Latest / Raconte Media - Interviews d'esprits audacieux qui inspirent, bousculent et (re)façonnent le monde - Créatifs, entrepreneurs, influents,… / Olivier Rensonnet : Apprenti moine, graphiste star, puis artiste libre.
Transcript
- 0:00Et voilà.
- 0:01Et c'est un quitte ou double,
- 0:02quoi.
- 0:03Ça passe ou ça casse,
- 0:04c'est l'envol ou c'est la chute.
- 0:07Mais il n'y aura pas de juste milieu,
- 0:09quoi.
- 0:12Imaginez un monde où chaque histoire trouve sa voix,
- 0:16où chaque talent éclaire notre époque.
- 0:22Raconte est un média digital natif à l'écoute de notre temps.
- 0:29Les interviews grand format sont le premier chapitre de l'univers raconte.
- 0:33Écoutez-les en podcast,
- 0:34visionnez-les en vidéo,
- 0:36et préservez-les grâce à nos publications imprimées collector.
- 0:41Notre passion pour l'image est infinie.
- 0:44Raconte,
- 0:45c'est le fond avec la forme.
- 0:47Préparez-vous à voyager au-delà des horizons connus,
- 0:51aux côtés de celles et ceux qui les redéfinissent.
- 0:55Bienvenue dans l'Odyssée raconte.
- 0:58Raconte,
- 0:59la rencontre.
- 1:02Bonjour Olivier Ransanet.
- 1:03Bonjour.
- 1:04Comment vas-tu ?
- 1:07Chaudement,
- 1:08mais ça va,
- 1:08ça va.
- 1:10Olivier,
- 1:10est-ce que je pourrais te demander de te présenter en quelques mots ?
- 1:14Qui es-tu ?
- 1:14Que fais-tu ?
- 1:16Alors,
- 1:17je m'appelle Olivier Ransanet.
- 1:19Je suis actuellement artiste.
- 1:22Je dis actuellement parce que j'ai été plein d'autres choses avant.
- 1:25On va y revenir.
- 1:26Oui,
- 1:26je pense.
- 1:30Et je suis ici dans la Fondation Blanc,
- 1:34qui m'accueille pendant un an en résidence,
- 1:37en atelier en résidence.
- 1:40Et on est dans les caves,
- 1:41ce qu'ils appellent l'underground,
- 1:43où ils font des concerts de jazz,
- 1:47etc.
- 1:49D'où les coussins et tout le plein toit.
- 1:52Qui nous accueillent en résidence.
- 1:53Oui.
- 1:54Bien.
- 1:56Olivier,
- 1:56on va peut-être en revenir aux sources.
- 1:59D'où viens-tu à la base ?
- 2:01Alors,
- 2:01je suis né en Belgique,
- 2:03dans le sud de la Belgique.
- 2:06J'ai grandi dans une région qu'on appelle la Gaume,
- 2:10dans des plaies aux Ardennais et aux Lorrains.
- 2:13Magnifique région.
- 2:17à une époque qui pourrait ressembler à celle des Gounises.
- 2:23Donc j'ai grandi dans un petit village qui s'appelle Mexletige,
- 2:28dans une commune qui s'appelle Saint-Léger.
- 2:30Et mes parents avaient acheté une fermette qu'ils ont retapée au fur et à mesure des années.
- 2:38Et avant,
- 2:40on a habité à Arlon,
- 2:41une ville toute proche,
- 2:43très froide.
- 2:46Et...
- 2:46En arrivant dans ce village,
- 2:50moi qui étais un enfant très taiseux,
- 2:52très solitaire,
- 2:55dès que je suis rentré dans cette petite école de village,
- 2:58je me suis totalement ouvert.
- 3:03La simplicité,
- 3:04les gens qui vivent là-bas,
- 3:07beaucoup de fermiers,
- 3:08beaucoup de vieilles personnes encore avec l'image de la dame avec son tablier.
- 3:15Il y avait plusieurs cafés dans un village de 140 personnes.
- 3:18Il y avait au moins 4 cafés.
- 3:22Donc c'était sympa.
- 3:24Une enfance proche de la nature,
- 3:31avec des petits problèmes de santé qui m'ont paralysé pendant 3 mois.
- 3:39Je pense que mon rapport à la contemplation vient de là.
- 3:45Tu as été immobilisé ou hospitalisé pendant ces trois mois ?
- 3:48Non,
- 3:48pas hospitalisé.
- 3:50Ma mère a eu très peur,
- 3:51parce que le pédiatre lui a annoncé que j'avais une leucémie,
- 3:54que j'avais plus qu'un mois à vivre.
- 3:56Et tu avais quel âge à ce moment-là ?
- 3:58Trois ans.
- 3:58Oui,
- 3:58donc,
- 3:59il faut encore t'exprimer.
- 4:01Oui,
- 4:02ça allait,
- 4:02mais je pouvais m'exprimer.
- 4:04Mais je m'en souviens,
- 4:05en tout cas,
- 4:05c'est ancré en moi.
- 4:07C'est une grosse période de ma vie où j'ai...
- 4:10J'ai appris,
- 4:11quand on est enfant,
- 4:13on a un rapport au temps qui est totalement différent de celui d'adulte.
- 4:17Et à 51 ans,
- 4:19je me rends compte que plus on vieillit,
- 4:21plus le temps passe vite.
- 4:23Quand on est enfant,
- 4:23le temps passe pas si vite.
- 4:24Il n'y a pas de mémoire.
- 4:27Il n'y a pas de rumination.
- 4:29Il n'y a pas tout ça.
- 4:30Donc l'enfant,
- 4:31il est ancré dans le présent.
- 4:35Et moi étant paralysé des jambes,
- 4:37donc je ne pouvais plus marcher,
- 4:39on m'a emmené à Oulart,
- 4:41chez mes grands-parents,
- 4:42qui avaient une maison à Oulart.
- 4:46Et je me souviens d'heures passées assis à jouer tout seul.
- 4:52à créer un monde imaginaire,
- 4:54à regarder la nature autour de moi.
- 4:56Ils avaient un énorme jardin.
- 4:59Et voilà,
- 5:00dans un pays où on ne parlait pas français,
- 5:02moi,
- 5:04tout petit,
- 5:05dépendant.
- 5:06Avec beaucoup d'amour.
- 5:08Donc ça,
- 5:09je n'en ai pas manqué.
- 5:13Raconte,
- 5:14où chaque format donne vie à une histoire.
- 5:19C'est à cette période d'enfance,
- 5:21très tôt finalement,
- 5:22très très jeune,
- 5:23où tu as commencé à observer le monde,
- 5:26à avoir un regard un peu différent,
- 5:28on peut dire,
- 5:29des autres enfants du même âge.
- 5:30Oui.
- 5:32En tout cas,
- 5:32je me sentais différent,
- 5:33ça c'est clair.
- 5:34Déjà à trois ans.
- 5:37Oui,
- 5:38depuis que j'ai de la mémoire,
- 5:40il y a...
- 5:43J'aimais pas trop jouer avec les autres.
- 5:46Le pédiatre disait que j'étais un enfant vieux.
- 5:49Alors là,
- 5:51je ne sais pas ce que ça veut dire.
- 5:53Je n'ai jamais fait le test qu'il faudrait faire pour être sûr.
- 5:57En tout cas,
- 5:59hypersensibilité,
- 6:00hyperempathie,
- 6:02je pense que ça fait partie de ma nature.
- 6:06C'est une force.
- 6:07C'est d'abord une faiblesse quand on est petit.
- 6:09Les enfants sont cruels.
- 6:12Et un enfant fragile,
- 6:15sensible,
- 6:16c'est une proie super facile.
- 6:19Donc ça,
- 6:20j'ai dû meurtre sur ma chic pour aller aux cours.
- 6:28Il y avait toujours cette barrière avec les autres qui m'empêchait de réellement être moi-même,
- 6:35de me sentir accepté.
- 6:37Et ça,
- 6:37c'est inhérent à ma vie.
- 6:47quelle est ma place ?
- 6:49Alors,
- 6:50est-ce que ça vient du fait que je suis un accident ?
- 6:54Je suis un enfant qui n'était pas voulu ?
- 6:56Euh...
- 6:58Je pense que oui.
- 7:00On le ressent profondément et ça fait partie de nous.
- 7:04Après,
- 7:04il faut...
- 7:06Ma force,
- 7:07c'est d'essayer de faire de toutes ces réflexions un chemin.
- 7:15une quête,
- 7:15une quête d'identité.
- 7:17J'en ai fait mon métier pendant
- 7:2027 ans.
- 7:24Pour arriver à 51 ans aujourd'hui,
- 7:27à me sentir à peu près moi-même.
- 7:33On va peut-être revenir aux différentes étapes de ce cheminement.
- 7:37Oui.
- 7:37Parce qu'on vient de partir de la toute petite enfance à maintenant.
- 7:41Et il y a beaucoup de choses qui se sont passées entre temps.
- 7:45Oui.
- 7:46Vivre dans un village,
- 7:47c'est...
- 7:49Du sud de la Belgique des années 80.
- 7:51Du sud de la Belgique des années 70.
- 7:5370 pour les amis francs.
- 7:58C'est merveilleux.
- 8:03C'est avant toute la période du trou,
- 8:08etc.
- 8:09Donc nous,
- 8:10on pouvait partir à 8-10 ans en vélo à 12 kilomètres du village.
- 8:16Il n'y avait pas de GSM.
- 8:18Mes parents étaient rarement là.
- 8:20J'étais élevé par des nounous,
- 8:22on va dire ça comme ça.
- 8:24qui m'ont donné énormément d'amour,
- 8:26mais des personnes qui étaient ancrées dans le village.
- 8:28C'est-à-dire,
- 8:30j'ai trait des chèvres,
- 8:32j'ai bu le lait de chèvre que je...
- 8:34que je trait moi-même.
- 8:38J'ai toujours été au contact des animaux,
- 8:40j'ai toujours été dans une sorte de quartier rural où on voyait les tracteurs passer,
- 8:51les...
- 8:53tous les gens se connaissaient et on allait dans les bois.
- 8:57Mon village était entouré de dix kilomètres de bois donc les bois c'est une école fabuleuse quoi,
- 9:06construire des camps,
- 9:07s'imaginer des histoires.
- 9:12Donc voilà,
- 9:13ça a été un peu la guerre des boutons aussi entre les différents villages.
- 9:16On s'attaquait,
- 9:17on allait détruire les camps,
- 9:19on attaquait les scouts.
- 9:20Il y a énormément d'histoires.
- 9:24On pourrait en faire une petite série même.
- 9:28Mais toujours avec cette différence.
- 9:31Et ce qui est intéressant à voir,
- 9:33c'est que j'avais des tortionnaires,
- 9:36entre guillemets,
- 9:37des mecs,
- 9:37qui justement manquaient de sensibilité et qui avaient peut-être été élevés plus à la dure.
- 9:47qui me harcelaient.
- 9:50Dès qu'ils arrivaient,
- 9:51j'étais à tête de Turc.
- 9:52On était plusieurs,
- 9:53mais souvent j'étais seul et c'était moi qui prenais.
- 9:58Et bien ces mecs-là maintenant,
- 10:01ils sont beaucoup plus intentionnés quand je les vois.
- 10:06Tu vois,
- 10:07avec la maturité.
- 10:09La maturité,
- 10:10puis mon parcours.
- 10:11En fait,
- 10:12le grand changement qui s'est opéré,
- 10:15c'est quand,
- 10:17depuis tout petit,
- 10:17j'avais envie d'être prêtre.
- 10:20En tout cas,
- 10:21j'ai terminé l'an.
- 10:22C'est une singularité,
- 10:23ça pour un enfant,
- 10:23ce n'est pas tout courant.
- 10:24Je ne sais pas d'où ça vient,
- 10:26je pense que,
- 10:27voilà,
- 10:27je ne sais pas d'où ça vient,
- 10:28c'est un appel,
- 10:29on n'y peut rien.
- 10:32Ma mère a un enregistrement de moi dans mon bain,
- 10:34parce qu'à l'époque,
- 10:36ils n'avaient pas de smartphone,
- 10:37mais elle aimait bien enregistrer,
- 10:39prendre des photos,
- 10:39filmer.
- 10:40Elle a toujours fait ça.
- 10:42Et elle me demande tout petit ce que je veux être,
- 10:45et je lui dis curé.
- 10:46Donc là,
- 10:47on entend presque ma mère s'effondrer.
- 10:49Parce qu'elle ne s'attend pas à ça,
- 10:51bien sûr.
- 10:52Ils étaient croyants,
- 10:53tes parents,
- 10:53ou pas du tout ?
- 10:54Non,
- 10:54ils sont catholiques,
- 10:55mais pas du tout pratiquants.
- 10:57Je pense fondamentalement qu'ils croient,
- 10:59mais...
- 11:01Ça ne fait pas partie de leur vie du tout.
- 11:04Donc c'est sorti de nulle part.
- 11:07Ils ont dû faire avec un enfant qui est un peu spécial,
- 11:11mais qui est gentil.
- 11:12J'étais un enfant doux,
- 11:13j'étais un enfant gentil,
- 11:14obéissant,
- 11:16contrairement à mon frère qui a tout cassé après.
- 11:21Qui a un autre tempérament,
- 11:23mais qui est aussi un homme extraordinairement gentil.
- 11:29Non,
- 11:31ils ont dit que ça passerait.
- 11:33C'était vers quel âge,
- 11:34ça,
- 11:34environ ?
- 11:35Moi,
- 11:35je dirais l'enregistrement,
- 11:37le premier enregistrement.
- 11:39Elle me donnait mon bain,
- 11:41donc je devais avoir 3-4 ans.
- 11:42OK.
- 11:44Puis après,
- 11:45je me souviens,
- 11:46je me souviens...
