Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / J'arrête de faire les questions et les réponses: L'art du questionnement par Lionel Bellenger.
Transcript
- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer est être en lien.
- 0:14Savez-vous pourquoi les adultes posent moins de questions que les enfants ?
- 0:20Pourtant,
- 0:21Voltaire recommandait de juger un homme plus à ses questions qu'à ses réponses.
- 0:28Lionel Bélanger nous révèle ici le pouvoir immense de la question.
- 0:35Elle fait émerger la pensée,
- 0:38mais c'est elle aussi qui ouvre le portail d'accès au monde tel qu'il est représenté par les autres.
- 0:46Excellente égote !
- 0:52Bonjour Lionel Bélanger !
- 0:53Bonjour !
- 0:55C'est un grand honneur et un immense plaisir de vous recevoir dans Enquête d'accord.
- 1:02Je peux commencer par vous présenter,
- 1:03mais je peux aussi commencer par expliquer la démarche.
- 1:06La démarche,
- 1:07c'est que quand j'ai commencé à m'intéresser au podcast,
- 1:12j'ai commencé à me poser la question sur mes questions et comment les rendre pertinentes,
- 1:17comment faire en sorte de sortir le meilleur de chaque invité.
- 1:22Et j'ai appris qu'il y avait une chance pour ça.
- 1:25qui s'appelle la questionlogie.
- 1:28La questionlogie.
- 1:29La questionlogie.
- 1:30Et donc,
- 1:31je ne savais pas avant ça qu'elle existait.
- 1:34Et quand j'ai cherché le référent en France,
- 1:37je suis tombée sur vous,
- 1:38sur vos livres.
- 1:39Il y a un livre qui est édité depuis quelques années déjà,
- 1:42avec plusieurs éditions,
- 1:44jusqu'à la neuvième édition,
- 1:45qui s'appelle,
- 1:46et qui est devant moi,
- 1:47« Les techniques de questionnement » .
- 1:49Un fabuleux livre qui est une mine d'or.
- 1:53Avec un autre qui est sorti récemment qui s'appelle
- 1:57« J'arrête de faire les questions et les réponses » .
- 2:00Et avant de commencer,
- 2:01je vais essayer de peut-être vous présenter au public et aux auditeurs.
- 2:06Et puis,
- 2:07bien sûr,
- 2:07je vous laisse la possibilité de rectifier ou de compléter si je ne dis pas les choses comme il faut.
- 2:13Donc,
- 2:14je disais que vous étiez expert reconnu de la communication et de la négociation,
- 2:19directeur académique à HEC.
- 2:22et président de la société Ibelle.
- 2:25Voilà.
- 2:26Et surtout,
- 2:26auteur de plusieurs ouvrages.
- 2:28Il y en a une cinquantaine.
- 2:30C'est ça.
- 2:30Autour de la communication,
- 2:32de la négociation,
- 2:34la persuasion,
- 2:35l'écoute,
- 2:36la confiance en soi,
- 2:38convaincre,
- 2:39le charisme.
- 2:41Et puis,
- 2:42il y a toutes ces éditions sur l'art du questionnement.
- 2:46Et je vous ai demandé,
- 2:48vous avez accepté gentiment de parler de ce thème que j'ai envie...
- 2:51de partager avec mes auditeurs.
- 2:53Est-ce que vous voulez vous présenter,
- 2:57Lionel Bélanger,
- 2:59par des choses que je n'aurais pas dites dans cette présentation ?
- 3:01D'accord.
- 3:01Écoutez,
- 3:03j'aime bien revenir un petit peu à la source quand même.
- 3:04J'ai commencé ma carrière dans l'éducation nationale.
- 3:07J'étais prof de philo pendant trois ans.
- 3:09J'avais fait une hippocagne et une cagne.
- 3:11Je souhaitais m'orienter vers l'enseignement.
- 3:14Je crois que j'étais resté sur une idée quand j'avais
- 3:174-5 ans.
- 3:17Je ne sais pas pourquoi d'ailleurs.
- 3:19Mais j'étais beaucoup élevé par ma grand-mère.
- 3:21Et ma grand-mère disait à tout le monde,
- 3:23Lionel,
- 3:23il sera instituteur.
- 3:25Elle avait décidé,
- 3:26j'avais 4-5 ans,
- 3:27je n'avais jamais parlé de ça de ma vie,
- 3:28ni d'Ed,
- 3:29ni d'Adam.
- 3:30Et elle avait décrété que je serais instituteur.
- 3:32Bon,
- 3:32je n'ai pas été tout à fait instituteur,
- 3:35mais pas loin quand même.
- 3:36Pas loin,
- 3:36pas loin.
- 3:37La transmission est là.
- 3:38Tout à fait.
- 3:39Donc je crois que c'est l'idée de la transmission,
- 3:41vous avez raison,
- 3:42qui m'a guidé pendant très très longtemps.
- 3:46Peut-être on peut arriver directement sur le questionnement avec la philosophie.
- 3:50C'est un terrain de prédilection pour le questionnement,
- 3:53c'est-à-dire s'interroger sur la vie,
- 3:55où on en est,
- 3:56sa position,
- 3:56la place qu'on a dans la société,
- 3:58etc.
- 3:59Donc,
- 3:59le mode culturel de l'interrogation,
- 4:03de se poser des questions,
- 4:04non seulement en poser,
- 4:06mais se poser des questions,
- 4:07parce qu'il y a toujours ces deux dimensions-là.
- 4:09Poser des questions aux autres,
- 4:10bien sûr,
- 4:11et se poser des questions.
- 4:12Alors,
- 4:12la philosophie,
- 4:13elle est plus sur se poser des questions et quelles questions se poser.
- 4:17donc c'est un petit peu ça qui m'a servi de matrice au départ bon après j'ai évolué dans l'entreprise j'ai basculé dans la formation permanente,
- 4:26c'est un autre univers des formations courtes ça change quand on est enseignant et qu'on a une classe pendant un an
- 4:33Au début,
- 4:33ça a été un peu une frustration pour moi parce que ce n'est pas facile de passer d'une séquence où on accompagne des élèves pendant un an à des séminaires qui au mieux durent 3-4 jours maximum.
- 4:43Je ne vous cache pas que j'ai même eu l'idée quand j'ai commencé à faire ça en me disant que ce n'est pas possible.
- 4:48Qu'est-ce qu'on peut faire en 3-4 jours alors que déjà les enseignants se plaignent qu'en un an,
- 4:53ils ont un mal de chien fait à boucler le programme ?
- 4:56Donc,
- 4:57ça a été une occasion de se poser des questions,
- 4:59c'est-à-dire vraiment de se dire...
- 5:01Qu'est-ce que je fais en deux,
- 5:02trois,
- 5:02quatre jours avec des gens ?
- 5:04Et le travail de questionnement,
- 5:06qui est une attitude aujourd'hui qu'on peut qualifier de réflexive,
- 5:09quand je vous entends dire « je me suis interrogé en faisant des post-cats sur la manière dont je posais mes questions » ,
- 5:14évidemment c'est la voie à suivre.
- 5:16Et très peu de gens s'interrogent sur leur manière de poser des questions.
- 5:20Pour le comprendre d'ailleurs,
- 5:21c'est un petit peu un paradoxe.
- 5:22Je pose des questions et je m'interroge sur ma manière de poser des questions.
- 5:26Alors que par exemple...
- 5:27On s'interroge sur notre manière d'argumenter,
- 5:30notre manière de négocier,
- 5:31etc.
- 5:32Ce qui conduit des gens dans les séminaires de formation,
- 5:34parce que là,
- 5:35ils reconnaissent assez humblement qu'ils n'ont pas appris ça à l'école et ils sont assez convaincus qu'ils ont des choses à apprendre dans le domaine de la négociation,
- 5:43de la persuasion,
- 5:44etc.
- 5:44et de l'argumentation,
- 5:45c'est-à-dire de la rhétorique.
- 5:47Mais sur le questionnement,
- 5:48ce n'est pas le cas.
- 5:52Les gens qui s'interrogent sur le questionnement sont plus rares.
- 5:55Ils y viennent un jour.
- 5:57Et c'est souvent en écoutant les autres,
- 5:59d'ailleurs,
- 5:59en écoutant les autres questionnaires,
- 6:02on se dit « Oh là là,
- 6:09il y a des choses qui ne vont pas. »
- 6:25C'est un sentiment que j'ai envie de livrer et qui interroge est-ce que c'est ça ou pas.
- 6:31Au fait,
- 6:31j'ai eu le sentiment que toutes les éditions qui sont parues du livre,
- 6:36qui est un livre référence quand même,
- 6:38les techniques de questionnement,
- 6:42est-ce qu'il y a eu un cheminement pour arriver à ce dernier livre qui est j'arrête de faire les questions et les réponses.
- 6:49De mon point de vue,
- 6:50ce que j'ai ressenti moi,
- 6:52c'est qu'au fait,
- 6:53comme le dernier était le premier.
- 6:54était une prolongation un peu intimiste,
- 6:58comme si quelque chose avait mûri,
- 6:59comme s'il y a eu de la sagesse et comme si le dernier livre,
- 7:04j'arrête de faire les questions et les réponses,
- 7:05était une essence de ce qui vous tient à cœur sur le sujet du questionnement que vous avez livré là sous une autre forme,
- 7:14une autre forme qui n'est pas technique et utilitaire comme le livre Les techniques de questionnement.
- 7:21Est-ce que je me trompe ?
- 7:22Vous ne vous trompez pas,
- 7:23et je vais vous dire comment ça s'est passé.
- 7:27À mesure que j'ai travaillé sur le questionnement,
- 7:30au début de manière,
- 7:31ce que j'appellerais un peu procédurale,
- 7:32c'est-à-dire,
- 7:33par exemple,
- 7:34on en parlera peut-être tout à l'heure,
- 7:35distinguer les différents types de questions.
- 7:38Les gens dans les séminaires nous en parlent d'ailleurs,
- 7:40ils ont entendu parler des questions ouvertes,
- 7:42des questions fermées.
- 7:43Donc je n'en ai rien con,
- 7:44j'ai commencé par là,
- 7:46de travailler sur ce que j'appelle le solfège du questionnement,
- 7:49une typologie de questions.
- 7:51On travaille là-dessus et progressivement,
- 7:53je me suis aperçu,
- 7:54et en particulier par rapport à certains métiers,
- 7:57et il y a eu une déception de ma part de constater que des métiers où le questionnement joue un rôle très important,
- 8:04alors on peut le citer assez facilement,
- 8:05il y a les enseignants,
- 8:06il y a l'univers médical,
- 8:08bien sûr,
- 8:09diagnostic,
- 8:10le domaine judiciaire,
- 8:13la presse,
- 8:13la radio,
- 8:14la télévision,
- 8:15les journalistes.
- 8:16La vie en général,
- 8:17bien sûr,
- 8:18mais il y a quand même des professions qui sont,
- 8:20celles que j'ai citées là,
- 8:21sont très attachées à l'importance du questionnement.
- 8:24Et il y a des conséquences considérables derrière.
- 8:26Et je vais tout vous dire,
- 8:28j'étais extrêmement déçu.
- 8:30Parce que quand j'ai constaté ça,
- 8:31je me suis dit,
- 8:32mais comment ces gens-là,
- 8:34qui ont
- 8:3540 ans,
- 8:3550 ans,
- 8:3630 ans,
- 8:37etc.,
- 8:37qui pratiquent le questionnement dans leurs univers respectifs,
- 8:40la santé,
- 8:41l'univers judiciaire,
- 8:42l'école,
- 8:43etc.,
- 8:44j'ai l'impression qu'ils sont
- 8:46jamais écouté en train de poser une question.
- 8:49Et la maladie,
- 8:51le symptôme absolu de tout ça,
- 8:53c'est qu'ils mettent la réponse dans la question.
- 8:56Ce qui est le non-sens absolu de la question,
- 8:58par définition.
- 8:59Non-sens absolu.
- 9:00Je ne les ai pas dans le collimateur,
- 9:02mais je travaille en plus dans l'univers du sport professionnel,
- 9:05mais nos amis,
- 9:06les journalistes sportifs,
- 9:08quand ils choppent un joueur à la mi-temps d'un match ou à la fin d'un match,
- 9:12quel genre de questions ils lui posent ?
- 9:14Qu'est-ce qui vous a manqué ?
- 9:15De la confiance en vous ?
- 9:16Pourquoi vous avez perdu ?
- 9:17Vous n'avez pas respecté les consignes du coach ?
- 9:20Ils ne peuvent pas s'empêcher,
- 9:21alors qu'ils ont le garçon devant lui,
- 9:23alors qu'ils ont très bien commencé leur question par une question ouverte.
- 9:27Qu'est-ce qui s'est passé ?
- 9:29Pourquoi ça n'a pas marché aujourd'hui ?
- 9:30Ça suffit,
- 9:31tu n'en dis pas plus.
- 9:32Mais tu n'ajoutes pas la réponse derrière.
- 9:34Donc là,
- 9:34je me suis dit,
- 9:35ouh
- 9:36Je m'en voulais moi-même d'ailleurs de ne pas avoir été...
- 9:39de sensibles dès le début que j'ai commencé à travailler sur le questionnement à ça.
- 9:43Je les appelais,
- 9:44et je les appelle toujours comme ça,
- 9:45d'ailleurs dans le livre,
- 9:46effectivement,
- 9:46le premier que vous avez cité,
- 9:48je les appelais des questions suggestives,
- 9:50c'est-à-dire des questions qui suggèrent la réponse.
- 9:53Bon,
- 9:53mais je n'en faisais pas une affaire d'état.
- 9:55J'ai constaté avec le temps,
- 9:57et encore une fois,
- 9:58je m'en suis un peu voulu à moi-même,
- 10:00de ne pas avoir vu la profondeur de l'épidémie,
- 10:04parce que c'est une épidémie.
- 10:06Je me suis amusé par des formations professionnelles,
- 10:09de prendre différents radios,
- 10:10différents journalistes,
- 10:11etc.
- 10:12Parce que c'est facile,
- 10:13ils s'exposent.
