Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Viellir ensemble et compter jusqu'au bout et au delà!
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- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:14Vieillir n'est ni un crime ni un naufrage.
- 0:19Véronique m'explique ici la déprise,
- 0:22le temps de prendre enfin le temps de vivre.
- 0:27Je lui réponds,
- 0:28si je suis vieille,
- 0:30j'aurais vécu des jours de plus,
- 0:33rêver plus longtemps et j'aurais aimé plus grand encore.
- 0:38Venez écouter Véronique parler du grantage et venez vérifier que dans la fin de vie reste l'humanité entière.
- 0:48Bonne écoute !
- 0:55Bonjour Véronique.
- 0:56Bonjour Imane.
- 0:57C'est un grand plaisir pour moi de t'accueillir dans Enquête d'accord.
- 1:01Moi aussi,
- 1:02je suis ravie d'être là.
- 1:04J'ai envie de te présenter...
- 1:05Aujourd'hui,
- 1:07tu es là pour pouvoir parler de la personne âgée.
- 1:11Nous allons évoquer la vieillesse dans ce qu'elle a de singulier,
- 1:17dans ce qu'elle nous concerne et qu'elle nous parle à tous les âges.
- 1:21Et on peut évoquer aussi,
- 1:24par la vieillesse,
- 1:26peut-être la fin de vie qui fait partie de la vie et qu'il faut de toute façon évoquer.
- 1:33Tu as un double regard.
- 1:35parce que tu as une double profession,
- 1:37on va dire.
- 1:38Tu pourras me compléter si tu veux.
- 1:40Tu es d'abord psychiatre-gérontologue.
- 1:43C'est ça.
- 1:43Tu pratiques depuis plusieurs années dans un hôpital d'assistance publique de gériatrie qui s'occupe de la personne âgée,
- 1:53la personne âgée particulièrement qui a besoin de soins,
- 1:58qui a certaines maladies et certaines comorbidités.
- 2:01À côté de ça,
- 2:02tu es docteur en philosophie pratique.
- 2:06et éthique médicale.
- 2:07Et ces patients,
- 2:09tu les accompagnes à l'hôpital Émile Roux depuis plus de
- 2:1230 ans.
- 2:15Tu questionnes des problématiques existentielles,
- 2:19éthiques,
- 2:20philosophiques,
- 2:20médicales et sociétales,
- 2:22toutes liées à la vieillesse,
- 2:24à la fin de vie.
- 2:25Tu as écrit de nombreux ouvrages.
- 2:28Je peux en citer quelques-uns.
- 2:30Il y a celui qui parle de la maladie d'Alzheimer.
- 2:35Il y a l'éthique à l'écoute des petites perceptions,
- 2:40c'est comme ça le titre ?
- 2:41C'est exactement ça,
- 2:43aux éditions RS,
- 2:44qui est issue de ma thèse de philosophie,
- 2:46où je me suis questionnée sur le sentiment d'exister des malades d'Alzheimer.
- 2:51Personne ne s'était questionné d'un point de vue anthropologique ou philosophique.
- 2:54Et cette thèse et ce livre ont reçu de nombreux prix.
- 2:59Et c'est très heureux,
- 3:00parce que ça nous montre les malades d'Alzheimer autrement que celles que...
- 3:04Le grand public perçoit.
- 3:05C'est un sujet à part entière,
- 3:08la maladie d'Alzheimer.
- 3:10Tu as parlé de soigner les soignants.
- 3:12Oui.
- 3:13Parce que tu es soignante et parce que tu vis aux côtés des soignants au quotidien et que tu as vécu des choses,
- 3:21notamment la période Covid.
- 3:24Parfaitement.
- 3:27Tu as écrit deux livres que j'ai lus qui sont « Vieillir n'est pas un crime » .
- 3:34Il y a un sous-titre,
- 3:35je crois,
- 3:36à ce livre.
- 3:37Pour en finir avec l'agisme.
- 3:39C'est ça,
- 3:39parce que cette notion est extrêmement importante.
- 3:42Grâce à toi,
- 3:43j'ai appris ce qu'était l'agisme et j'aimerais bien l'évoquer avec toi.
- 3:48Et je n'ai pas pu m'empêcher de lire ton dernier livre qui est complètement d'actualité,
- 3:55qui est
- 3:56« Mourir sur ordonnance ou être accompagné jusqu'au bout » ,
- 3:59un livre qui interpelle
- 4:01Car le sujet est d'actualité,
- 4:03comme je l'ai dit,
- 4:04et parce qu'il est là des notions éthiques que,
- 4:12de part ma profession,
- 4:13j'ai besoin de connaître.
- 4:15Et grâce à ton livre,
- 4:16j'ai été beaucoup éclairée et j'aimerais partager ça avec le plus grand nombre.
- 4:22Volontiers.
- 4:23Et en faire le relais.
- 4:26Est-ce qu'on va parler de vieillesse ?
- 4:29On va parler du bien vieillir.
- 4:33C'est le sujet de ta vie,
- 4:36d'une partie de ta vie.
- 4:37Tu as énormément travaillé sur la question.
- 4:41Tu as non seulement de la recherche à ce sujet,
- 4:47mais également,
- 4:52ta transmission est quotidienne par ta participation.
- 4:55passion à des conférences,
- 4:56à des radios,
- 4:57à des médias,
- 4:58c'est un sujet qui te tient à cœur.
- 5:00Mon livre commence par une citation de Chateaubriand qui a été reprise par De Gaulle qui dit
- 5:07« la vieillesse est un naufrage et toi tu veux prouver le contraire.
- 5:15La vieillesse c'est au-delà de ça,
- 5:18c'est beau,
- 5:19il suffit d'avoir le regard et les yeux pour le voir » .
- 5:23Parfaitement,
- 5:24la vieillesse nous fait peur parce qu'elle nous renvoie à notre finitude.
- 5:30Alors tu as bien fait de dire que je travaille auprès de personnes malades.
- 5:35S'il est plus fréquent d'être malade en vieillissant,
- 5:38vieillir n'est pas une maladie,
- 5:40il faut le savoir.
- 5:41Vieillir c'est un processus,
- 5:43on peut vieillir comme du bon vin,
- 5:45comme du bon fromage et avoir du qualitatif en vieillissant bien.
- 5:51C'est-à-dire en gardant toutes ses capacités cognitives,
- 5:54mais aussi physiques,
- 5:55sa manière d'être en restant chez soi.
- 5:58qui est la volonté de la plupart de nos concitoyens,
- 6:00et c'est formidable.
- 6:02Donc,
- 6:02mamés malades,
- 6:04ils ont droit au respect,
- 6:05ils ont droit à la meilleure des prises en charge,
- 6:07mais ils sont malades.
- 6:09Ce sont des personnes âgées avec des polypathologies,
- 6:12environ six pathologies,
- 6:14et en plus,
- 6:15ils ont des troubles neuroévolutifs de type de la maladie d'Alzheimer.
- 6:20Donc,
- 6:20on doit développer des soins particuliers pour eux,
- 6:23mais ils ne représentent que 5 à 10 %.
- 6:26des personnes âgées qui ne peuvent pas rester autonomes chez elles.
- 6:30Donc,
- 6:3080 à 90 %
- 6:33vieillissent tranquillement chez elles.
- 6:35Parfaitement,
- 6:35et c'est heureux.
- 6:37Et c'est ce vers quoi il faut tendre,
- 6:38bien sûr.
- 6:39Et quel est le pourcentage dans les EHPAD ?
- 6:43Alors,
- 6:43dans les EHPAD,
- 6:45le pourcentage de personnes atteintes de maladies neuroévolutives est de 80 %.
- 6:50C'est quand elles ne peuvent plus rester chez elles,
- 6:53qu'elles y sont pour tout un tas de raisons.
- 6:57lié à la perte d'autonomie,
- 6:58mais il faut savoir que le modèle des EHPAD sera un modèle à revoir.
- 7:03Déjà,
- 7:04on n'a même plus le concept de maison,
- 7:06la maison,
- 7:07le toit du monde sous lequel on est.
- 7:09On dit que c'est un établissement d'hébergement.
- 7:12On est hébergé à titre temporaire,
- 7:14par des amis,
- 7:15mais on n'est pas dans son chez-soi.
- 7:18Et c'est important de rester dans son chez-soi.
- 7:21Notre modèle est à revoir,
- 7:23il faudrait des petites structures.
- 7:25avec un mélange des générations intergénérationnelles au cœur des villes.
- 7:30Moi vraiment,
- 7:30je prône pour des villes amies des aînés,
- 7:33comme il y en a au Québec par exemple,
- 7:35et de plus en plus en France.
- 7:37On ne peut pas laisser les vieux en marge de la société,
- 7:40dans des EHPAD où ils n'ont pas choisi d'entrer,
- 7:43où ils rentrent par défaut.
- 7:44Il n'y a que 5%
- 7:46des personnes âgées dépendantes,
- 7:48avec des dépendances physiques,
- 7:50psychiques,
- 7:51neurologiques,
- 7:52entrent dans les EHPAD,
- 7:53qui sont accueillies dans les EHPAD.
- 7:55Alors c'est quoi vieillir ?
- 7:57Vieillir,
- 7:57c'est un processus délicieux.
- 7:59C'est un processus donc pas un état.
- 8:02On n'est pas vieux tout d'un coup.
- 8:05Il s'installe au fil du temps et il y a des moments où on se sent très vieux,
- 8:10très fatigué,
- 8:11très irritable.
- 8:13C'était mieux avant.
- 8:15Et puis il y a des moments où on se sent comme un jeune homme,
- 8:18une jeune fille de 20 ans.
- 8:20Donc c'est un processus qui est complètement discursif,
- 8:23qui varie en fonction du contexte dans lequel on est,
- 8:26et qui nous permet de à la fois témoigner et transmettre ce que la vie nous a fait,
- 8:34ce que la vie nous a traversé,
- 8:35et ce que l'on peut encore transmettre aux jeunes.
- 8:38Moi à l'hôpital,
- 8:39j'ai la chance d'avoir des jeunes externes qui ont 20 ans,
- 8:43dont je m'occupe avec beaucoup de bonheur,
- 8:45à leur faire retrouver ce plaisir de la clinique.
- 8:49du sens clinique,
- 8:49d'observer le malade,
- 8:50de ne pas être derrière que des examens complémentaires.
- 8:54Trop souvent,
- 8:54nos jeunes sont à cocher des cases dans l'efficience,
- 8:57le protocole.
- 8:58Moi,
- 8:58je suis demain.
- 8:59Regardez comment ils se présentent,
- 9:01comment ils marchent,
- 9:02comment ils parlent,
- 9:04où elles,
- 9:05etc.
- 9:06L'observation,
- 9:07la clinique.
- 9:08Et donc,
- 9:09ce vieillissement peut se voir,
- 9:12mais il ne reflète pas le vieillissement toujours du corps.
- 9:16on a
- 9:19La première chose que l'on regarde,
- 9:20c'est le regard.
- 9:21Regarder,
- 9:22Vittor Hugo disait,
- 9:24dans le beau endormi,
- 9:25dans le regard du vieux,
- 9:27on voit une flamme.
- 9:30Et dans le regard du jeune,
- 9:31on voit la lumière,
- 9:32mais elle n'est pas pareille,
- 9:33elle peut s'éteindre.
- 9:34On voit une flamme.
- 9:36C'est un très très joli poème qui nous montre bien qu'il ne faut pas qu'il y ait de clivage intergénérationnel.
- 9:42Que vieillir,
- 9:44on va le faire tout au long de notre vie.
- 9:47Alors évidemment,
- 9:47on dit chez les enfants,
- 9:48ils grandissent et puis ils mûrissent.
- 9:51Et l'âge mûr,
- 9:52c'est 40,
- 9:5350 ans.
- 9:54Et puis après,
- 9:54c'est le déclin,
- 9:55mais pas du tout.
- 9:56Moi,
- 9:56j'ai soutenu une thèse de philosophie,
- 9:58j'avais 62 ans.