- 11:47Alors,
- 11:47c'était intéressant.
- 11:48Dans le village,
- 11:48il y avait un curé,
- 11:49une église.
- 11:51Et tous les gamins,
- 11:52après leur confession de foi,
- 11:53allaient comme...
- 11:55Comme enfant de cœur.
- 11:58Oui,
- 11:58voilà,
- 11:59c'est ça.
- 12:00Donc l'enfant de cœur,
- 12:01pour ceux qui ne savent pas,
- 12:02c'est le petit larbin à côté qui donne les bazars et qui seconde le curé dans son office.
- 12:10Et en fait,
- 12:10je prenais toutes les places de tous mes potes qui ne voulaient pas y aller.
- 12:13J'y allais tout le temps.
- 12:14Toi,
- 12:14tu adorais.
- 12:16Moi,
- 12:16j'étais là où je devais être.
- 12:19C'est un peu une safe place,
- 12:20en fait,
- 12:20l'Église.
- 12:21Pour un enfant qui a vécu parfois la brutalité du monde,
- 12:26alors brutalité,
- 12:27entendons-nous bien,
- 12:28franchement,
- 12:30j'étais un poussin.
- 12:33Mais brutalité des autres,
- 12:35brutalité,
- 12:36ce n'est pas mon langage,
- 12:38la brutalité.
- 12:39Je ne conçois pas ça,
- 12:41je ne conçois pas la brutalité.
- 12:43Et l'église était un peu une sorte de sanctuaire,
- 12:46en fait.
- 12:49Et Dieu,
- 12:50en tout cas Jésus,
- 12:51à l'époque c'était Jésus,
- 12:53c'était mon super-héros.
- 12:55Aimez-vous les uns les autres ?
- 12:56Moi ça me parlait.
- 12:58Marcher sur l'eau c'est un super pouvoir.
- 13:04Et donc petit,
- 13:05je chantais dans mon lit des louanges à Jésus-Christ jusqu'à
- 13:0911h30, minuit.
- 13:11Ma mère venait dans ma chambre et me dit mais non,
- 13:13Boubou,
- 13:13c'est mon surnom,
- 13:14Boubou,
- 13:16il est temps de dormir quoi,
- 13:18tu dois dormir Moi j'étais là Jésus !
- 13:22Donc voilà,
- 13:23moi je m'en souviens.
- 13:28Et donc oui,
- 13:29à un moment donné,
- 13:30je crois que j'avais
- 13:3215 ans,
- 13:34j'ai été parler à mon curé pour lui annoncer que je voulais être moine.
- 13:43Toujours très atypique pour l'époque.
- 13:45Là,
- 13:45on est dans les années quoi ?
- 13:46Toujours 80 ?
- 13:47Une vocation,
- 13:48je pense qu'il y en avait plus à l'époque qu'aujourd'hui.
- 13:54Oui,
- 13:54c'est atypique,
- 13:55un gamin à 14 ans,
- 13:57à 14 ans,
- 13:58normalement,
- 13:58tu es attiré par les filles,
- 14:01tu commences à faire le joli cœur.
- 14:07Je ne dis pas que je n'avais pas ça,
- 14:08mais à un moment,
- 14:10ça a été évident.
- 14:18Une vraie relation mystique,
- 14:19je dirais.
- 14:21Spirituelle et mystique.
- 14:23J'aurais été au Népal,
- 14:24j'aurais été moine tibétain,
- 14:26j'aurais été n'importe où ailleurs,
- 14:29j'ai été moine catholique parce que ma culture et mon positionnement géographique ne me permettaient que ça.
- 14:38J'aurais pu être raïlien,
- 14:39en fait,
- 14:39aussi.
- 14:41Mais bon.
- 14:43Il est venu un peu après,
- 14:43je crois.
- 14:44Non,
- 14:44non,
- 14:44c'était en plein dedans.
- 14:46Ma mère avait acheté les bouquins.
- 14:51Donc,
- 14:51entre mes 15 ans jusqu'à mes 17 ans et demi,
- 14:57il y a eu la quête de l'endroit où je voulais être moine.
- 15:03Donc,
- 15:04j'ai été voir Orval,
- 15:05bien sûr,
- 15:05Orval,
- 15:06magnifique abbaye.
- 15:08cistercienne,
- 15:10tout bon gommet connaît
- 15:11Orval, et tout bon dégustateur de bière connaît Orval aussi.
- 15:21Mais ça ne m'a pas plu.
- 15:23L'endroit était magnifique,
- 15:24mais je n'ai pas été capté par l'énergie des moines.
- 15:28Donc j'ai après rencontré des spiritains,
- 15:31puis des franciscains,
- 15:33pour tomber en finale chez des bénédictins.
- 15:38à Wavremont.
- 15:40Alors eux ne font pas de bière,
- 15:43ils faisaient de la couleur,
- 15:45des pots de couleur.
- 15:46Alors moi qui dessinais depuis que j'avais 14 ans et même plus tôt,
- 15:53j'avais eu l'envie de reprendre l'ermitage d'un moine qui avait été ermite là-bas,
- 15:59dans une forêt qui appartenait au domaine,
- 16:02et refaire son ermitage.
- 16:05y intégrer un atelier et vivre en ermite directement.
- 16:09Ça,
- 16:09c'était mon projet.
- 16:10À
- 16:1117 ans,
- 16:11plus ou moins ?
- 16:12Oui,
- 16:1316,
- 16:1317 ans,
- 16:1316 ans et demi,
- 16:1417 ans,
- 16:14oui.
- 16:18Alors,
- 16:19mes parents étaient un peu...
- 16:21Mon père m'a dit,
- 16:26si tu rentres dans les ordres,
- 16:27je n'ai plus de fils.
- 16:28Ben,
- 16:28tu as perdu un fils,
- 16:29papa.
- 16:32Il n'a su rien dire à ça.
- 16:34J'ai fait ce que je devais faire.
- 16:38Et ma mère ne m'a pas vraiment mis de barrière.
- 16:43Ils m'ont accompagné dans ce cheminement.
- 16:47Elle était plutôt sécurisée.
- 16:48Elle s'est dit,
- 16:49si mon fils et moi,
- 16:50il ne manquera jamais de rien.
- 16:52Pour une maman,
- 16:53c'est génial.
- 16:53Son fils,
- 16:54il est en sécurité.
- 16:55C'est très pragmatique des choses,
- 16:57finalement.
- 16:58Ma mère est quelqu'un de très pragmatique,
- 17:00très concret.
- 17:05Et donc,
- 17:05j'ai été plusieurs fois au Havre-Mont,
- 17:10jusqu'au moment où,
- 17:13dans cette petite chapelle que l'ermite avait construite,
- 17:17il y avait deux petites places,
- 17:19j'ai cette...
- 17:21On va appeler ça une illumination.
- 17:23Donc j'étais comme un poisson dans l'eau.
- 17:25Franchement,
- 17:25j'étais là où je devais être.
- 17:27J'étais...
- 17:28Voilà.
- 17:30Et arrive ce moment,
- 17:33où je suis en prière ou en méditation,
- 17:35rappelons ça plutôt méditation,
- 17:37puisque je n'étais pas très dogmatique dans mon approche.
- 17:41Elle est beaucoup plus intuitive que dogmatique.
- 17:45Et le message était,
- 17:47tu ne peux pas rester ici.
- 17:49Tu dois...
- 17:50Ta vie est en dehors du monastère.
- 17:53Donc,
- 17:55clairement,
- 17:57le message allait à l'encontre de ce que je voulais faire.
- 18:03Donc,
- 18:04j'ai été trouver le prieur.
- 18:05Le prieur,
- 18:06c'est le père qui gère et qui est élu prieur de l'abbaye pour lui dévoiler ce que je venais de vivre.
- 18:20Et voilà,
- 18:21ça s'est arrêté là.
- 18:23Je pourrais m'étendre des dizaines de minutes sur ce que j'ai vécu au monastère,
- 18:28mais ça fait partie de moi,
- 18:33ça ne m'a jamais quitté.
- 18:36Le rapport à Dieu m'a quitté.
- 18:37Au moment où j'ai quitté le monastère,
- 18:40c'est comme si mon mode de fonctionnement avait changé de paradigme,
- 18:45on va dire ça comme ça.
- 18:48Et donc,
- 18:49dans la voiture,
- 18:50on revient au côté pragmatique de ma mère,
- 18:56elle me dit mais qu'est-ce que tu vas faire ?
- 18:57On était en août,
- 18:59j'avais terminé mes rénovés,
- 19:01on était en août,
- 19:02et je dis je veux être artiste,
- 19:05peintre
- 19:07Et là,
- 19:08elle me dit ah non,
- 19:09moine déjà c'était limite,
- 19:11mais alors artiste,
- 19:12je n'ai pas envie que mon fils meure dans les caniveaux
- 19:15Donc là...
- 19:17Moi,
- 19:17enfant gentil,
- 19:19doux,
- 19:20j'ai jamais fait réellement de crise d'adolescence.
- 19:26Et je me dis,
- 19:28mince,
- 19:29non,
- 19:29je ne veux pas pouvoir le faire.
- 19:30Ce que j'ai envie de faire,
- 19:31je ne peux pas le faire.
- 19:32Je pourrais les envoyer à la merde.
- 19:33Je pourrais leur dire,
- 19:35écoutez,
- 19:35je fais ce que je veux,
- 19:36c'est ma vie.
- 19:39Elle me dit,
- 19:39trouve autre chose.
- 19:43Moi je revenais du monastère avec un message qui,
- 19:46j'avais l'impression,
- 19:46qui ne m'était pas destiné,
- 19:47puisque j'étais comme un poisson dans l'eau,
- 19:49et je dois essayer de trouver autre chose.
- 19:51J'aurais pu partir en Angleterre un an,
- 19:53prendre le recul,
- 19:54mais je n'ai pas eu la présence d'esprit à ce moment-là de me dire que je pouvais prendre un an pour moi.
- 20:01Et mes parents ne m'en ont pas parlé du tout non plus,
- 20:05donc grosso modo j'ai entamé des études de graphisme.
- 20:11et de publicité à Saint-Lucliège.
- 20:15Parce que la fille d'une amie à moi du village,
- 20:21dont les parents étaient très amis avec mes parents...
- 20:27avait s'être inscrit en graphisme et publicité,
- 20:29ma mère m'a dit mais ça c'est bien.
- 20:31Tu pourrais,
- 20:32voilà,
- 20:32après tu fais trois ans,
- 20:33puis après tu vas à Luxembourg,
- 20:35puisque la Gaume est tout près de Luxembourg,
- 20:38et tu vas travailler à Luxembourg.
- 20:40Donc un schéma très...
- 20:42Passionnel.
- 20:43Très rationnel,
- 20:44très orienté sécurité financière.
- 20:49Moi c'était pas un discours qui...
- 20:50J'ai même hésité à m'inscrire en peinture.
- 20:53car ils ne se souciaient pas vraiment de ce que je faisais.
- 20:57J'aurais pu très bien décider de leur dire que j'allais en graphisme tout en faisant peinture.
- 21:03Mais...
- 21:04Ce n'était pas dans ma nature de faire ça.
- 21:08Donc je me suis inscrit là et...
- 21:12Au final,
- 21:13j'étais dans une école d'art.
- 21:15mais ça ne m'a pas empêché de faire de la peinture.
- 21:19Donc depuis ce début-là,
- 21:21j'ai toujours fait créer sur le côté.
- 21:24J'ai fait ma première exposition six mois après avoir entamé
- 21:29Saint-Luc. Donc en plus de mes cours,
- 21:31je faisais de la peinture chez moi et je préparais une exposition.
- 21:35Tu es tout de suite tombé dedans ou tu produisais déjà des œuvres avant ?
- 21:39Ou c'est une rencontre avec...
- 21:40Non,
- 21:43Comme je dessinais,
- 21:44j'aimais bien.
- 21:47Ma mère m'avait inscrit à l'Académie des Beaux-Arts du soir de Darlon,
- 21:54avec un chouette prof,
- 21:55Daniel Daniel,
- 21:56qui était très académique.
- 21:59J'étais le seul jeune avec plein de petits vieux qui dessinaient des plâtres.
- 22:06Souvent,
- 22:06c'était ça.
- 22:09Mais moi,
- 22:09ça a exercé mon trait.
- 22:12J'ai toujours dessiné.
- 22:16C'était une chouette manière de draguer aussi.
- 22:21Dessiner,
- 22:22savoir dessiner la réalité,
- 22:26la mettre en scène dans des lettres.
- 22:28À l'époque,
- 22:29on n'avait pas de portable ni quoi que ce soit,
- 22:32donc on s'écrivait des lettres.
- 22:35Donc dans les lettres,
- 22:36ça devenait plus des BD que des lettres.
- 22:38Et ça,
- 22:39ça avait son petit succès.
- 22:43Donc j'ai toujours dessiné.
- 22:44J'ai toujours...
- 22:44l'art a toujours été dans ma vie.
- 22:49Parce que c'est un exutoire aussi.
- 22:53C'est un langage,
- 22:55c'est une manière de parler aux autres aussi.
- 22:59Quand on est jeune et qu'on a du mal à s'exprimer ou qu'on n'ose pas s'exprimer,
- 23:04c'était le courage ou en tout cas un mode de fonctionnement,
- 23:11on trouve d'autres moyens.
- 23:20Pourquoi je voulais revenir ?
- 23:21J'avais une idée de...
- 23:26Oui,
- 23:27non,
- 23:27c'est lié à la sensibilité,
- 23:29je pense aussi.
- 23:32C'est en nous,
- 23:32quoi.
- 23:35Et c'est en chacun de nous en fait.
- 23:38Mais on développe plus un mode de communication qu'un autre.
