- 32:31tu ne peux pas l'avoir dans les applis d'encontre.
- 32:33Alors,
- 32:34ça,
- 32:34tu ne peux pas l'avoir.
- 32:36Mais moi,
- 32:36ce que j'amène les gens à faire,
- 32:39c'est justement sortir de cette logique critériste,
- 32:41pas espérer une personne avec des options,
- 32:48des descriptifs de catalogue,
- 32:49mais plutôt comment je veux être Merci.
- 32:53traiter,
- 32:53comment je veux me sentir,
- 32:54qu'est-ce que je veux ressentir,
- 32:56partager,
- 32:56expérimenter,
- 32:57comment je veux que les conflits se passent,
- 32:59comment je veux que la personne réponde d'elle-même dans des situations un peu compliquées,
- 33:05comment j'ai envie que la personne m'écoute,
- 33:07comment moi j'ai envie aussi d'enrichir son monde,
- 33:10comment j'ai envie d'être dans ce qu'est la rencontre,
- 33:14l'amour,
- 33:15les liens,
- 33:15le don de soi.
- 33:16Comment sortir de cette logique critériste qui nous amène à avoir cette mentalité de je vais prendre ce qu'il y a à prendre.
- 33:23Comment passer du « je vais prendre ce qu'il y a à prendre » ,
- 33:25ce qui est très consumériste,
- 33:27ultra rationnel,
- 33:29ultra chosification de l'autre,
- 33:31à
- 33:31« comment j'entre en lien,
- 33:33qu'est-ce que je donne de moi,
- 33:35qui es-tu,
- 33:36plutôt que qu'est-ce que tu peux m'apporter,
- 33:38monsieur,
- 33:38dame ? »
- 33:39C'est ça.
- 33:41C'est une philosophie consumériste.
- 33:43C'est une philosophie consumériste qui a complètement aliéné toutes les générations.
- 33:49Et aujourd'hui,
- 33:49je peux te le dire,
- 33:51c'est toutes les tranches d'âge qui sont...
- 33:53concernés par ce grand cirque peint d'air des relations amoureuses dont les applications de rencontres et ces grandes plateformes ont conscience,
- 34:03continuent à en jouer et puis nous parlent aujourd'hui de santé mentale,
- 34:09du bien-être de leurs utilisateurs tout en continuant à maintenir leur KPI de rétention,
- 34:15d'abonnement et un système fondamentalement basé sur
- 34:21La frustration,
- 34:22le désespoir,
- 34:23l'instabilité émotionnelle.
- 34:24Anissa,
- 34:24je te sens plus indignée que dans le livre encore.
- 34:27J'ai été molle dans le livre.
- 34:29Ah non,
- 34:30c'était déjà très bien.
- 34:33Qu'est-ce qui a changé,
- 34:34Anissa ?
- 34:35Mon constat sur l'usage des applications.
- 34:39Je pense,
- 34:40et ça pourra encore une fois évoluer,
- 34:43on est dans les sciences humaines,
- 34:44ça a évolué en permanence,
- 34:45ce sont des idées,
- 34:45elles sont là pour évoluer.
- 34:48J'ai fait un constat très mou,
- 34:49à mon sens,
- 34:50dans le livre,
- 34:51qui disait que finalement,
- 34:52les applications de rencontre ne sont pas le problème,
- 34:55mais c'est plutôt l'usage qu'on en fait.
- 34:57Mais quelle lecture !
- 34:58Nul.
- 34:59Non,
- 35:00ne dis pas ça.
- 35:00C'est-à-dire que c'est vrai,
- 35:02mais peut-être que tu as encore une lecture plus sévère sur la question.
- 35:05Il y a ça,
- 35:06mais en plus,
- 35:06il y a autre chose.
- 35:07Effectivement,
- 35:08j'ai écrit le livre il y a un peu plus de deux ans aujourd'hui.
- 35:11Il est sorti l'année dernière.
- 35:14Et j'ai reçu toujours plus de personnes en visio,
- 35:18en cabinet,
- 35:19qui viennent me parler de leur désespoir de longue durée,
- 35:24de tout ce qu'ils tentent,
- 35:25de toutes les tentatives de solutions.
- 35:27Mais du fait aussi qu'ils reviennent sur ces applications,
- 35:30malgré le bourbier,
- 35:32malgré la conscience et la lucidité qu'ils ont de leurs usages compulsifs,
- 35:35problématiques,
- 35:36etc.
- 35:36Mais par contre,
- 35:37voilà,
- 35:37ce qui a fait évoluer ma pensée,
- 35:39c'est de me rendre compte en fait que ces applis ne sont plus juste des usages,
- 35:42ne sont plus des usages privés,
- 35:44mais aujourd'hui des infrastructures.
- 35:46Pourquoi je dis ça ?
- 35:47Des infrastructures parce qu'en fait,
- 35:48elles ont modifié les paradigmes.
- 35:52Elles ont modifié la manière que les gens ont d'envisager le lien.
- 35:56de se sentir,
- 35:58de se projeter.
- 35:59Elles ont donné une température très froide ou très chaude,
- 36:05selon où on se situe,
- 36:07aux relations.
- 36:09Elles ont donné une coloration très néfaste,
- 36:13problématique.
- 36:13Elles ont été une solution à une époque.
- 36:16Aujourd'hui,
- 36:17elles sont devenues un véritable problème de société,
- 36:20un poison.
- 36:21Et quand une industrie a autant d'effets sur les mœurs,
- 36:26La culture,
- 36:27les comportements,
- 36:28les compétences relationnelles,
- 36:31le civisme sur notre manière d'entrer en relation,
- 36:34de faire couple,
- 36:35sur notre manière de se sentir dans les liens à autrui.
- 36:39C'est qu'il y a infrastructure.
- 36:43On n'est plus dans un usage simple et on ne peut plus simplement dire on est responsable de notre usage et basta cosi.
- 36:52Ok,
- 36:54je comprends bien.
- 36:54Donc ça a profondément...
- 36:56imprégner nos relations.
- 36:58Les jeunes,
- 36:59actuellement,
- 36:59n'ont plus les valeurs ni les codes pour pouvoir entrer en relation.
- 37:05On a perdu ces compétences-là et il y a tout un tas de choses à déconstruire.
- 37:10Les jeunes comme les moins jeunes,
- 37:11comme les moyennement jeunes,
- 37:14comme les vieux arrivants,
- 37:15comme les entre-deux.
- 37:16C'est encore pire pour les jeunes parce qu'ils n'ont pas connu autre chose.
- 37:20Ils n'ont pas de référence.
- 37:22Quand on a 50 ans,
- 37:23on a...
- 37:23connu la période sans influence d'Internet,
- 37:27sans influence...
- 37:28Mais on la regrette et on la déplore.
