Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Réinventer le Lien Humain : Communication Éthique et Empathie Face à la Maladie d'Alzheimer avec Veronique Lefebvre Des Noettes.
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- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:15Mes chers amis,
- 0:16qui mieux que Marcel Proust pour évoquer la mémoire ?
- 0:21Il écrit
- 0:22« Quand d'un passé ancien,
- 0:24rien ne subsiste.
- 0:27Après la mort des êtres,
- 0:29après la destruction des choses,
- 0:32seul,
- 0:33plus frêle,
- 0:34mais plus vivace,
- 0:35plus immatérielle,
- 0:37plus persistante,
- 0:38plus fidèle.
- 0:40L'odeur et la saveur restent encore longtemps comme des âmes à se rappeler,
- 0:47à attendre,
- 0:48à espérer sur la ruine de tout le reste,
- 0:52à porter sans fléchir sur leur gouttelette presque impalpable l'édifice immense du souvenir.
- 1:02Véronique,
- 1:03le fèvre des nouettes,
- 1:05Moutons un autre prisme.
- 1:07Venez voir la maladie d'Alzheimer autrement.
- 1:12Excellente écho.
- 1:18Bonjour Véronique.
- 1:19Bonjour Imane.
- 1:20Quel plaisir de te recevoir une seconde fois dans Enquête d'accord.
- 1:24Le premier épisode avait beaucoup plu.
- 1:27Il avait fait voyager,
- 1:29il avait fait ouvrir les consciences sur un sujet qui est incroyablement important,
- 1:33fondamental.
- 1:34qui est celui de l'âge avancé et qui est celui de notre questionnement par rapport aux personnes d'un certain âge,
- 1:44qu'on espère devenir au final,
- 1:46qui font partie intégrante de nos vies et qui seront de plus en plus nombreuses dans l'avenir.
- 1:54Un questionnement qui était aussi d'actualité parce qu'il était question de la loi pour la fin de vie.
- 2:02aujourd'hui à
- 2:03On avait déjà abordé à l'occasion de ce podcast les personnes dont tu t'occupes à l'hôpital
- 2:11Emile Roux à l'assistance publique.
- 2:14On avait beaucoup parlé des malades d'Alzheimer.
- 2:17Aujourd'hui,
- 2:17on a envie de leur consacrer un moment,
- 2:20un petit après-midi entre nous,
- 2:22parce que c'est un sujet dont tu as fait une raison et un combat.
- 2:30On peut le dire ?
- 2:31On peut appeler ça comme ça ?
- 2:32On peut le dire tout à fait,
- 2:33parce que c'est des invisibles de la société.
- 2:36On les met loin des yeux,
- 2:38loin du cœur,
- 2:38dans des EHPAD où ils ne souhaitent pas rentrer.
- 2:40On les réifie,
- 2:42on les transforme en objets de soins et pas du tout en sujets de leur vie.
- 2:46Et en effet,
- 2:47j'ai consacré ma thèse de philosophie au sentiment d'exister des malades d'Alzheimer,
- 2:53de point esprit et tout là,
- 2:55où j'ai cherché à montrer d'une manière éthique et philosophique Merci.
- 2:59que les personnes âgées atteintes de troubles neuroévolutifs ne sont pas du tout réductibles à leur déficit.
- 3:06À travers leur mot d'esprit,
- 3:08à travers la poésie qui émane de ce qu'elles me disent,
- 3:12et puis j'ai eu le culot aussi de les faire dessiner.
- 3:16Je leur ai proposé de se dessiner.
- 3:18Et sous les yeux ébahis de leur famille,
- 3:20en disant « Ah bon ?
- 3:21Mais elle est encore capable de comprendre ? »
- 3:23Mais bien sûr,
- 3:23elles comprennent.
- 3:24Quand on est dans une rencontre vraie,
- 3:27que je souhaite qu'on explore toutes les deux ce après-midi.
- 3:30Oui,
- 3:30alors déjà je vais te présenter,
- 3:32pour ceux qui n'ont pas écouté le premier épisode et que j'invite à aller l'écouter,
- 3:39tu es psychiatre-gyranthologue.
- 3:41Et en plus de ça,
- 3:42tu as un doctorat et tu as passé,
- 3:45comme tu l'as décrit,
- 3:46une thèse en philosophie éthique médicale.
- 3:5080%
- 3:51de tes patients à Émile Roux sont quand même des malades d'Alzheimer.
- 3:56D'où l'importance de ce sujet et de cet échange aujourd'hui.
- 4:01Et ce pourquoi tu as consacré une partie de ta vie professionnelle,
- 4:09de ton énergie et ta carrière à ces personnes.
- 4:12Et tu en es,
- 4:13on peut le dire,
- 4:14le porte-voix.
- 4:17Tu es le porte-voix des gens qui n'ont plus de voix,
- 4:20qu'on ne voit presque pas d'ailleurs.
- 4:22Et donc,
- 4:23ta bibliographie,
- 4:24elle est riche.
- 4:26Elle est incroyable,
- 4:26j'ai envie de la citer.
- 4:28Il y a beaucoup de livres,
- 4:29je t'ai dit,
- 4:29j'en ai quand même un certain nombre dans ma bibliothèque.
- 4:33J'ai envie de citer ceux qui nous concernent aujourd'hui,
- 4:36à savoir
- 4:37Alzheimer, l'éthique à l'écoute des petites perceptions.
- 4:42Ce livre est passionnant,
- 4:43il permet un nouveau regard,
- 4:46complètement innovant,
- 4:47complètement humain.
- 4:49J'espère pouvoir justement le partager avec mes auditeurs.
- 4:54Tu as écrit beaucoup de livres et beaucoup d'articles sur la maladie d'Alzheimer.
- 4:58Celui qui est en face de moi s'appelle « Que faire face à la maladie d'Alzheimer ? » .
- 5:03Il y a toujours une réponse qui est pleine d'espoir.
- 5:07Et la réponse ici,
- 5:08c'est
- 5:09« Gagner des années de vie meilleures » .
- 5:12Donc,
- 5:12c'est un beau message.
- 5:14Il y avait le livre de la dernière fois qui était
- 5:17« Vieillir n'est pas un crime pour en finir avec l'agisme » .
- 5:21Il y a la force de la caresse.
- 5:22J'adore le sous-titre,
- 5:24c'est « Prendre soin des plus fragiles avec le cœur » .
- 5:28Ce n'est pas beau,
- 5:28ça ?
- 5:29Si.
- 5:29Ce n'est pas fini,
- 5:32il y en a encore beaucoup.
- 5:33Il y a « Mourir sur ordonnance ou être accompagné » ,
- 5:36c'est le questionnement autour de la fin de vie.
- 5:39Tu as parlé du sommeil,
- 5:40donc bonne nuit et bonne santé.
- 5:42C'est ça.
- 5:43J'essaye d'écrire un petit peu et de citer ta bibliographie.
- 5:47Tu écris dans plein de journaux et d'articles.
- 5:50Tu es sollicité sur ce sujet-là.
- 5:53Donc,
- 5:54je te remercie infiniment de partager ta connaissance et ton regard et ton cœur et ton humanité en quête d'accord.
- 6:03J'ai envie de citer la préface d'Éric Fiat.
- 6:07Elle est très belle.
- 6:07Mon directeur de thèse.
- 6:10Donc,
- 6:11c'est un professeur de philosophie morale et d'éthique appliquée qui va préfacer ton livre incroyable,
- 6:17L'éthique à l'écoute des petites perceptions.
- 6:21Et il va te décrire comme la petite fée Véronique.
- 6:25Pourquoi ?
- 6:26C'est ça,
- 6:26parce qu'il dit que je révèle l'esprit de ces personnes.
- 6:30Et c'est l'histoire de la petite princesse qui a eu à s'enchever toutes les fées.
- 6:35C'est ça.
- 6:36Et il y a eu la vieille fée malveillante qui vient en dernier pour jeter son sort maléfique et horrible.
- 6:45C'est ça,
- 6:46sur la princesse.
