Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Guillaume Tirtiaux: Harmoniser les Esprits : Gérer la Charge de Travail et les Interruptions en Équipe
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- 0:01Enquête d'accord,
- 0:02l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:06Bonjour les amis,
- 0:08nous ne sommes qu'au cinquième épisode,
- 0:10rassurez-vous.
- 0:11Dans cette partie qui traite des performances de groupe,
- 0:15il nous reste à évoquer deux sujets fondamentaux,
- 0:20la charge de travail et les interruptions de tâches.
- 0:24Approchez-vous,
- 0:26restez avec nous,
- 0:27très bonne écoute à tous.
- 0:29Nous passons maintenant,
- 0:31après avoir exploré le leadership et le followership,
- 0:36à une notion qui est absolument fondamentale,
- 0:39qui est la gestion de la charge du travail.
- 0:43Tu as fait un très beau chapitre là-dessus,
- 0:46Guillaume,
- 0:47et qui commence par l'essentiel et sans cesse menacé par l'insignifiant.
- 0:53Que veut dire cette citation pour toi ?
- 0:55On peut rappeler...
- 0:57Procher cette citation de ce qu'on appelle la matrice de
- 1:00Eisenhower, c'est-à-dire mettre dans un tableau les éléments qui sont importants ou pas importants et urgents ou pas urgents,
- 1:09pour faire un choix et pour prioriser ce par quoi on va décider de commencer dans tout ce qu'on a à faire.
- 1:16Et ce qu'on observe,
- 1:18c'est que souvent,
- 1:19il y a des choses pas importantes qui prennent le dessus.
- 1:25Parce que notre circuit de la récompense va orienter notre attention sur ces choses-là,
- 1:29parce que c'est plus agréable.
- 1:32Et puis parfois,
- 1:33il y a certaines choses qu'on considère comme étant urgentes,
- 1:35alors qu'elles ne le sont pas du tout.
- 1:37Quand on prend un peu de recul,
- 1:38on se rend compte,
- 1:38tiens,
- 1:39mais en se posant la question simple,
- 1:41mais si je ne fais pas ça aujourd'hui,
- 1:43qu'est-ce qui va se passer ?
- 1:44Rien.
- 1:45Bien.
- 1:45Bon,
- 1:45c'est pas urgent alors.
- 1:48Et donc,
- 1:49l'idée,
- 1:49c'est de réussir à orienter notre...
- 1:54attention et notre énergie vers ce qui est réellement important et peut-être urgent.
- 2:02Comment ce concept,
- 2:05comment tu l'expliques,
- 2:06comment tu le proposes aux gens pour qu'ils se rendent bien compte ?
- 2:09Parce qu'il y a une perception à modifier par rapport à la charge de travail.
- 2:16Alors la charge de travail,
- 2:18la manière dont on l'aborde en aéronautique,
- 2:20c'est qu'il y a trois leviers.
- 2:23qui vont avoir un impact sur notre perception de la charge de travail.
- 2:26Déjà,
- 2:26tout n'est que perception.
- 2:29Les leviers sont les ressources disponibles,
- 2:33la demande liée à la tâche à réaliser et le temps disponible.
- 2:39Et donc,
- 2:40bien sûr,
- 2:41si notre perception du temps disponible est faible,
- 2:44avec une demande élevée et des ressources qui sont faibles,
- 2:47on va avoir l'impression que c'est énorme.
- 2:50On est dépassé.
- 2:51On est complètement dépassé.
- 2:52rapidement dépassé.
- 2:53Si on est dépassé,
- 2:54on a un niveau de stress qui augmente.
- 2:55Si on a un niveau de stress qui augmente,
- 2:57on a les systèmes 2 et 3 qui sont plus disponibles,
- 2:58on a la performance qui s'effondre.
- 3:01Donc l'idée c'est de réussir à déjà changer éventuellement la perception,
- 3:11c'est-à-dire en se posant des questions,
- 3:14quelles sont réellement les ressources disponibles,
- 3:17quelles sont réellement mes compétences par rapport à ce qui est demandé.
- 3:21Quel est réellement le temps disponible ?
- 3:22Quelle est réellement la demande ?
- 3:24On va peut-être se rendre compte que c'est peut-être moins insurmontable que ça.
- 3:31Et tout ça,
- 3:32de nouveau,
- 3:32ça passe par...
- 3:34Toutes ces questions,
- 3:35on est capable de se les poser si on a un système 2 qui est disponible.
- 3:37Si notre système 2 n'est pas disponible,
- 3:39on ne sera pas capable de se les poser,
- 3:40donc on ne sera pas capable d'envisager la situation d'une autre manière.
- 3:46Et donc,
- 3:48je disais que quand on...
