Latest / Raconte Media - Interviews d'esprits audacieux qui inspirent, bousculent et (re)façonnent le monde - Créatifs, entrepreneurs, influents,… / José Bové - Luttes continues • De la lutte contre les OGM à la mobilisation des jeunes : José Bové et l'engagement collectif pour l'avenir
Transcript
- 0:05Je dirais que ce n'est pas mon tempérament de fixer des divines,
- 0:09ce n'est pas ça la question.
- 0:10Ce qui est intéressant,
- 0:11c'est de construire des mobilisations,
- 0:14si on est convaincu qu'une clause en vaut la peine,
- 0:18et d'essayer d'avancer pour gagner le combat.
- 0:24Imaginez un monde où chaque histoire trouve sa voie,
- 0:28où chaque talent éclaire notre époque.
- 0:34Raconte est un média digital natif à l'écoute de notre temps.
- 0:40Les interviews grand format sont le premier chapitre de l'univers raconte.
- 0:45Écoutez-les en podcast,
- 0:46visionnez-les en vidéo et préservez-les grâce à nos publications imprimées collector.
- 0:53Notre passion pour l'image est infinie.
- 0:56Raconte,
- 0:57c'est le fond avec la forme.
- 0:59Préparez-vous à voyager au-delà des horizons connus.
- 1:03aux côtés de celles et ceux qui les redéfinissent.
- 1:06Bienvenue dans l'Odyssée raconte.
- 1:09Raconte la rencontre.
- 1:13Bonjour José Bové.
- 1:14Bonjour.
- 1:16Comment vas-tu ?
- 1:17Ça va pas mal.
- 1:18Ça pourrait être pire.
- 1:19Ah bon ?
- 1:21Ah oui,
- 1:21il pourrait pleuvoir.
- 1:23On est à l'intérieur,
- 1:23donc ça va.
- 1:24Ça va,
- 1:25il y a un beau ciel,
- 1:26tout va bien.
- 1:27C'est vrai que tu connais un peu Bruxelles en même temps.
- 1:29Ça va,
- 1:30j'ai vécu quelques années,
- 1:3210 ans.
- 1:33Puis je connaissais avant aussi,
- 1:34donc ça,
- 1:35voilà.
- 1:35Je ne suis pas surpris quand je reviens ici.
- 1:37Mais justement,
- 1:38en parlant d'avant,
- 1:40d'où tu viens ?
- 1:42D'où je viens ?
- 1:43C'est une longue histoire,
- 1:44une vieille histoire maintenant à force.
- 1:45Je suis né à côté de Bordeaux.
- 1:50J'ai vécu ensuite quelques années aux États-Unis avec mes parents,
- 1:55dans les années 50,
- 1:56au milieu des années 50,
- 1:59et je suis revenu en France à 7 ans.
- 2:03Et voilà,
- 2:04et donc là après,
- 2:05j'ai habité avec eux dans la région parisienne,
- 2:08parce qu'ils travaillaient là-bas,
- 2:11et voilà.
- 2:12Et à 20 ans,
- 2:13je me suis installé sur le Larzac.
- 2:16Donc ça fait maintenant plus de 50 ans.
- 2:19Justement,
- 2:20par exemple...
- 2:20de ton installation dans le Larzac.
- 2:22Sture,
- 2:23le
- 2:24Larzac. Je ne vis pas dans les grottes.
- 2:27Tu es un homme de la terre,
- 2:28pourtant.
- 2:29Oui,
- 2:30mais dans la terre,
- 2:30tu n'es pas obligé de vivre dans la grotte.
- 2:34Justement,
- 2:35comment tu es arrivé au Larzac ?
- 2:36Il y a un élément déclencheur par rapport à ça ?
- 2:39C'est assez simple.
- 2:41Moi,
- 2:41je suis,
- 2:41à ce moment-là,
- 2:42je suis objecteur de conscience.
- 2:45C'est-à-dire que je refuse de faire le service militaire.
- 2:47Je suis engagé dans un mouvement
- 2:51contre la bombe atomique et donc je suis très actif dans ce mouvement.
- 2:56C'est à ce moment-là que l'extension du camp militaire du Larzac est décidée par le ministre des Armées français et donc là...
- 3:04Un mouvement se met en route et donc j'y participe naturellement et je viens faire des chantiers sur le Koss.
- 3:10Et en 1975,
- 3:14je peux m'installer.
- 3:16Les paysans me donnent l'autorisation d'occuper illégalement une ferme dont le propriétaire a vendu les terres à l'armée.
- 3:24Et donc c'est comme ça que je m'installe avec ma famille dans le hameau de Morodon qui est au nord-est du Larzac.
- 3:32Et donc c'est toujours là où j'habite aujourd'hui.
- 3:34pas dans la même maison parce qu'elle était liée à la ferme,
- 3:37mais c'est là où on a pu construire ensuite notre maison pour y rester.
- 3:43Tu étais un peu zadiste avant l'heure en fait ?
- 3:46Le mot n'existait pas encore vraiment.
- 3:48On disait squatteur à l'époque,
- 3:51il n'y avait pas de...
- 3:53Zadiste n'existait pas comme mouvement donc on était squatteur.
- 3:55Il y avait relativement peu de squatteurs parce qu'il fallait que le mouvement reste assez bien organisé donc les paysans ont autorisé donc on a été à peu près en tournée.
- 4:04peut-être sept familles à s'installer dans ces années-là sur le plateau pour participer à la lutte et ensuite pour construire l'avenir.
- 4:12Ok.
- 4:13Et comment ça s'est déclenché,
- 4:15ça ?
- 4:15Comment tu as décidé d'aller au Larzac ?
- 4:17C'est une rencontre ?
- 4:19Il y a un élément déclencheur ?
- 4:20Bien sûr,
- 4:20c'est un engagement.
- 4:21C'est un engagement pour soutenir ce combat et pour essayer d'empêcher l'extension du camp militaire,
- 4:26ce qui a quand même réussi en 1981,
- 4:29puisque le camp,
- 4:30le projet a été abandonné.
- 4:31Mais je dirais que c'est à la fois le...
- 4:33Cette envie,
- 4:34cet engagement et puis en même temps la découverte d'un territoire incroyable,
- 4:38de paysages assez particuliers en France.
- 4:42Ce sont les
- 4:43Larzac, mais il y a d'autres causes comme le Côte Noire,
- 4:46le Côte Méjean,
- 4:47le Côte de Sauve-Terre,
- 4:48qui sont des hauts plateaux avec des grandes vallées entre,
- 4:51comme la vallée de la Dorbie ou la vallée du Tarn.
- 4:54Et ça fait des paysages avec une vue très lointaine.
- 4:58Et c'est peut-être la...
- 5:00L'enfance aux Etats-Unis qui m'ont donné le goût de cette...
- 5:03de ces grands paysages et donc c'est là où je me suis retrouvé le plus à ressentir ce que j'avais pu ressentir enfant et quand on sort de la maison c'est vrai que on a une vue à plus de 100 km de
- 5:20distance quoi donc c'est vrai que j'ai beaucoup de mal ensuite à vivre dans des endroits fermés dans des villes ou même dans des paysages où on ne peut pas voir l'horizon tu viens de parler de ton enfance
- 5:33Comment tu étais enfant ou ado ?
- 5:35Je ne sais pas ce que ça veut dire ça.
- 5:38Ton trait de caractère à l'époque,
- 5:40tu étais quel genre d'enfant ?
- 5:41Je ne sais pas,
- 5:43moi ça dépend.
- 5:45Rien de vraiment spécial,
- 5:47si ce n'est que oui,
- 5:48il y avait pas de...
- 5:50Non,
- 5:50il y a des choses que je refusais,
- 5:51et quand je refusais,
- 5:52je refusais.
- 5:53Donc c'est vrai que j'ai peut-être aussi ce caractère à être capable de dire non et à assumer pourquoi je dis non.
- 6:01Et j'ai eu la chance d'être soutenu par mes parents,
- 6:04surtout ma mère.