- 37:30Et pour beaucoup,
- 37:31on est dans un biais de nostalgie très exacerbé,
- 37:34qui limite,
- 37:35qui bloque,
- 37:36qui freine.
- 37:36Beaucoup de personnes à 50,
- 37:3860 ans,
- 37:40avec un désir tellement fort de reconstruire,
- 37:42de recréer du lien,
- 37:44mais coincées dans des roues de hamster,
- 37:47dans ces fameuses applications sur les réseaux sociaux et ailleurs,
- 37:50et qui peinent à comprendre ce qui se joue.
- 37:53ce qui a changé.
- 37:54Pourquoi les gens passent aussi vite d'un profil à l'autre ?
- 37:58Pourquoi les gens sont aussi volatiles ?
- 38:01Pourquoi les gens ne sont plus ou moins capables d'une véritable tenue relationnelle,
- 38:07de civisme ?
- 38:08On ne se doit rien.
- 38:09Ça,
- 38:09c'est un truc qui ressort beaucoup.
- 38:11C'est-à-dire qu'au fait,
- 38:12pas de prise de tête.
- 38:14On ne se prend pas la tête.
- 38:15Moi,
- 38:16j'adore me prendre la tête.
- 38:18Et le lien,
- 38:19l'altérité n'est pas juste là pour...
- 38:23Être consommable,
- 38:25être une commodité relationnelle,
- 38:26pour reprendre les termes d'Eva Illouz,
- 38:28en fait,
- 38:28à partir du moment où on crée une intimité,
- 38:31un partage,
- 38:32à partir du moment où il y a des attentes,
- 38:35quelque chose qui a été partagé,
- 38:36on se doit un minimum de bienséance,
- 38:39de savoir-vivre,
- 38:40de clarté,
- 38:41d'assertivité,
- 38:44quand on ne veut pas,
- 38:45quand on ne veut plus,
- 38:46quand on,
- 38:46pour x ou y raison,
- 38:47ne se sent pas de créer le lien.
- 38:50On peut le dire,
- 38:51ou on peut apprendre.
- 38:52à le dire,
- 38:53si on ne sait pas avoir l'humilité.
- 38:56Mais aussi,
- 38:57effectivement,
- 38:57se dire que chaque lien créé,
- 39:00ce n'est pas un avatar,
- 39:01ce n'est pas inconsommable.
- 39:02C'est pas...
- 39:04En fait,
- 39:04il y a une âme,
- 39:06un psychisme,
- 39:07des émotions.
- 39:08Et évidemment qu'on se doit quelque chose.
- 39:10C'est un principe simple qui existait peut-être auparavant,
- 39:13qui a peut-être été oublié,
- 39:15la redevabilité.
- 39:17Alors,
- 39:17en dehors des applis de rencontre,
- 39:19on est d'accord qu'il y a...
- 39:20d'autres choses qui ont aussi fait du mal aux compétences relationnelles.
- 39:24Il y a la télé.
- 39:26Il y a la télé-réalité,
- 39:27par exemple.
- 39:28Tout à fait.
- 39:28Il y avait la télé,
- 39:29effectivement.
- 39:31Moi,
- 39:31dans ce que j'ai lu...
- 39:33La télé,
- 39:33à l'époque,
- 39:34dans les années 70-80,
- 39:36elle était déjà hyper critiquée.
- 39:38C'était le totem devant lequel les familles se regroupaient et ne se parlaient plus.
- 39:43Donc déjà à l'époque,
- 39:44la notion de zapping aussi existait.
- 39:48Et on l'avait effectivement nommé comme le perturbateur,
- 39:52gros perturbateur de l'époque des liens sociaux.
- 39:54La télé-réalité même a...
- 39:57influencé de façon négative les codes,
- 40:00envoyer des gens au plastique incroyable,
- 40:03improbable,
- 40:04des relations qui étaient complètement superficielles.
- 40:10C'était un autre monde qui ne ressemblait pas à la réalité.
- 40:13Tu as entièrement raison.
- 40:14La télé-réalité,
- 40:15le domaine culturel,
- 40:16a effectivement énormément imprégné jeunes et moins jeunes générations parce qu'au final,
- 40:21quand on regarde les stats,
- 40:23même des quarantenaires,
- 40:24cinquantenaires,
- 40:24soixantenaires,
- 40:25les fameuses ménagères,
- 40:27regardent ces émissions-là.
- 40:29Et cette culture de la relation toxique,
- 40:32de la relation spectaculaire,
- 40:34de la tromperie facile,
- 40:36du clash permanent,
- 40:38de la consommabilité,
- 40:39de l'interchangeabilité des acteurs de ces relations,
- 40:44a effectivement amené à une forme de dérégulation ou de dérèglement de standards,
- 40:51d'idéaux amoureux chez certaines générations,
- 40:54chez certaines personnes.
- 40:55Heureusement,
- 40:55pas chez tout le monde.
- 40:56Mais oui,
- 40:56mais quand tu y penses,
- 40:58au final,
- 40:58on a toujours rêvé de façon différente par rapport à la réalité,
- 41:03les relations et l'amour.
- 41:04Tu vois,
- 41:04par exemple,
- 41:05quand tu vois le romantisme,
- 41:07tu le dis dans ton livre,
- 41:08tu dis qu'au fait,
- 41:09ces histoires d'amour passionnel n'ont pas fait que du bien.
- 41:14Ils n'ont pas été dans le sens d'apprendre une éducation relationnelle entre les gens.
- 41:18C'était aimer passionnellement à la folie.
- 41:22donner de la valeur aux relations toxiques ou par exemple,
- 41:27je ne sais pas,
- 41:28l'âme sœur par exemple.
- 41:29Quand tu en parles dans ton livre,
- 41:31l'âme sœur,
- 41:32c'est un truc qui ne va pas dans le sens de la compétence relationnelle.
- 41:35Tu attends le truc qui va te…
- 41:37Un mythe.
- 41:38On est d'accord.
- 41:39Donc,
- 41:39en fait,
- 41:40il y avait d'autres choses qui pouvaient influencer en dehors des applis de rencontre.
- 41:43Tout à fait.
- 41:44Mais ce qu'on avait à l'époque,
- 41:47c'était un autre rapport au temps et un autre rapport aux écrans.
- 41:51Avant
- 41:51Peut-être un peu plus de logique de milieu.
- 41:56Peut-être un peu plus de moments off,
- 41:59seul dans sa chambre.
- 42:00Petite référence à Blaise Pascal.
- 42:03Probablement plus de temps pour s'ennuyer,
- 42:07pour de la réflexivité.
- 42:09Aujourd'hui,
- 42:10tout est écran.
- 42:12Tout est comblement.
- 42:14Immédiat.
- 42:15Immédiat.
- 42:16J'ai un moment à combler.
- 42:18Bam.
- 42:19Vidéo.
- 42:20Réel.
- 42:20Instagram,
- 42:21micro-interactions,
- 42:22un petit DM par-ci.
