Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Guillaume Tirtiaux: Episode 3. La Communication.
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- 0:02Enquête d'accord,
- 0:04l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:07Bonjour à tous,
- 0:08dans l'épisode 3,
- 0:10parlons bien,
- 0:11parlons communication.
- 0:14Guillaume Tiersiot nous ouvre la porte du cockpit,
- 0:17mais attention,
- 0:18la parole est précieuse et précise.
- 0:22Excellente écoute.
- 0:24Rebonjour Guillaume !
- 0:25Rebonjour Yvonne !
- 0:26Comment ça va ?
- 0:27Très bien !
- 0:28Alors,
- 0:28on a fait un tour du côté de la performance personnelle,
- 0:33je ne sais pas si c'est la performance,
- 0:34mais de la progression personnelle et du travail sur soi,
- 0:39avant d'arriver maintenant sur comment l'articuler dans le groupe,
- 0:44comment l'articuler socialement,
- 0:46et comment la déployer dans sa vie sociale,
- 0:49au sein de son travail.
- 0:51On va partir à la conquête.
- 0:53de la performance du groupe.
- 0:55Et tout commence par la communication.
- 0:58Et ton livre démarre par quelque chose de très sympa,
- 1:02une citation de Bernard Werber que j'ai envie de citer à mon tour,
- 1:08parce qu'elle résume beaucoup de choses,
- 1:10et elle décrit beaucoup de choses de ce que c'est que la communication entre les gens et entre les hommes.
- 1:15Il dit « Entre ce que je pense,
- 1:17ce que je veux dire,
- 1:19ce que je crois dire,
- 1:21ce que je dis,
- 1:22Ce que vous avez envie d'entendre,
- 1:25ce que vous croyez entendre,
- 1:26ce que vous entendez,
- 1:28ce que vous avez envie de comprendre,
- 1:31ce que vous croyez comprendre,
- 1:33ce que vous comprenez.
- 1:35Il y a dix possibilités,
- 1:38que l'on ait des difficultés à communiquer,
- 1:40mais essayons quand même.
- 1:43Alors on va essayer.
- 1:44On va essayer.
- 1:45Pourquoi communiquer,
- 1:46Guillaume ?
- 1:46La communication,
- 1:48c'est un élément qui est...
- 1:50Indispensable par nature au sein d'un groupe,
- 1:53parce qu'il nous est impossible de réaliser,
- 1:57d'atteindre un objectif commun sans qu'il y ait communication.
- 1:59Que ce soit pour s'entendre sur la manière dont on va y arriver,
- 2:02pour envisager les difficultés qu'on pourrait rencontrer et mettre en place un plan B a priori,
- 2:09pour se tenir informé de l'état d'avancement de la situation au fur et à mesure de la réalisation.
- 2:17La communication c'est un élément qui est
- 2:20juste indispensable au fonctionnement d'un groupe.
- 2:22Et d'ailleurs,
- 2:23pour l'anecdote,
- 2:24initialement,
- 2:25dans les compétences CRM de l'aéronautique,
- 2:28la communication ne figurait pas,
- 2:30parce qu'on considérait que ce n'est pas possible qu'un groupe fonctionne sans communication.
- 2:33Donc,
- 2:34il n'y a pas de raison d'y mettre une compétence communication.
- 2:38Par la suite,
- 2:39on s'est rendu compte qu'il y avait des outils concrets qu'il était utile d'apprendre pour améliorer la communication et donc est née cette compétence communication.
- 2:50OnSum,
- 2:51c'est l'outil qui nous permet de nous synchroniser les uns aux autres,
- 2:55au fait.
- 2:55Entre autres,
- 2:56oui.
- 2:56C'est moi je fonctionne,
- 2:57toi tu fonctionnes,
- 2:58mais il faut quand même faire coordonner tout ça et d'y mettre de l'ordre.
- 3:03Ce que je perçois,
- 3:04donc ce que je comprends de la communication,
- 3:06c'est d'abord mon monde à moi,
- 3:08ensuite le monde de l'autre,
- 3:09et la communication c'est cette autoroute qu'il y a entre les deux.
- 3:13Mais déjà,
- 3:14à mon niveau...
- 3:16Il faut que je sois conscient de ce que je sais,
- 3:19de ce que je ne sais pas,
- 3:20de ce que je perçois correctement et de ce que je perçois de façon déformée.
- 3:26Et que déjà mon message,
- 3:28il faut que je le structure,
- 3:31que je le pense,
- 3:32que je le réfléchisse,
- 3:33que je l'ordonne avant de pouvoir commencer à envisager de le transmettre.
- 3:38Alors,
- 3:39effectivement,
- 3:39quand on est confronté à une situation,
- 3:41on a plusieurs informations qui font partie de cette situation.
- 3:46Il y a ce qui est connu de tous,
- 3:47c'est-à-dire qu'on est tous,
- 3:50toi et moi,
- 3:51on peut s'accorder sur le fait que dans cette pièce,
- 3:53il y a de la lumière qui vient de la fenêtre,
- 3:56il y a un tapis couleur plus ou moins rouge au sol,
- 3:59etc.
- 3:59Ce sont des informations qui sont publiques.
- 4:02Par contre,
- 4:02nous avons tous les deux,
- 4:04toi de ton côté,
- 4:05moi du mien,
- 4:05des informations que nous sommes seuls à détenir.
- 4:10Et si nous voulons faire en sorte que cet enregistrement se passe bien,
- 4:15Ces informations,
- 4:16nous en avons partagé une série en amont,
- 4:21de manière à pouvoir nous synchroniser,
- 4:23nous coordonner.
- 4:24Et ce qu'il est important de comprendre,
- 4:25et de garder à l'esprit,
- 4:27quand on interagit au sein d'un groupe,
- 4:30c'est qu'on a parfois l'impression que tout le monde est au même niveau d'information que nous,
- 4:34mais ce n'est pas toujours le cas.
- 4:36Donc pour qu'un groupe ait un niveau de performance à la hauteur des attentes,
- 4:40pour pouvoir atteindre l'objectif commun,
- 4:42il faut s'assurer que...