- 10:15Et de pointer le nombre de questions qui contiennent la réponse dans une interview,
- 10:20par exemple,
- 10:21d'une heure,
- 10:21de trois quarts d'heure,
- 10:22de vingt minutes,
- 10:23on en entend la télévision.
- 10:25Et de constater qu'on frôle les 60,
- 10:2880 %
- 10:29parfois.
- 10:30C'est-à-dire que le journaliste passe son temps à exprimer son opinion et il attend que l'interlocuteur réagisse par rapport à l'opinion.
- 10:37Tout simplement.
- 10:38Donc c'est une conception franchement déformée du questionnement,
- 10:42ce qui m'a permis au passage d'ailleurs,
- 10:44heureusement quand même,
- 10:45de constater qu'il y a d'excellents journalistes qui ne font pas ça,
- 10:49justement,
- 10:50et qui du coup mettent beaucoup plus à contribution leurs interlocuteurs.
- 10:54Beaucoup plus à contribution.
- 10:56Et il y a des interlocuteurs certainement ayant beaucoup de lucidité et puis de réflexion un petit peu,
- 11:01qui le sentent bien et qui le savent.
- 11:03C'est-à-dire que là,
- 11:03le journaliste,
- 11:04il me pose la question ouverte,
- 11:05mais il ne me donne aucune trace.
- 11:07et indices de réponses.
- 11:10De temps en temps,
- 11:11et comme on le dit dans l'univers commercial,
- 11:15c'est la pertinence des objections des clients qui font progresser parfois le vendeur.
- 11:20Dans le domaine journalistique,
- 11:21c'est un petit peu pareil.
- 11:23De temps en temps,
- 11:24il y a quelques interviewés un peu chevronnés,
- 11:27puis un petit peu plus sur deux,
- 11:28tout ça,
- 11:28etc.,
- 11:30qui retoquent quand même le journaliste en disant « Excusez-moi,
- 11:32mais... »
- 11:33Ça,
- 11:33c'est votre réponse,
- 11:34ce n'est pas la mienne.
- 11:35Oui,
- 11:35c'est ça.
- 11:36Ce n'est pas la mienne.
- 11:37Oui,
- 11:37c'est ça.
- 11:38Là,
- 11:38ils n'aiment pas.
- 11:39Aujourd'hui,
- 11:39ils disent non,
- 11:40non,
- 11:40non,
- 11:40moi je vous pose des questions.
- 11:41Mais ce n'est pas vrai.
- 11:41Ce n'est pas vrai,
- 11:42vous ne posez pas de questions.
- 11:44Et ils le disent.
- 11:45En fait,
- 11:45ce n'est pas une question suggestive,
- 11:47c'est une question orientée avec la réponse dedans et emballée.
- 11:50Tout à fait.
- 11:51Alors,
- 11:52pas de terrorisme intellectuel.
- 11:54Il peut y avoir de temps en temps une relance qui se fasse avec une question suggestive,
- 11:58bien sûr.
- 12:00Mais pas 80%.
- 12:01C'est ça que je dénonce.
- 12:03Je comprends bien.
- 12:04N'empêche que toutes les choses utilitaires des techniques du questionnement,
- 12:09c'est une mine d'or.
- 12:10Et je pense que nous ne pouvons pas faire quand même l'économie de les connaître parce que pour vous,
- 12:15ça semble tellement évident.
- 12:17Mais quand on est novice et qu'on commence à apprendre,
- 12:19faire la distinction entre une question fermée et une question ouverte et ce qu'on attend de l'une et de l'autre,
- 12:26c'est quand même...
- 12:27extrêmement important.
- 12:28Et si vous êtes d'accord,
- 12:29on peut essayer de toucher un petit peu sur la technicité.
- 12:34Je peux commencer par vous poser la question.
- 12:36Quel est l'objectif d'une question ?
- 12:38Quand on veut apprendre à bien poser des questions,
- 12:41à quoi sert ?
- 12:43Qu'est-ce que ça déclenche une question en nous ?
- 12:45Alors,
- 12:46je crois qu'il y a,
- 12:47et à mon avis,
- 12:48elles sont inséparables,
- 12:49il y a deux dimensions dans le questionnement.
- 12:51Il y en a une qui est de l'ordre du lien,
- 12:53du rapport à l'autre,
- 12:54et une deuxième qui est du rapport
- 12:56cognitif à l'information que je vais chercher,
- 12:59c'est-à-dire un partage,
- 12:59un échange d'informations.
- 13:01Mais je ne veux pas se séparer des deux parce qu'à travers le questionnement,
- 13:05il y a une création de lien.
- 13:06D'abord,
- 13:07il y a un accès à l'autre,
- 13:09il y a une mise en relation de deux interlocuteurs.
- 13:13On le dit souvent d'ailleurs,
- 13:14il n'y a plus de questions,
- 13:15c'est fini.
- 13:17Causer avec quelqu'un qui ne pose pas de questions,
- 13:20il ne se passe rien.
- 13:21Donc c'est d'abord de l'ordre du lien,
- 13:23de la qualité du lien concret.
- 13:25Je pense à des entretiens,
- 13:27par exemple,
- 13:27du médecin avec son patient,
- 13:29l'entretien d'embauche,
- 13:30par exemple,
- 13:30le DRH avec un candidat à l'emploi.
- 13:33Il y a un lien qui se crée.
- 13:35Et c'est un lien dans un contexte parfois qui est très orienté,
- 13:38avec de l'enjeu,
- 13:40avec une certaine pression,
- 13:41avec une certaine dimension intime parfois.
- 13:44Et donc,
- 13:45ça donne un lien pas simple.
- 13:47Donc,
- 13:48je crée du lien,
- 13:48une qualité de lien.
- 13:50Et puis après,
- 13:51je vais chercher de l'information.
- 13:53La question,
- 13:53c'est ça.
- 13:54si
- 13:54entendre ce que l'autre a à dire là-dessus.
- 13:57Je prends un exemple dans le domaine médical.
- 13:58J'ai fait,
- 14:00évidemment,
- 14:01rencontrer dans ma carrière pas mal de médecins dans les séminaires.
- 14:03Ils viennent dans les formations via les laboratoires ou en milieu hospitalier.
- 14:07Et quand,
- 14:08par exemple,
- 14:09j'appelle ça quasiment moi-erreur professionnelle,
- 14:11quand le médecin dit à la dame,
- 14:12par exemple,
- 14:13« Depuis que vous prenez vos cachets tous les matins,
- 14:15vous avez moins mal à la tête,
- 14:16madame ? »
- 14:17Mais la question n'est pas bonne.
- 14:19La bonne question,
- 14:20c'était,
- 14:20« Depuis que vous prenez vos cachets le matin,
- 14:23comment vous vous sentez ? »
- 14:24On ne suggère pas la douleur.
- 14:25Mais bien sûr.
- 14:26Quand j'entends un DRH dans un entier de recrutement dire à un candidat,
- 14:30par exemple,
- 14:31dans votre précédent job,
- 14:32ce qui vous a plu,
- 14:33c'est le contact avec les clients.
- 14:35Mais d'où tu sors ça ?
- 14:37Il y a déjà la réponse dedans ?
- 14:39Ça suffisait de dire,
- 14:40c'était très bien parti.
- 14:42Qu'est-ce qui vous a plu dans votre précédent job ?
- 14:43Et là,
- 14:44il peut répondre,
- 14:45effectivement,
- 14:46le contact avec les clients.
- 14:47Sauf que là,
- 14:48sa réponse,
- 14:49elle a beaucoup plus de valeur que quand c'est lui qui l'a suggéré,
- 14:53par exemple.
- 14:53Et je dis que quand on questionne mal,
- 14:56on fabrique des malentendus.
- 14:57Quand on questionne mal.
- 14:58Parce que si je reprends mon exemple,
- 15:00on va rester sur le DRH,
- 15:01qui dit...
- 15:02depuis que dans votre précédent job,
- 15:05ce qui vous a intéressé,
- 15:05c'est le contact avec les clients.
- 15:07Il tombe sur un homme ou une femme qui est dans un entretien d'embauche,
- 15:11création de lien,
- 15:13de dépendance,
- 15:14clairement de dépendance.
- 15:15Je cherche à paraître,
- 15:16je cherche à séduire,
- 15:17je cherche à...
- 15:18Voilà,
- 15:18etc.
- 15:19Qu'est-ce qu'il va se dire dans sa tête ?
- 15:21Mais c'est un flash.
- 15:22Il se dit,
- 15:23je vais dire oui.
- 15:24Je vais dire oui.
- 15:25Pour paraître possible,
- 15:26il me demande ça.
- 15:27C'est qu'il faut sûrement répondre oui.
- 15:29Sauf que là,
- 15:30on va vers le malentendu.
- 15:31On va vers le malentendu garanti.
- 15:33Je sais,
- 15:34j'ai l'occasion de faire pas mal de séminaires avec des candidats aux startups,
- 15:39qui créent des entreprises,
- 15:40des startups.
- 15:41Et en causant des queues dans les couloirs,
- 15:43je les ai entendus un nombre de fois,
- 15:45incroyable,
- 15:45alors que je ne leur posais pas de questions là-dessus,
- 15:47me dire les soucis qu'ils avaient sur l'embauche.
- 15:51Ils sont déçus,
- 15:52ils ont un mal de chien,
- 15:53trouver des bons candidats,
- 15:54tout ça,
- 15:54etc.
- 15:55Jusqu'un jour,
- 15:56je me suis dit,
- 15:56mais qu'est-ce qu'ils fabriquent dans leurs entretiens d'embauche ?
- 15:59En gros,
- 16:00ils embauchent.
- 16:01ils choisissent quelqu'un et ça ne se passe pas bien.
- 16:03Qu'est-ce qu'ils font dans l'entretien ?
- 16:05Ils sont tellement imprégnés de leurs projets,
- 16:08ils sont tellement convaincus de leurs trucs,
- 16:10ils sont tellement dans la conviction de leurs choses qu'ils passent leur temps à suggérer à leurs candidats ce qu'ils pensent eux-mêmes.
- 16:18Est-ce que tu ne penses pas qu'une start-up,
- 16:20dans les trois ans,
- 16:22ça doit effectivement progresser,
- 16:24facteur 4,
- 16:24facteur 5,
- 16:25grandir très vite ?
- 16:27Vous imaginez quelqu'un qui dit non,
- 16:28pas du tout,
- 16:28je ne suis pas d'accord.
- 16:30Mais le type,
- 16:31il est fou,
- 16:31s'il dit ça.
- 16:32Il se dit,
- 16:32quand il me la pose comme ça,
- 16:33je dis,
- 16:34ben oui,
- 16:34bien sûr.
- 16:34Tu vas répondre quoi ?
- 16:36Tu vois,
- 16:36dans une start-up,
- 16:37par exemple,
- 16:37trouver ses clients dès le départ,
- 16:39faire de la prospection,
- 16:40est-ce que c'est pas ça l'essentiel ?
- 16:41Tu dis oui,
- 16:43sauf qu'il l'embauche,
- 16:44au bout de trois mois,
- 16:45il n'a toujours pas été voir un client.
- 16:47Et quand il s'échange à ce moment-là,
- 16:49il va y avoir un gros malentendu.
- 16:51Il y en a un qui va dire,
- 16:52mais moi,
- 16:52je t'ai jamais dit ça.
- 16:53Je t'ai jamais dit ça,
- 16:54je t'ai jamais dit que...
- 16:56Ma prédilection,
- 16:57c'était vraiment le contact avec les clients.
- 16:59Je n'étais jamais dit ça dans l'entretien.
- 17:01Donc,
- 17:01on est dans une zone de malentendusse malheureuse,
- 17:03mais on pourrait reproduire ça dans des contextes plus ordinaires pour tout le monde,
- 17:08de la vie de famille à la table familiale,
- 17:10etc.
- 17:10Ou c'est pareil.
- 17:12Alors ça,
- 17:13c'est le côté relationnel.
- 17:14Et je pense et j'espère qu'on va pouvoir en parler longuement parce que celui-là,
- 17:19dans votre dernier livre,
- 17:21j'ai quasiment tout le livre qui parle de ça.
- 17:24Est-ce que vous...
- 17:25vous parlez beaucoup des côtés d'empathie.
- 17:26Oui.
- 17:27Et on va pouvoir longuement y revenir.
- 17:29Et avant ça,
- 17:31ce que j'ai lu dans les deux livres,
- 17:35ce qui m'a fascinée,
- 17:36c'est le fait que la question allumait dans la personne qui la reçoit une réflexion.
- 17:43C'est-à-dire qu'au fait,
- 17:44son objectif était vraiment de créer une pensée.
- 17:48C'est quand la personne,
- 17:50elle est neutre.
- 17:50le fait de lui poser une question,
- 17:52on déclenche une réflexion,
- 17:54on l'oblige à construire une pensée et une idée.
- 17:58Et donc,
- 17:58ça arrête les automatismes.
- 18:00C'est comme si on mettait un silence et on était obligé d'aller structurer.
- 18:04Et sur le plan neurocognitif,
- 18:05c'est extrêmement intéressant.
- 18:07Ça allume certaines zones du cerveau grâce à ça.
- 18:10Et puis,
- 18:12je voulais vous demander,
- 18:12parce qu'il y a quand même un point du livre où vous parlez d'abord de son propre questionnement et de sa propre posture.
- 18:19Est-ce que vous pouvez m'en parler ?
- 18:21Parce qu'avant d'apprendre à poser des questions aux autres,
- 18:24ne faut-il pas commencer par s'interroger soi-même ?
- 18:28Comme je vous l'ai dit tout à l'heure,
- 18:29moi,
- 18:30ça m'est venu par la philosophie.
- 18:32Avec le questionnement,
- 18:33il y a vraiment les deux dimensions.
- 18:34Il y a se poser des questions et poser des questions.
- 18:38Alors,
- 18:38le voisinage,
- 18:39évidemment,
- 18:39entre les deux expressions est très grand,
- 18:41à tel point qu'on confond un petit peu tout parfois et que prioritairement,
- 18:45effectivement,
- 18:45on a l'impression que la préoccupation des gens...
