Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Etablir une Conscience de la situation collective par Guillaume Tirtiaux. EP 6
Transcript
- 0:05En quête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer est être en lien.
- 0:14Depuis le début de cette exploration du livre de Guillaume Tiersiot,
- 0:18Mieux réussir ensemble,
- 0:20Nous avons appris à nous connaître.
- 0:23Ensuite,
- 0:24nous avons développé nos performances collectives par la communication,
- 0:30par le leadership,
- 0:32la gestion de charges de travail et nombreuses connaissances organisationnelles.
- 0:39Dans ce nouveau chapitre,
- 0:41nous sommes prêts à aborder la conscience de la situation,
- 0:46je dirais même la conscience de la situation partagée.
- 0:52Approcher,
- 0:53c'est encore une fois passionnant.
- 1:00Bonjour Guillaume.
- 1:02Bonjour Imane.
- 1:02Alors tu nous fais l'immense plaisir de continuer la lecture commentée.
- 1:08et expliquer ton livre
- 1:09Mieux réussir ensemble,
- 1:11qui est édité en deuxième édition cette année chez Edipro.
- 1:15Et dans l'épisode précédent,
- 1:18nous avons abordé la communication de façon générale et dans le cockpit en particulier.
- 1:25Nous avons tenté de comprendre deux choses,
- 1:27le leadership et le followership.
- 1:29Et pour finir,
- 1:30nous avons tourné autour de la charge de travail.
- 1:33Et aujourd'hui,
- 1:35nous allons traverser la...
- 1:36conscience de la situation.
- 1:38On va en parler tout de suite et on va atterrir tranquillement dans la prise de décision.
- 1:44Pour ce qui est de la conscience de la situation,
- 1:47Daniel Kahneman dit que le cerveau est une machine qui saute à la conclusion.
- 1:53C'est exactement ça et je propose qu'on découvre,
- 1:57qu'on en prenne conscience au travers d'une petite anecdote,
- 2:00une petite histoire que je te propose de lire ?
- 2:03Eh bien,
- 2:03c'est parti.
- 2:04Dans ton livre,
- 2:05tu as...
- 2:06commencer ce chapitre en déroulant une histoire qui permet vraiment d'objectiver ce concept qui peut être un peu flou quand on ne le connaît pas.
- 2:17Alors c'est une scène et la scène est la suivante.
- 2:20Vous vous promenez en ville en déambulant sur le trottoir d'une rue secondaire.
- 2:25L'air est lourd en ce début d'après-midi.
- 2:27Il était Saint-Nance-Chaux.
- 2:28La terrasse du café devant lequel vous passez est bandée et sur le trottoir opposé un vieillard marche.
- 2:35Dans la même direction que vous,
- 2:37il tient fermement une mallette en cuir.
- 2:40Ce doit être un diamantaire d'une boutique du quartier.
- 2:44Et une voiture aux vitres teintées vous dépasse à faible vitesse.
- 2:49Et soudain,
- 2:49un jeune délinquant sorti de nulle part se met à courir en direction du vieillard.
- 2:55Voilà l'histoire.
- 2:56Et lorsqu'on entend ce genre d'histoire,
- 2:59ce qui est intéressant,
- 3:00c'est que spontanément,
- 3:02notre cerveau va évoluer
- 3:04imaginer la suite de l'histoire.
- 3:06On est aussi confronté à ça quand on regarde un film et d'ailleurs,
- 3:10les bons films sont ceux dans lesquels le réalisateur ou même l'écrivain va réussir à nous mener sur des voies qui vont nous faire imaginer,
- 3:22qui vont nous amener à faire des erreurs sur l'anticipation de ce qu'on imagine pour la suite et qui vont nous surprendre.
- 3:29Et donc ici,
- 3:31par rapport à
- 3:32Merci.
- 3:32ce diamantaire par rapport à cette voiture,
- 3:34par rapport à ce délinquant qui court en direction du vieillard.
- 3:38Quelle est,
- 3:39selon vous,
- 3:40auditeurs,
- 3:41la suite de cette histoire ?
- 3:42Que va-t-il se passer ?
- 3:44Toutes et tous,
- 3:45vous avez une idée en ce moment qui a été construite en fonction de qui vous êtes,
- 3:53en fonction de votre personnalité,
- 3:54en fonction de vos expériences,
- 3:55de votre éducation,
- 3:56de votre vécu.
- 3:58Et nous allons découvrir ensemble ce qu'il se passe.
- 4:01et voir si vous avez raison.
- 4:04La suite de l'histoire.
- 4:05Le jeune homme n'est plus très loin du vieillard.
- 4:07Ce dernier se retourne probablement parce qu'il a entendu des bruits de pas pressés derrière lui.
- 4:13On peut lire de la peur dans ses yeux.
- 4:15Il saisit la mallette à deux mains et la porte à hauteur de sa poitrine comme pour en faire un bouclier.
- 4:21Arrivant à portée du vieil homme,
- 4:22le jeune homme tend les mains vers la mallette.
- 4:25Donc une nouvelle fois,
- 4:26déjà à ce stade...
- 4:27un peu
- 4:28peut peut-être se rendre compte que dans l'interprétation et dans la projection qu'on a fait,
- 4:32on s'est trompé.
- 4:33Et puis,
- 4:34de nouveau,
- 4:35avant de passer à la fin de l'histoire,
- 4:37quelle est la suite que vous imaginez pour ce fait divers ?
- 4:41Oui,
- 4:42je laisse quelques secondes aux auditeurs pour réfléchir.
- 4:46Alors,
- 4:46ce qui est intéressant par rapport à la conscience de la situation,
- 4:49par rapport à la manière dont on construit cette réalité,
- 4:52c'est que généralement,
- 4:54quand on commence à réfléchir,
- 4:55c'est qu'on remet en question
- 4:57l'interprétation qu'on a eu de manière automatique.
- 5:00Certains que,
- 5:01déjà pendant la lecture de cette deuxième partie de l'histoire,
- 5:07les auditeurs se projettent dans la suite.
- 5:10Donc en fait,
- 5:10la réflexion,
- 5:11le système 2,
- 5:13va essayer de rationaliser ce que notre système 1 nous propose comme suite.
- 5:18Mais le système 1,
- 5:19il va le faire de manière complètement spontanée,
- 5:20automatique et très rapide.
- 5:22Tu continues l'histoire ?
- 5:23Le jeune homme pousse le vieillard au sol et se laisse tomber sur lui.
- 5:27Dans la foulée,
- 5:28des coups de feu retentissent,
- 5:30la vitrine du restaurant devant laquelle passait le vieillard vole en éclats,
- 5:34tandis que la voiture aux vitres sombres démarre en trombe.
- 5:37Quelle est la raison de cet exercice ?
- 5:40Alors la raison de cet exercice,
- 5:41donc déjà bravo à ceux qui auraient imaginé une telle issue à cette situation,
- 5:48je pense que ce n'est pas fréquent.
- 5:50La raison de cet exercice,
- 5:51c'est de se rendre compte que lorsque nous entendons,
- 5:55lorsque nous assistons à une scène,
- 5:57nous sommes en permanence dans une compréhension et dans une anticipation de ce qui va se passer ensuite.
- 6:03La raison pour laquelle nous faisons ça,
- 6:05c'est que dans le cadre de notre survie depuis des...
- 6:09dizaines,
- 6:10des centaines de millions d'années,
- 6:11la capacité d'anticiper ce qui va se produire dans notre environnement proche nous a permis en permanence d'éviter les menaces les plus significatives et donc de survivre.
- 6:24Et notre cerveau est véritablement câblé comme ça.
- 6:28Et ce fonctionnement,
- 6:29la plupart du temps,
- 6:31comme c'est le cas pour le système 1,
- 6:33la plupart du temps,
- 6:33ça fonctionne très très bien.
- 6:3590.
- 6:369,
- 6:3799,5%
- 6:38du temps,
- 6:38ça fonctionne très très bien.
- 6:40Mais nous allons découvrir ensemble que toute une série d'éléments vont influencer l'interprétation que nous allons faire de la situation.
- 6:50Et nous allons découvrir ensemble les éléments,
- 6:55un outil ou une manière d'essayer de se faire la meilleure représentation possible pour,
- 7:00dans une situation professionnelle qui nécessite ou qui peut avoir un impact sur...
- 7:06la vie d'un patient,
- 7:08la vie de passager,
- 7:10prendre ensuite la meilleure décision possible en fonction de cette compréhension de la situation,
- 7:14en fonction de cette conscience de la situation.
- 7:16Donc si je comprends bien,
- 7:17il y a l'histoire,
- 7:18mais il y a ce qu'on se représente de cette histoire.