- 4:43le niveau d'information de chacun soit le plus proche possible.
- 4:47Et puis,
- 4:49on a aussi des informations dont on doit avoir conscience que personne n'a la connaissance et qu'elles vont apparaître au fur et à mesure de la réalisation.
- 5:00de l'action au fur et à mesure de la réalisation de la poursuite de l'objectif.
- 5:04Et il va falloir accepter ces informations,
- 5:07les intégrer au fur et à mesure,
- 5:10pour qu'elles soient prises en compte.
- 5:12Alors là tu parles un petit peu,
- 5:14tu décris ce qui est connu en communication,
- 5:19la fenêtre de Joary.
- 5:21Tu veux me l'expliquer parce qu'elle revient souvent,
- 5:26à chaque fois qu'on évoque la communication.
- 5:28Explique-moi un petit peu la fenêtre de Joary.
- 5:31Donc la fenêtre de Joary,
- 5:32c'est vraiment un modèle...
- 5:35Alors ça s'appelle Joary parce que les deux personnes qui l'ont créée,
- 5:39leur prénom c'était Joseph et Harry,
- 5:41et donc ils ont...
- 5:42Ils ont confondu les deux prénoms pour faire Joary.
- 5:45Voilà.
- 5:46Et donc l'idée c'est qu'il représente un tableau dans lequel il y a quatre cadrans,
- 5:52et il faut imaginer au-dessus des colonnes les informations qui sont...
- 5:57connue de moi ou inconnue de moi,
- 5:59et puis les lignes correspondent aux informations connues des autres ou inconnues des autres.
- 6:05Et donc,
- 6:05ce qui est à la fois connu de moi et connu des autres,
- 6:07c'est la sphère publique.
- 6:08Et la sphère publique,
- 6:09c'est ce que je disais,
- 6:10on est tous conscients de ça parce qu'on est confrontés à la même réalité.
- 6:15Par contre,
- 6:16on a chacun,
- 6:17chaque intervenant dans un groupe,
- 6:19a sa réalité propre.
- 6:22Il peut décider de la partager ou pas.
- 6:25Et on a tous notre jardin secret,
- 6:26donc l'idée c'est pas de tout partager,
- 6:27mais par contre,
- 6:28toutes les informations qui sont utiles à la réalisation de l'objectif,
- 6:32il sera préférable de les partager de manière à ce que chacun en ait conscience.
- 6:37Et enfin,
- 6:38le quatrième cadran,
- 6:39donc celui qui est inconnu des autres,
- 6:40inconnu de moi,
- 6:41c'est ces fameuses informations,
- 6:43on appelle parfois ça la zone aveugle,
- 6:45la zone inconnue,
- 6:46pardon,
- 6:46c'est ces informations qui existent quelque part,
- 6:50mais n'ont pas encore été portées à la connaissance.
- 6:53d'aucun des participants de l'équipe.
- 6:54Ni de toi,
- 6:56ni de moi,
- 6:56ni de personne.
- 6:57Exactement.
- 6:58Et qui vont peut-être,
- 7:00à un moment donné,
- 7:01émerger,
- 7:02être connus.
- 7:02Et il sera important à ce moment-là,
- 7:04au moment où elles émergent,
- 7:05de s'assurer que tout le monde en ait pris conscience.
- 7:08On avait abordé par exemple les phénomènes de la tension avec l'hyperfocalisation ou le flow.
- 7:13Quand on est vraiment très focalisé sur une action qu'on est en train de mener,
- 7:18on peut facilement dans cet état louper une nouvelle information.
- 7:23Et c'est dans ce cadre-là que l'information de la zone inconnue qui émerge,
- 7:27il sera important de la partager avec le reste de l'équipe.
- 7:29Oui,
- 7:30il faut que l'information circule.
- 7:31Mais il y a cet angle mort,
- 7:33ce petit coin que les gens connaissent,
- 7:36que les gens savent déjà,
- 7:39mais que moi je ne sais pas qu'il existe.
- 7:43Oui,
- 7:43alors c'est de nouveau,
- 7:45tout est question de perception et de représentation.
- 7:49et donc...
- 7:51Typiquement,
- 7:51on se fait tous une idée des autres personnes quand on est confronté à des inconnus.
- 7:56On sait que la première impression qu'on donne est importante et on a tous une première impression à propos de tout le monde.
- 8:02Et dans le cadre d'une équipe,
- 8:05peut-être que j'ai un collègue qui a un comportement dont je considère qu'il a un impact négatif sur la performance de l'équipe,
- 8:13mais lui n'en a pas conscience.
- 8:14Que ce soit parce que,
- 8:17peut-être que quand il s'exprime,
- 8:18il parle à voix basse.
- 8:20ou avec un très faible volume.
- 8:22Or,
- 8:22on évolue dans un environnement bruyant.
- 8:24Et souvent,
- 8:25il y a des mots que je ne perçois pas.
- 8:27Et à force,
- 8:29je fais répéter,
- 8:29mais à force,
- 8:30je m'épuise à faire répéter en permanence.
- 8:33Et lui n'a pas conscience du fait que le volume de sa voix est faible.
- 8:37Et tant que je ne lui dis pas,
- 8:39il n'en prendra pas conscience.
- 8:40Donc cette zone aveugle,
- 8:41c'est quelque chose que je sais moins par rapport à la situation,
- 8:45à l'interaction.
- 8:46Lui ne le sait pas.
- 8:48Et l'idée c'est
- 8:49Dans toute forme de communication,
- 8:51de réduire au maximum la zone aveugle et la zone privée,
- 8:56donc ce que moi je ne dis pas et qui pourrait contribuer à la réussite,
- 9:01de manière à ce que le niveau d'information partagée soit le plus élevé possible.
- 9:06D'accord.
- 9:07Cette façon ou ce sens de transfert de l'information des autres vers soi,
- 9:15quand on n'a pas l'information...
- 9:18C'est quand on reçoit un feedback ou quand il y a un débrief.
- 9:22Et tout ça,
- 9:23tu vas nous l'expliquer de façon plus approfondie parce que ce sont deux outils qui sont d'une importance cruciale quand on veut s'articuler avec les gens et quand on veut travailler ensemble.