- 3:51Quand on rentre dans un processus de surcharge cognitive,
- 3:54on va avoir un système 2,
- 3:55un système 3 qui sont plus disponibles,
- 3:57et on va aussi avoir tendance à rentrer dans ce qu'on a déjà évoqué,
- 4:00à savoir l'hyperfocalisation,
- 4:02la persévération,
- 4:03c'est-à-dire je réessaie,
- 4:04je réessaie,
- 4:04je réessaie,
- 4:05ça ne marche pas,
- 4:05je réessaie,
- 4:05je réessaie,
- 4:06je n'essaie même pas de comprendre pourquoi ça ne marche pas,
- 4:08j'ai perdu mes capacités de compréhension.
- 4:10Et alors on a aussi ce qu'on appelle la surdité inattentionnelle,
- 4:13c'est-à-dire qu'on est tellement focalisé qu'on n'entend plus ce qui se passe ailleurs.
- 4:18On parlait tout à l'heure de l'enfant.
- 4:20qui est en train de jouer,
- 4:21qui est tellement absorbé qu'il n'entend pas qu'on l'appelle pour aller manger.
- 4:24C'est exactement ça.
- 4:25Et qu'est-ce qu'elles font ?
- 4:27Est-ce qu'il y a des entreprises qui prennent ça en compte ?
- 4:29C'est-à-dire qui essayent de baisser la perception de la charge de travail sur les employés ou les collaborateurs,
- 4:39d'abord en modifiant la perception de l'exigence de la tâche,
- 4:45peut-être la restructurer,
- 4:47cette tâche,
- 4:47Je l'ai divisé en plusieurs.
- 4:49Petite tâche qui va les rendre plus accessibles,
- 4:52en vérifiant bien le temps qu'il est nécessaire d'avoir.
- 4:56Des fois,
- 4:56on a des enjeux,
- 4:58mais il faut peut-être hiérarchiser celles qui sont urgentes et celles qui sont les moins urgentes pour donner encore plus de temps à celles qui sont urgentes.
- 5:10Les ressources disponibles.
- 5:14Donc effectivement il y a différents leviers.
- 5:16Alors je rappelle que c'est une question de perception.
- 5:19Donc si moi j'ai vraiment l'impression d'être dépassé,
- 5:22dans certains cas on va pouvoir me donner beaucoup de temps,
- 5:26mais si j'ai l'impression que les ressources ne sont pas disponibles,
- 5:28ne sont pas suffisantes,
- 5:31ça ne va pas être suffisant pour me faire réévaluer de manière favorable le niveau de la charge de travail.
- 5:40Et donc...
- 5:43L'idée c'est effectivement on peut donner des ressources supplémentaires,
- 5:46effectivement on peut donner du temps supplémentaire,
- 5:48effectivement on peut fractionner de manière à ce que la demande soit diminuée,
- 5:52mais tout ça doit s'accompagner d'une forme de coaching,
- 5:56d'accompagnement,
- 5:57pour permettre à la personne d'exprimer sa crainte,
- 6:02son besoin,
- 6:03et voir ce qui parmi les trois leviers,
- 6:06celui des trois leviers qui pose le plus problème,
- 6:10et voir comment on peut le plus efficacité.
- 6:12efficacement l'aider.
- 6:14Oui.
- 6:15Ça me fait tout de suite passer au sujet de l'interruption de tâche qui est un sujet à part entière.
- 6:25Parce que j'ai parlé de fractionner les tâches,
- 6:28mais la problématique de l'interruption de tâche est une problématique que maintenant on commence à pointer du doigt,
- 6:40que ce soit en
- 6:41En termes de performance aussi,
- 6:43j'imagine parce que quand on est maintenant dans des open space et qu'on n'a pas la possibilité d'être dans son coin et de se concentrer et qu'on est sollicité à droite à gauche,
- 6:58est-ce qu'on a mesuré l'impact d'être interrompu sur la productivité et la performance ?
- 7:05On a une idée ?
- 7:05Est-ce qu'on a une corrélation entre les deux ?
- 7:08Alors ça a été mesuré effectivement dans des open space.
- 7:11avec des durées pour se reconnecter au travail qu'on était en train de réaliser avant d'être interrompu qui sont significatives.
- 7:21C'est de l'ordre de nombreuses minutes.
- 7:26On met parfois jusqu'à 25 minutes avant de réussir à reprendre une tâche dans laquelle on a été interrompu,
- 7:31pour retrouver le même niveau de concentration sur cette tâche.
- 7:37Ce qu'il faut bien comprendre,
- 7:38c'est que les interruptions de tâches dans une équipe,
- 7:40c'est...
- 7:41il est impossible de les éradiquer.