- 18:48J'aimerais bien apprendre à poser des questions.
- 18:50J'ai moins de gens qui viennent vers moi en me disant j'ai envie d'apprendre à me poser des questions.
- 18:56Donc c'est nous qui les réorientons vers cette voie-là aussi qui est à mon avis inséparable de l'autre.
- 19:03J'espère,
- 19:04et c'est là que je n'en suis pas sûr,
- 19:06que certains reporters ou certains journalistes,
- 19:09je pense que des avocats ou des juges le font,
- 19:12mais avant d'enclencher un processus d'interrogatoire,
- 19:15s'interrogent.
- 19:16sur quelles questions je vais poser et pourquoi je pose cette question-là.
- 19:19Les intentions,
- 19:20vous en parlez souvent.
- 19:21Bien sûr.
- 19:22C'est capital.
- 19:22Aujourd'hui,
- 19:23la dimension cognitive nous a alertés sur,
- 19:25en plus,
- 19:26le risque des biais cognitifs,
- 19:28etc.
- 19:29Je questionne à partir de moi.
- 19:30Je questionne à partir de moi.
- 19:32Bon,
- 19:32ça,
- 19:32Carl Rogers,
- 19:33avec la notion d'empathie,
- 19:35il l'avait dit.
- 19:37Il est évident que la personne qui a une forte vie émotionnelle,
- 19:40qui a une certaine distance par rapport à ça,
- 19:43a une capacité d'exploration qui est beaucoup plus importante que quelqu'un qui ne sait pas interroger lui-même sur ce qui le fait souffrir,
- 19:51ce qui lui plaît,
- 19:53ce qui lui convient dans la vie,
- 19:54tout ça,
- 19:55etc.
- 19:55Forcément,
- 19:56on part de soi.
- 19:57Alors...
- 19:58Il faut clarifier ses intentions parce que souvent,
- 20:03on pose des questions pour avoir raison ou pour confirmer ce qu'on a l'impression de savoir et moins pour chercher à comprendre.
- 20:13Voilà.
- 20:14Ça,
- 20:14c'est un biais cognitif.
- 20:15Ah oui,
- 20:15oui,
- 20:16ça,
- 20:16c'est…
- 20:17Bon,
- 20:17ça nous vient…
- 20:18J'ai l'impression que le modèle scolaire,
- 20:22il est…
- 20:22Alors,
- 20:23c'est toujours facile de faire le procès en disant c'est à l'école que tout a commencé.
- 20:27À l'école,
- 20:28effectivement,
- 20:28les questions que pose le maître au départ sont plus centrées sur la validation de connaissances.
- 20:33Est-ce qu'il sait ?
- 20:34Est-ce qu'il est capable de s'exprimer ?
- 20:36Est-ce qu'il a les mots pour le dire ?
- 20:37Etc.
- 20:38Et moins,
- 20:39effectivement,
- 20:39d'accorder une importance,
- 20:41peut-être,
- 20:42au gosse qu'on voit en train de réfléchir,
- 20:45et qui n'est peut-être pas très à l'aise,
- 20:46d'ailleurs,
- 20:46avec sa réponse,
- 20:47mais au moins qui est en train de réfléchir.
- 20:49Alors,
- 20:49ça évolue,
- 20:51ça évolue de façon sensible.
- 20:53Dans les séminaires,
- 20:54on a des adultes en formation permanente.
- 20:56Mais ils ont des enfants et ils nous en parlent.
- 20:59C'est la dame qui me dit,
- 21:01la maman qui me dit,
- 21:03l'année dernière,
- 21:04ma petite fille,
- 21:04elle a 5 ans,
- 21:08il revenait avec des textes et puis en dessous,
- 21:10il y avait trois questions et il fallait répondre aux trois questions.
- 21:14Pourquoi le paysan dans le champ,
- 21:15il fait ça ?
- 21:17Qu'est-ce qui explique que la nature a perdu,
- 21:20les arbres ont perdu leurs feuilles,
- 21:21etc.
- 21:22Bon,
- 21:22puis on répondait,
- 21:23on lit le texte.
- 21:24Normalement,
- 21:24tu as la réponse dans le texte.
- 21:25Ça,
- 21:26c'est le questionnement classique.
- 21:28Là,
- 21:29un jour,
- 21:29elle me dit,
- 21:30ma fille rentre à la maison,
- 21:33prend son petit dé,
- 21:34sa collation à 4h30,
- 21:36et puis je la voyais sur son papier comme ça,
- 21:38un peu dubitative,
- 21:39lever la tête.
- 21:40Je lui dis,
- 21:40mais qu'est-ce que tu fais ?
- 21:41Elle me dit,
- 21:43la maîtresse,
- 21:43elle a dit qu'on a un texte,
- 21:45elle a dit qu'il fallait poser des questions.
- 21:47Et sa mère lui dit,
- 21:48mais non,
- 21:48mais t'as dû oublier les questions,
- 21:50appelle ta copine,
- 21:51c'est pas possible,
- 21:52ils font les questions,
- 21:52quoi.
- 21:53On appelle la copine,
- 21:54et
- 21:55qu'est-ce que confirme la copine ?
- 21:57C'est à nous de poser des questions.
- 21:59Il n'y a pas les trois questions en dessous le texte.
- 22:02C'est à nous de poser des questions.
- 22:03Autrement dit,
- 22:03on a un texte et vas-y,
- 22:05qu'est-ce qui suggère en toi comme question le texte ?
- 22:08Et là,
- 22:08on voit le renversement cognitif total.
- 22:13Ça veut dire que les gosses,
- 22:14il faut,
- 22:15comme on dit à la mère,
- 22:16non seulement il faut lire le texte,
- 22:18il faut le comprendre et il faut se l'approprier.
- 22:21Et à travers les questions que je vais poser,
- 22:23je vais montrer beaucoup de moi.
- 22:25Par exemple,
- 22:26le petit gosse qui va poser des détails,
- 22:28qui va poser des questions sur des détails pratiques,
- 22:30tout ça,
- 22:30etc.
- 22:31L'autre qui va se poser des questions,
- 22:33mais pourquoi le paysan,
- 22:33il est encore habillé comme ça,
- 22:35etc.
- 22:36Donc,
- 22:37des questions d'une autre nature.
- 22:38Et c'est extraordinaire de voir,
- 22:41justement,
- 22:41dans la classe,
- 22:42après,
- 22:42quand on fait la restitution,
- 22:43parce que j'en ai parlé que d'instituteurs qui font ça,
- 22:45ils me disent que c'est une richesse qu'on a même du mal à gérer.
- 22:48Parce que quand vous récupérez,
- 22:51avec 20 gosses,
- 22:52par exemple,
- 22:52Les trois questions qu'ils se sont posées à partir du même texte,
- 22:56ils découvrent tout d'abord que tout le monde ne voit pas pareil,
- 22:59tout le monde ne pense pas pareil,
- 23:01et chacune des préoccupations dit quelque chose de l'enfant.
- 23:04Et il peut s'enrichir,
- 23:05alors j'aurais tendance à dire par partage,
- 23:08par partage,
- 23:10en se disant,
- 23:10moi je n'ai pas pensé à ça,
- 23:11mon copain lui il a pensé à ça,
- 23:12moi je n'ai pas pensé à ça.
- 23:15Il dit pourquoi il était habillé comme un footballeur là ?
- 23:17C'est curieux parce que pourtant il n'était pas à un match,
- 23:19et l'autre il n'a pas pensé à ça.
- 23:21Donc,
- 23:22Le questionnement est la voie royale de la progression,
- 23:26de l'enrichissement.
- 23:27C'est clair.
- 23:28Alors,
- 23:29qu'est-ce qui fait que quand on est enfant,
- 23:30on pose des questions facilement et plus on grandit,
- 23:33moins on ose ?
- 23:35Vous avez raison de poser cette question-là.
- 23:36La réponse,
- 23:37à mon avis,
- 23:38va dans un sens qui est la revalorisation de l'attitude de curiosité qui est élémentaire et qui est...
- 23:48Alors,
- 23:48je ne sais pas comment elle s'est installée chez le gosse,
- 23:50mais...
- 23:51Il y a une prédilection de curiosité chez le petit enfant.
- 23:57Rogers l'a montré,
- 23:58il le disait à des adultes d'ailleurs,
- 24:00si vous étiez un peu plus curieux,
- 24:02vous auriez plus de succès avec vos clients,
- 24:04ou des choses comme ça.
- 24:05Interrogez-les,
- 24:06posez-leur des questions,
- 24:08soyez curieux.
- 24:09La curiosité,
- 24:10c'est le point de départ de plein de choses.
- 24:13Et on voit des gens,
- 24:14on peut remettre ça encore à nouveau sur le compte des biais cognitifs,
- 24:17mais qui ont une vision extrêmement étroite des choses.
- 24:21parce que la curiosité justement elle est tout sa simut bon c'est rare mais il y a des gens avec lesquels il faut calmer la curiosité oui c'est sûr mais est-ce qu'on se dévoile pas un peu trop est-ce qu'on montre pas un peu de son intimité quand on pose des questions parce que c'est
- 24:38d'abord accepter qu'on connait pas déjà avouer qu'on ne sait pas et qu'on pose la question parce qu'on a besoin de savoir c'est aussi montrer d'une façon les centres d'intérêt
- 24:51parce que du coup,
- 24:51ça dit beaucoup de notre sensibilité et des points d'intérêt.
- 24:56Et aussi parce que quand on pose la question,
- 24:59on est confronté aussi au regard de l'autre et au jugement des autres personnes.
- 25:03Donc,
- 25:04c'est un acte courageux de poser une question.
- 25:06C'est vrai.
- 25:07Je vois dans l'univers médical,
- 25:08je ne fais pas toujours des amis d'ailleurs parmi les médecins,
- 25:10quand ce sujet vient sur la table,
- 25:13certains me disent,
- 25:14et je comprends pourquoi,
- 25:16il peut y avoir avec la quantité une forme d'agacement qui se crée,
- 25:20mais les patients aujourd'hui viennent interroger à partir de ce qu'ils ont lu avant sur Internet.
- 25:26Parce qu'ils ont regardé,
- 25:27quand ils ont mal à la tête,
- 25:28quand ils ont mal au genou,
- 25:29ils regardent sur Internet et ils vont voir le médecin après.
- 25:32Donc,
- 25:33avant,
- 25:33ils venaient,
- 25:34j'aurais tendance à lire comme ça,
- 25:35avec leur bobo.
- 25:37Vierge.
- 25:37Tout à fait.
- 25:38Alors que là,
- 25:39ils débarquent avec trois,
- 25:40quatre trucs qu'ils ont lus,
- 25:41et ils posent des questions là-dessus.
- 25:43Et il y a certains médecins qui vivent ça pas très bien.
- 25:46Parce que du coup,
- 25:46c'est une sacrée épreuve.
- 25:48Oui,
- 25:48parce qu'il y a de la mésinformation,
- 25:50il faut répondre à la vraie et à la fausse.
- 25:52Eh oui,
- 25:53eh oui.
- 25:53Sortir les arguments et les contre-arguments.
- 25:56Ça oblige à une connaissance,
- 25:57à une pensée.
- 25:58Mais c'est exactement dans les dix années qui viennent,
- 26:02Le travail qui va être demandé aux enseignants aujourd'hui,
- 26:06avec des gosses qui ont dans la tête les réponses qu'ils ont piochées dans le chat de GPT ou ailleurs.
- 26:11Ils vont venir avec ça et ils vont poser des questions en disant « ta ta ta machin tout ça etc. »
- 26:15Et comme les médecins !
- 26:18Comme les médecins !
- 26:18Exactement.
- 26:19Alors,
- 26:20j'ai envie quand même qu'on cite rapidement le solfège des questions.
- 26:23Parce que ça c'est important,
- 26:24les questions ouvertes et fermées.
- 26:26Est-ce que vous pouvez nous dire un petit peu la différence entre ces questions-là et leur rôle pour qu'on apprenne à poser des questions ?
- 26:34Quand vous classez les questions,
- 26:35vous les classez en ouvertes et fermées,
- 26:37par exemple.
- 26:38Quelle est la différence ?
- 26:39Alors,
- 26:40les questions ouvertes et fermées,
- 26:41j'aurais tendance à dire,
- 26:42c'est à peu près,
- 26:43c'est le doré,
- 26:44doré,
- 26:45doré,
- 26:45mi-fa,
- 26:45sol,
- 26:45la,
- 26:45si,
- 26:46do,
- 26:46du,
- 26:46sol,
- 26:46vège,
- 26:46doré.
- 26:47Tout le monde,
- 26:48dans les séminaires de formation,
- 26:49quand je leur dis,
- 26:50on va travailler sur le questionnement,
- 26:52bon,
- 26:53est-ce que vous avez déjà travaillé là-dessus ou qu'est-ce que vous avez appris sur le questionnement ?
- 26:57Les gens répondent,
- 26:57oui,
- 26:57on nous a dit qu'il y avait des questions fermées et des questions ouvertes.
- 27:00Bon,
- 27:00c'est déjà pas mal,
- 27:01je leur dis,
- 27:01c'est un début et on ne va pas,
- 27:04comment dirais-je,
- 27:04remettre en cause ce début,
- 27:05on va commencer par là.
- 27:07Parce que c'est vrai que c'est le distinguo peut-être le plus facile à établir.
- 27:11Les questions fermées et les questions ouvertes.
- 27:13Donc,
- 27:14j'aurais tendance à dire,
- 27:15même que le gosse pratiquement vit avec
- 27:19à partir de l'émergence de la parole,
- 27:20pratiquement.
- 27:21La question fermée ou ouverte.
- 27:22Alors,
- 27:22la question fermée,
- 27:23dans la langue française,
- 27:24normalement,
- 27:25quand on demande aux gens,
- 27:26à minima,
- 27:27ils disent,
- 27:27c'est une réponse à laquelle on peut répondre par oui ou par non.
- 27:31Est-ce que vous avez pris hier vos médicaments ?
- 27:34Est-ce que vous avez déjà été en Guadeloupe en vacances ?
- 27:36Bon,
- 27:36là,
- 27:37les réponses sont oui,
- 27:38non,
- 27:38etc.