- 7:22Donc on somme l'interprétation.
- 7:25Nous sommes en permanence dans l'interprétation,
- 7:27parce que c'est beaucoup plus économe.
- 7:29Donc notre système 1 nous propose des interprétations en permanence.
- 7:34Dans la manière dont cette histoire a été racontée,
- 7:39il y a toute une série d'interprétations qui ont été volontairement écrites telles quelles,
- 7:42mais lorsqu'on parle d'un jeune délinquant,
- 7:45un jeune délinquant sorti de nulle part,
- 7:47c'est déjà une interprétation en soi.
- 7:49Si on voulait décrire cette scène de manière factuelle,
- 7:52on pourrait par exemple dire un homme de 22 ans,
- 7:56que vous n'aviez pas remarqué avant cela,
- 7:59qui porte un jeans noir.
- 8:01troué à la cuisse gauche,
- 8:02des bottines en cuir noir,
- 8:03un cinglé blanc et un bracelet en cuir noir garni de clous.
- 8:06Ses cheveux clairs sont coupés à ras.
- 8:09Il arbore trois anneaux au lobe de l'oreille gauche. »
- 8:12Là,
- 8:12on se rend compte qu'on est dans une situation qui est beaucoup plus factuelle.
- 8:17Mais c'est très chronophage de faire ce genre de d'observation.
- 8:24Et donc...
- 8:25Pour nous simplifier la tâche,
- 8:26notre système 1 va,
- 8:28en fonction de tous ces éléments qu'il va percevoir inconsciemment,
- 8:31nous proposer une représentation,
- 8:33une interprétation qui est beaucoup plus simple,
- 8:36un jeune délinquant.
- 8:37D'accord.
- 8:38Alors,
- 8:39comment on interprète ?
- 8:40C'est-à-dire,
- 8:40au final,
- 8:41si je comprends bien,
- 8:42la même chose,
- 8:43la même scène,
- 8:45il va y avoir plusieurs témoins et chacun va avoir son interprétation et c'est comme s'il allait vivre une histoire différente.
- 8:53Exactement.
- 8:54Donc,
- 8:54on va interpréter,
- 8:56comme je le disais,
- 8:56en fonction de nos expériences,
- 8:58en fonction de notre vécu,
- 8:59notre culture,
- 9:00notre éducation,
- 9:01et aussi en fonction de préférences naturelles qu'on a.
- 9:05L'une d'entre elles,
- 9:07c'est notre préférence liée au canal sensoriel dominant.
- 9:14Donc,
- 9:14il y a des gens qui ont un canal sensoriel dominant qui est plus visuel,
- 9:18d'autres auditifs,
- 9:19d'autres kinesthésiques.
- 9:21La manière dont ces trois personnes qui ont un canal sensoriel dominant,
- 9:25qui sera soit visuel,
- 9:26soit auditif,
- 9:26soit kinesthésique,
- 9:28va être fonction...
- 9:32C'est-à-dire que celui qui est visuel va avoir des détails,
- 9:38c'est-à-dire qu'il ne va d'abord pas voir la même chose que quelqu'un qui est auditif ou kinesthésique.
- 9:43et en plus de ça il va les mémoriser et va utiliser un vocabulaire qui est complètement différente de celui qui va qui a le canal sensoriel qui est dominant et qui le canal sensoriel auditif pardon qui est dominant et qui lui va
- 10:01capter des détails et qui va mémoriser des détails qui sont tout à fait autre imaginons par exemple un policier qui vient interroger les témoins ça va être
- 10:12très très amusant de voir les différences entre les différentes perceptions
- 10:17Alors,
- 10:18le policier vient interroger trois personnes à canal sensoriel dominant différent.
- 10:22La personne qui a un canal visuel essentiellement va décrire tout ce qu'on pouvait voir dans la scène.
- 10:29Donc,
- 10:29il va y avoir utilisation d'un vocabulaire lié à la lumière,
- 10:34aux couleurs,
- 10:37aux reflets,
- 10:38etc.
- 10:39Tout ce qu'on peut décrire de manière visuelle.
- 10:41Et puis,
- 10:42une personne qui aura un canal sensoriel dominant auditif va décrire essentiellement…
- 10:47tout ce qu'on pouvait entendre dans cette scène.
- 10:49Donc éventuellement le vrombissement de la voiture,
- 10:53des bruits environnants liés peut-être à de la musique sur une terrasse d'un café,
- 11:00toute une série de choses.
- 11:01Les coups de feu vont être définis de manière différente.
- 11:04Et puis,
- 11:04une personne indominante kinesthésique va décrire tout ce qu'on peut percevoir au niveau température,
- 11:13au niveau ambiance,
- 11:14au niveau éventuellement stress.
- 11:17L'atmosphère était électrique.
- 11:20Et donc,
- 11:21le policier,
- 11:22en rassemblant des personnes à un canal sensoriel dominant différent,
- 11:27va pouvoir accumuler bien davantage d'informations que s'il avait une seule personne.
- 11:33Voilà,
- 11:33donc au fait,
- 11:34on va percevoir différemment,
- 11:36on va comprendre et interpréter différemment.
- 11:39Et donc,
- 11:39ce que j'ai appris,
- 11:40c'est que...
- 11:41tout ça va entraîner une anticipation.
- 11:43C'est-à-dire,
- 11:43c'est comme si on écrivait la suite et la fin déjà avant même qu'on y réfléchit.
- 11:50Ça se fait spontanément.
- 11:52Mais il y a des pièges à chaque niveau.
- 11:54Il y a d'abord des pièges à la perception.
- 11:57Tout à fait.
- 11:58Alors,
- 11:58juste avant,
- 11:59la notion de conscience de la situation dont le terme paraît un peu compliqué à comprendre,
- 12:07en fait,
- 12:07c'est extrêmement simple.
- 12:09Ça a été développé par une psychologue américaine du nom de Mika Hensley en 1995.
- 12:15Elle a analysé toute une série d'accidents d'avions,
- 12:18d'incidents graves également,
- 12:20et elle en a retenu environ 150 pour lesquels elle avait suffisamment d'éléments dans les rapports qui avaient été publiés à l'issue de ces incidents et ces accidents pour essayer de comprendre comment des pilotes dans un cockpit se construisent une compréhension globale de la réalité.
- 12:37Et donc...
- 12:37elle a pu déterminer que cette conscience de la situation se développe en trois étapes.
- 12:43La première,
- 12:43c'est celle de la perception.
- 12:45Donc,
- 12:45je vais percevoir les éléments du contexte que je vais ensuite comprendre.
- 12:51Et donc,
- 12:52ça,
- 12:52c'est la deuxième étape.
- 12:53Et la troisième étape,
- 12:54en fonction de cette compréhension,
- 12:56je vais anticiper ce que j'imagine qui va se passer à l'avenir.
- 12:59Donc,
- 12:59ces trois étapes sont les trois étapes fondamentales de la façon dont nous interprétons le monde de manière générale,
- 13:07en permanence.
- 13:08Donc,
- 13:08en fait,
- 13:09on anticipe parce qu'on aimerait arriver à la décision.
- 13:12C'est-à-dire,
- 13:12il faut que le cerveau,
- 13:13il faut qu'il se projette déjà dans l'avenir et dans l'action,
- 13:16si je comprends bien.
- 13:17Le cerveau a besoin de se faire une idée de ce qui va se passer pour pouvoir prendre la meilleure décision possible.
- 13:24Oui,
- 13:24notamment s'il faut courir parce que la situation dégénère ou un truc du genre.
- 13:27Exactement.
- 13:29Voilà,
- 13:29alors,
- 13:29et les pièges de la perception ?
- 13:32Qu'est-ce qui fait que la perception peut être déformée et qu'elle...
- 13:37qu'elle peut être complètement loin de la réalité.
- 13:40Et c'est important,
- 13:41a priori,
- 13:42de s'en rendre compte et d'en être conscient.
- 13:44Tout à fait.
- 13:44Donc,
- 13:45à chacune des trois étapes,
- 13:46perception,
- 13:46compréhension,
- 13:47anticipation,
- 13:48il y a des pièges qui vont nous mener sur une fausse piste,
- 13:54quelque part.
- 13:55Et un des pièges de perception,
- 13:57c'est ce qu'on appelle le défaut d'attention.
- 13:59C'est-à-dire qu'il y a énormément de situations dans lesquelles
- 14:04Les informations qui nous permettraient une bonne compréhension par la suite,
- 14:08donc en deuxième étape,
- 14:09une bonne compréhension de la situation,
- 14:10sont présentes,
- 14:12mais nécessitent d'aller les chercher.