- 7:45En aéronautique,
- 7:46il y a des tentatives de les limiter,
- 7:48les réduire,
- 7:50et finalement on en arrive à introduire des manières de travailler qui sont pires en termes de performance que s'il y avait une interruption de tâche bien gérée,
- 8:00tellement il y a parfois une phobie de l'interruption de tâche.
- 8:04Ce qu'il faut effectivement,
- 8:05c'est former tous les collaborateurs à...
- 8:10Limiter les interruptions de tâches,
- 8:12et on peut le faire au travers d'une compréhension du métier de l'autre.
- 8:18Tiens,
- 8:18mais je sais que quand mon collègue est occupé à faire ça,
- 8:20c'est quelque chose d'important,
- 8:21donc je ne vais pas l'interrompre à ce moment-là,
- 8:23je vais attendre.
- 8:25Ce qui se passe aussi,
- 8:26c'est que cette personne qui a une information à transmettre,
- 8:29si elle pense devoir la transmettre,
- 8:31elle a une bonne raison pour cela.
- 8:33Peut-être qu'elle va être appelée ailleurs,
- 8:36donc peut-être que cette information va être perdue.
- 8:39On a toute une série de pratiques et de stratégies à développer de manière à ne pas interrompre de manière excessive au mauvais moment et de manière à faire en sorte que les informations importantes ne se perdent pas.
- 8:54Alors,
- 8:55ce que j'ai vu,
- 8:57c'est que maintenant,
- 8:58c'est une notion qui commence à émerger dans le milieu de la santé et on commence à faire attention à ça.
- 9:04Il existe des procédures qui sont mises en place dans certains...
- 9:09dans certains établissements et qui à mon avis n'ont pas d'autres futurs que de se déployer dans tous les établissements,
- 9:16je l'espère.
- 9:18C'est-à-dire que maintenant,
- 9:20quand par exemple une infirmière est en train de faire son service et son tour pour distribuer les médicaments,
- 9:29il faut qu'elle puisse garder une concentration qui soit optimale pour la préparation.
- 9:38la bonne préparation de ces médicaments et que les interruptions soient le moins possible.
- 9:43Maintenant,
- 9:44il paraît une possibilité de signifier à tout le monde que l'infirmière est en train de faire son tour,
- 9:53c'est ça ?
- 9:53Par des signaux précis.
- 9:56Il y a des établissements dans lesquels l'infirmière qui distribue les médicaments revêt une chasuble sur laquelle il est écrit « distribution de médicaments,
- 10:02ne pas déranger » ,
- 10:03etc.
- 10:05Ça montre un effet favorable.
- 10:08Mais ces infirmières se font quand même...
- 10:11Régulièrement interrompre,
- 10:12parce que quand elle est dans la chambre d'un patient et que ce patient a une question urgente,
- 10:18la question est urgente pour le patient,
- 10:19elle semble peut-être anodine pour l'infirmière,
- 10:21mais pour lui c'est fondamental.
- 10:24Et donc il va profiter de la présence d'un professionnel pour poser cette question.
- 10:29Donc on ne pourra jamais complètement les éradiquer,
- 10:32mais par contre on met en place des stratégies pour faire en sorte de les limiter.
- 10:38Ça,
- 10:38c'est la première chose.
- 10:39Et la deuxième,
- 10:40c'est qu'on va former les opérateurs,
- 10:44les professionnels,
- 10:45les infirmières,
- 10:46les pilotes,
- 10:47les hôtesses,
- 10:48les médecins,
- 10:48à rattraper les interruptions de tâches lorsqu'ils sont interrompus,
- 10:51mais aussi à aider leurs collaborateurs à rattraper l'interruption qu'ils ont provoquée.
- 10:57Donne-moi un exemple.
- 10:58C'est-à-dire que moi,
- 10:59si je vois que tu es en train de faire quelque chose,
- 11:02mais je ne sais pas très bien ce que c'est,
- 11:03je ne sais pas si c'est important ou pas,
- 11:04mais j'ai une information importante à te transférer.
- 11:06Donc je vais t'interrompre.
- 11:08Tiens Imane,
- 11:09voilà,
- 11:10j'ai reçu ceci,
- 11:10on m'a dit que c'était pour toi.
- 11:12Et je vais te dire après,
- 11:15et tu étais en train de faire ça.
- 11:17Ah oui,
- 11:17c'est ça.
- 11:18Je ne sais pas exactement ce que tu faisais,
- 11:20mais je vais simplement te dire,
- 11:21et tu étais occupé avec cet instrument-là,
- 11:25et donc ça va te permettre,
- 11:26toi,
- 11:26de te rappeler,
- 11:27tiens,
- 11:27j'étais occupé à faire ça,
- 11:29effectivement.