- 27:38Alors,
- 27:39il y a des gens qui ajoutent un petit commentaire,
- 27:41d'ailleurs.
- 27:42Bon,
- 27:42il faut laisser faire.
- 27:44Il y a même des gens qui rajoutent de très longs commentaires.
- 27:47Alors que la question était simplement,
- 27:48est-ce que vous avez déjà été en vacances en Guadeloupe ?
- 27:51Il y a des gens qui disent,
- 27:51oui,
- 27:52effectivement,
- 27:52d'ailleurs,
- 27:52j'y suis allé,
- 27:53alors ça fait trois ans.
- 27:54Alors,
- 27:55quand on est arrivé,
- 27:55on a été,
- 27:56c'est parti,
- 27:56on l'aurait simplement demandé,
- 27:58est-ce que tu as été en Guadeloupe ?
- 27:59Bon,
- 28:00il y a des gens,
- 28:00il faut les débrancher.
- 28:02Normalement,
- 28:02la question ouverte ne crée pas le dialogue.
- 28:05Elle va chercher une information et elle valide.
- 28:07Elle précise.
- 28:08Voilà.
- 28:09Donc,
- 28:09il y a une dimension très factuelle avec la question fermée.
- 28:14Si on prend tous les domaines qu'on a cités tout à l'heure,
- 28:17le judiciaire,
- 28:18le médical,
- 28:19l'enseignement,
- 28:20etc.,
- 28:21il y a des questions fermées absolument fondamentales.
- 28:24Oui,
- 28:24nécessaires.
- 28:25Est-ce que vous étiez au courant qu'il s'est produit cet accident à tel endroit,
- 28:29à tellement ?
- 28:30Est-ce que vous aviez été informé ?
- 28:33Donc,
- 28:33les questions fermées,
- 28:34il y en a trois dans la langue française.
- 28:35C'est est-ce que,
- 28:36êtes-vous,
- 28:37avez-vous ?
- 28:37Il n'y en a que trois.
- 28:38Est-ce que êtes-vous avec eux ?
- 28:39Donc,
- 28:40ce sont des registres fermés.
- 28:41C'est toujours très intéressant de vérifier comment les gens y répondent.
- 28:44Est-ce qu'ils y répondent avec aisance ?
- 28:46Est-ce qu'ils répondent...
- 28:47Alors là,
- 28:47il y en a certaines qui peuvent être intimes.
- 28:51Est-ce que tu as déjà fait ça,
- 28:52par exemple ?
- 28:54Ou est-ce que tu savais que ?
- 28:57Ou est-ce que tu as demandé à ton fils telle chose ?
- 29:02Qui ne sont pas négligeables.
- 29:04Ce n'est pas anodin,
- 29:05la question fermée.
- 29:06Moi,
- 29:06je lutte contre le caractère banalisé de la question fermée.
- 29:10Il y a certaines questions.
- 29:12Est-ce que vous étiez au courant,
- 29:13par exemple,
- 29:14qu'il y a eu un vol dans les locaux ?
- 29:16Est-ce que vous étiez au courant ?
- 29:18La personne,
- 29:18elle est proche de l'événement.
- 29:20Il y a des personnes qui sont impliquées autour d'elle.
- 29:22Si je réponds oui ou non,
- 29:23ce n'est pas la même histoire.
- 29:24Attention,
- 29:25ce n'est pas la même histoire.
- 29:26Ça commence par les petits-enfants,
- 29:28d'ailleurs,
- 29:29le SQ.
- 29:29Ça commence par les petits-enfants qui peuvent mesurer le risque qu'il y a parfois à un oui ou à un non.
- 29:35Donc ça,
- 29:35ce sont les questions fermées,
- 29:37de type « est-ce que,
- 29:38êtes-vous,
- 29:38avez-vous ? »
- 29:39Il y a dans la même famille que les fermées,
- 29:40les questions d'information.
- 29:42C'est qui,
- 29:43quand,
- 29:43où,
- 29:43combien,
- 29:44lequel.
- 29:45Quand avez-vous eu cette information ?
- 29:47Combien ça vous a coûté ?
- 29:49Quand avez-vous été acheter telle chose ?
- 29:51Donc ce sont les questions qu'on appelle univoques en psycholinguistique,
- 29:55normalement réponses uniques.
- 29:56Si je vous dis combien vous avez payé votre machine à laver,
- 29:59vous dites 450 euros,
- 30:01bon,
- 30:01ok,
- 30:02c'est voilà.
- 30:03Vous pouvez ajouter d'ailleurs,
- 30:04finalement,
- 30:04ce n'est pas trop cher,
- 30:05je m'attendais à ça.
- 30:07La vendeuse était sympa.
- 30:09En fait,
- 30:09ce n'est pas celle-là que je voulais.
- 30:11Il y a des gens qui sont inarrêtables,
- 30:13même sur des questions factuelles.
- 30:15Bon,
- 30:15il faut dire,
- 30:17je reprendrai un point de vue un petit peu lacanien,
- 30:19là,
- 30:19qui disait,
- 30:20contrairement à ce que disent les gens,
- 30:22quand on pose la question à quelqu'un,
- 30:24par exemple,
- 30:25quand avez-vous eu la réponse des Anglais concernant l'achat du matériel ?
- 30:29La personne dit,
- 30:30écoutez,
- 30:30les Anglais ne m'en parlaient pas avec les soucis qu'on a eus là-dessus.
- 30:33Là-dessus,
- 30:33il y a des gens dans une réunion,
- 30:35si ça se produit par exemple,
- 30:36qui vont dire « mais arrête,
- 30:37tu n'écoutes pas,
- 30:38ce n'est pas ça qu'il t'a demandé,
- 30:39etc. »
- 30:39Et Lacan disait
- 30:41« mais entendez ce que disent les gens ailleurs que l'endroit où vous les avez interrogés. »
- 30:46C'est peut-être beaucoup plus important.
- 30:48C'est peut-être bon.
- 30:49Il te le dira tout à l'heure quand il a acheté,
- 30:52Ausha les Anglais.
- 30:53Mais là,
- 30:53il est en train de te parler de sa relation avec les Anglais.
- 30:55C'est-à-dire que c'est ça qu'il a dans la tête et dans le cœur.
- 30:58C'est ça qu'il a.
- 30:59Donc ne coupons pas parfois quelqu'un,
- 31:01paradoxalement,
- 31:02qui ne répond pas à la question que je vous ai posée.
- 31:05On entend quand même ce que l'appellent les gendarmes du questionnement,
- 31:08et en particulier les journalistes d'ailleurs,
- 31:10qui passent leur temps à faire la chasse aux gens qui ne répondent pas aux questions.
- 31:14J'en ai parlé dans l'univers médical avec des médecins qui sont d'accord là-dessus.
- 31:18Ils me disent « je ne coupe pas quelqu'un qui ne répond pas à ma question » .
- 31:21J'entends ce qu'il me dit.
- 31:23Parce que ce qu'il me dit là,
- 31:24ça lui appartient.
- 31:26Ça a été déclenché par souvent des mots,
- 31:28tout simplement des mots.
- 31:30Par exemple,
- 31:30si je dis « quand avez-vous acheté ce matériel chez les Anglais ? »
- 31:34« Oh,
- 31:34les Anglais ne m'en parlaient pas,
- 31:35les ennuis qu'on a eu. »
- 31:36C'est le mot « Anglais »
- 31:37qui a déclenché tout ça.
- 31:38À partir du mot « Anglais » ,
- 31:39il n'a pas entendu
- 31:40« quand avez-vous acheté ? »
- 31:42Le « quand » ,
- 31:42il s'en fout,
- 31:42lui,
- 31:43ce n'est pas un problème pour lui.
- 31:44Mais les Anglais,
- 31:45quand ils entendent ça,
- 31:46aussitôt,
- 31:46alors là,
- 31:46ils déballent tout.
- 31:48« Oh,
- 31:48les Anglais,
- 31:48les ennuis qu'on a eus,
- 31:49tout ça,
- 31:49etc. »
- 31:50Mais là,
- 31:50tu as accès à des informations extraordinaires,
- 31:56que moi,
- 31:56je n'aurais pas pu imaginer poser,
- 31:57que les Anglais lui posaient un problème là-dessus.
- 32:00donc ça c'est la puissance effectivement du questionnement factuel et puis alors dans la gamme des questions fermées il y a aussi le fameux très classique registre des questions alternatives ça ou ça,
- 32:13préférez-vous qu'on se voit lundi matin ou mardi après-midi,
- 32:17préférez-vous bleu ciel ou bleu foncé c'est-à-dire le choix alternatif très enseigné dans l'univers commercial très enseigné dans des univers là encore dans l'univers médical aussi le direct
- 32:28absolument,
- 32:29de faire dire à quelqu'un.
- 32:31Alors,
- 32:31c'est une forme de manipulation douce.
- 32:33Oui,
- 32:33c'est une forme d'influence.
- 32:36Voilà,
- 32:36préférez-vous venir lundi ou mardi,
- 32:38ça évite de dire,
- 32:39est-ce que vous avez vraiment envie de venir faire cet examen médical ?
- 32:43C'est ça,
- 32:44le faux choix.
- 32:46C'est solliciter le libre-arbitre.
- 32:48Solliciter le libre-arbitre.
- 32:50Il y a des travaux,
- 32:51il y a des mesures pas très fécondes,
- 32:53donc on peut les utiliser,
- 32:54qui ont été faites et qui ont montré que c'est le choix.
- 32:57ternaire qui est le plus efficace.
- 32:58Ce n'est pas ça ou ça,
- 33:00mais ça,
- 33:01ça ou ça.
- 33:02Les garçons de restaurant bien formés savent très bien faire ça quand ils approchent d'une table.
- 33:08En disant,
- 33:09préférez-vous en apéritif ça,
- 33:10ça ou ça,
- 33:11plutôt que dire,
- 33:12est-ce que vous prendrez un apéritif ?
- 33:14Pour lequel la réponse est oui ou non.
- 33:16Donc,
- 33:17on sollicite le libre-arbitre.
- 33:18On sollicite le libre-arbitre.
- 33:20Avec les petits-enfants dans la période du non catégorique entre 2 et 4 ans,
- 33:23par exemple,
- 33:24on dit aux parents,
- 33:24mais arrêtez de dire est-ce que.
- 33:26Ils répondent non tout le temps.
- 33:28Arrêtez de dire est-ce que.
- 33:30Tu préfères manger ta pomme tout de suite ou après le repas ?
- 33:33Oh non,
- 33:34pas après le repas.
- 33:34Ça y est,
- 33:34il mange sa pomme.
- 33:36Donc ça,
- 33:37c'est la grande famille des questions fermées.
- 33:39À ne pas négliger,
- 33:41loin d'être ordinaire,
- 33:43qui doivent être maîtrisées.
- 33:45Par exemple,
- 33:45dans des entretiens avec un enjeu assez sensible,
- 33:48je pense que quelqu'un peut faire l'effort,
- 33:50avant d'y aller,
- 33:51de mettre sur son papier quand même quelques questions fermées dont j'ai besoin.
- 33:55d'avoir la réponse.
- 33:56Pour des précisions.
- 33:57Voilà.
- 33:58Bon,
- 33:58dernière chose à dire,
- 33:59peut-être,
- 34:00il y en aurait d'autres,
- 34:00mais sur les questions fermées,
- 34:02attention à ne pas peut-être les mettre à la queue leu-leu,
- 34:05parce que là,
- 34:05on crée une situation d'interrogatoire.
- 34:08N'est-ce pas ?
- 34:08Typiquement d'interrogatoire.
- 34:09Alors,
- 34:10avec toutes les vertus d'un interrogatoire,
- 34:12toute la qualité peut-être d'un interrogatoire,
- 34:15là,
- 34:15le ressenti peut être plus douloureux,
- 34:17beaucoup plus douloureux.
- 34:18Voilà.
- 34:19Donc,
- 34:19en général,
- 34:20on dit...
- 34:21Il y a un talent et un certain dosage à répartir un peu les questions fermées.
- 34:27Par exemple,
- 34:27peut-être éviter de commencer l'entretien justement par une question fermée.
- 34:30Ou alors,
- 34:31j'en fais exprès.
- 34:32Et c'est assez clivant.
- 34:34D'emblée,
- 34:34c'est assez clivant d'entrer,
- 34:36de poser une question fermée.
- 34:38Le médecin peut commencer par « Est-ce que ça va bien aujourd'hui ? »
- 34:41Il a vu le patient la semaine dernière,
- 34:43est-ce que ça va bien ce matin ?
- 34:45Ou alors,
- 34:45poser une question ouverte et préciser certaines choses par une question.
- 34:49Tout à fait.
- 34:49Voilà.
- 34:50Donc ça,
- 34:50c'est la famille des questions fermées.
- 34:52Et alors,
- 34:53comment je peux vérifier la compréhension ?
- 34:55De la question fermée ?
- 34:57Non,
- 34:57plutôt de la question ouverte.
- 34:58Ah,
- 34:59la question ouverte.
- 35:00Parce que la question fermée,
- 35:01alors où je la pose mal ?
- 35:02Voilà,
- 35:03en principe,
- 35:03elle est précise.
- 35:05Imaginons,
- 35:05j'ai posé une question ouverte et là,
- 35:08je reçois la réponse.
- 35:09Comment je peux vérifier que j'ai bien compris ?
- 35:12Alors,
- 35:12sauf,
- 35:13on y revient peut-être tout à l'heure,
- 35:15le truc qui m'est cher,
- 35:16c'est j'arrête de faire les questions et les réponses.
- 35:18Les journalistes,
- 35:18par exemple,
- 35:19je ne les ai pas dans le collimateur,
- 35:20mais quand même,
- 35:21eux,
- 35:21c'est impardonnable.
- 35:22Ils posent une très bonne question fermée.
- 35:25C'est ce que j'appelle des questions bavardes.
- 35:26Mais ils bavardent eux-mêmes derrière.
- 35:29Alors,
- 35:29est-ce que aujourd'hui,
- 35:31vous estimez que la majorité des Français est prête à accepter telle chose,
- 35:35etc. ?