- 6:47Et heureusement,
- 6:48la petite fée Véronique était cachée derrière un rideau parce qu'elle avait senti que la méchante fée allait sortir son mauvais sort.
- 6:58et elle a pu...
- 6:59peut-être pas l'annuler,
- 7:01comme on pourrait guérir la maladie d'Alzheimer,
- 7:04mais plutôt l'adoucir.
- 7:06Et c'est ça que tu apportes.
- 7:08Tu n'apportes probablement pas la guérison à la maladie d'Alzheimer,
- 7:12mais tu y apportes l'espoir et la douceur.
- 7:15Merci,
- 7:15Man,
- 7:15c'est tout à fait ça.
- 7:17L'autre jour,
- 7:17je faisais une séance de dédicace dans une conférence et une dame âgée est venue me voir.
- 7:23Elle dit,
- 7:23je ne comprends pas.
- 7:24Vous êtes une fée alors ?
- 7:27Je lui ai dit,
- 7:28allez au-delà de la préface.
- 7:29Vous verrez que oui,
- 7:30on peut être une fée dans des moments de désespoir pour les malades et pour les aidants.
- 7:35Mais ce livre vraiment te décrit comme une fée parce qu'il y a un regard incroyablement décrit parce que non seulement tu l'as réfléchi,
- 7:45mais tu le proposes aux soignants pour qu'ils puissent changer de perspective et de façon de s'adresser à la maladie d'Alzheimer.
- 7:54Mais est-ce que,
- 7:55déjà,
- 7:55on peut commencer par mettre le décor,
- 7:58dresser le décor,
- 7:59comme on dit,
- 8:01nous parler de cette maladie que personne n'a envie d'entendre.
- 8:04Pourtant,
- 8:04il y a des chiffres.
- 8:06Pourtant,
- 8:06elle est là,
- 8:07cette maladie.
- 8:08Alors,
- 8:08les chiffres sont issus d'une étude prospective,
- 8:10c'est-à-dire qu'on va suivre une cohorte de personnes saines et voir combien vont développer la maladie d'Alzheimer ou apparentée.
- 8:19Et je reviendrai après sur le « ou apparentée » .
- 8:21Donc aujourd'hui,
- 8:22on en est à...
- 8:241 200 000 personnes,
- 8:26probablement beaucoup plus,
- 8:28mais ne viennent pas assez dans nos consultations mémoire de proximité.
- 8:32Je voudrais quand même rassurer ceux qui vont nous écouter,
- 8:35il y a un très bon maillage de consultations mémoire de proximité,
- 8:38il y en a 417 sur le territoire français,
- 8:41et vous avez des centres ressources régionaux pour les cas les plus complexes.
- 8:46Pourquoi je parle de
- 8:49« et apparenté » ?
- 8:50Parce qu'au jour d'aujourd'hui,
- 8:51je fais des diagnostics
- 8:53cliniques,
- 8:54de possibilités ou de probabilités.
- 8:57Depuis Aloïs Alzheimer,
- 8:59qui a donné le nom à cette maladie,
- 9:02je sais quel est le primum movens de cette maladie.
- 9:05Les agrégats de protéines anormales qui vont donner entre les neurones des plaques séniles,
- 9:12avec des agglomérats de lab-bêta-amiloïdes,
- 9:16c'est un nom un peu savant,
- 9:17mais c'est important parce qu'on va la doser.
- 9:19dans le liquide séphalo-rachidien quand on a un doute.
- 9:22Et à l'intérieur des neurones,
- 9:24nous avons des agglomérats de protéines Tau qui vont défaire les fibrils de l'intérieur du neurone.
- 9:30Donc vous avez bien compris un double phénomène à l'extérieur et à l'intérieur.
- 9:35Et c'est ce double phénomène qui va entraîner la mort neuronale et la maladie d'Alzheimer et son expression clinique.
- 9:42Mais il me faut un faisceau.
- 9:46de présomption d'avoir ou non cette maladie.
- 9:48Donc la clinique,
- 9:50est-ce que papa,
- 9:51maman,
- 9:51grand-mère,
- 9:52grande-tante est décédée d'une maladie d'Alzheimer ou apparentée ?
- 9:56Est-ce que je vais avoir des troubles que je vais pouvoir objectiver en consultation mémoire ?
- 10:03Est-ce que ma mémoire est altérée ?
- 10:05Est-ce que je vais avoir une IRM ?
- 10:07Est-ce qu'on voit beaucoup mieux le cerveau ?
- 10:09Et une petite structure en particulier dans le cerveau qui s'appelle l'hippocampe,
- 10:13qui est de taille réduite
- 10:15lorsque l'on a la maladie d'Alzheimer,
- 10:17mais aussi lorsque l'on a d'autres pathologies vasculaires.
- 10:21Est-ce que je vais pouvoir traiter toutes les pathologies vasculaires,
- 10:26le diabète,
- 10:27le cholestérol,
- 10:27l'hypertension artérielle ?
- 10:29Donc j'ai besoin d'une biologie,
- 10:31j'ai besoin d'un IRM.
- 10:32Dans les cas les plus sévères,
- 10:35j'ai besoin d'une ponction lombaire.
- 10:37Quand il y a un doute...
- 10:38Est-ce que c'est un problème psychiatrique ?
- 10:40Est-ce que c'est un problème frontal ?
- 10:41Est-ce que c'est un problème neurologique ?
- 10:44L'IRM va me permettre aussi d'éliminer une tumeur cérébrale.
- 10:48Parfois,
- 10:49ça évolue de façon torpide.
- 10:51Donc,
- 10:52voyez un panel.
- 10:53En consultation mémoire de proximité,
- 10:55on peut déjà faire beaucoup.
- 10:56Et je vais faire un diagnostic de possibilité ou de probabilité.
- 11:01Et puis,
- 11:02tout le bilan neuropsychologique.
- 11:04complets.
- 11:05Je vais adresser mes patients aux neuropsychologues de mon service.
- 11:09C'est des petits tests,
- 11:11mais qui vont durer beaucoup plus longtemps que ceux que je fais en consultation mémoire en amont.
- 11:17Ça va durer trois heures.
- 11:18On fait revenir les patients parce qu'ils sont fatigables.
- 11:21En général,
- 11:21ils sont âgés.
- 11:22Et au vu de tout ça,
- 11:24on va faire une consultation d'annonce d'abord à la personne concernée,
- 11:28puis,
- 11:29si elle le souhaite,
- 11:30avec son consentement,
- 11:32à l'aidant qui vient l'accompagner.
- 11:34Car l'aidant est souvent un proche,
- 11:36c'est souvent une femme,
- 11:37et tout d'un coup,
- 11:38elle va se retrouver aidante.
- 11:40C'était la fille,
- 11:41c'était la voisine,
- 11:42c'était...
- 11:43Et puis,
- 11:43on annonce cette maladie qui est quand même terrible parce que je sais la diagnostiquer,
- 11:47mais pas de façon certaine,
- 11:49je viens de l'expliquer,
- 11:50et surtout,
- 11:51je ne sais pas encore aujourd'hui la guérir.
- 11:53Pour autant,
- 11:54je sais la prendre en charge,
- 11:56et ça,
- 11:56c'est important.
- 11:57Donc...
- 11:58Il y a deux questions qui me viennent.
- 11:59D'abord,
- 12:00comment ça se manifeste ?
- 12:01Ça touche quoi dans le cerveau ?
- 12:03Et qu'est-ce que ça touche ?
- 12:06Quelles sont les fonctions qui seront intéressées ?
- 12:09Parce qu'on a tous en tête qu'Alzheimer égale mémoire.
- 12:13Oui,
- 12:14alors c'est un des premiers signes d'appel dans la maladie d'Alzheimer,
- 12:17la mémoire des faits récents.
- 12:20C'est-à-dire qu'on ne se souvient plus de ce qu'on a mangé à déjeuner,
- 12:22mais on se souvient très très bien de notre enfance.
