Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Les implants cérébraux: comprendre les enjeux éthiques et sociaux des neurotechnologies par Eric Fourneret
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- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:14Penser les implants cérébraux ne peut pas être réservé aux experts,
- 0:19aux ingénieurs,
- 0:20chercheurs et neuroscientifiques.
- 0:23Eric Fourneret invite chacun de nous à retrouver son âme de philosophe pour...
- 0:30interroger notre rapport aux interfaces cerveau-machine,
- 0:34ainsi que notre rapport aux nouvelles technologies en général.
- 0:39Excellente écoute !
- 0:46Bonjour Eric Fourneret.
- 0:47Bonjour.
- 0:49Merci de m'accueillir à Lille.
- 0:50Merci d'être venu.
- 0:52C'est un vrai plaisir.
- 0:54Merci d'avoir accepté l'invitation de parler de ton dernier livre,
- 0:59Le cerveau.
- 1:00implanté.
- 1:00Y a-t-il un sous-titre ?
- 1:03L'humain à l'ère des neurotechnologies.
- 1:05Alors,
- 1:06je vais commencer par te présenter.
- 1:08Et s'il y a quelque chose qui n'est pas bien,
- 1:10tu peux me rectifier.
- 1:12Donc,
- 1:12tu es philosophe avant tout.
- 1:15Philosophe,
- 1:16éthicien,
- 1:17bio-éthicien.
- 1:18Ça,
- 1:18c'est un terme que j'ai appris.
- 1:20Maître de conférence en philosophie à l'Université catholique de Lille.
- 1:24Actuellement,
- 1:26quel est ton travail à part le travail à l'université ?
- 1:30Mon métier,
- 1:30c'est maître de conférences en philosophie et en éthique.
- 1:34Donc,
- 1:34j'ai une partie d'enseignement et une partie très importante de recherche aussi.
- 1:38Mon travail,
- 1:38c'est celui-ci,
- 1:40produire des connaissances sur des sujets très précis qui touchent la technologie.
- 1:44Très bien.
- 1:45Donc,
- 1:45on sait que je te remercie de répondre à mes questions aujourd'hui.
- 1:52Je fais un petit effort de philosophie et ce n'est pas un exercice qui est naturel,
- 1:58mais tu vas m'aider pour ça.
- 1:59Avec plaisir.
- 2:00Donc depuis plusieurs années,
- 2:01tu as interrogé des dilemmes éthiques dans la santé en rapport avec la fin de vie.
- 2:06Et pour ça,
- 2:07tu as écrit plusieurs ouvrages qui concernent la fin de vie,
- 2:11la responsabilité médicale,
- 2:14la fin de vie,
- 2:15et puis surtout la place des soignants et la place de l'éthique médicale dans ce sujet.
- 2:24Et maintenant...
- 2:25Depuis 2022,
- 2:26ton sujet,
- 2:28c'est plutôt les neurotechnologies,
- 2:30les interfaces cerveau-machine.
- 2:33Et ce qui t'a poussé à écrire ce livre passionnant qui est
- 2:37Le cerveau implanté,
- 2:39tu as une démarche et une posture qui est constante,
- 2:43qui refuse la fascination comme la peur,
- 2:47qui refuse les réponses toutes faites et qui maintient une pensée exigeante,
- 2:52mais qui tient
- 2:53absolument à ce qu'elle soit accessible.
- 2:55Ça,
- 2:55tu me l'as répété quand même plusieurs fois.
- 2:58Il faut qu'elle soit ancrée sur les pratiques réelles.
- 3:01Et tu m'as beaucoup aussi parlé de ce travail conjoint entre les chercheurs et les philosophes et ceux qui écrivent et qui font vivre l'éthique.
- 3:14Donc cet exercice-là,
- 3:15j'aimerais bien que tu puisses le partager et avec moi qui n'y connais pas beaucoup.
- 3:20et avec les auditeurs et avec le grand public pour le rendre accessible.
- 3:24Alors pourquoi l'implant cérébral ?
- 3:28Parce que c'est un sujet d'actualité et c'est un sujet qui représente un petit peu l'exercice qu'on pourrait faire même pour les autres technologies au fait.
- 3:37Une fois qu'on a compris comment appréhender cette technologie-là,
- 3:42qui est spécifique,
- 3:43tu vas nous l'expliquer,
- 3:44elle est particulière,
- 3:45on pourra éventuellement transposer cet exercice-là.
- 3:49à d'autres pratiques de l'éthique aux nouvelles technologies.
- 3:54Mais les implants cérébraux,
- 3:56ce n'est pas quelque chose qui est réservé à des experts.
- 4:00Ça nous concerne tous parce que ça concerne les maladies dégénératives,
- 4:07ça concerne
- 4:09Parkinson, Alzheimer,
- 4:11les cérébralisés,
- 4:13les déficits moteurs et plein d'autres promesses et espoirs.
- 4:19Donc,
- 4:21tu es là pour inclure vraiment le plus grand nombre.
- 4:25C'est un peu ça ?
- 4:26C'est ça.
- 4:28Et il y a un fil rouge à travers tout ce que j'ai pu développer depuis plusieurs années,
- 4:33sur la fin de vie et là,
- 4:35sur les interfaces neuronales.
- 4:37Ce fil rouge,
- 4:37c'est comment le développement technologique vient bousculer nos normes pour savoir ce qu'on doit faire.
- 4:42Alors,
- 4:42sur la fin de vie,
- 4:43par exemple,
- 4:43je me suis posé la question de ces nouvelles techniques et technologies biomédicales.
- 4:47qui permettait de récupérer des vies qu'on aurait perdues avant,
- 4:51mais peut-être pas avec la qualité qu'on aurait espéré.
- 4:54Et donc,
- 4:54c'est poser la question de la revendication de l'euthanasie.
- 4:57On voit bien que c'est le développement technologique qui vient poser la question de l'euthanasie.
- 5:01Je me rappelle,
- 5:01François Delaporte,
- 5:02qui était le directeur de l'école doctorale où j'ai fait ma thèse,
- 5:04disait que la question de l'euthanasie se pose parce que la technique le permet.
- 5:08Eh bien,
- 5:09sur les implants cérébraux et les interfaces neuronales,
- 5:11qui englobent les implants cérébraux et tous les dispositifs algorithmiques qui travaillent sur les signaux qui vont être extraits du cerveau,
- 5:19Sur les interfaces neuronales,
- 5:20on va se poser la même question,
- 5:21c'est comment ce développement technologique vient bousculer un peu ce qu'on croyait avec beaucoup d'évidence aujourd'hui.
- 5:27Par exemple,
- 5:28on était convaincus qu'on était,
- 5:30en tant qu'individu,
- 5:31en tant que subjectivité,
- 5:32le seul à avoir accès à ce qu'il y a à l'intérieur de notre cerveau.
- 5:36Mais si une technologie vient et commence à entrouvrir une petite,
- 5:41voire une grande porte sur ce qui se passe à l'intérieur de notre cerveau,
- 5:44de notre pensée,
- 5:46cet accès qui nous était privilégié en tant qu'individu n'est plus un accès privilégié.
- 5:50Et donc,
- 5:51ça bouscule énormément de choses.
- 5:53Le rapport qu'on a avec soi,
- 5:54bien sûr,
- 5:55puisque le regard extérieur peut venir voir.
- 5:58Le rapport qu'on a aux autres,
- 5:59forcément,
- 6:00puisque ce regard extérieur peut venir voir.
- 6:02Et puis,
- 6:04il y a aussi cette question que tu as très bien posée,
- 6:08c'est l'ensemble de toutes ces pathologies ou ces troubles neurologiques que les interfaces neuronales
- 6:15promettent de venir aider,
- 6:17en tout cas trouver des solutions,
- 6:20elles viennent poser une question,
- 6:21c'est finalement quelle différence il reste entre nous,
- 6:25humains,
- 6:26et la machine,
- 6:27si la machine devient capable de pouvoir faire ce que mon cerveau n'est plus capable de faire.
- 6:33Donc je fais là à grands traits à peu près le lien qu'il y a entre le début de mes recherches et celle que je pratique aujourd'hui,
- 6:40que je développe aujourd'hui,
- 6:41mais ce fil rouge c'est ça.
- 6:42Les technologies viennent bouleverser.
- 6:45des certitudes qu'on a vues jusqu'à maintenant.
- 6:47Donc c'est-à-dire que le cerveau,
- 6:48ce n'est pas n'importe quel organe,
- 6:50c'est un organe spécifique et particulier,
- 6:52parce que c'est le siège de la conscience,
- 6:54c'est le siège de la pensée.
- 6:56On a déjà techniquement augmenté d'autres organes,
- 6:59mais on n'a pas autant réfléchi à la question.
- 7:02Maintenant,
- 7:04notre pensée,
- 7:04notre conscience,
- 7:05c'est le siège de notre humanité.
- 7:07Sommes-nous encore humains si on implante notre cerveau ?
- 7:11C'est ça la question que tu poses à travers ce livre.
- 7:13Alors.
- 7:14On peut poser la question,
- 7:15sommes-nous encore humains ?
- 7:16On pourrait peut-être la rendre un peu moins radicale,
- 7:18c'est quel genre d'humain devenons-nous quand notre système nerveux central fonctionne grâce à un système algorithmique qui nous permet de faire ce qu'on n'est plus capable de faire ?
- 7:28C'est ça la question.
- 7:28C'est que d'un côté,
- 7:30ça nous vient d'Aristote,
- 7:32le naturel et l'artificiel.
- 7:33Et là,
- 7:34on se rend compte qu'on peut venir remplacer ce qui est naturel par l'artificiel.
- 7:38Donc il y a une frontière qui devient poreuse tout d'un coup.
- 7:41Et la porosité de cette frontière,
- 7:44ou bien nous effraie on a des personnes qui disent il faut arrêter c'est blasphématoire d'aller plus loin ou bien au contraire nous fascine,
- 7:52c'est le mot que tu as employé et évidemment je me refuse à être dans ces deux extrêmes mais fascine certaines personnes je dis ah mais ça serait génial imaginez si on arrivait à aller jusqu'au bout de cette technologie,
- 8:02on pourrait transférer la conscience d'un individu dans un ordinateur et donc le rendre immortel,
- 8:08le fameux rêve des transhumanistes et post-humanistes voilà donc
- 8:13C'est tout cela que posent les neurotechnologies.
- 8:15C'est une force aujourd'hui à répondre à ce qu'est-ce qu'être humain aujourd'hui.
- 8:20En même temps,
- 8:21la technique et nous,
- 8:22ce n'est pas une histoire récente.
- 8:25Ce n'est pas une histoire récente,
- 8:26c'est notre histoire.
- 8:28Il n'y a pas d'humanité sans technique.
- 8:32Il y a peut-être eu des êtres humains,
- 8:34et encore je dis ça,
- 8:35et je pense que ce n'est pas tout à fait juste,
- 8:37mais il y a peut-être eu des êtres humains qui n'ont jamais eu besoin de technique.