- 6:06Chaque fois,
- 6:07j'ai pu avoir des conflits en disant non.
- 6:09Ma mère a toujours été là à partir du moment où je pouvais expliquer et dire pourquoi je disais non.
- 6:14Je crois que ça,
- 6:15ça a été une grande force d'être soutenu dans ces moments d'opposition,
- 6:20que ce soit au niveau de l'école ou encore après.
- 6:24Donc déjà à l'école,
- 6:25en fait,
- 6:25tu me disais un petit peu ?
- 6:27Je ne me disais pas,
- 6:27je m'affirmais.
- 6:28Ok.
- 6:29Il y a des choses que je ne supportais pas,
- 6:30donc comme je ne les supportais pas,
- 6:31je disais non.
- 6:33Et par exemple quoi ?
- 6:35Par exemple,
- 6:35ce sont des choses toutes simples d'enfants.
- 6:38C'est faire la sieste quand vous n'avez pas envie de la faire.
- 6:41Si vous n'avez pas envie de dormir,
- 6:42vous n'avez pas envie de dormir.
- 6:46La maîtresse,
- 6:47c'est dans les toutes petites classes,
- 6:48qui vous oblige à refaire un dessin parce que le dessin n'est pas conforme au dessin qu'elle voulait que ce soit.
- 6:54Décrir un animal,
- 6:56par exemple un écureuil avec une queue relevée,
- 6:58alors que quand il traverse et qu'il court,
- 7:01l'écureuil a une queue droite.
- 7:02Ça,
- 7:03c'est idiot de vouloir faire ça à un enfant.
- 7:05Donc j'ai dit non.
- 7:07Ma mère a été convoquée et on s'est retrouvés là encore devant une nouvelle explication et je n'ai pas cédé.
- 7:16Bien,
- 7:17bien.
- 7:18Ça donne déjà un peu les traits de caractère du personnage que tu allais devenir en fait.
- 7:23Je ne sais pas si c'est le personnage,
- 7:24en tout cas de ma personnalité,
- 7:26ça c'est sûr.
- 7:28Et quand tu arrives,
- 7:30on va revenir au
- 7:31Larzac, quand tu arrives là-bas,
- 7:34qu'est-ce que tu fais au début ?
- 7:35Tu arrives dans cette ferme,
- 7:37elle est plus ou moins abandonnée,
- 7:38tu la retapes,
- 7:40tu fais quoi ?
- 7:41C'est des longues années parce qu'à la fois il faut s'installer.
- 7:45vivre au quotidien et participer effectivement au combat qui à ces moments-là est important.
- 7:51Donc c'est beaucoup de temps passé,
- 7:54c'est beaucoup de temps en réunion,
- 7:57mais aussi en marche,
- 8:00en tout type de manifestation.
- 8:02Donc tout est assez compliqué,
- 8:04il prend beaucoup de temps,
- 8:05parce que dans la ferme qu'on habite,
- 8:07il n'y a pas l'eau,
- 8:08il n'y a pas l'électricité,
- 8:09il n'y a pas le téléphone,
- 8:10il n'y a pas de route.
- 8:12Donc tout ça a été...
- 8:13disons orchestré pour que les gens ne restent pas.
- 8:16C'est pour ça qu'il n'y a aucune infrastructure.
- 8:18Et donc il faut apprendre à vivre de cette manière-là,
- 8:21faire en sorte qu'on puisse vivre en famille avec des enfants,
- 8:25même dans ces situations les plus difficiles.
- 8:27Et puis c'est la mise en place du troupeau,
- 8:31des activités qui permettent là aussi de vivre de son travail.
- 8:34Donc tout se fait en même temps.
- 8:36Et donc c'est vrai qu'avec le recul,
- 8:39tout ça est assez dense comme vie.
- 8:43Au seul moment quand on le vit,
- 8:46les choses passent bien.
- 8:48Vous étiez presque un peu en autosuffisance en fait ?
- 8:52Non,
- 8:52parce qu'on est sur un endroit dur.
- 8:55Le Kos,
- 8:55on est à 800,
- 8:56presque 900 mètres d'altitude.
- 8:59La végétation est difficile,
- 9:01le temps est quand même rude,
- 9:02avec des hivers assez longs et l'été très chaud,
- 9:05donc pas beaucoup d'eau.
- 9:06Donc non,
- 9:07on ne peut pas,
- 9:08ce n'est pas une terre de maraîchage,
- 9:10on peut faire un potager,
- 9:11mais peu.
- 9:12Donc c'est de l'élevage,
- 9:13c'est surtout l'élevage de brebis,
- 9:16principalement pour le lait,
- 9:18le fromage,
- 9:19la transformation.
- 9:20Donc ça c'est ce qui permet effectivement de tirer un revenu,
- 9:24qui permet de vivre.
- 9:26Mais c'est difficile en même temps parce que chaque matin on peut être expulsé,
- 9:30dans la mesure où on occupe des terres dont l'armée revendique la propriété.
- 9:37Tu viens de dire que c'est des paysages assez durs,
- 9:39assez rudes,
- 9:40dans un climat...
- 9:41pas forcément facile pour les cultures.
- 9:43Est-ce que tu crois que ce type de paysage forge des caractères forts ?
- 9:49En tout cas,
- 9:51je dirais que pour habiter sur le plateau,
- 9:53il faut avoir et le coup de foudre,
- 9:56et l'envie d'accepter ce genre de végétation.
- 10:04de roche parce que c'est très minéral comme paysage.
- 10:09Et donc si on n'est pas attiré par ce type de paysage,
- 10:14je pense qu'on n'en reste pas.
- 10:16D'ailleurs c'est pour ça que la densité de population est assez faible parce que c'est un paysage rude.
- 10:25On est à peu près 3 habitants au kilomètre carré,
- 10:27donc ce n'est pas beaucoup non plus.
- 10:30Mais voilà,
- 10:30donc je dirais qu'il faut être en adéquation avec le lieu.
- 10:39Après t'être établi,
- 10:40etc.,
- 10:40vous avez commencé à vivre sur place,
- 10:42à installer les troupeaux,
- 10:44etc.
- 10:45Et là,
- 10:46tu es devenu vraiment militant de manière très active.
- 10:50Comment ça s'est dessiné,
- 10:51ça ?
- 10:52Non,
- 10:53je l'étais quand je me suis installé.
- 10:54Donc,
- 10:54ce n'est pas quelque chose qui est arrivé pendant ou après.
- 10:59Non,
- 10:59c'était vraiment...
- 11:00Si je me suis installé,
- 11:01l'installation en elle-même était anacte.
- 11:04militant parce que c'était effectivement à la fois illégal et donc un acte,
- 11:11un endroit où je me suis installé était un lieu stratégique pour l'extension du corps militaire donc en un instant là c'était clairement poser un acte concret mais pas seul avec l'ensemble des paysans qui étaient autour donc voilà donc c'était un engagement mais il y aurait que ça la
- 11:28victoire
- 11:29Contre l'extension du camp militaire en 1981,
- 11:31quand François Mitterrand est élu,
- 11:34permet de concrétiser non plus le non à l'extension,
- 11:40mais le oui à une nouvelle forme d'organisation de la gestion des terres,
- 11:45le fait qu'on puisse organiser sur un espace de plusieurs milliers d'hectares,
- 11:51près de 8000 hectares,
- 11:52une gestion du foncier,
- 11:54vraiment au service à la fois des paysans et qui...
- 11:59permet l'installation,
- 12:00parce que l'un des grands drames de l'agriculture,
- 12:03c'est le nombre de jeunes qui s'installent,
- 12:07qui est en très grande diminution année après année,
- 12:10alors que là,
- 12:10sur notre territoire,
- 12:11on a pu augmenter la population agricole de 25%.
- 12:15Et donc depuis,
- 12:16depuis plus de 40 ans maintenant,
- 12:18cette population ne diminue pas,
- 12:20on a toujours plus de candidats que de terres à disposition pour installer des jeunes.
