Latest / Raconte Media - Interviews d'esprits audacieux qui inspirent, bousculent et (re)façonnent le monde - Créatifs, entrepreneurs, influents,… / Myriam Leroy: No small talk
Transcript
- 0:00Comme je déteste le small talk que les autres m'infligent,
- 0:03je fais tout pour ne pas moi-même être dans le small talk.
- 0:05Donc j'essaye de créer,
- 0:06de dire vraiment des choses et de répondre vraiment aux questions.
- 0:10Raconte,
- 0:11c'est goût,
- 0:12c'est l'amour.
- 0:13Et ce regard,
- 0:14raconte la rencontre.
- 0:24Bonjour Myriam Leroy.
- 0:25Bonjour.
- 0:27Bienvenue sur Raconte.
- 0:28Merci.
- 0:30Sans savoir,
- 0:31tu inaugures quelque chose aujourd'hui sur Raconte,
- 0:33à savoir qu'à la fin de chaque interview,
- 0:35on demande à l'invité d'inviter aussi quelqu'un.
- 0:40Et tu as été invité.
- 0:42Oui.
- 0:42Par quelqu'un d'autre qui est passé avant toi chez nous et c'est Barbara Hornart qui est sommelière ici à Scarbeck.
- 0:49Je l'ai entendu.
- 0:50Ah ben voilà.
- 0:51Ça m'a fait plaisir.
- 0:52Ben écoute,
- 0:53j'espère que ça lui fera plaisir aussi de vous regarder mutuellement,
- 0:56de vous découvrir à travers vos interviews respectives.
- 1:00Et moi je devrais inviter quelqu'un aussi ?
- 1:02Exact.
- 1:03D'accord.
- 1:03Tout à l'heure.
- 1:04Il faut un peu de temps et d'y réfléchir.
- 1:06Les gens t'aiment bien un peu,
- 1:07beaucoup,
- 1:08pas beaucoup.
- 1:09C'est large.
- 1:12Donc voilà,
- 1:12écoute,
- 1:13qui es-tu ?
- 1:14Est-ce que je pourrais te demander de te présenter ?
- 1:17Je m'appelle Myriam,
- 1:18j'ai 42 ans,
- 1:19j'habite Ixelles,
- 1:21je suis la maîtresse de mon chien,
- 1:25la locataire de ces lieux.
- 1:28J'écris,
- 1:28et voilà,
- 1:29ce que je fais pour vivre,
- 1:30c'est j'écris.
- 1:32Ok,
- 1:32et on est où ici ?
- 1:36On est chez moi,
- 1:36on est dans mon salon.
- 1:38C'est ici que tu travailles ?
- 1:39Euh...
- 1:40Oui,
- 1:40une fois oui.
- 1:41Je travaille beaucoup dans mon lit.
- 1:43C'est moins télégénique,
- 1:45c'est beaucoup plus en bordel.
- 1:47Mais je vais écrire aussi ici.
- 1:48Mais il faut que le projet soit déjà bien lancé pour que je puisse écrire assise.
- 1:52Moi j'ai besoin de commencer mes projets en position semi-couchée.
- 1:55C'est un concept.
- 1:57Et ça marche ?
- 1:59Des fois oui,
- 1:59et puis des fois non.
- 2:02Justement,
- 2:02vu qu'on attaque tout de suite sur le processus créatif,
- 2:06tu écris à quel moment du jour,
- 2:07la nuit ?
- 2:10C'est très difficile à dire,
- 2:11il n'y a pas vraiment de régularité.
- 2:12Je sais que j'aime l'été,
- 2:14en tout cas que l'été est propice à la création de nouveaux projets.
- 2:17C'est souvent l'été que je me lance dans des nouvelles idées,
- 2:21parce que je suis moins stimulée,
- 2:23moins stressée,
- 2:24j'ai moins de rendez-vous,
- 2:25il y a plus de place.
- 2:26pour faire affleurer les idées.