- 8:40vivre,
- 8:40survivre à l'austérité de la nature,
- 8:42si on enlevait tout ce que nous on a aujourd'hui,
- 8:44ça suppose quand même des techniques,
- 8:45des techniques de survie,
- 8:46des techniques de savoir-faire,
- 8:47de savoir trouver la nourriture.
- 8:49C'est une technique de trouver cela.
- 8:52Il n'y a pas d'humanité sans technique.
- 8:54Donc,
- 8:55cette dichotomie un peu trop simpliste,
- 8:57voire même franchement simpliste,
- 9:00entre la technologie et l'humanité,
- 9:03est une fausse dichotomie.
- 9:04Elle n'a pas de sens.
- 9:05Elle n'est pas vraie.
- 9:06Les paléo-anthropologues,
- 9:07les anthropologues l'ont compris depuis très longtemps.
- 9:12donc il faut qu'on se réconcilie avec la technologie c'était d'ailleurs l'oeuvre de Gilbert Simondon le philosophe spécialisé en philosophie de la technique qui avait écrit du mode d'existence des objets techniques c'était l'objectif de ce livre de
- 9:25nous réconcilier avec les technologies pour voir que c'est une vie en harmonie que nous devons développer parce que l'humanité ne peut pas vivre sans technique et sans technologie Oui.
- 9:37Et en plus,
- 9:39l'homme est vulnérable et il y a aussi le handicap.
- 9:42C'est ça,
- 9:42c'est le principe de la vulnérabilité,
- 9:44c'est littéralement être exposé à la blessure.
- 9:47Et tout ce qui empêche la blessure d'arriver,
- 9:49ça reste encore des techniques et des technologies.
- 9:52Apprendre à lire,
- 9:52à écrire,
- 9:53c'est une technique d'apprentissage qui nous permet de mieux naviguer dans la société et plein d'autres choses du même ordre.
- 9:58Et à partir de là,
- 9:59l'homme a créé des interfaces avec machine homme.
- 10:04pour essayer de contrer justement ces handicaps.
- 10:07Il y a plein de choses qui ont été faites jusque-là.
- 10:09Les lunettes sont des interfaces,
- 10:11nos stylos sont des interfaces,
- 10:13nos vêtements sont des interfaces.
- 10:14Nos smartphones.
- 10:15Le smartphone,
- 10:16et alors là,
- 10:16c'est ce qu'on appelle...
- 10:17C'est encore plus.
- 10:17En sociologie,
- 10:18on appelle ça un outil total.
- 10:19Ah oui.
- 10:20Voilà,
- 10:20un outil total.
- 10:21Donc c'est-à-dire qu'aujourd'hui,
- 10:22pas le téléphone portable.
- 10:23Il y a une distinction entre le smartphone et le téléphone portable.
- 10:26Le téléphone portable,
- 10:26c'est un téléphone.
- 10:27Le smartphone,
- 10:28le téléphone est secondaire.
- 10:30On est vraiment sur un outil total qui englobe toute l'existence d'un être humain.
- 10:34Voilà pour ça qu'on dit total.
- 10:36Mais tout est interface,
- 10:37absolument tout.
- 10:38Oui.
- 10:39Alors,
- 10:40du coup,
- 10:41dans ton livre,
- 10:42tu as essayé de définir l'homme et l'éthique.
- 10:45Pour ceux qui ne connaissent pas ce que c'est que l'éthique,
- 10:47est-ce que tu peux déjà expliquer un peu à quoi ça sert,
- 10:52en quoi ça consiste,
- 10:54pour comprendre après sa place complète dans la réflexion des implants cérébraux et de tous les dispositifs médicaux de façon générale ?
- 11:03Et puis tu commences par poser la question de l'homme,
- 11:05qu'est-ce que c'est l'homme ?
- 11:06Parce qu'à la fin,
- 11:07il va falloir répondre à cette question.
- 11:09Une fois qu'on a implanté un homme,
- 11:11qui est-il ?
- 11:12Qu'est-ce que ça devient ?
- 11:14Le point de départ de cette réflexion,
- 11:15elle est apparue quand j'assistais à une conférence.
- 11:18Je n'étais pas conférencier,
- 11:19mais j'étais simplement dans l'auditoire.
- 11:21Et il y avait une personne qui était amputée de ses deux jambes,
- 11:23qui venait témoigner.
- 11:25Et il était prothésé,
- 11:26c'est-à-dire qu'il avait deux prothèses à la place de ses jambes,
- 11:29myoélectriques,
- 11:30c'est-à-dire qu'elles permettent d'être...
- 11:32fonctionnel grâce aux mouvements musculaires résiduels qui restent,
- 11:36et il bouge ses prothèses de cette façon-là.
- 11:39Il a commencé son intervention en disant cette chose,
- 11:41« Je ne suis plus un être humain comme vous. »
- 11:43Et donc je me suis dit,
- 11:43si des prothèses myoélectriques sont capables de venir questionner ce que c'est qu'un être humain,
- 11:49que doit-on penser des interfaces neuronales qui sont introduites,
- 11:53quand elles sont invasives évidemment,
- 11:55introduites directement dans le substrat de la pensée,
- 11:57dans le substrat de ce qu'on appelle l'esprit encore aujourd'hui.
- 12:00Donc le départ de mon questionnement,
- 12:02il était là-dessus.
- 12:04Dans mon livre,
- 12:05je n'ai pas essayé de définir ce qu'était l'être humain,
- 12:09j'ai montré qu'on ne parvenait pas à le définir.
- 12:11Certains philosophes s'y sont essayés,
- 12:14j'ai donné 40 Aristotes,
- 12:15plein de philosophes de cette trempe-là,
- 12:19et chacun ont échoué dans cet exercice.
- 12:22Ont échoué parce que l'immense désavantage que nous avons des définitions,
- 12:26c'est ou bien elles sont trop larges.
- 12:29et elles vont regrouper des choses qui ne correspondraient pas à ce qu'on veut définir,
- 12:34ou bien elles sont trop limitées,
- 12:35trop restrictives,
- 12:36et au contraire,
- 12:36on risque de mettre à l'écart des réalités qu'on aurait eu toute raison de garder dans la définition qu'on voulait apporter.
- 12:43Quand il s'agit d'êtres humains,
- 12:45évidemment,
- 12:46d'exclure des personnes parce que notre définition est trop restrictive,
- 12:51ce serait gravissime.
- 12:53Il y a plein de périodes dans l'histoire de l'humanité qui ont tenté ça et on sait que c'était toujours désastreux.
- 12:59Donc,
- 13:00ce que j'ai voulu montrer,
- 13:01c'est l'impossibilité de définir ce que c'est qu'un être humain.
- 13:04Et en même temps,
- 13:06la technologie vient nous questionner.
- 13:08On sait qu'on n'arrive pas à le définir,
- 13:09et en même temps,
- 13:10on se dit qu'il se passe quelque chose.
- 13:12Et ça,
- 13:12ça intrigue.
- 13:13Et à un moment,
- 13:17si on venait à modifier le corps d'un être humain d'une façon trop radicale,
- 13:22on aurait le sentiment de ne plus avoir affaire à un être humain.
- 13:25Mais comment on le sait si on n'arrive pas à le définir ?
- 13:28Donc il y a bien quelque chose qui reste,
- 13:29et c'est ça qui m'intéresse.
- 13:31Alors c'est là que l'éthique intervient.
- 13:33C'est que l'éthique,
- 13:35qu'on ne confondra pas avec la morale,
- 13:38il y a autre chose,
- 13:40mais l'éthique pose la question,
- 13:42comment faut-il vivre ?
- 13:43Comment faut-il vivre pour vivre bien en communauté,
- 13:45pour vivre avec les uns et les autres ?
- 13:48Si je considère qu'une personne qui est équipée d'un dispositif artificiel dans son cerveau n'est pas tout à fait un être humain comme moi,
- 13:56On me l'a dit,
- 13:57cette personne amputée lors de la conférence,
- 14:01est-ce que je vais maintenir le même rapport que j'aurais avec une personne qui n'est pas implantée ?
- 14:05Et donc,
- 14:05je pose la question éthique,
- 14:07comment faut-il vivre ensemble ?
- 14:09Et c'est ça tout l'enjeu de mon livre.
- 14:10C'est pour ça que c'est un livre d'éthique,
- 14:12de philosophie d'éthique.
- 14:13Je pose la question,
- 14:15comment vivre dans un monde qui contiendra,
- 14:18dans un futur pas si lointain que ça,
- 14:21des personnes qui seront équipées d'un dispositif qui vont aider leur cerveau à fonctionner ?
- 14:25des dispositifs qui fonctionnent avec,
- 14:27on n'a pas encore dit le mot,
- 14:28mais une intelligence artificielle autonome,
- 14:31et donc qui pourrait peut-être partiellement être un peu aidée pour faire des choses.
- 14:37ou partiellement qui pourraient être un petit peu se sentir aliénées parce qu'elles ne se sentent pas tout à fait auteurs ou autrices de leurs mouvements,
- 14:43de leurs intentions.
- 14:45Donc,
- 14:45comment faut-il vivre avec toutes ces personnes-là et comment elles auront envie de vivre avec nous qui ne sommes pas implantées ?
- 14:50Oui,
- 14:51ça pose des questions vertigineuses quand même.
- 14:53Et alors,
- 14:54la neurosciences,
- 14:55est-ce que tu peux nous l'expliquer ?
- 14:57Parce que c'est un domaine qui est un peu aux frontières et de la médecine et des labos de recherche.
- 15:07également des ingénieurs,
- 15:08parce qu'il y a beaucoup d'ingénieurs là-dedans,
- 15:09et puis après,
- 15:11des philosophes et des éthiciens comme toi ?
- 15:14C'est pour ça que le terme neurosciences,
- 15:15je l'emploie évidemment très souvent dans mon livre,
- 15:18mais j'ai une tendance à lui préférer de plus en plus parler des sciences du cerveau,
- 15:22qui permet d'être beaucoup plus clair justement sur le côté ingénierie qu'il peut y avoir et qu'on retrouve dans les neurotechnologies.
- 15:30En même temps,
- 15:30les neurotechnologies ne font rien sans le savoir fondamental que développent les neuroscientifiques,
- 15:35c'est-à-dire à les...
- 15:36comprendre comment le cerveau fonctionne.
- 15:39Quand tout va bien,
- 15:40comment le cerveau fonctionne.
- 15:42Donc ça,
- 15:42c'est de la biologie,
- 15:43c'est de la biomédecine,
- 15:46c'est plein d'autres choses,
- 15:47des sciences cognitives notamment.
- 15:49Et c'est pour ça que pour englober,
- 15:50que ce soit plus clair dans l'esprit des personnes,
- 15:53je parle davantage aujourd'hui de sciences du cerveau que des neurosciences,
- 15:57un mot qui peut être trop technique et qui peut effrayer à certains moments.
- 16:00Mais les neurosciences,
- 16:02les sciences du cerveau,
- 16:03ce sont tous ces savoirs,
- 16:04ces sciences qui soient
- 16:05Très pratique,
- 16:06l'ingénierie,
- 16:07l'intelligence artificielle,
- 16:09la robotique,
- 16:10mais aussi les sciences fondamentales,
- 16:13biologiques,
- 16:14qui nous permettent de comprendre le fonctionnement du cerveau.