- 12:25Donc ça,
- 12:26c'est quand même une...
- 12:29Comment dire,
- 12:29une concrétisation.
- 12:31C'est-à-dire qu'il faut dire non,
- 12:34mais en même temps,
- 12:35en ayant une proposition alternative,
- 12:38concrète,
- 12:38qu'on peut mettre en place.
- 12:39Et ça a été tout ça,
- 12:41un peu l'enjeu de l'après 81 sur le Larzac.
- 12:46Justement,
- 12:47par rapport à cette proposition,
- 12:48comment vous avez été reçus par les locaux quand vous vous êtes installés ?
- 12:52Ah oui,
- 12:53il n'y avait pas de soucis dans la mesure où notre installation se faisait avec eux.
- 12:58C'est-à-dire que c'est pas que,
- 12:59contrairement souvent à des mouvements qui vont faire une occupation,
- 13:05on dit une ZAD aujourd'hui,
- 13:06nous c'était intégré au mouvement,
- 13:08c'est-à-dire qu'on ne pouvait pas s'installer si on n'était pas accepté,
- 13:14si c'était pas le mouvement qui décidait de nous donner l'autorisation de nous installer.
- 13:19Parce que toute installation pouvait aussi mettre en péril la stratégie globale.
- 13:26de lutte,
- 13:26donc ça se faisait en accord.
- 13:28Donc à partir du moment où on était installés,
- 13:31ça veut dire qu'on était aussi défendus,
- 13:33s'il y avait une intervention de l'armée ou de la police pour nous chasser,
- 13:37on était défendus,
- 13:38donc il fallait vraiment être complètement en adéquation,
- 13:42et ça c'est quelque chose qui est important.
- 13:44Donc je n'ai jamais été dans cette situation de confrontation,
- 13:50mais plutôt au contraire de solidarité,
- 13:52et après...
- 13:54On a construit ça ensemble et quand on lutte pendant des années ensemble,
- 13:58ça finit par faire une famille.
- 14:01Et cette famille s'est développée,
- 14:03beaucoup de gens sont venus vous rejoindre,
- 14:05etc.
- 14:06Mais il y a eu beaucoup de monde pendant les rassemblements,
- 14:09pendant des grands événements sur le plateau.
- 14:12Mais le nombre d'habitants a relativement peu évolué,
- 14:14on est très peu.
- 14:16Au début,
- 14:16le Larzac,
- 14:17la lutte concerne
- 14:19103 familles,
- 14:20aujourd'hui on est peut-être 130 familles.
- 14:22ou 140 maximum,
- 14:24donc c'est pas...
- 14:25ça n'a rien à voir,
- 14:26c'est...
- 14:26Le Larzac n'a rien de folklorique,
- 14:29n'a jamais été une espèce de Woodstock permanent,
- 14:32où ça,
- 14:33ça a été dans le mythe des journaux de raconter des choses sur des moments où il y a des grands rassemblements qui durent deux ou trois jours,
- 14:40et où là on peut être effectivement des dizaines de milliers,
- 14:43mais ce sont des moments très particuliers,
- 14:45très singuliers,
- 14:46où comme dans les marches,
- 14:47quand on arrive,
- 14:48quand on marche à pied à Paris,
- 14:50là...
- 14:51il y a 100 000 personnes à l'arrivée,
- 14:52donc c'est des choses très particulières sur des moments précis,
- 14:56mais pas du tout sur la vie quotidienne.
- 15:01Donc il y a eu beaucoup de mythes qui ont été...
- 15:04qui ont été racontées sur le Larzac,
- 15:06on fait beaucoup fantasmer avec cette phrase,
- 15:09notamment complètement débile et idiote,
- 15:13pour définir en gros le début des années 70,
- 15:16soit les gens s'engageraient,
- 15:19soit ils allaient élever des chèvres sur le Larzac.
- 15:23D'ailleurs,
- 15:24ils disaient dans le Larzac,
- 15:25qui était déjà la faute,
- 15:27et en plus élever des chèvres,
- 15:28alors qu'il n'y a pas de chèvres,
- 15:29il y a juste un troupeau de chèvres d'un agriculteur,
- 15:32il n'y a jamais eu plus de chèvres.
- 15:34C'est toujours un pays de banlieue.
- 15:35Donc ça,
- 15:35c'est une image de fantasme,
- 15:38mais qui continue à exister aujourd'hui,
- 15:39comme une tant que...
- 15:40Sauf que c'est complètement faux.
- 15:42C'est peut-être le seul endroit entre les Cévennes et les Pyrénées où,
- 15:49justement,
- 15:49il n'y a pas eu d'installation de communautés ou de groupes de ce genre-là dans les années 70.
- 15:56Raconte.
- 15:57Le média intimiste,
- 15:59mais pas indiscret.
- 16:01On avance un peu dans le temps,
- 16:03on passe maintenant dans les années 80.
- 16:05Comment elles se passent pour toi les années 80 ?
- 16:08Les années 80,
- 16:09c'est les années de construction,
- 16:10c'est les années où on a gagné la lutte contre l'extension du camp militaire.
- 16:15Donc on met en place tous les outils de gestion de la terre.
- 16:20Donc ça c'est important et c'est ce qui permet ensuite d'installer.
- 16:24Donc ça c'est un long travail qu'on fait avec les ministères,
- 16:28avec...
- 16:29Voilà l'administration pour obtenir cette possibilité de gérer nous-mêmes.
- 16:35L'État nous confie la gestion de toutes les terres qui avaient été expropriées pour faire le camp.
- 16:41Il nous les a confiées par bail amphithéotique.
- 16:44Donc ça veut dire qu'on a tous les droits du propriétaire.
- 16:48Et donc tout le monde est propriétaire collectivement et individuellement est locataire des terres.
- 16:54Donc c'est une construction juridique.
- 16:57qui permet justement d'avoir une autonomie complète sur cette gestion sans que ce soit l'État qui s'en occupe.
- 17:04Donc ça,
- 17:04je dirais que ça nous...
- 17:05c'est vraiment...
- 17:07ça s'est pris énormément de temps.
- 17:08Et ensuite,
- 17:09c'est en parallèle la naissance de la Confédération paysanne,
- 17:15un travailleur paysan avant qui a précédé,
- 17:17puis la Confédération paysanne est le début de l'engagement aussi,
- 17:23de la lutte dans le cadre du soutien aux...
- 17:26aux producteurs qui font du rock fort donc là je suis très engagé et voilà là ça démarre vraiment la période je dirais syndical de mes engagements c'est à cette période que tu deviens une personnalité grand public partout en france et même à l'étranger pas
- 17:45vraiment dans les années 80 on va dire plutôt que c'est dans les 90 parce que tout ça ça prend là aussi beaucoup
- 17:53C'est beaucoup d'engagement,
- 17:54beaucoup de déplacements à Paris,
- 17:56à Bruxelles,
- 17:57dans le cadre du syndicat,
- 17:59par rapport à la politique agricole européenne.
- 18:01Donc tout ça,
- 18:01c'est énormément de temps,
- 18:02de relations qui se nouent.
- 18:05Et le début du combat contre,
- 18:09à l'époque,
- 18:09le GATT,
- 18:10qui était l'accord sur le commerce international et les droits de douane,
- 18:15qui intègre au milieu,
- 18:17à partir de 1986,
- 18:20les...
- 18:21l'agriculture et les services dans ces négociations commerciales.
- 18:24Et ça donne naissance évidemment en 1995 à l'Organisation Mondiale du Commerce.
- 18:29Donc tout ça est une véritable rupture avec l'ensemble de la régulation de l'agriculture et des marchés agricoles.
- 18:42Et donc voilà,
- 18:43là c'est le début d'un autre combat,
- 18:46d'un combat au niveau international.
- 18:49et qui nous amène à la fois à rencontrer beaucoup de gens,
- 18:53mais aussi à se défendre localement,
- 18:55parce qu'avec toutes les crises sanitaires qu'il y a eu,
- 18:58on est arrivé à faire interdire les hormones dans l'élevage.