- 23:43Certains c'est la musique,
- 23:43d'autres c'est l'oral,
- 23:45c'est la présence.
- 23:47Certains n'ont pas besoin parce qu'ils ont tout.
- 23:49Ils sont beaux,
- 23:50ils sont...
- 23:53J'ai remarqué que les très jolies personnes manquaient d'incarnation.
- 23:58Bon,
- 23:58c'est pas une généralité mais...
- 24:01Mais les belles personnes,
- 24:03c'est des gens qui,
- 24:04justement,
- 24:05dégagent des failles et qui en ont fait une force.
- 24:12Donc voilà.
- 24:15Et donc,
- 24:15ben oui,
- 24:16une partie de mon travail aujourd'hui,
- 24:18c'est la contemplation.
- 24:19Et cette contemplation,
- 24:20elle vient à la fois de mon enfance.
- 24:26avec ce moment clé qui était cette paralysie où j'ai dû apprendre à rester sur place en fait à un âge où tu marches,
- 24:36tu cours,
- 24:37tu fais des conneries ben moi je ne pouvais pas donc je jouais avec des dinky toys qui sont des petites voitures métalliques anciennes et puis voilà et après bien sûr la relation mystique et spirituelle j'avais
- 24:53un rapport à la vie
- 24:56à tout ce qui est vivant,
- 24:57qui était totalement différent,
- 24:59et un respect de la création,
- 25:01entre guillemets.
- 25:05Et donc,
- 25:06les préceptes d'amour fondamentaux,
- 25:09je les ai intégrés très jeunes.
- 25:14Maintenant j'en fais une force,
- 25:15mais à l'époque c'était plutôt quelque chose qui me tombait sur la tronche.
- 25:21Parce que,
- 25:22de nouveau,
- 25:22entre enfants et adolescents,
- 25:24c'est pas le langage qui prédomine.
- 25:28C'est plutôt le plus fort,
- 25:31le plus beau,
- 25:32le plus intelligent.
- 25:34Ça a changé,
- 25:37je pense.
- 25:39ça essaye de changer,
- 25:40je pense.
- 25:42On oriente plus les enfants à comprendre que le lien empathique est quelque chose d'essentiel et que la sensibilité,
- 25:50pas l'ultra sensibilité,
- 25:51mais la sensibilité est beaucoup plus mise en avant aujourd'hui.
- 25:59Et donc Saint-Luc quoi.
- 26:03Après Wavremont,
- 26:04Saint-Luc.
- 26:06Mes humanités ont été faites à Arlon,
- 26:08dans une école où j'ai fait du sport.
- 26:11Donc ça aussi,
- 26:12très oui,
- 26:13bien sûr.
- 26:14Un aspect fondamental de qui je suis aujourd'hui.
- 26:17Et mon rapport humain,
- 26:18ça a été le sport,
- 26:20le handball.
- 26:21J'étais dans une équipe de handball de mes 12 ans à mes 24 ans,
- 26:27en ayant grandi avec tous les autres joueurs.
- 26:29Donc on a tous commencé à 12 ans.
- 26:32C'était mon oncle à l'époque qui avait monté cette sélection.
- 26:37Et donc voilà,
- 26:38c'était une très belle école de vie ça.
- 26:42Moi qui étais un enfant hyper sensible,
- 26:46très recroquevillé,
- 26:47j'ai dû me battre.
- 26:49J'ai appris à me battre,
- 26:51entre guillemets.
- 26:55J'ai accepté les autres comme des frères d'armes,
- 26:59parce que le handball c'est quand même assez violent,
- 27:01c'est du contact.
- 27:02Au début je m'excusais toutes les cinq secondes,
- 27:04ça énervait toute l'équipe.
- 27:08Et je n'allais pas à la confrontation.
- 27:11Jusqu'au moment où,
- 27:14en pratiquant ce sport,
- 27:18on se confronte à l'autre.
- 27:19On ose y aller,
- 27:20on ose aller essayer de mettre un goal.
- 27:23Et on prend des coups,
- 27:24oui,
- 27:24on prend des coups.
- 27:25Et en force d'en prendre,
- 27:27tu dis Ok,
- 27:27c'est bon,
- 27:28je sais comment…
- 27:30C'est un très bel apprentissage de combat.
- 27:34Toujours dans le respect de l'autre,
- 27:35mais de combat avec soi-même,
- 27:37pour moi surtout.
- 27:38D'oser.
- 27:40D'oser s'exprimer,
- 27:41d'oser entreprendre quelque chose pour aller essayer de marquer au risque de ne pas le faire.
- 27:47Et dans un match,
- 27:48quelqu'un qui loupe un goal,
- 27:51c'est une grosse opportunité de perdu.
- 27:53Donc,
- 27:54mais il faut...
- 27:55Et ça,
- 27:55ça m'a appris énormément de choses,
- 27:57la fraternité,
- 27:58la camaraderie.
- 28:02Encore aujourd'hui,
- 28:03je vois tous mes potes du NBAM,
- 28:06certains de mes potes,
- 28:07demain il arrive quelque chose à l'un d'eux,
- 28:10on est là.
- 28:12Donc il y a vraiment quelque chose de fondamental dans le sport collectif.
- 28:18Je parle du sport,
- 28:20mais ce sport collectif-là,
- 28:23c'est important.
- 28:24Raconte la forme avec le fond.
- 28:28Et après tout ça...
- 28:29On arrive à l'époque où tu es étudiant,
- 28:32ici à Bruxelles.
- 28:33Non,
- 28:33à Liège.
- 28:34Ah pardon,
- 28:35à Liège.
- 28:35Et après à Bruxelles,
- 28:36si je ne me trompe pas.
- 28:37J'ai fait Arlon,
- 28:38Liège,
- 28:38Bruxelles.
- 28:39Il fallait y aller une étape par exemple.
- 28:41Bon cheminement.
- 28:42Tu pourrais nous en parler un petit peu,
- 28:44ces études ?
- 28:45Alors,
- 28:46déjà,
- 28:48Saint-Luc-Liège,
- 28:49c'est quitter le foyer.
- 28:53Donc,
- 28:54quitter un confort,
- 28:55quitter un nid.
- 28:58quitter des repères et se lancer dans un truc qui me dépasse,
- 29:03dans lequel je n'ai aucun contrôle.
- 29:06Je me retrouve dans une école d'art où moi je n'ai pas trouvé mon style.
- 29:13Je sors d'une ville qui est au fin fond du trou du cul du monde.
- 29:18Je me retrouve dans Liège,
- 29:19qui est quand même beaucoup plus active,
- 29:22avec des gens qui sont punks depuis qu'ils ont 12 ans.
- 29:25Et moi je suis là,
- 29:26waouh !
- 29:28Et je ne parle à personne.
- 29:29Je me retrouve comme quand j'avais 3 ans,
- 29:31c'est-à-dire...
- 29:33pas par nature,
- 29:35mais par...
- 29:35Alors là,
- 29:37je suis vraiment en retrait.
- 29:38Ça a très vite,
- 29:40très vite enclenché,
- 29:44parce qu'on ne m'a pas nommé.
- 29:46Donc ils faisaient les classes,
- 29:49et mon nom n'est pas apparu comme une quinzaine d'autres élèves.
- 29:53Donc on se retrouve comme des clampins à ne pas savoir ce qu'on fait.
- 29:59Et on nous demande de nous mettre en file et ils disent toi tu es en A,
- 30:02toi tu es en B,
- 30:03toi tu es en C.
- 30:06Et tout le monde est dans la file et je vois un mec qui calcule,
- 30:10qui calcule pour être dans la même classe qu'une super jolie blonde qui s'appelait Esther.
- 30:16Et donc il y avait dans cette file Christophe,
- 30:19Esther,
- 30:20Jerry et moi.
- 30:21Et en fait on est x4 classe,
- 30:24donc on était 16 et on se retrouve les 4 dans la même classe.
- 30:29Donc on se retrouve à quatre.
- 30:30On ne s'est plus quittés pendant les trois ans qui ont suivi.
- 30:34C'était une amitié.
- 30:37Jerry est le cousin de Thomas,
- 30:40qui est le fondateur de cette fondation.
- 30:43Donc tout se lit.
- 30:47Donc ça,
- 30:47c'est les amitiés qui perdurent.
- 30:51Et ça a été trois ans où...
- 30:54Je me suis émancipé,
- 30:56on va dire ça comme ça.
- 30:57De moins en moins,
- 30:58je revenais à la maison.
- 30:59Je n'avais pas envie de retrouver...
- 31:02J'avais quitté le foyer.
- 31:05J'allais plutôt en forêt quand je revenais,
- 31:09parce que l'atmosphère familiale n'était pas forcément super exaltante.
- 31:18Et la forêt était une belle ressource de...
- 31:23De paix,
- 31:24on va dire ça comme ça.
- 31:27Et Liège,
- 31:28ben Liège,
- 31:28quoi.
- 31:29L'esprit liégeois,
- 31:30c'est...
- 31:30Peut-être en toucher quelques mots pour les gens qui ne connaîtraient pas Liège.
- 31:35Alors,
- 31:35les Liégeois,
- 31:36c'est ceux qui ont un accent un peu starby.
- 31:38Pour les Français,
- 31:40il n'y a pas qu'un accent belge,
- 31:41il y en a des centaines.
- 31:44Les Liégeois,
- 31:44c'est vraiment,
- 31:46on l'appelle la cité ardente,
- 31:48et elle porte bien son nom,
- 31:49je pense.
- 31:51Ils sont ardents,
- 31:52quoi.
- 31:53Ils sont...
- 31:54Il y a un feu.
- 31:55Ils sont festifs aussi,
- 31:56hein ?
- 31:57Festifs,
- 31:58chaleureux,
- 31:59décontractés,
- 32:02très jolies filles.
- 32:04Bon,
- 32:04donc,
- 32:04quand on est blaxant,
- 32:05tu vois,
- 32:06parce que moi,
- 32:06la première fois que j'arrive à Liège,
- 32:08je suis dans le bus,
- 32:09je vais vers mon cote et je vois toutes ces filles magnifiques.
- 32:13Ben oui,
- 32:13Arlon,
- 32:14il y en a dix,
- 32:15quoi.
- 32:15Là,
- 32:16il y en avait des centaines.
- 32:19Mais j'ai dû en entendre parler une,
- 32:22et là,
- 32:23ça a complètement cassé mon...
- 32:28L'accent est mignon,
- 32:29une fois que tu...
- 32:30Mignon,
- 32:31on ne peut pas dire ça.
- 32:32L'accent est spécifique.
- 32:33L'accent est spécifique,
- 32:34on l'attrape vite,
- 32:35étonnamment,
- 32:36en y restant trois ans.
- 32:39Quand on est un peu une éponge,
- 32:41on l'attrape vite,
- 32:41cet accent.
- 32:44Parce qu'en Gaume,
- 32:45comme on est frontalier avec la France,
- 32:47on n'a pas énormément d'accent.
- 32:52Et donc oui,
- 32:53Liège,
- 32:55ça veut dire guindaille,
- 32:56c'est-à-dire fête continue.
- 33:00Il y a une zone à Liège qui s'appelle le Carré,
- 33:02où tout est concentré,
- 33:04donc tu as plein de café,
- 33:05tous les étudiants se retrouvent là le soir.
- 33:07Il y a une ambiance de dingue.
- 33:11Voilà,
- 33:12bon,
- 33:12après,
- 33:12il faut tenir le rythme,
- 33:13quoi.
- 33:15Il faut réussir ses années.
- 33:16Le deal avec ma mère,
- 33:18c'était tant que tu réussis,
- 33:20tu peux continuer.
- 33:23Dès que tu rates,
- 33:24t'arrêtes.
- 33:25Tu aurais pu faire doctorant,
- 33:26en fait,
- 33:26à l'heure qu'un dit pareil.
- 33:28J'ai fait doctorant,
- 33:29puisque j'ai,
- 33:30après les trois ans de Saint-Luc,
- 33:31où j'ai talonné un peu les différentes techniques.
- 33:36C'est très académique,
- 33:37la manière dont on approche.
- 33:40À l'époque,
- 33:40en tout cas,
- 33:41le dessin,
- 33:43j'avais des croquis,
- 33:44donc j'avais des cours de croquis,
- 33:45j'avais des cours d'affiches,
- 33:46typographie,
- 33:47etc.
- 33:48Voilà,
- 33:49c'est...
- 33:52J'ai pas passé mes trois ans à m'extasier,
- 33:55je pense que j'ai réussi dans la moyenne sans faire trop d'efforts,
- 34:01mais j'ai surtout réalisé que je pouvais me faire des amis,
- 34:06que j'étais quelqu'un qui pouvait...
- 34:09oser faire des choses.
- 34:12Et donc voilà.
- 34:14Après la cambre,
- 34:16quand j'ai terminé Saint-Luc,
- 34:17je suis passé par une phase où je suis rentré de nouveau chez mes parents et là ça a été un peu la chute quoi.
- 34:25Me dire oh pfff...
- 34:27J'avais goûté la liberté d'être moi,
- 34:30j'avais fait des expériences humaines,
- 34:34des expériences personnelles.
- 34:38et je n'avais pas l'impression d'avoir réellement acquis un savoir comme j'aurais voulu le faire.
- 34:45Et j'ai un ami de Liège qui m'a un jour invité à venir avec lui à Bruxelles et il m'a fait visiter l'abbaye de la Cambre.
- 34:55Alors moi,
- 34:57ça a été le coup de foudre,
- 34:58bien sûr.
- 35:00Le côté abbaye cistercienne et le côté art dans une école assez élitiste.
- 35:08Tout l'ingrédient était là.
- 35:09L'envie de savoir,
- 35:10quand on a 17 ans et demi,
- 35:1218 ans,
- 35:13on n'a pas forcément la niaque pour apprendre.