- 35:36Ça va,
- 35:37mais ça ne va pas.
- 35:38Ils continuent parce qu'il y a des enquêtes quand même qui ont montré que,
- 35:41d'ailleurs,
- 35:42la dernière en date,
- 35:42vous la connaissez certainement.
- 35:44que 65%
- 35:45des gens quand même estiment aujourd'hui qu'on manque d'eux,
- 35:47etc.
- 35:48Est-ce que c'est...
- 35:49Mais arrête !
- 35:51Pose la question.
- 35:51C'est ce qu'on appelle noyer sa question soi-même.
- 35:55Il y a des gens,
- 35:56alors là,
- 35:56très talentueux,
- 35:57je les admire quand ils font ça,
- 35:58en disant,
- 35:59écoutez,
- 35:59voilà,
- 35:59vous avez répondu.
- 36:01Je ne peux pas faire mieux que vous.
- 36:02Je ne peux pas faire mieux que vous.
- 36:04Oui,
- 36:04c'est ça.
- 36:06Elle contient déjà la réponse.
- 36:07Voilà.
- 36:08Alors,
- 36:09les ouvertes.
- 36:10Les ouvertes,
- 36:11pour faire simple.
- 36:12C'est la triple famille,
- 36:13qu'est-ce que,
- 36:14comment,
- 36:14pourquoi.
- 36:15Avec ces trois-là,
- 36:16on balaye de façon très sensible tout l'univers du questionnement ouvert.
- 36:21Qu'est-ce que,
- 36:21comment,
- 36:22pourquoi.
- 36:22Je les mets dans cet ordre-là parce que c'est un ordre un petit peu de préférence.
- 36:25Le qu'est-ce que est certainement la plus belle des questions ouvertes.
- 36:29Qu'est-ce que tu attends de cette formation ?
- 36:31Qu'est-ce qui t'a plu dans ton voyage en Italie ?
- 36:34Qu'est-ce que tu recherches dans un nouveau job ?
- 36:37Qu'est-ce que ton patron t'a dit quand tu lui as dit,
- 36:40etc. ?
- 36:41Le qu'est-ce que ?
- 36:42Les petits gosses la posent.
- 36:44Les petits gosses la posent.
- 36:46Il y a une envie extraordinaire de partage,
- 36:48d'une réponse.
- 36:50Et elle est fondée sur le sens,
- 36:52la question qu'est-ce que.
- 36:53Elle va chercher du sens.
- 36:55Et ça,
- 36:55c'est quand même ce qui nous guide dans la vie.
- 36:58Alors le pourquoi,
- 36:59lui,
- 36:59il est causal,
- 37:01classique.
- 37:02Il n'a pas toujours bonne presse parce que le pourquoi peut avoir un côté accusateur.
- 37:07Je suis affolé de voir,
- 37:09par exemple,
- 37:10L'omniprésence dans la langue française,
- 37:12on ne la parle pas en anglais ça,
- 37:13mais de la question « pourquoi tu n'as pas ? »
- 37:16« Pourquoi il n'y a pas ? »
- 37:18« Pourquoi tu ne peux pas ? »
- 37:20qui est quand même plutôt culpabilisatrice et qui met l'interlocuteur dans une situation accusatrice.
- 37:27Dans l'entreprise,
- 37:27par exemple,
- 37:28les salariés sont assez sensibles à ce qu'ils appellent les entretiens d'évaluation,
- 37:32d'appréciation en fin d'année,
- 37:33etc.
- 37:34On a chopé des managers au radar.
- 37:3780%
- 37:38de questions sur le mode pourquoi t'as pas ?
- 37:40Pourquoi t'as pas rappelé ton client ?
- 37:41Pourquoi t'as pas prévenu qu'il y aurait du retard sur le projet ?
- 37:44Pourquoi t'as pas été voir tes collaborateurs en leur disant que ?
- 37:47Pourquoi tu sais pas ?
- 37:47Etc.
- 37:49Quand ils en prennent 60,
- 37:5280%
- 37:52dans la tête dans un entretien d'une demi-heure comme ça,
- 37:55ils sortent de là-dedans pas bien.
- 37:57Ils rentrent chez eux le soir,
- 38:00leur femme leur dit pourquoi tu m'as pas dit que tu serais en retard ?
- 38:03Là,
- 38:03c'est la totale.
- 38:04C'est pas mon jour.
- 38:05Je vais passer mon temps à la barre des accusés à répondre à la question « Pourquoi t'as pas ?
- 38:09Pourquoi y'a pas ? »
- 38:10Le « why »
- 38:11anglais,
- 38:11par exemple,
- 38:11n'est pas affligé autant de la culture du « pas » .
- 38:18En revanche,
- 38:18les belles questions ouvertes sur le mode pourquoi ont parfaitement leur place.
- 38:23Pourquoi tu aimes les tableaux de Picasso ?
- 38:26Pourquoi tu es allé voir ce film ?
- 38:28Évidemment,
- 38:29ils ont parfaitement leur place.
- 38:30C'est la dimension causale.
- 38:32Et si on foutait en l'air le causal du pourquoi,
- 38:35on mettrait en l'air une grande partie du système éducatif qui est fondé sur le pourquoi.
- 38:39Oui,
- 38:40et puis...
- 38:42vous parlez beaucoup de l'ikigai et de la recherche de sens et que c'est à force de pourquoi qu'on arrive à trouver les sens de sa pensée il y a des gens qui ont subi une véritable persécution du pourquoi t'as pas parce que je l'ai vérifié,
- 38:55on fait des jeux dans les séminaires on s'amuse un petit peu comme ça,
- 38:57que ça soit aussi ludique de dire à quelqu'un pourquoi tu aimes le bleu ?
- 39:02réponse de la personne,
- 39:02j'ai pas le droit d'aimer le bleu je t'ai pas dit ça justement,
- 39:05pourquoi tu aimes ?
- 39:06tellement elle est habituée à ce qu'on lui donne des pourquoi négatifs Merci.
- 39:11Je dis pourquoi tu aimes le bleu ?
- 39:12C'est une vraie question.
- 39:14Voilà,
- 39:14pourquoi tu aimes le bleu ?
- 39:16J'ai même constaté,
- 39:18et du coup je le conseille aux gens,
- 39:20que le pourquoi est tellement dommageable dans la mentalité et dans la culture française qu'il vaut mieux chercher le pourquoi.
- 39:26Qu'est-ce qui te plaît dans le bleu ?
- 39:28Qui est moins virulent,
- 39:30moins agressif,
- 39:32pas agressif,
- 39:32intrusif,
- 39:34que le pourquoi tu aimes le bleu.
- 39:36Qu'est-ce qui te plaît dans le bleu ?
- 39:38Donc il peut se substituer au pourquoi dans ce cas-là.
- 39:41Voilà,
- 39:41donc qu'est-ce que le comment ?
- 39:42Alors le comment,
- 39:43très belle réputation aussi,
- 39:45parce que c'est le comment pragmatique.
- 39:47C'est le...
- 39:47Enfin,
- 39:48les politiques ont une sainte horreur du comment.
- 39:51Comment vous allez me financer ce projet ?
- 39:53Oh là là,
- 39:54c'est un panique à bord là.
- 39:55Comment vous allez présenter au président ?
- 39:57Oh là là,
- 39:58le comment c'est terrible.
- 40:00Sauf que quand même,
- 40:01on peut le vérifier dans la vie de tous les jours,
- 40:02et les parents le savent avec les enfants d'ailleurs,
- 40:04qui posent des tas de comments,
- 40:07quand au bout d'un certain temps,
- 40:08tu ne peux pas répondre aux questions comment ?
- 40:10tu perds toute ta crédibilité.
- 40:13C'est la crédibilité qui est en jeu.
- 40:14Si je ne sais pas répondre comment,
- 40:15je perds toute sa crédibilité.
- 40:17Donc,
- 40:18qu'est-ce que,
- 40:18comment,
- 40:18pourquoi,
- 40:19c'est l'outillage vraiment de base de la question ouverte.
- 40:21Il y a des petites questions dont vous parlez,
- 40:25c'est la nuisance des petites questions anodines,
- 40:29ça m'a bien plu ça.
- 40:29Les petites questions des passifs agressifs qui,
- 40:32mine de rien,
- 40:33j'ai rien dit,
- 40:34j'ai juste posé une question,
- 40:36pourquoi tu t'énerves ?
- 40:37En fait,
- 40:37il n'y a pas de question qui soit anodine.
- 40:39Bien sûr.
- 40:40Bien sûr.
- 40:42Derrière toute question,
- 40:43il y a une intention.
- 40:45Oui,
- 40:45il y a une intention.
- 40:48Alors,
- 40:48il peut y avoir un malentendu sur l'intention.
- 40:50C'est-à-dire,
- 40:50je te demande ça.
- 40:52Par exemple,
- 40:53si je te demande combien tu gagnes,
- 40:56ça peut être un élément tout à fait factuel.
- 40:57Je suis en train de réfléchir en ce moment,
- 40:59je suis manager d'une équipe,
- 41:01etc.
- 41:02Mais il peut y avoir une forme de perversité aussi,
- 41:04quelque part,
- 41:05en disant,
- 41:05est-ce qu'il va oser de me le dire ou est-ce qu'il va me le cacher ?
- 41:07Combien vous avez payé ça,
- 41:09par exemple ?
- 41:09Combien vous avez payé ça ?
- 41:12Donc,
- 41:12il y a toujours une dimension intentionnelle.
- 41:15Ce qu'il faut comprendre,
- 41:16c'est que la question,
- 41:18de toute façon,
- 41:19la question a une fonction révélatrice chez l'interlocuteur.
- 41:23Donc,
- 41:24elle expose l'interlocuteur.
- 41:26Forcément.
- 41:27Alors,
- 41:27c'est flagrant dans des univers comme judiciaire,
- 41:29médicaux,
- 41:30etc.
- 41:31Mais dans la vie en général,
- 41:32on voit ça à table.
- 41:33D'ailleurs,
- 41:34parfois,
- 41:35on sent que quelqu'un a créé un...
- 41:37un malentendu ou à froisser avec une question simplement.
- 41:40Froisser.
- 41:42Donc,
- 41:43ça nous engage une question.
- 41:44Voilà,
- 41:45il faudrait acquérir cette assertivité qui me permet de dire à quelqu'un,
- 41:51dans le contexte ici,
- 41:53là,
- 41:53je ne souhaite pas répondre à votre question.
- 41:54C'est tout.
- 41:56Je ne souhaite pas répondre à votre question.
- 41:57Alors,
- 41:57justement,
- 41:58on va essayer quand même de parler de cette place qu'a le questionnement dans la relation.
- 42:03Et ça,
- 42:04c'est hyper important parce que vous y consacrez quand même.
- 42:06une très bonne partie du livre et qui m'a vraiment passionnée.
- 42:10Il a été question d'écoute et la première question que j'ai envie de vous poser,
- 42:13quel lien y a-t-il et quel lien il y a entre la question et l'écoute ?
- 42:20Parce qu'à prime abord,
- 42:21on ne le voit pas spontanément.
- 42:23Alors,
- 42:24ça peut permettre de faire le lien avec deux autres familles de questions qui sont représentatrices justement de cette écoute,
- 42:31de cette qualité d'écoute.
- 42:32C'est ce que j'appelle un questionnement qui repart Merci.
- 42:36dans le gisement d'idées de l'autre.
- 42:38Je repars dans ce qu'a dit l'interlocuteur.
- 42:41Et là,
- 42:41il y a deux familles qui sont des petits miracles dans le questionnement.
- 42:46C'est la question relais et la question miroir.
- 42:49Par exemple,
- 42:50quelqu'un me dit,
- 42:50tiens,
- 42:51on a un nouveau logiciel qui tourne depuis début mars chez nous.
- 42:55Alors franchement,
- 42:56ce n'est pas pratique.
- 42:57Quand quelqu'un me dit ça,
- 42:58quelqu'un me dit ça comme ça,
- 43:00devant la machine à café ou au hasard de la conversation.
- 43:03Tiens,
- 43:03on a un nouveau logiciel depuis début mars.
- 43:05Franchement,
- 43:06ce n'est pas pratique.
- 43:07Bon,
- 43:07si vous ouvrez les compteurs et vous écoutez les réponses possibles,
- 43:11on va entendre de tout.
- 43:13Sauf du questionnement.
- 43:14Quelqu'un va dire,
- 43:14oh pas du tout,
- 43:15c'est pas vrai,
- 43:16moi je m'en sers,
- 43:16je suis super content,
- 43:17d'ailleurs ma collègue effectivement.
- 43:19Ou l'autre qui va dire,
- 43:20ouais t'as raison,
- 43:20c'est nul,
- 43:21pourquoi ils nous ont changé ça,
- 43:22tout ça,
- 43:23etc.
- 43:24Et puis de temps en temps,
- 43:26tu as une personne inspirée qui va dire,
- 43:30mais en quoi c'est pas pratique ?
- 43:33Qu'est-ce qui aurait été plus pratique pour toi ?
- 43:34C'est simplement d'apporter,
- 43:37je dirais,
- 43:37de l'oxygène simplement,
- 43:39et d'aller chercher.
- 43:41avant de se positionner soi-même,
- 43:43avant de donner son avis à soi.
- 43:44Et c'est la fameuse question relais.
- 43:46Alors,
- 43:46la question relais,
- 43:47c'est des petits miracles du questionnement.
- 43:49Il y en a une dizaine dans la langue française,
- 43:51c'est-à-dire en quoi,
- 43:52par rapport à quoi,
- 43:52dans quel cas,
- 43:53sur quel plan,
- 43:54etc.
- 43:54Par exemple,
- 43:55quelqu'un affirme devant moi « Mais ça ne marchera jamais,
- 43:58ce truc-là. »
- 43:58Ok.
- 43:59Dans quel cas,
- 44:00tu as essayé.
- 44:00Mais je te dis,
- 44:01ça ne marchera jamais.
- 44:02Dans quel cas,
- 44:03tu as essayé.
- 44:04Et là,
- 44:04je ne bouge pas.