- 16:17L'neuroscience,
- 16:18c'est la convergence de tous ces savoirs-là.
- 16:21D'accord.
- 16:22Donc tout ça pour essayer de restaurer,
- 16:25de réparer,
- 16:29de répondre à l'handicap et au déficit.
- 16:31Mais la frontière,
- 16:32elle est floue.
- 16:33Elle est floue.
- 16:34Donc,
- 16:35t'employer deux termes importants,
- 16:36restaurer,
- 16:37réparer,
- 16:37au jour d'aujourd'hui,
- 16:38il n'y a pas beaucoup de dispositifs neurotechnologiques capables de réparer ou de restaurer.
- 16:44Parkinson,
- 16:45épilepsie ?
- 16:46Non,
- 16:46on enlève la sonde qui est pour les patients atteints de Parkinson,
- 16:49la personne retrouve sa pathologie.
- 16:50Ah,
- 16:51c'est dans ce sens.
- 16:51Voilà.
- 16:52Donc,
- 16:52ce ne sont pas des dispositifs thérapeutiques et c'est intéressant,
- 16:56ça va faire le lien avec le sous-entendu que j'ai bien compris dans ta question,
- 17:00parce que c'est des fois pas aller trop loin.
- 17:02Pour comprendre ces neurotechnologies,
- 17:04du moins pour savoir est-ce qu'elles sont souhaitables moralement,
- 17:06éthiquement,
- 17:07on se dit qu'il y a deux modèles.
- 17:09D'un côté,
- 17:09le modèle thérapeutique,
- 17:10celui qu'on pense souhaitable,
- 17:12et de l'autre,
- 17:12le modèle transhumaniste qui n'est souhaitable que pour ceux qui sont adhérents à cette pensée transhumaniste.
- 17:17Le transhumanisme,
- 17:18c'est-à-dire aller au-delà,
- 17:19transgresser les frontières de la nature,
- 17:21de ce que l'être humain est capable naturellement de faire.
- 17:23Des valeurs de performance,
- 17:25par exemple.
- 17:25Exactement.
- 17:26Ce qu'en anglais,
- 17:27on appelle l'engagement,
- 17:28l'augmentation,
- 17:30l'amélioration.
- 17:32En réalité,
- 17:32ce modèle est binaire et ne correspond pas à la réalité.
- 17:37Les neurotechnologies,
- 17:38massivement,
- 17:39ne réparent pas,
- 17:39ne restaurent pas.
- 17:40Parkinson,
- 17:41on arrive,
- 17:41la sonde qui est introduite dans le cerveau,
- 17:43la personne retrouve sa situation,
- 17:44sa déficience.
- 17:46Les personnes qui sont implantées pour la marche,
- 17:49pour pouvoir réactiver,
- 17:51refaire passer un circuit,
- 17:54un signal électrique dans les muscles et les tendons pour pouvoir reproduire de la marche.
- 17:59On enlève le dispositif artificiel,
- 18:01la personne retrouve sa déficience.
- 18:03Donc,
- 18:03elle ne répare pas.
- 18:04Ce ne sont pas des dispositifs qui réparent.
- 18:06Mais comment on dit ?
- 18:07Elle a un respect ?
- 18:08C'est un modèle de compensation.
- 18:10On compense.
- 18:10Comme la dialyse.
- 18:11La dialyse ne guérit pas.
- 18:13Ce sont des modèles de compensation,
- 18:16des modèles palliatifs.
- 18:18Et ça,
- 18:18c'est important parce que si on se trompe de termes pour pouvoir penser d'un point de vue éthique ces technologies,
- 18:24pour savoir si elles sont souhaitables,
- 18:26on les pose avec les mauvais termes.
- 18:27Si on reste dans ce modèle binaire,
- 18:28thérapeutique versus enhancement,
- 18:31donc transhumanisme,
- 18:35on a posé un certain nombre de questions avec la mauvaise grille de lecture.
- 18:39Alors maintenant,
- 18:40parlons de ce cerveau implanté et de ses implants cérébraux.
- 18:46Déjà,
- 18:46comment ils fonctionnent ?
- 18:47On a envie de comprendre,
- 18:50ne serait-ce que brièvement,
- 18:52comment on a compris le cerveau,
- 18:54l'activité électrique,
- 18:57les...
- 18:58les zones du cerveau,
- 19:00comment on a régionalisé le fonctionnement,
- 19:03puis après comment on a interfacé des machines là-dedans pour que ça marche ?
- 19:09Tout ça,
- 19:09c'est une longue histoire.
- 19:10Évidemment,
- 19:11on n'a pas...
- 19:11De plusieurs années,
- 19:12dizaines d'années.
- 19:13Même plus que ça,
- 19:14de plusieurs siècles.
- 19:15Ah oui.
- 19:17Donc,
- 19:17on a commencé par découvrir avec des grenouilles qu'on arrivait à refaire bouger les membres en envoyant des petites impulsions électriques.
- 19:26Et puis,
- 19:27on a découvert que le cerveau émettait aussi des petites impulsions électriques,
- 19:31ce qu'on appelle les spikes.
- 19:33Donc,
- 19:33c'est l'impulsion électrique produite par un neurone à ce moment-là.
- 19:38En gros,
- 19:39on a découvert au fur et à mesure des années que le cerveau était une immense pile.
- 19:44C'est une pile qui fait marcher tout le corps humain et qui consomme très peu finalement.
- 19:51Tout ce qu'on est capable de faire,
- 19:53le cerveau le fait en dépensant 40 watts.
- 19:55Ce n'est pas beaucoup.
- 19:56Quand on voit tout ce qu'on est capable de faire,
- 19:58ce n'est pas beaucoup.
- 19:59On a affaire à ce que
- 20:02Newton avait déjà compris,
- 20:03non pas sur le cerveau,
- 20:04mais sur l'univers de façon générale.
- 20:06quand il dit...
- 20:07que la nature est écrite en langage mathématique,
- 20:09on a découvert que finalement,
- 20:10le fonctionnement du cerveau,
- 20:11on pouvait le réduire à du langage mathématique.
- 20:13C'est de la physique,
- 20:14c'est de l'activité électrique,
- 20:15c'est de la physique.
- 20:17Donc à partir de là,
- 20:17on a affaire à ce que j'ai appelé dans le livre une mathématisation du fonctionnement du cerveau.
- 20:23Parce que c'est un langage qu'on comprend,
- 20:25parce que c'est un langage qui nous permet d'avoir une maîtrise sur le réel,
- 20:27la mathématique.
- 20:30Et donc,
- 20:31en cela,
- 20:32on a commencé à pouvoir développer des dispositifs
- 20:35Non pas qui permettait d'agir sur le cerveau,
- 20:38mais qui permettait de voir le cerveau en fonctionnement.
- 20:41De décoder.
- 20:42De décoder,
- 20:42tout simplement.
- 20:43Donc d'attraper le signal électrique.
- 20:46Puisque le cerveau produit de l'électricité,
- 20:48évidemment c'est électro-biochimique,
- 20:50on est d'accord.
- 20:51Je simplifie en disant que c'est électrique.
- 20:53Mais puisque le cerveau produit de l'électricité,
- 20:56comment on fait pour attraper cette électricité ?
- 20:58Comment on fait pour l'enregistrer ?
- 20:59C'est là qu'arrive la notion d'implant.
- 21:01Voilà.
- 21:02Une interface neuronale ne peut pas fonctionner sans avoir un implant.
- 21:05C'est une antenne,
- 21:06c'est un capteur.
- 21:07C'est un dispositif qu'on introduit ou pas,
- 21:10parce que ça peut être invasif ou non-invasif.
- 21:12Donc là,
- 21:13je vais me restreindre simplement au dispositif invasif,
- 21:15donc qu'on introduit dans le cerveau.
- 21:16C'est un dispositif qui est une antenne qu'on met dans le cerveau pour l'attraper,
- 21:19le signal électrique,
- 21:20à certains endroits très précis.
- 21:22Si on veut attraper les mouvements locutoires quand on est en train de parler,
- 21:26c'est-à-dire tous les neurones moteurs qui s'activent quand je suis en train de parler,
- 21:30L'implant
- 21:31on va le mettre au niveau de l'air de brocat dans le cerveau,
- 21:33parce que c'est en cette zone-là.
- 21:35Mais il n'y a pas que cette zone-là qui est en action quand je parle.
- 21:38Il y a plein d'autres,
- 21:38c'est ce qu'on appelle le connexionnisme.
- 21:40Donc,
- 21:40on avait d'un côté cette théorie que tout fonctionne que par des airs.
- 21:45Quand je parle,
- 21:46c'est que cet air-là de mon cerveau qui s'active.
- 21:48En fait,
- 21:48non,
- 21:48le connexionnisme a montré que tout est en connexion.
- 21:51C'est vrai,
- 21:52principalement...
- 21:52C'est des réseaux,
- 21:53quoi.
- 21:53C'est des réseaux,
- 21:53voilà.
- 21:54C'est pour ça qu'on parle de réseaux de neurones,
- 21:55parce que ce sont des réseaux qui s'activent.
- 21:58Mais il y a des ondes qui sont un peu plus sollicitées que d'autres,
- 22:00quand je fais des tâches,
- 22:01quand j'imagine,
- 22:02il y a un endroit du cerveau qui est un peu plus sollicité qu'un autre,
- 22:05mais qui appelle l'aide d'autres endroits aussi.
- 22:08Donc ça,
- 22:09on a commencé à comprendre.
- 22:10Et au fur et à mesure qu'on a commencé à comprendre,
- 22:12ce qu'on a,
- 22:13j'ai envie de dire,
- 22:14compris aussi,
- 22:16c'est qu'on n'a pas compris grand-chose.
- 22:18Et qu'en fait,
- 22:18au fur et à mesure qu'on a ouvert une porte,
- 22:20c'est des milliers d'autres portes qu'on a vues devant soi,
- 22:23fermées,
- 22:23et qu'il fallait chercher à ouvrir pour comprendre ce qu'est véritablement...
- 22:27le fonctionnement cérébral.
- 22:29Alors,
- 22:29on arrive à faire des choses.
- 22:31Les sondes,
- 22:32l'implant qu'on met pour la maladie de Parkinson,
- 22:34l'implant qu'on met,
- 22:36par exemple,
- 22:36l'implant WeImagine,
- 22:37qui a été développé par l'EPFL et Clinatec,
- 22:40en Suisse,
- 22:40à Lausanne,
- 22:41et puis à Grenoble,
- 22:42au Céaliti,
- 22:44en France,
- 22:45sont des implants qui,
- 22:46évidemment,
- 22:47marchent,
- 22:48ça fonctionne.
- 22:49Ils sont encore expérimentaux,
- 22:50ces dispositifs-là.
- 22:51Donc,
- 22:51ils ont fonctionné sur le Parkinson.
- 22:54Il y a eu sur la motricité,
- 22:56les paraplégiques qui ont réussi à se mettre debout et à faire des pas.
- 23:00Mais c'est qu'un babussiment.
- 23:02C'est qu'un début.