- 10:00C'est l'âge béni de tous les possibles,
- 10:02au contraire,
- 10:03où on fait le tri entre ce qui va nous encombrer,
- 10:06ce que l'on souhaite.
- 10:07On est beaucoup plus sûr de soi.
- 10:10Et on ne veut plus s'encombrer des choses pour lesquelles,
- 10:13finalement,
- 10:15on baissait le dos,
- 10:16on disait « bon,
- 10:17ben voilà,
- 10:18c'est des combats impossibles,
- 10:19mais je ne les mène plus » .
- 10:20C'est pas vrai.
- 10:21Moi,
- 10:22depuis que j'ai 71 ans et depuis que j'ai un âge digne d'être retraitée,
- 10:27mais je ne le suis pas,
- 10:29je travaille encore à l'hôpital,
- 10:30bien sûr,
- 10:31et avec beaucoup de bonheur et à l'enseignement.
- 10:33Eh bien,
- 10:33au contraire,
- 10:35c'est l'âge de plein de combats magnifiques à mener,
- 10:37mais dans la douceur,
- 10:39dans une autre temporalité,
- 10:41dans ce témoignage que je dois transmettre aux jeunes générations,
- 10:45qu'ils soient médecins ou non.
- 10:47Oui,
- 10:47je comprends.
- 10:48Alors,
- 10:48ça veut dire que c'est l'âge où s'adoucissent les passions,
- 10:52où s'installe la sagesse ?
- 10:54Parfaitement,
- 10:55mais pas toujours.
- 10:56Parfois,
- 10:59il reste des coquins et des coquines.
- 11:02Et c'est bien,
- 11:03et c'est tant mieux.
- 11:04Mais une certaine sagesse où on relativise,
- 11:07où on se dit,
- 11:07on ne va pas tomber dans les passions tristes,
- 11:10les passions tristes de Nietzsche qui nous tirent vers le bas,
- 11:14parce que haïr,
- 11:15c'est dépendre encore.
- 11:16On veut notre autonomie,
- 11:18notre indépendance,
- 11:19on veut être écouté,
- 11:21on veut transmettre ce que la vie nous a appris,
- 11:23et c'est ça qui est important.
- 11:25Alors la sagesse,
- 11:26c'est renoncer à ses passions tristes,
- 11:29mais pas s'accoutumer au gnan-gnan,
- 11:31au rien faire,
- 11:32au
- 11:34« moi je suis vieille,
- 11:35je ne compte pour rien » .
- 11:36Non,
- 11:36non,
- 11:37les vieux sont une richesse,
- 11:39et vieillir est une chance dans laquelle nous pouvons nous épanouir dans notre société française.
- 11:44Alors,
- 11:45il y a une notion dont tu parles,
- 11:46c'est la déprise que j'ai apprise dans ton livre.
- 11:50J'aimerais bien que tu me l'expliques,
- 11:52Véronique.
- 11:52Oui,
- 11:53parce qu'on est pris,
- 11:54on est traversé par des passions,
- 11:55on est traversé par des conflits intergénérationnels,
- 11:58interpersonnels.
- 11:59Et pouvoir vieillir tranquillement,
- 12:01c'est se déprendre de tout ça,
- 12:03de son fardeau,
- 12:05poser son sac à dos,
- 12:06pouvoir être tranquille et avoir une nouvelle jeunesse.
- 12:09Et ça,
- 12:10on l'a,
- 12:11parce que la jeunesse,
- 12:11elle est aussi celle de l'esprit.
- 12:14de l'âme qui perdure tout autour.
- 12:16Alors,
- 12:17je vais faire un petit peu de philo.
- 12:19Descartes disait qu'on était un corps séparé de son esprit,
- 12:23qu'on était tripartite,
- 12:24le corps,
- 12:25l'âme et l'esprit.
- 12:26Et évidemment,
- 12:26on appelait ça le dualisme cartésien.
- 12:29Je ne pourrais pas te parler,
- 12:31Eman,
- 12:31si j'avais juste un esprit,
- 12:33sans corps et sans âme qui vibre.
- 12:37Nous vibrons ensemble en ce moment et c'est très important.
- 12:41pour notre cerveau.
- 12:42On est en train de développer des synapses.
- 12:44On est des zones politikon,
- 12:46disait Aristote,
- 12:48c'est-à-dire que on est des êtres de relation.
- 12:51Et donc,
- 12:51c'est très important de pouvoir se défaire de ce qui nous alourdit,
- 12:55des boulets de la vie.
- 12:57Et ça,
- 12:57l'âge nous le permet.
- 12:58Il nous le permet sans irritabilité,
- 13:02sans hargne,
- 13:03en disant,
- 13:03mais ça,
- 13:04c'est plus pour moi.
- 13:05Je ne vais pas me bagarrer pour ça.
- 13:07Et souvent,
- 13:07on entend les gens âgés dire à mon âge.
- 13:10Je ne vais plus faire ça,
- 13:11je ne vais plus faire telle chose.
- 13:13Mais on peut garder au fond de soi une certaine révolte,
- 13:16par exemple,
- 13:19Indignez-vous de Stéphane Essel,
- 13:22qui a traversé aussi beaucoup de conflits,
- 13:25beaucoup de choses merveilleuses et qui a entraîné toutes les jeunes générations.
- 13:28L'importance de la transmission dans la société ?
- 13:33Elle est incommensurable.
- 13:36Elle est...
- 13:39extraordinaire dans tous les sens du terme,
- 13:42c'est-à-dire de transmettre
- 13:44La façon de faire la cuisine,
- 13:46la façon de chanter,
- 13:48la façon de s'habiller,
- 13:50la façon d'être respectueux d'autrui,
- 13:53de l'éducation,
- 13:55mais aussi nos petits travers,
- 13:59notre côté déjanté,
- 14:01d'être original,
- 14:02de l'esthétisme du monde,
- 14:05s'émouvoir d'un coquelicot qui émerge entre les pavés disjoints du parking de mon hôpital,
- 14:12des petites choses de la vie.
- 14:14qui nous ont nourris.
- 14:16Par exemple,
- 14:16moi je transmets,
- 14:18j'adore tricoter,
- 14:20c'était une très bonne,
- 14:21je trouve une très bonne,
- 14:22j'ai la joie d'être grand-mère,
- 14:25très bonne psychothérapie,
- 14:26on se vide en tricotant,
- 14:28et bien transmettre ça à mes petits-enfants,
- 14:31garçons et filles,
- 14:32c'est merveilleux,
- 14:33c'est formidable.
- 14:35Toutes ces choses-là,
- 14:37mes malades me transmettent les petits métiers.
- 14:40J'ai beaucoup de femmes âgées qui ont travaillé chez des grands couturiers ou des messieurs qui ont travaillé dans des usines de polissage de boutons de nacre.
- 14:49Dès que je les vois,
- 14:51je leur dis « mais quel métier vous faisiez ? »
- 14:52Et là,
- 14:52vous voyez tout de suite les yeux merveilleux.
- 14:56Un menuisier qui me racontait comment il polissait le bois de ses créations.
- 15:01Avec ses vieux doigts gourds,
- 15:03il savait très bien discriminer le numéro du papier de verre,
- 15:07le double zéro,
- 15:08le papier de verre.
- 15:09Ça,
- 15:09ce sont des petits trésors de la vie.
- 15:11Et vous voyez que tous les domaines sont potentiellement transmissibles et il faut le faire.
- 15:18Une personne âgée,
- 15:19c'est une bibliothèque vivante.
- 15:22Il faut oser aller vers elle,
- 15:24oser lui demander qui elle est,
- 15:26quelle est la personne.
- 15:27Elle n'est pas réduite à ses déficits,
- 15:29à ses pertes.
- 15:30elle est élevée
- 15:31elle est une personne vivante jusqu'au bout de sa vie.
- 15:35Est-ce que tu penses,
- 15:35Véronique,
- 15:36que les personnes âgées ou les seniors,
- 15:39en tout cas on les appelle de tous les noms,
- 15:40il y a beaucoup de nominations et de noms pour qualifier l'âge avancé,
- 15:49est-ce que ces personnes participent à la société ?
- 15:51Est-ce qu'en réalité,
- 15:53elles investissent leur rôle,
- 15:55par exemple,
- 15:56de grand-père et de grand-mère ?
- 16:00Dans l'éducation,
- 16:01par exemple,
- 16:01des petits-enfants ?
- 16:02Absolument,
- 16:03absolument.
- 16:04Mais il n'y a pas de normes.
- 16:06Il y a de plus en plus de grands-parents qui disent,
- 16:08moi,
- 16:08les petits-enfants,
- 16:09non.
- 16:09Moi,
- 16:09je vais voyager.
- 16:11Maintenant que je suis en retraite,
- 16:12je n'ai plus envie de m'occuper uniquement des petits-enfants.
- 16:15Mais quand elles le font,
- 16:16elles s'investissent à fond.
- 16:17On emmène au musée,
- 16:20on fait l'aide aux devoirs,
- 16:21on apprend à faire du vélo.
- 16:23toutes les étapes de la vie d'un enfant.
- 16:26On apprend l'enfant à grandir,
- 16:27à s'autonomiser.
- 16:29Et puis,
- 16:29on est là pour les gâter.
- 16:31Alors ça,
- 16:31les parents vont m'en vouloir,
- 16:33mais c'est un rôle merveilleux des grands-parents.
- 16:35On a moins ce rôle d'éducation.
- 16:37Et ce qui est plus compliqué avec les parents est plus facile pour nos grands-parents de gérer.
- 16:43Notamment un chagrin d'amour,
- 16:45notamment des résultats scolaires catastrophiques.
- 16:48Le grand-père,
- 16:49la grand-mère va dire,
- 16:50mais écoute,
- 16:50on va revoir,
- 16:51c'est pas dramatique.
- 16:52Et on
- 16:53on va te faire comprendre que les mathématiques,
- 16:55c'est formidable,
- 16:55parce que tu auras ton autonomie pour compter les sous que je vais te donner.
- 16:59Si tu arrives à compter les sous,
- 17:01tu les auras à la fin de notre petit exercice.
- 17:03On a une autre façon de faire,
- 17:05parce qu'on est moins le nez dans le guidon,
- 17:08on peut se décentrer.
- 17:09L'enjeu n'est pas pareil.
- 17:09L'enjeu n'est pas le même.
- 17:11Mais je trouve qu'autant les personnes âgées s'investissent dans les associations,
- 17:16dans justement le témoignage et la transmission,
- 17:19mais la société ne leur donne pas leur place.
- 17:22Ils sont en liminarité,
- 17:24ils sont pour la plupart sur le seuil de la société.
- 17:27On n'aime pas le vieux dépendant.
- 17:30Pourquoi ?
- 17:30Encore une fois,
- 17:31parce qu'il nous rappelle notre finitude.
- 17:33Mais on aime le vieux pétillant.
- 17:37Antoine Decaune qui vient d'écrire cette revue vieux,
- 17:41qui est très intéressant,
- 17:42mais ce n'est pas un vrai vieux Antoine Decaune.
- 17:45Ni Laura Dillère,
- 17:46ni moi,
- 17:46je me sens...
- 17:47Pas une vraie vieille.
- 17:50Alors,
- 17:50il y a une hiérarchie entre les vieux.
- 17:52Et les seniors,
- 17:53ce ne sont pas du tout nous.
- 17:54Ce ne sont pas les personnes dont je m'occupe.
- 17:56Les seniors,
- 17:57c'est vraiment les 55-65 ans,
- 18:00s'il faut faire des barrières d'âge.
- 18:01Mais vous voyez l'agisme,
- 18:03cette notion d'agisme,
- 18:05qui est la notion d'un racisme anti-âge.
- 18:08C'est le psychiatre et gérontologue Robert Butler qui l'a développé en 1969.
- 18:13C'est vraiment les barrières d'âge.
- 18:16on peut à tout
- 18:16âge.
- 18:17Dire,
- 18:17ah ben,
- 18:18les 55-65 ans,
- 18:20pendant la Covid,
- 18:21ah ben,
- 18:21au-delà de 70 ans,
- 18:22rien n'y me bat.