- 2:29Mais cet été-ci,
- 2:30elles ne sont pas arrivées.
- 2:31Donc peut-être qu'il n'y aura pas de projet cette année,
- 2:33je ne sais pas.
- 2:34Je précise qu'on enregistre ici fin août.
- 2:37Oui.
- 2:38Non,
- 2:38mais j'ai beaucoup de choses à faire cet été,
- 2:41des choses pratico-pratiques qui n'avaient rien à voir avec la création.
- 2:43Je n'ai pratiquement pas écrit et je n'ai même pratiquement pas lu.
- 2:46Alors que d'habitude,
- 2:47l'été,
- 2:48j'aime lire un livre par jour.
- 2:50Et là,
- 2:51j'ai lu un livre sur mon été.
- 2:55D'où vient ce manque de régularité d'un coup ?
- 2:59Je crois que j'ai eu une année assez compliquée.
- 3:03Il s'est passé beaucoup de choses.
- 3:05Il y a eu beaucoup de frustrations,
- 3:09à tout point de vue,
- 3:10personnelles,
- 3:11artistiques,
- 3:12professionnelles.
- 3:12Il y a eu beaucoup de choses qui ne se sont pas passées comme je voulais que ça se passe.
- 3:16Et je pense que ça m'a un peu échaudée.
- 3:17Donc peut-être que je me lance moins spontanément dans des nouveaux projets.
- 3:22C'est peut-être ça.
- 3:23C'est peut-être la crise de la quarantaine.
- 3:25J'en sais rien du tout,
- 3:26en fait.
- 3:28Je m'auto-examine beaucoup pour savoir ce qui s'est passé cet été.
- 3:32Mais je ne sais toujours pas.
- 3:34C'est une quête,
- 3:35un peu.
- 3:37C'est une quête d'avoir quelque chose à écrire.
- 3:40De savoir ce que je veux écrire.
- 3:42C'est une quête permanente de...
- 3:46D'essayer de trouver la pomme prête à être cueillie dans l'arbre et qui sera bonne à manger.
- 3:52Ça c'est tout le temps.
- 3:54Et c'est des quêtes qui sont souvent couronnées d'un succès.
- 4:01Et cette année particulièrement.
- 4:04L'arbre,
- 4:05c'est une mauvaise récolte en fait.
- 4:07Tu n'as pas trouvé d'arbre,
- 4:08tu n'as pas trouvé de fruit.
- 4:10Si,
- 4:10peut-être que le fruit est là,
- 4:11mais je ne l'ai pas vu.
- 4:12Il est abrité par le feuillage et il faut que je...
- 4:16C'est toujours comme ça avec les idées.
- 4:18Elles sont là,
- 4:19elles ont toujours été là,
- 4:20mais on passe devant sans les voir ou sans comprendre que c'est précisément celle-là qu'il faut creuser.
- 4:25Donc moi,
- 4:25j'ai cru plusieurs fois avoir trouvé ma pomme cette année.
- 4:29Et puis,
- 4:30pas forcément,
- 4:31ce n'était pas la bonne.
- 4:31Je ne sais pas,
- 4:32voilà.
- 4:33J'ai pas les yeux en face des trous là.
- 4:35Mais c'est peut-être normal,
- 4:37je sors d'une période où j'ai fait que ça,
- 4:40travailler,
- 4:40écrire,
- 4:41brasser des idées dans tous les sens,
- 4:43donc peut-être qu'il faut de la friche un peu pour laisser les choses arriver naturellement.
- 4:49En tout cas c'est sûr qu'il ne faut pas forcer,
- 4:50c'est ça qui est paradoxal,
- 4:51c'est que plus on cherche,
- 4:53moins on trouve.
- 4:54Ce qui est propre à quasiment tous les métiers créatifs finalement.
- 4:58Oui,
- 4:58oui,
- 4:58bien sûr.
- 5:01Le média intimiste,
- 5:03mais pas indiscret.
- 5:05Mais avant tout ça,
- 5:06on va peut-être en revenir à la base,
- 5:07au tout début.