- 23:03On est sur la première seconde des implants cérébraux,
- 23:06des interfaces neuronales.
- 23:08C'est la première seconde.
- 23:09Comme si on mettait sur l'échelle de l'univers l'apparition de l'humanité,
- 23:12c'est une seconde.
- 23:14Donc là,
- 23:14sur l'échelle de l'humanité,
- 23:16sur la compréhension de ce que c'est que le cerveau,
- 23:18les interfaces neuronales représentent une seconde.
- 23:20Donc c'est très peu.
- 23:22Donc on sait...
- 23:23que tout ce qu'on ne sait pas.
- 23:24Oui,
- 23:24mais les espoirs sont immenses.
- 23:26Oui,
- 23:26parce qu'on a de l'efficacité,
- 23:27malgré tout.
- 23:28On a de l'efficacité,
- 23:29même si ça reste des outils très expérimentaux,
- 23:31toujours,
- 23:32j'insiste là-dessus,
- 23:34on a de l'efficacité.
- 23:37On n'a pas une efficacité qui permet d'arriver sur ce qu'on appellerait une diffusion massive du dispositif.
- 23:44Il y a des contraintes qui sont considérables,
- 23:46qui sont liées justement à tout ce qu'on ignore du fonctionnement cérébral.
- 23:49On peut dire une seule contrainte,
- 23:51mais que tout le monde va comprendre.
- 23:52la biocompatibilité entre les matériaux qu'on introduit et l'organisme humain.
- 23:57Oui,
- 23:57c'est-à-dire qu'il y a des dispositifs sous forme de casque qui sont à l'extérieur,
- 24:00ils sont moins performants parce que le signal,
- 24:02du coup,
- 24:02il est très flouté,
- 24:04il y a beaucoup de bruit.
- 24:05Et il y a les dispositifs qu'on met sur la boîte crânienne sans que ça touche le cerveau.
- 24:10Et après,
- 24:12il y a des implants où ils sont obligés d'avoir des connexions qui soient à l'intérieur du cerveau,
- 24:17qui touchent le cerveau carrément.
- 24:19Alors,
- 24:19qui touche le cerveau,
- 24:20oui.
- 24:20Donc,
- 24:20on va ouvrir la durmère.
- 24:21C'est cette petite enveloppe blanche qu'on a autour du cerveau,
- 24:24qui protège le cerveau.
- 24:25Donc,
- 24:25on ouvre la durmère.
- 24:27On va poser ce qu'on appelle une grille.
- 24:29Voilà,
- 24:29une grille d'électrode.
- 24:30Donc,
- 24:31il faut imaginer,
- 24:31c'est une toute petite plaque très souple qui permet à la surface du cerveau d'enregistrer l'activité électrique de cette zone où on a mis l'implant.
- 24:38Et puis,
- 24:38on peut avoir encore autre chose.
- 24:39C'est des implants qui rentrent à l'intérieur du cerveau.
- 24:41C'est ce que fait Elon Musk.
- 24:44c'est ce que fait d'autres implants comme l'implant Uta-Array qui sont des imaginés,
- 24:48une petite planche de fakir évidemment c'est tout au nanomètre donc c'est très fin et ça en revanche ça rentre à l'intérieur parce que ça permet d'être au plus près des neurones,
- 25:00du réseau de neurones les plus précis une précision qui est relative malgré tout même sur le signal qui est le plus précis qu'on peut produire quand je parle,
- 25:11mon coeur ne cesse pas de battre
- 25:12je ne cesse pas de respirer je peux avoir une pensée secondaire sur autre chose là simplement en disant cette phrase je viens simplement d'imaginer la lampe qui est trop forte derrière toi et j'y ai pensé à ce moment là parce qu'à chaque fois que je regarde ça m'aveugle légèrement mais mon
- 25:28cerveau il a fait tout ça en même temps donc je n'ai pas fait que l'air de broca mais ça si je veux faire externaliser ma parole quand je me parle dans ma tête tous ces autres signaux ils ne sont pas intéressants
- 25:39Donc,
- 25:39il faut faire ce qu'on appelle un traitement de signal.
- 25:41C'est là que la notion d'interface est encore plus forte,
- 25:44plus profonde.
- 25:45C'est qu'il faut nettoyer,
- 25:46enlever le bruit qui ne nous intéresse pas pour garder que le son,
- 25:50le signal électrique qui nous intéresse.
- 25:52Et ça,
- 25:52ce sont des systèmes algorithmiques qui font ça,
- 25:54c'est-à-dire des intelligences artificielles.
- 25:56Passionnant.
- 25:57Et alors,
- 25:57du coup,
- 25:58imaginons qu'on arrive à faire ça,
- 26:02on créerait des humains un peu hybrides,
- 26:06et à l'extrême,
- 26:07ça peut être des cyborgs.
- 26:10Alors,
- 26:10je ne sais pas si c'est à l'extrême,
- 26:11ça peut être des cyborgs.
- 26:13Est-ce que la nocturne de cyborg est forcément une extrémité ?
- 26:17Ce n'est pas sûr.
- 26:18Est-ce que c'est à partir d'un implant,
- 26:19à partir d'une cognition qui est modifiée,
- 26:22ou c'est à partir de plusieurs ?
- 26:24C'est le fameux mythe du bateau de Thésée,
- 26:27dont je parle dans mon livre,
- 26:28c'est-à-dire qu'à bout de combien d'implants,
- 26:29finalement,
- 26:30je deviens un cyborg ?
- 26:31Si j'ai juste un implant pour la maladie de Parkinson,
- 26:36la question ne se pose même pas.
- 26:38Si j'ai deux implants parce que je suis paraplégique,
- 26:42j'ai perdu l'usage de mes jambes,
- 26:43mais je peux encore bouger mes bras.
- 26:45Donc,
- 26:45j'aurais et Parkinson,
- 26:46l'implant pour Parkinson,
- 26:47l'implant pour la paraplégique.
- 26:48Par exemple,
- 26:49tout ce qui est sensoriel,
- 26:50les oreilles,
- 26:51les yeux.
- 26:51C'est ça,
- 26:52voilà.
- 26:52Donc,
- 26:53le bateau de Thésée,
- 26:54le mythe du bateau de Thésée,
- 26:55c'est que j'ai changé une planche du bateau de Thésée,
- 26:57c'est toujours le bateau de Thésée,
- 26:57mais il y a un moment,
- 26:58quand j'aurai changé toutes les planches,
- 27:00ça ne sera probablement plus le bateau de Thésée.
- 27:03Et ce qui est intéressant dans cette image,
- 27:06dans cette...
- 27:07métaphore du bateau de Thésée,
- 27:08c'est que au-delà de nous poser la question de que devenons-nous quand on a changé une certaine quantité de choses qui nous appartient,
- 27:16la question c'est est-ce que le cyborg est forcément quelque chose de non souhaitable ?
- 27:21On va très rapidement intuitivement répondre oui,
- 27:23parce que nous sommes nourris au Terminator,
- 27:26au Robocop,
- 27:27c'est-à-dire à toutes ces cultures hollywoodiennes qui nous ont montré des cyborgs dangereux,
- 27:32funestes pour le destin de l'humanité,
- 27:34et on a oublié Merci.
- 27:36C'est ce que j'essaie de faire dans mon livre,
- 27:38de réhabiliter la notion de cyborg en disant qu'au départ,
- 27:40le mot cyborg est un terme scientifique.
- 27:43C'est tout simplement dire cybernétique et organisme.
- 27:46C'est de la cybernétique associée à de l'organisme.
- 27:49C'est Klein et Klein,
- 27:50deux neuroscientifiques dans un contexte de conquête spatiale.
- 27:54On fait les premiers voyages spatiaux et le fantasme commence à émerger dans l'esprit de l'humanité,
- 28:01des sociétés humaines.
- 28:02Et si on pouvait traverser l'espace,
- 28:04oui,
- 28:04mais...
- 28:04Ça va nous demander de nous adapter à des environnements très hostiles.
- 28:07Mais comment permettre à l'organisme humain de supporter l'hostilité des autres humains ?
- 28:11Il faudrait compenser les organes qui deviendraient défectueux par des dispositifs artificiels,
- 28:16cybernétiques,
- 28:17qui perdraient le relais.
- 28:19Et la notion de cyborg est apparue comme ça.
- 28:22La dialyse,
- 28:23je parlais de dialyse tout à l'heure,
- 28:25le patient qui dialysait,
- 28:26à ce moment où il est branché à la machine pour nettoyer son sang,
- 28:28pour oxygéner son sang,
- 28:29il est un cyborg à ce moment-là.
- 28:31Porter des lunettes,
- 28:31c'est être un cyborg.
- 28:34les chaussures que nous portons nous font devenir des mini-cyborgs quelque part.
- 28:38Ce n'est pas un gros mot,
- 28:39cyborg.
- 28:40Ce n'est pas ce qu'Hollywood nous en a dit.
- 28:43C'est tout autre chose.
- 28:44Et c'est important de réhabiter ce terme-là à la fois pour nous,
- 28:47philosophes,
- 28:48parce que ça nous permet de poser un terme qui correspond mieux à la réalité des technologies qu'on développe,
- 28:52mais aussi pour les neuroscientifiques parce que ça va les...
- 28:56les décomplexer par rapport à une réalité qu'ils sont en train de développer et avec laquelle ils ne sont pas toujours très à l'aise parce qu'on les accuse de jouer un peu aux sorciers par moment.
- 29:04Non,
- 29:04le cyborg,
- 29:05c'est quelque chose de tout à fait normal dans le sens où on associe à l'organisme vivant un dispositif artificiel qui va le soutenir,
- 29:15le porter pendant un temps.
- 29:19J'entends la légitimité éthique parce que,
- 29:21encore une fois,
- 29:22on est en train de chercher à réparer Merci.
- 29:26des déficits,
- 29:27des gens qui ont besoin,
- 29:28qui ont été amputés d'une fonction,
- 29:30d'une cognition.
- 29:31Ça paraît tellement justifié,
- 29:33mais tu l'expliques tout le long du livre.
- 29:37Après,
- 29:37la problématique,
- 29:38c'est toute cette idéologie qui vient et où la frontière devient carrément floue par rapport à des normes de perfection.
- 29:55quand tout va nous pousser à être encore plus performant parce qu'on va implanter un cerveau,
- 30:02là,
- 30:02la question va peut-être se poser.
- 30:05Il vaut mieux la poser maintenant que la poser une fois que les choses deviennent normales et banales,
- 30:11on va dire.
- 30:12Oui,
- 30:12c'est ça.
- 30:13On a un exemple flagrant,
- 30:16très actuel,
- 30:17dont,
- 30:19de mon point de vue,
- 30:20on n'en tire pas assez les leçons,
- 30:22c'est celui d'Internet.
- 30:24Donc Internet,
- 30:24au tout départ,
- 30:25c'est quatre universités californiennes qui créent un réseau qui s'appelait ARPANET,
- 30:30au tout début,
- 30:32parce que ça permettait de faciliter la transformation,
- 30:34la transmission de données scientifiques entre les quatre universités.
- 30:38Donc ils ne gagnent du temps que d'envoyer des grandes archives,
- 30:42très lourdes et très coûteuses.