- 44:05Moi,
- 44:05je ne bouge pas.
- 44:06Et j'aurais tendance à dire que la question relais,
- 44:09Moi,
- 44:10j'en ai fait une philosophie dans la vie.
- 44:12Plus quelqu'un en face de moi est affirmatif et catégorique,
- 44:16plus je le questionne en relais.
- 44:18Moins je fais l'effort pour réfuter ou argumenter quelque chose.
- 44:23Quand quelqu'un affirme,
- 44:25c'est à lui de faire le travail.
- 44:26C'est à lui d'exprimer.
- 44:28Et quand je dis ça,
- 44:29d'ailleurs,
- 44:29dans certains cas,
- 44:30ça fonctionne.
- 44:31Je découvre qu'il a des vraies raisons.
- 44:33Et c'est très bien.
- 44:34C'est très bien.
- 44:35Mais ce n'est pas à moi.
- 44:37de dire ou de réfuter ou de m'engager dans un débat à ce stade-là.
- 44:41Questionnons d'abord.
- 44:43C'est capital,
- 44:44ça.
- 44:45Dans les relations,
- 44:46dans les réunions,
- 44:46dans la vie de famille,
- 44:47tout ça,
- 44:47etc.
- 44:48C'est avant de réagir à l'autre,
- 44:51la réactivité,
- 44:52avant de réagir à l'autre,
- 44:54c'est faire dire,
- 44:55effectivement.
- 44:57C'est l'art de faire dire le questionnement.
- 44:59C'est de la maïotique.
- 45:00C'est de la maïotique,
- 45:01c'est l'accouchement.
- 45:03C'est tout le génie de...
- 45:05de Socrate,
- 45:07c'est faire accoucher qu'est-ce que l'autre a à dire par rapport à ça donc toute la gamme des questions relais c'est pas sorcier,
- 45:12il y en a une dizaine et encore une fois,
- 45:14certaines personnes les pratiquent d'ailleurs moi quand j'entends quelqu'un faire ça,
- 45:18je souligne aussitôt tu vois,
- 45:20tu t'es bien centré sur la personne,
- 45:22là tu es bien centré sur l'autre,
- 45:25l'autre me dit ça marche pas,
- 45:27qu'est-ce qui marche pas en quoi ça marche pas,
- 45:29par rapport à quoi tu sens que ça marche pas,
- 45:31donc il repart dans ce que dit l'interlocuteur Merci.
- 45:34C'est là qu'on peut retrouver les très beaux travaux du psychothérapeute néo-zélandais
- 45:42David Grove,
- 45:44qui a fait un travail extraordinaire sur l'analyse du questionnement.
- 45:48Alors,
- 45:48il traduit en français,
- 45:49ça donne qu'un questionnement soit transparent,
- 45:52c'est-à-dire pratiquement que le rôle du questionneur soit inexistant,
- 45:56ce qui n'est pas possible.
- 45:57Ça veut dire le clean…
- 46:00Le clean language.
- 46:01c'est à dire je joue un rôle de
- 46:04Je joue un rôle d'une sorte d'élément chimique qui facilite la communication,
- 46:11mais j'interviens le moins possible.
- 46:12C'est l'interventionnisme au minimum.
- 46:14C'est l'antithèse des questions suggestives.
- 46:16C'est-à-dire qu'au fait,
- 46:17il faut enlever les interprétations.
- 46:19Absolument.
- 46:20Vraiment enlever ces jugements.
- 46:22Absolument.
- 46:23Recevoir sans avoir quelque chose de préétabli dans son esprit et avoir la curiosité et l'écoute active pour recevoir ce qui va advenir,
- 46:30sans savoir ce qui va arriver.
- 46:32Absolument.
- 46:33Et alors,
- 46:34dans le même esprit,
- 46:35vous ne pouvez pas le connaître,
- 46:37évidemment,
- 46:38on a eu déjà la deuxième famille de questions qui remplit cette fonction-là,
- 46:43chez Carl Rogers,
- 46:44avec l'empathie,
- 46:45c'est-à-dire la fameuse question miroir,
- 46:47traduit en français,
- 46:48la métaphore,
- 46:48c'est la question miroir,
- 46:50qui est d'une simplicité absolue,
- 46:52dont Rogers dit lui-même,
- 46:54d'ailleurs,
- 46:55qu'il n'était pas conscient qu'il faisait ça.
- 46:57C'est un superviseur,
- 46:58un jour,
- 46:59qui lui a dit...
- 47:00Bon,
- 47:00il y a une dame qui était avec vous la semaine dernière,
- 47:03et Rogers dit oui,
- 47:04mais j'ai l'impression que l'entretien ne s'est pas très bien passé,
- 47:06etc.
- 47:07Et son supérieur lui dit pas du tout,
- 47:08elle était très contente,
- 47:10justement elle dit que vous ne lui avez pas posé de question.
- 47:12Et Rogers dit c'est pas possible,
- 47:13je sais que c'est une histoire là.
- 47:15Et il a découvert qu'il pratiquait la question au miroir.
- 47:19Quand quelqu'un dit par exemple,
- 47:20tiens j'ai participé à la réunion régionale à Lyon lundi soir,
- 47:24franchement j'étais déçu.
- 47:26Et que l'autre dit déçu...
- 47:27Mais oui,
- 47:28parce que je croyais qu'on allait discuter des budgets,
- 47:30parce que là,
- 47:30vraiment,
- 47:30c'est urgent.
- 47:31Si on n'a pas les budgets,
- 47:32on ne va pas pouvoir démarrer notre projet,
- 47:34machin,
- 47:35etc.
- 47:35Le mot déçu déclenche tout.
- 47:39Et au sens de David Grove,
- 47:41au sens de Rogers,
- 47:42il n'induit rien.
- 47:44Simplement,
- 47:45il renvoie la personne à ce qu'elle vient de dire.
- 47:49J'étais déçu par ce film,
- 47:50déçu.
- 47:50Bah oui,
- 47:50moi,
- 47:51je m'attendais à ce qu'il y ait quand même moins de violence que ça,
- 47:53parce qu'on m'avait dit que,
- 47:54etc.
- 47:55Repart dans les mots de l'autre.
- 47:58c'est la vieille théorie pour comprendre quelqu'un c'est les choux qui disaient ça paraît-il il faut enfiler ses mocassins il faut mettre ses mocassins il faut que tu te mettes dans sa tête
- 48:10mettre dans sa tête,
- 48:11et donc dans sa tête,
- 48:12c'est-à-dire avoir une attitude réflexive.
- 48:14Qu'est-ce que lui,
- 48:16s'il se posait des questions,
- 48:18déçu,
- 48:19il a sûrement des choses à dire.
- 48:22Alors presque toujours,
- 48:23ce sont des adjectifs qualificatifs,
- 48:25très souvent ce sont des émotions,
- 48:27j'ai été déçu,
- 48:28j'ai été étonné,
- 48:30et j'aurais tendance à dire là-dessus,
- 48:32pratiquement dans
- 48:33100% des cas,
- 48:34la seule ressource c'est le miroir.
- 48:37J'ai été déçu.
- 48:39tu ne voyais pas les choses comme ça,
- 48:40repartir dans ce qu'a dit l'interlocuteur.
- 48:43Et là,
- 48:43j'aurais tendance à dire,
- 48:44on est tout ouïe,
- 48:45et c'est là que le point de convergence entre le questionnement et l'écoute sont vraiment au maximum.
- 48:53Parce que là,
- 48:54le fruit de mon écoute,
- 48:56c'est de poser une question au miroir.
- 48:57Je repars dans ce qu'a dit l'interlocuteur.
- 49:00C'est-à-dire,
- 49:01au départ,
- 49:02pour amorcer un échange et une relation,
- 49:06ça commence par la curiosité.
- 49:07Oui.
- 49:09Donc,
- 49:09on pose la question qui permet de connaître qui en a en face.
- 49:13Et une fois que la personne s'exprime,
- 49:16si on n'est pas en posture d'écoute active pour recevoir ce qu'il y a à recevoir et pour pouvoir relancer,
- 49:23reformuler pour vérifier qu'on a bien compris,
- 49:27avoir des questions en relais pour faire avancer l'échange,
- 49:31les questions en miroir pour que ce soit fluide,
- 49:33parce que c'est des fluidifiants de l'échange.
- 49:37Les régulateurs aussi.
- 49:38Ça joue aussi comme régulateur.
- 49:40Oui,
- 49:40c'est ça,
- 49:41comme régulateur émotionnel.
- 49:42Mais alors,
- 49:43qu'est-ce que c'est cette écoute active ?
- 49:45C'est une posture particulière.
- 49:47Au début,
- 49:47je pensais qu'il fallait juste être là comme ça,
- 49:49mais au fait,
- 49:50c'est une vraie attitude.
- 49:52C'est une vraie attitude.
- 49:53C'est très exigeant.
- 49:54C'est exigeant,
- 49:55c'est un exercice.
- 49:56Concentration.
- 49:57Concentration maximum.
- 50:00Et on voit de temps en temps des gens assez brillants là-dessus,
- 50:04y compris des journalistes,
- 50:05il y en a quand même,
- 50:06qui ont eu
- 50:07une très belle qualité d'écoute,
- 50:08et qui repartent tout simplement dans ce qu'a dit l'autre.
- 50:11Le mécanisme,
- 50:12il est simple en soi.
- 50:14Plutôt que de construire des questions qui viennent de je ne sais pas où,
- 50:17etc.,
- 50:18tu repars dans ce qu'a dit l'interlocuteur,
- 50:20tout simplement.
- 50:22Freud,
- 50:22dans l'entretien psychanalytique,
- 50:24avait déjà abordé ce genre de choses-là.
- 50:27Rodgers,
- 50:27qui n'était pas très copain avec les freudiens,
- 50:30ne pouvait pas l'ignorer.
- 50:31Mais,
- 50:32par exemple,
- 50:33la technique très classique du psychanalyste,
- 50:35qui consiste à reprendre les queues de phrases.
- 50:39Reprendre les queues de phrases.
- 50:40Sur un ton,
- 50:41il n'y a pas de question.
- 50:42Il n'y a pas de pourquoi,
- 50:43qu'est-ce que,
- 50:43comment,
- 50:43rien du tout.
- 50:44Reprendre la queue de phrases.
- 50:45Par exemple,
- 50:46quelqu'un dit,
- 50:47tiens,
- 50:48j'ai eu l'occasion de croiser ma sœur la semaine dernière.
- 50:50Ça faisait quand même trois ans qu'on ne s'était pas revus.
- 50:53Franchement,
- 50:54j'ai mal vécu ça pendant un certain temps.
- 50:56Vous avez mal vécu ça pendant un certain temps ?
- 50:58Oui,
- 50:58parce que j'ai repris simplement la queue de phrases.
- 51:00Mais ça peut être énervant.
- 51:01Ma grand-mère,
- 51:02elle n'était pas psychanalyste.
- 51:03Il y en a quelques-uns qui ont raté leur train à cause de ça.
- 51:06Parce qu'elles le pratiquaient systématiquement.
- 51:09Systématiquement.
- 51:10Je ne sais pas d'où elle sortait ça.
- 51:12Mais les gens disaient,
- 51:13elle est curieuse.
- 51:13Elle veut savoir.
- 51:14Elle,
- 51:15elle s'en fout d'elle.
- 51:15Elle veut savoir.
- 51:17Ça dépend dans quelle attitude c'est dit.
- 51:19Si c'est dit juste pour automatiquement déclencher la suite,
- 51:23ça peut tout de suite être ressenti comme gênant.
- 51:27Là aussi,
- 51:28toute pratique systématique est dommageable,
- 51:30évidemment.
- 51:31Roger,
- 51:32je l'avais dit,
- 51:32d'ailleurs,
- 51:32la question est rare.
- 51:33Il y a des psys français dans les années 60 quand c'est venu en France quand même,
- 51:37qui ont dit,
- 51:37ouais,
- 51:37alors attendez les entretiens à la Roger.
- 51:39J'ai dit ton nom,
- 51:40David.
- 51:40David ?
- 51:41Ben oui,
- 51:41je m'appelle David.
- 51:42T'es né quand ?
- 51:43En 1970.
- 51:44En 1970,
- 51:45d'accord.
- 51:45T'es informaticien ?
- 51:46Ben oui,
- 51:46je suis informaticien.
- 51:47Ça va,
- 51:48quoi.
- 51:48Roger,
- 51:49ça veut dire,
- 51:49les Français,
- 51:49il faut toujours envoyer le mode d'emploi.
- 51:52On n'a jamais dit qu'il fallait pratiquer ça systématiquement.
- 51:55Bien sûr.
- 51:56Mais de temps en temps,
- 51:57bien approprié,
- 51:58il y a quelque chose derrière.
- 52:00Il y a Andi Souroche qui voulait faire une métaphore.
- 52:01Il y a quelque chose derrière là.
- 52:03Je sens quand quelqu'un me dit j'étais déçu de la réunion lundi soir à Lyon.
- 52:06Franchement,
- 52:07j'étais déçu.
- 52:07Surtout,
- 52:08j'y ajoute,
- 52:08franchement,
- 52:08j'étais déçu.
- 52:10Alors,
- 52:10on peut dire qu'est-ce qui t'a déçu ?
- 52:11Mais on peut simplement répéter déçu sur un ton interrogatif,
- 52:14tout simplement.
- 52:15Mais ça nécessite une intelligence émotionnelle,
- 52:18relationnelle et une connaissance de soi et des autres.
- 52:20Oui.
- 52:21Et puis...
- 52:23On peut reprendre la phrase rogercienne,
- 52:24là,
- 52:24et l'attitude d'empathie quand même.
- 52:26Quand quelqu'un fait ça,
- 52:28Il apporte la preuve.
- 52:29Alors,
- 52:29est-ce que c'est réflexif ?
- 52:30Est-ce qu'il en est conscient lui-même ?
- 52:31Je ne sais pas.
- 52:32Mais il apporte la preuve qu'il est centré sur l'autre.
- 52:34Ce que Rogers,
- 52:36l'expression traduite en français,
- 52:37c'est centré sur l'autre,
- 52:38pas centré sur lui,
- 52:40l'intervieweur.