- 14:15C'est-à-dire qu'il y a des éléments qui sont saillants,
- 14:17qui sont évidents,
- 14:19qui viennent vers nous.
- 14:20Une alarme qui retentit,
- 14:22ça va être un élément qui vient vers nous.
- 14:24Par contre,
- 14:25une information qui serait éventuellement cachée dans une application qui existe,
- 14:31mais qu'on doit aller chercher,
- 14:32nécessite un certain effort.
- 14:34Et donc,
- 14:35ce que Mickensley a remarqué,
- 14:36c'est qu'il y avait toute une série de situations dans lesquelles les éléments permettant une bonne compréhension étaient présents,
- 14:45étaient disponibles en tout cas,
- 14:46mais l'effort d'aller les chercher n'était pas nécessairement fait par les pilotes,
- 14:51parce que,
- 14:52de nouveau,
- 14:53notre système 1 est économe,
- 14:54notre système 2 est énergivore,
- 14:56et donc notre système 1,
- 14:58comme tu l'as dit en introduction,
- 15:01Notre système 1,
- 15:02il va nous amener à tirer des conclusions rapides de manière à économiser de l'énergie.
- 15:10Et ça va nous poser certains problèmes,
- 15:15notamment lorsqu'on essaye d'avoir une perception globale de la situation,
- 15:18parce qu'on va louper certains éléments.
- 15:21D'accord.
- 15:21Alors,
- 15:22Kahneman parle de Wissiati,
- 15:26c'est la perception partielle.
- 15:28Tout à fait.
- 15:28Et donc,
- 15:28ça rejoint un peu ce que je disais là.
- 15:30Wissiati,
- 15:31c'est pour « what you see is all there is » .
- 15:33On traduit ça en français par « covera » ,
- 15:37le principe,
- 15:38le phénomène covera,
- 15:39ce qu'on voit et rien d'autre.
- 15:41C'est-à-dire que les éléments auxquels on est directement confrontés sont ceux sur lesquels on a tendance à se baser essentiellement.
- 15:50sans aller rechercher d'autres informations pertinentes,
- 15:54mais qui sont plus difficiles à trouver.
- 15:57D'accord.
- 15:57Donc,
- 16:00quelle est la conduite à tenir et quelles sont les bonnes pratiques pour déjouer ce biais cognitif ?
- 16:05Alors,
- 16:06j'ai vu qu'il y avait 189 biais cognitifs décrits par Kahneman.
- 16:12Ça prend une vie de se connaître.
- 16:14Oui,
- 16:14oui,
- 16:15tout à fait.
- 16:15Il y a énormément de biais cognitifs,
- 16:16pas tous décrits par Kahneman,
- 16:18mais il y a
- 16:20une série d'auteurs qui se sont amusés à recenser l'intégralité des biais cognitifs qu'ils ont repéré dans la littérature scientifique.
- 16:29Ils ont créé le codex des biais cognitifs.
- 16:31Il y en a qui sont un peu tirés par les cheveux et moins pertinents pour ceux qui nous occupent.
- 16:39Mais il y en a toute une série qui sont très pertinents.
- 16:42Alors,
- 16:42pour ce qui est de la perception,
- 16:44tu demandais comment faire en sorte d'avoir ...
- 16:48La meilleure perception possible,
- 16:51la première chose,
- 16:51c'est de tâcher de rester dans ce qui est factuel plutôt que dans les interprétations.
- 16:56On a vu tout à l'heure que l'interprétation,
- 16:58notre cerveau a tendance à interpréter de manière systématique.
- 17:03Et lorsqu'on veut se faire une bonne représentation d'une situation,
- 17:07on doit repartir de la base,
- 17:09c'est-à-dire qu'on doit repartir des faits.
- 17:11On n'a pas un délinquant,
- 17:13on a un jeune homme avec des cheveux rasés,
- 17:15habillé d'une certaine manière.
- 17:17qui court dans une certaine direction,
- 17:19c'est très important pour éviter de tout de suite tomber dans un biais qui va nous emmener vers une mauvaise compréhension et donc très probablement une mauvaise anticipation.
- 17:29Est-ce qu'on peut donner du coup la vraie histoire qui s'est passée ?
- 17:32Parce qu'au final,
- 17:33ce n'était pas un délinquant.
- 17:35En réalité,
- 17:36c'était le petit-fils du monsieur qui courait vers lui pour essayer de le sauver justement parce qu'il a vu que la voiture allait l'attaquer.
- 17:44Alors que...
- 17:45L'histoire qu'on en a faite était complètement à côté,
- 17:51par jugement,
- 17:52parce qu'au vu du look du jeune homme,
- 17:55on a fait toute une interprétation et on a construit une histoire qui n'était pas la bonne.
- 18:01Tout à fait.
- 18:02Et en plus,
- 18:02notre cerveau est plutôt câblé pour imaginer le pire.
- 18:07Donc,
- 18:07dans ce genre de situation,
- 18:08on va tout de suite s'imaginer qu'il y a quelque chose qui est bien pire qu'éventuellement la réalité.
- 18:15Ok,
- 18:16et donc rechercher les éléments pertinents.
- 18:20Les autres billets,
- 18:21ce sont la perception erronée et la suggestibilité.
- 18:25Et je pense qu'il y a un petit…
- 18:29Oui,
- 18:31l'exemple qu'on avait abordé quand on a fait la connaissance de soi et la suggestibilité,
- 18:38c'est quelque chose qui se rapproche.
- 18:40Tu peux nous en parler,
- 18:41Guillaume ?
- 18:41Bien sûr.
- 18:43L'idée,
- 18:43c'est que
- 18:48notre cerveau va en permanence nous amener à tirer des conclusions par rapport à une situation.
- 18:52Et lorsque nous avons une attente,
- 18:54cette attente va influencer la manière dont nous percevons une situation.
- 19:00Et donc,
- 19:01si nous sommes convaincus qu'un élément est présent dans l'environnement ou un élément est absent dans l'environnement,
- 19:08l'exemple typique,
- 19:10c'est qu'on cherche ses clés de maison ou ses clés de voiture.
- 19:12C'est ça.
- 19:13Et on passe trois ou quatre fois devant la table de la cuisine et on regarde sur la table de la cuisine,
- 19:18on ne les voit pas.
- 19:19Et puis,
- 19:19à un moment donné,
- 19:21on commence un peu à s'énerver,
- 19:23ce qui n'aide pas les choses parce qu'on a un niveau de stress qui monte et donc un système 2 qui commence à être affecté.
- 19:28Et puis,
- 19:29quelqu'un qui est dans le bâtiment avec nous nous dit « mais qu'est-ce qui se passe ?
- 19:32Tu ne devrais pas déjà être parti ? »
- 19:33« Mais si,
- 19:34mais je cherche mes clés de voiture. »
- 19:35Mais regarde,
- 19:36elles sont là,
- 19:36devant toi,
- 19:37sur la table de la cuisine,
- 19:38précisément là où on a regardé trois ou quatre fois.
- 19:41Comme on l'a dit dans notre première rencontre,
- 19:45notre cerveau va créer la représentation qu'il se fait de l'environnement,
- 19:49la représentation visuelle qu'il se fait de l'environnement,
- 19:52non seulement en fonction des photons qui arrivent à nos rétines,
- 19:55mais aussi en fonction de tout un travail de traitement de données,
- 19:59si on peut dire,
- 20:00qui est réalisé par les aires visuelles du cerveau.
- 20:03Et donc,
- 20:03si je suis persuadé que mes clés ne sont pas à un endroit,
- 20:07mon cerveau est capable de recréer une image de cet endroit,
- 20:10sans les clés,
- 20:11et donc je ne les trouve pas.
- 20:13C'est la même chose quand on est confronté à une situation,
- 20:17je pense que j'avais,
- 20:18je ne sais plus si j'avais abordé cet exemple.
- 20:20Je ne pense pas de pilote qui,
- 20:24avant chaque vol,
- 20:25généralement fait le plein de carburant.
- 20:27Et donc,
- 20:30le camion-citerne arrive à l'avion.
- 20:32Le responsable chargé de faire les pleins vient demander au pilote quelle est la quantité de carburant dont vous avez besoin.
- 20:40Les pilotes lui répondent en fonction d'un calcul qu'ils ont fait valider ensemble.
- 20:45Et puis...
- 20:46le pétrolier,
- 20:47comme on l'appelle,
- 20:48ce monsieur redescend de l'avion pour aller faire le plein de l'avion,
- 20:51et quelques minutes après,
- 20:54dizaines,
- 20:54quinzaines de minutes après,
- 20:55les pilotes se rendent compte que le camion,
- 20:58si ternes,
- 20:58est parti.
