Latest / Raconte Media - Interviews d'esprits audacieux qui inspirent, bousculent et (re)façonnent le monde - Créatifs, entrepreneurs, influents,… / Comment devient-on artiste contemporain ? | Feipel & Bechameil
Transcript
- 0:00Merci pour votre écoute.
- 0:01Retrouvez nos photographies et écrits sur raconte.media ainsi que sur nos réseaux sociaux.
- 0:07Raconte est une création originale d'Anthony Dehé et Michel Bourgeois,
- 0:11du studio DB Création,
- 0:13spécialisé en design de marques et photographies.
- 0:16Vous avez apprécié cette rencontre ?
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- 0:23Cela contribue réellement à la visibilité de Raconte.
- 0:26Une suggestion d'invité ?
- 0:28Écrivez-nous.
- 0:39qu'une oeuvre de fait pas c'est parti d'un coup du patrimoine avec elle devient quelque chose de rare et de très demandé ça
- 0:46malheureusement personne n'est en mesure de répondre ni les artistes ni les directeurs de musées ni les galeristes parce qu'en fait personne ne sait qu'est ce qui va devenir le
- 0:59patrimoine de demain.
- 1:01À Venise,
- 1:01beaucoup d'artistes finissent ruinés.
- 1:03C'est pas bon ?
- 1:05Il y a même des artistes qui ont dû...
- 1:07Je crois que c'est l'artiste de Salvador qui a dû revendre son million d'or pour pouvoir payer ses dettes.
- 1:12Non,
- 1:13je pense que de toute façon,
- 1:15si on fait des œuvres pour plaire à quelqu'un,
- 1:19ça ne peut pas marcher.
- 1:20Parce qu'on fait une œuvre qui...
- 1:24Je pense que le plus important,
- 1:25c'est que les œuvres qu'on fasse nous plaisent à nous.
- 1:28Raconte la rencontre
- 1:32Bonjour Martine Faypel,
- 1:33bonjour Jean-Béchamel,
- 1:35bienvenue sur Raconte.
- 1:37Merci.
- 1:39Est-ce que je pourrais vous demander de vous présenter en quelques mots ?
- 1:42Que faites-vous ?
- 1:42Qui êtes-vous ?
- 1:46On est un couple d'artistes,
- 1:48donc on est un couple dans la vie et dans le travail.
- 1:52Depuis 16 ans,
- 1:53on fait de l'art,
- 1:55des installations,
- 1:56des sculptures,
- 1:58de la céramique,
- 1:59des dessins,
- 2:00différents médiums.
- 2:03On travaille surtout...
- 2:07On a une pratique d'atelier,
- 2:09on peut dire,
- 2:09comme on voit ici.
- 2:10Donc on fait souvent des choses nous-mêmes,
- 2:12mais pas que.
- 2:13Et puis on aime bien expérimenter avec des médias très différents.
- 2:22Ça peut être de la vidéo,
- 2:23ça peut être de la robotique,
- 2:25ça peut être de la céramique.
- 2:28Donc voilà,
- 2:29on n'a pas vraiment...
- 2:31Comment dire,
- 2:33on a plusieurs médias de prédilection,
- 2:36mais on n'est pas spécialisés dans une chose.
- 2:39Est-ce qu'on peut dire un peu,
- 2:40pour contextualiser,
- 2:41où nous nous trouvons actuellement pour cet enregistrement ?
- 2:45On se retrouve dans notre atelier qui est à Bruxelles,
- 2:50où on fait une grande partie de nos œuvres sont produites ici.
- 2:56Et je crois savoir que vous êtes luxembourgeoise.
- 2:59Et française,
- 3:00si je ne me trompe pas,
- 3:01c'est bien ça.
- 3:02Comment ça se fait que vous vous retrouvez à Bruxelles ?
- 3:05Alors,
- 3:06en fait,
- 3:07on a habité dans pas mal de capitales.
- 3:09Martine,
- 3:10tu as habité à ?
- 3:12À Londres,
- 3:12à Berlin,
- 3:13à Strasbourg,
- 3:17un peu en Italie.
- 3:18Et Jean,
- 3:19il a habité...
- 3:21À Copenhague.
- 3:22à Paris,
- 3:23puisque je viens de Paris,
- 3:24et dans d'autres villes aussi.
- 3:27Donc,
- 3:27on s'est dit qu'on essaierait de trouver une ville ensoleillée,
- 3:33plutôt chaude,
- 3:34comme ça,
- 3:34pas loin de la mer.
- 3:35C'est complètement réussi,
- 3:36on peut le dire.
- 3:36Voilà,
- 3:37des Bruxelles,
- 3:38c'est parfait.
- 3:40Non,
- 3:40mais on avait envie de s'installer dans un endroit où aucun de nous deux n'avait vécu avant.
- 3:49Et puis on a fait un travail à Bruxelles,
- 3:51on a adoré Bruxelles.
- 3:53Aussi par ce mélange de cultures,
- 3:57entre une culture latine et une culture nordique,
- 4:01plus avec la culture flamande.
- 4:04Et puis du monde qui vit à Bruxelles,
- 4:09qui vient de partout,
- 4:12une scène artistique vraiment bien fournie.
- 4:14Donc on était tombés amoureux de Bruxelles.
- 4:18on s'est installé ici.
- 4:19C'est le fameux meeting pot,
- 4:22comme on dit,
- 4:24qui vous a séduit en fait.
- 4:25Oui,
- 4:25il y a quand même une communauté d'artistes ici qui est assez importante,
- 4:29donc on peut confronter nos idées avec d'autres gens aussi.
- 4:32Vous faites ça souvent ?
- 4:33Oui,
- 4:34on fait un bar clandestin pendant le Covid ici,
- 4:38avec des...
- 4:39Enfin,
- 4:41clandestin,
- 4:42je m'entends,
- 4:43mais en tout cas,
- 4:43on a des scripts.
- 4:45On l'a appelé comme ça.
- 4:46On l'a appelé comme ça pour rigoler,
- 4:48quoi.
- 4:50Toujours quand il y a des petits groupes d'artistes,
- 4:52on a discuté,
- 4:53on a vu des coups ensemble,
- 4:55comme ça.
- 4:56Mais ça a débouché sur des collaborations,
- 4:58des œuvres ?
- 4:59Comment ?
- 5:00Ça a débouché sur des collaborations,
- 5:02des œuvres ?
- 5:03Pas forcément,
- 5:04mais il y a eu des...
- 5:08On a discuté d'œuvres communes,
- 5:10en partie.
- 5:12Ça n'a pas forcément abouti jusque-là,
- 5:15c'est quand même important de confronter ces idées et d'avoir cet échange.
- 5:20Même si ça n'aboutit pas,
- 5:23c'est riche en débats et en confrontations.
- 5:27Ça aboutit sur des sacrées discussions.
- 5:31Pour en revenir à vous,
- 5:33quels sont vos cursus ?
- 5:35Comment on devient artiste contemporain ?
- 5:36Parce que ce n'est pas très courant.
- 5:39Dites-moi un peu comment on arrive là.
- 5:43Je pense que
- 5:46J'ai été attirée par l'art dès la jeunesse,
- 5:49je pense.
- 5:50J'ai eu une mère qui peignait,
- 5:53un oncle qui peignait,
- 5:54mais pas professionnellement.
- 5:56Il y a une curiosité qui s'est éveillée par rapport à ça.
- 6:02Après,
- 6:04j'ai fait des études d'art.
- 6:07D'abord à Strasbourg,
- 6:08et après j'étais à Berlin et à Londres.
- 6:11J'ai fait un master en fine art.
- 6:15Et c'était aussi,
- 6:16je pense qu'en dehors des écoles,
- 6:18c'est une façon aussi de voyager dans des endroits,
- 6:21de rencontrer différents points de vue à travers les écoles,
- 6:26mais aussi à travers les élèves.
- 6:30À Berlin,
- 6:32les profs étaient des artistes qui racontaient un peu de comment ils faisaient les expositions.
- 6:37À Londres aussi,
- 6:38etc.
- 6:38Donc,
- 6:39c'est vraiment petit à petit,
- 6:42comprendre de quoi il s'agit,
- 6:44faire des expositions déjà en tant qu'étudiant.
- 6:48Et voilà,
- 6:48on a commencé à faire de l'art.
- 6:51Et puis,
- 6:52jamais lâcher,
- 6:53surtout.
- 6:54C'est une forme de persévérance.
- 6:58C'est sûr,
- 6:58peut-être,
- 6:59un peu d'entêtement de continuer à le faire,
- 7:02parce qu'il y a certainement au début des moments où ce n'est pas si évident.
- 7:07Il faut être entêté pour être artiste.
- 7:09Un peu,
- 7:10je pense,
- 7:11oui.
- 7:12C'est quelque chose,
- 7:13on est porté par une envie de le faire.
- 7:15Donc,
- 7:17c'est plus fort qu'il reste.
- 7:19Et comment on gère cette envie au quotidien ?
- 7:26Il faut déjà trouver des gens qui en ont envie aussi avec vous,
- 7:29parce que c'est quand même déjà suffisamment solitaire comme ça.
- 7:34Donc après,
- 7:35il faut pouvoir exposer ses œuvres,
- 7:37les vendre,
- 7:39les montrer.