- 18:23Enfin,
- 18:23tout ça,
- 18:24moi,
- 18:24je me bats contre ça,
- 18:25puisque je vous explique que c'est la singularité de chacun.
- 18:29Et donc,
- 18:29il faut arrêter de mettre les vieux dans des cases.
- 18:32Chaque vieillesse est solaire,
- 18:34est merveilleuse,
- 18:34est formidable,
- 18:35même celle avec dépendance.
- 18:37Moi,
- 18:37je vois la volonté de vivre de mes vrais vieux,
- 18:40polypathologiques et lobotaniques.
- 18:41Mais qu'est-ce qui nous fait peur,
- 18:42alors,
- 18:42dans la vieillesse ?
- 18:44C'est la mort.
- 18:45C'est la dépendance,
- 18:46c'est la mort,
- 18:47c'est le masque de la mort qui nous fait horreur.
- 18:51C'est les tableaux de Goya,
- 18:52voir ces petites vieilles tapis dans l'ombre.
- 18:54Oula,
- 18:55je ne veux pas me projeter dans cette petite vieille démande que je vois.
- 18:59Mais en même temps,
- 19:00je suis médecin,
- 19:01psychiatre et gériatre,
- 19:02et je vais vous raconter cette poésie magnifique d'une vieille femme âgée qui urine sous elle.
- 19:08Elle est atteinte de troubles démentiels évolués.
- 19:11Elle me dit,
- 19:12dans ce souffle,
- 19:14la pluie,
- 19:15même mouillée,
- 19:15est chaude ici.
- 19:17C'est un haïku merveilleux.
- 19:19Donc,
- 19:19pour moi,
- 19:20elle n'est pas réductible à ça.
- 19:22à cet instant de désastre où elle urine sous elle,
- 19:26mais à la poésie dont elle est capable d'en faire essence.
- 19:30Alors nous avons peur de la mort,
- 19:31mais nous avons beaucoup peur de la dépendance surtout.
- 19:34Nous avons peur de la dépendance,
- 19:35et pourtant on est un pays qui s'occupe bien de la dépendance et du maintien de l'autonomie.
- 19:41Nous avons l'APA,
- 19:42nous avons d'ailleurs dans mon livre,
- 19:44j'explique toutes les ressources auxquelles nous avons accès,
- 19:46et c'est rare en France.
- 19:48Parce que les solidarités se mettent difficilement en route.
- 19:52On est dans des familles qui sont des familles,
- 19:53maintenant,
- 19:54nucléaires.
- 19:55Moi,
- 19:56j'avais ma grand-mère.
- 19:57On était dix enfants,
- 19:58mais ma grand-mère vivait chez nous.
- 20:00Et elle perdait sa tête.
- 20:02Mais moi,
- 20:02je n'ai jamais eu peur des personnes âgées.
- 20:04Parce que je sais que ma grand-mère perdait la tête.
- 20:06Et que,
- 20:07bah,
- 20:07ma foi,
- 20:07si elle avait des hallucinations la nuit,
- 20:10c'est pas grave,
- 20:10on disait,
- 20:10viens,
- 20:11viens grand-mère,
- 20:12viens Grémy.
- 20:12On l'appelait Grémy.
- 20:14Et puis,
- 20:14on finissait la nuit avec elle.
- 20:15Et puis,
- 20:15c'était pas grave.
- 20:17Franchement,
- 20:18montrer du doigt les personnes qui ont des troubles cognitifs,
- 20:22c'est quelque chose de terrible.
- 20:23Parce qu'on n'avance pas dans la société.
- 20:26Il faut une société qui soit beaucoup plus inclusive.
- 20:29Oui,
- 20:29on a peur de la dépendance versus l'autonomie,
- 20:32qui serait la valeur culte.
- 20:34Le jeunisme,
- 20:35à tel point qu'on voit des femmes âgées qui sont des jeunes filles de 90 ans,
- 20:41mais c'en est jusqu'à la caricature.
- 20:44Moi,
- 20:44je lutte contre cette image-là des personnes âgées.
- 20:48Pour la silver economy,
- 20:49on nous met une personne âgée qui fait un doigt d'honneur.
- 20:51Moi,
- 20:51je n'aime pas ça du tout,
- 20:53ça n'existe pas,
- 20:54ce n'est pas vrai.
- 20:55Donc,
- 20:55il ne faut pas faire peur avec des images comme ça qui sont caricaturales.
- 21:01Je comprends bien.
- 21:02alors
- 21:03Comment on prend soin de cette vieillesse ?
- 21:07Comment la rendre belle,
- 21:08la garder,
- 21:09la maintenir belle ?
- 21:11Et comment la célébrer ?
- 21:12Tu parles de
- 21:14« all the life matters » .
- 21:16Et oui,
- 21:16les vieux sont importants,
- 21:18comme les noirs,
- 21:19comme n'importe quelle catégorie qu'il ne faudrait pas catégoriser.
- 21:24Ils sont importants,
- 21:25il faut les valoriser.
- 21:27C'est ce mouvement des Black Panthers,
- 21:29ils sont importants à nos yeux.
- 21:32Ils font partie de la société.
- 21:34Je lutte contre cette société séparatiste.
- 21:37Il y a les vieux,
- 21:39les vieux avec dépendance qui restent sur le seuil de la société,
- 21:42qu'on met dans des EHPAD qu'ils n'ont pas choisis.
- 21:45Et puis...
- 21:45Il y a les vrais vieux,
- 21:46les beaux vieux,
- 21:48qui sont absolument magnifiques.
- 21:50Vous avez Catherine Deneuve,
- 21:51nos actrices,
- 21:51qui sont sublimes.
- 21:53Brigitte Bardot,
- 21:54qui est sublime,
- 21:55elle a 91 ans.
- 21:56Elle a choisi de ne rien refaire.
- 21:59C'est son choix.
- 22:00Il est respectable,
- 22:01il est digne,
- 22:02il est magnifique.
- 22:03Elle a choisi de vieillir comme elle est.
- 22:06Et ça,
- 22:07c'est très important de pouvoir le...
- 22:09Il n'y a pas de normes.
- 22:10Je lutte contre cet aspect normatif.
- 22:12Comment ?
- 22:13Prendre soin de la vieillesse solière,
- 22:15déjà en disant qu'on n'a pas à avoir peur de la vieillesse,
- 22:19puisque nous allons vieillir,
- 22:20c'est notre lot commun d'humanité.
- 22:23Je fustige dans mon livre les transhumanistes,
- 22:25qui est une folie de milliardaires américains.
- 22:28Non,
- 22:29on ne va pas vaincre la vieillesse ni la mort en partant,
- 22:33en se faisant cryogéniser ou en partant en fusée,
- 22:36je ne sais où.
- 22:37C'est complètement ridicule.
- 22:38Voilà,
- 22:39c'est cette peur-là qui fait disjoncter ces gens-là.
- 22:42Et ce sont des milliardaires.
- 22:44Donc,
- 22:44il ferait mieux mettre leurs milliards au service de la population d'aujourd'hui.
- 22:49Comment on peut bien vieillir ?
- 22:50Il y a des règles.
- 22:51Moi,
- 22:51je dis d'ailleurs vieillir bien.
- 22:53Parce qu'on est des êtres humains,
- 22:54on aime bien vieillir.
- 22:55pas les injonctions,
- 22:56le bien vieillir et puis après le bien mourir,
- 22:58etc.
- 22:59Le bien faire l'amour,
- 23:00le bien...
- 23:01Non,
- 23:02il faut qu'on puisse absorber les conseils que les grands scientifiques,
- 23:06dans mes livres,
- 23:07je mets toujours,
- 23:08c'est des livres qui sont sourcés,
- 23:10les études,
- 23:10les dernières études médicales,
- 23:12puisque je suis avant tout médecin,
- 23:14même étant psychiatre.
- 23:16Donc,
- 23:16qu'est-ce qu'il faut ?
- 23:17Du relationnel.
- 23:19Il faut lutter contre l'isolement.
- 23:21Et le dernier rapport des petits frères des pauvres montre qu'on est à 730 000 personnes âgées qui sont seules.
- 23:28On peut mourir d'être seul,
- 23:30de la solitude.
- 23:31Mourir socialement,
- 23:32mais mourir psychiquement.
- 23:34Se laisser mourir de dépression,
- 23:37de chagrin.
- 23:38de ne plus jamais jouer à la marchande,
- 23:40il n'y a plus de commerce de proximité,
- 23:41on ne peut plus parler.
- 23:43Il y a des journées entières,
- 23:44on ne parle à personne.
- 23:45C'est quand même tout à fait dramatique.
- 23:46Donc,
- 23:47lutter contre cet isolement,
- 23:49s'appareiller.
- 23:50Alors,
- 23:50les lunettes,
- 23:51c'est formidable.
- 23:52Tu as des très belles lunettes,
- 23:54on peut en avoir de toutes les couleurs,
- 23:57en forme de cœur rouge,
- 23:58comme Laura Adler,
- 23:59c'est magnifique,
- 24:00etc.
- 24:01Mais les appareils auditifs,
- 24:02non,
- 24:02personne n'en veut.
- 24:03Or,
- 24:04si on n'entend pas bien,
- 24:05si on voit moins bien,
- 24:07le message cognitif qui va arriver à notre cerveau sera de moins bonne qualité.
- 24:11On s'isole et hop,
- 24:13on est dans le début des troubles dépressifs et neurocognitifs.
- 24:17Il faut sortir,
- 24:19cultiver son jardin.
- 24:21Quand on songe qu'une marche...
- 24:23par jour,
- 24:23d'une demi-heure,
- 24:25c'est quand même pas compliqué.
- 24:26Une demi-heure fait reculer la prévalence,
- 24:29c'est-à-dire le nombre de malades d'Alzheimer,
- 24:32de
- 24:3230%. Mais allons-y,
- 24:34marchons.
- 24:35Il faut marcher pour le cognitif,
- 24:37pour le souffle,
- 24:37pour les muscles,
- 24:38pour la prévention des chutes,
- 24:41pour le cardio.
- 24:42C'est hyper important.
- 24:43Il faut bien manger.
- 24:44Alors ça,
- 24:45je vais vous faire plaisir à tout le monde parce que c'est le régime crétois.
- 24:49C'est l'huile d'olive,
- 24:51c'est des fruits et des légumes frais,
- 24:53Très peu de viande rouge,
- 24:54et puis des viandes blanches,
- 24:56du poisson.
- 24:57Ce n'est pas très compliqué aujourd'hui de bien manger,
- 25:02selon ce que recommande la science.
- 25:05On augmente ses changes de bien hydrater.
- 25:08Il n'y a pas plus appétant de gras que le cerveau.
- 25:10Donc,
- 25:11il faut bien le nourrir avec d'une bonne graisse et pas des graisses saturées.
- 25:14Donc,
- 25:15ce sont des règles extrêmement simples à mettre en route.
- 25:18qui nous préserve à la fois notre cognitif,
- 25:21notre corps et notre dépendance.
- 25:23Et puis,
- 25:24comme on ne peut pas ne pas dépendre d'autrui,
- 25:26eh bien,
- 25:27il faut donner une image positive de la vieillesse,
- 25:30montrer qu'on peut participer à la société,
- 25:33en gardant les enfants,
- 25:35par la transmission.
- 25:37par les groupes et les associations,
- 25:40les clubs du troisième âge,
- 25:41du quatrième âge,
- 25:42tout ce que vous voulez.
- 25:43Le bénévolat.
- 25:44Le bénévolat,
- 25:45bien sûr.
- 25:45Moi,
- 25:46je fais énormément de bénévolat dans les associations et c'est une très grande joie.
- 25:51Donc,
- 25:52un vieux et vieillir heureux,
- 25:55ça passe par le relationnel,
- 25:57par une vie sociale active,
- 25:59riche,
- 26:00par des relations saines,
- 26:03fluides,
- 26:04épanouies,
- 26:05par des rêves.