- 5:09Tu viens d'où ?
- 5:11Moi,
- 5:11je suis née en Brabant-Ouallon,
- 5:13et j'ai beaucoup vécu en Brabant-Ouallon.
- 5:17Puis j'ai déménagé à Bruxelles,
- 5:20et je viens...
- 5:23J'ai fait des études de journalisme à l'UCL,
- 5:26et puis progressivement,
- 5:28je me suis désengagée du métier.
- 5:30de journaliste enfin en tout cas des rédactions journalistiques et je pratique toujours l'écriture et l'écriture qui essaye de raconter le monde tel que je le vois mais en motorisant des incursions dans la fiction c'est
- 5:48un peu ta signature littéraire quand on te dit c'est un peu ce qu'on ce qu'on ressent oui enfin j'écris beaucoup sur ce que j'ai sous les yeux quoi parfois avec avec des torsions,
- 5:58de la mise en scène.
- 6:01Et des autorisations que le journalisme ne permettrait pas.
- 6:04Mais ce qui est sûr,
- 6:06c'est que j'ai envie de raconter le réel.
- 6:08Et que je n'invente pas des mondes qui n'existent pas.
- 6:11Je suis très admirative des gens qui arrivent à bâtir des mondes.
- 6:14Mais ce n'est pas ce que je fais.
- 6:16Moi,
- 6:16je n'ai pas toute cette imagination.
- 6:18Mais par contre,
- 6:18j'ai un bon sens de l'observation.
- 6:20Donc voilà,
- 6:20je m'appuie là-dessus pour écrire.
- 6:22Une trame documentaire ?
- 6:24Sans doute,
- 6:24oui.
- 6:26Justement,
- 6:27quand on lit ton premier livre,
- 6:29Ariane,
- 6:30qui relate sa fin de ton enfance,
- 6:32ton début d'adolescence,
- 6:35et aussi une grande description du monde du Brabant-Moison,
- 6:40d'où tu viens.
- 6:40Je te coupe juste pour dire que ce n'est pas réellement une description littérale de la fin de mon enfance,
- 6:47de mon adolescence.
- 6:49La narratrice n'a pas de prénom,
- 6:50et c'est aussi à dessein qu'elle n'a pas de prénom,
- 6:53parce qu'à la fois c'est moi,
- 6:53mais ce n'est pas du tout moi.
- 6:56C'est un livre d'autofiction.
- 6:58Je me suis basée sur des choses vécues et vues,
- 7:01et puis j'en ai fait autre chose.
- 7:03Mais ça dit quand même beaucoup de choses sur ta perception assez jeune du monde,
- 7:09ce côté documentaire,
- 7:10de voir comment tu étudies les gens,
- 7:14le lieu,
- 7:15la ville d'où tu es originaire,
- 7:16Nivelles,
- 7:17que tu sembles adorer.
- 7:18Je ne viens pas de Nivelles.
- 7:19Ah non,
- 7:20mais voilà !
- 7:21Je ne viens pas de Nivelles,
- 7:22moi je viens d'Otigny et de Wavre.
- 7:24Et j'ai placé l'intrigue de mon livre à Nivelles,
- 7:27notamment parce que ma mère était épouvantée que je puisse dire du mal de Wavre.
- 7:33Tu ne peux pas dire du mal de Wavre ?
- 7:36Non,
- 7:36mais il passe beaucoup de temps.
- 7:37Il fait beaucoup ses courses,
- 7:38il a beaucoup d'amis.
- 7:39Et donc,
- 7:40elle n'avait pas envie qu'on lui jette des pierres,
- 7:42des goudrons et des plumes quand elle se balade dans la rue.
- 7:44Donc,
- 7:44elle m'a demandé de déplacer mon histoire.
- 7:46Donc,
- 7:47je l'ai déplacé à Nivelles,
- 7:48qui pour moi,
- 7:48était un peu un copier-coller d'Oivre.