- 7:40Donc il y a aussi peut-être trouver des gens qui ont un regard sur notre œuvre,
- 7:47qui ne soit pas uniquement nous,
- 7:48parce que sinon c'est un peu triste.
- 7:50Mais ça c'est tout un travail aussi.
- 7:55Faire des expositions,
- 7:59montrer son travail dès qu'on peut.
- 8:01C'est comme ça que ça commence,
- 8:02en fait.
- 8:04En fait,
- 8:05c'est souvent le début d'une vie d'artiste,
- 8:07c'est vraiment sauter sur la moindre occasion de montrer son travail.
- 8:11Et petit à petit,
- 8:13les gens vous connaissent,
- 8:17ils vous réinvitent.
- 8:21C'est comme ça que ça se fait petit à petit.
- 8:22Mais c'est vrai qu'au début,
- 8:23il y a tout à...
- 8:24Au début,
- 8:25on se demande vraiment pour quelle raison les gens montreraient votre travail dans tout ce qu'il y a déjà à montrer.
- 8:33Et finalement,
- 8:33en fait,
- 8:35ça arrive.
- 8:39Après,
- 8:39en plus,
- 8:40on est un couple,
- 8:40donc c'est aussi le travail qui fait partie de notre vie.
- 8:46Pas seulement quand on est à l'atelier.
- 8:49On rentre avec nos idées,
- 8:51nos discussions,
- 8:54nos inquiétudes,
- 8:55nos envies à la maison.
- 8:56On continue à en discuter.
- 8:58C'est quelque chose qui occupe notre vie du matin au soir.
- 9:05Mais c'est aussi passionnant parce qu'on fait un travail où on réalise nos rêves.
- 9:14C'est quand même une chance.
- 9:16C'est un privilège.
- 9:18On va y revenir.
- 9:19Peut-être juste pour faire une parenthèse,
- 9:21le cursus de Jean,
- 9:22c'était quoi ?
- 9:23Alors,
- 9:25aucun cursus.
- 9:27J'ai été un peu invité dans des cursus,
- 9:31disons,
- 9:31de beaux-arts,
- 9:32etc.
- 9:32Mais en réalité,
- 9:34ma pratique vient surtout du cinéma.
- 9:38J'ai travaillé dans le cinéma assez longtemps.
- 9:41À quel poste ?
- 9:42Dans la décoration.
- 9:43OK.
- 9:45et en fait
- 9:47J'avais participé à l'aventure de Lars von Trier pendant toutes les années 90 et j'habitais au Danemark à ce moment-là.
- 9:54Donc j'ai fait pas mal de décors pour toute cette mouvance du cinéma scandinave.
- 10:02Ça a été découvert par le grand public finalement,
- 10:05cette époque-là de cinéma scandinave.
- 10:06Voilà,
- 10:08à l'époque il n'y avait un peu que Bill August qui était connu et puis est arrivé Trier,
- 10:13Winterberg,
- 10:13toute une génération de jeunes cinéastes qui...
- 10:17qui avaient une façon complètement différente de faire des films et aussi de voir le décor,
- 10:24de voir l'environnement autour d'un script qui était quand même assez intéressant.
- 10:30Et voilà,
- 10:30j'ai eu la chance de participer à ça.
- 10:33Donc ça m'a permis aussi peut-être d'avoir une approche de ma pratique en tant qu'artiste qui était être porté sur la scénographie,
- 10:42sur l'espace,
- 10:43sur le
- 10:46sur l'environnement dans lequel on était,
- 10:48etc.,
- 10:48qui était peut-être moins de l'ordre de l'objet ou de l'ordre de la peinture,
- 10:55par exemple.
- 10:56Mais même si jamais,
- 10:58tout ça,
- 10:59c'est des choses qui se rejoignent.
- 11:01Oui,
- 11:01parce qu'on verra peut-être un peu plus loin.
- 11:03Vous êtes multidisciplinaire,
- 11:04on peut dire ça.
- 11:05Vous n'avez pas un médium sur lequel vous êtes arrêté.
- 11:08Vous avez plusieurs médiums,
- 11:09plusieurs matières,
- 11:09etc.
- 11:11Je pense qu'on va en parler un peu plus loin.
- 11:14Oui.
- 11:14Non,
- 11:15Pour revenir au côté première fois,
- 11:18vous vous êtes rencontrés comment ?
- 11:20Alors,
- 11:21on s'est rencontrés dans une fête.
- 11:23Et voilà,
- 11:26donc on est tombés amoureux.
- 11:28On a d'abord été amoureux l'un de l'autre.
- 11:32Et dans nos discussions des premiers jours,
- 11:35des premières semaines,
- 11:37à travers nos discussions,
- 11:38on a inventé des projets ensemble.
- 11:41Et au bout d'un mois,
- 11:43on a fait la première œuvre ensemble qui s'appelle « Peste et choléra » ,
- 11:48Jean et moi.
- 11:48C'était très optimiste à l'époque.
- 11:54Oui,
- 11:54je pense que c'était très électrique.
- 11:56On est tout de suite tombés amoureux et tout de suite,
- 12:00on avait envie de plein de choses.
- 12:03Et puis,
- 12:04on l'a fait.
- 12:05On était tout de suite dans une sorte d'action,
- 12:07dans une énergie très…
- 12:10très dynamique et puis on n'a jamais arrêté en fait.
- 12:14C'était vers quelle année ça ?
- 12:15C'était en 2008.
- 12:17Ok.
- 12:18On a fait la première œuvre en fait à Copenhague dans mon atelier.
- 12:23Et voilà,
- 12:24à l'époque on ne savait même pas vraiment où on allait habiter puisqu'on était tous les deux à moitié en transit.
- 12:29Et c'était un peu...
- 12:31Bon,
- 12:32on va faire l'œuvre,
- 12:33on va la montrer là,
- 12:34après on est partis travailler.
- 12:37à Trinidad.
- 12:39Ensuite,
- 12:39on est allés en Islande.
- 12:41Donc,
- 12:41c'était assez...
- 12:43On a fait plein de voyages ensemble.
- 12:45On a un peu travaillé aussi dans le cinéma ensemble.
- 12:49Mais assez rapidement,
- 12:50on a quand même donné la priorité à l'art.
- 12:54Et puis,
- 12:54on a eu plein d'expositions,
- 12:56et puis ça s'est enchaîné.
- 12:58On n'a jamais arrêté.
- 12:59Ça a dû être une nourriture intellectuelle formidable,
- 13:02tous ces voyages dans tous ces lieux.
- 13:03Oui,
- 13:04c'est vrai.
- 13:05Parce qu'aussi,
- 13:06Comme l'a déjà dit
- 13:07Jean, on est des curieux de l'espace.
- 13:14Je pense qu'on a souvent une envie de comprendre comment les sociétés marchent sociologiquement,
- 13:20politiquement,
- 13:22même architecturalement,
- 13:23etc.
- 13:25Et donc,
- 13:26à travers ces voyages,
- 13:28on découvre plein de choses,
- 13:29on se confronte à d'autres façons de vivre.
- 13:35Et puis voilà,
- 13:35on a tout de suite aussi intégré dans nos discussions,
- 13:39dans nos échanges,
- 13:40dans notre travail.
- 13:41Et c'est clair que c'est riche de pouvoir voyager ensemble.
- 13:48Et le fait de travailler ensemble,
- 13:50c'est aussi de faire tous ces voyages ensemble et d'être immédiatement dans un échange autour.
- 13:58C'est d'agréable de travailler dans beaucoup de ces pays.
- 14:01Donc c'est aussi assez différent que juste voyager parce qu'on a quand même été confronté aux scènes locales,
- 14:09avec des gens qui vivaient sur place.
- 14:16C'était quand même d'assez longue période,
- 14:17ce n'était pas juste des voyages de trois semaines.
- 14:20Oui,
- 14:20c'était des voyages de trois mois.
- 14:23Donc c'est déjà une autre façon de vivre ces espaces.
- 14:28Vous étiez dans des ateliers ?
- 14:30Pratico-pratique,
- 14:32vos voyages,
- 14:32vous étiez en résidence,
- 14:34atelier ?
- 14:35Alors,
- 14:35ce n'était pas des résidences.
- 14:38On a travaillé sur des films,
- 14:42donc on a un atelier où on réalisait des choses pour le film ou dans des résidences pour nous-mêmes.
- 14:48Ça,
- 14:48ça dépend.
- 14:50Au début,
- 14:50c'était vraiment relativement entremêlé et après,
- 14:57ça s'est cristallisé sur...
- 14:59sur notre carrière d'artiste.
- 15:01Justement pour en venir à ça,
- 15:03vous étiez,
- 15:04on va dire,
- 15:05comment dire,
- 15:06de manière légèrement péjorative,
- 15:07vous étiez sur une production plutôt alimentaire,
- 15:11dans vos métiers de décorateur,
- 15:14etc.
- 15:15Et comment ça s'est passé le changement pour devenir artiste,
- 15:18vraiment,
- 15:18je deviens artiste ?
- 15:20À quel moment ?
- 15:23Disons que peut-être c'est un peu différent pour Jean que pour moi,
- 15:27parce que...
- 15:28Moi,
- 15:28c'était vraiment depuis toujours,
- 15:31c'était être artiste.
- 15:32Quand on s'est connus,
- 15:35on a travaillé sur des films ensemble,
- 15:37mais moi,
- 15:38j'ai jamais arrêté,
- 15:39on n'a jamais arrêté de faire des œuvres.