- 12:25à tel point que les malades d'Alzheimer,
- 12:27qui sont d'une autre origine culturelle que la mienne,
- 12:30retournent à leur langage maternel,
- 12:32à leur langue maternelle,
- 12:33à leurs habitudes de vie maternelles.
- 12:35Donc cette mémoire émotionnelle souterraine est très présente,
- 12:39et c'est là-dessus que je vais pouvoir m'appuyer pour,
- 12:43connaissant l'histoire du sujet,
- 12:44faire réémerger cette personne qui disparaît derrière le masque de la maladie d'Alzheimer.
- 12:51Donc,
- 12:51troubles de la mémoire,
- 12:52défaits récents.
- 12:54retentissant sur les actes de la vie quotidienne,
- 12:57c'est-à-dire qu'on n'arrive plus à faire ses courses,
- 13:00à faire son budget,
- 13:01à prendre les transports en commun,
- 13:03à communiquer avec le téléphone,
- 13:05tout devient compliqué.
- 13:06Toutes les tâches qui demandent une double tâche,
- 13:09regarder et ouvrir un ordinateur,
- 13:12c'est quand même très compliqué.
- 13:13Il y a au moins 5-6 tâches à faire.
- 13:15Eh bien,
- 13:16ils n'y arrivent plus.
- 13:17Ils sont confus,
- 13:18ils n'y arrivent plus.
- 13:20Il faut bien être sûr que les troubles de la mémoire retentissent sur les actes de la vie quotidienne.
- 13:25Car vous allez me dire,
- 13:27oui,
- 13:27mais tout le monde a quelque chose qui est sur le bout de la langue,
- 13:30qu'on a oublié,
- 13:31notamment les non-propres.
- 13:32Comment faire la différence ?
- 13:33Voilà,
- 13:33les non-propres,
- 13:34100%
- 13:35des personnes de plus de 50 ans oublient les non-propres.
- 13:38Et ce n'est pas du tout la maladie d'Alzheimer.
- 13:41C'est juste que,
- 13:42voilà,
- 13:42on n'a pas de circuit spécifique où on peut se faire un petit stock lexical dans la tête de signifiance.
- 13:49pour retrouver qui était cette personne.
- 13:51On voit le visage,
- 13:52on l'a sur le bout de la langue,
- 13:54et puis une heure,
- 13:55une demi-heure,
- 13:55deux jours après,
- 13:57bien sûr,
- 13:57c'était lui,
- 13:58c'était elle.
- 13:59Le nom revient.
- 14:00Comment faire la différence entre le vieillissement normal et la perte de mémoire,
- 14:06qui est un processus qui est en rapport avec le vieillissement,
- 14:09et celui qui peut être en rapport avec une maladie d'Alzheimer ou apparentée ?
- 14:13Alors,
- 14:13on a beaucoup de petits tests en consultation mémoire.
- 14:15Nous avons le mini-mental state de Folstein.
- 14:19En 30 points,
- 14:2030 items,
- 14:21on va faire l'orientation dans le temps,
- 14:23dans l'espace.
- 14:24On va faire apprendre des mots,
- 14:26puis une épreuve de calcul,
- 14:28puis dénommer les choses,
- 14:29faire un petit dessin et écrire une phrase.
- 14:32Car l'écriture se modifie.
- 14:33Et on voit très très bien lorsque,
- 14:35par exemple,
- 14:36je fais en rappel différé les mots que j'ai demandé d'apprendre,
- 14:40la personne n'arrive pas à se souvenir.
- 14:42Je fais ce qu'on appelle de l'amorçage.
- 14:44Je vais dire,
- 14:45mais il y avait un fruit si je fais citron que les ballons.
- 14:48Et comme sort cerise,
- 14:50alors que j'ai demandé d'apprendre citron,
- 14:52ça s'appelle une intrusion.
- 14:53Et là,
- 14:55attention,
- 14:55il faut vraiment,
- 14:57c'est un signe qu'il y a peut-être une maladie d'Alzheimer probable derrière.
- 15:01Et là,
- 15:02j'oriente vers ma neuropsychologue qui va faire un bilan beaucoup plus complet au niveau de la mémoire.
- 15:07Mais on l'a bien dit,
- 15:08il y a la mémoire,
- 15:09mais il y a aussi le langage,
- 15:11la fluence verbale.
- 15:12donner un maximum de noms d'animaux,
- 15:15de noms commençant par la lettre P,
- 15:17ou ce que vous voulez,
- 15:18en une minute.
- 15:19Il y a les doubles tâches dont je vous ai parlé,
- 15:21il y a le calcul.
- 15:23Les fonctions cognitives ne sont pas uniquement réduites à la mémoire.
- 15:27Et puis,
- 15:27il y a le jugement.
- 15:28On a des petits tests,
- 15:29des histoires absurdes,
- 15:31et le discernement.
- 15:32Tout ça me permet de pouvoir annoncer,
- 15:35sans trop me tromper,
- 15:37qu'on est à un stade à peu près modéré.
- 15:40ou un stade déjà bien sévère.
- 15:42Et je veux dire par là que nos malades viennent trop tard en consultation mémoire.
- 15:47Le MMS moyen est à 20 sur 30 et ça fait 30 ans que ça dure.
- 15:51Nous,
- 15:51on aimerait bien qu'ils arrivent vers
- 15:5325, 26,
- 15:55bien avant,
- 15:56dès qu'il y a un petit doute,
- 15:57surtout si vous avez un doute,
- 16:00il faut dédramatiser.
- 16:01Il vaut mieux savoir ce à quoi on s'attend pour se faire aider.
- 16:06qu'il y ait des psychologues qui vous aident,
- 16:08qu'il y ait des infirmières,
- 16:09qu'il y ait des orthophonistes à travailler le langage,
- 16:12pour mettre en route tout un panel de solutions non médicamenteuses qui puissent vous aider ainsi que vos aidants.
- 16:18Donc,
- 16:18si je comprends bien,
- 16:19c'est bien de se faire diagnostiquer ou de diagnostiquer le parent plus tôt,
- 16:24parce qu'il y a des choses à mettre en place.
- 16:26Il y a des choses à mettre en place.
- 16:27C'est un circuit dans son territoire à mettre en place,
- 16:30de prise en charge,
- 16:31parce que tout le monde souhaite rester le plus longtemps possible au domicile.
- 16:35Donc,
- 16:35l'autonomie.
- 16:36l'autonomie,
- 16:36préserver l'autonomie toutes les capacités cognitives encore mobilisables elles sont mobilisables,
- 16:43si vous restez seul,
- 16:44beaucoup de mes patientes sont veuves,
- 16:46seules,
- 16:47dépressives à la maison,
- 16:48ne sortant plus n'ayant que comme simplement objet la télé qui vient vous parler mais là on sombre dans
- 16:56C'est-à-dire que la maladie va évoluer plus vite ?
- 16:59Oui,
- 16:59beaucoup plus vite.
- 16:59C'est-à-dire qu'on a les outils dont on dispose,
- 17:02ce sont des outils qui permettent de rallonger la vie meilleure,
- 17:07et donner une qualité de vie à la fois à la personne touchée et à la fois aux aidants.
- 17:13D'accord.
- 17:13Alors,
- 17:14il y a les fonctions cognitives,
- 17:16la mémoire,
- 17:16peut-être on la cite énormément parce que c'est celle qui nous marque,
- 17:20c'est celle qui consiste...
- 17:21qui constitue le lien avec les gens qu'on aime.
- 17:24Et c'est ça qui fait que les gens autour d'une personne qui est atteinte de la maladie d'Alzheimer se sentent...
- 17:33qu'ils ont l'impression d'avoir perdu cette personne.
- 17:36C'est-à-dire le fait de ne pas se reconnaître ou ne pas être reconnu par la personne.
- 17:41Absolument.
- 17:41Et un des symptômes les pires,
- 17:43c'est d'abord la nosognosie,
- 17:46un primatif nosomaladie,
- 17:48gnosie,
- 17:48reconnaissance.