- 9:35Et il y a aussi quand,
- 9:38par exemple,
- 9:39un leader,
- 9:40il veut de sa propre connaissance transmettre à un groupe et porter à connaissance
- 9:48publique quelque chose qui lui est privé,
- 9:50et là c'est le rôle du leader,
- 9:55c'est sa communication,
- 9:56et ça peut être fait dans le cadre du briefing.
- 10:01Ça aussi c'est un outil dont tu vas nous parler par la suite.
- 10:07Donc la mise en place de cette fenêtre de Joary a permis simplement de faire...
- 10:15comprendre ces concepts de façon plus accessible.
- 10:18Pour revenir à la communication,
- 10:20est-ce que vous avez instauré un système dans l'aéronautique qui fait que l'information est transmise et reçue ?
- 10:31Alors,
- 10:31on a mis en place un système parce que les enjeux d'une information mal comprise,
- 10:38notamment d'une autorisation donnée par le contrôle aérien à un avion,
- 10:42peuvent être cruciaux.
- 10:43S'il s'agit d'un changement de route,
- 10:45d'un changement d'altitude,
- 10:46avec une mauvaise compréhension éventuelle qui fait que deux avions se retrouveraient sur la même route à la même altitude,
- 10:52on imagine tout de suite que ça peut avoir des conséquences dramatiques.
- 10:57L'outil qui a été mis en place pour cela,
- 11:00et qui est un outil réglementaire,
- 11:01c'est-à-dire qu'il y a une réglementation qui encadre les situations dans lesquelles on doit y avoir recours,
- 11:09c'est ce qu'on appelle la communication en boucle.
- 11:13La communication,
- 11:15certains parlent de communication sécurisée,
- 11:17c'est-à-dire que j'émets mon message et j'attends de la personne qui le reçoit qu'elle le répète à l'identique.
- 11:26de manière à ce que je puisse vérifier si sa compréhension est la bonne.
- 11:31Donc si un contrôleur aérien me dit
- 11:34Air France 357,
- 11:36montez au niveau 190,
- 11:38je vais lui répondre
- 11:40Air France 357,
- 11:41nous montons au niveau 190,
- 11:42pour être certain que la compréhension soit la bonne.
- 11:45La raison pour laquelle ça a été mis en place,
- 11:47c'est qu'on évolue dans des environnements dans lesquels il y a des interférences dans la communication.
- 11:54notamment des interférences qui sont liées au bruit et à la qualité,
- 11:59dans certaines gammes de fréquences,
- 12:00à la qualité de la transmission.
- 12:03Un cockpit,
- 12:04c'est un environnement bruyant.
- 12:05Je sais qu'un bloc opératoire,
- 12:06c'est un environnement bruyant aussi.
- 12:09J'ai vu aussi dans des blocs opératoires des opérations au robot chirurgical avec le chirurgien qui avait un casque avec un micro pour interagir avec le reste de l'équipe,
- 12:18avec une qualité sonore pas toujours au top.
- 12:24il y a des interférences dans la communication et ça nécessite de s'assurer pour les informations critiques que la compréhension était la bonne.
- 12:31Ça nécessite aussi que la personne qui entend la répétition vérifie si cette répétition était correcte.
- 12:38Parce qu'on peut très facilement entendre que l'autre a répété et c'est bon,
- 12:41sans vérifier qu'effectivement c'est correct.
- 12:43D'accord.
- 12:44Ça,
- 12:44c'est les interférences externes qui agissent entre l'émetteur et le récepteur,
- 12:50mais il y a déjà les...
- 12:52propres interférences internes de chacun,
- 12:55c'est-à-dire celui qui émet le message et celui qui le reçoit.
- 12:59Et là,
- 12:59c'est tout un pont qu'on découvre.
- 13:01Alors,
- 13:03l'idée,
- 13:03c'est que quand on va formuler un message,
- 13:07quel qu'il soit,
- 13:09on le formule à la vitesse d'élocution qui est la nôtre,
- 13:12qui est de l'ordre de 150-160 mots par minute en moyenne.
- 13:15Or,
- 13:15la vitesse de nos pensées,
- 13:16si on devait donner un équivalent en mots par minute,
- 13:20de la vitesse de nos pensées,
- 13:21on est plutôt de l'ordre de 2000 à 3000 mots par minute.
- 13:23Ça veut dire que si je veux transmettre l'idée que j'ai en tête,
- 13:28je vais devoir réaliser une synthèse.
- 13:30Et une synthèse significative,
- 13:32de 2000 à 3000 vers 150,
- 13:33160.
- 13:35Et cette synthèse,
- 13:36elle va être influencée par toute une série d'éléments.
- 13:39Notamment,
- 13:40elle va être influencée par ma culture.
- 13:43les connaissances que j'ai,
- 13:44les expériences préalables que j'ai,
- 13:46le vécu.
- 13:47Elle va aussi être influencée par l'image que j'ai de l'autre.
- 13:49Je ne vais pas m'adresser à un enfant pour lui donner une information de la même manière qu'à un adulte ou qu'à un professionnel d'un certain domaine.
- 13:58De même,
- 13:59à l'autre extrémité,
- 14:00le récepteur de l'information va recevoir le message et va devoir s'en faire une idée.
- 14:04Et lui aussi,
- 14:05il va procéder à une interprétation de ce message qui va être influencée par son vécu.
- 14:12son expérience,
- 14:13sa culture,
- 14:14l'image qu'il a de l'émetteur du message.
- 14:18Et donc,
- 14:18on se rend compte qu'il y a toute une série d'éléments qui vont influencer les mots qu'on va choisir pour le message en lui-même.
- 14:28Et ces mots doivent être choisis de manière la plus précise possible pour que la communication soit efficace,
- 14:34c'est-à-dire que pour que l'idée qui va émerger dans la tête du récepteur du message soit la même que l'idée initiale dans la tête de l'émetteur du message.
- 14:44Et un des moyens d'arriver à ça,
- 14:47donc d'une part on va vérifier que les mots reçus ont été bien compris,
- 14:51donc ça c'est la communication en boucle,
- 14:53mais un autre moyen c'est le fait d'utiliser un vocabulaire standardisé.