- 30:43Donc ils créent ARPANET,
- 30:44et puis l'ADARPA,
- 30:46qui est le centre de recherche de l'armée américaine,
- 30:48s'est intéressé,
- 30:48et puis ils ont développé davantage,
- 30:50et puis on s'est dit,
- 30:50ça serait intéressant,
- 30:51et puis au fil du temps,
- 30:52c'est devenu Internet.
- 30:54Puis Internet,
- 30:55il s'est déployé sans qu'on l'imagine tout de suite.
- 30:57Est-ce qu'on met un cadre ?
- 30:59On va y penser après.
- 31:00On voit aujourd'hui combien il est compliqué de poser un cadre sur cet outil qu'est Internet.
- 31:08Donc on a cet exemple-là sous les yeux de se dire,
- 31:12si on attend trop,
- 31:13c'est trop tard.
- 31:14Et ça sera forcément trop tard.
- 31:16Donc il faut le faire,
- 31:17ce cadre,
- 31:18il faut le penser,
- 31:19au moment même où on développe ces neurotechnologies.
- 31:21C'est maintenant,
- 31:22ce n'est pas après.
- 31:23Quand les neurotechnologies sont là,
- 31:24elles vont prendre leur place.
- 31:26Et ça est toujours extraordinairement difficile de pouvoir poser un cadre sur ce qui a déjà pris sa place.
- 31:33Et c'est tout le rôle des philosophes,
- 31:35d'accompagner les neuroscientifiques dans cette démarche-là.
- 31:39Aller trop loin,
- 31:41comment dire...
- 31:45La science,
- 31:45quand elle se développe,
- 31:46les technologies,
- 31:47quand elles se développent,
- 31:48dans les laboratoires,
- 31:49ne sont pas des empires dans un empire.
- 31:52Et ça,
- 31:52c'est compliqué parfois pour nos scientifiques à le comprendre.
- 31:55C'est qu'ils se disent,
- 31:55moi je suis dans mon laboratoire,
- 31:56je ne fais pas de mal.
- 31:58Mais oui,
- 31:58la technologie,
- 31:59un jour,
- 31:59elle va sortir du laboratoire.
- 32:01Un peu comme un virus,
- 32:01à un moment,
- 32:02il risque de sortir du laboratoire.
- 32:04Je ne dis pas que les technologiques sont des virus,
- 32:06c'est une analogie qui est finalement très mauvaise.
- 32:08Mais il y a un monde social derrière le laboratoire.
- 32:12Il y a un monde politique,
- 32:14il y a un monde éthique,
- 32:15il y a un monde anthropologique.
- 32:17La technologie qui est développée dans le laboratoire n'est jamais déconnectée de ça.
- 32:21Une réalité économique.
- 32:23Absolument.
- 32:24Et donc,
- 32:24il y a des personnes,
- 32:25tu as dit le mot de performance,
- 32:27et c'est très juste,
- 32:28c'est très vrai,
- 32:28parce que ces technologies vont venir s'insérer dans un monde où la performance est un indicateur,
- 32:35à tort,
- 32:36mais un indicateur énorme.
- 32:39On ne regarde tout qu'à travers la performance.
- 32:42Que ce soit la performance énergétique,
- 32:43que ce soit la performance scolaire,
- 32:46que ce soit la performance économique,
- 32:48le CAC 40,
- 32:49c'est...
- 32:50une mesure de performance.
- 32:52Donc tout est regardé à travers la notion de performance.
- 32:55Si certaines technologies nous permettent d'être encore plus performantes,
- 33:00elle est où la limite ?
- 33:01Si on n'a pas pensé le cadre avant.
- 33:04Surtout à qui elles s'adressent ?
- 33:05L'égalité ?
- 33:06L'égalité parce que les neurotechnologies sont des neurotechnologies qui sont extrêmement coûteuses.
- 33:10Tout le monde ne peut pas en bénéficier.
- 33:11Tout le monde ne peut pas en bénéficier.
- 33:14C'est des implants qui sont en diamant,
- 33:16qui sont en or,
- 33:17donc ça coûte très cher de produire ça.
- 33:19C'est un savoir-faire que tout le monde ne possède pas,
- 33:21donc forcément ça se monnaie,
- 33:22la rareté.
- 33:24Donc c'est très coûteux,
- 33:25et on sait très bien que c'est qu'une élite qui pourrait avoir accès à ce type de dispositifs,
- 33:29le jour où ces dispositifs seront commercialisables à plus grande échelle.
- 33:33Aujourd'hui,
- 33:33parce qu'elles restent expérimentales,
- 33:36c'est des personnes très particulières,
- 33:38très précises,
- 33:38qui peuvent y avoir accès,
- 33:40parce que,
- 33:40d'un point de vue du tableau clinique,
- 33:42elles correspondent à des critères qu'on veut pour l'expérimentation.
- 33:47Mais le jour où on n'est plus dans l'expérimentation,
- 33:49On est à grande échelle.
- 33:50Ceux qui pourront s'offrir ce type de technologie pour pouvoir compenser une déficience.
- 33:55compenser une situation de handicap,
- 33:57elles seront très peu nombreuses.
- 33:59Et on a un indicateur aujourd'hui qui l'indique,
- 34:01c'est que le nombre de startups qui font faillite parce que la production de ces dispositifs sont très coûteux et peu peuvent y avoir accès,
- 34:09ce nombre de startups qui font faillite est considérable aujourd'hui.
- 34:13D'accord.
- 34:13Mais d'un autre côté,
- 34:14tu dis que si jamais ça se déployait à très grande échelle comme l'ont fait par exemple les smartphones et qui ont commencé par être quelque chose...
- 34:24d'inaccessibles et puis maintenant tout le monde a un smartphone dans tous les pays et quel que soit le niveau socio-économique est-ce que ça ne créerait pas une stigmatisation par rapport aux gens qui seront
- 34:40porteurs justement de ce type de fonctionnement est-ce qu'ils vont être considérés comme différents par rapport aux autres,
- 34:47c'est des questions que l'éthique peut se poser actuellement avant que ça arrive Merci.
- 34:53Oui,
- 34:53il faut la poser avant que ça arrive,
- 34:55mais dans un double sens.
- 34:56Tu as parlé de stigmatisation.
- 34:59Une personne qui a une situation de handicap souffre déjà de stigmatisation sociale,
- 35:02c'est toujours le cas aujourd'hui,
- 35:03on n'a pas à effacer ça.
- 35:06Mais si en plus on considère qu'elle est un cyborg dans le sens négatif du terme,
- 35:10c'est une double stigmatisation qu'on pose dessus.
- 35:13Mais ça peut être une stigmatisation à l'inversé,
- 35:14c'est-à-dire que la norme,
- 35:15c'est d'être ultra performant,
- 35:16et donc tous ceux qui seront implantés.
- 35:18Et donc les stigmatisés,
- 35:19ce seront tous ceux qui ne seront pas implantés.
- 35:21Donc on aura une élite mondiale qui pourra avoir accès à ces technologies et qui en profitera et qui essaiera,
- 35:28parce que nous sommes un monde d'exploitation et de domination,
- 35:30en tout cas nous le sommes toujours,
- 35:31on n'a pas encore réparé ça,
- 35:33réglé ça,
- 35:34qui exploitera tous ceux qui ne seront pas privilégiés par ces technologies-là.
- 35:40Donc ça,
- 35:40c'est une question plus...
- 35:41C'est des risques.
- 35:42Oui,
- 35:42ce sont les risques.
- 35:44Est-ce qu'on le crée ?
- 35:45Non.
- 35:46On l'accentue,
- 35:47on la croit,
- 35:48parce que ce risque,
- 35:49c'est déjà celui que l'on vit.
- 35:53la situation de précarité a un impact considérable sur l'espérance de vie.
- 35:58Donc,
- 35:58cette stigmatisation,
- 35:59elle est déjà là.
- 36:01Donc,
- 36:01ce n'est pas la peine d'en ajouter une autre.
- 36:02Oui.
- 36:04Alors,
- 36:04et la lecture de la pensée dans tout ça ?
- 36:06Parce que c'est le fantasme au fait,
- 36:07quand on parle d'implants cérébraux,
- 36:10on a l'impression que grâce à ça,
- 36:12nos pensées vont être visibles sur un écran.
- 36:15Oui,
- 36:15alors,
- 36:15ça amuse beaucoup mes collègues et amis neuroscientifiques.
- 36:18J'en ai discuté il y a 15 jours,
- 36:203 semaines encore avec eux.
- 36:21Ça les amuse beaucoup parce qu'eux-mêmes se disent « Mais nous,
- 36:23on ne sait même pas ce que c'est que la pensée. »
- 36:25Donc,
- 36:26on nous dit qu'on est capable de lire l'esprit,
- 36:28lire les pensées,
- 36:28qu'on va pouvoir...
- 36:30Mais on n'est même pas capable de dire ce que c'est.
- 36:32Même le début du...
- 36:33Pourquoi une conscience émerge dans le cerveau ?
- 36:34On n'est même pas capable de l'expliquer.
- 36:36On n'a pas de début d'explication.
- 36:39Est-ce qu'ils ne font rien pour autant ?
- 36:40Non,
- 36:41évidemment.
- 36:41À partir du moment où,
- 36:42comme je l'ai dit tout à l'heure,
- 36:43on ouvre une porte,
- 36:44même si elle reste encore très petite,
- 36:46mais sur le fonctionnement cérébral,
- 36:49c'est une porte qui s'ouvre sur un début d'explication.
- 36:51donc sur un début de pouvoir agir,
- 36:54de pouvoir faire quelque chose.
- 36:57Donc ça c'est dit,
- 36:58pour l'instant on ne lit pas la pensée,
- 37:01les progrès sont quand même considérables ces dernières années,
- 37:03ils sont quand même assez importants,
- 37:06et on commence à détecter des petites choses qui n'appartiennent pas à ce qu'on appelle les réseaux de neurones moteurs.
- 37:11On ne sait pas trop dire encore de quoi il s'agit,
- 37:14mais quand on arrive à commencer à détecter l'apparition de ce qu'on appelle l'intention,
- 37:21on commence à être sur autre chose comme signal électrique que simplement le signal qui sert à bouger un bras ou qui sert à bouger les jambes ou à parler.
- 37:31Il y a une étude,
- 37:32il y a quelques années quand même,
- 37:33déjà maintenant,
- 37:33mais on a réussi à reconstituer aussi quelques images,
- 37:37très mal,
- 37:37mais des images de personnes qui étaient en train de rêver.
- 37:42Reconstituer sur un écran l'image de ce que la personne voyait dans son rêve.
- 37:45Évidemment,
- 37:46encore une fois,
- 37:47j'insiste.
- 37:48C'est très flou,
- 37:50mais on arrive à commencer à fabriquer une image.
- 37:53C'est mon rêve d'anesthésiste.
- 37:57Ce que tu me racontes.
- 37:59Eh bien,
- 37:59écoute,
- 38:00j'espère que tu vivras assez longtemps.
- 38:02Mais,
- 38:03est-ce qu'il faut y aller ?
- 38:05Je ne sais pas.