- 42:24Aujourd'hui,
- 42:25c'est comme si on était dans une culture,
- 42:27une logique de remplissage,
- 42:28de comblement.
- 42:29Et le couple,
- 42:30et l'idéal du couple,
- 42:32et les applications de rencontres,
- 42:33et les rencontres,
- 42:34viennent combler,
- 42:36viennent devenir un divertissement,
- 42:38comme un autre.
- 42:38Je parlais de cette logique de flux qui fait de nous,
- 42:40en fait,
- 42:40des contenus.
- 42:42La quête aujourd'hui de l'amour,
- 42:45j'ai l'impression qu'on pédale un petit peu dans la semoule des hamsters.
- 42:50Mais le problème,
- 42:52c'est que c'est un système qui est malade en entier,
- 42:55dans sa totalité.
- 42:57Donc,
- 42:58comment trouver son bonheur ?
- 43:01Comment trouver l'amour,
- 43:02des relations saines,
- 43:03dans un système qui est complètement atteint,
- 43:07malade ?
- 43:08Il y a plusieurs choses,
- 43:09effectivement.
- 43:10Dans un système qui valorise l'immédiateté,
- 43:14qui valorise la médiocrité relationnelle,
- 43:17qui nous injonte.
- 43:19à être performatif,
- 43:21à faire toujours plus,
- 43:22toujours mieux.
- 43:24Un système qui ne nous éduque pas ou peu à la civilité,
- 43:29au vivre ensemble.
- 43:32Un système où on se trouve dans une culture du moi très forte qui implique que les gens veulent se protéger,
- 43:41préserver leur énergie,
- 43:43faire tout pour eux avant tout,
- 43:45mais parfois au détriment des autres.
- 43:49dans un système où la culture aujourd'hui n'est plus unifiée,
- 43:55dans le sens où l'hyper-individualisation avec les écrans,
- 44:00les modes de consommation médias,
- 44:02ont amené en fait à une culture à la fois très paradoxale,
- 44:07conforme,
- 44:08mais aussi complètement hétérogène,
- 44:09qui fait qu'aujourd'hui,
- 44:10on semble manquer de socle commun dans le comportement,
- 44:14dans la civilité,
- 44:15dans la manière de tenir une relation,
- 44:17dans la manière de...
- 44:18construire une relation.
- 44:19Alors,
- 44:20si je comprends bien,
- 44:21en rêve d'amour,
- 44:23On peut tomber amoureux,
- 44:25mais on ne sait pas comment faire la suite.
- 44:26Parce que l'amour en soi,
- 44:28il ne suffit pas.
- 44:29Si je vois que les couples ont du mal à se faire,
- 44:32que chacun a envie malgré tout de rester chez toi,
- 44:35même si on rêve d'amour,
- 44:36et que même quand on se marie,
- 44:38même quand on essaye de tenter d'organiser quelque chose de durable,
- 44:44on y arrive peu,
- 44:45puisque dans la moitié des cas,
- 44:46on divorce et on se sépare.
- 44:48Donc l'amour ne suffit pas.
- 44:50Et ce qui nous manque,
- 44:51c'est des compétences relationnelles.
- 44:53C'est comme ça que je le perçois.
- 44:54Je pense aussi.
- 44:55Je pense qu'on manque à la fois de cadres et de compétences relationnelles.
- 45:00Mais de compétences relationnelles qui émaneraient,
- 45:05je pense,
- 45:06d'un retrait,
- 45:07d'une sortie de ces app.
- 45:09En tout cas,
- 45:09ce que je constate en consultation,
- 45:11en accompagnement.
- 45:11Tu ne les as pas du tout là.
- 45:13En fait,
- 45:14je te dis ce que je constate.
- 45:15Oui,
- 45:16oui,
- 45:17oui.
- 45:17Le premier acte de soin que je peux prodiguer parfois,
- 45:19c'est on limite ou on dégage.
- 45:21On limite ou on dégage.
- 45:23le courage relationnel revient les gens quand ils sortent de cette logique de marché je les amène,
- 45:30je les invite je leur suggère d'aller dans des logiques de milieu,
- 45:34des communautés sportives,
- 45:36artistiques,
- 45:36entrepreneuriales il y a plein de il y a plein d'idées le courage relationnel revient,
- 45:41qu'est-ce que c'est le courage relationnel ?
- 45:44ouvrir,
- 45:45ouvrir la parole ouvrir une conversation être un peu bancale,
- 45:49parler de banalité mais créer le contact Merci.
- 45:52maladroitement,
- 45:53peut-être se prendre un râteau,
- 45:54mais on y va quand même.
- 45:56On crée du lien.
- 45:56On est ouvert et on est curieux de l'autre.
- 45:59Là où on va.
- 45:59Il y a ça,
- 46:01il y a l'art de la conversation aussi.
- 46:03Sur les applis,
- 46:04mon Dieu,
- 46:04quel cauchemar.
- 46:06Qu'est-ce que c'est limité ?
- 46:07Personne ne sort du lot au final.
- 46:09C'est ce dont se plaignent beaucoup aussi les utilisateurs des applications.
- 46:12On n'a pas parlé des travers.
- 46:14Il y a le ghosting,
- 46:15il y a le fait que tu parles à une personne et elle disparaît.
- 46:17Il y a le fait qu'on peut se permettre derrière un écran de parler n'importe comment.
- 46:22d'insulter,
- 46:23les violences.
- 46:25Il y a beaucoup de choses qui se passent mal dans l'échange,
- 46:27dans ces applis d'enfants.
- 46:28Effectivement.
- 46:29Et quand on en sort,
- 46:30ou en tout cas quand on limite,
- 46:31on est blessé.
- 46:32Alors,
- 46:33il y a,
- 46:34avant le ghosting,
- 46:34etc.,
- 46:35il y a toute cette notion d'on est un peu plus présent quand même aux autres parce qu'on est là,
- 46:39parce qu'on se regarde,
- 46:39parce qu'on s'écoute,
- 46:40parce qu'il n'y a pas le choix quand il n'y a pas les écrans.
- 46:42Donc,
- 46:43on développe ou en tout cas,
- 46:44on redéveloppe,
- 46:45on rééduque un souci de l'autre.
- 46:48Parfois,
- 46:48une capacité aussi à être beaucoup plus assertif.
- 46:51Donc,
- 46:52dire les termes,
- 46:52dire les choses,
- 46:53ses besoins,
- 46:54ses envies,
- 46:55sans forcément blesser l'autre et sans se dissoudre et sans fuir,
- 46:58effectivement.
- 47:00Et quand on est beaucoup plus dans des logiques de milieu,
- 47:03on réinstaure finalement toujours plus de civilité,
- 47:08moins de lâcheté.
- 47:10Oui,
- 47:10parce qu'on est très lâche derrière un écran.