- 20:59Et donc,
- 20:59pour eux,
- 21:00l'interprétation,
- 21:02c'est les pleins sont faits.
- 21:04Au moment de la checklist,
- 21:05alors qu'en fait,
- 21:06le camion est parti parce qu'il y avait un problème technique sur le camion,
- 21:10et le monsieur était parti en chercher un autre.
- 21:13Lors de la checklist,
- 21:15Lorsqu'ils sont arrivés à l'item lors duquel la quantité de carburant à bord est vérifiée,
- 21:20les pilotes ont cru voir sur la jauge de carburant l'indication correspondant au carburant qu'ils souhaitaient avoir et pas au carburant qu'il y avait effectivement à bord.
- 21:30Le décollage a eu lieu et très rapidement,
- 21:32c'était un vol moyen courrier.
- 21:34Il y avait beaucoup d'aéroports dans les environs,
- 21:36heureusement.
- 21:37Et puis les alarmes de l'avion sont faites de manière à ce que lorsque la quantité de carburant devient faible,
- 21:44on est prévenu suffisamment à l'avance et donc ils ont eu à un moment donné une alarme carburant insuffisant et ils sont allés se poser sur un terrain aux alentours.
- 21:53Un terrain ?
- 21:54Pas un aéroport ?
- 21:55Pardon,
- 21:56on dit un terrain d'aviation,
- 21:58donc un aéroport.
- 21:59Oui,
- 21:59c'est le jargon.
- 22:03Mais donc,
- 22:03on voit que notre cerveau est capable de nous montrer quelque chose qui n'est pas là ou à l'inverse de nous occulter quelque chose qui est présent dans l'environnement.
- 22:11C'est-à-dire que Euh...
- 22:13C'est de l'auto-suggestibilité.
- 22:16Le cerveau nous propose une réponse et on croit que c'est ça.
- 22:21Les clés,
- 22:22au fait,
- 22:22elles étaient là,
- 22:23mais comme on pensait peut-être qu'elles étaient ailleurs,
- 22:26et on était persuadés qu'elles étaient ailleurs,
- 22:28donc du coup,
- 22:29le cerveau nous a enlevé cette information.
- 22:31Ce n'est pas le wish-seeing ?
- 22:33Alors,
- 22:34ça,
- 22:34c'est le phénomène de wish-seeing.
- 22:37On a aussi le phénomène de wish-hearing qu'on avait déjà abordé aussi,
- 22:40c'est-à-dire qu'on est persuadé qu'on va entendre quelque chose.
- 22:43Et notre cerveau,
- 22:45pour autant que le son qu'on entend soit suffisamment proche de notre attente,
- 22:51notre cerveau va le transformer pour que ça corresponde.
- 22:53Ce sont des phénomènes qui peuvent mener à des problématiques de perception dans une situation.
- 23:03Et puis,
- 23:03il y a un autre phénomène qui est aussi fréquent,
- 23:08c'est le fait que notre cerveau n'aime pas.
- 23:12pas l'incertitude.
- 23:14Et donc,
- 23:14lorsqu'il manque un élément,
- 23:16même si cet élément n'est pas disponible,
- 23:18même s'il n'est pas vérifié,
- 23:20notre cerveau va boucher le trou.
- 23:21Il va le compléter.
- 23:22Il va le compléter.
- 23:24Et ça,
- 23:25on parlait tout à l'heure d'un policier qui entendrait des témoins.
- 23:29Il est arrivé,
- 23:30notamment lors d'un accident,
- 23:33le crash d'un avion d'entraînement de l'armée française,
- 23:37que la gendarmerie soit...
- 23:40impliqués dans des interrogatoires et notamment l'interrogatoire d'un témoin qui disait avoir vu toute la scène,
- 23:46avoir vu l'avion se crasher.
- 23:48Et lors de son audition,
- 23:49les gendarmes se sont rendus compte qu'il y avait quelques incohérences par rapport à la manière dont un avion peut se comporter en vol ou pas.
- 23:56Et ils sont allés demander à ce monsieur,
- 23:58indiquez-nous exactement où vous vous trouviez quand vous avez vu l'avion tomber au sol.
- 24:04Et donc,
- 24:04il leur a indiqué l'endroit où il était et ils se sont rendus compte que d'où il était,
- 24:07ce n'était pas possible de voir.
- 24:09la fin de ce vol.
- 24:12Donc l'avion est parti en vrille,
- 24:13il est tombé de manière plutôt verticale,
- 24:16il a impacté le sol,
- 24:17mais d'où ce monsieur,
- 24:18d'où ce témoin était,
- 24:19il ne pouvait pas le voir.
- 24:21Et ce n'était pas de la mauvaise foi.
- 24:22Son cerveau avait reconstruit cette réalité parce qu'il manquait un morceau de l'histoire et comme c'est inconfortable pour le système 1,
- 24:32il avait reconstruit la réalité.
- 24:33Mais c'est un...
- 24:35concept qui est assez connu des policiers et des enquêtes policières pour l'interrogatoire des témoins et qui a été à l'origine d'histoires assez célèbres.
- 24:49Il y a beaucoup de constructions cérébrales aussi quand il s'agit du canal visuel,
- 24:53par exemple,
- 24:54notre cerveau construit des images,
- 24:57il peut les simplifier pour les rendre plus acceptables ou alors il fait en sorte que,
- 25:04tu me diras Guillaume,
- 25:05Pour ce qui est des inférences bayésiennes,
- 25:07par exemple,
- 25:08il fait en sorte de calculer la probabilité la plus haute et de nous la proposer parce que sinon,
- 25:16il y aurait trop de possibilités et donc il en choisit une.
- 25:19En fait,
- 25:19c'est notre...
- 25:20fonctionnement permanent,
- 25:22celui des inférences bayésiennes.
- 25:24Alors je vais expliquer rapidement ce que c'est.
- 25:26C'est une forme de probabilité inverse.
- 25:28C'est-à-dire que,
- 25:29pour prendre un exemple,
- 25:30si je vous tends un sac de billes dans lequel je vous dis,
- 25:36a priori,
- 25:37il y a
- 25:3875% de billes rouges et 25%
- 25:40de billes blanches dans ce sac,
- 25:41et je vous demande d'en tirer 4.
- 25:43Généralement,
- 25:44vous dites,
- 25:44ok,
- 25:45il est probable que je tire
- 25:473 billes rouges et une bille blanche.
- 25:50L'inférence,
- 25:51c'est l'inverse.
- 25:52Je vous tends le sac sans vous dire ce qu'il y a dedans,
- 25:54sans vous donner la proportion de billes rouges et de billes blanches,
- 25:56et je vous demande de tirer 4 billes.
- 25:58Vous tirez 3 billes rouges et une bille blanche,
- 26:00à l'aveugle,
- 26:02et vous en inférez,
- 26:03vous en déduisez le fait qu'il y a probablement dans ce sac une proportion proche de 75%,
- 26:0825%.
- 26:10En fait,
- 26:11notre cerveau,
- 26:11de nouveau,
- 26:13dans une optique d'efficacité,
- 26:16dans une optique d'économie,
- 26:17procède de cette manière-là en permanence.
- 26:20Chaque fois que nous sommes confrontés à un élément de notre environnement,
- 26:24notre cerveau procède à une évaluation de ce qui est le plus probable,
- 26:29à quoi cela correspond-il le plus probablement.
- 26:33Et de nouveau,
- 26:34dans plus de 99%
- 26:36des cas,
- 26:37ça fonctionne très très bien,
- 26:38ce sera correct.
- 26:39Et de temps en temps,
- 26:40il y a une erreur qui est commise,
- 26:42et c'est cette erreur qui peut à la suite mener à une erreur de décision.
- 26:47et du coup à une issue défavorable.
- 26:51Voilà.
- 26:52Sur le plan kinesthésique,
- 26:53les pilotes sont assez sensibilisés à ces illusions.
- 26:58Il y en a une qui est assez fréquente,
- 27:05celle où on a l'impression de remonter en altitude alors qu'au final,
- 27:11on est en train d'accélérer en descente.
- 27:13Tu peux expliquer ça,
- 27:14Guillaume ?
- 27:15Oui,
- 27:15donc ça c'est une illusion qui concerne plus notre système kinesthésique et notre système vestibulaire,
- 27:23et on appelle ça l'illusion somatographique,
- 27:26c'est-à-dire que notre cerveau a des difficultés à faire la distinction entre une accélération longitudinale et une accélération verticale.