- 35:16Mais quand on a 3 ans de plus,
- 35:1820,
- 35:1821 ans,
- 35:20là,
- 35:21on se rend compte que si on peut rentrer dans une école comme la Cambre,
- 35:26il faut apprendre tout ce qu'on peut prendre.
- 35:30Et bibliothèque extraordinaire,
- 35:34tout début de l'informatique,
- 35:36tout début des Mac,
- 35:40puisque le métier de graphisme est fortement lié aux Mac.
- 35:46Donc très grande révolution en préparation.
- 35:51Moi j'avais fait du design graphique et de la publicité un peu...
- 35:55l'ancienne à saint luc et à la cambre chacun avait un ordinateur voilà même à saint luc on en avait aussi un on commençait aussi mais voilà donc c'était vraiment ces périodes là ça a été vraiment
- 36:10la nouvelle génération de designers qui allaient sortir et qui allaient un peu chambouler le marché dans les studios.
- 36:16Je croyais que ça a dû être un peu une rencontre des mondes pour le métier à ce moment-là.
- 36:21Comme tu dis,
- 36:22le côté très manuel,
- 36:23très manuscrit,
- 36:24presque du métier de graphiste,
- 36:26et l'arrivée du numérique qui était inconnu jusqu'à présent.
- 36:29Alors oui,
- 36:30et surtout des gens qui avaient une maîtrise du geste,
- 36:34qui étaient vraiment des designers.
- 36:37Alors au tout début,
- 36:37avec les ordinateurs,
- 36:39on continuait à faire du design.
- 36:41Il n'y avait pas internet comme on l'a aujourd'hui,
- 36:43Pinterest,
- 36:45toutes les plateformes et l'intelligence artificielle qui émergent comme aujourd'hui.
- 36:49Donc l'ordinateur restait un outil technologique au service du designer.
- 36:57Il fallait aller faire des recherches,
- 37:01continuer à faire des croquis,
- 37:02des réflexions manuscrites,
- 37:04etc.
- 37:05pour,
- 37:06plutôt que de faire de la mise honnête sur ce qu'on appelait de l'omnicrome ou à l'encre,
- 37:12de chine certainement là ça se faisait à l'ancre des chines ou qu'on pas au lat des logos ça se faisait comme ça quoi et l'omni chrome c'était une sorte de film rouge hyper inflammable ne mettais jamais une allumette à côté de l'omni chrome
- 37:30C'est un petit coucou à Jerry qui l'a fait,
- 37:32bien sûr.
- 37:33Plein de classe,
- 37:34tout le monde.
- 37:34C'est des films transparents sur lesquels il y a un léger film rouge autocollant.
- 37:41Et avec le cutter,
- 37:42les compas,
- 37:43etc.,
- 37:43on coupait,
- 37:44on redessinait le logo.
- 37:47et on enlevait les parties rouges qu'on n'avait pas besoin pour faire apparaître le logo.
- 37:51Et ce logo,
- 37:52qui était dessiné en omni-chrome,
- 37:55servait de base pour faire du photomontage,
- 37:59de la photogravure,
- 38:01etc.
- 38:02Donc faire la mise au nette définitive du truc.
- 38:05Et il y avait un énorme tas,
- 38:06puisque tous les élèves de la classe mettaient l'OmniChrome sur le même tas,
- 38:10comme ça après on mettait ça à poubelle.
- 38:13Et Thierry,
- 38:13pour essayer un truc,
- 38:15il prend son briquet,
- 38:16il allume,
- 38:17et ça prend directement,
- 38:18et il veut s'en débarrasser,
- 38:20et bien sûr,
- 38:21le morceau tombe sur le gros tas,
- 38:23et ça...
- 38:25Voilà.
- 38:27C'était ce genre d'expérience qu'on a aussi dans une école d'art.
- 38:33Donc voilà,
- 38:34packaging,
- 38:34etc.
- 38:35Et donc la cambre,
- 38:36coup de foudre.
- 38:37Sauf que moi,
- 38:39je savais très bien que ma mère n'allait pas...
- 38:43Elle m'avait dit non,
- 38:44mais non,
- 38:44tu vas chercher un boulot à Luxembourg.
- 38:48Et c'est ce pote,
- 38:50Mickaël,
- 38:51qui m'a dit laisse-moi un peu avec ta maman,
- 38:53je vais parler avec elle.
- 38:54Et quand ils sont sortis,
- 38:55ils étaient d'accord.
- 38:56Comment il a fait ce miracle ?
- 38:58J'en sais rien.
- 38:58Tu ne l'as jamais su ?
- 39:00Jamais su.
- 39:00Il n'a pas vu ton livre ?
- 39:02Je ne sais pas ce qu'il lui a dit.
- 39:05Il était fort,
- 39:06Mickaël,
- 39:06pour ça.
- 39:08Mais c'était quelqu'un de très persuasif et très intelligent.
- 39:15En fait,
- 39:15j'avais rien à perdre à essayer de rentrer à la cambre.
- 39:19On était 72 à vouloir rentrer,
- 39:21on était 14 à être pris.
- 39:24Et par chance,
- 39:24j'ai été sélectionné.
- 39:27Et là,
- 39:28à ce moment-là,
- 39:28tu te dis,
- 39:28ok,
- 39:29là j'ai la chance de pouvoir faire 5 ans dans une école extraordinaire,
- 39:34avec des profs qui étaient avant tout des gens reconnus dans le milieu.
- 39:39des noms quoi.
- 39:42Je me suis donné à fond quoi.
- 39:46C'est aussi parmi les cinq plus belles années de ma vie.
- 39:49Vraiment.
- 39:51Parce que aller chercher...
- 39:53C'était pas de la communication graphique,
- 39:55c'était de la communication graphique,
- 39:56mais c'était pas du graphisme et de la publicité comme j'avais fait à Liège quoi.
- 40:01C'était pas orienté publicité,
- 40:02c'était orienté communication graphique,
- 40:04donc de nouveau design.
- 40:06sens,
- 40:08approche narrative avec des cours généraux extraordinaires,
- 40:15histoire de l'art,
- 40:15histoire de la musique,
- 40:17histoire de l'art contemporain,
- 40:19histoire de la photo,
- 40:22croquis,
- 40:22perspectives,
- 40:23plein plein de trucs.
- 40:25Et quand on a la maturité en plus et qu'on a cette...
- 40:36Cette conscience que dans cette école,
- 40:41on peut apprendre énormément de choses,
- 40:44c'est parfait.
- 40:45Je sais que de mon point de vue,
- 40:47pour avoir été membre du jury dans plein d'écoles,
- 40:49ce n'est pas l'école qui fait les étudiants,
- 40:51c'est les étudiants qui font l'école.
- 40:55J'ai vu des étudiants brillants dans toutes les écoles,
- 41:00et j'ai les meilleurs graphistes que j'ai rencontrés.
- 41:03pour un peu casser les écoles,
- 41:05sont des autodidactes.
- 41:06Donc la plupart des très bons designers que j'ai rencontrés sont des autodidactes.
- 41:13Donc en soi,
- 41:13voilà.
- 41:14Mais pour moi,
- 41:15dans mon parcours,
- 41:16la Cambre a été vraiment une étape.
- 41:20Et Bruxelles,
- 41:21bien sûr,
- 41:22Bruxelles.
- 41:23Autre ville,
- 41:24autre mentalité,
- 41:25autre style.
- 41:26XL,
- 41:27les étangs d'XL,
- 41:28magnifique endroit,
- 41:29la place Flagey.
- 41:31J'ai déménagé quasiment tous les deux ans,
- 41:33mais c'était...
- 41:36C'était autre endroit,
- 41:37autre ville,
- 41:38autre dimension.
- 41:40Dimension plus française aussi,
- 41:42car beaucoup d'étudiants de la Cambre étaient français.
- 41:45On sortait de la ville pure belge Liège pour aller vers une ville plus cosmopolite.
- 41:56qui est Bruxelles,
- 41:57ça parlait anglais,
- 41:58espagnol,
- 41:59français,
- 42:00c'est fabuleux.
- 42:01Et donc,
- 42:04on s'y accroche.
- 42:04Je suis resté 12 ans à Excel.
- 42:0812 ans.
- 42:10Après la cambre,
- 42:11pendant la cambre,
- 42:13j'ai trouvé un boulot,
- 42:15parce que comme j'avais déjà un diplôme et j'avais trouvé un job d'étudiant,
- 42:19à la rétine de plateau.
- 42:23et au petit déjeuner du cinéma,
- 42:24qui était la même entité.
- 42:27Les vieux reconnaîtront ceux qui ont connu ça.
- 42:30Les petits déjeuners du cinéma,
- 42:31c'était...
- 42:32Vous venez tous les dimanches matin manger un croissant et boire un petit café devant un film.
- 42:39Mais un film qui était passé il y a dix ans.
- 42:41Donc,
- 42:42les gens pouvaient revoir Beetlejuice.
- 42:46Il y avait des programmations bien précises,
- 42:49etc.
- 42:50C'était très sympa.
- 42:50La rétine de plateau,
- 42:51c'était une SBA.
- 42:53qui qui protégeait le patrimoine cinématographique bruxellois mais qui est aussi une qui faisait de l'événementiel il y avait énormément de choses qu'on
- 43:07faisait à la rétine de plateau et en plus de la cambre j'ai vraiment appris mon métier là avec un fou furieux comme patron qui était eric gauthier et qui
- 43:20Avoir un fou au-dessus de soi,
- 43:21c'est...
- 43:24Tu passes ou tu casses,
- 43:25mais si tu es capable de suivre un fou,
- 43:28il n'y a plus rien qui t'arrête.
- 43:32Et lui,
- 43:32rien ne l'arrêtait dans sa folie.
- 43:34C'est des cageurs de folie pour mieux cerner.
- 43:38Si je dois...
- 43:40Un exemple,
- 43:41une anecdote.
- 43:41C'est Don Quichotte,
- 43:42en fait.
- 43:43D'accord.
- 43:44C'est Don Quichotte.
- 43:46Ce mec a un talent extraordinaire,
- 43:49il a une présence déjà.
- 43:53Il a créé le cyberthéâtre,
- 43:55il a imaginé le cyberthéâtre à une époque où ce mec a fait des...
- 44:05Quelqu'un qui est un peu fou,
- 44:06qui est fou,
- 44:07est toujours connecté à quelque chose que les autres n'ont pas.
- 44:13une sorte de liberté dangereuse,
- 44:17dangereuse au niveau business en tout cas,
- 44:20mais une liberté de création et d'anticipation fabuleuse.
- 44:25Ce mec était un visionnaire,
- 44:27était parce que on ne peut pas rester constamment visionnaire,
- 44:30on est visionnaire à une époque clé de sa vie.
- 44:36Non,
- 44:36lui a quelque chose de fond d'homme.
- 44:39Il a une énergie,
- 44:40je ne sais pas d'où il la puise.
- 44:42Je ne sais pas d'où il la puise,
- 44:43cette énergie.
- 44:45Et l'équipe d'Alretine était fabuleuse.
- 44:48Marc,
- 44:49Virginie,
- 44:50Assou,
- 44:52tous des gens,
- 44:54Eliana aussi,
- 44:55tous des gens ultra compétents,
- 44:58parce qu'entourons un fou.
- 45:02Mais un fou gentil,
- 45:03un fou enthousiaste.
- 45:05qui voulaient,
- 45:07qui pouvaient rebondir sur une idée,
- 45:09redévelopper un nouveau projet.
- 45:10On faisait des projets tous les deux jours.
- 45:13Un porteur de projet ?
- 45:15Non,
- 45:15parce que non,
- 45:16c'est un créatif...
- 45:19Sans limite ?
- 45:20Sans limite,
- 45:21voilà.
- 45:22Après,
- 45:22il a créé la Champagne Tech,
- 45:24après,
- 45:25il a racheté un cinéma qu'il a voulu...
- 45:28Non,
- 45:28ce mec n'est pas suivable,
- 45:30quoi.
- 45:31N'est pas suivable.
- 45:33Et c'est sa force et sa faiblesse,
- 45:35puisque qui voudrait suivre,
- 45:37qui voudrait investir dans quelqu'un qui a une telle puissance de rebond ?
- 45:45Et pourtant,
- 45:46son discours maintenant,
- 45:47il a 60 ans,
- 45:51il refait l'IAD ou l'INSAS,
- 45:53je ne sais plus,
- 45:53donc une école de cinéma où il apprend la réalisation.
- 45:58C'est fabuleux.
- 46:00Là,
- 46:00maintenant,
- 46:00il réfléchit sur le cinéma de demain.
- 46:02Il a toujours réfléchi autour du cinéma.
- 46:04C'est un passionné de cinéma,
- 46:06c'est un photographe de plateau.
- 46:07Mais à 14 ans,
- 46:08ce mec avait réussi à se planquer,
- 46:10à se faire passer pour un enfant de cœur,
- 46:12à l'enterrement de je ne sais plus quel roi,
- 46:16pour aller photographier l'enterrement de l'intérieur.
- 46:19Voilà le type de folie de ce gars.
- 46:23J'ai passé des nuits blanches à travailler pour lui et pour nous tous,
- 46:27parce que les projets étaient exaltants.
- 46:31Et c'est une très bonne école.
- 46:33Je crois que ça a construit le designer que je suis devenu après,
- 46:37c'est-à-dire le challenge,
- 46:39pas de souci.
- 46:41J'ai déjà vécu pas mal de choses.
- 46:44Justement,
- 46:45pour y venir,
- 46:46après ton parcours scolaire et ses premières étapes,
- 46:50on arrive,
- 46:51j'ai envie de dire,
- 46:52enfin dans le monde du travail.
- 46:54Encore une toute nouvelle page,
- 46:56une toute nouvelle phase.