- 15:42Alors que pour Jean,
- 15:44c'est peut-être plus mélangé.
- 15:46Mélangé,
- 15:46oui.
- 15:48Et puis petit à petit,
- 15:49on a eu des galeries qui se sont intéressées à notre travail.
- 15:52On a eu des institutions qui ont...
- 15:54Comment la rencontre se fait justement avec les galeries,
- 15:56etc. ?
- 15:57Ils viennent à une expo ?
- 15:59Ils viennent à une expo et ils voient les œuvres qui,
- 16:03pour eux,
- 16:05pourraient être des œuvres collectionnées.
- 16:07Je pense que c'est comme ça qu'ils voient la chose.
- 16:11Soit parce que c'est de...
- 16:14ça correspond à un moment où c'est aussi ça correspond à une qualité peut-être du
- 16:202,2 de l'oeuvre je sais pas trop mais en tout cas ce qui est certain c'est que on n'a pas nous fait une démarche vraiment vers les galeries c'est plutôt les galeries qui sont venus et qui nous ont demandé travailler avec nous parce que ce qui se passe souvent c'est que c'est eux ils sont submergés d'artistes on peut dire et donc c'est un peu eux qui font le tri en fait c'est un peu
- 16:44Donc c'est vrai que les galeries,
- 16:47même les institutions,
- 16:48ça vient petit à petit aussi à travers les concours,
- 16:51parce qu'on a fait pas mal de concours.
- 16:52On a fait quand même quelques concours où on a gagné,
- 16:55et donc après on a eu la chance de représenter par exemple le Luxembourg à la Biennale de Venise,
- 17:00ou des choses comme ça,
- 17:02qui sont quand même des concours dans lesquels il faut s'investir sans savoir si jamais ça va marcher ou pas.
- 17:10Et comment vous y prenez pour participer à un concours ?
- 17:12C'est des cahiers des charges ?
- 17:15Vous scrutez un peu ça et puis vous dites,
- 17:16tiens,
- 17:16ça c'est compatible avec notre approche ?
- 17:19Oui,
- 17:20c'est toujours,
- 17:21on fait un concours parce qu'il y a quand même quelque chose qui nous intéresse particulièrement dans ces concours-là,
- 17:31parce que c'est proche de notre sensibilité ou de notre réflexion,
- 17:35etc.
- 17:39On n'en fait peut-être pas tant que ça quand même des concours,
- 17:42mais de temps en temps.
- 17:43Mais après,
- 17:44c'est vrai que je pense qu'au début,
- 17:48on en a fait.
- 17:49Et après,
- 17:50c'est aussi des choses qui se mettent un peu en place où les gens nous contactent.
- 17:55Et bon,
- 17:56c'est un mélange.
- 18:01Vous venez de Paris,
- 18:02justement,
- 18:02de la Biennale de Venise,
- 18:03où vous avez représenté le Luxembourg.
- 18:07C'est un événement majeur sur la scène mondiale de l'art contemporain.
- 18:11Ça change tout dans une carrière ou pas tant que ça ?
- 18:14Si,
- 18:15oui,
- 18:15ça change parce que d'abord,
- 18:17c'est quand même...
- 18:18Disons,
- 18:20on a fait la Biennale de Venise en 2011.
- 18:24On avait tous les deux depuis des années une pratique artistique,
- 18:28mais on était un couple d'artistes depuis 3 à 4 ans,
- 18:333 ans.
- 18:35et donc
- 18:38On était connus dans un certain milieu,
- 18:40mais le fait d'être à Venise,
- 18:44ça crée une visibilité vraiment mondiale.
- 18:47Il y a quand même des gens du monde entier qui viennent voir la Biennale.
- 18:50Et ça,
- 18:51on n'en aura pas profité en montrant notre travail là où on l'a montré avant,
- 18:58c'est-à-dire au Luxembourg,
- 18:59en Belgique.
- 19:01Ça donnait tout de suite une ampleur plus vaste quand même à notre travail.
- 19:05Et puis c'était un succès.
- 19:07Oui,
- 19:08c'est quand même,
- 19:08on a eu vraiment un vrai retour avec beaucoup d'articles,
- 19:14beaucoup de demandes après,
- 19:16donc ça nous a tout de suite positionnés quelque part.
- 19:20Donc après,
- 19:22c'est aussi une suite de continuer.
- 19:24Après,
- 19:24il fallait continuer,
- 19:26ce qui n'est pas évident,
- 19:27parce que la Biennale de Venise,
- 19:29c'est un événement majeur,
- 19:30mais qui...
- 19:32qui n'est pas un événement commercial.
- 19:34Donc après,
- 19:35il faut trouver un moyen de rebondir,
- 19:38de pouvoir en vivre après,
- 19:40ce qui n'est pas évident.
- 19:40Parce que c'est la Biennale de Venise,
- 19:42beaucoup d'artistes finissent ruinés en fait.
- 19:44C'est un bon moment.
- 19:45Oui,
- 19:46il y a même des artistes qui ont dû,
- 19:48je crois que c'est l'artiste du Salvador qui a dû revendre son million d'or pour pouvoir payer ses dettes.
- 19:54Et en fait,
- 19:54c'est vrai que c'est un peu le problème des grandes manifestations.
- 20:00Comme ça,
- 20:00ce n'est pas du tout destiné à commercialiser des œuvres.
- 20:06Donc après,
- 20:07il faut trouver un moyen de rebondir,
- 20:09de trouver des gens qui vont vous inviter à d'autres choses,
- 20:11etc.
- 20:11Tout de suite,
- 20:12parce que si jamais on a la chance que ça marche,
- 20:16c'est bien.
- 20:17C'est vraiment une bonne chose.
- 20:19Et là,
- 20:19c'est plus la rencontre avec le marché des arts,
- 20:22des galeristes et marchands qui doit se faire.
- 20:24Oui,
- 20:24et aussi les institutions.
- 20:25Parce que les institutions comptent aussi énormément.
- 20:28Il faut pas...
- 20:29rencontrer que le marché de l'art dans une carrière d'artiste,
- 20:32c'est un peu de...
- 20:34Follé de...
- 20:35Follé de quoi ?
- 20:37C'est toujours pareil,
- 20:38parce que c'est un peu...
- 20:40Les institutions,
- 20:41elles ont ainsi un rôle important dans l'art.
- 20:44C'est quand même elles qui vont investir dans des grandes productions et puis qui vont montrer aussi à un public beaucoup plus large que le marché lui-même.
- 20:56Donc ça,
- 20:56c'est important.
- 20:58Peut-être...
- 20:59à un public beaucoup plus hétéroclite que ne l'est le marché des foires et des galeries.
- 21:04C'est quelque chose qui vous tient à cœur,
- 21:05de toucher des gens qui ne sont pas de prime abord clients d'art contemporain ?
- 21:10Oui.
- 21:12Nous,
- 21:12quand même,
- 21:12dans notre travail,
- 21:14d'abord,
- 21:14on adore faire aussi des installations ou des œuvres qui répondent à un contexte et qui est vraiment dirigé à un public.
- 21:25Donc,
- 21:26ça c'est vraiment,
- 21:27je pense,
- 21:29l'essence de notre travail,
- 21:30c'est aussi le travail avec les lieux.
- 21:32On a fait quand même beaucoup d'œuvres aussi dans l'espace public et souvent aussi une façon dans notre œuvre d'intégrer le public dans nos œuvres.
- 21:41Donc,
- 21:42c'est important de toucher,
- 21:45de pouvoir aussi toucher les gens qui ne vont peut-être pas avoir des musées.
- 21:51Donc voilà,
- 21:52c'est...
- 21:53Ouais.
- 21:54C'est vrai qu'il y a un côté assez ludique dans votre travail.
- 21:56Ce sont des œuvres que l'on peut toucher,
- 21:58parfois même monter dessus.
- 21:59Je parle des œuvres extérieures,
- 22:00etc.,
- 22:01les grands formats.
- 22:02Ce n'est pas une œuvre qui est dans un musée derrière une vitrine de l'AD.
- 22:06Le public peut avoir vraiment une connexion au sens propre du terme avec vos œuvres.
- 22:12Oui,
- 22:12parce que je pense qu'aussi,
- 22:14pour nous,
- 22:15c'est important que ce ne soit pas seulement une expérience intellectuelle et conceptuelle par rapport à l'œuvre,
- 22:22mais aussi...
- 22:23Une expérience physique et visuelle,
- 22:27mais physique aussi,
- 22:29et puis ce rapport social au public qui nous est cher.
- 22:35Donc oui,
- 22:37on a fait des œuvres qui peuvent aussi servir d'assises,
- 22:42ou on a fait des œuvres comme les brutalistes qu'on a faits,
- 22:48qui sont installés de façon...
- 22:50définitive à Nantes.
- 22:52C'est des grandes sculptures en béton et en pierre de lave émaillée.
- 22:56Mais à l'intérieur des sculptures,
- 22:57il y a des fours à pizzas.
- 22:59Et c'était vraiment pensé pour que les gens du quartier se réunissent autour de ces œuvres.
- 23:05Ils font des pizzas et il y a un partage.
- 23:07Il y a aussi une inclusion sociale par rapport à ce travail et une convivialité qui se crée dans le quartier.
- 23:16Du coup,
- 23:16c'est une façon aussi de désacraliser.