- 17:49la personne atteinte de maladies neuroévolutives comme la maladie d'Alzheimer,
- 17:53ne se sait pas malade.
- 17:55Donc,
- 17:56elle peut se mettre en danger.
- 17:57Elle peut se réveiller la nuit pour aller chercher les enfants à l'école.
- 18:01Elle ne se sait pas malade.
- 18:02Elle se croit perdre 50 ans de leur vie.
- 18:05Même quand le diagnostic est annoncé ?
- 18:08Oui,
- 18:09elle l'oublie,
- 18:09tout simplement.
- 18:11Elle l'oublie et elle l'oublie à mesure.
- 18:12Et autre symptôme très...
- 18:14qui fait un mal de chien aux aidants,
- 18:16c'est la prosopagnosie.
- 18:18Ne plus reconnaître les visages familiers.
- 18:21Alors,
- 18:22les aidantes disent,
- 18:23ils vont aider,
- 18:24l'aidante est une aidante.
- 18:25C'est une femme,
- 18:26dans 70%
- 18:27des cas,
- 18:27elle a 50 ans,
- 18:28c'est une femme pivot.
- 18:30Elle va aider à la fois ses parents qui ont la maladie d'Alzheimer éventuellement,
- 18:34et sa fille qui vient de divorcer,
- 18:35qui a deux enfants,
- 18:36elle-même travaille,
- 18:38elle a divorcé et elle s'est épuisée.
- 18:40Elle va aider
- 18:41H24, quand vous êtes aidant,
- 18:43c'est H24.
- 18:43On va en parler des deux.
- 18:45En moyenne,
- 18:466 ans.
- 18:476 ans.
- 18:48Et après,
- 18:49on dit oui maman je veux bien tout,
- 18:51mais là elle ne me reconnaît même plus.
- 18:53Je veux bien tout accepter,
- 18:54mais là qu'elle ne me reconnaisse plus.
- 18:55Et en fait,
- 18:56il y a une reconnaissance qui est toujours possible par la voix,
- 19:00par le toucher,
- 19:01par le passé que l'on peut évoquer.
- 19:04Même si la personne en face de vous ne connaît plus votre nom,
- 19:07confond les générations,
- 19:09vous prend pour la fille,
- 19:11pour la mère,
- 19:11pour la grand-tante,
- 19:13ce n'est pas grave.
- 19:14Elle est là,
- 19:15il y a ce que j'appelle le sentiment de familiarité.
- 19:18J'ai eu une de mes proches qui était atteinte de cette maladie et elle ne me reconnaissait pas.
- 19:23Mais quand je venais la voir,
- 19:24tout de suite,
- 19:25ah,
- 19:25c'est toi.
- 19:26Et elle disait immédiatement,
- 19:27dépêche-toi,
- 19:28tu vas être en retard à l'hôpital.
- 19:29Donc,
- 19:29je venais vite,
- 19:31le fait qu'elle savait qui j'étais finalement,
- 19:34même si elle ne savait pas mon nom.
- 19:35Et un jour,
- 19:36elle m'a dit cette phrase merveilleuse,
- 19:38mais comment tu as fait pour me retrouver ?
- 19:41Alors,
- 19:41je lui ai dit,
- 19:41écoute,
- 19:42avec les chemins du cœur.
- 19:43Et là,
- 19:44elle a eu un sourire extraordinaire qu'elle n'avait pas depuis des années.
- 19:48Donc vous avez toujours une émergence de la personne qui vit derrière le masque de cette terrible maladie qu'est la maladie d'Alzheimer.
- 19:56Ton travail a commencé par la question que tu poses,
- 20:00la question philosophique de dire que restent-ils des gens qu'on aime une fois qu'ils ont perdu l'esprit ?
- 20:07Et donc,
- 20:08qu'est-ce qu'on est quand on a perdu l'esprit ?
- 20:10Beaucoup de philosophes se sont penchés sur cette question.
- 20:13Beaucoup de philosophes se sont penchés.
- 20:15alors il y a
- 20:16John Locke,
- 20:17Hume
- 20:17qui ont dit que si on n'avait plus l'esprit,
- 20:19on n'était plus une personne.
- 20:21Et plus récemment,
- 20:22il y a Peter Singer qui parle de « human non-person » .
- 20:26Ce sont des êtres humains,
- 20:27mais ce ne sont pas des personnes.
- 20:28Vous voyez déjà que c'est compliqué,
- 20:29parce que si on dénie le sentiment d'humanité d'une personne sous prétexte qu'elle a des troubles neuro-évolutifs,
- 20:37on peut en faire ce qu'on veut,
- 20:38c'est-à-dire éliminons-la.
- 20:40Ce sont des bouches inutiles à nourrir.
- 20:42Mais comment je pose la même question ?
- 20:45À mes jeunes interne,
- 20:46je dis,
- 20:46mais si c'était ta grand-mère.
- 20:47Ah ben là,
- 20:47c'est différent.
- 20:49C'est ma grand-mère.
- 20:50Je connais l'histoire,
- 20:51elle me connaît,
- 20:51il y a ce lien entre nous.
- 20:53Donc,
- 20:53vous voyez cette petite différence très ténue.
- 20:56Et il y a d'autres philosophes comme Leibniz,
- 20:58que je cite,
- 21:00philosophe du
- 21:0218e, qui était à la fois mathématicien,
- 21:04qui était biglotte,
- 21:06philosophe extraordinaire,
- 21:08qui a parlé de l'éthique des petites perceptions.
- 21:11dans son nouvel essai de l'entendement,
- 21:13dans la préface.
- 21:14Et je me suis saisie de ce qu'il expliquait pour en faire un concept philosophique.
- 21:20Je vais peut-être le développer si tu veux bien,
- 21:22Emma.
- 21:23Alors,
- 21:23qu'est-ce que c'est que les petites perceptions ?
- 21:26Donc,
- 21:26Leibniz dit,
- 21:28il y a des tas de perceptions que nous avons dans la vie.
- 21:31Nous sommes en permanence sollicités par la vue,
- 21:35par l'ouïe,
- 21:35par le toucher,
- 21:37par les odeurs,
- 21:37par le goût.
- 21:38qui viennent dans notre cerveau et ça fait émerger des souvenirs.
- 21:43Il y a les perceptions et puis il y a un deuxième temps dans la perception.
- 21:48La perception,
- 21:49c'est finalement qu'est-ce qui se passe quand on a ce bruit de fond.
- 21:53Et il donne un exemple extrêmement lent qui est le bruit de la mer.
- 21:57Donc le bruit de la mer,
- 21:58on entend les vagues,
- 21:59mais on n'aperçoit pas le bruit de toutes.
- 22:02les petites vattelettes et des gouttes d'eau de mer qui constituent les grosses vagues,
- 22:07le ressac que nous percevons.
- 22:09Moi,
- 22:09je l'ai utilisé pour les malades d'Alzheimer.
- 22:12En disant que quand j'arrive dans un service et que je perçois ces malades avachis dans leur fauteuil roulant,
- 22:18qui n'ont plus de figure humaine,
- 22:21qui ont le masque.
- 22:22de la maladie d'Alzheimer,
- 22:23je peux les reconnaître entre mille,
- 22:25et que je m'approche d'eux,
- 22:27et que je m'accroupis,
- 22:28et que je suis là,
- 22:30en mettant,
- 22:30en imprimant une caresse sur l'avant-bras,
- 22:32tout de suite le regard vient vers moi,
- 22:34je capte ce regard.
- 22:36Et bien là,
- 22:37j'aperçois une personne avec toute sa vie,
- 22:41avec la capacité de répondre.
- 22:43En plus,
- 22:43j'ai un nom compliqué,
- 22:44le fève des nouettes,
- 22:45je suis psychiatre,
- 22:46et bien je n'ai jamais reçu un coup de canne ou un coup de pied.
- 22:49et au contraire...
- 22:51Enfin quelqu'un qui va m'écouter.