- 27:37Et donc,
- 27:38dans une situation dans laquelle un avion...
- 27:42Imaginons un avion qui est en approche finale,
- 27:45qui est sur le point d'atterrir,
- 27:47la piste est devant lui,
- 27:49et puis au dernier moment,
- 27:51parce que par exemple le contrôle aérien lui en donne l'ordre,
- 27:56parce qu'un véhicule d'inspection n'a pas dégagé la piste aussi rapidement qu'il le pensait,
- 28:02l'ordre est donné à l'avion de faire une remise de gaz.
- 28:05Et le danger lorsqu'on fait une remise de gaz,
- 28:08c'est que...
- 28:09Étant donné qu'on remet les gaz à fond sur les moteurs,
- 28:13on a une forte accélération longitudinale et notre cerveau peut l'interpréter comme une rotation du nez de l'avion vers le haut pour remonter dans les airs.
- 28:23Et donc,
- 28:23il y a eu plusieurs accidents où les pilotes étaient persuadés que l'avion était en montée alors qu'il continuait à descendre vers le sol en accélérant.
- 28:31Et donc,
- 28:31tous les pilotes sont sensibilisés à tous ces biais cognitifs et il y a même un entraînement pour ça,
- 28:38j'imagine.
- 28:39Les simulateurs de vol ?
- 28:40Alors,
- 28:40les simulateurs de vol,
- 28:42en fait,
- 28:43s'appuient sur l'illusion somatographique pour faire croire au pilote,
- 28:47pour faire ressentir au pilote qu'il est réellement dans un avion.
- 28:51Donc,
- 28:51les simulateurs de vol exploitent un peu ce phénomène de manière à influencer la perception des pilotes.
- 28:59Mais effectivement,
- 29:00nous sommes conscientisés à tout ça.
- 29:01Nous avons des formations qui nous expliquent ces phénomènes,
- 29:06à la fois pour
- 29:08ces biais qui sont de l'ordre physiologique,
- 29:10et aussi pour tous les biais cognitifs.
- 29:13Oui,
- 29:13parce que l'objectif de tout ça,
- 29:15c'est de pouvoir avoir une perception factuelle la plus pertinente possible pour ne pas découler sur un jugement qui est erroné et une prise de décision à côté.
- 29:30Alors les autres biais,
- 29:33il y a celui de l'effet halo,
- 29:35et ça me semble important parce qu'au-delà des milieux qui sont sécuritaires,
- 29:41c'est quand même...
- 29:42Ça concerne la vie de tous les jours et ça concerne tous les milieux de travail parce que quand on arrive en entretien d'embauche,
- 29:50par exemple,
- 29:54c'est le premier effet.
- 29:55Oui,
- 29:56l'effet de halo,
- 29:56c'est un effet qui est bien connu généralement.
- 30:01Il est exploité par tout ce qui est marketing,
- 30:04tout ce qui est publicité,
- 30:07y compris lors des élections.
- 30:10la manière dont les affiches qui présentent les candidats sont réalisées.
- 30:15L'effet de halo,
- 30:16il dit que l'image,
- 30:19si on a une image positive de quelqu'un dans un domaine,
- 30:22on va transposer cette image dans d'autres domaines également.
- 30:26Et par exemple,
- 30:27on va se dire,
- 30:28par rapport à quelqu'un qui se présente aux élections,
- 30:33tiens,
- 30:34cette personne présente bien,
- 30:36elle est bien coiffée,
- 30:37elle est bien habillée,
- 30:38elle est souriante.
- 30:39Donc,
- 30:39elle doit être compétente.
- 30:41Alors qu'il n'y a aucun lien entre les deux.
- 30:43Mais de manière spontanée,
- 30:45notre cerveau,
- 30:46notre système 1 a tendance à faire ce lien.
- 30:48Oui,
- 30:48en somme,
- 30:49le petit-fils du vieux monsieur,
- 30:51il n'aurait eu aucune chance en étant habillé comme il était,
- 30:54quoi.
- 30:55Il n'aurait eu aucune chance de se faire embaucher.
- 30:57Il aurait peut-être spontanément été interpellé par la police ou la gendarmerie pour un contrôle.
- 31:03Alors que c'est simplement son style vestimentaire.
- 31:06C'est ça.
- 31:08Alors,
- 31:08passons au piège de compréhension,
- 31:10c'est le niveau secondaire,
- 31:12avant d'arriver dans la conscience de la situation à l'anticipation.
- 31:17Et là aussi,
- 31:18une fois qu'on a essayé de percevoir de façon pertinente,
- 31:22on peut quand même être piégé par notre cerveau,
- 31:25encore là aussi,
- 31:27par certains biais qu'il faut connaître.
- 31:30Il y en a deux principalement dont tu parles,
- 31:33et c'est important de les connaître parce que,
- 31:35pareil,
- 31:36c'est quelque chose qu'on qu'on on
- 31:41qui sortent spontanément.
- 31:42D'ailleurs,
- 31:43le fait d'hiver était assez rigolo.
- 31:47Est-ce qu'on peut parler du biais de confirmation ?
- 31:50Oui,
- 31:50bien sûr.
- 31:50C'est un des biais qui est le plus prégnant dans les situations présentant une certaine complexité,
- 31:59mais pas que,
- 32:00mais généralement dans le domaine professionnel.
- 32:04Le biais de confirmation va nous influencer
- 32:08en faisant correspondre la réalité à nos hypothèses de départ.
- 32:12C'est-à-dire qu'à un moment donné,
- 32:14si on a l'impression qu'on s'est fait une bonne représentation de la situation,
- 32:18qu'on a une bonne conscience de la situation,
- 32:20perception dont on est satisfait et compréhension dont on est convaincu,
- 32:25eh bien,
- 32:26on va interpréter tous les nouveaux éléments qui vont se présenter à nous comme étant une confirmation de la situation,
- 32:33de notre interprétation.
- 32:35Et même si à un moment donné,
- 32:36on a...
- 32:37un élément complémentaire qui se présente et qui est en opposition avec cette compréhension qu'on s'est construite,
- 32:44on va le réfuter.
- 32:46On va trouver un moyen de le minimiser,
- 32:49voire de le transformer pour comme si on s'accrochait à cette compréhension qu'on a.
- 32:56C'est inconscient.
- 32:56Tous ces biais sont inconscients,
- 32:58c'est dans le système 1 et de nouveau,
- 32:59c'est dans un souci d'économie.
- 33:01Ce n'est pas toujours,
- 33:03ce n'est pas efficace en l'occurrence,
- 33:05donc ça va...
- 33:06potentiellement nous amener à une mauvaise compréhension.
- 33:09Mais ce qu'il faut comprendre,
- 33:10c'est que le système 1,
- 33:12c'est un effaceur de doute.
- 33:14Parce que qui dit doute,
- 33:15dit nécessité de se pencher plus en détail sur la situation,
- 33:19donc d'investir de l'énergie et du temps,
- 33:21et notre cerveau n'aime pas faire ça.
- 33:24Alors tu racontes l'histoire du vol et du pilote,
- 33:28du commandant de bord,
- 33:29qui s'est trompé sur l'endroit d'atterrissage.
- 33:33parfaitement persuadé dans la phase de descente qu'il avait identifié tous les repères visuels,
- 33:38mais qu'au final,
- 33:39quand ils se sont posés,
- 33:41heureusement sans gros dégâts,
- 33:43qu'il avait atterri à côté dans un aérodrome voisin.
- 33:47Tout à fait.
- 33:49Ça,
- 33:49ça me fait penser à Christophe Colomb.
- 33:52Il a découvert l'Amérique en étant complètement persuadé jusqu'à la fin,
- 33:57même après qu'il était arrivé en Inde.
- 34:03c'est un biais de confirmation,
- 34:04non ?
- 34:04Je ne connais pas bien l'histoire.
- 34:07Ça fait longtemps que je n'ai pas vu le film.
- 34:10Mais effectivement,
- 34:11on peut imaginer qu'étant tellement persuadé...
- 34:14que le prochain continent sur lequel il allait tomber en naviguant dans ces directions,
- 34:20c'était l'Inde.
- 34:22Au début,
- 34:23le processus cognitif par lequel il a dû passer devait être une sorte de biais de confirmation jusqu'à ce que les éléments lui indiquant qu'il était dans l'erreur étaient trop forts,
- 34:37trop évidents.
- 34:38Trop forts ou quelqu'un l'a réveillé.
- 34:39Oui,
- 34:40tout à fait.
- 34:41Alors ça,
- 34:41c'est intéressant aussi.
- 34:42Ce que tu dis là,
- 34:43c'est que...