- 23:19Une œuvre qu'on ne peut pas toucher,
- 23:21mais qui sert,
- 23:25qui devient en fait part du quotidien et qui met aussi l'homme au centre de cette attractivité autour de l'œuvre.
- 23:37Et ce n'est pas du coup seulement une œuvre contemplative,
- 23:39ça peut l'être aussi parce que c'est une sculpture,
- 23:41c'est aussi une forme plastique qui est développée,
- 23:46qui nous est chère.
- 23:49qui fonctionne en tant que juste sculpture.
- 23:52Mais c'est aussi important,
- 23:53du coup,
- 23:54c'est intéressant de basculer dans quelque chose où ça devient vivant,
- 23:58il y a du feu aussi sur la place,
- 24:01mais des bûches,
- 24:01du coup,
- 24:02c'est vraiment...
- 24:05On se rapproche un petit peu du design industriel,
- 24:08un peu,
- 24:09en faisant ça.
- 24:11Oui,
- 24:12c'est peut-être pas du design,
- 24:13mais oui,
- 24:15ça se rapproche dans un sens du design.
- 24:18De toute façon,
- 24:18ce n'est pas non plus des œuvres qu'on va reproduire à l'infini.
- 24:26Cette expérience-là à Nantes,
- 24:27ce sera une autre expérience à Bastogne,
- 24:29une troisième à Toulouse où on fait une station de métro.
- 24:32À chaque fois,
- 24:34c'est des idées assez différentes,
- 24:36mais toujours tournées vers le public.
- 24:38Mais ce n'est pas une série de...
- 24:45de choses qui vont être tournées vers une grande production.
- 24:49Et quand c'est comme ça,
- 24:50vous rencontrez les habitants des quartiers dans lesquels va finir l'œuvre ?
- 24:53Oui.
- 24:53Il y a un échange qui se fait ?
- 24:55C'est ça.
- 24:57On a travaillé avec les enfants du quartier pour décider un peu justement de la forme et de la couleur de l'œuvre.
- 25:03On avait fait tout un camp de vacances avec eux.
- 25:06À Toulouse,
- 25:07là,
- 25:08c'est vraiment un dialogue avec déjà les gens qui construisent le métro parce que là,
- 25:13on vient complètement en amont.
- 25:15de la construction du métro,
- 25:16c'est-à-dire qu'en fait on a travaillé sur la station avant même qu'elle soit construite,
- 25:21qu'elle sorte de terre,
- 25:23et donc là on pouvait vraiment modifier un peu la construction elle-même du métro,
- 25:31un peu dans la mesure où c'était.
- 25:33Oui parce qu'on a eu vraiment un échange,
- 25:35parce que le bâtiment n'était pas encore dessiné.
- 25:40C'est-à-dire qu'il était prédessiné,
- 25:42mais il n'était pas fini.
- 25:43Donc,
- 25:43on a fini les cahiers de charge en même temps que les architectes.
- 25:47Et ça,
- 25:47c'était intéressant dans le dialogue de pouvoir vraiment implémenter l'œuvre en échange avec les architectes.
- 25:56Et puis,
- 25:56on va travailler justement sur toute la fréquence des métros.
- 25:59Donc,
- 26:00l'œuvre qui est un bas-relief,
- 26:02elle va être en mouvement un petit peu avant que la rame arrive dans la station.
- 26:08pour signaler son arrivée éminente de chaque côté.
- 26:13C'est tout un travail aussi sur le mouvement,
- 26:16sur ce côté très erratique du métro,
- 26:22très quotidien,
- 26:24avec des mouvements dans la structure elle-même.
- 26:27C'est une œuvre interconnectée sur le système du métro.
- 26:33Une question que je vais vous poser par rapport à Adia.
- 26:36On n'arrête pas d'en parler en ce moment.
- 26:38Est-ce que c'est quelque chose que vous pensez utiliser dans votre pratique artistique un jour ?
- 26:42On l'utilise dans les mouvements.
- 26:45Parce que nous,
- 26:45on utilise de la robotique qui se sert de l'IA.
- 26:48On n'utilise pas pour fabriquer des œuvres.
- 26:51Mais disons qu'on l'utilise effectivement dans certains mouvements de robotique qui sont très compliqués.
- 26:59La programmation,
- 27:00c'est nous qui la faisons.
- 27:01Mais une partie des corrections du moteur et des mouvements se fait avec l'IA.
- 27:08Ce qui va être assez compliqué.
- 27:13Oui,
- 27:13c'est des moteurs robotiques et c'est des moteurs industriels,
- 27:16ce qui nous ramène peut-être au côté industriel.
- 27:19L'industrie,
- 27:19c'est quelque chose qui nous intéresse aussi.
- 27:22C'est-à-dire aussi la technologie,
- 27:24l'industrie.
- 27:25C'est-à-dire que notre travail,
- 27:27c'est quand même,
- 27:28d'une certaine manière,
- 27:30toujours une réflexion sur la modernité et comment cette modernité,
- 27:35à travers...
- 27:36la technologie,
- 27:37l'architecture,
- 27:39ces idéologies,
- 27:40a changé notre rapport à l'espace,
- 27:43au monde,
- 27:44à l'autre,
- 27:45aussi à la nature.
- 27:47Et donc,
- 27:49souvent,
- 27:50on essaie de s'approprier les moyens de cette modernité,
- 27:56ce qu'on a fait avec la robotique.
- 27:58C'est juste qu'on a fait aussi à Ibiza,
- 28:00on a scanné un bâtiment d'un architecte
- 28:05José Luisert,
- 28:06qui était un des symboles de la modernité,
- 28:09aussi un grand ami de Le Corbusier,
- 28:11on l'a en fait scanné avec un laser assez perfectionné,
- 28:16qui sert normalement dans l'industrie à scanner des grands bâtiments industriels.
- 28:20Et en fait,
- 28:21là,
- 28:22on voulait s'en servir justement pour que le spectateur voit le bâtiment tel qu'il l'était à ce moment-là,
- 28:30parce qu'en grande partie,
- 28:32il va être démoli petit à petit.
- 28:35Il faut garder une trace patrimoniale de ce bâtiment,
- 28:39mais c'est une trace complètement emblématique de l'île.
- 28:45L'idée de la trace,
- 28:45l'idée du temps qui passe,
- 28:47c'est quelque chose qui vous inspire au quotidien dans vos œuvres ?
- 28:51Oui,
- 28:52je pense que le temps,
- 28:54dans une sorte même...
- 28:56Oui,
- 28:56le temps...
- 28:58Jouer avec une sorte d'intemporalité ou le temps qui passe,
- 29:02etc.
- 29:02Oui,
- 29:03c'est très présent ce que travaillent quand même les temporalités et comment modifier aussi ces temporalités.
- 29:12En plus,
- 29:12on a souvent un travail d'archives,
- 29:14en fait,
- 29:15parce que,
- 29:15par exemple,
- 29:16quand on avait fait tout le travail sur les grands ensembles et les logements sociaux,
- 29:24on avait essayé d'aller vers les...
- 29:27les plans de l'époque qui étaient des plans avant AutoCAD.
- 29:30Donc,
- 29:31c'est très curieux de s'imaginer.
- 29:32Les plans en papier.
- 29:34Les plans en papier,
- 29:35ce qui est assez curieux,
- 29:36quand on imagine les grandes cités des années 70-80,
- 29:40n'ont en fait pas été dessinées par ordinateur.
- 29:42Et alors,
- 29:44on a eu accès à ces archives qui nous ont été exceptionnellement ouvertes et qui sont des archives dont des architectes,
- 29:54les architectes de ces années.
- 29:56donc euh
- 29:5660-70,
- 29:58début des années 80,
- 29:59sont maintenant à la retraite et ils donnent volontairement leur fonds de dessins et de documents à cette bibliothèque.
- 30:08Et donc,
- 30:10c'est très intéressant parce que c'est vraiment le projet brut.
- 30:14Qu'est-ce qu'était un projet d'habitat social dans les années 70 ?
- 30:18Comment il a été dessiné ?
- 30:19Là,
- 30:19on en voit…
- 30:20Là,
- 30:20ce n'est pas du tout quelque chose de…
- 30:22Il y a des grandes notions sociologiques de l'époque aussi.
- 30:24Oui,
- 30:25c'est intéressant.
- 30:28C'est peut-être aussi pour ça qu'on avait envie de retourner vraiment au début de cette modernité,
- 30:35parce que c'est vraiment la modernité qui contient encore ce rêve d'un meilleur monde possible à travers ces nouvelles architectures,
- 30:47etc.
- 30:48Donc,
- 30:48c'est vraiment une utopie et ça se retrouve.
- 30:52dans ses bâtiments,
- 30:53dans ses dessins des bâtiments,
- 30:55etc.
- 30:56Donc,
- 30:56c'est ça qui nous a beaucoup fascinés,
- 31:00l'œuvre à monde parfait qu'on a fait.
- 31:02En plus,
- 31:02pour nous,
- 31:02c'était un peu la première fois dans l'histoire qu'on était face à du monumental fait pour la classe populaire.
- 31:13Parce qu'en fait,
- 31:13il n'y a pas vraiment d'architecture monumentale pour les classes populaires avant.
- 31:18Il n'y a pas d'exemple,
- 31:20les petites maisons où...