- 14:57Dans un cockpit,
- 14:58il y a une seule commande pour demander aux collègues de sortir le train d'atterrissage,
- 15:02c'est « gear down » .
- 15:04On ne dit pas « sort les roues » ,
- 15:06que sais-je,
- 15:07c'est « gear down » .
- 15:08De cette manière,
- 15:09on est certain que la compréhension sera la même pour tous.
- 15:12On évite aussi les verbes qui ne sont pas assez précis,
- 15:16qui peuvent porter à confusion.
- 15:17J'ai déjà entendu plusieurs fois des exemples de
- 15:20« faire un médicament » ,
- 15:21« faire un médicament dans un bloc opératoire » .
- 15:23C'est quoi le faire ?
- 15:23C'est le préparer,
- 15:25c'est l'injecter,
- 15:26ça peut porter à confusion et ça a eu des conséquences dans certaines situations.
- 15:30Donc soyons précis,
- 15:31spécifiques et utilisons autant que faire se peut un vocabulaire standardisé de manière à être certain de...
- 15:41de parler de la même chose.
- 15:42Oui,
- 15:42il y a aussi le fait que,
- 15:44j'imagine,
- 15:45les équipes ne sont pas les mêmes.
- 15:49Une fois qu'on s'est habitué à interagir avec des collègues,
- 15:53si ce n'est pas les mêmes,
- 15:54il faut qu'ils aient les mêmes codes et qu'on puisse quand même continuer à interagir avec la même fluidité,
- 15:59même si on change d'équipe.
- 16:01Tout à fait.
- 16:03Quand j'étais pilote dans une compagnie low cost,
- 16:06ils se vantaient d'avoir au moins un pilote de chaque nationalité,
- 16:10de tous les pays du monde.
- 16:12Et c'est la raison pour laquelle ils insistaient,
- 16:15comme dans toutes les compagnies,
- 16:16mais plus qu'ailleurs je trouvais,
- 16:17ils insistaient sur le respect à la lettre des procédures et des annonces techniques qui doivent être faites entre pilotes.
- 16:26Parce que quand on a un Brésilien qui interagit avec un Cambodgien,
- 16:31on veut s'assurer en anglais,
- 16:32il faut s'assurer que les informations soient bien comprises.
- 16:35Oui,
- 16:35parce que c'est le même anglais,
- 16:36mais ce n'est pas vraiment le même anglais au fait.
- 16:39On a tous en tête que...
- 16:41D'un pays à l'autre,
- 16:42on ne parle pas le même anglais.
- 16:43Oui.
- 16:44D'accord.
- 16:45Et donc,
- 16:45ça,
- 16:46ça a complètement changé ma façon de faire.
- 16:49Maintenant,
- 16:50la boucle,
- 16:51elle s'est imprimée depuis que j'ai lu ton livre.
- 16:55Et je l'utilise beaucoup plus spontanément dans mon travail.
- 17:00Je l'utilise même avec mes enfants.
- 17:02Pour être sûre qu'ils ont capté ce que je leur ai dit,
- 17:06je préfère qu'ils me disent qu'ils ont bien reçu le message.
- 17:09Alors,
- 17:10ça fait...
- 17:10Et peut-être des fois,
- 17:13on a envie de rétorquer,
- 17:14de dire que ça fait des communications qui ne sont pas naturelles,
- 17:19qui sont un petit peu automatiques.
- 17:22Mais on peut automatiser certaines choses et laisser d'autres plus naturelles.
- 17:29Est-ce qu'on peut dire ça ?
- 17:30Est-ce qu'il y a des situations ou des choses pour lesquelles l'automatisme et le fait de codifier sécurisent ou rendent performants ?
- 17:40Et des fois où on peut lâcher un peu l'affaire et parler plus naturellement ?
- 17:45La plupart du temps,
- 17:45on peut lâcher un peu l'affaire et parler plus naturellement.
- 17:48L'idée,
- 17:48c'est qu'il ne faut pas que ça devienne une sinecure.
- 17:52Et chaque fois qu'on est dans une situation dans laquelle il y a des enjeux critiques,
- 17:59on veut absolument s'assurer que le message a été bien reçu.
- 18:04Un exemple,
- 18:05si je suis en...
- 18:07En phase d'atterrissage sur un aéroport,
- 18:11lorsqu'il me donne l'autorisation d'atterrissage,
- 18:14le contrôleur aérien va systématiquement me donner l'origine du vent et sa force.
- 18:19Je vais lui répéter l'autorisation d'atterrissage parce que c'est obligatoire,
- 18:22mais l'origine du vent et sa force,
- 18:24c'est juste une information qu'il me donne,
- 18:26je n'ai pas besoin de le répéter.
- 18:27Et tout ça est codifié,
- 18:29tout ça est décrit dans une réglementation bien spécifique.
- 18:34Parce qu'il y a des événements qui se sont produits par le passé et qui ont montré que dans certaines situations,
- 18:43il était important de confirmer.
- 18:44Ou les incidents graves étaient en rapport avec un défaut de communication clair et net.
- 18:49Voilà.
- 18:50Ok.
- 18:52Est-ce que tu proposes que dans chaque discipline,
- 18:56dans chaque domaine ou dans chaque entreprise,
- 18:59on puisse avoir nos propres codes ?
- 19:02Alors moi j'encourage à avoir une liste relativement succincte,
- 19:07mais une liste qui permette,
- 19:09par rapport à des problématiques identifiées,
- 19:12de s'assurer qu'on développe un vocabulaire commun de manière à faciliter la communication et à éviter de devoir rattraper des situations compliquées alors que c'était juste un mot qui avait été mal perçu ou mal interprété.
- 19:26Ou mal interprété.
- 19:27Ben justement,
- 19:28parlons des interprétations parce que...
- 19:31Il paraît que déjà,
- 19:34d'une personne à personne,
- 19:35on a nos propres interférences internes,
- 19:39notre propre perception de quelque chose.
- 19:41C'est-à-dire,
- 19:42moi,
- 19:42je te parle d'une balle qui est rouge,
- 19:45je la visualise,
- 19:46je vois une balle.