- 46:58Alors,
- 46:59le monde du travail,
- 47:01ça a été la rétine de mon gage.
- 47:03Après,
- 47:04j'ai terminé la cambre en faisant de la vidéo.
- 47:08Je me suis éclaté.
- 47:09Belle rencontre aussi avec Patrick Lerche,
- 47:15un auteur et comédien et metteur en scène.
- 47:19qui avait écrit Le dire troublé des choses,
- 47:21magnifique projet.
- 47:22Je travaillais avec des acteurs...
- 47:28des jeunes acteurs étudiants du Conservatoire de Bruxelles,
- 47:31de l'art dramatique de Bruxelles,
- 47:34fabuleux.
- 47:38Je sors de là et je me fais engager à la rétine de plateau où je continue ce que je faisais déjà.
- 47:43Mais très vite,
- 47:47on s'épuise.
- 47:47Et puis,
- 47:50les choses évoluent,
- 47:51pas forcément bien.
- 47:54Et donc,
- 47:55très vite,
- 47:56je me mets freelance.
- 48:01Avec des gens qui me disent,
- 48:02mets-toi freelance,
- 48:03Olivier,
- 48:03fais-le.
- 48:05On est à quelle époque à ce moment-là,
- 48:06pour toujours contextualiser,
- 48:07dans quelle année plus ou moins ?
- 48:11Je termine Saint-Luc en 1994.
- 48:16Je termine la cambre en
- 48:211999. Et la rétine,
- 48:24je pense que je termine en 2003-2004.
- 48:29Donc on est dans le début 2000,
- 48:31début de mes années 2000.
- 48:33J'achète...
- 48:35un écran ciné Apple qui est maintenant vintage à mort.
- 48:41J'achète des bureaux et je me lance comme freelance au sein d'un collectif qui s'appelait Ideogram,
- 48:52où il y avait copie,
- 48:53publicitaire,
- 48:54graphiste,
- 48:55metteur honnête...
- 48:56Une agence,
- 48:57en résumé.
- 48:58Oui,
- 48:59en fait,
- 48:59un regroupement de freelance.
- 49:01Donc chacun avait son petit bureau qu'il louait et puis on avait un super,
- 49:05des super bureaux.
- 49:05Un coworking avant-d'heure un peu.
- 49:07Voilà,
- 49:07un coworking avant-d'heure.
- 49:09Le but c'était de générer des échanges et ça se passait déjà bien entre eux.
- 49:16Moi j'ai juste rejoint la troupe.
- 49:19Bon,
- 49:19il n'y a pas beaucoup eu d'échanges mais c'est pas grave.
- 49:22J'ai eu pas mal de gens beaucoup plus âgés que moi qui m'ont...
- 49:26beaucoup plus long,
- 49:27dix ans,
- 49:28qui m'ont un peu pris sous le réel.
- 49:31Moi,
- 49:31je venais avec l'énergie du renouveau.
- 49:33Et voilà,
- 49:34c'était chouette.
- 49:37Et puis après,
- 49:37j'ai rencontré mes premiers associés,
- 49:42Eric et Tristan,
- 49:43qui avaient monté une société Screenshot.
- 49:47Donc comme moi,
- 49:48j'étais du milieu événementiel,
- 49:49la rétine de plateau était vraiment dans le milieu événementiel,
- 49:54il y avait deux ou trois grandes sociétés à l'époque,
- 49:57Any Performance,
- 49:59VO
- 50:01Communication, et je pense une troisième.
- 50:06En final,
- 50:07tout gravitait autour de ces énormes boîtes événementielles à une époque où l'événementiel était à son apogée.
- 50:16Maintenant,
- 50:17c'est plutôt difficile.
- 50:18Tu veux dire que vous aviez des budgets conséquents,
- 50:21des annonceurs,
- 50:21etc. ?
- 50:22Des budgets conséquents,
- 50:24oui,
- 50:25des trucs.
- 50:25Il y avait un gros marché et pas forcément beaucoup de créativité au niveau du design graphique.
- 50:32J'étais un peu un ovni dans le bazar.
- 50:35Les gens qui sortent de la cambre vont souvent dans des grands studios ou font des studios quand même qui ont une certaine...
- 50:42présence,
- 50:44méthode,
- 50:45et puis un certain niveau.
- 50:48L'événementiel,
- 50:49ce n'est pas vers ça qu'on va normalement après la cambre.
- 50:53Mais moi,
- 50:54j'y trouvais de l'adrénaline,
- 50:56j'y trouvais des défis,
- 50:58des challenges.
- 50:58Je pouvais à la fois illustrer,
- 51:00peindre.
- 51:01Il n'y avait pas de limite avec Eric.
- 51:02Il n'y avait pas de limite à la réponse créative que je pouvais fournir à ce mec.
- 51:06Donc,
- 51:06j'ai développé pas mal d'outils.
- 51:10Et au delà de.
- 51:12de l'émergence de l'ordinateur aussi donc
- 51:17et donc donc après deux grammes je j'ai un coup dessus je faisais des ports pointe figurez vous je faisais beaucoup de powerpoint parce que dans l'événementiel les gens projetent des powerpoint les si au fond leur powerpoint ou des secrétaires des silos font leur powerpoint n'est pas toujours au succès graphique on s'est fait ainsi d'ailleurs moi les liens et tu es quoi tu
- 51:39vois et donc et je bossais spécifiquement ça ça faisait partie de
- 51:45de mes services et je bossais pour plusieurs boîtes.
- 51:51Un jour,
- 51:52je pars en vacances et
- 51:53Eric et Tristan sont contactés par une de mes clientes et qui leur dit qu'ils avaient les mêmes services que moi.
- 52:03deux architectes qui étaient tombés dans l'événementiel chez Uniperformance,
- 52:10qui avaient décidé de monter une boîte ensemble,
- 52:13puisque c'était des amis de la cambre Archie,
- 52:16et qui faisaient exactement ce que je faisais,
- 52:19sauf qu'il y avait un pendant plus web,
- 52:21plus technologique avec Tristan.
- 52:24Et donc cette cliente leur dit,
- 52:27Je vous envoie des PowerPoints de mon graphiste,
- 52:29je veux ce niveau-là.
- 52:31Donc elle leur envoie mes powerpunks que j'avais faits pour elle.
- 52:35Et les mecs,
- 52:36en fait,
- 52:37il leur manquait ça.
- 52:39Il leur manquait un designer capable d'une puissance créative et visuelle qu'eux n'avaient pas.
- 52:49Donc ils lui demandent quand même qui c'est.
- 52:51Et à un moment,
- 52:54ils me contactent.
- 52:57Et le premier contact,
- 52:58ça a été autour de Franco Dragon.
- 53:02Ils avaient reçu une demande pour travailler pour Franco pour le aquatique au César Palace et ils ne pouvaient pas y répondre,
- 53:12ils avaient d'autres projets.
- 53:13Et donc ils avaient vu mon site et ils avaient...
- 53:18m'avait recommandé à Franco Dragon.
- 53:21Et donc,
- 53:22ça a été le premier projet qu'ils m'ont fourni.
- 53:25Et après ça,
- 53:26on s'est vus.
- 53:27Et ça a été une évidence,
- 53:29quoi.
- 53:30Une évidence...
- 53:32Ben oui.
- 53:34Deux personnages...
- 53:38Voilà.
- 53:39Moi qui suis plutôt un solitaire,
- 53:41qui voulais développer mon propre business,
- 53:44je me suis toujours ressenti solitaire,
- 53:47mais à un moment donné,
- 53:49il y a ce côté fraternel,
- 53:52tu vois.
- 53:53J'aurais pu être prêtre,
- 53:54j'ai été moine.
- 53:56J'aurais pu...
- 53:58faire un sport
- 54:01X, la belote,
- 54:02la pétanque.
- 54:04J'ai fait du handball,
- 54:06sport collectif.
- 54:07J'aurais pu être freelance,
- 54:10je me suis associé.
- 54:12Il y a toujours à un moment donné de mon parcours,
- 54:15cet appel vers les autres et la collaboration.
- 54:18Et je pense que la collaboration est vraiment quelque chose de fondamental dans mon approche.
- 54:26Pour en revenir ici,
- 54:27par exemple,
- 54:28l'exposition que je veux faire après un an de résidence,
- 54:32j'ai envie d'inviter quatre autres artistes.
- 54:35Je n'ai pas envie d'exposer tout seul,
- 54:37j'ai envie de promouvoir aussi un esprit collectif,
- 54:41ce qui n'est pas évident dans le milieu de l'art.
- 54:44Oui,
- 54:44généralement,
- 54:45c'est un peu chacun pour soi,
- 54:45les places sont chères,
- 54:47comme on dit.
- 54:48Alors,
- 54:48c'est chacun pour soi ou on n'a pas le choix.
- 54:52Maintenant,
- 54:52ça change,
- 54:53il y a des ateliers collectifs,
- 54:55il y a énormément de collectifs d'artistes,
- 55:01mais l'artiste est toujours...
- 55:03confronté à lui-même quand il est face à son travail et il n'y a personne d'autre qui peut avancer à sa place.
- 55:09Donc il est face à ses questionnements,
- 55:13face à ses choix esthétiques,
- 55:14face à ses concepts,
- 55:17face aux défis qu'il a envie de relever ou pas,
- 55:19ou face à ses obsessions,
- 55:20il est face à lui-même.
- 55:24Mais quand on peut s'exposer,
- 55:26de nouveau,
- 55:27c'est une question de quand j'arrive dans ce village,
- 55:34et que je vais dans une école gardienne,
- 55:37puisque je suis arrivé à trois ans là,
- 55:39je m'expose aux autres en tant que personne.
- 55:43Quand je décide de dévoiler ma vocation,
- 55:48je m'expose différemment.
- 55:53Quand j'attaque ou quand je fais une contre-attaque au handball,
- 55:57c'est aussi une forme d'exposition.
- 55:59On se met.
- 56:02On se met dans un élan,
- 56:03on se met dans une lumière,
- 56:05on se met dans un mouvement.
- 56:08S'exposer seul,
- 56:11oui,
- 56:11pourquoi pas,
- 56:12mais si dans cette lumière on peut y mettre d'autres personnes,
- 56:18c'est quand même vachement plus cool.
- 56:20qu'on aime surtout.
- 56:22Je ne vais pas aller chercher des noms,
- 56:25non,
- 56:25je vais chercher des gens qui m'entourent,
- 56:27dont le projet m'a touché,
- 56:29ou la personne m'a touché,
- 56:31et j'ai juste envie que les gens puissent voir une de leurs œuvres.
- 56:35C'est pas non plus...
- 56:37Mais donc ça c'est intéressant,
- 56:40le côté social collectif.
- 56:43Autant je ne suis pas du tout dans le milieu de l'art friand de...
- 56:50de ce milieu marchand,
- 56:53on va dire ça comme ça,
- 56:55si on peut parler comme ça,
- 56:56autant les artistes me touchent.
- 56:59Pas tous,
- 57:00mais j'ai ressenti beaucoup parfois de solitude.
- 57:07Et donc moi,
- 57:09je suis souvent content de pouvoir utiliser mes 27 ans de...
- 57:14de directeurs de création en communication pour aider certains à réfléchir,
- 57:20à se positionner,
- 57:22à réfléchir à leur propre identité en final.
- 57:27Oui,
- 57:28parce que ça a été une grande partie de ta carrière justement,
- 57:30la création d'identité.
- 57:32Quand tu as été pendant 27 ans directeur de création,
- 57:36c'était un de tes travaux principaux finalement de créer des identités visuelles pour...
- 57:44Alors ça a été naturel en fait.
- 57:46Ça a été une...
- 57:48J'ai d'abord...
- 57:50Pour reprendre le fil de l'histoire,
- 57:51puisqu'on est dans une logique de ligne du temps.
- 57:54On se permet des écarts,
- 57:55c'est très bien aussi.
- 57:57On adore ça.
- 57:57En fait,
- 57:57tout est interconnecté.
- 57:59Tout à fait.
- 58:00Et il y a des schémas récurrents et des structures récurrentes,
- 58:03comportementales.
- 58:04On entend bien.
- 58:06Donc screenshot,
- 58:07je rejoins screenshot,
- 58:09je deviens le troisième mousquetaire de screenshot.
- 58:12On peut voir ça comme ça,
- 58:14des frères d'armes de nouveau,
- 58:16parce qu'on a relevé des défis de dingue.
- 58:18On avait le monopole,
- 58:19c'est-à-dire qu'on avait réussi à rassembler sous une même boîte un architecte du code extraordinaire qui codait depuis qu'il avait 8 ans,
- 58:29Eric,
- 58:29qui était un chef de projet,
- 58:31un commercial.
- 58:33phénoménal et un fou furieux créatif.
- 58:37Les trois ensemble dominaient le marché.
- 58:40On avait en plus issu d'un côté,
- 58:44Nîmes Performance,
- 58:45une des plus grosses boîtes d'événements,
- 58:47Éric et Tristan venaient de là,
- 58:49et moi je venais du pendant VO Communications.
- 58:52L'entièreté de l'événementiel bruxellois,
- 58:56si pas belge à l'époque,
- 58:58on l'avait.
- 58:59Donc on a bien développé ça.
- 59:03Le screenshot est passé à cette personne très vite.
- 59:06On a engagé,
- 59:09on a avancé,
- 59:10on a passé des nuits blanches à bosser sur des défis de dingue.
- 59:14J'ai brûlé pas mal de neurones.
- 59:17Je faisais des 72 heures d'affilée.
- 59:20Maintenant,
- 59:20j'en paye les conséquences,
- 59:22mais à l'époque,
- 59:23c'était presque...
- 59:25La norme.
- 59:25La norme.
- 59:27On n'a rien sans rien.