- 47:12On revient à notre éducation de base.
- 47:15Donc,
- 47:16sortir de cette logique de marché pour aller à des logiques de milieu permet
- 47:20de réhabiliter des compétences relationnelles.
- 47:22Je le vois pratiquement toutes les semaines,
- 47:24tous les mois,
- 47:25en consultation.
- 47:27Alors,
- 47:29tu vois,
- 47:29Anissa,
- 47:30ce que tu décris dans ton livre,
- 47:33c'est qu'on a déjà,
- 47:35en magazine,
- 47:36avant de pouvoir sortir et prodiguer tout ce que tu dis,
- 47:38tu sais,
- 47:38on va partir de loin parce que toutes ces personnes-là ont créé de l'anesthésie,
- 47:44ont créé de...
- 47:44L'anesthésie émotionnelle.
- 47:46De l'autodistance émotionnelle par rapport à tout.
- 47:49les gens,
- 47:50ils ont établi des freins de zone.
- 47:52Il y en a,
- 47:52ils ne savent plus comment établir des relations amoureuses,
- 47:55tellement elles craignent de tomber,
- 47:58de se prendre des râteaux.
- 48:00Elles ont tellement de difficultés qu'elles n'essayent même plus.
- 48:02Tout le monde est des copains.
- 48:03Il y en a qui vont dans l'excès.
- 48:05Tu dis qu'ils sont polyamoureux.
- 48:07Dans les polyrelations,
- 48:08ils ne s'engagent plus.
- 48:09D'ailleurs,
- 48:10l'engagement,
- 48:12il y a encore...
- 48:13Les jeunes d'aujourd'hui s'engagent encore ?
- 48:16Oui,
- 48:17un peu plus difficilement.
- 48:18Aujourd'hui,
- 48:19l'engagement,
- 48:20pour certaines personnes,
- 48:21peut être perçu comme un enfermement.
- 48:24En fait,
- 48:24l'hyper-choix,
- 48:25ou en tout cas l'hyper-choix suggéré par l'époque,
- 48:28par les réseaux,
- 48:28par les applications,
- 48:30donne un sentiment d'hyper-puissance,
- 48:33donne un sentiment de liberté.
- 48:35Mais est-ce que l'hyper-choix,
- 48:37le libre-échange,
- 48:38c'est la liberté ?
- 48:39Et qu'est-ce que c'est au final la liberté ?
- 48:41Si ce n'est,
- 48:42à mon sens,
- 48:43que d'avoir la pleine mesure de ses choix,
- 48:46de poser des envies.
- 48:48des désirs,
- 48:49des choix en conscience.
- 48:51Aujourd'hui,
- 48:51cette notion d'engagement,
- 48:52elle est brouillée parce qu'elle est basée sur une perception complètement biaisée,
- 48:57conséquence de l'hyper-choix.
- 48:59Ok,
- 49:00je vais créer une relation avec quelqu'un,
- 49:01je vais y dédier du temps,
- 49:02de l'énergie.
- 49:03Je vais rater d'autres opportunités.
- 49:06Alors qu'avant,
- 49:07on croyait à un truc qui est incroyable,
- 49:09qui est le hasard et le destin.
- 49:11Quand tu croisais la route de quelqu'un,
- 49:13tu te racontais un mythe et une histoire qui faisait que tu l'as...
- 49:17consolidé par une croyance,
- 49:20une foi et un sens que tu donnes à l'histoire.
- 49:23Or,
- 49:23au fait,
- 49:23quand tu as le choix 1,
- 49:24le choix 2 et le choix 1000,
- 49:26tu ne fais plus de choix.
- 49:27Tu es complètement bloqué.
- 49:30Ton cerveau fait un bug,
- 49:32les neuroscientifiques en parlent très très bien,
- 49:34et au final,
- 49:36cet hyper choix mène à une insatisfaction globale,
- 49:41totale,
- 49:41et au final,
- 49:42on ne fait plus rien,
- 49:43on est sclérosé.
- 49:45Il y a une vraie aversion à l'engagement dans ce cas-là.
- 49:49On n'en est plus capable,
- 49:50au fait.
- 49:51On en est capable,
- 49:52mais on ne met pas les curseurs aux bons endroits.
- 49:53En fait,
- 49:54on voit l'engagement comme une privation de liberté,
- 49:56là où l'engagement,
- 49:57que ce soit un engagement
- 49:59entrepreneurial,
- 50:01dans son boulot,
- 50:02dans un sport,
- 50:03on voit le catalyseur de liberté que c'est.
- 50:06On a plein d'exemples dans nos vies,
- 50:08dans nos métiers.
- 50:09Typiquement,
- 50:10on s'engage au quotidien.
- 50:12Toi,
- 50:12envers tes patients,
- 50:13la même de mon côté.
- 50:14Et on se rend compte à quel point ça nous aide à nous développer.
- 50:17Notre métier,
- 50:18on ne le vit pas du tout comme une prison.
- 50:21Une relation,
- 50:21quand elle est saine,
- 50:22une relation,
- 50:23quand elle est partagée sur des fondations communes,
- 50:26sur des compétences développées,
- 50:28commune au fil de l'eau,
- 50:29parce que ça se fait au fil de l'eau.
- 50:31On n'a pas la version idéale comme un produit idéal quand on swipe et quand on match,
- 50:36etc.
- 50:37Ça évolue au fil de l'eau.
- 50:38C'est ce qui s'appelle l'altérité,
- 50:39la corrégulation,
- 50:41la construction d'une relation.
- 50:43En tout cas,
- 50:43l'engagement,
- 50:44ça devrait être éduqué comme un catalyseur de liberté.
- 50:49Mais aujourd'hui,
- 50:50les signaux sont brouillés.
- 50:52Engagement égal,
- 50:54renoncer à toutes les opportunités qu'il y a encore.
- 50:57sur l'application.
- 50:59Et puis,
- 50:59engagement égal,
- 51:00je vais devoir faire un effort relationnel sur la durée.
- 51:03Je vais devoir avoir une tenue.
- 51:05Je vais être redevable de quelqu'un.
- 51:07Je vais devoir être intègre.
- 51:09Je vais devoir répondre de moi dans des situations compliquées.
- 51:11Je vais devoir me positionner intérieurement.
- 51:14Je vais devoir aussi répondre de moi quand l'autre ne va pas être conforme à mes désirs,
- 51:21à mes critères.
- 51:23Je vais devoir sonder en permanence sur différentes étapes du chemin d'une relation,
- 51:27vu que ça n'a rien de linéaire.
- 51:29Faire des compromis ?
- 51:30Faire des compromis et développer de nouvelles compétences en chemin.
- 51:35Je peux te dire qu'en trois ans de relation avec l'homme rare avec lequel je partage ma vie,
- 51:41chaque trimestre,
- 51:42remise en question existentielle,
- 51:44je ne suis pas la même.