- 38:06Moi,
- 38:06c'est ce type de question-là que je pose.
- 38:08C'est la question.
- 38:09Est-ce que c'est souhaitable d'y aller ?
- 38:10Le techniquement possible,
- 38:11mais pas toujours le moralement souhaitable.
- 38:13Exactement.
- 38:14Donc,
- 38:15est-ce qu'il faut y aller ?
- 38:15On sait le faire,
- 38:16mais oui.
- 38:16Pour autant,
- 38:17est-ce qu'on doit le faire ?
- 38:18Non,
- 38:19peut-être pas.
- 38:20Il y a peut-être des choses qu'il est préférable de ne pas savoir faire.
- 38:22Tu parles de privauté mentale ?
- 38:25Oui,
- 38:26c'est ça,
- 38:26la privauté mentale.
- 38:27C'est ce que j'expliquais tout à l'heure.
- 38:29Moi,
- 38:29j'ai un accès privilégié en tant qu'individu à ce qui se passe dans ma tête.
- 38:32Toutes ces pensées qu'il y a.
- 38:34Si je ne t'avais pas dit pour la lampe derrière toi,
- 38:36tu ne l'aurais jamais su.
- 38:37C'est ça.
- 38:37J'ai le droit à mes pensées,
- 38:38j'ai le droit à mes intentions,
- 38:40à mes émotions.
- 38:40C'est ça.
- 38:41Donc,
- 38:41on parle de privauté mentale.
- 38:42On pourrait même appeler un mot encore plus fort.
- 38:44On pourrait parler d'intégrité cognitive.
- 38:47rester intègre cognitivement,
- 38:48c'est-à-dire que ça reste moi,
- 38:50et il n'y a pas d'intrusion.
- 38:52Comme on parle d'intégrité physique,
- 38:54on ne fait pas intrusion dans mon corps sans mon consentement.
- 38:57on ne fait pas une irruption dans mon esprit même pour voir ce qui s'y passe sans avoir recueilli mon consentement bon ça reste quand même un fantasme parce qu'en réalité actuellement personne ne peut ni applaudir notre cerveau ni y mettre des choses au fait comme un ordinateur c'est pour
- 39:16ça que j'ai commencé par là j'ai commencé par là pour dire que c'est purement spéculatif ça ne veut pas dire que l'on ne doit pas poser la question
- 39:26le véhicule volant qu'a imaginé
- 39:28Léonard de Vinci était purement spéculatif.
- 39:30Aujourd'hui,
- 39:30on est capable de faire voler un A380.
- 39:32Bien sûr.
- 39:34Maintenant,
- 39:35tu parles quand même de la lecture du cerveau.
- 39:38Tu dis qu'il y a des moyens,
- 39:40tout ce codage algorithmique et des patterns neuronaux.
- 39:44Il n'empêche qu'il y a eu plusieurs expériences qui ont montré que par la volonté,
- 39:48et tu mets toujours les guillemets pour parler de la volonté,
- 39:51pour faire bouger,
- 39:52par exemple,
- 39:53un ordinateur.
- 39:54Un tétraplégique est capable actuellement,
- 39:57avec la pensée ou par la concentration ou la volonté,
- 40:00je ne sais pas comment l'appeler,
- 40:02sans intention en tout cas,
- 40:03à faire bouger,
- 40:04à écrire un mail,
- 40:05à envoyer un SMS.
- 40:07Ça,
- 40:08c'est quand même impressionnant.
- 40:09Et là,
- 40:11tu fais la différence entre ce que tu appelles les états mentaux et les états cérébraux.
- 40:16Les états cérébraux,
- 40:17c'est cette activité électrique.
- 40:20En philosophie de l'esprit,
- 40:21on aime distinguer...
- 40:22de ce qu'on appelle les états mentaux,
- 40:24qui ne sont pas l'activité électrique,
- 40:26qui ne sont pas les états physiques.
- 40:29Donc,
- 40:31j'ai besoin de mon cerveau pour penser.
- 40:33Il n'y a pas besoin de faire une expérimentation réelle pour pouvoir le comprendre.
- 40:39Si je pense,
- 40:40c'est parce que j'ai un cerveau qui me permet de penser.
- 40:44Et en même temps,
- 40:44je ne peux pas réduire ma pensée au seul fonctionnement de mon cerveau.
- 40:47Donc,
- 40:48dire « je suis mon cerveau » ,
- 40:49c'était très réducteur.
- 40:51Et c'est pour ça que dans la philosophie de l'esprit,
- 40:53on a cette distinction.
- 40:54Alors,
- 40:55il faut être précautionneux,
- 40:56c'est une distinction qui est un outil.
- 40:59Ça ne veut pas dire que les philosophes pensent qu'elle est vraie,
- 41:02qu'elle se fonde sur une base biologique,
- 41:05avec,
- 41:05si on mettait dans un tiroir,
- 41:07je ne sais pas,
- 41:09le cerveau,
- 41:09tout ce qui relève du matériel,
- 41:12de la matière,
- 41:13et puis dans un autre tiroir,
- 41:14la pensée,
- 41:14l'esprit,
- 41:15tout ce qui est immatériel.
- 41:18Aujourd'hui,
- 41:19même les neuroscientifiques,
- 41:21les neurosciences sont profondément matérialistes.
- 41:23Ils considèrent qu'il n'y a pas de pensée sans cerveau.
- 41:25Donc,
- 41:26ils ne font pas deux tiroirs distincts,
- 41:28mais pour les philosophes,
- 41:29c'est un outil qui permet de poser des questions,
- 41:31de distinguer les deux,
- 41:32état cérébraux,
- 41:33état mentaux.
- 41:33Donc,
- 41:33état physique et état non physique,
- 41:36les états mentaux.
- 41:37La question,
- 41:38et ça sert à quoi ?
- 41:39A poser cette question-là,
- 41:40cette question de la lecture de l'esprit,
- 41:41la lecture des pensées.
- 41:44Si on introduit un dispositif qui enregistre,
- 41:47j'aime bien employer...
- 41:47qui lit le cerveau ?
- 41:49Est-ce qu'à un moment,
- 41:50on ne pourrait pas arriver à lire les pensées ?
- 41:54C'est ça la question.
- 41:55Donc dire ça,
- 41:55ça ne veut pas dire qu'on fait forcément une distinction entre la matière et l'immatériel.
- 42:00Et on pourrait tout aussi bien le faire.
- 42:02Mais ce n'est pas ramener la question à cela.
- 42:06C'est tout simplement dire,
- 42:07s'il ne peut pas y avoir de pensées sans mon cerveau,
- 42:10et que je deviens capable de pouvoir lire le cerveau,
- 42:13est-ce que quelque part,
- 42:13je ne deviendrai pas capable de pouvoir lire les pensées ?
- 42:16Et donc,
- 42:16si je deviens capable de pouvoir lire les pensées,
- 42:18même de façon hypothétique,
- 42:20je repose cette question du souhaitable.
- 42:21Est-ce que c'est moralement souhaitable ?
- 42:24Voilà.
- 42:24Donc,
- 42:25mon métier consiste à non pas dire oui,
- 42:28non,
- 42:29mais quelles sont toutes les positions en présence sur cette question-là ?
- 42:32Comment elles y répondent ?
- 42:34Quels sont les arguments que ces positions avancent ?
- 42:37Et quelle est la solidité de ces arguments-là ?
- 42:40À ouvrir les questions.
- 42:42Voilà.
- 42:42Ok.
- 42:43Et donc,
- 42:43en ce qui concerne maintenant les enjeux de ces implants cérébraux,
- 42:49est-ce que l'éthique doit s'intéresser au risque ?
- 42:52Ou est-ce que c'est la question centrale ?
- 42:54Est-ce que les risques,
- 42:55c'est la question centrale ?
- 42:56Ou est-ce qu'il y a d'autres choses à imaginer dans la discussion sur l'éthique de ces interfaces cerveau-machine ?
- 43:04Le risque est une notion assurancielle qui vient des assurances.
- 43:07Ah,
- 43:08voilà.
- 43:08Voilà.
- 43:08Il désignait au départ...
- 43:10ces récifs qu'il y avait au bord des falaises desquels les bateaux ne devaient pas s'approcher trop près au risque de se fondre et de perdre la cargaison.
- 43:17Quand on parlait de risque,
- 43:19c'était ça.
- 43:19On assurait les cargaisons des bateaux à hauteur du risque qu'ils étaient amenés à rencontrer durant leur navigation.
- 43:27L'éthique ne pense pas le risque.
- 43:29La philosophie pourrait le penser,
- 43:31mais l'éthique,
- 43:31ce qu'elle pense,
- 43:32c'est le moralement souhaitable ou le non souhaitable.
- 43:36La question que l'on pose,
- 43:38et celle que j'avais indiquée tout à l'heure,
- 43:40c'est comment faut-il vivre ?
- 43:43Évidemment,
- 43:43à un moment,
- 43:44on va bien frôler la notion de risque quelque part,
- 43:47mais la philosophie,
- 43:49l'éthique ne va pas résoudre cette question-là.
- 43:52Elle va penser que ce n'est pas son affaire,
- 43:53c'est l'affaire peut-être des économistes.
- 43:57parce que quand on pense de risque,
- 43:59c'est surtout le dédommagement que l'on pense.
- 44:01Le philosophe laeticien,
- 44:03lui,
- 44:03ce qu'il pense,
- 44:04c'est comment va s'insérer la technologie dans la société,
- 44:08par exemple les neurotechnologies,
- 44:09quel impact ça va avoir sur notre façon de vivre ensemble,
- 44:13et à la lumière de ces impacts-là,
- 44:17est-ce que finalement on le veut ?
- 44:18Est-ce que c'est souhaitable ?
- 44:20Est-ce que c'est viable ?
- 44:22Imaginons un monde où on dirait...
- 44:27peur d'arriver à une technologie qu'on ne maîtriserait plus,
- 44:31nous devons arrêter tout développement technologique,
- 44:34on voit bien qu'on va plonger l'humanité dans un désespoir total.
- 44:38Comme je l'ai dit aussi tout à l'heure,
- 44:39il n'y a pas d'humanité sans technique,
- 44:40parce que c'est ce qui nous permet de résister à toutes les agressions qu'on subit.
- 44:45Donc,
- 44:46l'éthique,
- 44:47ce n'est pas le risque.
- 44:48L'éthique,
- 44:48c'est tout simplement une question très vertueuse.
- 44:50Comment faut-il vivre ?
- 44:51Quelles sont les qualités qu'on doit avoir pour vivre ensemble ?
- 44:53Le risque,
- 44:54c'est autre chose.
- 44:55Comment ça s'applique dans le cadre Merci.
- 44:57concrètement dans le cadre des implants cérébraux.
- 44:59Cette éthique-là,
- 45:00comment elle s'emploie actuellement,
- 45:03concrètement ?
- 45:04Si par exemple,
- 45:05je ne sais pas comment ça se passe,
- 45:07il y a la recherche,
- 45:08il y a des labos de neurosciences,
- 45:12et donc il est où le philosophe ?
- 45:14Pour l'instant,
- 45:14il n'est pas dans les laboratoires des neurosciences.