- 26:07Oui,
- 26:07s'autoriser les rêves,
- 26:09s'autoriser la poésie,
- 26:10s'autoriser des projets.
- 26:12Bien sûr,
- 26:13au-delà des voyages,
- 26:14on peut très bien voyager dans son village,
- 26:16à côté de chez soi.
- 26:18Aller vers les autres.
- 26:19Quand tu m'as proposé de venir,
- 26:21on ne se connaissait pas,
- 26:22mais moi j'adore.
- 26:23Formidable.
- 26:24Moi aussi.
- 26:25Aller vers les autres,
- 26:26vers de nouvelles expériences,
- 26:28ça c'est formidable.
- 26:29Tout à fait.
- 26:30Mais alors,
- 26:31tous ces gens qui ont peur de vieillir,
- 26:34à commencer par nous-mêmes,
- 26:37qu'est-ce qui nous fait vraiment peur ?
- 26:39Est-ce qu'on peut identifier les points qui nous font peur et qui font qu'on pose tellement de choses qui ne sont pas particulièrement vraies sur le futur ?
- 26:52On pose toutes nos angoisses,
- 26:54certaines qui sont vraies et d'autres qu'on imagine,
- 26:57plein d'imagination quand on pense à demain,
- 27:01au futur,
- 27:02à la vieillesse.
- 27:03On voit la dépendance,
- 27:04on voit l'épade.
- 27:05on voit les services de gériatrie,
- 27:08et on voit des sujets inquiétants comme les sujets de la fin de vie.
- 27:12C'est ça,
- 27:13on voit les mouroirs.
- 27:14Le mouroir,
- 27:15loin des yeux,
- 27:16loin du cœur.
- 27:17On voit le fauteuil roulant,
- 27:19on voit la dépendance physique,
- 27:21psychique,
- 27:22et on voit la maladie d'Alzheimer,
- 27:23qui est la maladie du siècle.
- 27:25La démence.
- 27:25La démence est apparentée.
- 27:28Un million de personnes,
- 27:30aujourd'hui,
- 27:30touchées en France,
- 27:32qui fait extrêmement peur.
- 27:34Beaucoup de gens nous disent,
- 27:35tant qu'elle a sa tête,
- 27:36oui,
- 27:36il a sa tête,
- 27:37ça va.
- 27:38Mais c'est insupportable de ne plus avoir sa tête.
- 27:40Et on a des propos d'euthanasie.
- 27:44Il faut que les vieux sans tête,
- 27:46puisqu'ils ne sont plus tête,
- 27:48ne fassent plus partie de notre société.
- 27:51Descartes était le premier à dire,
- 27:52oui,
- 27:53il faut un cerveau.
- 27:55Hume,
- 27:56John Locke,
- 27:57tous les philosophes disent,
- 27:58mais l'homme n'existe pas.
- 28:00on appelle ça des philosophes utilitaristes,
- 28:02s'il n'y a pas l'esprit pensant,
- 28:04ben si,
- 28:05moi je montre que l'homme existe,
- 28:07parce que l'esprit est pensant à travers ces petites perceptions que l'on a dans les ciels maintenant,
- 28:13avec des malades,
- 28:14même à des stades très évolués de la maladie d'Alzheimer.
- 28:16Donc expliquer que ce n'est pas une fin en soi,
- 28:19qu'il y a des compétences qui ne sont pas uniquement du cognitif,
- 28:23que l'on va avoir...
- 28:25accès à d'autres compétences qu'on appelle les capabilities,
- 28:28à utiliser d'autres ressources.
- 28:30Les capabilities,
- 28:31ça vient du prix Nobel d'économie à Mathiasen,
- 28:34qui en 1988 a montré que les enfants des favelas arrivaient en Inde,
- 28:41arrivaient à survivre avec d'autres choses que ce que les programmes de nutrition de l'État leur donnaient.
- 28:47Eh bien oui,
- 28:48on va utiliser d'autres compétences avec les malades d'Alzheimer,
- 28:52avec les personnes âgées.
- 28:54Et il faut partir d'une présomption de compétence au lieu de partir d'une présomption d'incompétence,
- 29:00d'incapacité.
- 29:01Il ne faut plus voir en termes de capacité et d'incapacité.
- 29:05Mais ça nous fait tellement peur qu'on en vient à une société qui préférait la mort.
- 29:11La mort auto-administrée pour les personnes âgées dépendantes.
- 29:15Il y a un dirigeant d'une mutuelle,
- 29:17la MGEN,
- 29:19qui a dit « mais chez les vieux,
- 29:21le suicide est là.
- 29:23Sur les 12 000 morts par suicide en France par an,
- 29:26abouti,
- 29:28eh bien,
- 29:28vous avez 3000 morts qui sont le fait des personnes âgées depuis 65 ans.
- 29:32Moi,
- 29:33je milite,
- 29:33évidemment,
- 29:34contre ça.
- 29:35Je fais des programmes de formation contre le suicide des personnes âgées.
- 29:39Et les malades m'ont dit,
- 29:40là,
- 29:40on ne voit vraiment pas pourquoi.
- 29:42On ne leur donnerait pas des produits qui soient des produits létals.
- 29:47Ça vient nourrir notre imaginaire terrible.
- 29:51Même la Convention citoyenne a montré,
- 29:54devant les citoyens en bonne santé,
- 29:56que la réponse à la question,
- 29:58c'était,
- 30:00est-ce que la loi Claes-Neoletti,
- 30:02on va peut-être y revenir,
- 30:03je vais vous faire un peu...
- 30:04Oui,
- 30:05il faut qu'on en parle de façon plus précise.
- 30:07Voilà,
- 30:07plus précise de 2016,
- 30:09c'est suffisant pour la fin de vie.
- 30:11Ce n'était pas la peine de faire une Convention citoyenne,
- 30:13la réponse est non,
- 30:14puisque c'est la casuistique,
- 30:15c'est du cas par cas.
- 30:18Il faut prendre en compte toutes ces souffrances morales et ces douleurs physiques.
- 30:22Donc là,
- 30:23pour l'instant,
- 30:24on parle de ce qui effraie les gens et ce qui fait qu'on transpose un petit peu nos inquiétudes sur les sujets qui sont des sujets super importants et qui fait que probablement la réflexion et la réponse à la réflexion peut être biaisée.
- 30:39Et c'est ça que tu es...
- 30:42Oui,
- 30:42je voudrais questionner sur ces chemins compliqués de la fin de vie.
- 30:46Le vieillissement,
- 30:47c'est la fin de vie,
- 30:48mais ce n'est pas la fin de la vie.
- 30:51Il y a la fin de vie,
- 30:53de la vie sociale,
- 30:54avec l'isolement dont je parlais,
- 30:56etc.
- 30:57Du fait qu'on ne voit plus ses enfants,
- 30:59ses petits-enfants,
- 31:00la vie sociale.
- 31:01Et puis,
- 31:02il y a la fin de la vie,
- 31:03qui sont les derniers moments.
- 31:05Qu'est-ce qui va se passer ?
- 31:06Alors là,
- 31:06ça fait encore plus peur.
- 31:08Les Français,
- 31:09et je les comprends,
- 31:10ont peur de mal mourir.
- 31:12Ils ont peur de mal vieillir.
- 31:14et je viens de te dire comment on peut
- 31:15vieillir bien.
- 31:17Et ça,
- 31:17c'est vraiment pas compliqué.
- 31:19Dans la grande majorité des cas,
- 31:20tu nous dis que ça se passe bien.
- 31:22Très bien.
- 31:22Donc,
- 31:2380 à
- 31:2490 %, les gens vieillissent sans trop de dégâts,
- 31:29pas trop de dépendance.
- 31:30Tout à fait.
- 31:31Et on arrive de mieux en mieux.
- 31:33Si on est un petit peu...
- 31:37Si on est informé,
- 31:38si on est sensibilisé,
- 31:39on peut participer à ce que la vieillesse se passe tout bien.
- 31:42Tout à fait.
- 31:43Mais on a peur de mal mourir.
- 31:46On a peur de mal finir et de mal mourir.
- 31:50Et on a peur de la dépendance et,
- 31:53comme on a dit,
- 31:53de perdre un petit peu toutes les fonctions cognitives.
- 31:56Et sa dignité.
- 31:57Ah ben,
- 31:58raconte-moi la dignité,
- 31:59Véronique.
- 31:59Alors,
- 31:59la dignité,
- 32:00c'est un concept qui est plutôt agité.
- 32:03Plus digne la vie ou mourir dans la dignité.
- 32:06C'est assez abstrait.
- 32:07C'est très abstrait.
- 32:09C'est un concept philosophique qui vient...
- 32:11De Kant,
- 32:12le premier philosophe des Lumières,
- 32:15qui a dit,
- 32:15mais la dignité,
- 32:18elle est intrinsèque à l'homme.
- 32:19Parce que nous,
- 32:20un homme avec un grand H,
- 32:22nous sommes des êtres humains.
- 32:24Donc,
- 32:24elle est sans partage,
- 32:26on ne peut pas partager sa dignité.
- 32:28Elle est sans prix,
- 32:30elle n'a pas de prix.
- 32:31On ne peut pas dire,
- 32:33voilà,
- 32:34un homme vaut tant.
- 32:36Mais elle a une valeur qui est inestimable.
- 32:40Donc,
- 32:40les êtres humains sont tous dignes,
- 32:44mais ils ne sont pas tous dignes de leur sentiment de dignité.
- 32:47On ne peut pas perdre sa dignité,
- 32:49mais on peut perdre son sentiment de dignité.
- 32:51Lorsque l'on est une vieille personne avec la couche qui pend comme ça,
- 32:57avec la bave,
- 32:57personne ne s'occupe de vous.
- 32:59Mais ce n'est pas digne,
- 33:00ce sont les conditions qui ne sont pas dignes.
- 33:03Et les personnes âgées sont dignes au même titre.
- 33:06qu'un tout petit bébé,
- 33:07que n'importe qui,
- 33:08qu'une personne précaire dans la rue,
- 33:11qu'un malade psychiatrique qui délire,
- 33:13sont dignes de notre sentiment de dignité.
- 33:16Il faut qu'on leur redonne ce sentiment de dignité.
- 33:19Ils ne la perdent pas leur dignité.
- 33:21Nous,
- 33:21soignants,
- 33:22nous sommes là pour leur redonner leur sentiment de dignité.
- 33:25Il faut qu'on donne confiance aux personnes âgées et qu'elles soient assurées qu'on est là comme support.
- 33:33Absolument.
- 33:34Qu'on est là dans un accompagnement.
- 33:37C'est un très beau mot,
- 33:38l'accompagnement.
- 33:39Et l'accompagnement de fin de vie aussi.
- 33:41Accompagner,
- 33:42c'est manger en même temps que la personne le peint.
- 33:47Alors,
- 33:47on ne mange pas le pain,
- 33:48mais on est à côté,
- 33:49on est en support.
- 33:50Mais le support,
- 33:51il est,
- 33:51nous sommes des médecins,
- 33:52toutes les deux.
- 33:53Nous savons prescrire,
- 33:55nous avons une pharmacopée au top.
- 33:58Nous avons des paliers 1,
- 33:59des paliers 2,
- 34:00des paliers 3.
- 34:02pour les antidouleurs,
- 34:05que je décris bien dans mon livre « Mourir sans ordonnance »
- 34:08parce que c'est nous qui prescrivons.
- 34:09In fine,
- 34:10c'est le médecin qui prescrit.
- 34:13Et moi,
- 34:13je ne me vois pas prescrire un produit létal parce que je peux maîtriser toutes les douleurs,
- 34:19notamment en fin de vie.
- 34:20Mais est-ce que je peux...
- 34:21C'est juste des douleurs psychologiques en ce qui est de ça.
- 34:22Voilà.
- 34:23Mais est-ce que je peux maîtriser toutes les souffrances ?
- 34:25Ça,
- 34:25c'est un autre problème.
- 34:27Là,
- 34:27il me faut du temps.
- 34:28Je suis psychiatre,
- 34:29donc oui,
- 34:30je prends le temps,
- 34:31je reste.