- 11:31D'autre part,
- 11:33si moi je me fais interrompre,
- 11:36Quelqu'un vient m'interrompre pour me partager une information,
- 11:40je vais prendre un instant pour éventuellement noter ce que je suis en train de faire ou placer mon doigt et maintenir mon doigt sur l'instrument ou sur l'appareil avec lequel je suis en train d'interagir.
- 11:53De manière à,
- 11:53quand j'y reviens,
- 11:54dire ah oui j'en étais là.
- 11:56Et puis dans les cas où on ne se souvient plus où on en était dans une procédure,
- 12:02la seule solution c'est de reprendre à zéro.
- 12:04Du coup,
- 12:04ça me fait penser qu'on ne peut pas faire plusieurs choses à la fois,
- 12:07au fait.
- 12:08On a un mythe du multitâche,
- 12:09on entend souvent que les femmes sont capables de le faire et pas les hommes.
- 12:12Moi,
- 12:12je lègue mon pouvoir,
- 12:15si je l'ai.
- 12:17Non,
- 12:17ce qui a été démontré,
- 12:18c'est que quand on a l'impression de faire deux choses à la fois,
- 12:21quand on fait deux choses à la fois,
- 12:22en fait,
- 12:24on procède à un...
- 12:28pas un arbitrage,
- 12:29mais le mot anglais,
- 12:29c'est « switching » ,
- 12:30donc un...
- 12:33Pas un switch.
- 12:33On saute en permanence d'une tâche à l'autre.
- 12:35On dévie.
- 12:37On alterne en fait les deux tâches plutôt que de les faire en même temps.
- 12:40Et au final,
- 12:41quand on mesure la qualité du résultat et le temps nécessaire,
- 12:46on a systématiquement,
- 12:47quand on fait du multitasking,
- 12:50une qualité inférieure et un temps supérieur,
- 12:53une durée supérieure.
- 12:55Et vous parlez aussi de cockpit stérile.
- 12:58C'est quoi ça ?
- 12:58Ce n'est pas un bloc opératoire ?
- 13:01C'est une notion qui est apparue.
- 13:03Il y a plusieurs dizaines d'années,
- 13:04on s'est rendu compte qu'il y avait énormément d'erreurs qui étaient commises par des distractions dans les basses altitudes,
- 13:12que ce soit au décollage jusqu'à une altitude d'environ 3500 mètres et pour les phases d'atterrissage à partir de 3500 mètres jusqu'à ce que l'avion arrive au parking.
- 13:22Et donc,
- 13:23on a mis en place cette philosophie,
- 13:26le cockpit stérile,
- 13:27ça veut dire que personne ne peut nous déranger au cockpit.
- 13:32que ce soit le personnel de cabine ou autre en dessous de 10 000 pieds,
- 13:36donc environ 3500 mètres,
- 13:38que ce soit pendant le décollage ou l'atterrissage,
- 13:40sauf bien sûr s'il y a un événement critique qui se passe en cabine,
- 13:44comme un feu,
- 13:45comme un malaise sérieux,
- 13:46etc.
- 13:48Et entre nous,
- 13:50entre pilotes,
- 13:51les conversations dans le poste de pilotage doivent se limiter strictement aux communications opérationnelles,
- 13:58aux procédures,
- 13:58aux communications avec le contrôle aérien,
- 14:00etc.
- 14:00Donc il n'est plus question d'avoir des communications,
- 14:04d'avoir des échanges persos à ce moment-là.
- 14:07Et ça a contribué à limiter fortement le risque d'erreur dans ces moments du vol,
- 14:13qui sont des moments critiques étant donné la proximité du sol et la charge de travail,
- 14:18le nombre d'actions à réaliser.
- 14:20Alors il y a aussi cette période avant le décollage où vous avez tous vos calculs à faire ?
- 14:27Effectivement,
- 14:27donc on applique ce genre de philosophie aussi.
- 14:30Avant la toute fin de la préparation de l'avion,
- 14:35donc l'embarquement est quasi terminé,
- 14:36tous les passagers sont à bord,
- 14:38c'est à ce moment-là qu'on va recevoir ce qu'on appelle l'état de charge finale,
- 14:42c'est-à-dire la masse de l'avion,
- 14:45la masse des passagers,
- 14:46la masse des bagages,
- 14:48la répartition de masse pour avoir le centrage.
- 14:52Et on doit faire à ce moment-là un calcul de performance.
- 14:55Et il y a eu des événements dans le passé où des pilotes se sont trompés de 100 tonnes.
- 14:59Donc plutôt que d'insérer une masse de 250 tonnes,
- 15:02ils ont inséré une masse de 150 tonnes.