- 22:53Ces personnes,
- 22:54ce n'est pas parce qu'elles sont aphasiques,
- 22:56a-privatifs,
- 22:57aphasiques,
- 22:57Paroles agnosiques,
- 22:59elles ne reconnaissent plus,
- 23:00apraxiques,
- 23:01elles ne savent plus utiliser les mains,
- 23:03elles n'ont pas des choses à raconter de leur vie.
- 23:06Ce sont des personnes vivantes jusqu'au bout de leur vie.
- 23:09Et puisque je les accompagne aussi jusqu'au bout de leur vie,
- 23:12vous avez parfois des paroles très signifiantes au moment du décès d'un malade d'Alzheimer.
- 23:17Tel ce malade qui,
- 23:19tout d'un coup,
- 23:19il ne parlait pas depuis des mois.
- 23:21Il est en train de mourir,
- 23:22d'agonir,
- 23:23et tout d'un coup il dit « moi je suis un salaud » .
- 23:26Et donc je lui dis,
- 23:26mais pourquoi vous dites une chose pareille ?
- 23:28Parce que j'ai toujours trompé ma femme.
- 23:30Et c'est sorti comme ça,
- 23:31sans aucun problème.
- 23:32Il avait besoin de confier ce lourd fardeau qui était encore imprimé dans sa mémoire.
- 23:38Donc donner cette chance,
- 23:40cette émergence à ces petites perceptions.
- 23:42que l'on a,
- 23:43lorsqu'on est soignant,
- 23:44il faut aller les chercher.
- 23:46Et après,
- 23:47il faut en faire des colliers de signifiance.
- 23:49C'est-à-dire qu'il faut mettre les petites bribes,
- 23:51les petits mots,
- 23:52les petits vapeurs d'esprit,
- 23:54mais qui sont bien présentes,
- 23:56pour montrer à quel point la personne existe avec son histoire.
- 23:59Oui,
- 24:00tu compares ça à un tableau impressionnant,
- 24:02un tableau de Claude Monet.
- 24:04Tout à fait.
- 24:05Alors,
- 24:05Claude Monet,
- 24:05lorsque vous êtes tout près,
- 24:06vous ne voyez rien.
- 24:07Il ne comprend rien du tout.
- 24:09On se recule et là va émerger un soleil couchant absolument magnifique,
- 24:14des nymphéas,
- 24:15on est saisi par l'ambiance.
- 24:17Et bien,
- 24:18dans le cas des malades d'Alzheimer,
- 24:20il y a tout ce jeu de focale,
- 24:23de s'approcher,
- 24:24de trouver le juste moment.
- 24:26Il faut être un expert du kairos.
- 24:28Le kairos,
- 24:29c'est cette esclave grecque enduite de graisse qu'il faut saisir au passage,
- 24:35saisir le juste moment.
- 24:36Il y a un juste moment où on va avoir...
- 24:39accès à la parole de l'autre,
- 24:40à sa poésie,
- 24:42à ce qu'il est capable de me dire et de me communiquer.
- 24:45Eh bien,
- 24:45ce saisir du moment me fait penser à ta citation ou quand tu cites Suzanne Howard,
- 24:53cette écrivaine,
- 24:54cette poétesse.
- 24:55Je ne sais pas si la poésie était d'elle ou si c'était des malades d'Alzheimer qu'elle savait regarder et surtout écouter.
- 25:02C'est un travail à deux,
- 25:03je pense,
- 25:03oui.
- 25:03C'est ça,
- 25:04parce qu'elle pouvait rester beaucoup de temps.
- 25:0620 minutes.
- 25:08devant des malades d'Alzheimer avec qui il ne se passait a priori rien jusqu'au moment,
- 25:15dans la pure présence de Christian Bobin,
- 25:18où il se passe quelque chose,
- 25:20une fulgurance.
- 25:21Une fulgurance avec des mots qui sortent par brimes.
- 25:24Et elle en fait une histoire qu'elle va proposer ensuite à la patiente atteinte de maladie d'Alzheimer qui va ouvrir des yeux.
- 25:32Oui,
- 25:32c'est ça.
- 25:33C'est ça que je voulais dire,
- 25:34mais je n'avais plus les mots pour le dire.
- 25:37C'est vrai que la mémoire en lambeaux enlève aussi une capacité de communication,
- 25:41mais pourtant elle reste possible.
- 25:43Il faut se donner les conditions de possibilité d'avoir accès à la personne,
- 25:47prendre du temps,
- 25:49supporter de rester assise à côté d'un malade d'Alzheimer,
- 25:53respirer avec lui,
- 25:54écouter de la musique avec lui,
- 25:56lui caresser le dos de la main,
- 25:58humer des fruits.
- 26:00humain,
- 26:00une bonne odeur,
- 26:01on utilise beaucoup l'aromathérapie dans nos unités cognitivo-comportementales tout ça ce sont des petits moments formidables,
- 26:08moi je dessine,
- 26:09je peins je fais la sculpture avec mes malades c'est quelque chose des moments de partage inouï,
- 26:15d'intensité d'humanité inouï,
- 26:17la créativité des malades d'Alzheimer est incommensurable et là encore j'ai fait des expositions des catalogues on a fait toute une oeuvre magnifique avec la
- 26:28Porte des Souvenirs et de la Vie et l'Architecte Tactile du Musée Rodin à travers l'œuvre du Musée Rodin en 2019.
- 26:36Et ma sœur,
- 26:36qui est artiste plastiquetaine,
- 26:38Caroline Desnouettes,
- 26:39on a animé des ateliers de modelage.
- 26:41Et avec leurs vieilles mains qui ne disaient rien,
- 26:44ils ont construit cette Porte des Souvenirs et de la Vie.
- 26:4770 personnes âgées,
- 26:49avec les MMS,
- 26:50le petit 16 dont je parlais,
- 26:51égale à zéro,
- 26:52c'est-à-dire qu'on leur dépasse
- 26:54Ne leur donnez pas un copec.
- 26:55C'est-à-dire les plus graves.
- 26:56Les plus graves,
- 26:57les plus sévères.
- 26:58Elles ont sorti des petites sculptures merveilleuses et avec ça,
- 27:03des souvenirs.
- 27:03Les souvenirs de leur vie.
- 27:05Elles ont pu intégrer des souvenirs dans leurs sculptures.
- 27:08Et cette porte des souvenirs et de la vie a été exposée au pied de l'escalier monumental du musée Rodin.
- 27:16Magnifique reconnaissance de ces malades et de leur créativité.
- 27:20Personne n'en parle.
- 27:22Je veux absolument être au-delà du porte-voix,
- 27:25vraiment porter cet étendard parce que ça vaut le coup de les réinscrire sous le même toit du monde dont parlait Gaston Bachelard.
- 27:33C'est ça.
- 27:34Et ça me fait penser aussi à tous les artistes peintres connus.
- 27:39Alors,
- 27:39je ne veux pas dire que tous les malades d'Alzheimer sont capables de dessiner,
- 27:43loin de là,
- 27:44mais il y a quand même des artistes peintres.
- 27:47incroyables.
- 27:48William de Rynck.
- 27:49Certains qui n'étaient absolument pas artistes avant d'être malades.
- 27:52Oui,
- 27:53absolument.
- 27:53Et ça,
- 27:53c'est incroyable,
- 27:54ça.
- 27:54Oui.
- 27:55Leur proposer.
- 27:56si vous laissez un malade
- 27:57Alzheimer seul toute la journée,
- 27:59dans son apathie,
- 28:01sans stimuler son cerveau,
- 28:02son cerveau va s'atrophier encore plus vite.
- 28:04Il faut proposer,
- 28:06être force de proposition,
- 28:07ne pas imposer,
- 28:08mais proposer.
- 28:09Si vous mettez en face d'un malade d'Alzheimer des papiers,
- 28:12des crayons,
- 28:13des feux de la peinture,
- 28:14il va s'en saisir,
- 28:16il ne va pas faire du tout de bêtises.
- 28:18C'est magnifique.
- 28:19Moi,
- 28:20je participe à l'animation d'un atelier de peinture et d'art plastique.