- 31:21où les petits immeubles de trois étages,
- 31:23ce n'est pas réellement monumental,
- 31:24mais une barre d'immeubles.
- 31:27quand c'est reproduit de façon sérielle avec
- 31:314000 logements,
- 31:32ça a quand même quelque chose de,
- 31:34même,
- 31:35on peut dire,
- 31:35politiquement,
- 31:36un peu effrayant.
- 31:37Et d'ailleurs,
- 31:37c'est ce qui s'est passé,
- 31:37parce que politiquement,
- 31:39ça a été vraiment des endroits très vilipendés.
- 31:41On a souvent parlé de ces cités comme des cités qui sont hors contrôle,
- 31:46etc.
- 31:48Et donc,
- 31:48ça a été pour nous un véritable retour à
- 31:55quelles étaient les vraies idées derrière.
- 31:57Surtout que moi,
- 31:57j'ai grandi dans une barre.
- 31:59C'est quand même une expérience que j'ai vraiment eue de première.
- 32:05C'est quand même intéressant comme mouvement architectural,
- 32:11d'autant plus qu'ils sont en grande partie en cours de démolition.
- 32:14Il y a quand même beaucoup de ces barres qui se font exploser à l'heure actuelle.
- 32:17Raconte la forme avec le fond.
- 32:22On vient de parler en détail de ce qui vous inspire,
- 32:25entre autres.
- 32:27Mais comment,
- 32:28pratiquement,
- 32:29vous y prenez pour créer une nouvelle œuvre ?
- 32:31Comment ça se passe,
- 32:32ce processus créatif ?
- 32:34Vous levez le matin,
- 32:35je crée une œuvre,
- 32:36comment ça se passe ?
- 32:37C'est marrant parce qu'on me pose souvent cette question.
- 32:39Et en fait,
- 32:41c'est un peu difficile à répondre parce que c'est vraiment un processus étrange où on discute d'un projet,
- 32:50on revient dessus,
- 32:51en...
- 32:53C'est quand même...
- 32:55Ça part quand même d'un sujet qui nous passionne.
- 33:00Par exemple,
- 33:01quand on a commencé à travailler sur la robotique,
- 33:06parce qu'on a eu une résidence au Luxembourg sur un site industriel à Belleval.
- 33:11Et donc,
- 33:12on était confrontés à ces éléments qu'on connaissait très bien.
- 33:16C'est au fourneau de l'industrie sidérurgique du Luxembourg.
- 33:22qui sont obsolètes maintenant,
- 33:24mais il y a quand même encore l'industrie.
- 33:26Quand on a visité l'usine
- 33:28ArcelorMittal, etc.
- 33:30Il y a une fascination pour ces géants du passé,
- 33:35ces hauts fourneaux,
- 33:39ces bêtes presque.
- 33:42Ça paraît comme des bêtes,
- 33:43parce que c'est des espèces de monstres d'industrie.
- 33:47Et l'automation dans l'usine à côté.
- 33:50Ce qui nous a donné envie de travailler avec la technologie,
- 33:55de faire une réflexion là-dessus et de travailler avec,
- 33:58de répondre à cette industrie du passé avec la robotique d'aujourd'hui,
- 34:03la robotique industrielle.
- 34:05Et donc,
- 34:07il y a toujours quelque chose qui déclenche une envie par une confrontation ou quelque chose.
- 34:14Et là-dessus,
- 34:15on commence à...
- 34:16souvent à faire des longues recherches sur le sujet,
- 34:19à se documenter,
- 34:21à lire dessus,
- 34:22à nous y intéresser,
- 34:23et petit à petit à développer un projet,
- 34:27une idée,
- 34:27comment réagir par rapport à ça,
- 34:31comment questionner ces technologies par exemple.
- 34:35Il faut dire aussi que quand on a visité les usines ArcelorMittal,
- 34:38ce qui nous a vraiment frappé,
- 34:40c'est qu'il n'y avait personne.
- 34:41C'est-à-dire,
- 34:42c'était entièrement automatisé.
- 34:44Entièrement,
- 34:45il ne faut pas non plus exagérer,
- 34:46mais disons,
- 34:47il y a beaucoup,
- 34:47beaucoup de tâches qui sont automatisées.
- 34:49Et dans cette automatisation,
- 34:52dans ces machines qui marchent toutes seules,
- 34:54avec des programmes très compliqués quand même,
- 34:57en fait,
- 35:00ce qui nous fascinait,
- 35:01ce n'était pas du tout la robotique humanoïde,
- 35:04avec des espèces de robots qui imitent l'homme.
- 35:06Ce qui nous fascinait,
- 35:07c'est ce côté automation.
- 35:09d'un énorme process très compliqué.
- 35:12Et en fait,
- 35:13on avait envie de s'en emparer.
- 35:14Tout de suite,
- 35:15on nous a découragé en nous disant
- 35:17« Mais vous savez,
- 35:18la robotique industrielle,
- 35:19c'est vraiment fait pour des ingénieurs qui ont une formation.
- 35:23C'est vraiment fait pour des gens qui sont habitués à travailler de l'électronique. »
- 35:28Alors,
- 35:28ça nous a donné encore plus envie de s'en emparer parce que du coup,
- 35:32on a commencé à acheter des...
- 35:35des morceaux de robots,
- 35:36apprendre à le programmer avec des gens qui ont bien voulu nous aider,
- 35:39ce qui n'était pas évident parce que c'est vrai que c'est un milieu finalement très fermé au public parce que ce n'est pas du tout public.
- 35:46Dans la robotique industrielle,
- 35:48le principe,
- 35:48c'est que justement,
- 35:50il n'y a pas de public.
- 35:52Donc,
- 35:53on a commencé à travailler là-dessus et c'est un peu par hasard.
- 35:58C'est typiquement,
- 35:58par exemple,
- 35:59dans ce cas-là d'une œuvre comme ça,
- 36:00c'est un peu…
- 36:01Petit à petit,
- 36:02on va faire des recherches,
- 36:03on va tomber sur une chose,
- 36:05on va aller vers des gens qui s'y connaissent,
- 36:08on va retomber sur une recherche peut-être plus théorique,
- 36:10et puis on va en faire quelque chose qui est notre propre œuvre.
- 36:15Ça c'est le cas pour cette œuvre-là,
- 36:16mais pour une autre œuvre,
- 36:18ça pourrait être un peu le même process où on va aller vers les archives des architectes et on va trouver des dessins qui nous fascinent,
- 36:25et on va interroger des gens qui ont fait partie de ce mouvement architectural.
- 36:31C'est toujours une espèce de recherche à la fois,
- 36:35je dirais,
- 36:37sensible au niveau de l'image,
- 36:41de la picturalité de la chose,
- 36:44mais aussi une recherche,
- 36:45on pourrait dire,
- 36:45plus intellectuelle,
- 36:47de livres,
- 36:48d'écrits,
- 36:49de conférences.
- 36:51La recherche prend vraiment un temps énorme,
- 36:52en fait,
- 36:53dans votre processus.
- 36:54La lecture,
- 36:55la documentation.
- 36:56C'est...
- 36:57Vous donnez une idée,
- 36:57c'est quoi ?
- 36:58C'est des semaines ?
- 36:58C'est des mois ?
- 36:59Eh ben...
- 37:01Oui,
- 37:01sur deux semaines,
- 37:02ça c'est sûr.
- 37:03Après,
- 37:04c'est entremêlé avec peut-être aussi même une recherche,
- 37:11donc des lectures.
- 37:14Des sujets autour qui nous intéressent,
- 37:17aussi une recherche peut-être formelle,
- 37:20des expérimentations déjà dans l'atelier.
- 37:23C'est des choses qui se mettent en place comme ça,
- 37:26l'un dans l'autre.
- 37:27C'est rarement aussi...
- 37:30Je pense que maintenant,
- 37:31très souvent,
- 37:32on travaille sur des choses un peu comme ça,
- 37:35on continue,
- 37:36c'est un peu organique.
- 37:38C'est pas...
- 37:38On commence un projet et puis on recherche et puis on réhabilite.
- 37:43C'est plusieurs choses qui peuvent aussi se changer.
- 37:47Donc,
- 37:49c'est un processus.
- 37:50Mais c'est souvent quelque chose qui nous inspire,
- 37:55qui déclenche l'envie de faire cette recherche et qui,
- 37:59après,
- 37:59petit à petit,
- 38:00nous amène quelque part et on se laisse guider par ce sujet,
- 38:03etc.
- 38:03Et on développe un travail artistique autour.
- 38:06Vous créez plusieurs œuvres en parallèle ?
- 38:09Ça peut arriver,
- 38:10ça dépend.
- 38:11Ça dépend aussi de l'ampleur du projet.
- 38:16On vient de parler de
- 38:17Ballad of Destruction.
- 38:18Ça,
- 38:18par contre,
- 38:20c'est vrai qu'on a fait toute une recherche.
- 38:21Après,
- 38:22on l'a réalisé.
- 38:22Donc,
- 38:23c'était une résidence aussi de six mois.
- 38:25Donc,
- 38:26on a quand même travaillé sur une longue période sur ce projet essentiellement.
- 38:32Oui,
- 38:32mais là,
- 38:32on s'en est arrivé.
- 38:33Mais après,
- 38:34ça dépend.
- 38:35Mais après,
- 38:36il y a d'autres choses où on travaille sur différentes choses en même temps.
- 38:40Ça dépend.