- 15:05Et donc les vitesses que l'ordinateur leur a renvoyées,
- 15:08qui étaient leurs vitesses de décollage,
- 15:10étaient fausses.
- 15:11Et c'est un décollage qui a failli mal se terminer.
- 15:14Et donc ce qu'on fait maintenant,
- 15:15c'est qu'on applique aussi cette doctrine où personne ne vient nous déranger.
- 15:18D'ailleurs,
- 15:19pendant qu'on...
- 15:20On prépare le vol,
- 15:22la porte du cockpit reste ouverte.
- 15:24Elle est fermée une fois qu'on est en vol et elle est bloquée avec un mécanisme électronique.
- 15:30Mais quand on est au sol,
- 15:31la porte est ouverte,
- 15:32sauf pendant qu'on fait nos calculs de performance,
- 15:34de manière à ce que personne ne vienne nous interrompre.
- 15:36Donc on essaie de bloquer l'interruption de tâche,
- 15:38on ferme la porte.
- 15:40Et malgré cela,
- 15:42il y a des gens qui viennent frapper à la porte de temps en temps.
- 15:44Donc on ne répond pas,
- 15:46mais ça nous perturbe.
- 15:47Tiens,
- 15:47il y a quelqu'un qui attend quelque chose.
- 15:50Aujourd'hui on a développé un écriteau sur lequel est noté ne pas déranger action vitale en cours ou un truc du style,
- 15:57je ne sais plus exactement ce qui est mentionné sur le panneau,
- 15:59pour accrocher sur la porte du cockpit quand elle est fermée pendant ces calculs de performance,
- 16:05de manière à vraiment essayer de se prémunir des erreurs qui sont provoquées par une interruption de tâche dans cette phase là.
- 16:11D'accord et la notion de cockpit stérile c'est ces moments là où personne ne peut vous déranger.
- 16:16Personne ne peut nous déranger et les communications entre nous doivent être réduites au strict opérationnel.
- 16:21Ah oui,
- 16:22ça laisse à réfléchir et à méditer,
- 16:24effectivement,
- 16:25parce que je vois très bien ça extrapolé à d'autres situations et d'autres domaines.
- 16:31Qu'est-ce qu'on peut avoir d'autre comme outil pour nous aider dans les moments où notre système 1 a envie de prendre le lead et qu'on veut s'accrocher ?
- 16:45à notre système 2 dans certaines situations.
- 16:52Ce qui commence à être instauré dans le système de santé,
- 16:55et je sais que ça existe,
- 16:57bien sûr que ça a été inspiré de l'aéronautique,
- 16:59les aides cognitives,
- 17:01nous maintenant on les utilise dans la santé.
- 17:07Peux-tu me faire un rappel de ce que c'est comme outil,
- 17:10à quoi c'est censé servir et comment doit-on bien en faire usage ?
- 17:15Si on se laisse aller,
- 17:17le système 1 voudra toujours prendre le contrôle parce que c'est le plus économe,
- 17:21c'est le plus rapide et c'est comme ça qu'on fonctionne dans 99%
- 17:25du temps et c'est très bien.
- 17:27Il y a des situations dans lesquelles on a vu qu'on pouvait commettre des erreurs et certaines erreurs dans certains environnements peuvent être fatales.
- 17:34Et donc l'idée c'est de trouver un moyen de réactiver volontairement le système 2 de manière à faire les vérifications qui s'imposent.
- 17:44par exemple,
- 17:45avant d'endormir un patient,
- 17:47par exemple,
- 17:48avant de décoller avec un avion.
- 17:50Et l'outil simple qui a été développé en aéronautique,
- 17:56dès les années 1930,
- 17:58en ce qui concerne la US Air Force,
- 18:00à la suite d'un accident qu'ils ont connu en 1935,
- 18:04c'est une checklist.
- 18:05Rappelle-moi l'accident.
- 18:07Alors l'accident,
- 18:08il a eu lieu lors du vol de démonstration d'un prototype que Boeing avait développé.
- 18:15pour le remplacement des bombardiers américains.
- 18:18C'était le Boeing 299,
- 18:20qui était en compétition avec un avion d'une firme concurrente.
- 18:25Et c'était un avion qui était assez incroyable pour son époque,
- 18:30parce que c'était un avion qui avait quatre moteurs,
- 18:32c'était le premier quadrimoteur,
- 18:33c'était un avion qui avait un rayon d'action qui était impressionnant,
- 18:37qui pouvait emmener une charge utile bien supérieure au modèle existant.
- 18:43Et donc...
- 18:44Tout le monde était convaincu que cet avion était celui qui allait remporter l'appel d'offre.
- 18:50Et le jour du vol de démonstration,
- 18:51le pilote,
- 18:52le commandant de bord de cet avion,
- 18:54était le pilote d'essai Major Hill.