- 51:45Je n'en souffre pas et je ne parle pas de conflits,
- 51:48je ne parle pas de problèmes,
- 51:50je ne parle pas de...
- 51:51Je parle en fait...
- 51:52de champs d'évolution incroyables que ça me procure à ma personne,
- 51:57que ça procure à mes projets,
- 51:59que ça procure sur ma vision du monde.
- 52:01Cette relation qui s'est développée au moment où j'ai écrit le livre m'ouvre des portes sur moi-même qui sont juste insoupçonnées,
- 52:10incroyables.
- 52:12C'est la relation la plus belle,
- 52:13la plus pure,
- 52:14la plus saine et la plus inattendue aussi que j'ai pu vivre.
- 52:17Et je suis profondément...
- 52:22pleine de gratitude de partager la vie de ce monsieur.
- 52:26Mais oui,
- 52:27l'engagement,
- 52:30c'est l'élévation de soi,
- 52:32finalement.
- 52:33Et la conscience de l'impermanence d'un lien,
- 52:37c'est-à-dire son évolutivité.
- 52:40C'est qu'on rencontre quelqu'un,
- 52:43mais on évolue avec parce que la personne qu'on a rencontrée à l'instant T n'est pas du tout la même au bout d'un an,
- 52:50au bout de deux ans.
- 52:51M...
- 52:52Tu vois,
- 52:52Imane,
- 52:53beaucoup de gens associent l'engagement à cette crainte de devoir faire les efforts relationnels.
- 52:59Parce qu'être dans une relation saine,
- 53:01ça nécessite tellement de tenue,
- 53:04ça nécessite tellement de remise en question,
- 53:06tellement d'humilité,
- 53:07tellement de capacité en fait à changer et à avoir un véritable souci de l'autre,
- 53:14sortir de soi.
- 53:15Aujourd'hui,
- 53:16l'un des problèmes dans notre société,
- 53:18outre l'hyper-émotivité et l'hyper-réactivité...
- 53:21l'addiction à la dopamine facile et aux gratifications faciles,
- 53:25c'est le fait qu'on ait du mal à différer les plaisirs.
- 53:29L'engagement,
- 53:30c'est un plaisir différé.
- 53:31Ah,
- 53:32c'est ça.
- 53:32C'est-à-dire,
- 53:33tu fais des choses maintenant pour quelque chose dont les bénéfices viennent plus tard.
- 53:37Ah,
- 53:38ça,
- 53:38c'est une notion hyper compliquée dans le monde actuel.
- 53:42Chaque construction importante,
- 53:44fondamentale dans sa vie,
- 53:47dans le monde,
- 53:47dans la culture,
- 53:48dans l'histoire,
- 53:49dans l'immobilier,
- 53:50dans la santé.
- 53:51dans tout ce que tu veux,
- 53:52nécessite du plaisir différé.
- 53:55Nécessite de différer,
- 53:56de gérer son inquiétude,
- 53:58l'impermanence,
- 53:59la frustration.
- 54:01Beaucoup de gens aujourd'hui veulent un lien sans être capable de différer.
- 54:05Savais-tu que plus de 60%
- 54:08de personnes mariées se trouvent sur les applications de rencontre ?
- 54:1160%
- 54:14de personnes mariées.
- 54:15C'est énorme.
- 54:15Alors on parle de quelle génération là ?
- 54:16Toute génération confondue.
- 54:18Ah d'accord,
- 54:18ok.
- 54:19Donc aujourd'hui,
- 54:20Le marché amoureux est aussi...
- 54:22Donc,
- 54:22tu es célibataire,
- 54:23tu veux trouver quelqu'un sur une appli de rencontre,
- 54:26sache que tu n'as que les 40%
- 54:28de ceux qui se présentent qui soient disponibles.
- 54:30Première chose,
- 54:31c'est qu'il faut vérifier la disponibilité.
- 54:33émotionnelle,
- 54:34enfin disponibilité sur tous les plans parce qu'il y en a qui sont...
- 54:38Physique,
- 54:38affective,
- 54:39juridique,
- 54:40administrative.
- 54:42C'est ça,
- 54:42c'est-à-dire que les gens,
- 54:43au fait,
- 54:43ils ont des conceptions tellement différentes qu'au final,
- 54:47on ne se représente pas tous la même chose,
- 54:49c'est-à-dire qu'il n'y a pas de jugement à apporter,
- 54:51c'est simplement que pour des personnes,
- 54:54la fidélité n'est pas un sujet et pour d'autres,
- 54:56ça l'est.
- 54:57Ça l'est et puis d'autres s'en accommodent et créent de nouvelles définitions.
- 55:01C'est ça,
- 55:03c'est devenu freestyle.
- 55:06C'est devenu à la carte,
- 55:08comme ce marché amoureux qui a finalement créé tout un tas de nouvelles formes de relations,
- 55:14mais tout un tas de nouvelles infidélités,
- 55:16de rapports aux liens,
- 55:18de manière de l'habiter,
- 55:19de manière d'être présent,
- 55:20de manière de respecter et de manière aussi de se dédouaner au final de tous les efforts et toute la contenance qu'on n'est peut-être pas capable d'apporter.
- 55:30dans une relation de longue durée.
- 55:33Pour moi,
- 55:33l'infidélité,
- 55:34pour beaucoup de personnes,
- 55:35c'est juste une sortie de route hyper facile,
- 55:41une fuite,
- 55:43un évitement,
- 55:44une facilité.
- 55:47Ma question,
- 55:48Anissa,
- 55:49c'est...
- 55:51Est-ce que...
- 55:53Est-ce que ça peut être une valeur et une façon de vivre l'infidélité ?
- 55:56Est-ce que ça peut être du polyamour ?
- 55:57Est-ce que les gens sont heureux dans ces configurations-là ?
- 56:00Parce qu'au final,
- 56:01il n'y a pas de jugement de valeur à poser.
- 56:03Simplement,
- 56:04est-ce que les gens qui sont dans cette consommation-là,
- 56:08est-ce qu'ils arrivent avec ça à sauver leur couple ?
- 56:10Est-ce qu'ils arrivent à être heureux ?
- 56:11Puisque tu les vois dans ton cabinet et qu'ils consultent,
- 56:15je suppose qu'ils ne doivent pas être si heureux que ça.
- 56:18Il y a des gens qui cherchent leur modèle,
- 56:20donc qui expérimentent.
- 56:21dans cette culture où tout est possible et où toutes les nomenclatures et les normes sont en reconstruction ou en rodage.
- 56:31Mais en tout cas,
- 56:32il y a beaucoup de polyamoureux qui,
- 56:36déjà,
- 56:36n'envisagent pas leurs relations comme des infidélités.
- 56:39Il y a des cadres contractuels,
- 56:41des pactes de relations qui sont formés et qui semblent être respectueux des uns des autres.