- 59:28Je veux dire,
- 59:29voilà.
- 59:30Éric était un peu le moteur,
- 59:31le liant.
- 59:32C'était celui qui tenait,
- 59:34le mec solide qui était au milieu de Tristan,
- 59:36qui était quelqu'un...
- 59:38d'un peu atypique émotionnellement,
- 59:40on va dire ça comme ça,
- 59:43un binaire quoi,
- 59:440,
- 59:441,
- 59:44oui,
- 59:45non,
- 59:45voilà.
- 59:46Un codeur,
- 59:46c'est pas mal.
- 59:49Et moi qui étais la drama queen,
- 59:53on peut appeler ça ça oui,
- 59:54j'avais déjà ce côté un peu drama queen.
- 1:00:00très émotionnel,
- 1:00:02sans filtre.
- 1:00:03Ils avaient parfois peur de m'emmener devant un client,
- 1:00:06parce qu'à l'époque,
- 1:00:06je pouvais dire non à un projet.
- 1:00:09Comme ça,
- 1:00:10on dit non.
- 1:00:12J'étais sorti avec la plus grande distinction de la cambre.
- 1:00:15J'étais un sale gamin à cette époque-là,
- 1:00:17un peu prétentieux.
- 1:00:20L'ego sert,
- 1:00:22l'ego peut servir.
- 1:00:24On a tous besoin d'un ego.
- 1:00:25Et cet Ausha m'a servi à...
- 1:00:28à dire je vais le faire votre truc en trois jours.
- 1:00:31Je vais le faire.
- 1:00:32Ça prendrait normalement 15 jours,
- 1:00:34mais moi je vais le faire en trois jours,
- 1:00:35je suis capable de faire ça.
- 1:00:37Et je le faisais.
- 1:00:40Et maintenant,
- 1:00:43la direction artistique et créative m'a amené un peu plus d'humilité.
- 1:00:48Devoir gérer des gens,
- 1:00:49comprendre qu'on ne peut pas demander aux gens...
- 1:00:52La même chose qu'on se demande à soi-même.
- 1:00:55Au début,
- 1:00:56j'étais un très mauvais directeur de créa parce que j'étais hyper intransigeant.
- 1:01:00J'essayais d'être humain et gentil,
- 1:01:03mais ça ne me servait pas,
- 1:01:04en fait.
- 1:01:07Et je pense que j'ai vraiment fait douter pas mal de gens dans le design graphique.
- 1:01:15En essayant d'être le plus gentil,
- 1:01:17le plus coulant possible.
- 1:01:19Ce qu'eux ne savaient pas,
- 1:01:21c'est que j'étais encore dix fois plus intransigeant avec moi-même.
- 1:01:26Et tu vois que cette intransigeance,
- 1:01:29en final,
- 1:01:33construit une capacité de réponse.
- 1:01:36Et j'étais assez déçu de voir à quel point certaines personnes,
- 1:01:39à 6 heures de l'après-midi,
- 1:01:41avaient terminé de bosser et pouvaient passer à autre chose,
- 1:01:44alors que moi,
- 1:01:45c'était le projet avant tout.
- 1:01:48J'ai appris de ça,
- 1:01:50j'ai changé,
- 1:01:51j'ai évolué.
- 1:01:54Et ça amène un côté serein en plus parce que ça m'a beaucoup mangé d'être aussi ténu sur les projets.
- 1:02:08Toujours,
- 1:02:08je pense,
- 1:02:10lié à une volonté de reconnaissance.
- 1:02:14Le fait que je n'ai pas fait de grand studio graphique.
- 1:02:20Le monde événementiel est un peu pris comme un cirque,
- 1:02:24mais par les designers graphiques,
- 1:02:26c'est un monde éphémère.
- 1:02:27Donc,
- 1:02:28rien n'est jamais posé,
- 1:02:32reconnu.
- 1:02:33Non,
- 1:02:34c'est un truc qui se passe,
- 1:02:35tu vois.
- 1:02:37Même si les défis sont conséquents et que le design peut être vraiment bien foutu,
- 1:02:44il y avait le monde événementiel à côté du monde communicationnel ou identitaire ou design.
- 1:02:52quoi donc peut-être un toujours ce cette volonté de reconnaissance qui est liée très certainement à justement à ce sentiment de ne pas avoir ma place existence de ne pas avoir eu mon ticket d'exister puisque je suis une erreur
- 1:03:11Une erreur,
- 1:03:12un accident.
- 1:03:15Ça m'a longtemps tenu ça.
- 1:03:19Et je pense que cette volonté de se relever les défis,
- 1:03:24de pouvoir faire des choses que personne n'ose faire ou se lancer.
- 1:03:32Je pense que c'est lié à ça.
- 1:03:35Tu voulais être accepté,
- 1:03:36tout simplement ?
- 1:03:39En très résumé.
- 1:03:40Ou m'accepter,
- 1:03:41moi,
- 1:03:42je ne sais pas,
- 1:03:42ou trouver ma place.
- 1:03:45Je pense que ça a toujours...
- 1:03:48Toujours ça,
- 1:03:49c'est...
- 1:03:50Qui suis-je,
- 1:03:51quoi ?
- 1:03:51Je n'ai jamais été contenté de ce que je faisais,
- 1:03:55ou totalement...
- 1:03:58Tu sais,
- 1:03:58quand tu quittes le monastère et que tu te prédestines à une vie de contemplation,
- 1:04:08de mysticisme,
- 1:04:09de quelque chose qui est méta,
- 1:04:12les choses de la vie te paraissent tellement lointaines et pas banales,
- 1:04:17mais tellement vides de sens.
- 1:04:22J'ai vraiment eu l'impression que l'enfant ou l'adolescent que j'étais était beaucoup plus sage et beaucoup plus puissant que l'adulte que je suis devenu.
- 1:04:31Et là,
- 1:04:32je suis en train de me reconnecter à cet enfant intérieur et ça nourrit l'art que je fais.
- 1:04:41Donc après,
- 1:04:42screenshot pour revenir à l'histoire,
- 1:04:44sinon ça va partir en gris.
- 1:04:49On a fusionné avec une autre société et on a créé Manything.
- 1:04:54On est passé de 7 à 14 et puis de 14 à 21.
- 1:04:58Ça a été un un front succès sauf que moi j'étais pas vraiment pour cette fusion parce que ça n'allait pas dans le sens de la qualité ni du design comme je l'entendais.
- 1:05:16Et donc après,
- 1:05:18je pense,
- 1:05:20trois ans,
- 1:05:21j'ai décidé de quitter Manything.
- 1:05:27Parce que j'étais appelé par le design.
- 1:05:32Et qu'après
- 1:05:3515 ans de bons et loyaux services dans l'événementier,
- 1:05:39j'avais envie de développer plus cette faculté que j'avais.
- 1:05:45Je prenais mon pied dans l'identitaire,
- 1:05:47comme tu dis.
- 1:05:48L'identitaire est devenue ma carte de visite.
- 1:05:52Les gens me reconnaissaient pour ça,
- 1:05:55ma capacité à donner du sens dans un milieu qui s'en fout.
- 1:06:01Du moment que c'est beau,
- 1:06:02qu'il y a des feux d'artifice et que c'est jaune,
- 1:06:04quand le client dit jaune,
- 1:06:05je dis non,
- 1:06:06pourquoi jaune ?
- 1:06:07Ça doit être vert.
- 1:06:08Alors là,
- 1:06:09ça part en vrille.
- 1:06:10Donc j'étais à la fois aimé et détesté pour les mêmes raisons.
- 1:06:15Donc j'ai eu envie de lancer ma propre société,
- 1:06:20Kian,
- 1:06:21que j'ai toujours aujourd'hui,
- 1:06:23et qui est devenue Art Studio,
- 1:06:25mais qui a été
- 1:06:26Kian Studio pendant plus de dix ans.
- 1:06:31Et là,
- 1:06:31comme cadeau de départ,
- 1:06:33on va dire ça comme ça,
- 1:06:35Eric,
- 1:06:35mon associé le plus proche,
- 1:06:37m'a transmis l'identité d'Orval.
- 1:06:43l'abbaye d'Orval.
- 1:06:45L'abbaye,
- 1:06:45c'était bouclé ?
- 1:06:46La boucle,
- 1:06:47alors oui,
- 1:06:48finalement,
- 1:06:48j'avais jamais fait,
- 1:06:49franchement,
- 1:06:49j'ai jamais fait le lien.
- 1:06:53C'est parce que c'est la première fois qu'on me demande de raconter ma vie,
- 1:06:56presque,
- 1:06:56donc...
- 1:06:57Mais la boucle est bouclée,
- 1:06:58oui,
- 1:06:59franchement.
- 1:07:00Ce qu'il y a,
- 1:07:00c'est que Frère Xavier,
- 1:07:03tu le connais,
- 1:07:03on a travaillé pour Orval ensemble,
- 1:07:07Frère Xavier voulait un graphiste gommet.
- 1:07:11Et le client qui travaillait pour lui,
- 1:07:13l'agence qui travaillait pour lui,
- 1:07:14Guylain Belmas,
- 1:07:17de l'agence Signe,
- 1:07:18qui est extraordinaire,
- 1:07:19à Gert,
- 1:07:21dit,
- 1:07:22j'ai tout.
- 1:07:23J'ai un designer graphique qui a voulu être moine et qui est gommé.
- 1:07:28Il avait le portail.
- 1:07:32Et donc j'ai eu le projet,
- 1:07:34ça a été très chouette parce que ça m'a permis de lancer ma boîte.
- 1:07:37Sans ça,
- 1:07:38je ne pense pas que je rêve.
- 1:07:40J'ai vendu mes parts comme une clette.
- 1:07:42Je ne suis pas très business,
- 1:07:44mais j'ai vendu mes parts comme une clette.
- 1:07:48Une clette en belge ça veut dire...
- 1:07:51Je pense aux amis français.
- 1:07:53Ça veut dire...
- 1:07:54Quelqu'un de pas très doué.
- 1:07:56Pas très doué.
- 1:07:57Donc utilisez ça.
- 1:07:59Dites clettes en France,
- 1:08:00ça va faire son petit effet.
- 1:08:05Et donc,
- 1:08:06oui,
- 1:08:06j'ai entamé ma carrière solo,
- 1:08:08on va dire ça comme ça,
- 1:08:10avec l'abbaye d'Orval.
- 1:08:11Et l'abbaye ?
- 1:08:13Oui,
- 1:08:13mais l'abbaye.
- 1:08:14Donc,
- 1:08:14ça a été magnifique.
- 1:08:15Ça a été le Da Vinci Code.
- 1:08:19Pour moi,
- 1:08:19je suis resté vivre à Orval pendant plusieurs jours.
- 1:08:22J'ai pris des photos de tout l'héraldique qu'il y avait dans l'abbaye.
- 1:08:26J'en ai fait...
- 1:08:28Quel privilège de pouvoir faire l'identité visuelle.
- 1:08:32d'une abbaye de plus de 900 ans.
- 1:08:36C'est un privilège pour moi.
- 1:08:39Avec ce style très épuré,
- 1:08:41on peut parler de style danois,
- 1:08:43entre guillemets,
- 1:08:44les designers comprendront.
- 1:08:46Très épuré dans le sens et des choses très pures dans la forme,
- 1:08:53la symbolique.
- 1:08:54etc donc ça a été vraiment un super boulot très belle rencontre bien sûr avec frère xavier et toute l'équipe des moines et donc voilà la boucle était bouclée et c'était le début d'une nouvelle aventure en solo qui a été qui
- 1:09:09a relativement bien marché qui m'a permis de vivre de
- 1:09:14qui m'a permis de prendre soin de ma famille,
- 1:09:17d'élever mes enfants.
- 1:09:20Donc voilà,
- 1:09:22c'était bien.
- 1:09:26Et puis voilà.
- 1:09:29Après ce passage,
- 1:09:32on va dire,
- 1:09:32de succès solitaire en affaires et du studio Kian,
- 1:09:38il y a quoi,
- 1:09:38il y a plus ou moins deux ans,
- 1:09:40tu as décidé de...
- 1:09:41de tout chambouler en fait,
- 1:09:42de refaire une nouvelle page.
- 1:09:45Alors on doit aller plus dans l'émotionnel.
- 1:09:48Mais on peut.
- 1:09:49On doit redonner une couche,
- 1:09:50parce que là on a parlé uniquement de ma carrière,
- 1:09:53ou en tout cas du boulot,
- 1:09:55ce que font beaucoup de gens,
- 1:09:56mais ils oublient qu'il y a la famille à côté.
- 1:09:58Donc qu'est-ce qui s'est passé ?
- 1:10:00Je vais essayer de ne pas pleurer.
- 1:10:09A Saint-Luc,
- 1:10:10j'ai croisé la femme de ma vie,
- 1:10:18qui ne l'est plus,
- 1:10:20pour plein de raisons de la vie,
- 1:10:23et on s'est perdu de vue.
- 1:10:25Et un jour,
- 1:10:25elle me rappelle,
- 1:10:27j'étais chez Screenshot,
- 1:10:28donc ça date de l'époque Screenshot,
- 1:10:30donc on est début
- 1:10:332000.
- 1:10:39On était sortis ensemble sept ans auparavant.
- 1:10:44Ça s'était super bien passé,
- 1:10:45j'avais rien compris.
- 1:10:46Elle m'avait largué parce qu'elle avait peur,
- 1:10:48très certainement,
- 1:10:49de mon enthousiasme.
- 1:10:51Et elle me rappelle.
- 1:10:54Elle a un petit gamin de trois ans,
- 1:11:07Mayuri.
- 1:11:11Et moi je suis un dandy bruxellois.
- 1:11:15C'est cette époque de merdeux dont je parlais,
- 1:11:17je me la pétais,
- 1:11:18j'avais des...