- 19:47Et quand je t'en parle,
- 19:49je te parle de la balle rouge,
- 19:50mais toi,
- 19:50tu vois une autre,
- 19:51au fait.
- 19:52Elle n'a peut-être pas la même consistance,
- 19:54elle est peut-être d'une matière différente.
- 19:55Et ce qu'on a représenté n'est pas...
- 19:58Pas du tout le même objet,
- 20:01on peut le vérifier par des expériences.
- 20:03Tout à fait.
- 20:05Qu'est-ce qui fait qu'à la base,
- 20:08qu'est-ce qui influence ma propre perception ?
- 20:11Énormément de choses qui vont l'influencer,
- 20:13et c'est essentiellement ce à quoi on a déjà été confronté auparavant.
- 20:17C'est-à-dire notre éducation,
- 20:18notre culture,
- 20:19notre vécu,
- 20:19nos expériences préalables,
- 20:20etc.
- 20:21Tout ça va avoir un impact sur l'idée que je vais me faire de quelque chose.
- 20:27qui sera probablement différente de la tienne.
- 20:31Et comment je peux vérifier,
- 20:32au fait que tu as bien...
- 20:34Comment je peux vérifier comment toi tu le perçois ?
- 20:36C'est-à-dire qu'au fait,
- 20:37il faut que je sois à l'écoute,
- 20:38il faut que je te pose la question.
- 20:40Oui.
- 20:41Est-ce que tu comprends ce que je te dis ?
- 20:42Est-ce que ce dont je te parle,
- 20:45tu l'as bien reçu de la façon...
- 20:47Ou alors,
- 20:49même mieux,
- 20:49c'est explique-moi ce que je viens de te dire.
- 20:51De manière vraiment s'assurer,
- 20:53reformuler.
- 20:54Oui.
- 20:55Juste s'assurer que la personne a bien entendu,
- 20:57en fait,
- 20:57on ne vérifie rien.
- 20:58Par contre,
- 20:59lui demander de répéter ce qu'elle a compris,
- 21:01là,
- 21:02on a une vraie forme de communication en boucle fermée.
- 21:05Tu mets en avant aussi le fait,
- 21:09une fois que tout ça s'est fait et que ça a découlé sur une action,
- 21:14combien pour apprendre à communiquer les uns avec les autres.
- 21:19de le faire sous forme de briefing,
- 21:21c'est-à-dire de revérifier ensemble ce qui a été perçu quand il s'agit du debriefing,
- 21:29voir ce que j'ai cherché à transmettre et ce que tu as reçu toi,
- 21:34et ce qui a fonctionné,
- 21:36ce qui n'a pas fonctionné,
- 21:37et aussi le fait d'anticiper,
- 21:39c'est-à-dire de mettre en place les choses avant qu'elles arrivent,
- 21:43pour qu'il n'y ait pas de défaut de compréhension une fois que c'est établi.
- 21:48Ce sont des moyens de s'écouter ?
- 21:52Alors,
- 21:54tous les moments,
- 21:54effectivement,
- 21:55tous les moments où on crée un espace dans lequel on va échanger,
- 21:59que ce soit en amont d'une intervention ou en aval,
- 22:02pour en tirer les enseignements,
- 22:05ce seront...
- 22:07Des moments dans lesquels il faudra s'assurer que la communication soit,
- 22:14pas nécessairement une communication en boucle dans ce cas-là,
- 22:16parce qu'on n'est plus dans une situation dynamique,
- 22:18mais par contre,
- 22:20une communication dans laquelle le niveau d'écoute soit présent.
- 22:27Généralement,
- 22:27on n'a pas appris à écouter.
- 22:31Moi,
- 22:31c'était mon cas,
- 22:31il y a encore quelques années,
- 22:32je me rends compte que j'étais très très mauvais en écoute,
- 22:34et quand on est à l'école,
- 22:35on apprend à écrire,
- 22:36on apprend...
- 22:36à lire,
- 22:37on apprend à parler,
- 22:40mais on apprend rarement à écouter,
- 22:41à part si on est dans des...
- 22:44À part si on est dans des métiers d'accompagnement,
- 22:46etc.,
- 22:47on n'apprend pas à écouter.
- 22:48Et on se retrouve à préparer notre réponse pendant que l'autre est toujours en train d'exprimer son point de vue,
- 22:56son idée.
- 22:57Et donc on n'écoute plus,
- 22:58et donc on a un dialogue de sourds qui s'installe,
- 23:00et puis on s'étonne qu'on a une perception différente de la balle rouge.
- 23:04C'est normal,
- 23:04parce que tu n'as pas écouté.
- 23:06ma perception de la balle rouge ou je n'ai pas écouté ta perception de la balle rouge jusqu'au bout parce que j'étais déjà en train de préparer ma réponse.
- 23:12Parce que quand même,
- 23:14Imane,
- 23:14une balle ça n'a pas cette consistance-là,
- 23:16donc c'est pas possible,
- 23:17d'accord ?
- 23:17Mais si,
- 23:18parce que la tienne a cette consistance-là.
- 23:20Donc le fait de développer cette capacité d'écoute et pas nécessairement être d'accord avec l'autre,
- 23:26mais vraiment s'assurer de prendre en compte son point de vue et complètement se faire une idée conforme à la sienne.
- 23:36Alors j'entends et puis en même temps j'essaye d'imaginer le cockpit parce que du coup c'est un endroit qui me fait rêver.
- 23:43Je me dis les gens sont zen,
- 23:45tranquilles,
- 23:47articulent bien,
- 23:50formulent bien ce qu'ils veulent communiquer.
- 23:53Et est-ce que pour autant,
- 23:58il y a des rapports d'hierarchie ?
- 24:04Est-ce que vous vous voyez ?
- 24:05Est-ce que vous vous tutoyez ?
- 24:06Comment ça se passe avec le personnel navigant ?
- 24:09Alors,
- 24:11tout le monde se tutoie.
- 24:12Donc ça,
- 24:12c'est une particularité du monde d'aéronautique.