- 19:02Et quand les États-Unis décident d'importer,
- 19:05avec la naissance de l'OMC,
- 19:07d'exporter en Europe du bœuf aux hormones,
- 19:11on dit non,
- 19:11l'Europe dit non,
- 19:13et on est condamné par le tribunal de l'OMC qui donne l'autorisation.
- 19:17aux États-Unis de surtaxer le Roquefort à 100% quand il arriverait aux États-Unis.
- 19:23D'où le démontage du McDo qui est en fait le symbole du fast-food.
- 19:29Mais une autre chaîne,
- 19:31ça aurait été la même chose,
- 19:32mais c'est à ce moment-là que se construit ce fast-food.
- 19:35Donc voilà,
- 19:36il y a une confrontation entre d'un côté une agriculture traditionnelle avec des produits d'appellation.
- 19:44d'origine face à une agriculture industrielle et de l'alimentation standardisée.
- 19:50Donc voilà,
- 19:51c'est ce démontage qui catalyse cette nouvelle résistance internationale qui donne naissance à l'alter mondialisme.
- 20:02Et voilà,
- 20:04ce démontage devient le symbole avec évidemment tout ce qui s'est passé ensuite.
- 20:09Tu le dis parfaitement,
- 20:10tu deviens un symbole à ce moment-là.
- 20:12C'est le montage qui est le symbole,
- 20:14mais pas...
- 20:15Je deviens le symbole dans le symbole,
- 20:16ou peut-être le porte-parole qui incarne le mouvement dans la mesure où je suis un...
- 20:24incarcéré pendant plus d'un mois,
- 20:27je refuse de payer la caution,
- 20:28donc tout ça devient quelque chose de...
- 20:30et ce sont des petits paysans américains qui payent la caution pour que je sorte de prison.
- 20:35Donc tout ça crée évidemment une situation et puis une dynamique tout à fait nouvelle.
- 20:42Tu viens justement de parler de ce fameux McDo à Mio et de ton emprisonnement.
- 20:48Donc là tu vas dire que tu es un peu jusqu'au boutiste dans ton combat et à juste titre.
- 20:54Tu arrives en prison,
- 20:56qu'est-ce que tu te dis ?
- 20:57J'ai été trop loin ou au contraire j'ai gagné ?
- 21:00Quel est ton ressenti à ce moment-là quand tu arrives le soir même à la prison ?
- 21:05Quand je me rends à la justice et que la juge me dit qu'elle me met en prison préventive,
- 21:18le temps qu'elle mène son enquête,
- 21:21etc.
- 21:22Je lui demande si elle est vraiment sûre,
- 21:24si elle a bien rempli tous les documents,
- 21:29et je lui demande si elle est vraiment sûre de ce qu'elle a fait.
- 21:33qu'elle fait,
- 21:34évidemment qu'elle me dit oui,
- 21:36et donc je lui demande de lui serrer la main,
- 21:39donc elle me serre la main,
- 21:40elle ne comprend pas bien,
- 21:41et je la remercie,
- 21:43je lui dis là vous venez de nous faire gagner 10 ans,
- 21:46parce qu'effectivement en rentrant
- 21:48rentrant dans ce processus d'incarcération,
- 21:51ça fait une caisse de résonance formidable.
- 21:54Donc pour moi,
- 21:55aller en prison n'est pas du tout comme si je sortais du paysage.
- 22:03Au contraire,
- 22:04ça accentue la mobilisation.
- 22:06Donc la prison fait partie de l'action.
- 22:09Et c'est donc pas du tout,
- 22:11moi je ne le vis pas du tout comme quelque chose de,
- 22:14comment on peut dire ça,
- 22:15d'inacceptable ou comme si j'ai......
- 22:18comme quelque chose d'angoissant,
- 22:19mais au contraire,
- 22:21c'est une autre façon de participer au combat.
- 22:23Et évidemment,
- 22:24ça amène des centaines de personnes,
- 22:26des milliers de personnes devant la prison,
- 22:28puis ensuite,
- 22:29ça crée une dynamique incroyable qui fait que dès que je sors de prison,
- 22:34on annonce qu'on part deux mois après à Seattle pour le rassemblement contre l'OMC,
- 22:41qui a lieu au mois de novembre 1999.
- 22:43Donc il y a une dynamique qui se construit et donc se démontre.
- 22:48a permis aux gens de comprendre que c'était pas juste des choses abstraites,
- 22:53des lignes de compte,
- 22:54mais que c'était quelque chose qui rentrait dans leur vie quotidienne.
- 22:58Comme on a souvent dit,
- 23:01l'OMC on en mange trois fois par jour chaque fois qu'on s'en met à table.
- 23:06C'est à dire que tous les produits qui arrivent,
- 23:07toute la logique industrielle,
- 23:09toute la logique de la circulation de l'alimentation à travers la planète,
- 23:13on l'a trois fois dans son assiette tous les jours.
- 23:15Donc les choix
- 23:18choix qu'on fait détermine aussi ce qu'on peut transformer au niveau international.
- 23:24Tu viens de dire,
- 23:24est-ce que manger,
- 23:26c'est voter ?
- 23:27Je dirais qu'on participe et que c'est clairement un choix politique.
- 23:32Manger,
- 23:33c'est se nourrir,
- 23:35la façon dont on se nourrit,
- 23:36c'est poser un acte politique.
- 23:40Raconte,
- 23:41où chaque format donne vie à une histoire.
- 23:45quand tu étais on va dire au moment très fort de toutes ces actions tu es vraiment sur dans tous les médias etc donc on est on est autour de l'an 2000 toujours par rapport à ce mcdo et aux événements qui vont suivre est ce que tu t'es dit un moment il ya une limite à mon combat ou pas
- 24:02Je dirais que ce n'est pas mon tempérament de fixer des limites,
- 24:06ce n'est pas ça la question.
- 24:08Ce qui est intéressant,
- 24:08c'est de construire des mobilisations,
- 24:12si on est convaincu qu'une cause en vaut la peine,
- 24:15et d'essayer d'avancer.
- 24:17gagner le combat.
- 24:19Alors parfois on peut gagner globalement,
- 24:21parfois c'est un combat particulier,
- 24:25mais ce qui est important c'est de démarrer.
- 24:28Par contre le temps que ça va prendre,
- 24:29ça on est incapable de le savoir.
- 24:32Toutes les
- 24:32Les batailles de l'ARZAC,
- 24:33ça a duré 11 ans.
- 24:34Quand on s'est battu contre les OGM en France,
- 24:39avant qu'on gagne la première manche en 2008,
- 24:42ça a mis là aussi 12 ans,
- 24:43etc.
- 24:44Donc souvent,
- 24:45les combats sont longs.
- 24:47On ne le sait pas au départ.
- 24:48On démarre et puis voilà.
- 24:50Il faut rester chaque fois bien clair par rapport à son objectif et de mettre les moyens nécessaires pour gagner.
- 24:59Mais c'est un engagement en soi.
- 25:02Tu viens de dire que c'est plusieurs combats qui se sont passés dans le temps.
- 25:07Quand tu as gagné le premier grand combat étant le Darzak,
- 25:10est-ce que d'un moment tu t'es dit,
- 25:13c'est bon,
- 25:13on a eu gain de cause,
- 25:14on a gagné,
- 25:16tu aurais pu rester là en étant tout à fait satisfait,
- 25:19mais non,
- 25:19tu as repris d'autres combats,
- 25:21tu as continué.
- 25:22Tu vois ça un peu comme des rounds à chaque fois.
- 25:26Je dirais que les choses s'en suivent.
- 25:30On gagne le Larzac,
- 25:31donc on empêche ce projet destructeur,
- 25:34mais on construit une alternative avec l'installation de nouveaux paysans,
- 25:38avec nos outils fonciers.
- 25:40Puis après,
- 25:41avec le syndicalisme,
- 25:43on est sur une autre forme de défense d'un territoire,
- 25:47mais par l'économie.