- 1:11:20Je gagnais bien ma vie,
- 1:11:21j'avais des costumes Hugo Boss,
- 1:11:23j'étais BG,
- 1:11:24j'avais été modèle chez Levis.
- 1:11:26Bon,
- 1:11:27j'étais bien foutu à l'époque,
- 1:11:28pas comme maintenant.
- 1:11:31Et donc cette femme revient dans ma vie avec un gamin de deux ans et demi et rien n'a changé,
- 1:11:37c'est le coup de foudre toujours.
- 1:11:40Et donc on entame une relation et en fait je prends peur parce que j'ai pas appris à être peur,
- 1:11:52j'aime fondamentalement cette femme.
- 1:11:55Et ce petit gamin,
- 1:11:56mais je ne suis pas prêt à accueillir un enfant de deux ans et demi dans ma vie.
- 1:12:00Ma vie n'est pas prête pour ça.
- 1:12:02Et je suis en plan carrière,
- 1:12:03justement.
- 1:12:04Je suis en train de développer une société,
- 1:12:06ça marche,
- 1:12:07il y a tout ça à mettre en place.
- 1:12:12Et donc,
- 1:12:13très vite,
- 1:12:14je prends peur et je me rends compte aussi qu'on n'a pas les mêmes horizons.
- 1:12:21Et donc je décide de quitter et de dire écoute,
- 1:12:24on peut rester amis,
- 1:12:25je peux être le tonton d'un maillot,
- 1:12:30mais on ne peut pas continuer,
- 1:12:32on va aller droit dans le mur.
- 1:12:34Donc restons amis.
- 1:12:38J'avais réussi à faire ça avec toutes mes ex,
- 1:12:41je vais toujours rester ami avec mes ex.
- 1:12:44Et là,
- 1:12:45dix jours après,
- 1:12:46elle m'annonce qu'elle est enceinte.
- 1:12:49Dix jours après cette rupture,
- 1:12:51bien sûr,
- 1:12:52une fraction de seconde et demie après,
- 1:12:54j'avais lu deux ans auparavant la prophétie des Andes,
- 1:12:59qui parle de cygne.
- 1:13:02Elle me dit,
- 1:13:02voilà,
- 1:13:02je suis enceinte,
- 1:13:04je veux garder l'enfant.
- 1:13:05Et je dis,
- 1:13:05ok,
- 1:13:06go.
- 1:13:07Et de nouveau,
- 1:13:08c'est la boucle qui se reboucle.
- 1:13:10Je suis un accident et ma fille Lou est un accident.
- 1:13:15Issue de l'amour,
- 1:13:16mais un accident quand même.
- 1:13:19Et donc là,
- 1:13:20gros chamboulement de ma vie.
- 1:13:22J'étais à
- 1:13:24Bruxelles, dans un duplex bruxellois,
- 1:13:31et je décide de tout quitter.
- 1:13:34parce que je veux avoir un enfant,
- 1:13:36parce qu'il y a un gamin de deux ans et demi qui m'appelle Paulivier,
- 1:13:41donc c'est un mix entre Olivier et papa,
- 1:13:45et que je n'ai pas envie que mes enfants grandissent à Bruxelles.
- 1:13:48J'ai envie justement qu'ils aient la richesse de grandir à la campagne comme j'ai pu le faire.
- 1:13:55Parce qu'il y a des valeurs à la campagne que si on n'a pas enfant,
- 1:13:59on n'acquérira jamais.
- 1:14:01Donc faire la démarche de la ruralité vers le côté citadin,
- 1:14:09c'est facile,
- 1:14:10plus ou moins.
- 1:14:12L'inverse...
- 1:14:13est plus difficile.
- 1:14:14Même si beaucoup de citadins ont une maison de campagne,
- 1:14:17ils ne seront jamais réellement connectés comme un gars qui a grandi à la campagne.
- 1:14:24Donc il y a des codes,
- 1:14:25il y a des sensations.
- 1:14:29Et donc j'essaye de quitter tout,
- 1:14:31de louer un bazar à la campagne pour élever,
- 1:14:34attendre le bébé et entamer le bazar.
- 1:14:39Ça a changé toute ma vie.
- 1:14:42Je faisais les trajets tous les jours,
- 1:14:43j'étais crevé,
- 1:14:45j'étais passé du dandy au mec responsable de
- 1:14:502,5 personnes à charge.
- 1:14:55Et j'y étais à fond,
- 1:14:56quoi,
- 1:14:57à fond.
- 1:14:58Ça a été un chamboulement global,
- 1:15:04quoi.
- 1:15:05Et puis est né Lou,
- 1:15:06ma fille.
- 1:15:08qui a 19 ans aujourd'hui,
- 1:15:10qui est belle comme un ange.
- 1:15:15Et voilà.
- 1:15:18Et parfois,
- 1:15:19il faut faire des choix.
- 1:15:20J'aurais pu très bien leur dire,
- 1:15:22venez à Bruxelles,
- 1:15:24on va adapter mon appartement.
- 1:15:26Non,
- 1:15:27il y a des fondamentaux qui font que je ne me suis pas aidé.
- 1:15:33Ça n'a pas été facile,
- 1:15:34ni pour elle,
- 1:15:35ni pour moi,
- 1:15:37mais on a tenu.
- 1:15:39Et Lou est née,
- 1:15:41on a vécu des chouettes années,
- 1:15:43et j'ai toujours continué à développer mon business,
- 1:15:47donc je n'étais pas un papa super présent,
- 1:15:50puisque je bossais beaucoup sur Bruxelles,
- 1:15:54mais quand j'étais là,
- 1:15:54j'étais là.
- 1:15:56Mais quand je n'étais pas là,
- 1:15:58je n'étais pas là.
- 1:15:58Donc c'est un peu con ce que je dis,
- 1:16:00mais
- 1:16:02Lou me le reproche encore aujourd'hui en disant tu n'étais pas toujours là
- 1:16:07Et donc la présence est super importante pour les parents,
- 1:16:11être présent.
- 1:16:12Même si on a la qualité de présence que je pense que j'ai eue.
- 1:16:19Mais j'ai ressenti un moment et donc du coup,
- 1:16:21quand j'étais
- 1:16:22Manything, j'ai décidé avec l'accord de mes associés de faire plus de télétravail,
- 1:16:29de rester chez moi pour pouvoir bosser à côté de ma famille,
- 1:16:34que je ne voyais pas beaucoup.
- 1:16:37Et c'était chouette et en même temps pas chouette.
- 1:16:42Parce que pour l'autre...
- 1:16:46La liberté d'être seul n'était plus là.
- 1:16:51Et donc voilà,
- 1:16:52le couple n'allait plus.
- 1:16:55Et gros,
- 1:16:56gros,
- 1:16:56gros,
- 1:16:57gros traumatisme,
- 1:16:59le divorce.
- 1:17:01De nouveau,
- 1:17:03percute,
- 1:17:05comme un coup de poing dans ma tronche,
- 1:17:07rien vu venir.
- 1:17:12Un monde qui s'écroule.
- 1:17:16mais tenir,
- 1:17:18tenir la tête hors de l'eau pour les enfants,
- 1:17:23pour l'eau aussi.
- 1:17:28Quand tout s'écroule,
- 1:17:29il y a,
- 1:17:30comme dirait un sage,
- 1:17:33il faut voir ça comme un alpiniste qui monte une falaise.
- 1:17:41C'est quand une avalanche te tombe dessus parce que j'avais été trouvé ce mec il lui avait dit j'ai l'impression de stagner après le divorce j'ai l'impression de stagner il dit mais c'est fabuleux olivier de stagner il
- 1:17:57dit imagine tu es un alpiniste tu es en train de monter une falaise tu as une avalanche qui tombe sur la tronche
- 1:18:03Et tu tiens,
- 1:18:04tu tiens,
- 1:18:05tu tiens,
- 1:18:06tu ne te laisses pas aller.
- 1:18:07Tu tiens.
- 1:18:08La valange passe,
- 1:18:09t'es toujours là.
- 1:18:10Il dit,
- 1:18:11tu trouves ça pas bien toi ?
- 1:18:15Donc voilà,
- 1:18:16il m'a un peu sauvé de moi-même.
- 1:18:20C'était le plus gros trauma que j'ai eu à vivre,
- 1:18:24le divorce.
- 1:18:26Donc je suis après ce divorce,
- 1:18:28c'était en 2000,
- 1:18:31ça fait presque 8 ans je pense,
- 1:18:33un peu plus.
- 1:18:38Ça a été difficile,
- 1:18:40tout changer,
- 1:18:40vendre la maison.
- 1:18:46Tout ça pour arriver à la question que tu poses,
- 1:18:49donc on soit bien clair.
- 1:18:51Mais sans contexte,
- 1:18:52on ne peut pas définir le fait de la résilience,
- 1:18:54parce qu'on parle de ça.
- 1:18:57Dépasser le trauma du divorce,
- 1:19:00se refaire confiance.
- 1:19:02Moi je me suis oublié dans le couple,
- 1:19:03ou j'ai oublié que j'avais un couple,
- 1:19:05très certainement,
- 1:19:06mais les fautes ne sont jamais à l'un ou à l'autre,
- 1:19:09c'est le couple.
- 1:19:11Le nous n'existait plus et dans ce nous,
- 1:19:12je me suis perdu.
- 1:19:13Voilà,
- 1:19:14c'est pour faire simple.
- 1:19:17Donc se retrouver soi.
- 1:19:20Je restais père,
- 1:19:21mais je n'étais plus compagnon mari.
- 1:19:23Et refaire confiance à quelqu'un d'autre était très difficile.
- 1:19:30Donc,
- 1:19:31heureusement,
- 1:19:32j'avais une vocation de moine.
- 1:19:34Donc ça ne m'a pas vraiment...
- 1:19:39Ça ne m'a pas vraiment affligé de rester seul plusieurs années d'affilée.
- 1:19:48J'achète une maison à Namur,
- 1:19:50puisque les enfants et la famille étaient restés autour de Namur.
- 1:19:54Je n'allais pas me retaper Bruxelles directement et rajouter de la difficulté dans quelque chose qui était déjà difficile.
- 1:20:00Donc j'achète un truc à Namur.
- 1:20:04pas très grand amour de cette ville pour être franc mais j'étais bien mis j'étais à 200 mètres du centre culturel donc exposition super ambiance chouette quartier en développement quartier populaire voilà mixité sociale c'était chouette
- 1:20:27arrivent les inondations de 2021 de 2021 bon comme c'était un loft de plein pied bête j'ai tout perdu quasi deuxième
- 1:20:43trauma c'est à dire je parle pas de trauma je parle d'apprentissage à ce niveau là savoir se dire je n'y peux rien
- 1:20:53Je vois l'eau qui rentre chez moi,
- 1:20:55qui emporte tout ce qui fait mon identité,
- 1:20:59tout ce qui fait mon vécu.
- 1:21:01J'ai sauvé ce que je devais sauver,
- 1:21:02on est en bonne santé,
- 1:21:04les Ausha sont en sécurité.
- 1:21:07Apprendre que ce qui nous entoure,
- 1:21:09le matériel,
- 1:21:09n'est pas quelque chose qui nous définit.
- 1:21:14Mais quand même,
- 1:21:16pour l'eau,
- 1:21:17ça a été un gros trauma.
- 1:21:20et donc même pour moi cette inondation ça a été une expérience une expérience riche de solidarité voir mon petit frère
- 1:21:35à débouler le lendemain matin alors que j'étais moi au plus profond.
- 1:21:41Je constatais des dégâts parce que ça n'aurait été que de l'eau,
- 1:21:45ça allait,
- 1:21:46mais c'était de l'eau,
- 1:21:46de la boue,
- 1:21:48du pétrole et de tout là-dedans.
- 1:21:52Donc tout était saccagé.
- 1:21:56Et donc il est arrivé,
- 1:21:58puis une dizaine de personnes sont arrivées.
- 1:22:02Et j'ai rien su faire,
- 1:22:03moi.
- 1:22:04J'étais au bout de ma vie.
- 1:22:06Et j'ai vu ces gens se démener pour m'aider.
- 1:22:11Alors que moi,
- 1:22:12je suis pas vraiment le mec qui demande de l'aide.
- 1:22:15Je suis plutôt...
- 1:22:17C'est ma croix.
- 1:22:18C'est mon truc.
- 1:22:20Là,
- 1:22:20j'ai laissé faire.
- 1:22:23Et j'ai un pote,
- 1:22:24Luc,
- 1:22:24qui est resté plusieurs jours d'affilée,
- 1:22:25qui m'a aidé à tout mettre dans les containers.
- 1:22:29J'ai les gens de l'armée qui sont venus aussi.
- 1:22:32J'avais un casier d'Orval.
- 1:22:34On a fermé le portail,
- 1:22:35on a mis le casier,
- 1:22:37et tous les soldats se sont fait un petit Orval gratos.
- 1:22:41Ces gens étaient exceptionnels.
- 1:22:45Des soldats de Gans,
- 1:22:47des Flamands.
- 1:22:49Pour vous dire,
- 1:22:50les Namurois étaient en...
- 1:22:53manoeuvre,
- 1:22:54donc ils ne pouvaient pas venir aider les Namurois,
- 1:22:57donc c'est des soldats flamands qui sont venus aider des gens au Wallon,
- 1:23:01je trouve ça tellement beau.
- 1:23:04Des jeunes,
- 1:23:05dynamiques.
- 1:23:06Alors là,
- 1:23:07quand on parle de collectif,
- 1:23:08quand on voit des soldats fonctionner en brigade,
- 1:23:11c'est respect quoi.
- 1:23:13Ils ont vidé ma cave en dix minutes chrono alors que ça faisait depuis quatre heures du matin que j'étais tout seul avec mes brouettes.