- 34:44il est très difficile de sortir d'un biais par soi-même.
- 34:47Lorsque nous sommes pris par un biais cognitif individuellement,
- 34:51il est très difficile de prendre le recul et de se poser la question
- 34:56« est-ce que je ne suis pas en train de faire fausse route ? »
- 34:58Par contre,
- 34:59on est beaucoup mieux armé une fois qu'on connaît ces différents biais pour voir qu'une autre personne est en train de tomber dedans.
- 35:08Et donc,
- 35:08lorsqu'on travaille en équipe,
- 35:10on s'appuie sur ce phénomène en disant
- 35:13Si à un moment donné,
- 35:14tu as l'impression que je suis en train de me laisser avoir par un biais de confirmation,
- 35:19par un biais d'habitude,
- 35:21par un biais de disponibilité,
- 35:22il y en a beaucoup,
- 35:23beaucoup,
- 35:24eh bien,
- 35:25surtout dis-le-moi.
- 35:26Ok.
- 35:27Est-ce que tu veux bien raconter,
- 35:29je ne sais pas si tu te souviens,
- 35:31de l'exemple des techniciens qui étaient dans le contrôle d'un réacteur nucléaire ?
- 35:39Tu te souviens de cet exemple ?
- 35:42ils avaient deux connexions alors que dans le schéma il y en avait qu'un.
- 35:48Et ce qui se passe c'est qu'ils vont quand même procéder à l'interruption pour...
- 35:54Je ne sais pas,
- 35:54ils devaient probablement faire un contrôle et ils devaient procéder à l'interruption d'un seul connecteur.
- 36:02Ils ont fini par biais de confirmation,
- 36:06c'est-à-dire ils sont persuadés que ça ne va pas avoir de conséquences et ils vont...
- 36:11débrancher les deux,
- 36:11ce qui va causer l'arrêt complet du réacteur nucléaire.
- 36:15Oui,
- 36:15donc c'est un incident qui a causé cet arrêt.
- 36:20Il faut savoir qu'un arrêt de réacteur nucléaire,
- 36:21c'est très coûteux financièrement pour le producteur d'électricité.
- 36:26Et là,
- 36:27ce qui est intéressant,
- 36:27c'est de voir que ces techniciens,
- 36:30à un moment donné,
- 36:31ils ont eu un doute.
- 36:32Ils ont été étonnés de voir que sur ce schéma,
- 36:34ce schéma ne correspondait pas à leur compréhension du système.
- 36:38Et plutôt que...
- 36:40d'investiguer,
- 36:41éventuellement d'aller chercher d'autres informations pour avoir une meilleure perception,
- 36:46informations qui étaient disponibles mais qui nécessitaient d'investir un certain effort,
- 36:51ils ont décidé de s'en remettre à ce qui était le plus évident et donc ils ont provoqué cet arrêt d'urgence.
- 36:56Il faut juste dire que ce n'est pas forcément une négligence,
- 36:58c'est-à-dire que c'est une conviction inconsciente que c'est comme ça et qu'il n'y a pas besoin de remettre en question.
- 37:05C'est surtout cette nuance-là qu'il faut expliquer.
- 37:08Ce ne sont pas des gens qui se sont dit « allez,
- 37:10bof,
- 37:10on ne va pas prendre la peine de poser la question à quelqu'un » .
- 37:14C'est simplement qu'ils sont dans une grande persuasion qu'ils ont raison et que c'est comme ça.
- 37:20Ça paraît tellement évident à ce moment-là pour eux.
- 37:23Tout à fait.
- 37:24Et c'est le cas en fait pour tous les biais cognitifs.
- 37:26Il n'y a aucune négligence qui est associée à aucun des biais cognitifs.
- 37:29Ce sont des raccourcis qui sont pris par le cerveau.
- 37:32Ces raccourcis ont eu leur utilité pour...
- 37:36permettre notre survie au fur et à mesure de l'évolution de l'espèce.
- 37:40Et aujourd'hui,
- 37:41nous évoluerons dans un environnement qui est beaucoup plus complexe et dans lequel ces raccourcis continuent à être efficaces dans une grande majorité des cas,
- 37:51mais de temps en temps,
- 37:52vont nous amener à des interprétations erronées de la situation.
- 37:57Et ce qui permet de sortir de ça,
- 37:58c'est de se poser la question,
- 38:00même si on est dans nos certitudes et qu'on a l'impression que tous les feux sont ouverts.
- 38:06Ne pas hésiter à se poser des questions quand il y a des situations qui sortent un peu de ce qu'on...
- 38:14Eh bien tiens,
- 38:17ça fait l'enchaînement idéal pour le biais d'habitude.
- 38:20J'allais dire si c'est des choses qu'on fait habituellement.
- 38:24Et puis,
- 38:25comme tu dis,
- 38:26il ne faut pas nommer un avocat du diable,
- 38:28celui qui va contredire,
- 38:30pas juste pour contredire,
- 38:32mais qui permet de...
- 38:33de poser les questions qui nous réveillent un peu et qui font qu'on peut sortir de notre torpeur et de notre mode automatique.
- 38:41Alors parlons du billet d'habitude.
- 38:42Celui-là,
- 38:43on l'a vraiment très régulièrement.
- 38:45Il nous protège,
- 38:47il nous rassure,
- 38:48il permet de faire les choses de façon répétitive.
- 38:53Et c'est ce qui nous rend un peu experts,
- 38:57on va dire,
- 38:57quand on sait faire les choses de façon automatique.
- 39:00mais le problème c'est que
- 39:02Oui,
- 39:04le biais d'habitude,
- 39:05c'est le fait de se dire « c'est comme la dernière fois »
- 39:08ou « c'est comme toutes les fois » .
- 39:09Et donc,
- 39:11on ne va pas pousser l'analyse de la situation,
- 39:14la réflexion plus loin.
- 39:16de nouveau dans un souci d'économie,
- 39:18et ça peut nous amener à commettre des erreurs.
- 39:23Il y a cet exemple très significatif qui s'est passé dans l'usine de Bhopal en Inde,
- 39:32où à un moment donné,
- 39:33une indication sur un cadran dans la salle de contrôle indiquait une pression anormale dans une cuve chimique,
- 39:42et l'opérateur qui était devant ce...
- 39:46Cet indicateur s'est dit,
- 39:48ça y est,
- 39:48c'est encore l'indicateur qui débloque,
- 39:50parce que ça s'était déjà passé par le passé.
- 39:53Or là,
- 39:53en l'occurrence,
- 39:53ce jour-là,
- 39:54il y avait de l'eau qui était rentrée par erreur dans cette cuve qui contenait encore un produit chimique.
- 40:00Ça avait provoqué une réaction.
- 40:02Et l'issue,
- 40:03c'est que la pression dans la cuve a augmenté de manière telle qu'il y a eu d'énormes nuages de vapeur toxique qui se sont échappés.
- 40:14et...
- 40:15de nombreux milliers de personnes qui sont décédées ou qui ont été définitivement handicapées dans la région autour de Bhopal.
- 40:22Et c'est simplement le fait que cet opérateur,
- 40:25confronté souvent à cet indicateur qui donnait de fausses indications,
- 40:31n'a pas poussé la réflexion plus loin et par facilité s'est dit
- 40:34« ça y est,
- 40:35c'est de nouveau la même chose,
- 40:36ça débloque,
- 40:37c'est pas grave » .
- 40:39Donc se familiariser avec les billets.
- 40:43C'est ce qui nous donne la chance de les déjouer.
- 40:47Mais tout ça,
- 40:48ça permet d'avoir une conscience de situation qui est plus factuelle,
- 40:54plus pertinente.
- 40:56Maintenant,
- 40:57on a parlé au départ des interprétations qui étaient hétérogènes en fonction des personnes.
- 41:05Il faut...
- 41:07Il faut que cette conscience de la situation s'harmonise pour tout le monde quand on veut travailler en équipe,
- 41:12quand on veut partager une situation et aller dans le sens d'une décision commune.
- 41:18Oui,
- 41:18tout à fait.
- 41:19Et ça,
- 41:20c'est ce qu'on appelle la conscience de la situation partagée.
- 41:24Juste avant de développer ça,
- 41:25tu disais qu'une manière de déjouer ses biais cognitifs,
- 41:29c'est de se familiariser avec.
- 41:30Rappelons-nous quand même qu'on est très,
- 41:33comme je l'ai dit,
- 41:34on est très mauvais pour
- 41:36identifier soi-même un biais dans lequel on a tendance à tomber.
- 41:38Par contre,
- 41:39on peut développer une pratique de se poser certaines questions.