- 56:48Et ces choses-là sont devenues un art de vivre.
- 56:50Et il y a pour qui l'infidélité est aussi un art de vivre.
- 56:55Je ne suis pas sûre que dans nos fonctionnements et nos attachements,
- 56:59la fidélité soit à chaque fois possible.
- 57:02Il y a combien de styles d'attachement ?
- 57:05Il y en a quatre.
- 57:07Il y en a un qui est un petit peu sécurisé et le reste,
- 57:10c'est plutôt...
- 57:12Évident,
- 57:13anxieux,
- 57:13etc.
- 57:14Mais on peut passer,
- 57:15ce n'est pas une nomenclature qui est fixe,
- 57:17On peut passer,
- 57:18comme moi,
- 57:20d'un attachement anxieux,
- 57:22comme mon homme à l'époque,
- 57:23à un attachement ultra-sécur.
- 57:25Oui,
- 57:25mais dans un cadre.
- 57:26Dans un cadre.
- 57:27Mais dans un cadre de fidélité,
- 57:28d'exclusivité.
- 57:29Complètement.
- 57:29En tout cas,
- 57:30il y a des expérimentations qui sont faites dans le sens de comment on peut renouveler un pacte de couple.
- 57:37en prenant en compte les besoins de nouveauté,
- 57:40de variété,
- 57:41après cinq ans,
- 57:41après dix ans de relation,
- 57:43etc.
- 57:44Il y en a qui y arrivent,
- 57:45il y en a qui échouent fort,
- 57:46qui essayent et qui se blessent encore plus.
- 57:49Écoute,
- 57:51et si on parlait de ton manifeste militant qui fait quand même un beau chapitre de…
- 57:56Retuite les grands mots.
- 57:57Oui,
- 57:58oui,
- 57:59j'assume.
- 58:00J'assume parce que vraiment,
- 58:01j'ai même appelé ton chapitre
- 58:04« Anissa, la main levée » .
- 58:09parce que vraiment j'avais le sentiment que tu avais envie et je suis sûre que ça sera de plus en plus vrai que tu as envie de participer activement au changement et à l'apport d'une éducation relationnelle qui
- 58:25ajuste un petit peu tout ce que les applis de rencontre ont un peu détricoté ce qu'ils ont défait il y a matière à faire parce que...
- 58:35La question que je t'ai posée,
- 58:36c'est est-ce qu'on a touché le fond ?
- 58:38Est-ce qu'on est vraiment allé jusqu'au bout ?
- 58:40Parce que j'ai quand même l'impression qu'il y a une nouvelle génération qui veut s'affranchir de ces applis de rencontre,
- 58:46qui veut sortir de cette philosophie consumériste,
- 58:50qui a envie de rencontrer en réalité,
- 58:52qui se réjouit de se rencontrer en vrai.
- 58:56Donc,
- 58:56je t'ai parlé de plein d'applications,
- 58:58d'événements en région parisienne et je suis sûre que dans les grandes villes,
- 59:02c'est le cas.
- 59:03On va faire des activités où on sort de la philosophie de se rencontrer juste pour les relations amoureuses.
- 59:12On veut faire des activités ensemble,
- 59:14on veut partager des loisirs,
- 59:17on veut partager des valeurs,
- 59:19des choses qui nous importent,
- 59:21la lecture,
- 59:22le cinéma,
- 59:22l'art.
- 59:24Et c'est une cerise sur le gâteau si on rencontre et on croise l'amour dans ces sorties-là.
- 59:31mais on veut quand même...
- 59:32faire valoir d'autres choses.
- 59:34Est-ce que tu n'as pas ce sentiment-là,
- 59:35Anissa ?
- 59:36Tu as dit tellement de choses,
- 59:37je vais répondre point par point.
- 59:39Oui,
- 59:39je suis pour travailler sur un nouveau code d'éducation sentimentale ou un code culturel fort,
- 59:49nouveaux usages civiques.
- 59:51En fait,
- 59:51une norme qu'on aurait tous parce qu'énormément de choses ont été déréglées,
- 59:55pas simplement par les appliques rencontres,
- 59:56pas simplement par la télé-réalité,
- 59:58pas simplement par la télé,
- 59:59mais aussi par les usages digitaux.
- 1:00:02la culture,
- 1:00:03ce qu'on nous inculque dans les familles,
- 1:00:06ce qu'on nous inculque dans la politique,
- 1:00:09dans le prêt-à-penser,
- 1:00:10dans la langue,
- 1:00:12dans tout,
- 1:00:13en fait,
- 1:00:13ce qui imprègne notre être,
- 1:00:16notre quotidien,
- 1:00:17notre système,
- 1:00:17notre culture.
- 1:00:18Il y a ça d'une part.
- 1:00:19Effectivement,
- 1:00:20beaucoup de personnes se vantent,
- 1:00:24espèrent,
- 1:00:24même idéalisent la rencontre dans le réel.
- 1:00:26C'est devenu le nouveau Graal chez les jeunes.
- 1:00:30Et effectivement,
- 1:00:31une des premières mesures,
- 1:00:34si j'avais à militer,
- 1:00:35je pense qu'on est plusieurs à penser comme ça,
- 1:00:38c'est effectivement sortir de cette logique de marché pour revenir ou recréer des logiques de milieu.
- 1:00:46On ne va pas réinventer la roue,
- 1:00:47ça n'a rien de spectaculaire,
- 1:00:49mais qu'est-ce qui fait les rencontres ?
- 1:00:51Qu'est-ce qui rend possible les rencontres ?
- 1:00:53Sortir de chez soi,
- 1:00:54sortir de sa chambre,
- 1:00:56regarder le monde.
- 1:00:59Avoir une présence au monde,
- 1:01:01une écoute,
- 1:01:02ranger le téléphone,
- 1:01:04avoir une disposition à la rencontre.
- 1:01:06Donc,
- 1:01:07que ce soit dans un espace de coworking,
- 1:01:10sur un lieu de pratique sportive,
- 1:01:12sur un lieu associatif,
- 1:01:15dans des projets entrepreneuriaux,
- 1:01:17dans des écoles,
- 1:01:18dans des formations,
- 1:01:19dans des activités artistiques,
- 1:01:22dans des activités théâtrales,
- 1:01:24tout ce qu'on veut,
- 1:01:25tout ce qui nous intéresse,
- 1:01:26tout ce qui va impliquer de collaborer.
- 1:01:29de coopérer,
- 1:01:30d'être à l'écoute,
- 1:01:31d'apprendre,
- 1:01:32de développer,
- 1:01:33d'être là,
- 1:01:34d'avoir une véritable présence au monde.
- 1:01:37Et aussi de revenir,
- 1:01:39d'être vu,
- 1:01:40revu,
- 1:01:40reconnu,
- 1:01:41d'avoir une continuité et d'avoir une forme de redevabilité.