- 52:40Il est centré sur l'autre.
- 52:42Ce que tout bon médecin,
- 52:43toute bonne infirmière doit faire,
- 52:45c'est centré sur l'autre.
- 52:46Complètement.
- 52:48Alors,
- 52:49dans l'écoute empathique,
- 52:52d'abord,
- 52:54c'est ce que vous disiez de Carl Rogers.
- 52:56La notion de congruence dont vous parlez,
- 52:58c'est qu'il faut être aligné entre ce qu'on ressent,
- 53:01ce qu'on pense et ce qu'on montre à l'interlocuteur.
- 53:05Sinon,
- 53:05il ne peut pas se confier,
- 53:06au fait.
- 53:07C'est là qu'on crée,
- 53:08au fait,
- 53:09la place pour avoir une relation.
- 53:11Et après,
- 53:12quelle est cette juste distance ?
- 53:15à mettre entre les émotions de l'autre et soi ?
- 53:19Quelle est la vraie empathie ?
- 53:22La vraie empathie,
- 53:23d'abord,
- 53:23c'est celle qui,
- 53:24j'aurais tendance à dire quand même,
- 53:26prioritairement laisse de la place à l'autre.
- 53:28Prioritairement.
- 53:30C'est ma priorité.
- 53:31Donc,
- 53:32ça veut dire que quand j'entre dans l'entretien,
- 53:34je ne perds pas de vue quand même le contexte de l'entretien,
- 53:37la situation,
- 53:39etc.
- 53:40Là,
- 53:40on retrouve quand même,
- 53:41dans les basiques de la communication,
- 53:43tenir compte du contexte.
- 53:44tenir compte de la situation.
- 53:46Rogers intégrait cette notion-là,
- 53:48il le disait lui-même.
- 53:49Cette personne-là est dans l'inquiétude,
- 53:52elle a perdu quelqu'un,
- 53:53etc.
- 53:54Je ne vais pas me comporter de la même manière que si c'était quelqu'un qui me vient me voir et qui me racontait tel truc,
- 54:00par exemple.
- 54:01Donc,
- 54:01il y a le contexte.
- 54:03Et donc,
- 54:03il y a une capacité effectivement personnelle,
- 54:06là,
- 54:06à intégrer le contexte de l'autre.
- 54:09À intégrer le contexte de l'autre.
- 54:11Et ça,
- 54:11c'est quand même un effort
- 54:13que certaines personnes,
- 54:14je ne sais pas s'il faut appeler ça effort,
- 54:17mais que certaines personnes ne font pas.
- 54:19Par exemple,
- 54:19quand on dit à quelqu'un,
- 54:20tu te rends compte de la question que tu lui as posée,
- 54:22mais tu es fou.
- 54:24Et quand on dit ça,
- 54:25c'est pour la question qui est mauvaise.
- 54:26Mais c'est cette question-là,
- 54:27dans le contexte,
- 54:28dans son contexte,
- 54:29à lui ou à elle,
- 54:31ce n'était pas le moment de la poser.
- 54:32Elle était malvenue,
- 54:34mal placée,
- 54:35déplacée.
- 54:36Bien sûr que oui,
- 54:36bien sûr.
- 54:37Il y a une contextualisation qui est très,
- 54:40très,
- 54:40très importante.
- 54:43Je me demande aussi si on ne se met pas à la place de l'autre.
- 54:47C'est que j'ai l'impression des fois,
- 54:48je commence par moi,
- 54:49c'est que des fois,
- 54:50si je suis déjà opposée à l'idée que je sais que l'autre va me proposer,
- 54:55j'ai peur en lui laissant la place de finir son argument et sa réponse,
- 55:00j'ai peur d'y adhérer.
- 55:03Oui,
- 55:03c'est intéressant comme peur,
- 55:04parce qu'il y a aussi des personnes qui ont exactement la peur inverse.
- 55:08Il va me dire quelque chose avec laquelle je ne pourrais rien faire.
- 55:12et ce n'est pas ce que je veux entendre.
- 55:14Je pense d'ailleurs que le symptôme que vous ressentez,
- 55:17il est plus rare que celui que je viens d'évoquer.
- 55:21Il est plus rare.
- 55:21C'est les gens qui ne posent pas cette question-là parce qu'ils ont peur de la réponse qu'ils vont récupérer.
- 55:26Je n'ai pas osé lui demander ça parce que de toute façon,
- 55:28je sais qu'il me dira non ou que ça n'ira pas.
- 55:32Mais on peut aussi parfois,
- 55:34alors je dirais,
- 55:35ça c'est intéressant,
- 55:37votre ressenti,
- 55:37il a un autre travail sur soi en disant Merci.
- 55:40S'il me dit ça,
- 55:41j'ai peur moi-même de craquer un peu là-dessus,
- 55:45alors que ce n'est pas mon avis.
- 55:48J'ai peur d'y adhérer ou j'ai peur de laisser la place à quelque chose à laquelle je n'adhère pas ?
- 55:54Oui,
- 55:56mais je n'ai pas,
- 55:57au sortir d'une situation d'empathie,
- 56:03ne se pose pas forcément la question d'adhérer ou de rejeter.
- 56:07Simplement,
- 56:07j'ai entendu.
- 56:09Et moi,
- 56:12j'ajoute à la notion d'empathie quelque chose qui m'est venu d'une actualité présente redoutable.
- 56:20Je ne suis pas sûr que dans Rogers,
- 56:22on en trouve vraiment des traces de ça.
- 56:24C'est d'aller plus loin que la simple capacité remarquable déjà,
- 56:29au moins,
- 56:29d'entendre ce que dit l'autre et tout ce qu'il dit.
- 56:33Y compris,
- 56:33alors si on est rogersien,
- 56:35y compris les émotions qu'il y a dans ce qu'il dit.
- 56:37Il m'a dit qu'il était d'accord.
- 56:39Mais j'ai senti en plus qu'il était enthousiaste.
- 56:41Il m'a dit que ça ne marchait pas ce truc-là,
- 56:43et j'ai senti qu'il était super mal à l'aise.
- 56:45Et il ne l'a pas dit qu'il était super mal à l'aise.
- 56:47Mais quand il m'a dit que ça ne marchait pas,
- 56:49j'ai senti qu'il était mal à l'aise.
- 56:50C'est ça l'attitude d'empathie,
- 56:51c'est aller au-delà,
- 56:53simplement,
- 56:54aujourd'hui,
- 56:54avec la tendance effectivement à pointer la dimension émotionnelle partout.
- 57:01Bon,
- 57:01c'est très bien,
- 57:02bravo,
- 57:03tant mieux.
- 57:03Mais Roger se l'avait déjà dit,
- 57:05l'émotionnel,
- 57:06ce n'est pas seulement ce que l'autre exprime.
- 57:08Mais c'est ce qu'on sent qu'il y a derrière.
- 57:10Là,
- 57:10il faut vérifier,
- 57:11il faut valider d'ailleurs.
- 57:12Oui,
- 57:13d'ailleurs,
- 57:13on peut interpréter des fois.
- 57:14Très bien,
- 57:15bravo.
- 57:16Il y a des gens qui aujourd'hui,
- 57:17moi je fais preuve d'empathie,
- 57:18vous voyez,
- 57:19il s'est exprimé.
- 57:21J'ai senti qu'il était douloureux là-dessus parce que vraiment ça ne s'est pas passé comme,
- 57:24etc.
- 57:25Bien.
- 57:26Moi,
- 57:26j'ajoute une autre dimension dans la dimension d'empathie.
- 57:29C'est qu'est-ce que tu vas faire de ça ?
- 57:32Qu'est-ce que tu vas faire de ça ?
- 57:33Et la société d'aujourd'hui...
- 57:36complètement confrontés à cette dimension-là.
- 57:38C'est-à-dire une incroyable frustration générée par des gens qui auraient bien suivi toutes ces notions et ces conseils d'écoute,
- 57:48de questionnement et d'empathie,
- 57:50mais qui ne font rien,
- 57:52rien,
- 57:53qui va dans le sens de ce que l'autre a dit.
- 57:55Mais alors là,
- 57:55tu crées une frustration monumentale.
- 57:58Et les gens ne sont pas sauts,
- 58:00il y en a certains qui ont plus de temps pour le découvrir,
- 58:03mais il y en a qui le découvrent tout de suite.
- 58:05Tu peux lui dire ça,
- 58:06mais il n'en tient pas compte.
- 58:07Donc,
- 58:07c'est la notion de tenir compte.
- 58:10Et moi,
- 58:11je suis prudent en travaillant sur la négociation,
- 58:13le rapport aux autres,
- 58:14etc.
- 58:15Je ne suis pas le dupe des rapports de force qui existent dans la vie,
- 58:17des phénomènes de dépendance,
- 58:18etc.
- 58:20J'ajoute la notion de tenir compte au moins en partie,
- 58:23au moins en partie de ce que l'autre a dit.
- 58:26Parce que c'est terrible,
- 58:27sinon.
- 58:28On crée une situation d'empathie,
- 58:29d'une frustration incroyable.
- 58:31Parce qu'à la limite,
- 58:32si les gens n'écoutent pas,
- 58:33il y a des gens qui sont vaccinés,
- 58:35ils disent « laisse tomber,
- 58:35il n'écoute pas,
- 58:36de toute façon,
- 58:37tu peux lui dire ça,
- 58:37il n'en tient pas compte,
- 58:38etc. »
- 58:39Comme ça,
- 58:39la question est réelle,
- 58:40il n'est pas déçu.
- 58:41Il n'écoute pas.
- 58:42Il n'écoute pas,
- 58:43de toute façon.
- 58:44Tu dis des choses,
- 58:44il n'écoute pas.
- 58:45Il y a une catégorie comme ça qui existe,
- 58:47ça c'est clair.
- 58:48Mais quand tu dis « mais il m'a écouté » ,
- 58:50il est même revenu là-dessus.
- 58:53J'ai l'impression même,
- 58:54peut-être à tort,
- 58:55que j'ai senti qu'il acquiesait puisqu'il ne dit mot consent.
- 58:59Sacré proverbe français.
- 59:00Il ne disait rien là-dessus.
- 59:02J'ai cru que c'était d'accord.
- 59:04Moi,
- 59:05j'ai rencontré des gens qui m'ont dit,
- 59:06quand je suis sorti du bureau de mon patron,
- 59:09je croyais que c'était d'accord pour avoir une augmentation.
- 59:12Bah oui,
- 59:12puisqu'il m'a écouté,
- 59:15il m'a demandé pourquoi.
- 59:17Il a même fait des questions de relais sur ce que je disais,
- 59:19etc.
- 59:20Il a fait preuve d'empathie.
- 59:21Voilà,
- 59:21il a fait preuve d'empathie.
- 59:23Alors,
- 59:23au sens de Rogers aussi,
- 59:25qui ajoutait une dimension chaleureuse,
- 59:27de tolérance chaleureuse,
- 59:28etc.
- 59:29C'est pas faux,
- 59:29c'est dans Rogers,
- 59:30le côté chaleureux.
- 59:32Mais sauf que là,
- 59:32il y a des gens qui disent,
- 59:33c'est bon,
- 59:34c'est bon,
- 59:35mais il ne se passe rien.
- 59:36Il ne se passe rien derrière.
- 59:38Donc,
- 59:39je pense que dans la dimension d'empathie,
- 59:41la dernière projection qu'il y a derrière,
- 59:44c'est qu'est-ce que tu fais de ça ?
- 59:46Voilà.
- 59:47Et là,
- 59:47je n'ai pas de secret,
- 59:48je n'ai pas de baguette miracle.
- 59:50Mais pour moi,
- 59:53dans mon expérimentation de la vie,
- 59:55c'est comment je peux tenir compte,
- 59:57au moins en partie,
- 59:58de ce que l'on tradit.
- 1:00:00Comment je peux tenir compte ?
- 1:00:01C'est plus que de la frustration,
- 1:00:03vous expliquez.
- 1:00:04Vous dites que quand on fait preuve d'empathie,
- 1:00:07on appelle de l'espoir.
- 1:00:09Et quand il y a déception,
- 1:00:11il ne se passe rien derrière.
- 1:00:13C'est de la trahison.
- 1:00:14Terrible,
- 1:00:14terrible.
- 1:00:15Bon,
- 1:00:15alors,
- 1:00:16c'est une traduction sociale et politique,
- 1:00:17ça.
- 1:00:18Par exemple,
- 1:00:19on l'a vu,
- 1:00:20ça a été une tendance dans nos sociétés,
- 1:00:21quels que soient les gouvernants,
- 1:00:23etc.
- 1:00:24On va faire un sondage,
- 1:00:26on va faire une enquête,
- 1:00:27on va faire une convention,
- 1:00:29on va réunir 150 personnes.
- 1:00:31On produit,
- 1:00:32qui produisent donc un certain nombre d'idées,
- 1:00:36etc.
- 1:00:36Qu'est-ce qu'on en fait ?
- 1:00:38Qu'est-ce qu'on en fait ?
- 1:00:39Et là,
- 1:00:39on craint une frustration terrible.
- 1:00:41Terrible,
- 1:00:42terrible,
- 1:00:42terrible.
- 1:00:43Alors,
- 1:00:43dans le monde professionnel,
- 1:00:44comment on peut faire ?
- 1:00:46On est manager,
- 1:00:47on écoute parce que c'est le rôle d'un manager d'être en écoute active par rapport à ses collaborateurs.
- 1:00:54J'ai écouté une multitude de personnes,
- 1:00:56j'ai écouté une personne.
- 1:00:57Comment je fais pour,
- 1:00:59après,
- 1:01:00prendre en compte ce qui a été dit ?
- 1:01:03C'est là que mon concept de tenir compte,
- 1:01:06au moins en partie,
- 1:01:07il est prudent,
- 1:01:08il n'est pas idéaliste,
- 1:01:10il n'est pas idéal,
- 1:01:11etc.
- 1:01:12mais tenir compte
- 1:01:12au moins en partie.