- 41:44Et donc,
- 41:44quand on est dans une situation,
- 41:47par évidente,
- 41:49pour laquelle on s'est fait une représentation facilement,
- 41:55ou alors qui ressemble à une situation précédente,
- 41:58posons-nous des questions simples.
- 41:59Ayons ce qu'on appelle une attitude interrogative,
- 42:02c'est-à-dire poser la question,
- 42:04tiens,
- 42:04qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?
- 42:06Qu'est-ce que les éléments qui sont en opposition avec mon interprétation me disent ?
- 42:12On peut se poser des questions qui vont nous permettre de se donner une chance,
- 42:17de sortir de ce biais.
- 42:19Alors,
- 42:19concernant la conscience de la situation partagée,
- 42:23ce qui est important,
- 42:24c'est que chacun,
- 42:25chaque personne va se faire une conscience de la situation,
- 42:28une représentation de la situation selon le principe qui a été décrit,
- 42:32à savoir les trois étapes de perception,
- 42:34compréhension.
- 42:35et anticipation.
- 42:36Mais peut-être qu'on a des compréhensions différentes,
- 42:39des anticipations différentes au sein d'une équipe.
- 42:41Et donc,
- 42:42il est fondamental de partager ces informations,
- 42:46de partager ces compréhensions,
- 42:47de manière à se mettre d'accord sur,
- 42:50OK,
- 42:50notre conscience de la situation,
- 42:52elle est celle-là,
- 42:53on la partage en équipe,
- 42:54et ça va nous permettre ensemble de travailler à la construction d'une décision commune.
- 43:00Et donc,
- 43:00la manière de faire ça...
- 43:02Lorsqu'on se rend compte qu'on a une interprétation différente de la situation,
- 43:07c'est de repartir de la base,
- 43:08c'est-à-dire de repartir des faits,
- 43:10et de voir ensemble sur quels faits te bases-tu pour avoir telle compréhension et telle anticipation.
- 43:17Et on va se rendre compte qu'on ne se base pas nécessairement sur les mêmes faits,
- 43:20ensuite qu'on n'a pas nécessairement les mêmes connaissances et les mêmes expériences,
- 43:24le même vécu qui vont mener à la compréhension à partir des faits,
- 43:28Et à partir de là,
- 43:29l'anticipation généralement...
- 43:31va être commune.
- 43:33Il est très important,
- 43:34lorsqu'on a la chance de travailler en équipe,
- 43:37de partager les informations de manière à se donner la meilleure chance possible d'y apporter la bonne solution.
- 43:44Partager les informations qui paraissent pertinentes.
- 43:48Il y a vraiment une idée de toujours mettre à profit ses propres éléments pour l'équipe et pour le groupe et faire vérifier qu'on a bien compris la même chose.
- 44:01et de valider auprès des autres que c'est bien de ça qu'on parle et qu'on a compris la même chose.
- 44:07Et tu parles de s'arrêter.
- 44:10Ça,
- 44:10on ne prend pas assez le temps de prendre quelques minutes pour vérifier que tout le monde est OK et qu'on a compris la même chose et qu'on essaye de construire ensemble la même décision.
- 44:23On en a parlé lorsqu'on a abordé déjà le signal faible plutôt dans nos échanges,
- 44:30lorsqu'on a abordé le briefing.
- 44:32Il est important de prendre des moments,
- 44:35soit lorsqu'on pense que c'est nécessaire à n'importe quel moment parce que quelqu'un doute l'expérience,
- 44:39et donc on le prend en compte et on essaie de comprendre et de vérifier,
- 44:45soit parce que,
- 44:46de manière systématique,
- 44:48on prend un moment ensemble pour partager les informations,
- 44:51de manière systématique,
- 44:53par exemple lors d'un briefing.
- 44:55Lorsque les pilotes dans un cockpit réalisent un briefing avant décollage,
- 45:01avant l'approche ou à un autre moment,
- 45:04la première étape de ce briefing va consister à...
- 45:08évaluer ensemble les menaces qui sont présentes dans la situation.
- 45:12Et donc,
- 45:12c'est un échange qui fait suite à une réflexion préalable.
- 45:16Et parfois,
- 45:17il y a un pilote qui évalue une telle menace,
- 45:19alors que l'autre va en proposer une autre.
- 45:23Donc,
- 45:23c'est une construction commune d'une conscience de la situation partagée.
- 45:28Est-ce que tu peux me parler des signaux faibles ?
- 45:30C'est quelque chose qui m'a été assez difficile à comprendre à toutes les étapes.
- 45:38Je comprends juste que c'est la petite voix qui,
- 45:42à un moment donné,
- 45:43nous dit que quelque chose ne tourne pas comme il faut.
- 45:47Une petite perception,
- 45:49une petite voix.
- 45:51Et après,
- 45:52qu'est-ce qu'on en fait ?
- 45:53Les signaux faibles,
- 45:54c'est un élément qui est extrêmement important.
- 45:58Ça correspond à ce qu'on a tous déjà vécu un jour.
- 46:01C'est ce sentiment indéterminé qu'il y a un truc qui ne va pas.
- 46:05on ne parvient pas à
- 46:07mettre ça parfois en mots parce qu'on ne sait pas ce qui provoque ce sentiment,
- 46:13mais on a le sentiment qu'il y a un truc qui ne va pas.
- 46:15Ça vient d'où ?
- 46:17Parfois,
- 46:17c'est une petite voix,
- 46:18comme tu le disais.
- 46:19C'est le fait de se dire,
- 46:20tiens,
- 46:21mais c'est bizarre.
- 46:22Et ce qui est fondamental,
- 46:24avant de te dire d'où ça vient,
- 46:25ce qui est fondamental,
- 46:26c'est de ne pas rester avec ça parce que si on ne le partage pas,
- 46:31rapidement...
- 46:32Je vais expliquer le phénomène dans un instant,
- 46:34mais rapidement,
- 46:35on risque de se priver d'une information cruciale.
- 46:38Alors,
- 46:39le thérapeute français Jacques Fradin,
- 46:42qu'on a déjà évoqué,
- 46:44propose une explication de ce phénomène de signal faible.
- 46:49Rappelez-vous qu'une des fonctions du système 2,
- 46:52c'est en permanence de surveiller le système 1.
- 46:55Et lui propose que le signal faible soit un signal qui est envoyé par le système 2 au système 1.
- 47:02Pour lui signifier,
- 47:03en fait,
- 47:04ce n'est pas vraiment au système 1,
- 47:05mais le système 2 veut nous prévenir que le système 1 a commis une erreur.
- 47:11Et comme il n'a pas de ligne directe,
- 47:14on va dire,
- 47:14pour nous prévenir,
- 47:16ce qu'il semble,
- 47:17d'après la théorie de Fradin,
- 47:18ce qu'il semble avoir trouvé comme subterfuge,
- 47:21c'est de passer par le mode reptilien,
- 47:24par les signaux de stress.
- 47:25Et c'est généralement pour ça que,
- 47:26quand on est dans ce genre de situation,
- 47:28c'est une boule au ventre,
- 47:29c'est une tension,
- 47:30c'est...
- 47:33je ressens un inconfort par rapport à la situation,
- 47:35mais je ne sais pas ce qui provoque cet inconfort.
- 47:38Et il y a un chercheur qui s'appelle Igor Hansov qui a travaillé beaucoup sur les filtres cognitifs qui sont liés aux signaux faibles.
- 47:49Et lui dit qu'il y a trois filtres que ce signal faible doit traverser avant de devenir une information concrète qui va permettre...
- 48:00une prise de décision et une action.
- 48:02Donc,
- 48:02on a d'abord le filtre de surveillance.
- 48:06Donc ça,
- 48:06ça revient un peu au filtre de l'attention,
- 48:09c'est-à-dire qu'un élément auquel je ne suis pas du tout attentif,
- 48:13ni consciemment ni inconsciemment,
- 48:15ne va pas pouvoir provoquer un signal faible.
- 48:18Ensuite,
- 48:18il y a le filtre de pertinence.
- 48:21Le filtre de pertinence,
- 48:22c'est le fait de se poser la question est-ce que cette donnée est utile ou pas ?
- 48:26Et si je prends cette décision tout seul,
- 48:29Le risque,
- 48:30c'est que dans certaines situations,
- 48:32je me trompe parce que pour moi,
- 48:33ce n'est pas une donnée pertinente,
- 48:35mais pour un collègue qui a éventuellement un autre rôle,
- 48:38un autre métier ou un autre vécu,
- 48:43une autre expérience,
- 48:44ce sera peut-être une information extrêmement pertinente.