- 28:23C'est extraordinaire ce qu'ils arrivent à faire.
- 28:25en étant juste un petit peu
- 28:27peu incité.
- 28:28Donc ça,
- 28:28il faut se saisir de tout ça,
- 28:30parce que leur mémoire ancienne,
- 28:32procédurale,
- 28:33comme faire du vélo,
- 28:35écrire,
- 28:35elle est là,
- 28:36elle est présente.
- 28:37Et les émotions,
- 28:39l'esthétique,
- 28:40nous donne des émotions qui sont des émotions soignantes.
- 28:43Il y a deux types de mémoire.
- 28:44Oui,
- 28:45il y a plusieurs types de mémoire.
- 28:46La mémoire immédiate,
- 28:47celle qu'on oublie le plus facilement dans la maladie d'Alzheimer.
- 28:50C'est-à-dire qu'il est atteint.
- 28:52Oui,
- 28:52c'est ça.
- 28:53Et puis,
- 28:53il y a la mémoire sémantique de nos savoir-faire,
- 28:56de ce que l'on peut dire,
- 28:58la mémoire épisodique de qui et quoi,
- 29:02qu'est-ce que l'on a appris.
- 29:03Et puis,
- 29:03la mémoire procédurale,
- 29:05cette mémoire ancienne des procédures,
- 29:07nouer sa cravate,
- 29:08faire les lacets ou conduire sa voiture.
- 29:10C'est la plus dangereuse dans la maladie d'Alzheimer parce qu'il faut qu'il renonce à conduire la voiture.
- 29:15Sinon,
- 29:15il va y avoir des accidents.
- 29:16Mais tourner la clé,
- 29:17ça va très bien le faire.
- 29:19Oui,
- 29:20donc...
- 29:21Les malades d'Alzheimer continuent par leur perception à exister entièrement.
- 29:27Ils n'ont pas le langage des mots,
- 29:29mais ils ont tous les autres langages et toutes les possibilités de communication non-verbales,
- 29:35para-verbales.
- 29:37Et c'est par là qu'on pourrait les atteindre.
- 29:40Absolument.
- 29:41C'est lié à eux,
- 29:42à entrer en relation.
- 29:43Des fois,
- 29:44ça prend du temps et de la patience.
- 29:46Ça prend de la présence.
- 29:47C'est ça.
- 29:48beaucoup de la présence humaine.
- 29:50Gaston Bachelard,
- 29:50encore lui,
- 29:51disait
- 29:52« Le moi s'éveille par la grâce du toit. »
- 29:54Dans la préface de Martin Buber,
- 29:56dans « Le jeu,
- 29:57il le tue. »
- 29:57C'est absolument magnifique.
- 29:59Et s'il n'y a pas un toit en face du moi,
- 30:01il ne se passera rien.
- 30:03Or,
- 30:03plus vous allez là en ce moment,
- 30:05Imane,
- 30:05on est en train de se stimuler.
- 30:07Notre lobe préfrontal de faire de nouveaux boutons synaptiques.
- 30:10Il faut oser.
- 30:12Oser penser par soi-même.
- 30:13Oser aller vers l'autre.
- 30:14Proposer des choses.
- 30:16la sculpture avec leurs mains.
- 30:17En ce moment,
- 30:18on fait un atelier tango à l'hôpital.
- 30:21Mais c'est formidable.
- 30:22Même les messieurs les plus vindicatifs,
- 30:24hop,
- 30:25le tango arrive.
- 30:26Ils ont les gestes d'autrefois,
- 30:27ils invitent les dames,
- 30:28ils sont tout à fait urbains et n'ont plus du tout de troubles du comportement.
- 30:33Donc,
- 30:33oser toutes ces thérapeutiques non médicamenteuses qui vont solliciter cette mémoire souterraine,
- 30:39procédurale,
- 30:41émotionnelle,
- 30:42que l'on peut encore réveiller très facilement.
- 30:45Très facilement.
- 30:46Franchement,
- 30:46c'est rien.
- 30:47Une caresse sur le dos de la main,
- 30:49mettre des feutres et des papiers et crayons à côté,
- 30:51mais il faut une présence.
- 30:52Ne pas les laisser.
- 30:54On a cru à un moment donné qu'en faisant des écrans tactiles et en laissant sur des programmes de mémorisation le patient touché,
- 31:00etc.,
- 31:01ça allait les stimuler.
- 31:02Non,
- 31:02c'est l'interaction avec l'humain.
- 31:05comme les robots qui sont des robots de relations,
- 31:09le Foc-Paro.
- 31:10Si vous n'avez personne qui est là pour médiatiser,
- 31:13l'Alzheimer va avoir peur.
- 31:14peur,
- 31:14ça fait des bruits de phoques,
- 31:15ça ne fait pas des bruits de Ausha,
- 31:17mais vous mettez par contre un chat,
- 31:20on a la paix de thérapie,
- 31:21un vrai chat qui ronronne,
- 31:23c'est le meilleur des thérapeutes.
- 31:25Je n'ai pas besoin de donner d'antidépresseurs.
- 31:28Donc favorisez toutes ces thérapeutiques non médicamenteuses.
- 31:31Parce qu'encore une fois,
- 31:32je n'ai pas de médicament qui va guérir la maladie d'Alzheimer.
- 31:36On avait des médicaments qui ralentissaient l'évolution de la maladie d'Alzheimer qui s'appelaient les anticholinesteraziques.
- 31:43Je ne vais pas les citer ici parce qu'ils ne sont plus remboursés.
- 31:46Mais ils avaient un intérêt.
- 31:48Seulement,
- 31:48ils n'agissaient que sur la bêta amyloïde.
- 31:51Ils n'agissaient pas sur la protéine Tau.
- 31:53Je vous ai dit qu'il fallait les deux pour faire une maladie d'Alzheimer.
- 31:56Et les derniers,
- 31:57il y a 120 molécules en ce moment dans les tuyaux.
- 32:00Mais petit à petit,
- 32:01lorsqu'on passe à l'homme,
- 32:02il vit trop,
- 32:03il vit trop sur le modèle animal,
- 32:05puis sur des protocoles compassionnels,
- 32:07puis chez l'homme,
- 32:08malheureusement,
- 32:09on s'aperçoit qu'il y a des effets secondaires tellement délétères.
- 32:12qu'on est obligé d'arrêter les programmes.
- 32:14La dernière nouveauté aux États-Unis,
- 32:17c'est le Lecambi,
- 32:18qui est un médicament qui s'attaque par l'immunothérapie au fait qu'il n'y ait pas de constitution de cette bêta-amyloïde,
- 32:26de ces plaques séniles,
- 32:28à marcher sur un panel de 1700 personnes aux États-Unis chez des formes précoces.
- 32:3525 000 euros la perfusion tous les 15 jours.
- 32:39En France,
- 32:40la HHS ne l'a pas recommandée pour des raisons éthiques et le fait qu'il y a beaucoup trop d'effets secondaires graves,
- 32:47des décès,
- 32:49des encéphalopathies très gravissimes,
- 32:52c'est-à-dire que tout le cerveau s'enflamme lors des essais en phase 4,
- 32:56c'est-à-dire chez l'être humain.
- 32:58Donc aux États-Unis,
- 32:59oui,
- 33:00mais vous voyez bien que c'est réservé à une classe très réduite.
- 33:03de gens très riches qui ont quelques symptômes,
- 33:06mais pas du tout aux autres.
- 33:08Or,
- 33:08en France,
- 33:08nous voulons,
- 33:10lorsque nous sommes dans le domaine du soin,
- 33:11encore aujourd'hui,
- 33:12que tout le monde puisse avoir accès aux dernières thérapeutiques innovantes.
- 33:16Et là,
- 33:16la Haute Autorité de Santé a décidé que le bénéfice risque n'était pas en faveur du remboursement de ce dernier médicament.
- 33:23Nous avons quand même pas mal d'espoir,
- 33:25parce qu'il y a beaucoup de thérapeutiques en expérimentation.