- 24:15C'est que même la jeune hôtesse de l'heure ou le jeune Stuart qui est 18 ans,
- 24:20qui vient de rentrer dans la compagnie,
- 24:22sur son premier vol,
- 24:23va tutoyer le commandant de bord qui a 62 ans et qui pourrait être son grand-père.
- 24:28Oui,
- 24:28un petit peu.
- 24:29Presque.
- 24:31Parce qu'on s'est rendu compte que le fait de se tutoyer et de s'appeler par son prénom,
- 24:39ça facilite l'expression et donc ça va faciliter le fait d'oser éventuellement poser une question,
- 24:48faire une remarque,
- 24:49faire une proposition par rapport à une situation.
- 24:52Alors que si le jeune steward ou la jeune hôtesse s'adresse au commandant de bord en disant « commandant vous » ,
- 24:58Tout de suite,
- 24:59on sent qu'il y a...
- 25:01Un fossé,
- 25:02un gap qui se crée et ça va compliquer l'expression de la part de ce junior.
- 25:09Il y a des rapports de hiérarchie qui font que la communication ne peut pas être aussi fluide et aussi pertinente que s'il n'y avait pas ça.
- 25:18Et ne pas oser dire,
- 25:22ça me fait penser à ce que tu décrivais bien sûr,
- 25:26comment on décrit la communication.
- 25:28Des fois,
- 25:28on peut avoir l'impression qu'il y a un message qui est dissonant ou qu'il y a quelque chose qui ne va pas.
- 25:39On ne sait pas,
- 25:39parce que peut-être qu'il y a une adéquation entre ce que la personne nous a dit verbalement et son comportement ou sa communication non-verbale.
- 25:48Et là,
- 25:49on a l'impression,
- 25:50ou alors des fois on communique,
- 25:51on a l'impression que la personne en face dit oui,
- 25:55verbalement,
- 25:55mais on n'est pas en train de le dire.
- 25:56pas sûr qu'elle a vraiment compris ou qu'elle n'a pas osé nous dire qu'elle n'a pas compris.
- 26:03Ça,
- 26:03c'est un facteur humain.
- 26:04Ça,
- 26:05c'est quelque chose qui fait partie des choses qu'il faut aplanir et prévenir.
- 26:11Alors,
- 26:11on parle effectivement des trois pans de la communication.
- 26:14C'est
- 26:15Albert Mérabian qui avait développé ça dans les années,
- 26:19c'était dans le courant du XXe siècle.
- 26:22Il avait fait une expérience.
- 26:24dans laquelle il avait mesuré la proportion de communication verbale,
- 26:29non-verbale et paraverbale dans un message.
- 26:32Et ça a été dévoyé par la suite par les communicants parce que ce qui est...
- 26:37présenté depuis,
- 26:38c'est que cette proportion est systématique dans tous les messages,
- 26:41ce qui est faux.
- 26:43Mais ce qui est évident,
- 26:45c'est que la communication ne passe pas uniquement par le verbal,
- 26:48c'est-à-dire par les mots qu'on utilise.
- 26:50Il va y avoir le paraverbal,
- 26:52c'est-à-dire les intonations,
- 26:53et le non-verbal,
- 26:54c'est-à-dire la posture.
- 26:56Et ne pas prendre ces éléments en compte,
- 26:58c'est se priver d'une grande partie de la communication.
- 27:02Si tu me demandes « Comment ça va Guillaume ? »
- 27:03et je te dis
- 27:04« Ça va,
- 27:05super ! »
- 27:06où je te réponds...
- 27:07Ça va super.
- 27:08Ouais,
- 27:09c'est pas pareil.
- 27:09Les mots sont les mêmes,
- 27:11mais le paraverbal est différent et la compréhension que tu vas en avoir est différente.
- 27:16Donc effectivement,
- 27:16c'est un élément auquel il faut porter attention si on veut avoir une bonne compréhension de ce que l'interlocuteur nous répercute.
- 27:25D'autres formules que vous utilisez en communication,
- 27:29les injonctions positives,
- 27:31le fait de...
- 27:34d'abolir la négation,
- 27:35la forme ?
- 27:36Alors,
- 27:36ça,
- 27:36c'est...
- 27:37Ça n'a pas encore tout à fait fait son chemin jusque dans les cockpits,
- 27:42mais c'est quelque chose qui me vient du coaching et dont j'ai mesuré l'importance et l'efficacité.
- 27:51C'est que,
- 27:53d'une part,
- 27:54et ça,
- 27:55c'est culturel aussi,
- 27:55ça vient de notre éducation,
- 27:57on a tendance à faire de ce que j'appelle la communication implicite en permanence.
- 28:02Un enfant va dire à son père...
- 28:04Papa,
- 28:04mon lacet est défait.
- 28:05Qu'est-ce que le père va faire ?
- 28:06Il va faire ses lacets quand c'est un bon père.
- 28:09Il va refaire le lacet.
- 28:11Or,
- 28:11en fait,
- 28:11il n'y a aucune demande dans cette formulation.
- 28:14Papa,
- 28:14mon lacet est défait.
- 28:15Il y a une demande implicite.
- 28:17Tiens,
- 28:18mon verre est vide.
- 28:20Généralement,
- 28:22je vais te resservir.
- 28:23Non,
- 28:23je voudrais que tu l'emmènes parce que j'ai plus soif.
- 28:25On fait tout ça en permanence.
- 28:27Et dans la vie de tous les jours,
- 28:28ça marche relativement bien.
- 28:29De temps en temps,
- 28:29il y a un loupé,
- 28:29mais ça marche relativement bien.
- 28:31Par contre,
- 28:32dans la vie professionnelle,
- 28:34Dans le monde professionnel et particulièrement dans les domaines à risque,
- 28:38une communication implicite peut être mal interprétée et du coup avoir des conséquences.
- 28:43Par exemple,
- 28:46un pompier qui dit à un autre
- 28:49« c'est bon,
- 28:52j'ai fermé la vanne,
- 28:53donc il n'y a plus de pression dans le tuyau » ,
- 28:55le pompier a cru qu'il devait ranger le tuyau,
- 28:59donc il a commencé à le faire.