- 7:51Enfin,
- 7:51c'est ce que je pensais parce que je connais assez peu Nivelles.
- 7:53Et manifestement,
- 7:54pas du tout.
- 7:54Et les Nivellois sont extrêmement chauvins et très,
- 7:58très,
- 7:58très,
- 7:59très,
- 7:59très heurtés par le portrait pleuvant.
- 8:01peu flatteur que j'ai fait de leur ville.
- 8:03Je ne savais pas du tout que le plus grand danger en écrivant cette histoire,
- 8:06ça allait venir des nivellois.
- 8:10Tu as reçu des maux ?
- 8:11Oui,
- 8:13beaucoup.
- 8:15Je sais qu'il y a des librairies nivelloises qui ont refusé absolument de mettre le livre en rayon.
- 8:21On rappellera quand même que c'est...
- 8:22une enfant de 12 ans,
- 8:24c'est-à-dire un nivel fictif vu par les yeux d'un enfant de 12 ans dans un livre de fiction.
- 8:29Mais ça a été très au sérieux.
- 8:33Apparemment,
- 8:33ils font partie des Belges les plus chauves,
- 8:36les nivellois.
- 8:36J'ignorais totalement.
- 8:38Un jour,
- 8:40je faisais une dédicace de ce livre à la librairie filigrane et il y a un type dont la tête est hyper familière qui vient faire signer le livre et qui n'a pas l'air content.
- 8:49Il me dit,
- 8:51écrivez Oui.
- 8:52pour un gros con qui habite Nivelles.
- 8:55Et au début,
- 8:55je crois qu'il rigole,
- 8:56il fait une petite blague,
- 8:58puis en fait,
- 8:58il insiste,
- 8:59je dois écrire pour un gros con qui habite Nivelles.
- 9:02Donc j'ai écrit pour un gros con qui habite Nivelles,
- 9:04et je mets quand même une astérisque en disant dédicace,
- 9:07écrite sous la contrainte et tout.
- 9:08Je ne comprends toujours pas l'attitude de ce gars,
- 9:10et puis il se tire en faisant claquer le livre sur le rebord de la table,
- 9:14et il s'en va,
- 9:16il était venu tout seul,
- 9:16comme ça.
- 9:18Et puis à un moment donné,
- 9:19en fait,
- 9:20je ne sais pas,
- 9:21les...
- 9:21Casse du bandit manchot sa ligne et je me souviens de qui c'est.
- 9:26Et c'était Gérard Depré,
- 9:28qui est un homme politique quand même de premier plan.
- 9:31Je me dis,
- 9:31ce mec,
- 9:32il a vécu la violence de la vie politique à tellement d'échelons.
- 9:39il va faire 45 minutes de route pour par vexation pour se faire signer un livre pour un gros con qui habite nivelles voilà c'est marrant c'est un acte politique peut-être pour lui j'imagine peut-être qu'il est très impliqué dans la vie de sa commune je sais pas je connais pas trop le de
- 9:57près en fait la carrière politique déjà de près mais
- 10:01voilà le genre d'anecdotes que j'ai eu avec ariane en annivelle pas mal je pense qu'il ya pas beaucoup d'auteurs d'autrices qui peuvent avoir des fans par des fans entre guillemets de cet acabit pas sûr qu'il était fan il
- 10:17a quand même acheté le bouquin il a quand même acheté le bouquin,
- 10:19c'est vrai.
- 10:20C'est déjà ça.
- 10:24tu l'as dit ce n'est pas vraiment toi c'est un peu des ellipses etc un peu romancer c'est le cas de dire mais qu'est ce que ça fait de vivre dans brabant ouadon dans les années 90 d'où tu viens
- 10:41A la fois,
- 10:41moi j'ai adoré mon adolescence parce que c'était enfin une forme d'apprentissage de la liberté,
- 10:46j'ai adoré faire des petites bêtises,
- 10:50j'ai adoré l'apprentissage de la liberté,
- 10:53de la séduction,
- 10:55enfin voilà,
- 10:55tous ces trucs-là.