- 33:28Oui.
- 33:28Mais en attendant de trouver le traitement de la maladie d'Alzheimer,
- 33:32parce qu'on y croit et que ça finira par avaler.
- 33:35Un peu comme pour le sida,
- 33:36où la trithérapie fait qu'on ne meurt plus du sida.
- 33:39Là,
- 33:40on voit bien qu'il y a deux protéines anormales,
- 33:42et il faudrait une bithérapie,
- 33:44voire une trithérapie,
- 33:45agir sur l'inflammation du cerveau,
- 33:47agir sur la micro-angiopathie,
- 33:50donc tous les facteurs de risque vasculaire,
- 33:52qui va permettre,
- 33:53par ces thérapies plurielles,
- 33:57de complètement reculer l'entrée dans la maladie.
- 33:59et que les stades que je vois de...
- 34:01d'atrophie de mon hippocampe que je vois à l'IRM,
- 34:04en reste à ces stades tout petits et que l'on puisse avoir une meilleure qualité de vie pendant 10,
- 34:1020 ans,
- 34:10malgré une maladie d'Alzheimer.
- 34:12Mais il y a un sujet qui me parlait fondamental parce qu'il est à la fois dans la prévention de l'installation de la maladie d'Alzheimer,
- 34:21mais également dans la façon dont on peut aider les malades une fois que la maladie est installée,
- 34:27c'est le stress.
- 34:28Tu en parles parfaitement bien.
- 34:31Véronique,
- 34:32est-ce que tu peux nous expliquer quel est ce lien qu'on ne voit pas à prime abord entre le stress et la maladie d'Alzheimer ?
- 34:40Oui,
- 34:40c'est vrai qu'on ne le perçoit pas bien,
- 34:41mais je vais vous expliquer ce que c'est que le stress.
- 34:44Le stress est formidable,
- 34:45c'est un outil.
- 34:46On est câblé pour être un petit peu stressé.
- 34:49On a à côté de notre hippocampe,
- 34:51qui est le lieu du passage obligé de la mémoire,
- 34:53une autre petite structure qui est l'amidale.
- 34:55attention,
- 34:56dans le cerveau profond,
- 34:57le cerveau qui est le cerveau sensoriel,
- 35:00le circuit de papier.
- 35:01Le système limbique,
- 35:02vous avez le cortex,
- 35:06le surmoi,
- 35:07le moi qui est dans le cerveau émotionnel,
- 35:09le circuit de papès,
- 35:10et dans le cervelet,
- 35:12le cerveau réflexe,
- 35:14reptilien,
- 35:15le surmoi,
- 35:15le moi,
- 35:16le ça.
- 35:17Quand on est un petit peu piquate,
- 35:18on peut grosso modo expliquer ça.
- 35:21Dans ce circuit de papès,
- 35:23les afférentations de l'anxiété,
- 35:25du stress vont dans cet amygdale qui est juste devant mon hippocampe.
- 35:29Et cette amygdale va réagir à la peur,
- 35:32à la saveur de la peur.
- 35:33Qu'est-ce qui m'a fait peur ?
- 35:34Et elle va rentrer en turgescence,
- 35:36elle va augmenter de volume.
- 35:38Et elle va annihiler tout ce que j'ai engrangé à côté,
- 35:41dans mon hippocampe,
- 35:42dans ma mémoire.
- 35:43Et c'est vrai que je vais avoir le trac.
- 35:46Je vais,
- 35:46lorsqu'on a des enfants qui vont passer des examens,
- 35:48il faut leur apprendre à apprendre,
- 35:50bien longtemps en avance.
- 35:52pour qu'hors du contexte émotionnel,
- 35:54ils puissent ressortir tout ce qu'ils ont appris.
- 35:57C'est pour ça qu'on met,
- 35:58quand on est étudiant en médecine,
- 35:59on met un temps fou à prendre,
- 36:02pour être sûr d'être en mémoire procédurale,
- 36:04puisque maintenant vous savez tout sur la mémoire.
- 36:07Et bien cet hippocampe va déclencher une réaction de fuite.
- 36:11Nous sommes câblés pour fuir les êtres humains,
- 36:13nous avons des grandes jambes.
- 36:14Il y a un circuit court,
- 36:15j'ai peur d'un serpent,
- 36:16je le vois,
- 36:17circuit court,
- 36:18hop,
- 36:18l'amygdale me prévient,
- 36:19je fuis.
- 36:19Mais aujourd'hui,
- 36:20dans le métro,
- 36:21est-ce que vous croyez que je vais pouvoir fuir ?
- 36:23Non,
- 36:23les conditions ont évolué entre l'homme de caverne et moi.
- 36:27Et puis on va se dire,
- 36:29mais je ne vais pas pouvoir suivre.
- 36:31On va être dans une situation de phobie,
- 36:33d'attaque de panique,
- 36:34etc.
- 36:35Et là,
- 36:35mon amygdale,
- 36:36elle va déclencher de l'acétylcholine.
- 36:39Dans mes surrénales,
- 36:40elle va déclencher du cortisol,
- 36:42qui est l'hormone du stress,
- 36:44et elle va aller...
- 36:45Mani,
- 36:45il est mon pauvre petit hippocampe à côté qui va diminuer de taille.
- 36:50Donc,
- 36:50il faut apprendre à ne pas avoir un petit peu de stress.
- 36:53D'accord,
- 36:54c'est stimulant,
- 36:55c'est parfait,
- 36:56mais pas trop de stress et surtout pas de stress chronique.
- 36:59Et on le voit aujourd'hui,
- 37:01pas tant dans la maladie d'Alzheimer,
- 37:02mais pour les travailleurs,
- 37:04qui ont ce qu'on appelle aujourd'hui le burn-out,
- 37:06brûlé de l'intérieur.
- 37:08Ils sont en permanence stressés,
- 37:10ils se sentent harcelés au travail.
- 37:12Et la réponse du corps,
- 37:13c'est stop.
- 37:15on ne peut plus avancer.
- 37:17Et les malades d'Alzheimer qui ne comprennent plus le monde dans lequel ils vivent sont soumis à ce stress permanent.
- 37:23Et l'aidant aussi.
- 37:25L'aidant est stressé parce qu'il ne comprend plus son proche et lui,
- 37:29il a sa vie,
- 37:30ou elle plutôt,
- 37:30a sa vie à mener.
- 37:32Vous avez 11 millions d'aidants en France aujourd'hui.
- 37:355 millions sont pour les malades d'Alzheimer,
- 37:38c'est très compliqué d'être écartelé entre le devoir,
- 37:42le besoin,
- 37:44on s'oublie soi-même et parfois on oublie complètement de prendre soin de soi et on meurt avant la personne que l'on va aider.
- 37:50Donc pour éviter ce stress chronique,
- 37:53il faut se réserver des plages de joie.
- 37:56Ce n'est pas parce que vous avez une maladie d'Alzheimer.
- 37:58possible ou probable,
- 38:00même probable,
- 38:01même à des salles modérées,
- 38:02que la saveur de la vie n'est pas agréable,
- 38:05que l'on ne peut pas danser le tango,
- 38:06que l'on ne peut pas sortir,
- 38:07faire des marches en forêt,
- 38:11ça s'y prête aujourd'hui.
- 38:13tas de techniques à vous proposer pour limiter au maximum ce stress.
- 38:18La musicothérapie,
- 38:19l'aromathérapie,
- 38:21la musicothérapie,
- 38:22c'est formidable,
- 38:22ça apaise complètement,
- 38:24vous allez vous détendre complètement,
- 38:25votre amygdale.
- 38:27Mais Véronique,
- 38:27si je comprends bien,
- 38:29le stress chronique,
- 38:31il dispose à la maladie d'Alzheimer.
- 38:33Le cortisol,
- 38:34quand il est sécrété de façon chronique,
- 38:37va entraîner et va
- 38:40est disposé à l'hypocampe.
- 38:45C'est bien ça.
- 38:46C'est exactement ça,
- 38:46Imane.