- 45:17Il n'a pas sa place ?
- 45:18Ce n'est pas qu'en committant,
- 45:19ce n'est pas en même temps qu'on fait de la recherche,
- 45:22on intègre l'éthique et les questions ?
- 45:24Ce n'est pas en même temps ?
- 45:26Non.
- 45:26Non,
- 45:27non.
- 45:28Les philosophes se posent des questions dans le laboratoire de philosophes.
- 45:33Les neuroscientifiques développent leur technologie dans le laboratoire de neurosciences.
- 45:37Et de temps en temps,
- 45:38on est amené à se croiser durant une conférence,
- 45:40un colloque,
- 45:40un congrès,
- 45:42durant des séminaires.
- 45:44On s'échange quelques mots.
- 45:45On se dit que ce serait bien qu'on travaille ensemble.
- 45:48Mais pour l'instant,
- 45:48il n'y a pas de philosophes dans les laboratoires de neurosciences.
- 45:51Ce ne serait pas bien ?
- 45:52Alors moi,
- 45:52je l'ai été pendant quatre ans parce que j'étais dans un projet européen qui m'a permis.
- 45:55pendant 4 ans d'être dans un laboratoire au Grenoble Institut des Neurosciences où on développe des neurotechnologies entre autres évidemment,
- 46:04il faut être là ça ne veut pas dire qu'il faut enlever les laboratoires de philosophie et d'éthique mais c'est tout simplement,
- 46:09il faut aussi accueillir des éthiciens et des philosophes dans ces laboratoires pour penser avec les neuroscientifiques la technologie en train d'émerger c'est fondamental je ne pourrais pas poser toutes les questions que je pose si je n'avais pas passé 4 ans dans un laboratoire
- 46:25de neurotechnologie et de neurosciences.
- 46:28Et d'ailleurs,
- 46:30dans les années 80,
- 46:3170,
- 46:3180,
- 46:32on reprochait souvent aux philosophes de parler de la technique et des technologies sans jamais avoir mis un pied dans les laboratoires de sciences.
- 46:40Et ça se sentait dans les écrits,
- 46:41c'était complètement déconnecté de la réalité qui est en train de se faire.
- 46:45Si on veut éviter les fantasmes,
- 46:46si on veut que les gens se parlent,
- 46:48si on veut maintenir cette confiance entre la société et les technologies développées dans les laboratoires,
- 46:54Il faut absolument que les SHS s'installent aussi sur la paillasse du scientifique.
- 46:59C'est indispensable.
- 47:01C'est très compliqué.
- 47:02Culturellement,
- 47:03on n'a pas ça en France.
- 47:04Les anglo-saxons l'ont beaucoup plus que nous,
- 47:07ça c'est certain.
- 47:08En France,
- 47:09on en est très très très loin.
- 47:11On est vraiment loin.
- 47:12Ok.
- 47:12Et comment amener ces questions-là en société,
- 47:18dans le débat public,
- 47:19auprès de la société civile ?
- 47:21Parce que j'imagine que c'est une réflexion qui doit...
- 47:24être au grand public à laquelle doivent participer toute la société ?
- 47:32C'est une question complexe à laquelle je n'ai pas de réponse pour deux raisons.
- 47:39La première,
- 47:39je pense,
- 47:41la société globalement considère que ces questions-là sont trop élitistes et que les personnes ne se sentent pas légitimes.
- 47:50De ressources et même légitimes à pouvoir émettre un avis.
- 47:54Ce que moi je conteste profondément,
- 47:57je pense qu'on a tous une philosophie,
- 48:00on a tous un avis,
- 48:01et oui,
- 48:04on a tous une expérience de la vie qui nous donne un système de valeurs auquel on croit,
- 48:09et qu'on essaie de suivre,
- 48:10et donc on est capable de pouvoir penser les choses,
- 48:12les choses technologiques.
- 48:14Et puis l'autre raison,
- 48:17c'est que,
- 48:18est-ce que le citoyen est là en vie,
- 48:20tant que cela ?
- 48:21de se poser ces questions-là.
- 48:22Je n'en suis pas si certain.
- 48:26Aujourd'hui,
- 48:27je pense même que ces questions-là l'embarrassent plus qu'autre chose.
- 48:31Il est préoccupé par bien autre chose.
- 48:33Préoccupé par sa situation économique,
- 48:35préoccupé par les questions géopolitiques,
- 48:38préoccupé par cette violence accrue et décomplexée qu'on voit proliférer chaque jour un peu plus dans nos sociétés,
- 48:47malheureusement.
- 48:48Et donc ces questions-là ne sont même pas secondaires,
- 48:51elles n'existent pas.
- 48:52Alors la problématique c'est que la place reste du coup grande pour toute l'idéologie transhumaniste.
- 48:59Et au final dans les médias on a beaucoup accès à ces réflexions,
- 49:07à la philosophie par exemple d'Elon Musk.
- 49:09On entend parler énormément de
- 49:12Noralink alors qu'il y a tellement de recherches qui se font par ailleurs.
- 49:16sur les interfaces cerveau-machine,
- 49:19ça prend toute la place et tu expliques que ça brouille le débat public,
- 49:24parce que ça emmène les questions ailleurs par rapport à là où elles doivent être.
- 49:30Qu'est-ce que ça peut cacher cette idéologie,
- 49:34au fait ?
- 49:34Une crainte ?
- 49:36Cette idéologie,
- 49:37elle s'inscrit dans la crainte.
- 49:40J'ai déjà beaucoup discuté avec des transhumanistes.
- 49:43J'aime bien discuter avec tout le monde.
- 49:44Je n'ai pas de problème avec ça.
- 49:46Au contraire,
- 49:47ça nourrit les uns les autres.
- 49:48Je trouve ça très important.
- 49:49De la même façon que j'aime aller dans les laboratoires de neurotechnologie,
- 49:53je rencontre aussi les transhumanistes pour discuter avec eux,
- 49:56pour comprendre comment ils raisonnent,
- 49:57comment ils fonctionnent.
- 49:59Et peut-être qu'ils n'ont pas tort sur tout non plus.
- 50:02Il y a des choses très importantes,
- 50:03on pourra y revenir,
- 50:04mais ils n'ont peut-être pas tort sur tout.
- 50:08Ce qui est important,
- 50:09c'est la peur,
- 50:10justement.
- 50:12La peur,
- 50:12c'est la peur que notre corps est périssable.
- 50:15C'est insupportable.
- 50:16Il suffit de commencer à ressentir les affres du vieillissement pour se dire que la vie est profondément injuste.
- 50:23Il suffit d'avoir rencontré,
- 50:25ce qui a été mon cas quand j'ai travaillé sur les annonces de cancer auprès d'adolescents et de jeunes adultes,
- 50:30de se rendre compte à quel point le malheur est injuste.
- 50:35Pour se dire que...
- 50:36Mais moi,
- 50:36pour sauver mon enfant,
- 50:38je suis prêt à n'importe quoi.
- 50:40Donc les transhumanistes,
- 50:42ils sont un peu dans cette peur.
- 50:43C'est-à-dire que je ne veux pas mourir,
- 50:45je ne veux pas avoir mal,
- 50:46je ne veux pas disparaître.
- 50:48Je veux que ça dure le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions possibles.
- 50:52Donc je suis prêt à tout pour ça,
- 50:53je veux tout pour ça.
- 50:56Et quand je le dis,
- 50:57je ne m'inscris pas dans un système de valeurs.
- 51:00Je veux simplement,
- 51:01je décris des faits,
- 51:02je décris un sentiment qu'ils ont et que je peux.
- 51:05comprendre ce sentiment.
- 51:06Pour ça,
- 51:06je dis,
- 51:07ils n'ont pas tort sur tout.
- 51:10Là où ils ont peut-être tort,
- 51:11c'est de croire que la technologie,
- 51:13ce qu'on appelle le solutionnisme,
- 51:15est la réponse à cette peur.
- 51:16Peut-être qu'ils se trompent là-dessus.
- 51:18Le solutionnisme n'est pas une réponse à la peur.
- 51:21Ce que Anna Arendt,
- 51:22la philosophe allemande,
- 51:23a très bien montré,
- 51:24c'est que quand on compense une vulnérabilité,
- 51:27on trouve une autre vulnérabilité derrière.
- 51:29Et c'est sans fin.
- 51:31C'est aditam aeternam.
- 51:33En fait,
- 51:33l'être humain ne sait pas.
- 51:34jamais d'être fragile.
- 51:35Il est naturellement fragile.
- 51:37Et cette fragilité,
- 51:39elle est,
- 51:40comment dire,
- 51:41irréparable.
- 51:43C'est ontologique,
- 51:44ça constitue notre être.
- 51:46Donc,
- 51:47le solutionnisme,
- 51:48c'est une illusion de croire qu'on réglera les problèmes sociaux avec le progrès technologique,
- 51:53qu'on réglera le malheur humain avec les problèmes technologiques,
- 51:56qu'on réglera le...
- 51:57comment dire...
- 51:59qu'on deviendra immortel.
- 52:01Quelque part,
- 52:02être immortel,
- 52:02c'est un petit peu bête ça.
- 52:03Parce que même si on transfère une conscience dans un ordinateur,
- 52:07je prends une batte de baseball,
- 52:08je casse l'ordinateur,
- 52:09il n'y a plus de conscience qui a été transférée.
- 52:11On ne devient pas immortel.
- 52:13On peut toujours faire disparaître la conscience.
- 52:14Alors,
- 52:16ça c'est l'idéologie transhumaniste,
- 52:18mais quand même,
- 52:20tu essayes de passer un message important sur le livre,
- 52:25c'est que tu veux quand même essayer de faire en sorte que le plus grand nombre
- 52:30participent à ce questionnement éthique.
- 52:32Il est impossible de faire ça,
- 52:34même si les gens n'ont pas envie,
- 52:35il faut peut-être leur expliquer le bénéfice,
- 52:38leur expliquer que,
- 52:40par exemple,
- 52:40en ce qui concerne l'implant cérébral,
- 52:42c'est quelque chose qui va concerner une grande partie de la population,
- 52:47que ça ne concerne pas que les cérébro-lésés,
- 52:50mais les maladies neurodégénératives concernent quand même une grande partie de notre population.
- 52:56qui vieillit,
- 52:57qui va devenir de plus en plus âgé,
- 52:59qui a une espérance de vie augmentée et qui va avoir des déficits.
- 53:05Si je prends par exemple,
- 53:07ne serait-ce que la dépression,
- 53:08si un jour on arrivait à contrer la dépression,
- 53:11c'est une avancée énorme et une avancée majeure.
- 53:15Donc on ne peut pas imaginer que ça ne concerne pas le plus grand nombre.
- 53:18C'est comme les nouvelles technologies,
- 53:20l'intelligence artificielle va s'insérer.
- 53:22Dans toute notre vie,
- 53:23on ne peut pas faire semblant que ça ne nous concerne pas.
- 53:25On est obligé de faire partie de ce débat.
- 53:27Maintenant,
- 53:28si on n'a pas appris à se questionner,
- 53:31à amener ces questions-là dans le débat public,
- 53:35il faut quand même qu'on apprenne à le faire.