- 18:56Et le Major Hill,
- 18:57c'était le pilote d'essai le plus expérimenté de l'armée américaine,
- 18:59de la US Air Force.
- 19:01Alors,
- 19:02il y avait des journalistes autour.
- 19:03On peut trouver des photos d'époque,
- 19:04il y avait des journalistes autour de l'avion avant sa mise en route,
- 19:07quand il est sorti du hangar.
- 19:08Et puis après,
- 19:08tout le monde s'est écarté.
- 19:10Les moteurs ont été démarrés.
- 19:12l'avion s'est...
- 19:13a roulé vers la piste,
- 19:14il s'est aligné sur la piste,
- 19:16il a commencé à accélérer,
- 19:17il est monté de manière un peu vertigineuse,
- 19:20et puis il est tombé sur lui-même et il s'est écrasé.
- 19:23Alors là,
- 19:24c'était la stupéfaction,
- 19:25parce que cet avion qui avait déjà volé,
- 19:27c'était un prototype qui avait volé pendant plusieurs centaines d'heures pour que des ajustements soient faits.
- 19:34Personne ne s'attendait à ce que cet accident se produise.
- 19:37Et ce dont...
- 19:40Les enquêteurs se sont rendus compte,
- 19:42c'est que le Majoril,
- 19:43du haut de ses 25 000 heures de vol,
- 19:46avait oublié bêtement de débloquer les commandes de vol.
- 19:50C'est un peu comme si on essaie de conduire sa voiture sans avoir débloqué le volant.
- 19:54Donc ça va fonctionner pendant quelques mètres,
- 19:55mais ce n'est pas une situation d'avenir.
- 19:57Et à la suite de ça,
- 20:00la
- 20:01US Air Force a quand même décidé de commander trois prototypes supplémentaires à Boeing,
- 20:04parce qu'ils avaient confiance dans cet avion.
- 20:07Ils ont fait des essais supplémentaires et ils ont créé la check list sur laquelle figurent les killer items.
- 20:16C'est-à-dire que ce n'est pas une liste à la prévère.
- 20:18On ne met pas trop d'éléments parce que sinon ça devient fastidieux à utiliser.
- 20:22Mais c'est vraiment les éléments qui,
- 20:24si on ne les vérifie pas,
- 20:25peuvent éventuellement conduire à un drame.
- 20:27Par exemple,
- 20:28avant de décoller,
- 20:29on va débloquer les commandes de vol.
- 20:31On va sortir les volets tels qu'ils doivent être sortis conformément aux paramètres de décollage.
- 20:36Avant d'atterrir,
- 20:37on va vérifier que le train d'atterrissage est sorti.
- 20:39Ce genre de choses.
- 20:40Et pour info,
- 20:44le Boeing 290...
- 20:45299,
- 20:47est devenu le B-17,
- 20:49la forteresse volante.
- 20:50Il y en a 13 000 qui ont été construits.
- 20:53Comme quoi ?
- 20:53Donc c'était un bon avion.
- 20:55Ben oui,
- 20:56c'est le facteur humain.
- 20:57Exactement.
- 20:58Il y a quelque chose d'extraordinaire,
- 21:00c'est cette moyenne entre les erreurs.
- 21:05Tu l'as mise en anglais,
- 21:07c'est juste incroyable.
- 21:09C'est de se dire,
- 21:11ça apprend l'humilité.
- 21:14C'est de dire l'erreur humaine a une probabilité tellement élevée,
- 21:21en fonction bien sûr de la complexité de la tâche.
- 21:24Tu te souviens de ce rapport ?
- 21:25Ah oui,
- 21:25tu parles du « mean time between failures » ?
- 21:26Oui,
- 21:26c'est ça,
- 21:27parce que je l'ai dit en français.
- 21:29Tout à fait.
- 21:30Donc c'est le temps moyen entre deux erreurs,
- 21:32qui est à la base un terme informatique,
- 21:34et qui a été repris par des ergonomes pour caractériser le nombre d'erreurs,
- 21:41ou le temps moyen entre deux erreurs commises.
- 21:43dans certains environnements en fonction de la complexité de la tâche à réaliser,
- 21:47en fonction du niveau de stress,
- 21:48etc.
- 21:49Et ils ont fait cette étude dans une centrale nucléaire.
- 21:53Et ce qu'on remarque,
- 21:55c'est cohérent avec toute la théorie système 1,
- 21:58système 2,
- 21:58système 3,
- 21:59c'est que lorsque l'on se retrouve dans une situation où le travail à réaliser est simple,
- 22:08routinier,
- 22:09et que le niveau de stress est faible,
- 22:11on a des taux d'erreur qui...