- 38:41Il y a des choses qu'on laisse un peu de côté,
- 38:44parce qu'on sent qu'on est arrivé peut-être au bout de ce qu'on pouvait faire avec,
- 38:49et puis on revient dessus.
- 38:55On revient sur des choses,
- 38:56même des sujets qu'on s'est éloignés,
- 38:59et puis après on revient dessus.
- 39:00De toute façon,
- 39:02ça fait partie d'un tout,
- 39:04c'est pas si tranché.
- 39:06Justement,
- 39:07ça a amené une des questions que j'avais ici.
- 39:10On imagine toujours les artistes,
- 39:12des gens pas pressés,
- 39:13un peu rêveurs et tout ça,
- 39:14je caricature à peine.
- 39:16Mais quand vous faites des commandes justement pour des institutions,
- 39:21des domaines publics,
- 39:21etc.,
- 39:22on vous donne des designs,
- 39:23des cahiers de charges,
- 39:23c'est ultra carré en fait.
- 39:27Pour des commandes publiques,
- 39:28par exemple,
- 39:29il y a vraiment des cahiers de charges relativement...
- 39:32Sévènes ?
- 39:33Oui,
- 39:34définis.
- 39:36Mais après,
- 39:36ceci dit,
- 39:37on propose un projet.
- 39:39après s'il est
- 39:40Donc,
- 39:41c'est une ébauche d'un projet.
- 39:42Après,
- 39:42s'il est pris,
- 39:43il y a quand même pas mal de temps pour le développer,
- 39:46pour peut-être le rediriger,
- 39:50le développer,
- 39:53l'améliorer ou le continuer.
- 39:56Donc,
- 39:56après,
- 39:57on est toujours un peu libre de notre emploi du temps.
- 40:01Après,
- 40:03c'est sûr aussi qu'on doit quand même répondre à des délais.
- 40:06Et on se laissera un peu,
- 40:07les gens restent un an et demi pour les techniques.
- 40:08Si on est programmé,
- 40:09il faut...
- 40:10On ne peut pas dire qu'on a fait un mois plus tard.
- 40:13Mais je dirais qu'on travaille quand même beaucoup.
- 40:17On est aussi passionnés par ce qu'on fait,
- 40:20donc on ne lâche jamais.
- 40:22Mais on n'arrête jamais non plus.
- 40:25Vous faites un travail justement de commande,
- 40:27comme ça.
- 40:29Vous avez des interactions avec les services publics ou des directeurs de cours.
- 40:33Comment ça se passe avec eux ?
- 40:36Alors là,
- 40:36on a eu très nombreuses interactions parce qu'en fait,
- 40:38eux,
- 40:38ils ne sont pas seulement demandeurs d'une œuvre,
- 40:41ils sont demandeurs d'un projet,
- 40:43maintenant de plus en plus aussi un projet qui inclut les habitants.
- 40:46Parce qu'en fait,
- 40:48peut-être parce qu'ils ont aussi envie de pouvoir défendre des œuvres face à leurs électeurs,
- 40:54donc on est de plus en plus confrontés à une demande des services publics de participation.
- 41:06mais c'est un bien grand mot parce qu'en fait on ne demande pas que le public vienne participer à l'oeuvre mais en tout cas ils demandent à être consultés ils veulent avoir leur mot à dire ils sont aussi présents parfois
- 41:23dans même l'oeuvre parce que dans le cas de Nantes ils sont présents dans l'oeuvre c'est tout un travail qui était une volonté de notre part c'était pas une volonté d'ailleurs du demandeur mais c'est vrai qu'il y a des endroits
- 41:35Il y a des endroits aussi,
- 41:37comment faire œuvre dans un endroit qui est parfois hostile ou qui n'est pas évident à vivre ?
- 41:48Comment rendre cet endroit différent ?
- 41:50On peut se demander ça comme artiste ?
- 41:55Je trouve quand même qu'on a la plupart du temps une carte blanche,
- 41:57parce qu'il y a les œuvres dans l'espace,
- 42:00il y a les commandes publiques.
- 42:01ça sert à...
- 42:03un appel à projets,
- 42:04mais ça c'est juste une petite partie parce que d'ailleurs Nantes c'était pas le cas mais c'était à travers les voyages en Nantes et on avait carte blanche et quand on travaille avec des institutions pour une exposition dans un centre d'art,
- 42:19dans un PC,
- 42:20on a...
- 42:21carte blanche et après il s'établit un échange avec le curateur de l'exposition,
- 42:28avec aussi du coup l'équipe pour mettre le projet en place,
- 42:33mais il n'y a personne qui se met quand même du projet.
- 42:36Et quand on fait des expositions dans les galeries,
- 42:39c'est pareil,
- 42:39il y a certes un échange,
- 42:41mais on a quand même toujours carte blanche de faire ce qu'on veut.
- 42:46Il n'y a jamais personne qui est intervenu dans le travail.
- 42:55c'est pas du tout le sujet parce que le sujet bon ou alors c'est pas du tout ce qu'on avait cru ou non c'est pas ça n'est pas rire non non c'est plus dans un dans une idée d'échangé pense que après
- 43:08il ya quand même des il ya quand même un budget donc c'est aussi
- 43:15par infini et puis il y a quand même aussi une temporalité,
- 43:18c'est-à-dire qu'il faut que ce soit prêt les jours de l'exposition.
- 43:22Vous venez de parler de budget.
- 43:23Comment on fixe le prix d'une œuvre ?
- 43:25C'est peut-être une question un peu touchy dans le milieu de l'art,
- 43:27mais comment on peut définir que cette œuvre vaut 1 100,
- 43:30100 000,
- 43:301 million ?
- 43:31Je ne sais pas.
- 43:32Ça,
- 43:32c'est un bilan.
- 43:34Jamais ?
- 43:34C'est de consulter ou ?
- 43:36Non,
- 43:36non,
- 43:37on définit nos prix,
- 43:38mais après,
- 43:38c'est aussi une question de comment l'œuvre...
- 43:41Elle évolue dans un marché,
- 43:44ça,
- 43:44je ne sais pas.
- 43:45Ça,
- 43:45c'est une série d'évents.
- 43:47Je ne sais pas vraiment.
- 43:48Qu'est-ce qu'il va faire qu'une œuvre fait partie tout d'un coup du patrimoine et qu'elle devient quelque chose de rare et de très demandé ?
- 43:56Ça,
- 43:56malheureusement,
- 43:57personne n'est en mesure de répondre,
- 43:59ni les artistes,
- 44:00ni les directeurs de musées,
- 44:02ni les galeristes,
- 44:04parce qu'en fait,
- 44:05personne ne sait qu'est-ce qui va devenir le patrimoine de demain.
- 44:10enfin je veux dire ouais
- 44:11Nous,
- 44:11on fait l'œuvre aujourd'hui.
- 44:15Qu'est-ce qui va faire ensuite qu'elle va prendre une énorme valeur ?
- 44:20Alors là,
- 44:21c'est un grand mystère.
- 44:23C'est quelque chose qui vous tracasse ou pas du tout ?
- 44:26Ce n'est pas vraiment quelque chose qui nous tracasse.
- 44:28Nous,
- 44:28on fait de l'art aujourd'hui.
- 44:29On n'est pas après...
- 44:33Ce qui nous tracasse,
- 44:34c'est qu'en face des œuvres et qu'en puissant...
- 44:38vivre et qu'on puisse continuer à réaliser nos oeuvres.
- 44:41C'est-à-dire d'avoir les moyens pour faire ce qu'on a envie de faire.
- 44:48Après,
- 44:48on n'est pas...
- 44:51Je pense qu'on n'est jamais trop en train de se questionner comment faire pour qu'une oeuvre monte en valeur,
- 44:57pour qu'elle soit l'oeuvre de demain,
- 44:59je ne sais pas.
- 44:59C'est à tout prix,
- 45:00en fait.
- 45:00Non,
- 45:00c'est à tout prix.
- 45:03C'est à tout prix. ...
- 45:06ça ne marche pas mieux que de ne pas plaire non je pense que de toute façon si on fait des oeuvres pour plaire à quelqu'un ça ne peut pas marcher parce qu'on fait une oeuvre qui je pense que le plus important c'est que les oeuvres qu'on fasse nous plaisent à nous et après si nous on est content avec l'oeuvre,
- 45:27si nous on exprime ce qu'on a envie,
- 45:30si on estime qu'on arrive à vraiment
- 45:33exprimer ce qu'on a envie d'exprimer à travers cette œuvre,
- 45:36je pense que c'est une œuvre réussite.
- 45:38Après,
- 45:38c'est au public de juger s'il est d'accord ou pas,
- 45:42mais le plus important,
- 45:44c'est d'être satisfait soi-même des œuvres qu'on fasse,
- 45:48moi je trouve.
- 45:48Il faut s'affranchir du goût et des envies du candidaton aussi.
- 45:53Oui,
- 45:53mais il n'y a pas beaucoup de...
- 45:56Disons que c'est rare,
- 45:59à part pour les œuvres très politiques,
- 46:00C'est rare qu'il y ait une réelle...
- 46:03révolte du public contre des œuvres.
- 46:05Le problème,
- 46:06je dirais,
- 46:06c'est plutôt son indifférence,
- 46:08en fait.