- 25:48Et là aussi,
- 25:49c'est important de mener la bataille.
- 25:51Et ça,
- 25:51ça nous amène en même temps...
- 25:55à l'OMC,
- 25:57à la malbouffe,
- 25:58comme on l'appelle à ce moment-là.
- 26:00Et puis de là,
- 26:01ça amène aussi à ce qui se passe dans les champs,
- 26:03comment les semences,
- 26:05nos semences vont être privatisées par des firmes.
- 26:07Donc c'est le combat des OGM et donc de la biodiversité aussi.
- 26:12Et donc je dirais que les choses s'emboîtent et avancent au fur et à mesure.
- 26:16Donc c'est même pas,
- 26:17on réfléchit pas en se disant qu'est-ce qu'on a envie de faire.
- 26:21Non,
- 26:21c'est une cohérence,
- 26:22une logique.
- 26:23À partir du moment où on est engagé dans un type de mouvement avec une forme d'action,
- 26:28effectivement,
- 26:30on essaye d'avancer pas à pas.
- 26:33Mais parfois,
- 26:33il y a des choses auxquelles on ne s'attend pas qui arrivent et auxquelles il faut faire face,
- 26:39comme au milieu des années 2000,
- 26:422010,
- 26:44quand on apprend que...
- 26:47Le gouvernement est en train de donner des autorisations pour faire des forages,
- 26:51pour chercher du gaz de schiste à côté de chez nous,
- 26:55sur la commune où on a la ferme.
- 26:57C'est un grand permis.
- 26:59C'est en train de se passer au niveau français dans plusieurs endroits,
- 27:02mais aussi au niveau européen,
- 27:04en Pologne,
- 27:04en Angleterre.
- 27:06Donc ça devient une autre mobilisation,
- 27:08mais qui est toujours liée à la défense d'un territoire et en même temps de...
- 27:13Voilà,
- 27:13si on fait de la fracturation hydraulique pour chercher ce gaz,
- 27:17ce sont les nappes phréatiques qui sont menacées.
- 27:20En plus,
- 27:20sur des territoires où il n'y a pas d'eau,
- 27:22c'est effectivement quelque chose qui marque et qui amène tout le monde à se mobilier.
- 27:26Donc,
- 27:27je dirais que c'est une acuité à la fois...
- 27:32à la réalité de ce qui se passe et à laquelle on ne peut pas être indifférent et donc on se mobilise.
- 27:37Et donc ça,
- 27:40c'est un peu la cohérence de ces actions les unes qui s'emboîtent les unes dans les autres et qui au final,
- 27:45quand on les regarde avec un peu de recul,
- 27:50ont un sens assez logique au final.
- 27:55Une filiation,
- 27:56vraiment.
- 27:57Oui,
- 27:57on peut dire ça.
- 27:59Parce que tu pars,
- 28:00au début le combat c'est contre l'extension de l'armée,
- 28:03du camp,
- 28:04et après c'est les pétroliers.
- 28:06Donc il y a toujours un ennemi qui est là en embuscade,
- 28:09si je puis dire,
- 28:11à défier.
- 28:12Alors à la fois,
- 28:15il y a un combat,
- 28:16alors un ennemi,
- 28:18est-ce que c'est vraiment le terme,
- 28:19est-ce que c'est pas vraiment la guerre non plus ?
- 28:21Il faut essayer,
- 28:21un adversaire en tout cas c'est sûr,
- 28:24et donc il faut essayer de gagner ça.
- 28:26Mais toujours avec le...
- 28:29L'idée de...
- 28:29c'est-à-dire que le combat n'a de sens que si on a l'alternative en vision en même temps,
- 28:35et si ensuite on essaye de la mettre en œuvre.
- 28:39contre l'extension du corps militaire.
- 28:41Après,
- 28:42une fois qu'on a gagné,
- 28:42on peut installer de nouveaux paysans et donc occuper mieux cet espace.
- 28:48Si on se bat contre la malbouffe,
- 28:51c'est quel mode d'agriculture ?
- 28:53Comment réduire les pesticides et comment avoir une agriculture ?
- 28:56Voilà,
- 28:58aller vers l'agriculture biologique ou d'autres,
- 29:00mais qui respecte le sol.
- 29:02Donc,
- 29:02je dirais que c'est ça aussi.
- 29:04et puis avoir des circuits d'alimentation différents que faire des grandes navigations d'un continent à un autre qui n'a pas de sens.
- 29:11Donc ça c'est l'alternative en même temps,
- 29:13où les OGM c'est des semences paysannes,
- 29:15et la fracturation hydraulique c'est aussi d'autres énergies que les énergies fossiles.
- 29:20Et donc chaque fois,
- 29:21il faut qu'on...
- 29:22Je pense que ce qui peut faire aussi la cohérence,
- 29:25c'est d'avoir en permanence une alternative.
- 29:27C'est pas dire non pour dire non,
- 29:29mais c'est dire non parce que...
- 29:31on ne peut mettre en place un projet alternatif et c'est ce qui donne du sens au combat.
- 29:35C'est-à-dire que le combat n'est pas simplement un rejet,
- 29:38un refus,
- 29:39mais aussi une affirmation constructive.
- 29:43On peut dire un refus constructif.
- 29:48En parlant de constructif,
- 29:50depuis quelques années,
- 29:51la jeune génération est très engagée et aussi beaucoup de femmes parmi elles.
- 29:57Quel est ton regard sur les réactions des jeunes pour le climat,
- 29:59Greta Thunberg,
- 30:00Camille Etienne ?
- 30:02C'est un peu finalement,
- 30:04on peut aussi voir une filiation avec Técomba.
- 30:08Alors,
- 30:09moi je trouve que toute cette génération qui est montée autour du climat,
- 30:17de la lutte contre le réchauffement climatique,
- 30:20je pense que c'est quelque chose d'intéressant parce que ça a été très large et on peut dire que c'est un peu le même type de mouvement qui était né il y a 20 ans avec l'altermondialisme,
- 30:30c'est quelque chose qui a recouvert le...
- 30:34L'ensemble des pays,
- 30:35de manière assez rapide et assez fulgurante,
- 30:38avec des naissances de personnes qui ont incarné ces combats,
- 30:42qui ont mélangé à la fois des militants et beaucoup de jeunes,
- 30:46et en même temps des scientifiques.
- 30:48C'était assez intéressant ce mélange entre le GIEC et les mobilisations de jeunes.
- 30:53Donc ça crée à la fois des mouvements de masse,
- 30:56et puis des actions de protestation pour essayer d'alerter.
- 31:01des images de colère.
- 31:02Donc c'est vrai que ça,
- 31:04par exemple,
- 31:05comme ce qu'ont fait Extinction Rebellion ou d'autres,
- 31:07quand ils ont aspergé des vitres de peinture en se demandant si la représentation de la nature était plus importante que la nature elle-même.
- 31:16Donc ça,
- 31:17voilà,
- 31:17et puis ça crée de la polémique,
- 31:18du débat.
- 31:19Ce sont des actions uniquement symboliques de dénonciation,
- 31:22mais qui sont importantes dans la naissance d'un mouvement pour comprendre pourquoi.
- 31:26Et puis petit à petit,
- 31:28on voit...
- 31:30qu'il y a de plus en plus d'actions très concrètes pour bloquer tel projet industriel d'extraction de charbon comme en Allemagne,
- 31:39ou de projet pétrolier,
- 31:41de dénonciation des multinationales.
- 31:43Et donc là,
- 31:43ces mouvements,
- 31:44ces structures avancent.
- 31:45Alors le problème,
- 31:46c'est qu'on est toujours en train de courir derrière la catastrophe,
- 31:50parce qu'effectivement,
- 31:51le réchauffement climatique est devenu le combat central,
- 31:57non pas pour le principe,
- 31:58pour le plaisir de...