- 29:01Et en fait,
- 29:02ce n'était pas du tout ça.
- 29:03Il fallait en connecter un suivant pour rallonger,
- 29:06pour que l'autre puisse remettre la pression.
- 29:08Il y avait eu aussi un défaut de briefing.
- 29:10Mais intuitivement,
- 29:12l'interprétation du collègue,
- 29:14en entendant « c'est bon,
- 29:15j'ai coupé la vanne,
- 29:16il n'y a plus de pression » ,
- 29:18d'habitude,
- 29:18quand on me dit ça,
- 29:20c'est pour prendre du temps.
- 29:20Donc je range.
- 29:22Quand il n'y a pas de demande spécifique,
- 29:24ça peut porter à confusion,
- 29:25parce que l'interprétation peut être...
- 29:28Ça c'est un vrai exercice à faire dans la vie de tous les jours pour pouvoir le faire au travail.
- 29:33Alors c'est comme tout,
- 29:35au début ça passe par le système 2,
- 29:37il faut se forcer,
- 29:38il y a beaucoup de loupés,
- 29:38et puis à force on commence à monter en compétence et on câble ça dans le système 1.
- 29:45Et alors tu parlais aussi de la négation,
- 29:48on a aussi tendance à parler souvent...
- 29:51en négation,
- 29:52en formule négative,
- 29:52c'est-à-dire à demander ce qu'on ne veut pas plutôt que demander ce qu'on veut.
- 29:56Et je me souviens dans une salle d'opération,
- 29:59c'était une opération digestive,
- 30:03en laparoscopie,
- 30:04il y avait le chirurgien,
- 30:05deux assistants,
- 30:07qui étaient manifestement un peu tétanisés de par la personnalité du chirurgien,
- 30:13du titulaire,
- 30:14et à un moment donné,
- 30:16le chirurgien a sorti un instrument du ventre du patient,
- 30:18il a tendu un assistant et dit « surtout tu ne le poses pas là » .
- 30:21Dans les trois secondes,
- 30:22il avait posé exactement à cet endroit-là.
- 30:24Parce que dans cette injonction,
- 30:26à cause du stress,
- 30:27il n'a pas perçu la négation.
- 30:29On perd la négation,
- 30:30en fait,
- 30:31quand on est en stress.
- 30:33Et donc,
- 30:33il a entendu « pose ça là » ,
- 30:35et il a posé exactement là.
- 30:37Alors qu'il lui aurait donné une directive affirmative.
- 30:41Pose-le de l'autre côté,
- 30:42par exemple.
- 30:43Ou tiens-le en l'air.
- 30:44Oui.
- 30:45Tu vois ?
- 30:45Tiens-le comme ça.
- 30:47Tiens-le comme ça,
- 30:47c'est plus clair.
- 30:48C'est plus clair.
- 30:49C'est exactement ce que je veux.
- 30:50Donc demandons ce qu'on veut plutôt que ce qu'on ne veut pas.
- 30:53Oui,
- 30:54ça marche bien avec les enfants.
- 30:56Aussi.
- 30:56Ne saute pas dans la flaque.
- 30:59Il n'est pas direct.
- 31:02Exactement.
- 31:02Et peut-être qu'il ne l'a pas vu avant.
- 31:04Mais une fois qu'on a créé cette réalité chez lui...
- 31:06Il n'a qu'une envie,
- 31:06c'est d'y aller.
- 31:07Voilà.
- 31:08Tout ça nous fait penser à notre assertivité.
- 31:15Ça s'apprend.
- 31:16Comment s'exprimer ?
- 31:18Ça ne veut pas dire qu'il faut crier ce qu'on veut et imposer ce qu'on veut.
- 31:22Ça veut simplement dire qu'il faut dire ce qu'on a à dire de façon qui respecte la personne qu'il y a en face de nous mais sans faire l'économie de qui en est exactement.
- 31:37On pourrait parler de la communication non violente.
- 31:39Il y a plein d'outils qui font objet de formation dans les entreprises.
- 31:45tous les milieux de travail et qui peuvent très très bien fonctionner sur nos apprentissages sociaux et personnels et familiaux.
- 31:55J'ai envie de dire,
- 31:57est-ce que tu penses à quelque chose au niveau de la communication que tu enseignes ou que tu transmets ?
- 32:04Effectivement,
- 32:05ce que tu viens d'aborder,
- 32:06un élément fondamental c'est l'assertivité,
- 32:08c'est-à-dire la capacité de faire passer un message sans agressivité mais sans s'écraser.
- 32:14Comme on dit,
- 32:15c'est ni hérisson ni paillasson.
- 32:18J'ai un message à faire passer,
- 32:20je vais le faire en confiance,
- 32:22sans agressivité,
- 32:24parce que je sais que ce message va servir l'objectif commun.
- 32:32Il faut toujours avoir en tête ce à quoi on veut tendre ensemble.
- 32:36Exactement.
- 32:37Et par exemple,
- 32:38si j'ai un doute dans un cockpit,
- 32:40si j'ai un doute...
- 32:43Alors,
- 32:44on nous oppose,
- 32:45je fais une petite aparté,
- 32:45on nous oppose souvent le fait que oui,
- 32:47mais dans un cockpit,
- 32:48s'il y a un accident,
- 32:48vous êtes mort aussi.
- 32:50D'accord ?
- 32:50Ce n'est pas aussi simple que ça parce qu'on est enregistré en permanence.
- 32:53Les paramètres de l'avion sont analysés.
- 32:55S'il y a un événement significatif,
- 32:57les enregistrements seront dépouillés.
- 32:58Donc,
- 32:58ça peut avoir des conséquences aussi.
- 33:00Donc,
- 33:01ce n'est pas systématiquement le crash qui est l'ultime...
- 33:04Enfin,
- 33:04si,
- 33:04le crash sera l'ultime accident.
- 33:07Mais dans le cadre d'un incident grave,
- 33:09il y aura une enquête approfondie.
- 33:11qui peut avoir des conséquences significatives pour le pilote.
- 33:15Du coup,
- 33:15prenons un exemple dans un bloc opératoire.