- 53:37Donc,
- 53:37tu parles de délicatesse,
- 53:39tu parles de la délicatesse,
- 53:41tu parles du questionnement.
- 53:43Il faut qu'on puisse quand même transmettre ces messages-là.
- 53:48Ils ont de la valeur.
- 53:50Je crois qu'ils ont...
- 53:51plus de valeur aujourd'hui dans la société qui est la nôtre.
- 53:54Actuellement,
- 53:56la formation de l'esprit,
- 53:57c'est fondamental.
- 53:59Pouvoir développer le jugement critique,
- 54:00qui n'est pas la contradiction.
- 54:02Le jugement critique,
- 54:03c'est savoir peser le pour,
- 54:05le contre,
- 54:06savoir peser les arguments,
- 54:07être en mesure de...
- 54:09Je ne suis pas d'accord avec toi,
- 54:10mais je vais me mettre à ta place pour comprendre pourquoi toi tu penses comme ça,
- 54:14pourquoi toi tu vois le monde comme ça.
- 54:15Ça s'appelle l'empathie.
- 54:16Ou l'altérité,
- 54:17ou l'acceptation de l'altérité.
- 54:18Oui,
- 54:18l'altérité.
- 54:20J'aime bien...
- 54:22J'en parle un moment dans mon livre.
- 54:23principes d'amitié,
- 54:25mais avec ceux qui me déplaient.
- 54:27Ça ne veut pas dire que je dère forcément aux valeurs dans lesquelles je ne me reconnais pas,
- 54:32mais je peux considérer que peut-être que ces valeurs-là ne sont pas non plus la destruction,
- 54:37et donc je peux vivre avec.
- 54:39Ça ne veut pas dire vivre pour,
- 54:41c'est vivre avec.
- 54:42C'est ça l'amitié,
- 54:44dans le sens très aristotélicien du terme.
- 54:46Donc oui,
- 54:47bien sûr,
- 54:48il faut que les citoyens s'emparent de ces sujets-là.
- 54:52leur rendre ces sujets accessibles.
- 54:53En tout cas,
- 54:53moi,
- 54:53c'est ce que j'essaie de faire dans mon travail.
- 54:55Dans mes livres,
- 54:56j'écris des articles beaucoup plus techniques pour que des philosophes les lisent.
- 55:00Évidemment,
- 55:01on sait très bien,
- 55:01les articles scientifiques sont peu lus.
- 55:04Mais mes livres,
- 55:05en revanche,
- 55:06je veux qu'ils soient lus.
- 55:07Ça compte beaucoup pour moi,
- 55:08parce que c'est là où j'essaie de transmettre quelque chose.
- 55:11Et ce que j'essaie de transmettre,
- 55:12ce n'est pas forcément des idées,
- 55:13mais c'est des questionnements,
- 55:15et surtout,
- 55:16le goût des autres.
- 55:17Je veux transmettre ce goût des autres.
- 55:19Et c'est pour ça que je parle de délicatesse.
- 55:21Et pour avoir le goût des autres,
- 55:23c'est la formation d'esprit qui compte.
- 55:25Au plus jeune âge,
- 55:26l'école primaire,
- 55:28apprendre à ne pas avoir un esprit qui soit instrumental,
- 55:31avoir une relation avec les autres qui ne soit pas simplement basée sur l'utilité.
- 55:34Je te parle parce que tu m'es utile,
- 55:37par exemple,
- 55:37je te parle parce que à midi,
- 55:39j'ai pas envie de manger tout seul,
- 55:40je te parle,
- 55:40comme ça tu vas manger avec moi à midi.
- 55:42C'est pas une bonne relation,
- 55:44c'est pas ça.
- 55:45C'est pas ça l'amitié,
- 55:46ce fameux principe d'amitié.
- 55:49Et ça,
- 55:50il faut qu'on le forme très tôt.
- 55:51On ne le forme pas très tôt parce que les matières reines,
- 55:54encore,
- 55:55c'est la physique,
- 55:56c'est les mathématiques,
- 55:57c'est la biologie.
- 56:00On sait bien,
- 56:01nos gouvernements successifs,
- 56:03on dit qu'on n'est pas bon en maths,
- 56:05on ne dépose pas assez de brevets,
- 56:06on n'est pas assez bon d'un point de vue scientifique.
- 56:11Mais la littérature est fondamentale.
- 56:13Les démocraties ne reposent que sur l'empathie,
- 56:16sur cette qualité-là.
- 56:18cette vertu-là,
- 56:19l'empathie,
- 56:19être empathique.
- 56:20Si on n'arrive pas à être empathique,
- 56:22les démocraties sont foutues.
- 56:23C'est pour ça que je fais ce travail de délicatesse,
- 56:26en mettant en avant ce qu'on appelle en philosophie l'éthique des vertus.
- 56:29C'est ça qu'il faut enseigner le plus possible.
- 56:31Moi,
- 56:32j'essaie de le faire avec mes étudiants.
- 56:35J'ai la naïveté de penser y arriver un petit peu.
- 56:41Et je le vois à leurs questionnements qu'ils se posent.
- 56:46et leur donner le goût des autres.
- 56:48C'est fondamental.
- 56:49Cette notion de délicatesse me fait penser à la Silicon Valley et leur dogme.
- 56:56C'est avance vite et casse les choses.
- 56:59C'est un peu ça la traduction.
- 57:02Du coup,
- 57:02ça me fait penser à ça.
- 57:03En opposition,
- 57:04évidemment.
- 57:05Exactement.
- 57:06Je me dis,
- 57:06au fait,
- 57:07c'est le juste mot en opposition à ça.
- 57:10C'est avance peut-être vite,
- 57:11mais avec délicatesse.
- 57:13Fais attention à ce qu'il y a autour de toi.
- 57:16C'est une belle métaphore,
- 57:17ça.
- 57:17Oui,
- 57:17tout à fait.
- 57:18C'est très bien dit.
- 57:19C'est exactement ça.
- 57:22C'est qu'on peut être délicat et ferme en même temps.
- 57:26Ferme parce qu'à un moment,
- 57:28l'injustice,
- 57:28il faut résister.
- 57:30Et on résiste à l'injustice fermement.
- 57:32Mais on est délicat avec les autres qui ne nous veulent pas du mal,
- 57:35qui ne nous agressent pas.
- 57:37Et on prend soin des autres.
- 57:38C'est ça la délicatesse.
- 57:39Quand on prend un verre qui est fragile,
- 57:42Hum.
- 57:42mesure la force,
- 57:44la pression qu'on exerce sur le verre pour ne pas le casser.
- 57:46La délicatesse,
- 57:47c'est ça.
- 57:47Mais sur toute l'épaisseur de l'existence humaine,
- 57:50dans les relations sociales,
- 57:51les relations amoureuses,
- 57:54les relations filiales,
- 57:56parents,
- 57:56enfants,
- 57:57les relations politiques,
- 58:00quand on voit les débats auxquels on assise depuis déjà quelques mois dans l'Assemblée nationale,
- 58:06on va dire oui,
- 58:07mais c'est le jeu politique.
- 58:08Peut-être pas jusque-là.
- 58:10Je ne suis pas sûr qu'on soit dans le jeu politique forcément.
- 58:12En tout cas,
- 58:12on est dans l'absence totale de délicatesse.
- 58:14Oui.
- 58:14En tout cas,
- 58:15les nouvelles technologies qu'on appelle de nos voeux,
- 58:19et puis surtout toi,
- 58:20que tu appelles de tes voeux,
- 58:21c'est des technologies qui font attention aux vivants quand elles progressent.
- 58:27C'est ça.
- 58:27Si je comprends bien.
- 58:28C'est ça,
- 58:28exactement ça.
- 58:29Ok.
- 58:30Est-ce que tu veux dire un mot final,
- 58:34Eric ?
- 58:36de ce travail que tu as fait sur le cerveau implanté et aussi sur cette envie que tu as de partager la philosophie avec moi,
- 58:49avec mes auditeurs et aussi avec le grand public ?
- 58:52Si je devais dire un dernier mot,
- 58:54ce serait celui-ci.
- 58:57On n'a pas besoin d'être philosophe pour pouvoir faire de la philosophie.
- 59:00Évidemment,
- 59:00j'ai une formation académique qui me donne ce statut entre guillemets de philosophe.
- 59:05Mais je me considère davantage un expert en philosophie que philosophe.
- 59:08Les philosophes,
- 59:08pour moi,
- 59:08c'est Descartes,
- 59:09c'est Aristote,
- 59:09c'est Spinoza.
- 59:10Ce sont ceux qui sont dans l'histoire,
- 59:12où le temps a fait le tri pour retenir quelques-uns.
- 59:15Je suis un expert en philosophie.
- 59:16Mais j'ai reçu une formation à l'académie qui me donne peut-être quelques avantages sur d'autres.
- 59:21Et pour autant,
- 59:23on a tous une expérience de la vie.
- 59:25Et à partir de cette expérience de la vie,
- 59:27on a construit des valeurs.
- 59:28Donc nous ne sommes pas sans philosophie.
- 59:30Et il faut que chaque citoyen puisse...
- 59:34philosophiquement,
- 59:37se poser les questions sur comment je veux vivre avec les autres.
- 59:40C'est fondamental.
- 59:41Comment je veux vivre dans cette société technologique ?
- 59:44Est-ce que j'ai envie,
- 59:45par exemple,
- 59:46qu'il y ait de la reconnaissance faciale de partout ?
- 59:48Est-ce que je me sens à l'aise avec l'idée qu'on puisse faire un profil psychologique de moi simplement en analysant les données issues de mon ordinateur ?
- 59:59Ou simplement parce que j'ai passé un IRM et qu'on pourrait détecter certaines choses ?
- 1:00:02Est-ce que j'ai envie de tout ça ?
- 1:00:04Il n'y a pas besoin d'être un philosophe académique pour se poser ces questions-là.
- 1:00:07Et il ne faut surtout pas que ce soit que les philosophes académiques qui se les posent.
- 1:00:13La démocratie,
- 1:00:14c'est le nombre,
- 1:00:15donc c'est le nombre qui doit se poser ces questions-là.
- 1:00:17Merci infiniment,
- 1:00:19Éric Fourneret.
- 1:00:20Où est-ce qu'on peut prendre ton livre ?
- 1:00:23Où est-ce qu'on peut l'acheter pour le lire ?
- 1:00:24Parce qu'il est vraiment captivant et intéressant.
- 1:00:27Je crois que dans les librairies les plus standards.
- 1:00:31Il a été publié dans quelle édition ?
- 1:00:33L'édition Herman.
- 1:00:34Parfait.
- 1:00:35Merci.
- 1:00:36Merci pour l'accueil.
- 1:00:37Avec plaisir.
- 1:00:41J'espère que ce sujet passionnant a réveillé le philosophe en vous.
- 1:00:46Vous pouvez retrouver les liens pour les ouvrages de Éric Fourneret sur la page de l'épisode,
- 1:00:52ainsi que sur le compte Instagram du podcast.
- 1:00:55Merci infiniment pour votre fidélité et à très bientôt.