- 32:00d'essayer de le focaliser,
- 32:01mais simplement ça organise tout ce qui va se passer dans les dizaines d'années à venir,
- 32:08entre l'invivabilité de certaines zones sur le planète,
- 32:13la fin de l'agriculture,
- 32:14les populations ne pourront pas vivre,
- 32:16donc partant,
- 32:17étant obligé de traverser la Méditerranée pour ce qui nous concerne,
- 32:20mais c'est très vrai dans toute l'Asie,
- 32:22et donc là ce sont des mobilisations.
- 32:26des populations qui vont être obligées de migrer partout,
- 32:30donc ce n'est pas du tout évident,
- 32:33et puis c'est en même temps des conditions de vie de plus en plus dures,
- 32:36donc tout ça crée effectivement une situation qui oblige à repenser globalement les grands équilibres.
- 32:43Donc je dirais que cette mobilisation est pour moi à la fois la continuité dans une prise de conscience qu'on vit sur une seule planète et que dont tout...
- 32:54tout ce qui se passe dessus est interconnecté dans ses conséquences.
- 32:59Et donc,
- 32:59il faut agir à ce niveau-là.
- 33:01Donc,
- 33:02c'est cette continuation-là.
- 33:03Et en même temps,
- 33:04c'est un stade aussi plus global qu'on avait dans nos réflexions,
- 33:11mais plutôt dans des groupes réduits sur à la fois les risques de la fin des ressources naturelles et en même temps les conséquences de leur utilisation de plus en plus importantes.
- 33:21Et voilà,
- 33:22donc ces mouvements aujourd'hui sont en train de concrétiser ça,
- 33:25avec la grande difficulté pour ces associations,
- 33:30ces mouvements de la société civile,
- 33:32de pouvoir créer le rapport de force avec les gouvernements ou les institutions.
- 33:38Et là on voit qu'il y a énormément de freins,
- 33:40de lobbies qui sont là en face pour essayer d'empêcher effectivement qu'il y ait une transformation radicale.
- 33:49des institutions et des modes de production,
- 33:51des modes de consommation.
- 33:53Voilà,
- 33:54donc là effectivement c'est le combat maintenant,
- 33:57je dirais,
- 33:57le plus important.
- 34:02Qu'est-ce qui te fait peur en fait,
- 34:03à titre très personnel ?
- 34:07Je ne sais pas,
- 34:08je dirais que c'est quelque chose qui ne m'anime pas,
- 34:11je ne suis pas animé par des peurs qui me bloquent.
- 34:14Tu n'as pas de croyance imitante ?
- 34:19Je dirais que rien ne me fera...
- 34:21Je n'ai pas peur des conséquences dans un engagement de ce qui peut arriver ou m'arriver.
- 34:28Je vais plutôt réfléchir pour comment faire en sorte que les choses puissent avancer et être efficaces.
- 34:35Voilà,
- 34:35donc non,
- 34:36je n'ai pas de peur personnelle par rapport aux conséquences.
- 34:40qui peut y avoir.
- 34:41Donc voilà,
- 34:42non c'est pas du tout quelque chose qui m'anime et qui est un frein ou un moteur en tout cas,
- 34:47c'est sûr.
- 34:48Tu fais passer la cause avant ta personne.
- 34:50Non,
- 34:51c'est pas ça ce que je suis en train de dire.
- 34:53C'est que l'engagement est important mais que l'engagement n'est pas lié.
- 34:57L'engager,
- 34:58dire la peur,
- 35:00quand on est habité par la peur,
- 35:01on est bloqué,
- 35:01on peut pas agir.
- 35:03Donc là,
- 35:05je dirais que la première chose à faire,
- 35:07le premier travail sur soi-même à faire,
- 35:09Quand on commence un engagement,
- 35:14qu'on pense qu'il faut faire quelque chose,
- 35:16c'est d'abord de vaincre ses propres peurs pour ne pas être encombré par les peurs,
- 35:21parce que les peurs annihilent tout.
- 35:23Donc on n'ose pas agir,
- 35:24on n'ose pas se montrer,
- 35:25on n'ose pas parler,
- 35:27etc.
- 35:29Donc voilà,
- 35:29ça c'est effectivement quelque chose qui arrête les gens.
- 35:34Mais je pense que...
- 35:36Il faut dépasser ça et c'est parce qu'on dépasse les peurs qu'on est capable de faire des choses.
- 35:43Ça serait quoi ton conseil pour les jeunes militants actuels ?
- 35:49Peut-être que le premier...
- 35:53Non,
- 35:53ce que je leur dirais,
- 35:54c'est après la prise de conscience,
- 35:57après la colère...
- 35:59Contre ce qui est en train de se passer,
- 36:01contre l'avenir qui semble de plus en plus bouché,
- 36:07il faut passer le pas et rentrer dans l'engagement.
- 36:10Et cet engagement,
- 36:11ce n'est pas simplement se battre sur une cause,
- 36:15mais je dirais que ça engage sa vie aussi entière par rapport au mode de vie.
- 36:20Et ça,
- 36:21ça me paraît important.
- 36:22L'engagement et la façon de vivre sont deux choses inséparables.
- 36:28On va en revenir un peu plus loin dans ta carrière.
- 36:30Il y a un point pivot assez important,
- 36:33c'est que tu es passé de militant à homme politique.
- 36:35Tu étais candidat à la réaction présidentielle et tu es devenu eurodéputé par la suite.
- 36:42Comment on vit un changement comme ça où tu passes du militant au gouvernant ?
- 36:49Pour moi,
- 36:49je n'ai pas vécu de...
- 36:51Je ne l'ai pas vécu comme quelque chose de changé d'engagement.
- 36:56C'est-à-dire que je l'ai vécu comme une continuation des combats que j'ai pu mener en tant que syndicaliste ou dans la société civile.
- 37:04Les élections présidentielles arrivent à un moment où,
- 37:09c'est vrai qu'il y a les carcans des partis politiques sont tels,
- 37:13qu'il n'y a pas d'expression forcément.
- 37:17de candidats qui représenteraient une alternative sans être enfermés dans la logique des partis.
- 37:22Et donc ma candidature,
- 37:24qui est une candidature dont on sait très bien qu'elle n'ira pas,
- 37:28qu'elle ne fera pas un score parce que c'est tellement en cours,
- 37:31c'est tellement avec peu de moyens,
- 37:32mais le pari c'est de montrer qu'on est en capacité avec des collectifs de citoyens de construire déjà la possibilité de se présenter,
- 37:42donc d'avoir...
- 37:44les 500 signatures nécessaires en France pour se présenter.
- 37:47Donc c'est déjà un pari en soi de réussir à faire ça,
- 37:50ce qu'on arrive à faire.
- 37:51Donc voilà,
- 37:52je dirais que c'est le point de départ aussi d'une idée qu'on peut s'engager sans être dans une logique de parti au sens traditionnel du terme.
- 38:03Et ça,
- 38:04je dirais,
- 38:04c'est 2007.
- 38:06Et en 2008,
- 38:08là,
- 38:09avec Danny Cohn-Bendit et d'autres,
- 38:11on réfléchit à cette idée de...
- 38:14Parce qu'on a eu ce combat en France qui a été très important en 2005 sur le traité constitutionnel européen où il y a eu une opposition très forte entre le oui et le non et puis c'est le non qui l'a emporté.
- 38:27Et Dany avait défendu le oui,
- 38:29moi j'avais défendu le non et donc j'étais un des porte-parole.
- 38:32Sur les questions économiques notamment,
- 38:34c'était là-dessus le point d'affrontement.
- 38:36Est-ce qu'il fallait accepter,
- 38:37moi je disais non,
- 38:39de faire rentrer dans ce texte constitutionnel européen
- 38:44des réglementations,
- 38:45des directives économiques.
- 38:48Et ça,
- 38:49ça n'avait évidemment pas de sens.
- 38:50Donc un traité constitutionnel,
- 38:53c'est d'abord des valeurs et des modes de fonctionnement de cette démocratie.
- 38:58Et en rien,
- 39:00des règles économiques qui figent complètement à un moment donné.
- 39:04Donc c'est une bataille.