- 46:09Parce qu'il y a beaucoup d'œuvres,
- 46:12mais finalement,
- 46:13quand on voit des villes comme Bruxelles ou d'autres villes,
- 46:16il n'y a pas beaucoup d'œuvres dans l'espace public.
- 46:18L'art contemporain,
- 46:19l'art fait par des artistes d'aujourd'hui,
- 46:21n'est pas si présent que ça.
- 46:23Donc,
- 46:23en fait,
- 46:23notre problème,
- 46:25c'est de faire notre place dans tout l'univers,
- 46:28le bâti,
- 46:30l'architecture.
- 46:32les grandes infrastructures,
- 46:34les institutions,
- 46:35c'est de faire notre place là-dedans.
- 46:36Parce que l'air de rien,
- 46:38si jamais on regarde les grandes institutions aujourd'hui,
- 46:42les grandes infrastructures,
- 46:43il n'y a pas beaucoup d'œuvres.
- 46:46On n'est pas extrêmement présent.
- 46:48Je sais que beaucoup de gens trouvent qu'on dépense beaucoup d'argent pour les artistes,
- 46:53mais si jamais on regardait à l'aune de qu'est-ce que dépense un État pour ses...
- 47:01ces infrastructures ou ces bâtiments,
- 47:04l'art contemporain est quand même peu présent.
- 47:06Donc,
- 47:06nous,
- 47:07on essaye de faire notre place là-dedans,
- 47:13de montrer qu'il y a une modernité qui peut être là sans que ça pose forcément un problème énorme,
- 47:22et qu'au contraire.
- 47:24On est là pour marquer une période,
- 47:26parce que finalement,
- 47:27qu'est-ce qui va rester de cette période-là dans laquelle on vit ?
- 47:31Il va rester des journaux,
- 47:34des bâtiments,
- 47:35des infrastructures,
- 47:37plus ou moins en bon état.
- 47:38Mais est-ce qu'il va rester beaucoup d'œuvres ?
- 47:40Est-ce qu'il va rester beaucoup d'œuvres qui symbolisent cette époque ?
- 47:43Et c'est un peu ça le problème.
- 47:46C'est toujours la question de quelle va être notre place dedans.
- 47:50Je dis notre place en tant qu'artiste en général.
- 47:53parmi tous les autres artistes qu'on connaît,
- 47:55c'est le même problème.
- 47:56C'est comment faire œuvre dans une société qui a aussi plein d'autres problèmes à gérer,
- 48:02bien sûr.
- 48:02Marquer son temps.
- 48:04Comment ?
- 48:04Marquer son temps.
- 48:05Marquer son temps,
- 48:06et puis aussi le retranscrire,
- 48:10parce qu'en fait,
- 48:12qu'est-ce que c'est qu'une œuvre du XIXe siècle sur une place publique ?
- 48:15C'est une œuvre qui exprime qu'est-ce qu'était le XIXe siècle.
- 48:21Donc,
- 48:22elle a quand même...
- 48:24Elle a aussi une façon de raconter l'histoire de ce moment-là.
- 48:27Voilà.
- 48:29Raconte,
- 48:30où chaque format donne vie à une histoire.
- 48:33Comment s'est passée la première fois où vous avez vendu une œuvre ?
- 48:36Vous vous en rappelez ?
- 48:41Ouais.
- 48:42Je ne sais pas si je me rappelle la première œuvre qu'on a vendue.
- 48:45Je ne sais pas.
- 48:47Mais...
- 48:48On a vendu...
- 48:51C'est difficile à dire.
- 48:53Parce que c'est difficile de dire si jamais c'est une œuvre vendue ou si jamais c'est une institution qui a finalement accepté de la prendre dans sa collection.
- 49:01C'est quand même assez différent.
- 49:02Comme démarche ?
- 49:05Non,
- 49:05pas comme démarche,
- 49:06mais comme...
- 49:07C'est une œuvre vendue.
- 49:08C'est une œuvre vendue,
- 49:09c'est vrai.
- 49:09C'est une œuvre incontestable,
- 49:11on peut dire.
- 49:14Disons que le fait de vendre une œuvre,
- 49:16ça fait toujours plaisir.
- 49:17Ça fait toujours plaisir.
- 49:19Ça fait plaisir qu'il y ait quelqu'un qui aime le travail au point de l'acheter.
- 49:24Donc,
- 49:26c'est quand même toujours une...
- 49:28C'est quelque chose de joyeux.
- 49:31C'est joyeux en dehors du fait qu'on reçoit de l'argent pour vendre une œuvre.
- 49:37Mais c'est aussi une forme de reconnaissance,
- 49:40donc une forme de succès.
- 49:42Donc ça,
- 49:43c'est toujours joyeux.
- 49:46De la première jusqu'à la dernière.
- 49:49En fait,
- 49:49ce n'est pas seulement d'avoir de la première,
- 49:50c'est de continuer à en vendre.
- 49:52Justement,
- 49:54toutes ces œuvres,
- 49:55quand elles parlent de votre atelier où nous nous trouvons actuellement,
- 49:58ça ne vous rend pas triste ?
- 50:00Si,
- 50:00parfois,
- 50:02c'est vraiment difficile de se séparer des œuvres aussi.
- 50:04Alors moi,
- 50:06je dis,
- 50:06tu ne la vends pas,
- 50:07on ne la vend pas,
- 50:08parce que je l'aime trop,
- 50:09etc.
- 50:09Et souvent,
- 50:10je dis ça.
- 50:10Oui.
- 50:12Une petite collection privée alors que personne...
- 50:14Non,
- 50:15en fait,
- 50:15non.
- 50:17On a des oeuvres.
- 50:19Mais c'est vrai qu'il y a quand même des oeuvres qu'on vend malgré le fait que ces difficiles sont séparés.
- 50:27C'est toujours un peu comme une part de nous-mêmes qui part.
- 50:31C'est comme donner son bébé à quelqu'un.
- 50:35On espère qu'il est bien soigné,
- 50:39le bébé.
- 50:40que l'œuvre est en de bon moment et qu'elle sera respectée.
- 50:45Mais oui,
- 50:48c'est parfois dur de se séparer.
- 50:51Mais ce n'est pas grave,
- 50:51parce que du coup,
- 50:52on peut en acheter d'autres à d'autres artistes.
- 50:54Parce qu'on a aussi notre petite collection,
- 50:55on ne peut pas croire.
- 50:57C'est une dynamique.
- 50:58Comment ?
- 50:59C'est une dynamique.
- 51:00Oui,
- 51:00et puis bon,
- 51:02c'est vrai que même nous,
- 51:05en tant qu'artistes,
- 51:05moi je trouve ça vraiment joyeux d'acheter une œuvre à un artiste.
- 51:09d'aller dans une exposition et de pouvoir dire « Ah,
- 51:11j'aimerais vraiment bien acheter cette œuvre et je vais l'acheter. »
- 51:13Et le fait de vendre une œuvre,
- 51:16ça motive aussi,
- 51:19dont on a du mal à se séparer,
- 51:21ça motive de faire une autre œuvre qu'on aime autant ou même plus.
- 51:26C'est tout à fait une évolution.
- 51:29Oui.
- 51:33On en parlait justement avant l'interview.
- 51:35Ici,
- 51:36c'est votre atelier.
- 51:37Mais vous ne vivez pas ici,
- 51:39vous vivez ailleurs.
- 51:40C'est un choix délibéré pour une coupure vie privée-vie professionnelle ?
- 51:45Oui,
- 51:46disons que c'est peut-être pas tout à fait un choix délibéré,
- 51:52mais ce n'est pas plus mal,
- 51:53parce que je pense que déjà,
- 51:56on est un couple qui travaille ensemble,
- 51:59donc on ramène quand même notre travail chez nous malgré tout.
- 52:04Il faut dire aussi que chez nous,
- 52:05dans notre appartement,
- 52:06on a une pièce qui est le bureau où on dessine,
- 52:09où on travaille sur l'ordinateur,
- 52:11où on réfléchit,
- 52:12on lit,
- 52:13on fait les recherches.
- 52:14Donc il y a déjà une forme d'atelier aussi intégré à la maison.
- 52:19Et c'est parfois bien aussi de pouvoir fermer une porte,
- 52:26marcher,
- 52:27arriver à un autre lieu,
- 52:29donc avoir cette espèce de séparation.
- 52:33de respirer entre...
- 52:35voilà,
- 52:35ou de rentrer chez soi et d'être baigné dans une autre ambiance.
- 52:41Ceci-ci,
- 52:41ce serait de toute façon impossible de vivre dans le même espace,
- 52:45vu qu'on est...
- 52:46quand même surtout des sculpteurs,
- 52:48un céramiste,
- 52:49qui a beaucoup de poussière,
- 52:50etc.
- 52:51Donc ce serait impossible.
- 52:52Il respire un peu.
- 52:53Il faudrait déjà que la maison soit sur un autre étage ou à côté.
- 52:57Mais...
- 53:00Vous avez dit que vous faites tout en duo.
- 53:02Vous avez déjà eu des envies de faire un truc en solo ?
- 53:06Comme tous les groupes de rock,
- 53:07de temps en temps,
- 53:08il y en a un qui parle et qui fait un homme.
- 53:10Alors,
- 53:10je ne te l'ai pas dit,
- 53:11mais...
- 53:11Non,
- 53:11c'est pas vrai.
- 53:13Pas vraiment pour l'instant,
- 53:14mais...