- 11:00J'ai adoré aussi la découverte de l'alcool quand j'étais jeune ado.
- 11:07Mais je me suis toujours sentie vachement à l'étroit en bravant wallon.
- 11:11J'ai toujours dit que je me tirerais au plus vite.
- 11:15Et en fait,
- 11:16je ne me suis pas tirée si vite que ça.
- 11:17Je pense que j'avais 22 ans quand je suis partie et que je suis allée à Bruxelles.
- 11:21Donc,
- 11:21ce n'est pas non plus comme si j'avais fui.
- 11:24Mais c'est sûr que je me sens beaucoup plus à ma place à Bruxelles.
- 11:29Notamment parce que je ne conduis pas,
- 11:30j'ai une phobie épouvantable de la conduite automobile et que je me sens aussi de plus en plus mal dans les transports en commun.
- 11:39Je suis claustro,
- 11:40j'ai des phobies par milliers.
- 11:42Et l'autonomie en bras bon à l'ongle,
- 11:44quand on a des phobies par milliers,
- 11:45c'est assez compliqué.
- 11:48À Bruxelles,
- 11:49c'est beaucoup plus simple.
- 11:49On peut vivre avec mille phobies à Bruxelles sans que ça change fondamentalement l'existence par rapport à quelqu'un qui n'en a pas.
- 11:55Tandis que quand on habite plus loin,
- 11:57on est plus excentré.
- 11:58C'est plus compliqué.
- 12:00des phobies sociales ou des phobies de claustrophobie des phobies de d'agoraphobie trop isolé par rapport à une grande ville j'ai la phobie de toutes les situations dont on peut s'enfuir facilement au sens propre comme au sens figuré comme
- 12:18une interview par exemple voilà je suis en pleine crise d'angoisse merci de cet effort en tout cas
- 12:28C'est intéressant,
- 12:29ça dit aussi un peu une autre facette du personnage,
- 12:33de ta personne.
- 12:35Oh,
- 12:35j'ai jamais vraiment eu de nombreuses phobies qui se déplacent avec les années.
- 12:42J'ai longtemps eu la phobie du train,
- 12:44puis maintenant c'est plutôt la phobie des ascenseurs.
- 12:46Je n'ai plus pris l'ascenseur depuis cinq ans,
- 12:47par exemple.
- 12:49Ça par contre,
- 12:50en ville,
- 12:50c'est plus compliqué qu'à la campagne,
- 12:51parce que l'offre d'ascenseur est quand même beaucoup plus pléthorique.
- 12:56raconte la rencontre tu prends une filière tu choisis des études comme tu disais de journalisme à l'université de louvain-lanoeuf qui un peu dire pour dire gentiment un entre-soi c'est assez refermé quand même nous voilà neuf avons pas alors je n'ai jamais vraiment pénétré l'entre-soi j'ai pas l'impression de m'être intégré à quoi que ce soit le voir la neuve
- 13:21Moi,
- 13:21je ne cotais pas,
- 13:21puisque mes parents habitaient à côté,
- 13:23donc je n'ai pas vécu la vie néo-louvaniste de cercle,
- 13:27de baptême,
- 13:28etc.
- 13:29Je voyais ça,
- 13:30en plus,
- 13:30je n'aimais pas le Val-la-Neuve à l'époque.
- 13:31Ça a un peu changé,
- 13:32ça a même beaucoup changé depuis,
- 13:33mais je n'aimais vraiment pas.
- 13:34Et donc,
- 13:35j'allais en cours et puis je me tirais dès que les cours étaient terminés.
- 13:39Donc,
- 13:40je n'ai pas l'impression non plus d'avoir gardé d'immenses contacts avec les gens rencontrés à la fac,
- 13:46à part ma meilleure amie que j'ai rencontrée sur les bancs de l'université en première candidature.