- 34:32J'accepte de rester la main dans la main.
- 34:35D'ailleurs,
- 34:35si vous marquez accompagnement de fin de vie,
- 34:38vous voyez toujours,
- 34:39on voit des mains qui se serrent.
- 34:42Les trains débiles des mains qui se serrent,
- 34:44disait Paul Ricoeur,
- 34:45et le murmure des voix partagées au moment de l'agonie.
- 34:48Se souvenir que l'agonie,
- 34:49c'est la lutte.
- 34:51Plus personne,
- 34:52Gono c'est la lutte,
- 34:54plus personne ne sait qu'à une fin de vie,
- 34:57ça fait du bruit,
- 34:58c'est pas agréable,
- 34:59il y a des pauses,
- 35:01il y a des borboriques,
- 35:03on a l'impression que la personne souffre,
- 35:04mais non,
- 35:05c'est un phénomène d'agonie normale.
- 35:08Donc je l'explique et je le dis à tes auditeurs,
- 35:11c'est important de savoir que ça fait du bruit,
- 35:13c'est pas du tout un chemin tranquille.
- 35:16Donc quand on a peur et qu'on a peur qu'il souffre,
- 35:19il faut être là.
- 35:21pour expliquer aux familles.
- 35:23Accepter aussi les silences.
- 35:25Et ça,
- 35:26les gens n'aiment pas.
- 35:27Il faut combler les silences.
- 35:29Accepter que la personne puisse vous dire « je veux rester seule » .
- 35:32Et tu sais que toutes les études ont montré que même si la famille est là,
- 35:36même si moi je suis là,
- 35:38la personne va choisir son moment pour partir,
- 35:41pour lâcher prise,
- 35:43pour un ailleurs.
- 35:45C'est ça aussi qui nous fait peur.
- 35:46Alors les croyants,
- 35:47c'est formidable pour les croyants parce qu'ils sont sûrs qu'il y a un ailleurs.
- 35:51Mais les non-croyants,
- 35:53il faut donner aussi la possibilité à la spiritualité,
- 35:56à l'hôpital,
- 35:56de se déployer,
- 35:57c'est possible.
- 35:58Il y a un représentant de tous les cultes,
- 36:00quelle que soit la religion,
- 36:02que l'on peut faire venir au moment.
- 36:04Et c'est important,
- 36:05au dernier moment,
- 36:07de se sentir en paix.
- 36:08Alors,
- 36:09où est-ce qu'on finit sa vie en France,
- 36:10Véronique ?
- 36:11Alors,
- 36:11malheureusement,
- 36:12parce que nos citoyens veulent mourir à la maison,
- 36:15et je les comprends,
- 36:17on finit à l'hôpital.
- 36:19Quel est le pourcentage ?
- 36:20Alors,
- 36:21c'est 70%.
- 36:22C'est dramatique.
- 36:23Alors que c'est le même pourcentage qui souhaiterait presque finir sa vie à la maison.
- 36:32Bien sûr.
- 36:33Et au final,
- 36:33ce n'est pas ce qui se passe en réalité.
- 36:34Mais non,
- 36:35parce qu'on a désacralisé la mort.
- 36:39On l'a aussi...
- 36:40Elle est sortie du foyer,
- 36:41en fait.
- 36:41Elle est sortie du foyer,
- 36:42elle est sortie de la religion.
- 36:44C'était l'affaire des curés,
- 36:45ce n'était pas l'affaire des médecins.
- 36:47Et on l'a médicalisé.
- 36:48On l'a médicalisé.
- 36:49Quel est le corollaire à ça d'ailleurs,
- 36:51le fait de l'avoir médicalisé ?
- 36:53Le fait de la sécularisation.
- 36:55Le fait que l'Église a renoncé.
- 36:59On est passé d'une mort connue de tous,
- 37:02avec le prêtre qui venait donner l'extrême-onction,
- 37:05avec les dés à l'entrée de la porte des immeubles,
- 37:08qui disaient « Ah,
- 37:09il y a un deuil,
- 37:09il y a eu un mort,
- 37:10etc. »
- 37:11L'Église,
- 37:12on sonnait le gourdon,
- 37:14la mort faisait partie de la vie.
- 37:16hein
- 37:16Et puis au XIXe siècle,
- 37:19finalement avec les romantiques,
- 37:20non,
- 37:20on ne veut pas voir la mort.
- 37:21Son visage hideux,
- 37:22il faut planquer la mort.
- 37:24Et puis avec la médicalisation,
- 37:26le bris de la médecine,
- 37:27on va tout soigner,
- 37:29la mort de la mort,
- 37:29la mort du vieillissement,
- 37:30etc.
- 37:31On ne meurt plus.
- 37:32Si,
- 37:33on meurt.
- 37:33La mort vient douloureusement se rappeler à nous.
- 37:37Souviens-toi la Covid.
- 37:39Il y a une surmortalité terrible.
- 37:40Moi,
- 37:40j'ai perdu des patients de façon consécutive dans des conditions tout à fait dramatiques.
- 37:46Et pourtant,
- 37:47on a été là jusqu'au bout,
- 37:49puisque les familles n'avaient pas le droit de venir les visiter.
- 37:51Et ça,
- 37:52c'est une de mes grandes fiertés,
- 37:54d'accompagner jusqu'au bout ces patients qui n'arrivaient plus à trouver leur souffle,
- 37:59trouver des petits moyens.
- 38:01On en parlait de commander des masques à Décathlon pour qu'ils puissent respirer,
- 38:08puisqu'ils n'avaient pas le droit à une réanimation,
- 38:10du fait de leur grande vieillesse.
- 38:12Donc maintenant,
- 38:12on confie aux médecins.
- 38:14De mourir.
- 38:15Mais le médecin dit,
- 38:16mais moi,
- 38:16ce n'est pas mon job.
- 38:17Mon job,
- 38:18c'est de soigner,
- 38:19c'est de guérir et pas d'accompagner.
- 38:21Alors,
- 38:21il faudrait confier,
- 38:23évidemment,
- 38:23aux soins palliatifs.
- 38:25Donc,
- 38:25c'est un travail merveilleux.
- 38:27On en a suffisamment en France ?
- 38:28Non.
- 38:29Un patient sur deux qui devrait y avoir recours n'y a pas recours.
- 38:33Et ça alimente la peur de mal mourir.
- 38:36Donc,
- 38:3651 %,
- 38:3721 départements qui n'ont aucune unité de soins palliatifs.
- 38:42Dans mon hôpital gériatrique de 640 lits,
- 38:45je n'ai qu'une équipe mobile de soins palliatifs et 8 lits identifiés soins palliatifs.
- 38:51Est-ce que tu peux nous rappeler la fonction d'un service ou d'une unité de soins palliatifs pour que les auditeurs comprennent ?
- 38:59Volontiers.
- 38:59Alors ça vient d'une préoccupation dans les années,
- 39:02fin des années 90.
- 39:05Madame Larocque,
- 39:05Geneviève Larocque,
- 39:06dit que ce n'est plus possible.
- 39:08on ne peut pas continuer
- 39:11finalement,
- 39:12parce qu'à l'époque,
- 39:13il y avait le cocktail lithique,
- 39:15le droleptant,
- 39:16la gactyle,
- 39:16etc.
- 39:17Et donc,
- 39:18c'était une régulation comme ça.
- 39:20Les cancerieux en fin de vie,
- 39:21allons-y.
- 39:22On faisait le cocktail lithique et en deux heures,
- 39:24nos malades disparaissaient.
- 39:26Moi,
- 39:26je faisais fonction d'infirmière à cette époque pour payer mes études de médecine et on me faisait poser une perfusion,
- 39:31mais je ne savais pas du tout ce qu'il y avait dedans.
- 39:33Il n'y avait absolument pas de concertation collégiale.
- 39:36Pas de concertation collégiale.
- 39:37le médecin pouvait décider dans son coin,
- 39:40la nuit,
- 39:41de passer...
- 39:42Absolument,
- 39:42et de prescrire,
- 39:44la prescription du médecin,
- 39:45à l'infirmière qui ne savait même pas ce qu'elle mettait.
- 39:48Et là,
- 39:48on s'est émus.
- 39:49Et de cette émotion est née...
- 39:52De cette dérive.
- 39:53De cette dérive,
- 39:54parce qu'il y a eu des milliers de morts.
- 39:56Tout à fait.
- 39:57Des gens qui n'avaient pas du tout envie de mourir.
- 39:59Il y a même sans prescription.
- 40:00Il y a même une infirmière qui injectait elle-même.
- 40:04Absolument.
- 40:04Parce qu'elle se sentait en empathie extrême et en sympathie extrême avec les patients.
- 40:08Pour l'instant,
- 40:09c'est encore du pénal.
- 40:11Oui,
- 40:11c'est encore du pénal.
- 40:12Il faut que ça soit très clair.
- 40:13En France,
- 40:14aujourd'hui,
- 40:15c'est du pénal.
- 40:16Donc,
- 40:16aîné dans les fins des années 90,
- 40:18sur ce constat quand même très alarmant et ses dérives,
- 40:21avec des milliers de morts indues,
- 40:23eh bien,
- 40:23les soins palliatifs sont nés.
- 40:25Il y a une loi promulguée en 1999.
- 40:28Et les soins palliatifs,
- 40:29c'est quoi ?
- 40:30C'est tout ce qu'on peut faire lorsqu'il n'y a plus rien à faire.
- 40:33C'est une très belle phrase qui vient de Cecily
- 40:36Saunders, en Angleterre,
- 40:38qui a fondé les soins palliatifs.
- 40:40Et vous avez en France des unités merveilleuses.
- 40:43Jeanne Gardien à Paris.
- 40:45Vous avez des unités qui sont...
- 40:48La maison à Gardanne.
- 40:50Je donne tous les exemples.
- 40:53On voudrait tellement en avoir.
- 40:55Moi,
- 40:56dans mon hôpital gériatrique,
- 40:57où j'ai plus de 400 morts par an,
- 40:59évidemment,
- 40:59c'est les personnes âgées qui meurent.
- 41:01Donc,
- 41:01ça nous concerne en premier lieu.
- 41:03Il faut qu'ils meurent bien accompagnés.
- 41:06Donc,
- 41:06ne plus souffrir psychiquement.
- 41:09ne plus souffrir douloureusement,
- 41:11mais ça,
- 41:13on sait faire.
- 41:14Psychiquement,
- 41:15j'ai une psychologue merveilleuse.
- 41:17On a une infirmière formidable qui aussi s'est formée à l'hypnose.
- 41:23On amène la vie.
- 41:24On amène dans ces unités-là quelqu'un qui peut,
- 41:28un biographe de vie.
- 41:30comme à Jeanne Garnier,
- 41:31qui peut écrire la vie de la personne qui est en train de mourir.
- 41:34On a,
- 41:36j'ai une amie qui est merveilleuse,
- 41:38qui est violoncelliste,
- 41:39concertiste,
- 41:40cléropère,
- 41:41qui a écrit un très beau livre,
- 41:42Le Pensement Schubert,
- 41:44où elle raconte qu'une personne refusait absolument qu'on lui fasse son pansement,
- 41:48était très douloureuse,
- 41:49la morphine n'allait pas,
- 41:51et elle lui a joué un impromptu de Schubert,
- 41:54et elle s'est laissée faire.
- 41:56Voilà,
- 41:56et elle joue.
- 41:57à Jeanne Garnier,
- 41:58elle joue à Sainte-Périne dans les Unités.
- 42:00On voudrait des Claire Hopper partout,
- 42:04qui apaisent,
- 42:04la musique apaise.
- 42:06J'ai écrit un livre qui s'appelle « La force de la caresse » .
- 42:09Eh bien,
- 42:09la caresse,
- 42:10pour celui qui la donne et celui qui la reçoit,
- 42:13fait diminuer le taux de cortisol,
- 42:15de stress.
- 42:16Le cœur se ralentit,
- 42:18la tension se ralentit,
- 42:19on ne suffoque plus.