- 39:06Et on décide en 2009 avec Dany de sortir de ce cadre du oui et du non,
- 39:11mais en disant...
- 39:13Le plus important,
- 39:13c'est vers où on veut aller et pas d'où on vient.
- 39:16Donc,
- 39:17notre vision européenne,
- 39:19c'est celle à la fois de cette Europe fédérale,
- 39:22basée sur des valeurs,
- 39:24et en même temps fondée sur le principe dont on parlait tout à l'heure,
- 39:30sur l'écologie et aussi donc par rapport déjà au réchauffement climatique et toutes ses conséquences,
- 39:35donc transformation des modes d'économie,
- 39:37etc.
- 39:38Et là,
- 39:39effectivement,
- 39:39c'est une aventure.
- 39:42On décide ça et moi,
- 39:43effectivement,
- 39:44je m'engage parce que je pense,
- 39:46après mon expérience syndicale,
- 39:48où j'ai souvent été à Bruxelles pour débattre de la PAC,
- 39:51donc je connais aussi ces mécanismes,
- 39:54je pense que c'est le meilleur moyen pour moi de continuer les combats que j'ai menés jusqu'à présent en apportant aussi une autre façon peut-être d'être député européen par rapport à mon histoire,
- 40:09par rapport à mon vécu.
- 40:10Donc voilà.
- 40:11C'est très atypique par rapport à tes camarades députés européens,
- 40:15en fait,
- 40:15dans ton profil.
- 40:16Je suis un peu atypique,
- 40:18oui,
- 40:18clairement,
- 40:18puisque je ne suis pas adhérent à un parti politique.
- 40:22Je suis ancien syndicaliste,
- 40:24donc bien évidemment,
- 40:25j'arrête,
- 40:26parce qu'il ne faut pas mélanger le syndicalisme avec un poste d'élu politique.
- 40:32Ça n'a pas de sens,
- 40:33quoi.
- 40:34Mais donc voilà,
- 40:35moi j'amène ma pratique et mon expertise,
- 40:37puisque souvent,
- 40:39le politique reproche.
- 40:41aux gens de la société civile ou syndicaliste d'être avec,
- 40:47on leur dénie même souvent la légitimité de pouvoir parler,
- 40:52d'expliquer les choses.
- 40:54Les politiques souvent se croyant au-dessus d'autres formes de représentation et dont le syndicalisme est une des expressions de la société civile.
- 41:04Et donc là,
- 41:05moi j'apporte mon expertise dans une enceinte où,
- 41:09à partir du moment où je suis élu,
- 41:11Je suis reconnu de la même manière et donc c'est assez étonnant mais ça change pas grand chose et donc je m'engage à la fois sur les questions agricoles et sur les questions de commerce international,
- 41:23les accords de libre-échange et tout ça et ça devient donc dans le cadre de mon travail parlementaire mon travail principal.
- 41:31Et maintenant que tu es au cœur de la machine européenne,
- 41:34c'est quand même très différent dans ses fonctionnements,
- 41:36les intérêts ne sont pas du tout les mêmes,
- 41:37tu as parlé des obis etc.
- 41:40C'est des choses que tu as vécues.
- 41:42Comment ça se passe très concrètement ?
- 41:45Je dirais que les lobbies,
- 41:46je les connais déjà,
- 41:47puisque je m'affronte aux lobbies depuis des années,
- 41:52notamment le lobby agricole,
- 41:53le lobby sur les produits chimiques,
- 41:56l'histoire du glyphosate,
- 41:58l'histoire des OGM,
- 42:00tout ce qu'il y a,
- 42:01voilà.
- 42:03Toutes ces questions-là,
- 42:04donc je suis parfaitement...
- 42:06Je ne suis pas naïf quand j'arrive,
- 42:08je sais très bien comment se construisent les rapports de force,
- 42:12et ce n'est pas du tout une surprise pour moi.
- 42:14Au contraire,
- 42:15c'est pour ça que je prends des modes de fonctionnement qui font que je ne suis pas en contact avec les lobbies,
- 42:20et que je peux justement faire en sorte de mettre une barrière entre cette logique de défense des intérêts privés des entreprises,
- 42:28des intérêts à court terme face à l'intérêt général.
- 42:30C'est très présent en Europe.
- 42:31Pardon ?
- 42:32C'est très présent en Europe.
- 42:34C'est logique qu'au niveau européen,
- 42:36c'est là où soit les pressions,
- 42:37puisque c'est là où effectivement se décident les lois,
- 42:42pour prendre un mot courant,
- 42:44qui concernent plus de 500 millions d'habitants et qui concernent 27 ou 28 pays à l'époque.
- 42:50Donc c'est logique que ça soit là qu'est lieu la confrontation,
- 42:54parce que la plupart des lois nationales découlent des directives et des règlements européens.
- 43:01Donc c'est important effectivement.
- 43:03de se battre là,
- 43:05parce que c'est là où toute l'influence,
- 43:06et comme le Parlement est assez transparent,
- 43:10effectivement tous les intérêts privés se déversent là.
- 43:14Et donc c'est que petit à petit que les règles se mettent en place pour empêcher ces gens-là de pouvoir corrompre ou de pouvoir influencer de manière néfaste les élus qui sont censés représenter les citoyens.
- 43:31On arrive maintenant ici en avril 2024.
- 43:36Il y a un biopic sur une partie de ta vie,
- 43:38une partie très précise vient de sortir.
- 43:41Tu es militant depuis des décennies.
- 43:43Ce n'est pas courant pour des militants d'avoir un biopic,
- 43:46précisons-le,
- 43:48en partie fictionnel.
- 43:50Comment tu vis un truc pareil ?
- 43:53Alors,
- 43:54quand je discute avec Antoine Rimbaud,
- 43:57qui est le réalisateur du film Une affaire de principe,
- 44:02dès le début,
- 44:03parce que j'ai écrit ce...
- 44:05C'est le chapitre d'un livre que j'avais fait qui s'appelle All the top à Bruxelles sur toutes mes confrontations avec différents types de lobbies quand je suis élu au Parlement européen.
- 44:15Et de suite dans notre discussion,
- 44:17Antoine me dit mais on ne fait pas un biopic Et moi je dis évidemment on ne fait pas un biopic,
- 44:21ça n'a pas de sens
- 44:23On raconte une histoire d'un lobby qui essaye d'influencer et comment une équipe avec deux,
- 44:29trois députés en soutien et mes assistants,
- 44:33on se bat.
- 44:34contre la Commission,
- 44:36contre le président de la Commission,
- 44:38Barroso,
- 44:39etc.
- 44:39et puis l'OLAF,
- 44:40enfin bref,
- 44:41toutes ces choses-là,
- 44:42à partir du fait du renvoi d'un commissaire européen qui est mon adversaire politique,
- 44:47parce que c'est lui qui défend les OGM,
- 44:49c'est lui qui défend l'alimentation industrielle,
- 44:52donc effectivement c'est mon opposé.
- 44:55Et comme il se fait licencier,
- 44:57et que ça me paraît très bizarre et que j'y crois pas une seconde,
- 45:00c'est ce qui m'amène à faire l'enquête et donc à me retrouver au cœur
- 45:04de ce combat face à l'industrie du tabac,
- 45:06qui n'était pas mon combat principal,
- 45:08puisque c'est une notoriété publique que je fume la pipe et que donc je ne suis pas engagé.
- 45:14Je ne suis pas opposé,
- 45:16au contraire,
- 45:16au combat des associations.
- 45:18Mais disons que ce n'est pas mon engagement principal et ce n'est pas là où je milite ou dans le cadre du Parlement,
- 45:27je fais mon travail.
- 45:29Mais je me retrouve là dans cette histoire et on mène cette bataille.
- 45:33et au final on arrive à découvrir ce qui se passe.
- 45:36Donc je dirais que c'est plutôt un film sur l'engagement,
- 45:40sur la façon de mener un combat dans un cadre très singulier.