- 1:01:14Par exemple,
- 1:01:15la personne a fait état qu'en dehors des difficultés de ce projet,
- 1:01:21par exemple,
- 1:01:22être assistée par une personne ou avoir un adjoint ou avoir un collègue,
- 1:01:26etc.,
- 1:01:28ça aurait pu l'aider.
- 1:01:30Qu'est-ce que je peux apporter comme réponse dans cet esprit-là,
- 1:01:34dans les deux,
- 1:01:35trois mois qui viennent ?
- 1:01:37Au pire du pire,
- 1:01:37c'est ce que je dis à des managers,
- 1:01:39tu peux lui dire au moins toi,
- 1:01:41toi-même.
- 1:01:42par exemple tous les 15 jours tu lui proposera un petit échange d'une demi-heure il t'avait demandé d'avoir une personne de plus dans le projet mets toi contribution et accepte au moins par exemple de le rencontrer par exemple tous les 15 jours pour faire le point que
- 1:01:57tu apportes quelque chose qui lui confirme dans sa tête que il n'a pas dit ça pour rien ça eu un écho chez lui la pire des frustrations c'est ça on le rencontre dans la vie de tous les jours
- 1:02:10je t'avais dit ça mais t'en tiens pas compte l'expression t'en tiens pas compte elle est terrible est-ce qu'il ne faut pas en toute honnêteté dire ce qu'il est possible de faire en réponse et ne pas faire aussi pour arrêter l'espoir et être plutôt dans la franchise et dans l'honnêteté vous comprenez pourquoi l'autre volet dans ma carrière j'ai consacré beaucoup à la négociation parce que c'est là que ça se joue parce
- 1:02:33que je ne suis pas dupe il faut négocier des moyens,
- 1:02:36des ressources sur...
- 1:02:37on est dans des rapports de force donnés,
- 1:02:39etc.,
- 1:02:40y compris dans la vie personnelle,
- 1:02:41d'ailleurs.
- 1:02:43Donc,
- 1:02:43c'est comment je peux trouver,
- 1:02:44c'est là qu'on peut revaloriser la notion à minimum de compromis,
- 1:02:51de compromis,
- 1:02:52même si nos chers savants spécialistes de communication aujourd'hui déploient des idées en management comme la co-construction,
- 1:03:01c'est grandiose,
- 1:03:01la co-construction,
- 1:03:02bien sûr que oui,
- 1:03:03c'est grandiose,
- 1:03:05mais c'est une infime...
- 1:03:07part de relation.
- 1:03:09Comment pourrait-on co-construire aujourd'hui un Proche-Orient qui ne soit pas à feu et à sang ?
- 1:03:14Ils ont tous intérêt à se mettre autour de l'étape.
- 1:03:16Co-construire quelque chose.
- 1:03:17Co-construire quelque chose.
- 1:03:19C'est tellement vrai.
- 1:03:21C'est tellement vrai.
- 1:03:22Alors,
- 1:03:23dans la même idée,
- 1:03:24il y a un sujet que je tiens à aborder aussi,
- 1:03:28qui est l'art de la conversation.
- 1:03:30C'est aussi un art en rapport avec la question et la réponse.
- 1:03:36J'ai l'impression que c'est un outil majeur,
- 1:03:39au fait,
- 1:03:39dans notre construction sociale et qui pourrait améliorer les liens,
- 1:03:43adoucir les relations.
- 1:03:45Comment le pratiquer ?
- 1:03:47Comment passer de la question à l'art de la conversation ?
- 1:03:51Alors,
- 1:03:53pour parler de la conversation,
- 1:03:55par rapport à tout ce qu'on a dit par exemple,
- 1:03:57ça pose la question de la place de la conversation dans les relations humaines entre les gens.
- 1:04:03Je pense que la conversation,
- 1:04:04ce n'est pas ça qui peut résoudre les grands problèmes du monde.
- 1:04:08Je pense que ce n'est pas ça qui peut en soi résoudre un conflit familial ou quoi que ce soit.
- 1:04:15En revanche,
- 1:04:15c'est un moment,
- 1:04:16c'est un moment avant autre chose.
- 1:04:19C'est un moment avant,
- 1:04:20c'est-à-dire par la conversation,
- 1:04:23je peux recréer du lien,
- 1:04:25je peux retisser quelque chose.
- 1:04:27Et justement,
- 1:04:28je pense que la conversation fonctionne quand il n'y a pas d'intention et d'objectif particulier,
- 1:04:32autre que le lien,
- 1:04:34autre que l'échange,
- 1:04:35autre que le lien.
- 1:04:40J'aime bien le citer toujours,
- 1:04:41parce qu'on a l'impression de réinventer l'histoire aujourd'hui.
- 1:04:44Le grand
- 1:04:47Dale Carnegie aux États-Unis dans les années 30,
- 1:04:49Quand il a écrit son livre « Comment se faire des amis » ,
- 1:04:52etc.,
- 1:04:52« Comment vendre des trucs » ,
- 1:04:53etc.,
- 1:04:54il disait
- 1:04:55« Tu vas boire un café avec lui,
- 1:04:56puis tu causes avec lui,
- 1:04:57quoi.
- 1:04:58Tu causes avec lui.
- 1:04:59Puis t'apprends qu'actuellement,
- 1:05:01il n'a pas trop de sous,
- 1:05:01que ça ira mieux dans six mois,
- 1:05:03tout ça,
- 1:05:03etc.
- 1:05:04Donc,
- 1:05:05peut-être que si t'es intelligent,
- 1:05:06même si t'es vendeur,
- 1:05:07tu vas être assez intelligent pour ne pas lui faire une proposition aujourd'hui face à laquelle il va être mal à l'aise,
- 1:05:13puisqu'il a senti qu'il t'a dit qu'il était un peu gêné en ce moment,
- 1:05:15etc. »
- 1:05:16En revanche,
- 1:05:16tu as bien noté dans ta tête que dans six mois,
- 1:05:18il doit avoir,
- 1:05:19etc.
- 1:05:19Bon,
- 1:05:20donc quand tu sais ça,
- 1:05:21tu es dans une position extraordinairement plus avantageuse que le vendeur qui débarque dans le bureau,
- 1:05:26qui n'a pas eu une phase de conversation et boum,
- 1:05:28qui lui dit,
- 1:05:29ben voilà,
- 1:05:29je vous propose ça,
- 1:05:30etc.
- 1:05:30Et qui se prend un nom,
- 1:05:31évidemment,
- 1:05:32dans la tête.
- 1:05:32Donc la conversation,
- 1:05:34moi,
- 1:05:34je vois ça dans le niveau du sport,
- 1:05:36par exemple.
- 1:05:37Les joueurs sont extrêmement sensibles dans les sports collectifs,
- 1:05:40il faut d'être titulaire,
- 1:05:41tout ça,
- 1:05:42etc.
- 1:05:42Et ils disent
- 1:05:43Quand ça va mal,
- 1:05:44quand le coach leur fait plus confiance,
- 1:05:46ils disent,
- 1:05:47le coach,
- 1:05:47il ne me cause pas.
- 1:05:49C'est le verbe causer qui est extraordinaire dans la conversation.
- 1:05:52Il ne me cause pas.
- 1:05:53Et causer,
- 1:05:54c'est quoi ?
- 1:05:54C'est ce que je leur dis.
- 1:05:55C'est faire les 100 mètres qui vont du vestiaire au terrain en marchant côte à côte.
- 1:06:00Et c'est là que tu apprends des trucs.
- 1:06:01Ou c'est prendre un café avec lui après l'entraînement,
- 1:06:03machin,
- 1:06:04tout ça,
- 1:06:04etc.
- 1:06:05Avec un prétexte utile de parler de...
- 1:06:07Il t'a dit que sa femme était partie,
- 1:06:08je ne sais pas trop,
- 1:06:09etc.
- 1:06:10De causer,
- 1:06:10de causer.
- 1:06:12Retrouver la vertu de causer.
- 1:06:13C'est la causerie,
- 1:06:14la conversation,
- 1:06:15c'était l'art des salons au
- 1:06:1717e, au 18e siècle.
- 1:06:19C'est devenu très obsolète la conversation dans un monde qui est centré sur les objectifs,
- 1:06:25tout ça,
- 1:06:25etc.
- 1:06:26J'ai suivi des séminaires de formation de management,
- 1:06:29etc.
- 1:06:29Il y a des gens qui m'ont dit,
- 1:06:31avec la conversation,
- 1:06:32on n'a plus le temps aujourd'hui.
- 1:06:33Enfin,
- 1:06:34ce n'est pas d'actualité.
- 1:06:35Quand tu es manager,
- 1:06:38quand tu as quelqu'un dans ton bureau,
- 1:06:40tu as trois objectifs.
- 1:06:41Tac,
- 1:06:41tac,
- 1:06:41tac,
- 1:06:41tac,
- 1:06:41etc.
- 1:06:42C'est ça,
- 1:06:42sinon tu ne le rencontres pas.
- 1:06:44Là,
- 1:06:44je me dis,
- 1:06:45le monde va mal.
- 1:06:46Oh là là,
- 1:06:47le monde va mal.
- 1:06:49Malgré tout et malgré cette tendance-là,
- 1:06:52l'intérêt humain,
- 1:06:52quand même,
- 1:06:53a des lucidités de temps en temps.
- 1:06:56C'est ce qu'on appelle la machine à café le matin.
- 1:06:58C'est la machine à café le matin.
- 1:06:59On ne peut pas l'interdire,
- 1:07:00ça.
- 1:07:01Ça ne rentre pas dans les cursus de management avec un objectif,
- 1:07:03machin,
- 1:07:04tout ça,
- 1:07:04bazar et tout.
- 1:07:05Parce que tu le causes.
- 1:07:07Il cause,
- 1:07:07simplement.
- 1:07:08Il cause.
- 1:07:09Donc cette vertu de la conversation qui n'obéit pas à un principe de questionnement là,
- 1:07:15mais un principe d'échange.
- 1:07:18Si tu me dis par exemple,
- 1:07:21c'est là que ça enfreint un petit peu ce qu'on a dit sur la méthodologie du questionnement.
- 1:07:27Quand quelqu'un me dit,
- 1:07:28quand j'étais en Guadeloupe,
- 1:07:29j'étais un peu déçu par le fait quand même qu'on m'avait dit que les gens étaient plus chaleureux.
- 1:07:33En fait,
- 1:07:34où j'étais,
- 1:07:35j'ai eu du mal à avoir des contacts.
- 1:07:36Au moins par rapport à ça,
- 1:07:38je peux adopter une attitude questionnante,
- 1:07:40comme on l'a dit tout à l'heure.
- 1:07:41Qu'est-ce qui s'est passé ?
- 1:07:43Est-ce que ça s'est reproduit plusieurs fois ?
- 1:07:45Là,
- 1:07:45je prends ma voix questionnante.
- 1:07:47Mais je peux aussi prendre la voix,
- 1:07:49puisque lui s'est livré,
- 1:07:50moi aussi il peut me livrer.
- 1:07:52Par exemple,
- 1:07:53moi,
- 1:07:53ça fait trois fois que je vais en Guadeloupe.
- 1:07:55Ce que tu as ressenti,
- 1:07:56je l'ai ressenti la première fois.
- 1:07:58Exactement pareil.
- 1:07:59Je m'attendais à ce que les gens soient venus,
- 1:08:00etc.
- 1:08:01En revanche,
- 1:08:02ça fait deux fois que j'y vais.
- 1:08:03Franchement.
- 1:08:05ça n'a pas du tout été pareil,
- 1:08:06etc.
- 1:08:06Donc,
- 1:08:06je m'interroge.
- 1:08:08Est-ce que ça tient à moi ?
- 1:08:08Est-ce que ça tient au contexte ?
- 1:08:11Donc,
- 1:08:11j'échange,
- 1:08:12j'échange simplement.
- 1:08:14Je prends une information et je redonne une autre.
- 1:08:16On s'enrichit,
- 1:08:17mais il n'y a pas d'intention particulière.
- 1:08:20Il n'y a pas d'intention.
- 1:08:22Et j'ajouterais le plaisir de l'échange,
- 1:08:25qui n'est pas négligeable.
- 1:08:26Le plaisir de l'échange aussi.
- 1:08:28C'était un plaisir.
- 1:08:29C'était un énorme plaisir cet échange Lionel Bélanger,
- 1:08:33c'est passionnant.
- 1:08:34J'ai beaucoup,
- 1:08:35beaucoup,
- 1:08:35beaucoup appris et en toute honnêteté,
- 1:08:38j'interroge tous les jours maintenant à partir de vos livres,
- 1:08:44mes échanges avec mes passions,
- 1:08:45avec les personnes qui m'entourent et j'interroge aussi la façon dont je pose les questions au podcast.
- 1:08:53Donc,
- 1:08:54je suis dix mille fois plus riche.
- 1:08:56et ça je le savais de toute façon c'est pour ça,
- 1:08:59donc je vous remercie infiniment pour votre présence est-ce qu'il y a quelque chose que vous voudriez dire pour conclure au sujet de ce dernier livre ?
- 1:09:09Merci,
- 1:09:09je crois que votre expérience c'est celle qui doit être partagée par les gens qui nous écoutent c'est-à-dire oser questionner nos manières de questionner c'est pas le plus facile,
- 1:09:18questionner c'est pas facile mais questionner nos manières de questionner c'est-à-dire avoir ce qu'on appelle dans le
- 1:09:24Aujourd'hui,
- 1:09:24un petit peu plus dans une dimension intellectuelle,
- 1:09:26l'attitude réflexive,
- 1:09:28elle doit aussi porter,
- 1:09:29et c'est la grande surprise,
- 1:09:30sur le questionnement.
- 1:09:31Merci infiniment Lionel Bélanger.
- 1:09:34Merci.
- 1:09:40Et pour me poser vos questions et continuer ce sujet passionnant,
- 1:09:44retrouvez-moi sur Instagram
- 1:09:47Enquête d'accord.
- 1:09:48Puis-je vous demander de soutenir le podcast ?
- 1:09:53Oui.
- 1:09:53Alors,
- 1:09:54likez,
- 1:09:55abonnez-vous,
- 1:09:56partagez.
- 1:09:57A très bientôt !