- 42:21Mais ça ne coûte rien.
- 42:22On est beaucoup trop dans des procédures et des protocoles.
- 42:25Il faut qu'on soit dans une juste présence et pas une juste distance.
- 42:29Et je le rappelle,
- 42:31c'est de la casuistique du cas par cas.
- 42:32Donc,
- 42:33on voudrait des soins palliatifs.
- 42:35On vient de voter une loi au mois de mai,
- 42:39la loi 110.
- 42:40Le Parlement a voté cette loi des soins palliatifs.
- 42:43Bravo !
- 42:44On nous annonce des milliards d'euros sur 10 ans.
- 42:47On n'en a jamais vu la couleur.
- 42:49C'est un euro,
- 42:50ça représente un euro par français.
- 42:52On est loin du compte.
- 42:54Qu'est cette volonté ?
- 42:55Oui,
- 42:55mais qu'on nous donne des moyens,
- 42:57non seulement des belles unités,
- 42:58mais les moyens humains.
- 43:00Il faut former des infirmières en pratique avancée.
- 43:04Il faut aussi qu'il y ait des bénévoles.
- 43:05À Jeanne Garnier,
- 43:06elles ont un rôle très important,
- 43:09qui est tous ces aspects corps,
- 43:12âme,
- 43:12psyché,
- 43:13spirituel.
- 43:14qui soit pris en charge.
- 43:15Alors après cette loi des soins palliatifs,
- 43:17qui malheureusement n'a pas été déployée à la hauteur des enjeux philosophiques et politiques,
- 43:24eh bien,
- 43:24il y a eu la loi
- 43:26Leonetti, première loi Leonetti.
- 43:28Véronique,
- 43:29juste avant d'arriver ensuite à la loi Leonetti,
- 43:33ce qui m'intéresse,
- 43:33c'est de savoir pour les soins palliatifs,
- 43:35parce que tout le monde n'a pas envie que ça se finisse forcément à l'hôpital.
- 43:40Je sais qu'on peut organiser des soins palliatifs à domicile.
- 43:43Absolument,
- 43:43tu as raison,
- 43:43c'est très important.
- 43:45Et que pour beaucoup de gens,
- 43:46c'est quelque chose qui peut pas être important.
- 43:48Absolument,
- 43:48c'est très très important et c'est possible aujourd'hui.
- 43:51Avant,
- 43:51on ne pouvait pas parce que les morphiniques n'étaient pas délivrés en officine de ville.
- 43:56Maintenant,
- 43:56c'est possible.
- 43:57Toutes les molécules pour apaiser d'autres molécules,
- 44:01qui sont des benzodiazépines très importantes,
- 44:04sont disponibles maintenant en officine de ville.
- 44:06Donc,
- 44:06on peut,
- 44:07avec l'hospitalisation à domicile,
- 44:09avec à Paris,
- 44:10palidome,
- 44:11des équipes mobiles de soins palliatifs à domicile et en EHPAD.
- 44:15On peut tout à fait accompagner une fin de vie dans des conditions dignes,
- 44:21en apaisant à la fois les douleurs et les souffrances,
- 44:23et en s'occupant des proches,
- 44:25parce qu'à les proches,
- 44:26il y a la famille.
- 44:27Mais parfois,
- 44:28je vais le dire aussi,
- 44:29c'est aussi la même contradiction que nous avons,
- 44:32je veux mourir à la maison ou je veux vieillir chez moi,
- 44:35et finalement ça se passe à l'hôpital,
- 44:37moi j'organise tout.
- 44:38Elle veut mourir à la maison.
- 44:40Oui,
- 44:40oui,
- 44:40on organise tout.
- 44:41Palidome,
- 44:42l'unité de soins palliatifs,
- 44:43les prescriptions,
- 44:44on fait tout.
- 44:45Et la veille de mourir...
- 44:47Je ne veux surtout pas qu'il meure à la maison,
- 44:50je ne saurais pas quoi faire après.
- 44:52La famille qui panique.
- 44:54Mais il faut accepter ça.
- 44:56Oui,
- 44:56bien sûr.
- 44:57Il faut accepter cette ambivalence,
- 44:58il faut accepter cette temporalité-là.
- 45:01On veut à un moment donné,
- 45:03et puis à un autre moment,
- 45:05on se rend compte que ce n'est pas possible.
- 45:07C'est dans ce sens-là que les directives anticipées,
- 45:09de toute façon,
- 45:10c'est un petit peu...
- 45:11Il faut qu'elles soient révisables.
- 45:12C'est comme tu dis,
- 45:13c'est la fausse bonne idée.
- 45:15Oui,
- 45:15c'est la fausse bonne idée.
- 45:16Moi,
- 45:16je ne les ai pas rédigées parce que là,
- 45:17je suis encore en bonne santé et je fais confiance à mes confrères.
- 45:22Tu peux nous expliquer,
- 45:23nos auditeurs,
- 45:24les directives anticipées ?
- 45:25Je rappelle juste que c'est quelque chose qu'on est obligé de remplir et de compléter à chaque fois qu'on met un pied ou un orteil dans un établissement de soins,
- 45:33même pour enlever des dents de sagesse.
- 45:34Absolument.
- 45:35Alors,
- 45:35qu'est-ce qu'on dit dedans ?
- 45:37Des choses tout à fait banales.
- 45:38Je ne veux pas être réanimée,
- 45:39je ne veux pas souffrir.
- 45:41Oui,
- 45:41d'accord,
- 45:41on dit tout ça.
- 45:43Et elles sont aujourd'hui opposables aux médecins.
- 45:46C'est-à-dire qu'il faut absolument les renseigner,
- 45:48voir si elles ont eu.
- 45:49mais seulement
- 45:51Moi,
- 45:51si je sors,
- 45:52je fais des belles dérives anticipées,
- 45:54je dis je ne veux pas être réanimée,
- 45:55je ne veux pas souffrir,
- 45:57c'est déjà inscrit dans la loi,
- 45:59pas d'obstination déraisonnable.
- 46:01Et puis moi,
- 46:01je fais confiance à mes confrères,
- 46:03à mes consoeurs.
- 46:04Mais si je sors et que je suis renversée par une voiture et que j'ai ma carte,
- 46:08par exemple,
- 46:09de l'ADMD,
- 46:10mourir dans l'indignité,
- 46:11je ne veux pas être réanimée.
- 46:12Mais qu'est-ce que je vais dire ?
- 46:13Mais réanimez-moi au contraire,
- 46:15cette temporalité-là aussi.
- 46:17ce que tu expliques c'est que quand on signe des directives anticipées et quand on essaye d'anticiper c'est compliqué parce qu'on ne peut pas anticiper quelque chose qu'on ne connait pas que l'on ne vit pas dans l'instant T et il y a des gens qui disent mais oui mais pour les malades d'Alzheimer le philosophe André Consponville ne cesse de dire moi si j'ai Alzheimer je veux écrire je ne veux pas je
- 46:38veux être euthanasié,
- 46:39je veux etc être dans la maîtrise de l'immétrisable mais monsieur Consponville si vous tombez sur moi je vous ferai aimer votre vieillesse et
- 46:46et même votre vieillesse avec des troubles cognitifs.
- 46:49Et vous n'aurez envie de vivre.
- 46:51Moi,
- 46:51je n'ai aucun de mes malades d'Alzheimer qui me réclament l'euthanasie.
- 46:55Aucun.
- 46:56C'est ça.
- 46:56Aucun.
- 46:57Ils veulent vivre.
- 46:58Parce qu'un malade d'Alzheimer perd 50 années de sa vie.
- 47:01Il se vit comme tout jeune,
- 47:02jeune marié.
- 47:03C'est pour ça qu'on entend souvent dans les services de gériatrie,
- 47:06« Papa,
- 47:06maman,
- 47:06au secours » .
- 47:07Ils ont perdu cette temporalité-là.
- 47:09Mais dans l'ici et le maintenant,
- 47:11on est tout à fait en capacité d'avoir une parole vraie avec eux.
- 47:15La souffrance,
- 47:16elle est dans le regard de ceux qui les regardent.
- 47:18Oui,
- 47:18dans l'effroi de ceux qui les regardent.
- 47:20Oui,
- 47:20c'est ça.
- 47:21Tout à fait.
- 47:22Et dans la société,
- 47:23l'effroi de la société.
- 47:25Voilà,
- 47:26vous n'avez plus d'esprit,
- 47:28et ce n'est pas la peine de continuer de vivre.
- 47:30Vous nous coûtez,
- 47:31vous êtes un fardeau.
- 47:32Pour la famille,
- 47:33c'est de la désolation,
- 47:34mais ce n'est pas que de la désolation.
- 47:37Jusqu'au bout,
- 47:38il y a des paroles qui se disent,
- 47:39et je vois les familles,
- 47:40heureusement que vous avez été là.
- 47:43Heureusement qu'on n'a pas fait les directives anticipées,
- 47:46je veux être euthanasié.
- 47:48D'ailleurs,
- 47:48si elles sont,
- 47:49par exemple,
- 47:49une personne dépressive qui a fait une,
- 47:51deux,
- 47:52trois tentatives de suicide,
- 47:53qu'on arrive à rattraper.
- 47:54Il y a 200 000 tentatives de suicide par an en France et 10 000 à 12 000 suicides aboutis.
- 48:00Donc,
- 48:00je vous ai dit,
- 48:02un tiers,
- 48:02c'est les personnes âgées.
- 48:03Eh bien,
- 48:04si elle écrit dans ses directives anticipées,
- 48:06je ne veux absolument pas être réanimée,
- 48:09mais c'est disproportionné.
- 48:10On ne lui a pas proposé un traitement contre la dépression.
- 48:13Une dépression se soigne et se guérit.
- 48:16C'est ça.
- 48:17Ce qu'on écrit quand on est déprimé,
- 48:19ce n'est pas la même chose.
- 48:20Voilà,
- 48:20on est désespéré.
- 48:21Et il y a eu un avis du Conseil d'État qui a dit non,
- 48:24non,
- 48:24si elles sont disproportionnées avec l'état actuel de la personne,
- 48:27bien sûr,
- 48:28elles ne seront pas opposables aux médecins.
- 48:30Parce que nous,
- 48:31les médecins,
- 48:31nous devons naviguer sur un chemin de crête qui est extrêmement ténu,
- 48:35entre l'obligation de ne pas aller jusqu'au bout.
- 48:40L'obstination déraisonnable,
- 48:41voilà.
- 48:42Si une personne démente en fin de vie,
- 48:44on va certainement pas faire...
- 48:45On va s'abstenir,
- 48:47on va pas faire un massage cardiaque,
- 48:48bien entendu.
- 48:50Et puis l'obligation d'accompagner jusqu'au bout dans des conditions dignes,
- 48:55qu'il n'y ait plus de douleur,
- 48:56qu'il n'y ait plus de souffrance.
- 48:57Ne pas réanimer ne veut pas dire abandonner.
- 49:00Ah non !
- 49:00Au contraire,
- 49:01c'est accompagner.
- 49:02C'est accompagner,
- 49:03mais il faut être fort pour accompagner.
- 49:05Oui,
- 49:05c'est ça.
- 49:05Il faut être dans sa vocation,
- 49:07dans son...
- 49:08dans son devoir d'humanité jusqu'au bout.
- 49:12On a besoin d'un autre être humain,
- 49:14jusqu'au bout,
- 49:14qui vous tienne la main.
- 49:16Donc,
- 49:17la loi,
- 49:18on l'a vue,
- 49:181999.
- 49:20Ah oui,
- 49:20pour en revenir à la loi,
- 49:21oui.
- 49:21Oui,
- 49:21je trace ma route.
- 49:22C'est ça.
- 49:222005,
- 49:24trop de médecins étaient dans l'obstination des raisonnables.
- 49:27C'est ça.
- 49:28On va jusqu'au boutiste,
- 49:29et on y va,
- 49:30et on réanime.
- 49:31Et on a créé des personnes handicapées,
- 49:34des AVC à vie.
- 49:35Des cas connus et célèbres.