- 22:13sont de l'ordre de la durée,
- 22:17le temps entre deux erreurs,
- 22:19est de l'ordre de 30 minutes.
- 22:20Quand on commence à ajouter un peu de complexité,
- 22:22une situation qu'on connaît mal,
- 22:26qui nécessite plus d'attention et qu'on maîtrise moins,
- 22:30on a des taux d'erreur qui augmentent avec des durées entre les erreurs qui vont être de l'ordre de 5 minutes.
- 22:38Et à l'extrême,
- 22:39quand on charge vraiment la mule,
- 22:40la manière dont il le définit,
- 22:43c'est
- 22:43Situation très complexe ou rarement réalisée,
- 22:46situation inconnue,
- 22:47niveau de stress très élevé ou très forte pression temporelle.
- 22:51Là,
- 22:51c'est un peu la panique.
- 22:52Et donc,
- 22:53on appuie sur n'importe quel bouton dans l'espoir que ça va apporter une solution à notre situation.
- 22:58Et là,
- 23:00la durée entre deux erreurs est descendue jusqu'à trois secondes.
- 23:06Mais il n'y a plus aucun contrôle.
- 23:07On est en système 1 dégradé.
- 23:09On peut penser que du fait de l'enjeu...
- 23:12cet aviateur expérimenté a oublié de faire un geste qui d'habitude fait de façon très routinière et très courante ?
- 23:20Effectivement,
- 23:22on peut imaginer beaucoup de choses parce qu'on n'est pas dans sa tête et il n'a pas pu témoigner,
- 23:25mais effectivement,
- 23:26c'était une journée particulière,
- 23:28un enjeu,
- 23:30les journalistes,
- 23:32une forme de pression qui s'est peut-être mise malgré son expérience,
- 23:35qui fait que son niveau de stress lui a fait oublier ce qu'il réalisait tous les jours depuis des années.
- 23:42Les aides cognitives,
- 23:45c'est des procédures sans qu'elles soient trop lourdes,
- 23:50trop chargées et qu'elles alourdissent encore plus les process.
- 23:57Comment faire des aides cognitives qui soient utiles et qui apportent ?
- 24:02J'imagine que leur utilité,
- 24:04c'est que quand on n'a plus les moyens de pouvoir...
- 24:07performer avec notre système 2 reposé,
- 24:10tranquille,
- 24:11qui gère.
- 24:12Quand on a le système 1 qui est un petit peu au-dessus et qui prend le pouvoir,
- 24:20avoir autre chose sur laquelle s'appuyer pour revenir aux habitudes et aux process habituels.
- 24:29Alors les aides cognitives ont pour objectif d'activer le système 2 de deux manières.
- 24:35D'une part...
- 24:37en forçant des vérifications,
- 24:39mais aussi grâce à la façon dont elles sont utilisées.
- 24:43Donc il y a une procédure d'utilisation des aides cognitives,
- 24:47et cette procédure va faire en sorte que le système 2 soit activé.
- 24:52Alors,
- 24:53il y a une notion de discipline là-derrière quand même,
- 24:57parce qu'aujourd'hui je vole sur un Boeing 777,
- 25:00donc les checklists sont électroniques,
- 25:02mais avant ça,
- 25:03pendant une dizaine d'années,
- 25:04j'ai volé sur un Airbus A320,
- 25:05ce sont des checklists papier.
- 25:06où je faisais parfois 4 vols par jour pendant plusieurs jours d'affilée,
- 25:10et donc les checklists,
- 25:10je les entendais,
- 25:11je les entendais,
- 25:11je les entendais,
- 25:12j'étais capable de les réciter par cœur.
- 25:14Donc,
- 25:15j'aurais...
- 25:17J'aurais pu tomber,
- 25:18ou on peut facilement tomber dans le travers,
- 25:20de répondre l'élément conforme sans avoir vérifié.
- 25:25D'accord,
- 25:26ok.
- 25:26Et donc l'idée c'est quand même de se forcer,
- 25:30ça nécessite de se forcer,
- 25:32il y a une discipline.
- 25:33Là on est dans la checklist,
- 25:35je porte mon attention consciente sur la checklist pendant le temps que ça dure.
- 25:39Et d'où l'importance d'avoir des checklists qui sont brèves,
- 25:42avec uniquement les éléments importants.
- 25:46Dans certains établissements de soins qui m'ont sollicité pour améliorer leur checklist sur base de la checklist de la HAS,
- 25:55j'ai remarqué qu'il y avait tendance à mettre des éléments de facturation,
- 25:59parce que c'est important pour certaines personnes de vérifier que tel document a bien été rempli,
- 26:04etc.
- 26:04Et donc on se retrouve avec des checklists qui sont beaucoup trop longues et qui ne sont pas utilisées par les personnes concernées.