- 13:50mais c'est peut-être un entre-soi mais en communication et journalisme je n'ai pas perçu comme ça en tout cas j'en ai pas bénéficié en tout cas c'est sûr ce que je voulais dire par entre-soi c'était plutôt que c'est tout petit c'est vraiment un truc d'étudiant quasiment c'est tout petit par rapport à des vies des vies étudiantines comme il y en a liège en belgique ou même bruxelles oui
- 14:13c'est vrai c'est cet essence du propos oui c'est clair que c'est
- 14:18Surtout une génération qui se côtoie et puis basta.
- 14:22Oui,
- 14:23donc c'est une vie totalement artificielle qu'on vit à l'Ouen-d'Ouve.
- 14:25C'est aussi ça,
- 14:25je crois,
- 14:26qui ne me plaisait pas tellement quand je faisais mes études et qui maintenant me plaît,
- 14:28maintenant que je suis beaucoup plus âgée,
- 14:31pour aller un peu m'abreuver à la sève de ces jeunes personnes que je ne fais plus.
- 14:38T'aimais bien les études ?
- 14:39Ouais,
- 14:40moi j'ai bien aimé les études.
- 14:41J'ai toujours été très scolaire,
- 14:43j'ai toujours su parfaitement régurgiter la matière quand on me faisait ingurgiter.
- 14:48J'ai adoré les blocus,
- 14:49je pensais à trop souhaite de potasser obsessionnellement des syllabies.
- 14:57C'était une période de grande liberté pour moi,
- 14:59je pouvais me lever à l'heure à laquelle je voulais,
- 15:01c'était très cool,
- 15:01j'aimais beaucoup ça.
- 15:03J'ai bien aimé les études.
- 15:05Avec le recul,
- 15:06je pense que je n'aurais pas choisi ces études-là.
- 15:08C'est sûr que je n'aurais pas choisi ces études-là.
- 15:09Tu as choisi quoi ?
- 15:11J'aurais fait la réalisation.
- 15:14Probablement à l'IAD,
- 15:14puisque je n'habitais pas à tout près.
- 15:18Ou alors à l'INSAS,
- 15:19si j'avais eu la maturité de quitter la maison et de travailler pour habiter plus loin.
- 15:27Mais oui,
- 15:28j'aurais fait des études artistiques.
- 15:32on le sait pratiquement sûr on peut dire que la réalisation est venue à toi par la suite aussi oui mais je sens qu'il me manque un retard quoi un retard à combler donc c'est aussi pour ça que je
- 15:48mange obsessionnellement des films et des documentaires,
- 15:50des séries,
- 15:52des livres pour combler ce retard.
- 15:57Aussi je viens d'une famille où la culture n'était pas du tout au centre de la vie.
- 16:03Mes parents n'ont pas beaucoup au cinéma,
- 16:06ne disent pas.
- 16:09Donc ils n'écoutent pas de musique,
- 16:11donc c'est vrai que j'ai l'impression d'avoir toujours...
- 16:14Une guerre de retard et d'être autodidacte,
- 16:17forcément.
- 16:18Plus que des gens qui auraient eu un cursus où ils auraient tout compris.
- 16:25Moi,
- 16:25la grille de décryptage,
- 16:26je suis seulement en train de la former.
- 16:29C'est intéressant parce qu'à 40 ans passés,
- 16:31tu te dis,
- 16:32alors que tu as un background pour le moins important,
- 16:35tu es seulement en train de former la grille culturelle.
- 16:40Alors j'ai quand même eu une hyperphagie de livres,
- 16:44de films,
- 16:44de BD,
- 16:45donc c'est clair que je suis à fond.
- 16:48Donc parler de retard ne serait pas tout à fait juste,
- 16:52mais je sens qu'il y a quelque chose qui a comme un blanc et qu'il faut le combler.
- 16:58Il y a comme un gouffre,
- 16:59il y a comme une béance due peut-être aussi au Brabant-Ouallon,
- 17:03qui n'est pas une province particulièrement tonique d'un point de vue culturel.