- 49:37comme celui de Vincent...
- 49:38De Vincent Lambert,
- 49:39une catastrophe judiciaire,
- 49:41familiale,
- 49:42éthique,
- 49:43monstrueuse pour tout le monde,
- 49:45vraiment.
- 49:46Parce que la première équipe qui l'a pris en charge n'a pas tracé le fait que la maman...
- 49:53qui faisait partie d'une obédience particulière religieuse,
- 49:57ne venait jamais voir son fils.
- 49:59Sa femme,
- 49:59oui,
- 50:00il était marié,
- 50:01il avait une petite fille.
- 50:03Sa femme Rachel était là en permanence et elle disait,
- 50:06elle témoignait.
- 50:07Il n'avait pas écrit ses dérèglements,
- 50:09mais elle témoignait.
- 50:10Il ne voulait pas finir sa vie.
- 50:12Elle disait comme un légume,
- 50:13on n'est jamais vraiment un légume.
- 50:15C'était une personne jusqu'au bout.
- 50:18Et à partir du moment où on a dit,
- 50:21il a des positions de rétraction.
- 50:23lorsqu'on lui fait les soins de confort...
- 50:25On s'est posé la question de la douleur.
- 50:27Voilà.
- 50:28Et la question d'arrêter,
- 50:29il n'était pas sous machine,
- 50:31d'arrêter la nutrition et l'alimentation par des tuyaux.
- 50:36Par la sonde de la sous-gastro.
- 50:37Voilà.
- 50:38Et la maman a dit,
- 50:38ah mais non.
- 50:39Non,
- 50:39non,
- 50:40non,
- 50:40non.
- 50:40Il est en vie.
- 50:42Il me regarde.
- 50:42Alors,
- 50:42il y a eu
- 50:43Yonan Lakache,
- 50:44le plus grand professeur de neurologie qui s'est déplacé.
- 50:50Plein d'experts qui ont dit,
- 50:53mais son cerveau ne répond plus.
- 50:55Ce sont des gestes et des postures réflexes.
- 50:59Automatiques.
- 51:00Automatiques,
- 51:01voilà.
- 51:02Et donc oui,
- 51:03il faut arrêter l'alimentation.
- 51:07Donc ça a été dramatique.
- 51:09Donc la loi Neonetti a montré qu'il ne fallait pas créer ce type de malade.
- 51:15Ça c'était 2005.
- 51:162005.
- 51:17Pas d'obstination déraisonnable.
- 51:19La collégialité.
- 51:21Le médecin n'a pas à décider tout seul dans son coin.
- 51:23Puisque je vous ai dit,
- 51:25à disposition,
- 51:26il a toute la pharmacopée qu'il lui faut pour tuer un patient.
- 51:30D'ailleurs,
- 51:30on le voit avec le procès péché en ce moment.
- 51:33Ce n'est pas compliqué.
- 51:35Le plus dur,
- 51:36c'est de prendre soin.
- 51:38Voilà,
- 51:38le plus dur,
- 51:39c'est d'être dans l'accompagnement jusqu'au bout.
- 51:41Donc,
- 51:41les directives anticipées,
- 51:43la personne de confiance,
- 51:44qui n'est pas forcément proche.
- 51:46qui va dire,
- 51:47elle n'a pas de capacité décisionnelle,
- 51:50mais elle va être le porte-parole de celui qui ne peut plus dire quelles étaient ses croyances,
- 51:54qu'est-ce qu'il souhaitait,
- 51:55etc.
- 51:56Donc,
- 51:56on doit la consulter,
- 51:58absolument.
- 51:59Là,
- 51:59c'est la même chose.
- 52:00On rentre dans une clinique,
- 52:01à l'hôpital.
- 52:02Quelle est votre personne de confiance ?
- 52:03Maintenant aussi,
- 52:04dans les EHPAD,
- 52:05quelle est votre personne de confiance ?
- 52:07Elle va être votre porte-voix.
- 52:09Donc,
- 52:09on doit,
- 52:09vous voyez qu'on ne fait pas des petits calculs dans notre coin,
- 52:12tout seul,
- 52:13en disant,
- 52:13j'ai besoin d'un lit,
- 52:14hop.
- 52:15je me débarrasse de celui-ci.
- 52:17Pas du tout.
- 52:18Et on doit voir avec la famille,
- 52:20le tuteur s'il y en a,
- 52:21la personne de confiance,
- 52:22les directives anticipées,
- 52:23la collégialité,
- 52:25un deuxième avis ou un troisième avis si les personnes ne sont pas d'accord en dehors de l'hôpital.
- 52:33Voilà,
- 52:33je vais te raconter l'histoire d'une de mes amies.
- 52:36Son mari,
- 52:37elle l'appelait chère Marie,
- 52:39son mari fait un grave malaise cardiaque,
- 52:42tombe dans le coma.
- 52:44Et on l'appelle et on lui dit,
- 52:46il ne va pas se réveiller,
- 52:47on a besoin de place en réa,
- 52:49on va le débrancher.
- 52:51Elle appelle un deuxième avis,
- 52:53grand professeur extrêmement connu,
- 52:55un troisième avis,
- 52:55etc.
- 52:56Ils ne disent pas du tout.
- 52:57Dans les critères de réa,
- 52:59il a toutes les chances de s'en sortir.
- 53:01Et on l'a,
- 53:02ben oui,
- 53:03mais...
- 53:04On est sous pression à l'hôpital avec la tarification à l'activité,
- 53:08l'ADMS courte,
- 53:09c'est lamentable.
- 53:10Ce n'est plus des conditions dignes d'exercer.
- 53:12Et donc,
- 53:13elle l'a dit.
- 53:14Elle est restée à côté de son mari.
- 53:16Quand on l'a débranchée,
- 53:17on a enlevé ses outils de réanimation.
- 53:21T'as intérêt à respirer,
- 53:22mon vieux.
- 53:24Et il a respiré de façon tout à fait naturelle.
- 53:27Il a vécu encore cinq ans pour le plus grand bonheur de son épouse.
- 53:31Donc,
- 53:31la collégialité,
- 53:33la casuistique,
- 53:34le cas par cas.
- 53:35Le cas par cas,
- 53:36et pas les normes,
- 53:37et pas mon hôpital me dit que ma DMS,
- 53:41ma durée moyenne de séjour est trop longue,
- 53:42etc.
- 53:43Ça,
- 53:43ce n'est pas entendable.
- 53:45Donc,
- 53:462005.
- 53:47Et puis,
- 53:47le cas Vincent Lambert,
- 53:48que tu as très justement rappelé,
- 53:50où on a inscrit en plus deux choses importantes dans les soins déraisonnables.
- 53:58C'est une thérapeutique,
- 53:59la nutrition parentérale.
- 54:01C'est-à-dire les tubes de nutrition et l'hydratation.
- 54:05C'est ça.
- 54:05Ça fait partie de l'obscénation des raisonnables.
- 54:08Et deuxième processus très important et très utile pour nous,
- 54:122016,
- 54:13la sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès.
- 54:17Jusqu'au décès.
- 54:18Ça,
- 54:18c'est Cleste Leoniti.
- 54:182016.
- 54:192016.
- 54:21Très important.
- 54:22Pourquoi ?
- 54:23Lorsque,
- 54:24pendant la Covid,
- 54:25nos malades n'avaient pas accès à la réanimation qui s'étouffait.
- 54:29Vous croyez qu'on est resté les bras ballants ?
- 54:31Non,
- 54:32nous les avons sédatés,
- 54:33ils se sont endormis dans leur sommeil doucement.
- 54:36Ils n'avaient pas le masque de la douleur et ça a pu apaiser des agonies qui étaient tout à fait inutiles.
- 54:43Alors cette loi Claes-Leonetti est formidable pour les fins de vie à court et moyen terme,
- 54:51mais pas à long terme.
- 54:53Pas pour les maladies de Charcot,
- 54:54pas pour les sclérose en plaques,
- 54:57qui ne sont pas en fin de vie.
- 54:59Et certainement pas pour les maladies psychiatriques dont je m'occupe,
- 55:02qui sont des malades chroniques.
- 55:05Donc on utilise en pratique courante.
- 55:08Mais je me suis aperçue,
- 55:09j'ai fait une grande étude dans mon hôpital,
- 55:12à partir de 300 questionnaires,
- 55:14que les soignants ne connaissent pas cette disposition de la loi Claes Nonetti.
- 55:19Ils en ont peur,
- 55:20ne la mettent pas en pratique.
- 55:23confondent euthanasie et sédation profonde et continu maintenance qu'au décès.
- 55:29Or,
- 55:30la temporalité n'est pas la même,
- 55:31l'intentionnalité n'est pas la même,
- 55:34le produit n'est pas le même.
- 55:37Éclaire-nous Véronique,
- 55:39explique-nous les différents...
- 55:40Alors il y a un tableau qui est très bien,
- 55:42que vous avez sur internet,
- 55:44de la Haute Autorité de Santé,
- 55:45qui date de 2018,
- 55:46justement pour éclairer à la fois les familles,
- 55:49les patients,
- 55:50les soignants.
- 55:52Quand on fait une euthanasie,
- 55:54on donne un produit létal,
- 55:55je ne vais pas en donner le nom...
- 55:57Non,
- 55:57ce n'est pas nécessaire.
- 55:58Ce n'est pas du tout nécessaire,
- 56:00mais voilà,
- 56:01un produit létal,
- 56:01ça veut dire quoi ?
- 56:02Un produit que les vétérinaires utilisent pour les Ausha et les chiens.
- 56:05Oui.
- 56:05Voilà.
- 56:06qui va donner la mort en 5 minutes.
- 56:08On compte jusqu'à 5,
- 56:09la personne est morte.
- 56:10Après,
- 56:10une injection.
- 56:12C'est le médecin qui fait l'injection.
- 56:14Alors ça,
- 56:14c'est une euthanasie,
- 56:15ça n'existe pas encore en France.
- 56:17Non.
- 56:17Et dans certains pays,
- 56:19c'est déjà le cas.
- 56:21C'est le cas en Belgique.
- 56:23Oui.
- 56:23Des gens font la demande,
- 56:25ils déposent un dossier.
- 56:27Ils déposent un dossier,
- 56:28il y a un délai de réflexion d'un mois.
- 56:30Oui.
- 56:30Et ensuite,
- 56:33on étudie le cas,
- 56:35la famille et le médecin fait l'injection létale.
- 56:38En général,
- 56:39c'est des maladies incurables.
- 56:40Oui,
- 56:40ce sont des cancers.
- 56:42Ce sont des cancers.
- 56:43Ce n'est pas des dépressions,
- 56:44on est d'accord.
- 56:45C'est depuis 2002,
- 56:46mais il y a eu beaucoup de problèmes.
- 56:48Parce que la commission de contrôle en Belgique est a posteriori.
- 56:52C'est-à-dire que les gens sont déjà morts.
- 56:54Et que vous avez dans cette commission de contrôle les médecins qui ont fait l'euthanasie.
- 56:58Donc vous avez eu des scandales,
- 57:00c'est depuis 2002,
- 57:01l'euthanasie en Belgique,
- 57:03des scandales totalement invraisemblables,
- 57:06avec notamment Santy de Corte,
- 57:08une jeune rescapée des attentats de Bruxelles,
- 57:11qui a été euthanasiée pour dépression,
- 57:14elle avait 23 ans.
- 57:16Est-ce qu'on peut dire que la dépression est incurable ?
- 57:19Mais absolument pas,
- 57:20absolument pas.
- 57:22Donc ça c'est juste inadmissible.
- 57:23Et donc les gens de la commission disent,
- 57:25ah ben oui,
- 57:26là quand même,
- 57:26ils ont été condamnés.
- 57:28et par la CDEH.
- 57:29Donc ça,
- 57:29c'est quand même tout à fait gravissime.
- 57:31Et ils ont ouvert le droit à l'euthanasie par anticipation des malades d'Alzheimer depuis 2014 et pour les enfants depuis 2014.