- 26:13C'est ça.
- 26:13qui ne sont pas appliquées en pratique.
- 26:15Qui ne sont pas appliquées.
- 26:16Oui.
- 26:16Et une checklist,
- 26:18ça nécessite aussi une présence complète,
- 26:21c'est-à-dire une attention.
- 26:23Quand tu donnes une réponse,
- 26:25tu écoutes la question et tu entends la réponse.
- 26:27Et la personne qui écoute la réponse vérifie également.
- 26:30C'est ça.
- 26:31Est-ce que tu as envie d'ajouter quelque chose sur ce leadership et ce followership et sur tout ce qu'on vient de dire de ce travail en équipe ?
- 26:42qui te tient à cœur dans tes...
- 26:45Il y a un élément,
- 26:46comme on était sur les aides cognitives,
- 26:47il y a un élément qui est important,
- 26:48c'est un peu comme ce qu'on évoquait tout à l'heure pour les briefings,
- 26:50c'est combien de temps ça prend.
- 26:52Parce que c'est une préoccupation majeure dans certains environnements et ça prend très peu de temps en fait.
- 26:59À partir du moment où l'outil est bien compris,
- 27:02ça prend très peu de temps.
- 27:03À partir du moment où je me suis approprié le briefing et où je le structure systématiquement de la même manière...
- 27:10Ça devient un automatisme,
- 27:11ça prend très peu de temps.
- 27:14On va se focaliser sur ce qui est important et on va le faire en une ou deux minutes.
- 27:20Et potentiellement,
- 27:21on va économiser beaucoup de temps par la suite.
- 27:24La checklist,
- 27:25c'est la même chose.
- 27:25Si la checklist est bien construite,
- 27:27si elle a été bien retravaillée,
- 27:28pour l'instant,
- 27:29malheureusement,
- 27:29la checklist de la HAS,
- 27:31c'est des questions,
- 27:32c'est de la prose,
- 27:33avec des réponses oui ou non.
- 27:34Ce n'est pas optimal en termes d'utilisation et d'utilisation.
- 27:40en termes de réduction des erreurs.
- 27:43C'est-à-dire ?
- 27:45Tu voudrais des questions plus ouvertes que oui-non ?
- 27:49Non,
- 27:49je voudrais que,
- 27:51par exemple,
- 27:51plutôt que de poser la question
- 27:55« Est-ce que l'antibioprophylaxie a été réalisée ? »
- 27:58oui-non,
- 27:59je voudrais que ce soit
- 28:00« Antibioprophylaxie » et que la réponse soit réalisée,
- 28:04soit sans objet.
- 28:06Beaucoup plus court.
- 28:08et avec des réponses qui ne soient pas systématiquement oui-non.
- 28:11Alors qu'est-ce que ça change entre le oui-non et réaliser pas de réponse ?
- 28:17Identité du patient vérifiée,
- 28:18oui.
- 28:19Intervention vérifiée,
- 28:20oui.
- 28:21Côté vérifié,
- 28:22oui.
- 28:22Allergie vérifiée,
- 28:23oui.
- 28:24Alors j'invente parce que les questions ne sont pas tout à fait celles-là,
- 28:27mais tu réponds oui à tout,
- 28:29et ça veut dire qu'on a tout vérifié.
- 28:31On ne vérifie rien en fait,
- 28:32on répond juste oui.
- 28:34Par contre,
- 28:34identité du patient,
- 28:36Marcel Dupont.
- 28:37Ah oui,
- 28:38d'accord,
- 28:38ok.
- 28:38Type d'opération,
- 28:41angioplastie,
- 28:43côté,
- 28:43etc.
- 28:45Et avoir des questions beaucoup plus courtes et des réponses qui,
- 28:49systématiquement,
- 28:50doivent être différentes de la précédente.
- 28:52Ça nécessite une attention plus importante,
- 28:55ça nécessite une présence et donc une activation du système 2.
- 28:59Très bien.
- 29:00Je te remercie beaucoup et on va procéder à la suite.
- 29:04Avec grand plaisir.
- 29:05Mes chers amis.
- 29:06Dans cette fin d'épisode,
- 29:08Guillaume a dit
- 29:09HAS et antibioprophylaxie.
- 29:12HAS,
- 29:13c'est la Haute Autorité de la Santé.
- 29:15Et antibioprophylaxie,
- 29:18c'est l'antibiotique donné en prévention de l'infection en début d'intervention.
- 29:24J'espère que vous avez apprécié ce moment passé en notre compagnie.
- 29:28Je compte sur vous et sur votre présence au numéro
- 29:326.
- 29:33Guillaume nous dira tout.
- 29:36de ce qu'il appelle la conscience de la situation.