- 1:23:19Donc ils m'ont aidé
- 1:23:21magnifiquement leur énergie leur leur dévotion c'est moi ça m'a réconforté de voir des gens comme ça
- 1:23:29et la solidarité des gens qui venaient vous apporter à manger.
- 1:23:34J'ai eu deux femmes et une fille,
- 1:23:37et leurs filles qui sont venues aussi nettoyer,
- 1:23:41qui demandaient ce qu'ils voulaient,
- 1:23:42et j'ai osé dire moi je veux bien qu'on vienne m'aider.
- 1:23:45C'était fabuleux.
- 1:23:46Donc j'ai vécu des moments humains,
- 1:23:48je pense les plus touchants,
- 1:23:54les plus puissants que j'ai eus.
- 1:23:57Et en final,
- 1:23:58ça m'a permis de nouveau de prendre du recul par rapport à certaines choses,
- 1:24:06et à me reconnecter à des choses essentielles en moi.
- 1:24:12Et puis,
- 1:24:12bon ben,
- 1:24:15six mois après,
- 1:24:16Lou faisait une tentative de suicide.
- 1:24:20pour plein de raisons liées au divorce,
- 1:24:26liées à plein de choses.
- 1:24:29Jamais je n'aurais imaginé ça,
- 1:24:31je ne m'y attendais pas,
- 1:24:32je n'avais rien vu,
- 1:24:33elle cachait bien son jeu.
- 1:24:36Et donc,
- 1:24:37de nouveau,
- 1:24:38électrochoc total.
- 1:24:40Heureusement,
- 1:24:41son corps s'est battu,
- 1:24:42elle a survécu.
- 1:24:44Et là,
- 1:24:46c'est...
- 1:24:50C'est aussi puissant que le divorce en final.
- 1:24:53De voir son enfant renaître devant soi,
- 1:24:57ça remet les pendules à zéro.
- 1:25:03Ça revient à l'évidence des choses.
- 1:25:09ça te reconnecte à l'essentiel,
- 1:25:13aux fondamentaux.
- 1:25:16Et c'était la vie qui me ramenait encore une étape supplémentaire d'expérience.
- 1:25:25Et on s'effeuillette petit à petit de l'intérieur,
- 1:25:28les choses se dissipent.
- 1:25:32Et puis,
- 1:25:33trois mois après,
- 1:25:35c'est-à-dire il y a un an et demi,
- 1:25:39j'apprends que j'ai un adénome à l'hypophyse,
- 1:25:43donc une tumeur à l'hypophyse.
- 1:25:48Et donc là,
- 1:25:49je l'appelle ma cerise sur le gâteau,
- 1:25:53c'est la petite goutte.
- 1:25:55qui remplit le vase,
- 1:25:57finalement.
- 1:25:57Pas le fait déborder,
- 1:25:58le remplit.
- 1:25:59Je suis plein.
- 1:26:02Donc l'hypophyse qui génère la testostérone.
- 1:26:05J'ai pris énormément de poids sans me dire comment ça se fait.
- 1:26:12C'est là que j'ai contacté une endocrino qui m'a révélé la présence de cette tumeur.
- 1:26:18Heureusement bénigne.
- 1:26:20Mais alors là,
- 1:26:21c'était le petit coup de pouce.
- 1:26:25pour justement arriver à ce que tu me posais comme question.
- 1:26:30Et c'est là que tu te dis,
- 1:26:30mais enfin,
- 1:26:32quand est-ce que je vais être moi-même ?
- 1:26:35J'ai plus envie de faire du graphisme depuis trois ans.
- 1:26:41Tout ce pour quoi je m'étais battu,
- 1:26:43cru,
- 1:26:43etc.
- 1:26:45En final,
- 1:26:46j'ai l'essentiel,
- 1:26:47ma fille est en vie.
- 1:26:53je suis un artiste en fait.
- 1:26:55Donc de nouveau une boucle qui se fait,
- 1:26:59sortie du monastère.
- 1:27:01La première réponse qui me vient c'était je voulais être peintre,
- 1:27:04artiste.
- 1:27:05J'ai vu elle faire ça,
- 1:27:07c'est ce que je devais faire.
- 1:27:09Je ne vais pas dire les couilles,
- 1:27:13je l'ai dit,
- 1:27:13mais...
- 1:27:14Je n'ai pas eu le courage d'affronter ma mère à cette époque-là et lui dire mais c'est essentiel pour moi,
- 1:27:20maman,
- 1:27:20tu ne te rends pas compte
- 1:27:22Mais elle,
- 1:27:22dans son passé,
- 1:27:24avait eu cette essentialité bafouée aussi,
- 1:27:27et donc...
- 1:27:29elle ayant fait la démarche de se rationaliser alors que c'était une personne très émotionnelle,
- 1:27:37je pense qu'elle ne voulait pas ou elle ne considérait pas cette démarche dans sa réalité personnelle,
- 1:27:50je pense.
- 1:27:51J'espère que j'ai été clair sur ce coup-là,
- 1:27:53mais c'est difficile de parler des autres,
- 1:27:56surtout de ma mère.
- 1:27:58Donc,
- 1:27:59et là,
- 1:28:01j'en avais plus rien à foutre.
- 1:28:03Franchement,
- 1:28:03j'avais perdu la femme de ma vie.
- 1:28:08Bon,
- 1:28:09je vous rassure,
- 1:28:09j'ai retrouvé une femme de ma vie il y a un mois et demi.
- 1:28:13Et c'est vraiment comme quoi on n'en a pas qu'une.
- 1:28:17Et comme quoi on peut y croire,
- 1:28:18franchement,
- 1:28:19même si moi,
- 1:28:20j'y croyais pas du tout.
- 1:28:25Retrouver quelqu'un,
- 1:28:25oui,
- 1:28:25mais croire qu'on peut être aimé,
- 1:28:27non.
- 1:28:32J'ai fait fi de tout ce que les autres auraient pu penser.
- 1:28:36Et étonnamment,
- 1:28:38comme si tout était aligné,
- 1:28:39de nouveau,
- 1:28:40c'est une question de temporalité.
- 1:28:42Je n'aurais pas pu faire ce choix avant d'avoir tout perdu.
- 1:28:50Jusqu'à avoir eu peur de perdre la vie,
- 1:28:53la santé.
- 1:28:58Ça m'a prouvé à quel point la vie était...
- 1:29:02Chaque jour qui passe,
- 1:29:03chaque instant,
- 1:29:04chaque respiration est importante à vivre pleinement.
- 1:29:09Et ça m'a permis de sortir de moi-même,
- 1:29:13puisque j'étais fort dans l'introspection,
- 1:29:15et d'oser,
- 1:29:17et là on va tourner,
- 1:29:19on va boucler l'énorme boucle qu'on vient de faire,
- 1:29:23c'est exister.
- 1:29:26Exister.
- 1:29:28Je me définis maintenant comme artiste,
- 1:29:30chose que je n'ai jamais osé dire de ma vie.
- 1:29:33Pourtant,
- 1:29:34dans tout mon parcours,
- 1:29:36depuis mes 14 ans jusqu'à maintenant,
- 1:29:39j'ai fait quatre résidences,
- 1:29:42quatre ateliers en résidence,
- 1:29:43j'ai fait trois expos,
- 1:29:46voilà,
- 1:29:47en plus de tous les projets que je faisais sur le côté.
- 1:29:53Ça a toujours été accepté par les gens qui m'aimaient,
- 1:29:55que ce soit mon ex-femme.
- 1:29:57ou mes associés qui comprenaient que c'était une soupape pour moi,
- 1:30:04une soupape de libération.
- 1:30:06C'était quelque chose d'essentiel à la continuité de qui j'étais.
- 1:30:12Et là,
- 1:30:15les choses se sont alignées parce que tant avant je me disais mais je ne vais pas pouvoir le faire si je ne travaille pas
- 1:30:23sur le côté puisque être artiste il faut pouvoir vivre la société nous impose de même si on est amoureux vivre d'amour et d'offense ça n'existe pas il faut pouvoir financer son art il faut pouvoir financer le temps qu'on prend pour soi mais
- 1:30:42là je me suis dit je vends le luft je venais entièrement de le refaire
- 1:30:49Je l'avais même améliorée.
- 1:30:53Et ma fille était prête aussi à changer d'air,
- 1:30:58on va dire ça comme ça,
- 1:30:59même si elle perdait ses amis à Namur,
- 1:31:02elle avait envie de bouger.
- 1:31:05Et donc,
- 1:31:06la boucle de nouveau,
- 1:31:07une autre boucle,
- 1:31:08j'ai survenu à Ixelles,
- 1:31:10là où j'avais vécu mes plus belles années,
- 1:31:14qui est une commune magnifique.
- 1:31:19cher,
- 1:31:20on peut le dire,
- 1:31:21mais près de la cambre,
- 1:31:26en me lançant comme artiste.
- 1:31:28C'est-à-dire que fini le design graphique,
- 1:31:31j'ai fait les derniers projets l'année dernière,
- 1:31:34Orval.
- 1:31:35J'ai commencé par Orval comme freelance,
- 1:31:38j'ai terminé par Orval comme freelance,
- 1:31:44et ça fait maintenant...
- 1:31:47Oui,
- 1:31:47moi que je vis sur mes économies en essayant à 51 ans de faire une carrière d'artiste.
- 1:32:00Et donc je me vois là comme artiste émergent avec des gamins de 26,
- 1:32:0424 ans.
- 1:32:07Et de nouveau,
- 1:32:08les rencontres.
- 1:32:09Thomas,
- 1:32:10c'est une rencontre...
- 1:32:13Jerry me parle de son cousin qui a une fondation.
- 1:32:16On se rencontre,
- 1:32:17on parle ensemble,
- 1:32:18il y a une connexion qui se fait,
- 1:32:20on a la même énergie,
- 1:32:22les mêmes envies.
- 1:32:24Il voit mon travail,
- 1:32:25il est touché.
- 1:32:30Et six mois après,
- 1:32:31il me propose de faire un an résidence ici,
- 1:32:34dans sa fondation.
- 1:32:36Et voilà.
- 1:32:37Et c'est un qui-tout-double,
- 1:32:38quoi.
- 1:32:39Ça passe ou ça casse,
- 1:32:41c'est l'envol ou celle de la chute.
- 1:32:43Mais il n'y aura pas de juste milieu,
- 1:32:45quoi.
- 1:32:48Donc voilà.
- 1:32:51Merci Olivier pour cet émouvant parcours.
- 1:32:56Tu n'as pas à être désolé,
- 1:32:58c'est très impressionnant la justesse de ton propos et ton retour,
- 1:33:02ton regard sur ces événements récents et plus lointains.
- 1:33:09On ne peut pas ne pas être ému quand on repense.
- 1:33:12C'est vrai que c'est un travail difficile,
- 1:33:14parler de soi.
- 1:33:16Parler de sa vie,
- 1:33:18on a l'impression de nouveau de...
- 1:33:20Qu'est-ce que ma vie par rapport à quelqu'un d'autre ?
- 1:33:23Je veux dire,
- 1:33:23qu'est-ce qui me fait différent d'un autre ?
- 1:33:26Pourquoi faire cette vidéo alors que je...
- 1:33:30je ne me considère pas différent des autres,
- 1:33:32si même un peu,
- 1:33:35un peu pas moindre,
- 1:33:36mais...
- 1:33:38donc c'est étonnant,
- 1:33:40mais bon,
- 1:33:40c'est un jeu qu'il fallait jouer,
- 1:33:43et c'est vrai que dans ce jeu-là,
- 1:33:45je n'avais jamais fait cet exercice,
- 1:33:49en tout cas comme ça,
- 1:33:50à nu.
- 1:33:53J'espère que...
- 1:33:55Mon lâcher prise et mon abandon à cette vidéo aura touché peut-être des gens,
- 1:34:01je ne sais pas.
- 1:34:03Je pense que oui,
- 1:34:04ça va toucher beaucoup de gens.
- 1:34:05Ah,
- 1:34:06cool,
- 1:34:06super.
- 1:34:08Eh bien,
- 1:34:08il me reste à te poser la toute dernière question qui est la même pour tout le monde.
- 1:34:13Qui tu voudrais entendre et voir à ta place dans Raconte ?
- 1:34:18Clément Petitjean.
- 1:34:20Bien,
- 1:34:20un autre gourmet bien connu.
- 1:34:23L'ours,
- 1:34:24c'est mon ours,
- 1:34:24mais ce mec,
- 1:34:25ouais,
- 1:34:28Clément.
- 1:34:29pour le contexte c'est un chef cuisinier étoilé gomé qui a un parcours aussi très intéressant par exemple surtout un mec extraordinaire mais il va pas du tout aimé le connaissant il va pas du tout aimé va lui envoyer l'invitation de tapas autant moi j'étais quelqu'un de discret et re
- 1:34:50autant lui,
- 1:34:51c'est un rock.
- 1:34:53S'il t'arrive à le faire parler,
- 1:34:54s'il rentre dans cette vidéo,
- 1:34:56franchement,
- 1:34:58je te paye un resto chez lui.
- 1:34:59C'est enregistré,
- 1:35:00n'oublie pas.
- 1:35:00Oui,
- 1:35:00c'est enregistré,
- 1:35:01je le valide.
- 1:35:05Eh bien,
- 1:35:06merci beaucoup Olivier.
- 1:35:07Merci à toi.
- 1:35:08Merci à vous.
- 1:35:15et se regardent.
- 1:35:16Merci pour votre écoute.
- 1:35:18Retrouvez nos photographies et écrits sur raconte.media ainsi que sur nos réseaux sociaux.
- 1:35:23Raconte est une création originale d'Anthony Dehé et Michel Bourgeois du studio DB Création spécialisé en design de marques et photographie.
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