- 38:47Et on le voit lors des IRM.
- 38:49Je peux grader l'atrophie de l'hypocampe en plusieurs stades.
- 38:53Un,
- 38:53deux,
- 38:53trois,
- 38:54quatre.
- 38:54Stade sévère,
- 38:55quatre.
- 38:56Alors,
- 38:56le souci,
- 38:57c'est que je ne fais pas un diagnostic sur une image d'IRM.
- 39:00Parce que j'ai d'autres sources qui peuvent atrophier que la maladie d'Alzheimer ou mon hypocampe.
- 39:04J'ai le stress,
- 39:05on l'a dit,
- 39:05la dépression et puis les accidents vasculaires,
- 39:08cérébraux.
- 39:09stress.
- 39:09dépression,
- 39:10les dépressions répétées,
- 39:12maltraitées durant la vie peuvent prédisposer si on a une péridité c'est un facteur de risque qui peut l'aggraver donc autant savoir tout ça pour ne pas être prédisposé d'aller vous faire repérer je ne dirais pas dépister parce que je n'ai pas de test sûr à
- 39:31100% ni de traitement mais vous faire repérer vous avez un petit trouble à mémoire,
- 39:36hop Merci.
- 39:36Vous allez en consultation mémoire.
- 39:38Et là,
- 39:38on va pouvoir vous apaiser.
- 39:40Moi,
- 39:40je suis des couples depuis 30 ans qui n'ont pas la maladie d'Alzheimer,
- 39:44mais ça les rassure de venir une fois par an refaire ce bilan,
- 39:50avoir de nouveaux conseils,
- 39:51voir comment ils peuvent améliorer leur vie quotidienne.
- 39:54Tu as parlé de prévention.
- 39:56Dans la prévention,
- 39:56il y a tout ce que je viens de dire.
- 39:58y compris la bonne alimentation.
- 40:01Il faut éviter les viandes trop rouges,
- 40:04les barbecues,
- 40:05il faut marcher,
- 40:06boire beaucoup d'eau,
- 40:07le régime crétois,
- 40:09du poisson gras,
- 40:10des huiles,
- 40:12des oléagineux,
- 40:13des cinq fruits et légumes frais,
- 40:16des tâches bien sûr,
- 40:17des céréales,
- 40:18et tout en haut de ma pyramide,
- 40:20du sucre,
- 40:21les gâteries que le personnage j'adore,
- 40:24du sucre,
- 40:25les viandes rouges et les fromages.
- 40:28Ce stress,
- 40:28c'est quand même une découverte parce que c'est un petit peu la pierre angulaire,
- 40:33que ce soit dans la prévention ou dans la façon de gérer les malades d'Alzheimer pour ne pas aggraver leur trouble et leur cognition,
- 40:43pour améliorer le contact.
- 40:45Et puis les liens qu'on a avec eux,
- 40:48c'est quand on entend des malades d'Alzheimer qui ont des troubles du comportement,
- 40:54qui peuvent crier,
- 40:55ce genre de choses,
- 40:56c'est
- 40:57une expression,
- 40:58c'est pas juste une folie.
- 41:01Ils ne deviennent pas des malades mentaux.
- 41:03C'est une expression de cette incompréhension du monde qui les entoure.
- 41:07Et comment ne pas stresser quand vous êtes dans un hôpital où tout vous paraît hostile,
- 41:11les bruits ne sont pas les mêmes qu'à la maison,
- 41:14les visages ne sont plus familiers.
- 41:17On comprend très bien.
- 41:19Et moi,
- 41:19je vais toujours voir les malades qui crient.
- 41:21Je leur dis,
- 41:21mais pourquoi vous criez ?
- 41:22Et j'ai des réponses extraordinaires,
- 41:24mais pour me sentir exister.
- 41:26Parce que finalement,
- 41:27c'est quelqu'un qui les accompagne,
- 41:30qui est là.
- 41:30Oui,
- 41:32tu cites dans tes livres plusieurs citations qui sont très très belles.
- 41:36J'ai celle de Christian Bobin qui dit
- 41:39« Ceux qui sont très vieux sont dans un autre monde que le nôtre.
- 41:45En se liant à nous,
- 41:46ils nous font un présent et un cadeau inestimable. »
- 41:49Oui,
- 41:50c'était son papa qui était atteint de la maladie d'Alzheimer.
- 41:53et là une poésie pour décrypter.
- 41:56C'est exactement ça.
- 41:58On perle sur moi lorsqu'on a une maladie d'Alzheimer.
- 42:00On n'est plus dans le contrôle de ses émotions.
- 42:03Et hop,
- 42:03on est à fleur de peau.
- 42:05Pour les choses agréables comme pour les choses désagréables.
- 42:07Moi,
- 42:07j'ai des cadeaux tous les jours.
- 42:09Je ne vais jamais à reculons dans mon hôpital.
- 42:11Et je n'ai jamais été griffée,
- 42:13agressée,
- 42:14ni verbalement,
- 42:15ni physiquement par mes malades.
- 42:16Ça fait 42 ans que je ne m'occupe que...
- 42:19que des malades d'Alzheimer qui ont des troubles du comportement,
- 42:21puisque je suis psychiatre.
- 42:22Donc on ne me dit pas,
- 42:23le fou,
- 42:23il est là-bas,
- 42:24occupez-vous-en.
- 42:25On me dit,
- 42:26voilà,
- 42:26il y a tel symptôme,
- 42:27allez-y,
- 42:28etc.
- 42:29Et en général,
- 42:30on trouve des solutions.
- 42:31Est-ce qu'on peut laisser un petit mot pour les aidants,
- 42:34pour finir ?
- 42:35Oui,
- 42:36alors les aidants,
- 42:37prenez soin de vous.
- 42:38Surtout,
- 42:39ne restez pas seuls.
- 42:40Il y a des groupes d'aide aux aidants.
- 42:42Dans mon hôpital,
- 42:42j'ai une psychologue qui a passé une thèse pour les aide aux aidants,
- 42:45qui a une consultation spécifique.
- 42:47Moi,
- 42:47je m'occupe,
- 42:48ça fait partie de la moitié de mes consultations,
- 42:51les aidants.
- 42:52Encore une fois,
- 42:52ce sont des aidantes.
- 42:54Il faut absolument vous garder des plages pour vous,
- 42:57pour souffler et partager ce que vous percevez et qui vous inquiète.
- 43:01Attention au stress des aidants.
- 43:03Bien sûr,
- 43:04on leur doit bien ça.
- 43:05Merci infiniment Véronique pour ce moment de partage.
- 43:09J'espère qu'on aura changé le regard par rapport à cette maladie,
- 43:12par rapport à ces personnes,
- 43:14qu'on va apprendre à les toucher,
- 43:16à les atteindre et être toujours heureux de partager des moments,
- 43:21même si ça ne passe pas par des mots,
- 43:23ça peut passer par un tas de choses et ils ont encore énormément de choses à nous apprendre.
- 43:28par leur présence,
- 43:29par leur manière d'être et par la poésie qu'ils ont quand on sait l'entendre et la voir.
- 43:33Merci pour tout ce que tu fais pour eux et pour leur famille.
- 43:37Et ce qu'on apprend à côté de toi revient quand tu veux dans Enquête d'accord,
- 43:41Véronique.
- 43:41Merci,
- 43:42chère Imane,
- 43:42avec plaisir.
- 43:49Mes chers amis,
- 43:50j'espère qu'à l'issue de cet épisode,
- 43:53l'appréhension vis-à-vis de la maladie d'Alzheimer est moins grande.
- 43:57et l'espoir plus légitime.
- 44:00Si vous avez aimé ce contenu et que vous souhaitez soutenir Enquête d'accord,
- 44:05mettez-moi 5 étoiles et surtout,
- 44:07laissez-moi vos commentaires sur les plateformes d'écoute et aussi sur Instagram où vous pouvez voir les extraits vidéo des invités.
- 44:17Je vous remercie infiniment pour votre fidélité et je vous dis à très bientôt.