- 1:01:46Tout ça,
- 1:01:46c'est ce qui constitue une rencontre,
- 1:01:48une vraie,
- 1:01:49et c'est ce qui crée l'attachement et déjà de l'engagement.
- 1:01:53L'engagement,
- 1:01:53au final,
- 1:01:54c'est rien de sorcier,
- 1:01:56ça fait pas mal.
- 1:01:57Ce n'est pas une prison.
- 1:01:58Ce n'est pas douloureux.
- 1:02:02Ce n'est pas douloureux.
- 1:02:04Donc ça déjà,
- 1:02:05c'est un premier step.
- 1:02:07Sortir de cette logique de marché pour revenir à des logiques de milieu et de communauté.
- 1:02:15Il y a ça.
- 1:02:16Il y a d'autres choses que j'aurais envie de propager,
- 1:02:20sur lesquelles peut-être militer à ma toute petite échelle,
- 1:02:23avec ma toute petite voix ici ou ailleurs.
- 1:02:26C'est...
- 1:02:27Alors,
- 1:02:28je vais paraître pour une anti-technologie en disant que...
- 1:02:36réduire les écrans,
- 1:02:38voire les supprimer sur nos temps hors travail pour revenir à soi,
- 1:02:44une vie intérieure,
- 1:02:46au lieu de toujours être hors de soi,
- 1:02:48chercher hors de soi,
- 1:02:49à combler un moment,
- 1:02:51à combler un vide,
- 1:02:53à consommer frénétiquement,
- 1:02:54à même pas en fait conscientiser ce qu'on fait.
- 1:02:56Passer 20 minutes sur un écran et se dire
- 1:02:59« J'ai passé 20 minutes là juste à faire ça ?
- 1:03:01Je me souviens même plus de ce que j'ai regardé. »
- 1:03:03Tu appelles ça l'hygiène culturelle.
- 1:03:04De l'hygiène.
- 1:03:07de l'hygiène psychique.
- 1:03:08De l'hygiène psychique et de la sobriété relationnelle.
- 1:03:12Et puis de la sobriété dans les usages,
- 1:03:14effectivement.
- 1:03:16Retour à la vie intérieure.
- 1:03:17On n'est pas obligé d'aller en haut d'une montagne,
- 1:03:20de mettre une toche de moine et respirer les roses à l'aurore le matin.
- 1:03:27Ça me plaît,
- 1:03:28moi.
- 1:03:28Moi aussi,
- 1:03:29ça me plaît.
- 1:03:30En fait,
- 1:03:30apprendre à s'autoréguler,
- 1:03:32réduire le bruit et les usages compulsifs.
- 1:03:35des écrans,
- 1:03:36réapprendre ou apprendre à passer du temps en solo,
- 1:03:41réapprendre le silence,
- 1:03:43réapprendre la contemplation qui amène à développer plus de présence,
- 1:03:47plus d'émerveillement.
- 1:03:49On l'a perdu,
- 1:03:49j'ai l'impression,
- 1:03:50dans cette société.
- 1:03:52Et faire ce que Blaise Pascal déplorait,
- 1:03:54notre pote Blaise Pascal,
- 1:03:56savoir rester calme,
- 1:03:58tranquille,
- 1:03:58seul,
- 1:03:59dans une chambre,
- 1:04:00sans se dissoudre,
- 1:04:01sans être en panique.
- 1:04:03Je pense que c'est l'un des grands drames qu'on constate.
- 1:04:05tous dans cette société aujourd'hui.
- 1:04:07Donc,
- 1:04:07ce serait revenir à une vie intérieure,
- 1:04:11plus riche.
- 1:04:12Pas s'isoler,
- 1:04:13pas se couper du monde,
- 1:04:14mais avoir cette hygiène,
- 1:04:17cette autorégulation de se délester des usages compulsifs des écrans.
- 1:04:22Ce serait bien d'apprendre à s'autoréguler parce que si on ne l'apprend pas,
- 1:04:24je pense qu'un jour l'État légiférera pour le faire comme il le fait déjà dans d'autres nations,
- 1:04:29en Chine par exemple.
- 1:04:31Il y a eu aussi un projet de loi,
- 1:04:32il me semble,
- 1:04:33très récemment.
- 1:04:34interdire l'usage des réseaux sociaux au moins de 15 ans en France.
- 1:04:37Je ne sais pas si c'est passé.
- 1:04:39Non,
- 1:04:39c'est pas passé.
- 1:04:40L'exemple en Chine,
- 1:04:41que j'ai lu là très récemment,
- 1:04:433 heures de jeux vidéo par semaine pour les jeunes.
- 1:04:46Pas plus,
- 1:04:47ni moins.
- 1:04:48Je pense que si on n'est pas capable de s'auto-réguler,
- 1:04:51je pense que l'aliénation qu'on a subie deviendra un totalitarisme visible.
- 1:04:56L'idée,
- 1:04:57ce n'est pas de supprimer,
- 1:04:57parce que ça,
- 1:04:58c'est un vrai débat.
- 1:04:59Ce n'est pas de supprimer complètement,
- 1:05:01mais de réguler,
- 1:05:01parce que euh...
- 1:05:03On a besoin de connectivité,
- 1:05:05les jeunes aussi,
- 1:05:06les moins de 15 ans.
- 1:05:07Il faut les éduquer à des usages…
- 1:05:10Raisonnables,
- 1:05:11raisonnés,
- 1:05:11conscients.
- 1:05:12Exactement.
- 1:05:12Il faut les accompagner dans l'éducation.
- 1:05:15Supprimer,
- 1:05:16ce n'est pas forcément parce qu'il y a des gens qui dépendent vraiment de la connexion.
- 1:05:21C'est-à-dire que ça crée vraiment des opportunités,
- 1:05:24les réseaux,
- 1:05:24malgré tout.
- 1:05:25Et tu le dis même toi dans ton livre.
- 1:05:27C'est-à-dire que ça crée des opportunités énormes.
- 1:05:30On ne peut pas dire qu'ils ne font que du mal.
- 1:05:33Ils font énormément de bien.
- 1:05:34On a les deux versants.
- 1:05:36Maintenant,
- 1:05:37oui,
- 1:05:37il faut apprendre à éduquer,
- 1:05:39à accompagner,
- 1:05:40à comprendre ce qui se trame en nous pour mieux en faire l'usage.
- 1:05:45Mais je comprends ta colère.
- 1:05:47Je la comprends parfaitement vis-à-vis.
- 1:05:49Parce qu'au fait,
- 1:05:49quand derrière,
- 1:05:50tu as des applications dont l'algorithme est dressé à l'encontre de nos compétences relationnelles,
- 1:05:56je comprends parfaitement ta colère et je la partage.
- 1:05:59Et dressé à l'encontre de la promesse.