- 53:14Non,
- 53:14pas vrai.
- 53:16Non,
- 53:16mais pour l'instant...
- 53:17Ce n'est pas à exclure,
- 53:18mais pour l'instant,
- 53:20on ne l'a pas fait en tout cas.
- 53:22Et vous n'avez jamais eu de panne d'inspiration ?
- 53:25Des moments où votre carrière est déjà maintenant assez longue ?
- 53:27Il n'y a pas eu des moments où on ne trouve pas ?
- 53:30Non.
- 53:32En fait,
- 53:32on a eu de panne beaucoup de choses.
- 53:36Par exemple,
- 53:37manque de moyens.
- 53:39Le manque de temps pour les matériaux.
- 53:42Oui,
- 53:43c'est du manque de temps,
- 53:43je trouve.
- 53:44Mais en fait,
- 53:47le nombre de choses qu'on a envie de faire...
- 53:49C'est plutôt le contraire,
- 53:50en fait.
- 53:51Voilà,
- 53:51c'est assez problématique.
- 53:53C'est ça.
- 53:54Et en plus,
- 53:55on a quand même...
- 53:56On a aussi des projets qu'on a développés,
- 53:59qu'on a dessinés,
- 54:00qu'on a écrits et qu'on n'a jamais...
- 54:02Qu'on n'a jamais eu le temps de faire.
- 54:03Donc,
- 54:03on a en plus des petits projets dans les tiroirs.
- 54:07que peut-être un jour ils vont se faire,
- 54:10mais peut-être aussi pas.
- 54:12Ce seront toujours des projets inachevés peut-être.
- 54:14Mais c'est-à-dire que parfois,
- 54:18j'ai l'impression qu'on n'aura pas le temps de faire toutes les choses qu'on a envie de faire.
- 54:22Donc c'est plutôt ça.
- 54:24Vous n'avez jamais eu envie d'avoir une sorte de factory avec des gens qui viennent travailler avec vous ?
- 54:29Ah non.
- 54:31C'est-à-dire qu'on a quand même des assistants de temps en temps.
- 54:36on n'a pas des assistants en continu.
- 54:39C'est selon les projets,
- 54:41selon la difficulté du projet,
- 54:43etc.
- 54:44Et aussi,
- 54:45il y a parfois des choses qu'on fait quand même faire.
- 54:47Pensez à de la fonderie ou des choses comme ça.
- 54:51On n'est pas capable de faire ça chez nous.
- 54:55Mais je pense que le fait d'avoir beaucoup de gens qui t'attendent à l'atelier...
- 55:01C'est très mieux.
- 55:03Nous,
- 55:03on aime...
- 55:04Nous,
- 55:04on aime bien le faire.
- 55:05C'est important pour nous d'être impliqués dans le travail.
- 55:11Et je pense qu'il y a une espèce de pression.
- 55:13Enfin,
- 55:14ça devient industriel.
- 55:15Il commence à y avoir trop de gens.
- 55:19Je pense qu'on perd un peu le lien à l'œuvre.
- 55:23On devient un organisateur.
- 55:25Je trouve que c'est une autre forme de travail.
- 55:30Personnellement,
- 55:31moi et Jean aussi,
- 55:33on trouve que c'est important de garder le rapport à l'œuvre.
- 55:39Donc ça peut être avec bien sûr de l'aide de temps en temps,
- 55:42parce que c'est difficile de faire vraiment tout.
- 55:48Comme on dit,
- 55:49on a parfois aussi l'impression de ne pas avoir assez de temps.
- 55:53Mais je pense que c'est important d'avoir toujours gardé ce rapport à l'œuvre.
- 55:58Oui,
- 55:59puis faire de l'organisation.
- 56:00Parce que quand on commence à avoir un atelier,
- 56:05d'arriver le matin et d'organiser les tâches,
- 56:07tout ça...
- 56:08Ça devient une entreprise,
- 56:09en fait,
- 56:09plus un atelier.
- 56:10Oui,
- 56:10alors...
- 56:12En plus,
- 56:13comme artiste,
- 56:14c'est risqué,
- 56:14parce que ça veut dire aussi produire tout le temps des grandes œuvres et les vendre.
- 56:19C'est quand même...
- 56:21Ça devient vraiment...
- 56:22Ça met une question...
- 56:24Une question de...
- 56:27de production et de vente.
- 56:30On aime bien garder une certaine liberté avec ça.
- 56:33Être capable de se dire,
- 56:36pendant un moment,
- 56:37réfléchir aux choses et on n'a pas dix assistants à payer.
- 56:41Je ne sais pas.
- 56:45C'est vraiment ça aussi,
- 56:47je pense,
- 56:49qui est compliqué pour des artistes qui sont comme ça dans un...
- 56:54dans un système très entrepreneurial,
- 56:56c'est que ça devient vraiment des enjeux aussi financiers sans arrêt.
- 57:02Je pense que c'est une question de liberté.
- 57:04Je pense qu'on aime bien être libre,
- 57:07libre de décider comme ça,
- 57:12voilà,
- 57:13combien d'œuvres on fait,
- 57:14comment on les fait,
- 57:15de pouvoir expérimenter,
- 57:17de pouvoir prendre le temps par moments de réfléchir.
- 57:21D'ailleurs,
- 57:21même quand il y a des assistants,
- 57:22on expérimente.
- 57:24Parce que la dernière assistante qui était ici,
- 57:27on a expérimenté avec elle des choses que je ne savais pas du tout faire.
- 57:30Donc elle était un peu,
- 57:31des fois...
- 57:35Parce qu'il faut dire aussi une chose,
- 57:36c'est que...
- 57:38Quand on fait les choses soi-même,
- 57:40quand on les expérimente soi-même,
- 57:42il y a quand même toute une partie un peu d'erreurs,
- 57:46de choses qui ne marchent pas très bien.
- 57:47Ce n'est pas grave,
- 57:48parce que ce ne sont pas des enjeux énormes,
- 57:51donc ça va.
- 57:52À la fin,
- 57:52il faut que ça marche,
- 57:53mais bon,
- 57:54sur le moment,
- 57:54ce n'est pas non plus évident.
- 57:57Il y a quand même tous les deux des amoureux du faire.
- 58:01Du faire.
- 58:03On aime bien les faire.
- 58:04Donc,
- 58:04on aime bien donner la forme,
- 58:08être aussi dans la pratique,
- 58:09pas seulement dans la conception d'une œuvre,
- 58:12mais aussi dans la pratique de l'artiste.
- 58:15Donc,
- 58:15c'est important pour nous d'avoir ce rapport tactile peut-être à l'œuvre aussi.
- 58:20Si on s'intéresse à la robotique,
- 58:22on va apprendre à programmer,
- 58:23mais si on s'intéresse à la céramique,
- 58:25on va apprendre à faire de la céramique.
- 58:27Peut-être qu'on ne fera pas des milliers de choses dans notre vie,
- 58:30mais en tout cas,
- 58:32ça.
- 58:34On le sait.
- 58:35Voilà.
- 58:37Il me reste à vous poser la dernière question qui est la même pour tous nos invités.
- 58:41Qui voudrait entendre,
- 58:42voir,
- 58:43lire dans Raconte à votre place ?
- 58:46Comment ?
- 58:47Qui on aimerait ?
- 58:48Qui voudrait à votre place,
- 58:50qu'on pourrait inviter à venir expliquer son travail,
- 58:53sa vie ?
- 58:54Moi,
- 58:54je pense à quelqu'un,
- 58:56en tout cas au Luxembourg,
- 58:58que je trouve qui est un vrai témoin de ce qui s'est passé
- 59:03disons les 20 dernières années dans l'art contemporain et dans aussi dans le théâtre dans le dans le théâtre dans l'art dans beaucoup de choses justement dans le milieu culturel c'est josé hamza on la connaît ben
- 59:19je trouve que c'est quelqu'un de très oui alors puisqu'il maintenant à une autre pratique au ministère mais c'est intéressant c'est quelqu'un qui a vraiment navigué dans pas mal de gens disent moi aussi avec moi et l'analyse mais voilà
- 59:32Après,
- 59:32il y a d'autres gens comme artistes.
- 59:37Ça peut être autre chose que d'apprendre d'autres choses.
- 59:39Ah oui,
- 59:40ce que vous voulez.
- 59:42C'est typiquement le genre de truc,
- 59:45sur le moment,
- 59:46j'ai un blackout.
- 59:47C'est une question très difficile.
- 59:50Mais après,
- 59:50si je réfléchis,
- 59:51je vais peut-être donner d'autres personnes vraiment que j'aimerais,
- 59:57parce qu'il y a plein de gens que j'aimerais savoir.
- 1:00:01ce qu'ils ont raconté.
- 1:00:02Il me faudrait un moment de réflexion,
- 1:00:06mais plus qu'à une minute,
- 1:00:07parce que là,
- 1:00:09c'est trop de pression.
- 1:00:11On en reparlera plus tard.
- 1:00:12Il me reste à vous remercier.
- 1:00:14Merci beaucoup Martine,
- 1:00:15merci beaucoup Jean.
- 1:00:17Merci à toi.
- 1:00:18C'était très agréable d'avoir cette interview.
- 1:00:24Merci.
- 1:00:26Raconte,
- 1:00:27s'écoute,
- 1:00:28s'élie.
- 1:00:29et c'est un câble.