- 57:40Donc on voit très bien les dérives et on voit très très bien ce qui se profile pour la France.
- 57:47Donc je laisse réfléchir.
- 57:48Nos concitoyens,
- 57:49c'est important que chacun en conscience...
- 57:52même s'ils ne se projettent pas dans une dépendance,
- 57:56un vieillissement avec dépendance et une fin de vie dans des conditions indignes,
- 58:01il faut quand même réfléchir avant de voter des lois.
- 58:05Et aucune loi ne fera renoncer à nos peurs,
- 58:07aucune loi n'expliquera tel que j'explique à tes auditeurs ce qu'il faut comprendre.
- 58:14Le suicide assisté,
- 58:15c'est la Suisse,
- 58:17c'est un droit négatif qui date depuis 1937.
- 58:21qui dit dans l'article 115 que si on n'est pas poussé par un motif égoïste,
- 58:25c'est-à-dire si on ne pousse pas au suicide,
- 58:27un vieux qui a de l'argent par exemple,
- 58:29eh bien on peut lui donner un produit létal pour qu'il se suicide lui-même.
- 58:35Et dans le projet de loi
- 58:37122, voté en première instance le 21 mai dernier,
- 58:41c'est cette voie-là qui a été votée,
- 58:44c'est-à-dire le suicide assisté.
- 58:46Il faut qu'il y ait les personnes qui soient en capacité de prendre le produit létal elles-mêmes.
- 58:51C'est ça.
- 58:52Comme en Suisse.
- 58:54Alors,
- 58:54en Belgique,
- 58:56ça ne coûte pas cher.
- 58:56En Suisse,
- 58:57ce sont uniquement des associations,
- 58:59comme Exit ou Dignitas.
- 59:01Le médecin prescrit,
- 59:02mais il ne voit pas.
- 59:03Il n'est pas là,
- 59:03il ne donne pas le produit,
- 59:05puisque la personne se l'administre elle-même.
- 59:08Et ça coûte très cher.
- 59:09C'est entre 9 000 et 10 000 euros.
- 59:11Oui,
- 59:11il faut le vouloir.
- 59:12Je veux rassurer tes auditeurs,
- 59:13il n'y a pas de tourisme de la mort.
- 59:16On dit,
- 59:16oui,
- 59:16les Français sont obligés de partir.
- 59:18Non,
- 59:18pas du tout.
- 59:19Et je rappelle,
- 59:20alors il y a 50
- 59:21en 10 ans,
- 59:2250 Français qui sont allés en Suisse pour obtenir,
- 59:27se payer le suicide assisté.
- 59:28Mais là où ça ne va pas dans le projet de loi en France,
- 59:31tu vois bien que la temporalité est importante.
- 59:33Un tenté,
- 59:34je veux mourir.
- 59:34Un tenté plus un,
- 59:35je ne veux pas.
- 59:36Eh bien,
- 59:37c'est qu'on donne 48 heures.
- 59:3948 heures de délai de réflexion,
- 59:41ce n'est pas possible.
- 59:43Et on dit,
- 59:44le médecin qui va prodiguer et prescrire le produit létal,
- 59:48il a 15 jours pour répondre.
- 59:50Alors,
- 59:50on ne trouve pas,
- 59:51il y a des déserts médicaux,
- 59:52800 000 personnes âgées n'ont pas de médecin traitant,
- 59:54moi je n'en ai pas,
- 59:55je suis mon propre médecin traitant.
- 59:57Et en 15 jours,
- 59:58on trouverait un médecin pour lui donner la mort.
- 1:00:00Mais ça pose des questions abyssales,
- 1:00:02philosophiques,
- 1:00:03des questions sociétales,
- 1:00:04des questions anthropologiques.
- 1:00:06N'a-t-on pas mieux à proposer à nos personnes âgées qu'une loi de suicidacité et à défaut d'euthanasie ?
- 1:00:13Moi,
- 1:00:13je pense qu'on a vraiment très fort à gagner en déployant les soins palliatifs de proximité,
- 1:00:19une gériatrie de qualité,
- 1:00:21un discours qui est un discours positif en montrant qu'il y a une vieillesse solaire,
- 1:00:26que l'on peut bien mourir aussi,
- 1:00:29ce qui se passe dans mon établissement.
- 1:00:31Il y a des moments...
- 1:00:33absolument magnifique,
- 1:00:33même avec des malades d'Alzheimer qui ont des paroles signifiantes d'une beauté inouïe,
- 1:00:38mais il faut des Jeanne Garnier partout.
- 1:00:41Il faut des unités comme à Sainte-Périne partout.
- 1:00:44Il faut des Claire Hopper partout.
- 1:00:46Il faut cette volonté politique-là,
- 1:00:48oui,
- 1:00:49de déployer en France un modèle particulier d'une aide à mourir que l'on produit déjà dans ces unités-là.
- 1:00:58Et pas d'une aide à mourir qui se satisfait d'une prescription.
- 1:01:02Alors...
- 1:01:02Toi,
- 1:01:03tu es sensible à ça,
- 1:01:04c'est-à-dire parle-nous de la dépression du sujet âgé et du suicide du sujet âgé.
- 1:01:09Parce que si je comprends bien,
- 1:01:13toutes ces personnes ont peur,
- 1:01:15et les soignants ont peur,
- 1:01:17au fait de devoir gérer des demandes de personnes qui sont dans un état psychologique qui ne soit pas optimal et qui les poussent à demander une fin de vie et un suicide.
- 1:01:29Bien sûr,
- 1:01:30c'est ingérable.
- 1:01:31La loi s'applique à tous.
- 1:01:32Si la loi passe en l'état,
- 1:01:34elle n'a pas prévu le passage devant un psychiatre ou un psychologue.
- 1:01:37Moi,
- 1:01:38je n'ai pas été entendue et je ne suis pas n'importe qui,
- 1:01:40je suis,
- 1:01:41tu l'as rappelé,
- 1:01:43j'écris énormément,
- 1:01:44je fais des tribunes,
- 1:01:45je prends la parole partant du terrain,
- 1:01:49de la casuistique,
- 1:01:50encore une fois,
- 1:01:50pas avec un propos surplombant.
- 1:01:52Je n'ai pas été dossionnée ni devant la Convention citoyenne,
- 1:01:55ni devant le Sénat,
- 1:01:56ni devant l'Assemblée nationale.
- 1:01:58Je suis psychiatre en gériatrie.
- 1:02:01C'est quand même terrible,
- 1:02:02quoi.
- 1:02:03On sait très très bien qu'à un moment donné,
- 1:02:06hier,
- 1:02:07j'ai vu un patient qui a essayé de se défenestrer,
- 1:02:10voilà,
- 1:02:10faire une alliance thérapeutique avec lui,
- 1:02:12lui donner le traitement adéquat,
- 1:02:14voir sa famille,
- 1:02:15et je sais qu'il va repartir chez lui et qu'il ne voudra plus se suicider.
- 1:02:20Il y a eu un moment de désespoir,
- 1:02:21ce qu'on appelle un raptus.
- 1:02:23Il faut qu'on offre ça.
- 1:02:25et pas « Ah,
- 1:02:25vous voulez mourir,
- 1:02:26mais monsieur,
- 1:02:27mais la porte est grande ouverte,
- 1:02:28ou la fenêtre est grande ouverte,
- 1:02:29aucun problème,
- 1:02:30je vous prescris. »
- 1:02:31Alors moi,
- 1:02:31dans mon hôpital,
- 1:02:32il y a 200 000 tentatives de suicide par an.
- 1:02:35Je vais continuer à lutter contre ça,
- 1:02:37et puis d'un autre bout de l'hôpital,
- 1:02:39il y aura un médecin qui dira « Mais tous les suicidés,
- 1:02:41je veux bien les voir,
- 1:02:42ou les suicidants,
- 1:02:43et puis je vais leur prescrire. »
- 1:02:44C'est ingérable.
- 1:02:46Vraiment,
- 1:02:47le législateur n'a pas pensé aux conséquences dramatiques de ce projet de loi.
- 1:02:53qui doit repasser devant le Sénat.
- 1:02:55Il y a une double lecture.
- 1:02:58Voilà.
- 1:02:59Il y a en plus un article,
- 1:03:02l'article 17 dans ce projet de loi 122,
- 1:03:04qui est le délit d'entrave.
- 1:03:05C'est-à-dire que moi,
- 1:03:06qui fais mon travail depuis 42 ans,
- 1:03:09de parler d'amour au bord du gouffre à des gens qui veulent se suicider,
- 1:03:12quel que soit l'âge,
- 1:03:13puisque je suis aussi pédopsychiatre de formation,
- 1:03:16eh bien,
- 1:03:16on va me dire que je suis punissable de 35 000 euros.
- 1:03:20Et c'est du pénal parce que j'ai essayé de faire renoncer au projet suicidaire.
- 1:03:24Mais à quoi a-t-on pensé en écrivant ça ?
- 1:03:28La loi s'applique à tout le monde,
- 1:03:30encore une fois,
- 1:03:31alors que moi je vous parle de la casuistique,
- 1:03:33de chaque cas.
- 1:03:35qui est vraiment un cas à part,
- 1:03:37avec son histoire de vie,
- 1:03:39dans l'écosystème dans lequel il vit,
- 1:03:41avec ses souffrances,
- 1:03:42avec ses sacs à dos,
- 1:03:43avec ses problèmes,
- 1:03:45avec jusqu'au bout de la vie,
- 1:03:46des culpabilités.
- 1:03:47Par exemple,
- 1:03:48j'entends un vieux monsieur dément au moment de partir,
- 1:03:51il dit « moi je suis un salaud,
- 1:03:52un salaud » .
- 1:03:53Et je lui dis « qu'est-ce que vous dites ? »
- 1:03:55« J'ai toujours trompé ma femme » .
- 1:03:57Et je ne veux pas partir avec ça.
- 1:03:59Il faut qu'il y ait un autre être humain qui soit là à côté,
- 1:04:01qui entende ça.
- 1:04:02Tout à fait.
- 1:04:03Voilà ce dont je souhaite témoigner.
- 1:04:05La discussion,
- 1:04:07elle est passionnante.
- 1:04:08On pourrait parler encore des heures.
- 1:04:11De quoi avons-nous besoin en France,
- 1:04:15concrètement,
- 1:04:15pour accompagner la vieillesse et accompagner la fin de vie ?
- 1:04:21De politiques publiques qui soient dignes de ce nom,
- 1:04:24qu'on ait une loi grand âge.
- 1:04:26qui a été enterré.
- 1:04:27On n'en a pas.
- 1:04:28Qu'on ait vraiment les moyens pour les soins palliatifs.
- 1:04:31Que nos jeunes médecins,
- 1:04:33moi je travaille beaucoup avec nos jeunes externes à travers la médecine narrative et je leur fais travailler ces questions-là.
- 1:04:39Les questions de la fin de vie.
- 1:04:40Comment on fait ?
- 1:04:42Qu'ils puissent même annoncer un décès,
- 1:04:45une maladie grave.
- 1:04:46C'est tellement important et j'ai bon espoir parce qu'on nous dit pour nos jeunes médecins qu'il faut faire revenir les humanités médicales en médecine.
- 1:04:55Donc ça,
- 1:04:55c'est vraiment pour moi un horizon d'espérance qui est très important.
- 1:05:01Merci Véronique.
- 1:05:01On va rester sur cette note d'espoir.
- 1:05:04Reviens quand tu veux pour parler de la vieillesse.
- 1:05:07Je serai toujours heureuse de relayer ton discours et ta mission de vie.
- 1:05:12Merci Imane.
- 1:05:17Mes chers amis,
- 1:05:18je vous remercie infiniment pour votre attention.
- 1:05:21Elle me touche sincèrement et me donne de l'énergie pour poursuivre.
- 1:05:27Si cet épisode vous a parlé,
- 1:05:29n'hésitez pas à me suivre,
- 1:05:30à mettre 5 étoiles et à me faire des retours sur la chaîne YouTube et les plateformes d'écoute.
- 1:05:37Je vous dis à très bientôt.