- 1:06:02qu'ils présentent rencontrer l'amour pour au final des centaines de milliers de personnes,
- 1:06:09voire des millions coincées depuis des années dans ces boucles addictives et qui viennent voir des thérapeutes,
- 1:06:17des psychologues des neuropsychiatres en les prenant pour le service après-vente du dating
- 1:06:25C'est-à-dire ces quelques jolies relations au prix de beaucoup de désespoir et beaucoup de dégâts sociétaux qui imprègnent durablement nos comportements actuels.
- 1:06:37Et qui changent en fait le paradigme des relations dans notre société.
- 1:06:41Pour moi,
- 1:06:41on est véritablement dans un enjeu de santé sociale aujourd'hui et on ne peut plus faire semblant de l'ignorer.
- 1:06:47Et on ne peut plus édulcorer le marketing,
- 1:06:51les discours de ces applications.
- 1:06:53de ces plateformes sous couvert de
- 1:06:56« on va prendre soin de votre santé mentale » .
- 1:06:59C'est notre objectif,
- 1:07:00c'est notre KPI numéro un.
- 1:07:02Il y a ça,
- 1:07:04et effectivement,
- 1:07:05outre la vie intérieure,
- 1:07:06sortir de la logique de marché,
- 1:07:07de la logique de milieu,
- 1:07:09c'est commencer petit à petit à réhabiliter les compétences relationnelles que sont le courage,
- 1:07:16l'assertivité,
- 1:07:18la franchise,
- 1:07:19l'audace.
- 1:07:21L'audace,
- 1:07:22la curiosité de l'autre.
- 1:07:25Tu finis ton livre en disant
- 1:07:27« Je vous souhaite de rencontrer des êtres qui vous allument l'âme. »
- 1:07:32C'est ta dernière phrase du livre.
- 1:07:34Moi,
- 1:07:34je pense que c'est une magnifique conclusion.
- 1:07:37Anissa,
- 1:07:37je ne sais pas ce que tu en penses.
- 1:07:38Dans la rencontre,
- 1:07:39au fait,
- 1:07:40j'ai l'impression que s'il y a quelque chose à attendre d'une rencontre,
- 1:07:44c'est ça.
- 1:07:45C'est grâce aux rencontres qu'on s'allume les uns les autres.
- 1:07:48C'est grâce aux rencontres qu'il y a notre petite flamme qui va être encore plus forte.
- 1:07:54Parce que la personne en face va l'attiser,
- 1:07:57va y apporter des choses.
- 1:07:59Ça ne se passe pas sans rien.
- 1:08:02C'est un travail à faire.
- 1:08:03Comme si c'était une autre entité,
- 1:08:05cette relation,
- 1:08:06comme si c'était une troisième personne entre nous à nourrir,
- 1:08:10à cultiver comme un jardin.
- 1:08:12Et c'est ça le message que tu transmets.
- 1:08:17Je te remercie pour ce magnifique message qui va dans le sens du lien et qui est parfaitement dans le sens et la philosophie d'Enquête d'accord.
- 1:08:26Est-ce que tu aurais envie d'ajouter quelque chose
- 1:08:29pour l'espoir,
- 1:08:30pour nourrir l'espoir et les choses qui vont venir,
- 1:08:33qui sont en train de changer parce que de plus en plus de jeunes sont conscients des travers et ont envie d'aller vers un autre paradigme.
- 1:08:41Pour moi,
- 1:08:41on est dans une fin de cycle.
- 1:08:44Il y a énormément de choses à construire,
- 1:08:47à reconstruire.
- 1:08:48On a une énorme liberté dans notre société.
- 1:08:53Elle est fragile,
- 1:08:54cette liberté.
- 1:08:55Et finalement,
- 1:08:56c'est...
- 1:08:58Pas les UJAS.
- 1:08:58les usages que nous avons,
- 1:08:59des applications qui sont déterminantes,
- 1:09:01mais c'est les choix,
- 1:09:02c'est la posture au monde,
- 1:09:04c'est notre axe qui est déterminant.
- 1:09:07Donc,
- 1:09:09se développer soi,
- 1:09:10développer des relations qui soient saines,
- 1:09:14choisies,
- 1:09:15toujours observer ce qu'une relation fait de vous,
- 1:09:19toujours observer ce que vous devenez,
- 1:09:21qui vous devenez dans une relation.
- 1:09:24Est-ce que vous devenez plus inquiet ?
- 1:09:25Est-ce que vous devenez plus effervescent ?
- 1:09:27Est-ce que vous devenez plus vérificateur ?
- 1:09:32Ou à l'inverse,
- 1:09:32est-ce que vous devenez plus fertile,
- 1:09:36plus ouvert,
- 1:09:37plus curieux,
- 1:09:38plus paisible ?
- 1:09:39Très important de regarder ça et important de prendre du temps pour penser,
- 1:09:46prier,
- 1:09:46rêver,
- 1:09:48rêver.
- 1:09:48Et moi,
- 1:09:49j'aurais envie de passer ce message de si vous avez des rêves,
- 1:09:53croyez en vos rêves.
- 1:09:55pendant longtemps,
- 1:09:57j'ai rêvé rencontrer l'homme avec lequel je partage ma vie et ce n'était pas du tout gagné.
- 1:10:02Je l'ai rencontré sur le tard et ça s'est fait.
- 1:10:06Je n'ai pas gagné à la loterie,
- 1:10:08je n'ai pas trouvé le ticket d'or de Charlie et la chocolaterie.
- 1:10:13Je pense que c'est à la portée de tout le monde mais pour ça,
- 1:10:16c'est travailler sa présence au monde,
- 1:10:19travailler son écoute,
- 1:10:21travailler une vie intérieure.
- 1:10:24Travailler,
- 1:10:25c'est moche.
- 1:10:26Développer,
- 1:10:26cultiver.
- 1:10:28C'est bien de travailler.
- 1:10:29Mais avoir l'audace d'avoir quelques rêves et d'y croire.
- 1:10:35Et mener quelques petites actions et s'y est là pour tenter d'y arriver sur un malentendu.
- 1:10:41Merci infiniment Anissa pour ce magnifique message,
- 1:10:46pour ce bel échange,
- 1:10:48pour tout ce que j'ai pu apprendre sur le dating.
- 1:10:51Je suis sûre qu'il y aura encore plus.
- 1:10:53plein de projets et je reste en attente de tes projets et tes prochains livres.
- 1:10:57Merci,
- 1:10:58du fond du cœur.
- 1:10:59Bye.
- 1:11:04Mes chers amis,
- 1:11:06car vous êtes arrivés au bout de cet épisode passionnant,
- 1:11:10aux côtés d'une invitée passionnante.
- 1:11:13Ne partez pas sans liker,
- 1:11:15vous abonner,
- 1:11:16mettre une note ou venir nous rejoindre à Nyssa et moi sur Instagram.
- 1:11:22On vous y attend.