- 48:48Et enfin,
- 48:48et c'est souvent le plus important dans les situations professionnelles au sein des équipes,
- 48:54c'est le filtre d'influence.
- 48:56C'est-à-dire que c'est le filtre qui...
- 48:59consiste à oser dire et plutôt que de regarder autour de soi,
- 49:03de voir que personne n'a l'air inquiet dans la situation.
- 49:09et de se dire à ce moment-là,
- 49:10je ne vais rien dire parce que sinon je risque de passer pour un imbécile,
- 49:13c'est de prendre la parole et de se faire confiance et de dire,
- 49:19j'ai l'impression qu'il y a un truc qui ne va pas,
- 49:21mais je ne sais pas ce que c'est.
- 49:22Alors,
- 49:23quand on est dans une équipe qui n'a pas été formée à cette notion de signal faible,
- 49:28ça peut paraître très difficile à faire.
- 49:30Mais lorsque toute l'équipe a été formée à cette notion,
- 49:33et lorsque tout le monde a bien compris que dans ce genre de situation,
- 49:36la seule manière de ne pas passer à côté d'un événement,
- 49:39potentiellement très important,
- 49:41c'est d'oser dire,
- 49:43c'est de formuler son inconfort et puis,
- 49:46ensemble en équipe,
- 49:48rapidement de scanner l'environnement pendant 30 secondes pour vérifier que tous les paramètres principaux sont dans le vert,
- 49:54eh bien,
- 49:56tant qu'on n'a pas eu cette formation,
- 49:58c'est très difficile de s'exprimer.
- 50:01concrètement,
- 50:03ce que je ne perçois pas,
- 50:04c'est si jamais...
- 50:06C'est que si on a des inquiétudes,
- 50:07parce que moi,
- 50:08là,
- 50:08ce que je comprends,
- 50:09c'est que on a une inquiétude où on se dit quelque chose ne va pas.
- 50:14Et du coup,
- 50:14au lieu d'en rester là,
- 50:16c'est d'essayer d'abord en soi à vérifier de quoi il s'agit pour vérifier sa propre perception,
- 50:23et ensuite de la partager avec le groupe pour dire quelque chose n'est pas...
- 50:29si cohérente pour moi,
- 50:30est-ce qu'on peut en parler et est-ce que vous pouvez vérifier avec moi si c'est ok ou si c'est pas ok c'est ça que je comprends alors en fait c'est l'inverse,
- 50:38c'est-à-dire que je ne vais pas essayer de faire une analyse moi-même parce que si j'essaie de faire une analyse et que je me laisse influencer par mes biais,
- 50:47notamment le fait que mes collègues n'ont pas l'air de réagir éventuellement ils ont plus d'expérience et puis en plus la personne qui est à côté de moi c'est
- 50:57ce professeur éminent et si je connais son tempérament éventuellement si je l'interromps je vais me faire incendier cette analyse risque de m'empêcher de m'exprimer donc l'idée c'est qu'on ne fait aucune analyse on a cet inconfort,
- 51:14on l'exprime j'ai un inconfort,
- 51:16il y a quelque chose qui ne va pas dans la situation,
- 51:17j'ai l'impression qu'il y a quelque chose qui ne va pas mais je n'ai pas pu déterminer ce que c'était et ensemble en équipe on va essayer d'analyser la situation rapidement
- 51:26vérifier les paramètres principaux de manière à pouvoir valider ou invalider signal faible.
- 51:31Ce que j'ai reçu comme témoignage au sein de Bloc Opératoire,
- 51:37au sein de six structures hospitalières qui ont été formées notamment au checklist,
- 51:42au leadership et au signal faible,
- 51:45c'est que depuis que tout le monde ose s'exprimer quand il y a ce genre d'inconfort,
- 51:49dans environ 85%
- 51:51des situations,
- 51:52entre 85 et 90%
- 51:54des situations,
- 51:55l'équipe...
- 51:55détecte un élément qui aurait pu dégénérer par la suite.
- 51:58Donc un élément qui n'est pas normal.
- 52:01Et un élément,
- 52:03je peux te donner un exemple concret,
- 52:04c'est une infirmière en salle d'op qui à un moment donné s'exprime.
- 52:12Attendez,
- 52:12stop,
- 52:13il y a un truc qui ne va pas,
- 52:14mais je ne sais pas ce que c'est.
- 52:15L'équipe regarde autour d'elle et se rend compte que dans le self-savor,
- 52:19il y a une quantité de sang qui est complètement incohérente par rapport à...
- 52:24la représentation qu'a l'équipe de la situation et en fait,
- 52:27il n'avait pas détecté une hémorragie interne.
- 52:30Elle n'avait pas vu cette quantité de sang.
- 52:33Mais son système 1 inconsciemment avait perçu cette information et essayait de lui dire au travers de signales faibles.
- 52:41Ça,
- 52:41j'entends bien quand c'est pertinent et quand ça aboutit à quelque chose de concret.
- 52:46Mais je pense à toutes les fois où on peut avoir affaire à des personnes qui sont inquiètes et qui vont ...
- 52:54se poser des questions à toutes les étapes et qui vont devoir à chaque fois,
- 53:02à chaque fois qu'elles entendent la petite voix d'inquiétude,
- 53:07elles vont le verbaliser devant tout le monde et qui va interrompre régulièrement,
- 53:13plus régulièrement le process.
- 53:14Donc comment on fait ?
- 53:17Tout le monde peut interrompre et dire il y a quelque chose qui ne va pas,
- 53:21je m'inquiète.
- 53:22Le principe,
- 53:23c'est que tout le monde puisse le dire.
- 53:24Parce que si tout le monde ne se sent pas libre de partager ce genre d'inconfort,
- 53:31très rapidement,
- 53:31des informations vont être perdues et des conséquences potentiellement dramatiques vont s'en suivre.
- 53:37Bien sûr,
- 53:38si on est confronté à un collègue dont on se rend compte qu'il est particulièrement facilement inquiet,
- 53:44on va dire,
- 53:45on peut éventuellement recourir au debriefing par la suite pour essayer de faire en sorte que...
- 53:51le niveau d'information,
- 53:52la quantité d'information qui soit partagée,
- 53:55soit plus propice à la réussite.
- 53:59Mais ce qu'on remarque,
- 54:02c'est que dès...
- 54:04C'est comme pour tout.
- 54:04Une mauvaise impression,
- 54:05on peut la faire très rapidement,
- 54:06c'est difficile de s'en défaire.
- 54:08Une bonne impression,
- 54:09c'est plus difficile.
- 54:10Et donc,
- 54:11si on a un collègue qui,
- 54:14en plus,
- 54:14est subordonné,
- 54:16dirons-nous,
- 54:17qui va à un moment donné exprimer un doute,
- 54:20et que ce doute est balayé du revers de la main par son responsable,
- 54:24est-ce que tu penses qu'il va s'exprimer la fois suivante ?
- 54:26Non.
- 54:26Donc l'idée,
- 54:27c'est,
- 54:28dans un premier temps,
- 54:29accueillir...
- 54:30toutes ses questions,
- 54:31tous ses doutes,
- 54:32ses remarques,
- 54:33etc.
- 54:34Et à un moment donné,
- 54:35éventuellement,
- 54:36lors du débriefing,
- 54:38repasser ça avec lui et voir peut-être que,
- 54:40OK,
- 54:41il faut que tu t'exprimes,
- 54:42mais il y a un équilibre à trouver.
- 54:45Donc,
- 54:45je comprends que de toute façon,
- 54:47il y a un bénéfice qui est largement supérieur à collecter toutes les petites voix de tout le monde,
- 54:53de laisser la possibilité de s'exprimer pour...
- 54:58tous les membres de l'équipe,
- 54:59quel que soit leur grade.
- 55:01Et quitte à réguler ça quand il y a des excès chez certaines personnes,
- 55:05parce que de toute façon,
- 55:06le bénéfice,
- 55:08il dépasse l'interruption.
- 55:12Voilà,
- 55:14c'est un peu ça.
- 55:15Tout à fait.
- 55:19Mes chers amis,
- 55:21dans le prochain chapitre,
- 55:23il sera question de passer à l'action et de prendre des...
- 55:27décision.
- 55:29Comment procéder ?
- 55:30C'est très simple.
- 55:31Suivez le podcast,
- 55:33vous serez notifié de la publication du prochain épisode.
- 55:37Si vous passez un moment privilégié dans Enquête d'accord,
- 55:41sachez que c'est tout le sens de ma démarche.
- 55:44Encouragez Enquête d'accord par vos likes,
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- 55:58Je vous remercie infiniment pour votre soutien et je vous dis à très bientôt.