- 33:20Tout à l'heure,
- 33:20j'évoquais ce chirurgien qui avait une personnalité assez forte avec ses deux assistants.
- 33:24À un moment donné,
- 33:25il y a eu des complications,
- 33:27et j'ai vu les infirmières qui disparaissaient dans un coin de la salle,
- 33:32en attendant que ça se passe,
- 33:35et l'ambiance était très très froide.
- 33:40L'objectif commun n'était plus là.
- 33:41C'est-à-dire que l'objectif commun,
- 33:42c'est la sécurité du patient.
- 33:44Le fait d'aller se cloîtrer dans un coin de la salle ou pour les assistants d'être prostrés ne sert plus l'objectif commun.
- 33:53Il y avait une complication pour le patient.
- 33:54Là,
- 33:55ils étaient en train de se protéger eux plutôt que d'être orientés objectifs.
- 33:59C'est ça.
- 34:00Donc,
- 34:01il y a ça et il y a le fait de voir quelque chose qui...
- 34:06Que tu voudrais dire,
- 34:07même si tu es jeune,
- 34:09en général,
- 34:10si tu as affaire à une personne expérimentée,
- 34:13elle est quand même en mesure et tout à fait capable d'écouter et de répondre,
- 34:17par le négatif ou par le positif,
- 34:20à ta question.
- 34:21Tout à fait.
- 34:23Moi,
- 34:23je pars toujours du principe que tous les outils qu'on évoque s'adressent à des personnalités...
- 34:30normal,
- 34:30pas des personnalités toxiques,
- 34:32ce qu'on appelle les personnalités toxiques,
- 34:33les pervers narcissiques,
- 34:34les manipulateurs,
- 34:35etc.
- 34:35Parce que,
- 34:37eux,
- 34:38c'est leur quotidien de retourner tout ça.
- 34:40Par contre,
- 34:41quand on est face à des professionnels normaux,
- 34:44l'idée de l'assertivité,
- 34:45c'est de faire passer un message à quelqu'un qui n'est pas en capacité de l'entendre.
- 34:48C'est pas parce qu'il ne veut pas l'entendre,
- 34:50dans la plupart des cas.
- 34:51C'est peut-être qu'il est préoccupé par quelque chose et donc il n'a pas la capacité cognitive de l'entendre.
- 34:55Et donc,
- 34:56c'est comme quelqu'un...
- 34:58Tu pars de chez toi et tu dis,
- 34:59tiens,
- 35:00mais pour tout à l'heure,
- 35:01si tu peux passer prendre un pain,
- 35:03oui,
- 35:03oui.
- 35:04Il n'y a pas de communication en boucle,
- 35:06donc tu ne sais pas si la personne a entendu.
- 35:07Si elle a dit,
- 35:08oui,
- 35:08oui,
- 35:08j'ai entendu,
- 35:09je passerai prendre un pain,
- 35:10déjà c'est beaucoup plus clair.
- 35:12Mais si tu n'es pas sûr qu'il ait entendu et qu'en plus tu n'oses pas répéter,
- 35:17il y a peu de chances que ça aboutisse et que ce soit pris en compte.
- 35:21Alors là,
- 35:22on peut faire le lien avec une notion qui est fondamentale,
- 35:25qui est celle de sécurité psychologique.
- 35:27Ça a été développé par une professeure de management et de leadership à Harvard qui s'appelle Amy Edmondson.
- 35:34Elle a participé à une étude sur la distribution médicamenteuse dans des hôpitaux aux États-Unis pour mesurer le taux d'erreur en fonction de la performance des équipes,
- 35:45le taux d'erreur d'administration de médicaments.
- 35:47Elle était invitée comme experte du travail en équipe,
- 35:50donc regarder les équipes interagir et évaluer la qualité de leur travail en équipe.
- 35:55Donc le postulat qu'ils avaient fait,
- 35:56c'était dans les équipes dans lesquelles la qualité du travail en équipe est faible,
- 36:01il y aura plus d'erreurs commises.
- 36:03Et quand ils ont récolté les résultats,
- 36:04analysé les résultats,
- 36:05ils ont été très étonnés parce que c'était dans ces équipes qui avaient été les mieux notées au niveau travail en équipe qu'il y avait le plus d'erreurs.
- 36:11Et en fait,
- 36:12ce n'était pas qu'il y avait le plus d'erreurs,
- 36:13c'était qu'il y avait le plus d'erreurs qui étaient reportées.
- 36:16Pourquoi ces erreurs étaient reportées ?
- 36:17Parce que les personnes se sentaient en sécurité psychologique de rapporter leurs erreurs.
- 36:24et
- 36:24Amy Ann Monson a identifié,
- 36:28elle a travaillé toute sa vie là-dessus,
- 36:29elle a publié plusieurs bouquins sur le sujet,
- 36:31et elle a identifié des comportements spécifiques de la part de responsables d'équipe,
- 36:36de la part de leader,
- 36:37qui conduisent à construire un bon niveau de sécurité psychologique au sein d'une équipe.
- 36:43Ils sont au nombre de trois.
- 36:44Le premier,
- 36:45c'est d'être ouvert,
- 36:48accessible,
- 36:50donc on n'a pas peur de leur parler.
- 36:52Le deuxième,
- 36:53c'est d'être capable de reconnaître ses propres erreurs et propres limites,
- 37:00c'est-à-dire un responsable qui est capable de dire
- 37:03« je me suis trompé,
- 37:04j'ai besoin d'aide,
- 37:05je ne sais pas »
- 37:06et qui invite aussi ouvertement leurs collègues à s'exprimer s'ils pensent que quelque chose ne va pas,
- 37:13s'ils ont une remarque,
- 37:14une suggestion,
- 37:15etc.
- 37:16Mes chers amis,
- 37:17je vous remercie infiniment d'avoir écouté cet épisode.
- 37:21Si vous l'avez apprécié,
- 37:23n'hésitez pas à suivre le podcast Enquête d'accord et à le partager au plus grand nombre.
- 37:30Dans l'épisode 4,
- 37:31ne manquez pas le leadership,
- 37:34ce sera absolument passionnant.
- 37:37A très bientôt !