- 45:46Et l'idée c'est de montrer comment un député ou un petit groupe de députés peut changer les choses parce qu'ils vont jusqu'au bout du travail dans un cadre tout à fait singulier et particulier qu'est le Parlement européen.
- 46:00Donc c'est un film...
- 46:02on va dire qu'il est beaucoup plus gloire,
- 46:03donc moi je sers de personnel parce que c'est moi qui l'ai vécu,
- 46:07donc
- 46:08Boulie Lanner interprète ce député et construit à partir de là effectivement ce personnage qui résiste.
- 46:18Et bon,
- 46:19je crois qu'Antoine Rimbaud est arrivé à faire quelque chose qui fait que ce n'est pas un film,
- 46:25comme souvent dans les films américains,
- 46:27où on copie la personne jusqu'à la ressemblance.
- 46:31C'est pas du tout ça.
- 46:34Il part de ce que je suis,
- 46:37et à partir de là,
- 46:39Bouli fait cette interprétation incroyable et magnifique qui dépasse,
- 46:43en fait,
- 46:44qui n'est pas une transcription du réel.
- 46:48Donc je dirais que c'est une...
- 46:51Le cinéma permet,
- 46:52au contraire,
- 46:53de faire ressortir dans un temps limité une histoire qui dure presque deux ans et qui,
- 47:00grâce...
- 47:01au talent du cinéaste,
- 47:03devient quelque chose qui peut parler à tout le monde et soit aussi d'autres sujets que ce qu'on va là.
- 47:08Donc c'est plutôt un,
- 47:11l'idée de dire,
- 47:13la démocratie peut gagner contre des volontés privées et en même temps l'engagement est nécessaire.
- 47:20Et l'engagement,
- 47:21ce n'est pas simplement que dans la société civile,
- 47:23mais c'est aussi,
- 47:25on peut être engagé et élu en même temps.
- 47:28Voilà,
- 47:28c'est plutôt cette idée-là qui est lancée,
- 47:31plutôt que de vouloir un film qui soit un film qui retrace un bout de ma vie,
- 47:36parce que ce n'est pas ça l'idée en soi du film,
- 47:38ça va plus loin que ça.
- 47:40On arrive tout doucement au terme de cette interview.
- 47:43Je voulais juste te demander encore trois choses.
- 47:45Ton plus beau souvenir,
- 47:46ton pire souvenir,
- 47:48et qui tu voudrais voir dans Raconte ?
- 47:50À ta place.
- 47:52Qui j'aimerais voir ?
- 47:53Entendre,
- 47:54à ta place aujourd'hui,
- 47:55qui tu veux interviewer,
- 47:57sur la chaise où tu es présent.
- 48:00Alors,
- 48:00quel serait mon plus beau souvenir ?
- 48:03J'ai tellement de beaux souvenirs que c'est très...
- 48:05Ça,
- 48:05c'est quelque chose que...
- 48:07Je ne vis pas...
- 48:08Alors,
- 48:08c'est curieux,
- 48:09c'est que je ne vis pas ni dans les regrets de choses que je n'ai pas pu faire,
- 48:13ni dans la...
- 48:14Je ne fantasme pas les plus belles choses.
- 48:18Ce n'est pas quelque chose qui soit de ce...
- 48:20Je ne vis pas dans ce type de rapport.
- 48:22Tu n'es pas nostalgique ?
- 48:23Ni nostalgique,
- 48:25et je n'ai pas de regrets non plus.
- 48:28J'essaye de vivre ma vie,
- 48:30de construire ma vie.
- 48:31Est-ce que j'ai été au bon endroit au bon moment,
- 48:33qui fait que j'ai pu...
- 48:36Mon énergie,
- 48:36j'ai pu la mettre au service d'un certain nombre de combats.
- 48:40Mais c'est aussi ma vie,
- 48:41parce que c'est ce que je disais précédemment,
- 48:43c'est qu'on ne peut pas couper l'engagement et la façon de vivre,
- 48:46et les modes de vie.
- 48:47Pour moi,
- 48:47c'est fondamental.
- 48:49d'être en cohérence entre son engagement et sa façon de vivre.
- 48:53Alors,
- 48:53ce n'est pas toujours facile,
- 48:54on ne réussit pas à tous les coups,
- 48:56mais pour moi c'est ça qui est important.
- 48:59Et je me dis que,
- 49:00ben voilà,
- 49:00si...
- 49:02Je dirais que la chose la plus importante presque,
- 49:04alors c'est à titre personnel,
- 49:06c'est que si par exemple,
- 49:07brutalement,
- 49:09je dois décéder là,
- 49:11juste après l'interview,
- 49:12est-ce que je regrette comment j'ai vécu ?
- 49:15Est-ce que je regrette de ne pas avoir plus ?
- 49:18Et en fait,
- 49:19pour moi,
- 49:19ce qui est important,
- 49:20c'est de me dire,
- 49:20voilà,
- 49:21j'ai fait ce que j'avais à faire,
- 49:22je l'ai fait comme j'ai cru qu'il fallait le faire.
- 49:25Et c'est ça qui est important.
- 49:26Et donc,
- 49:28voilà,
- 49:28pour moi,
- 49:29c'est de ne pas être ni dans l'angoisse.
- 49:32Mais dans cette idée que si je peux vivre 1000 ans,
- 49:35tant mieux.
- 49:36Si ça s'arrête,
- 49:37ce n'est pas grave non plus,
- 49:39c'est bien aussi.
- 49:42Et dernière question,
- 49:43qui tu voudrais voir à ta place pour être interviewé ?
- 49:46Ça,
- 49:46ce n'est pas moi qui décide,
- 49:48mais c'est...
- 49:48Tu lances une invitation.
- 49:49C'est à toi qu'il faut dire ça.
- 49:51L'étudiant,
- 49:53c'est déjà bien rempli,
- 49:54mais tu peux lancer une invitation.
- 49:55Je peux inviter ?
- 49:56Non,
- 49:56le problème,
- 49:56c'est que ceux que j'aimerais voir sont...
- 49:59malheureusement souvent déjà décédé et donc si à travers ça,
- 50:03à travers une caméra,
- 50:06on était capable de faire revivre des personnes pour les entendre,
- 50:10ça,
- 50:10ça serait merveilleux.
- 50:12Et tu penses à quelqu'un en particulier ?
- 50:14Il y a beaucoup de personnes.
- 50:17J'avais un maître toujours que j'aime beaucoup qui s'appelle Jacques Ellul,
- 50:22qui était un philosophe,
- 50:23qui était un des premiers qui a...
- 50:27était incapable de théoriser sur cette société technicienne,
- 50:32sur cette société où la technique,
- 50:35où les moyens l'emportent sur les objectifs finaux.
- 50:39Et donc,
- 50:40voilà,
- 50:41qui pour moi a été la personne qui m'a amené,
- 50:45je dirais,
- 50:46à penser de manière intéressante et à agir en même temps.
- 50:53Donc,
- 50:53qui m'a à la fois donné l'envie...
- 50:57d'avoir une pensée la plus cohérente possible et d'agir aussi.
- 51:01Après,
- 51:01on peut donner plein de personnages,
- 51:02mais voilà.
- 51:03L'important,
- 51:04c'est de parler de quelqu'un qui,
- 51:06moi,
- 51:07a été mon formateur et que j'ai eu la chance de rencontrer.
- 51:11Et il m'a accompagné dans mes premières années d'engagement par sa pensée radicale.
- 51:19Merci beaucoup,
- 51:20José Bové.
- 51:21Merci à toi.
- 51:26et ses requêtes.
- 51:28Merci pour votre écoute.
- 51:30Retrouvez nos photographies et écrits sur raconte.media ainsi que sur nos réseaux sociaux.
- 51:35Raconte est une création originale d'Anthony Dehé et Michel Bourgeois du studio DB Création spécialisé en design de marques et photographies.
- 51:45Vous avez apprécié cette rencontre ?
- 51:46Partagez-la sur vos réseaux sociaux et laissez-nous une note sur votre plateforme préférée.
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- 51:56Écrivez-nous.