- 17:10Il y a une boulimie qui s'est installée et cette boulimie,
- 17:15elle est là aussi pour comprendre.
- 17:17Je vais beaucoup au cinéma,
- 17:18par exemple,
- 17:18pour comprendre comment est faite la saucisse,
- 17:21comment les gens l'ont cuisinée,
- 17:23ce qu'il y a dedans,
- 17:24les ingrédients.
- 17:26Alors,
- 17:26je pourrais m'inscrire à un cours,
- 17:28mais je préfère apprendre avec les œuvres.
- 17:33Décortiquant.
- 17:34Oui.
- 17:36Tiens,
- 17:37quel plan ça va être après ?
- 17:38Un plan large,
- 17:38un plan serré ?
- 17:39Oui.
- 17:39Qu'est-ce que...
- 17:41Le langage de la caméra,
- 17:43quoi.
- 17:44C'est...
- 17:45Au lieu de l'étudier dans un cours,
- 17:48j'essaie de me poser la question de quelle est l'intention derrière le plan et qu'est-ce que ça me fait à moi,
- 17:53la réceptrice,
- 17:54quoi.
- 17:54Voilà.
- 17:56C'est quelque chose qui t'a toujours passionné ou ça vient seulement maintenant ?
- 18:03Clairement,
- 18:03moi,
- 18:03c'est la littérature ma première passion.
- 18:06Le livre,
- 18:07quoi,
- 18:08plus que l'image.
- 18:09Justement,
- 18:10à quel moment c'était la rencontre avec la littérature ?
- 18:12Tu viens de dire qu'à la maison,
- 18:14il n'y avait pas beaucoup de culture.
- 18:17comment ça s'est fait que tu es tombé dedans mais moi j'ai réussi à lire très très tôt donc à trois ans je savais lire et on a hérité de la bibliothèque de mes grands parents donc j'ai lu tout ce qu'ils avaient donc ça c'était du la bibliothèque rose mais aussi ma médecine naturelle de rick azaray des
- 18:37tout et n'importe quoi beaucoup de n'importe quoi aussi mais donc voilà c'était C'est aussi là une hyperphagie constante.
- 18:46Sans hiérarchie,
- 18:47sans jugement de valeur aussi.
- 18:51Je trouve que j'ai eu de la chance aussi,
- 18:53enfin quelque part quand on vient d'une famille qui n'est pas très cultureuse,
- 18:56on a de la chance de ne pas être moquée,
- 18:58jugée,
- 18:58snobée pour ses goûts et d'avoir l'occasion de les composer soi-même vraiment à 100%.
- 19:04Donc lire,
- 19:05l'acte de lecture,
- 19:06peu importe ce que je lisais,
- 19:07a toujours été pour moi de l'ordre de la respiration dans ma journée.
- 19:12C'était impensable et ça l'est toujours de ne pas lire avant de dormir.
- 19:16par exemple.
- 19:19Donc ça c'est pour le goût de la lecture.
- 19:22Le goût de l'écriture,
- 19:23il est venu très petit aussi.
- 19:27Je me souviens que j'écrivais des petites bandes dessinées pour mes camarades de classe,
- 19:30que je vendais des abonnements pour les petites bandes dessinées.
- 19:36Tu vas devenir dans l'entrepreneuriat avec une...
- 19:37Oui,
- 19:38en plus,
- 19:38je n'honorais même pas les commandes.
- 19:42Je prenais le fric.
- 19:44Je n'écrivais pas l'épisode 2.
- 19:49Donc oui,
- 19:49j'ai écrit beaucoup de poèmes,
- 19:50beaucoup de poèmes d'amour,
- 19:52beaucoup de chansons.
- 19:55Oui,
- 19:55j'ai toujours...
- 19:58Si je n'écris pas,
- 19:58je ne me sens pas bien.
- 20:00Vraiment,
- 20:00je me sens...
- 20:03Depuis cet âge-là.
- 20:04Vide.
- 20:04Depuis cet âge-là.
- 20:07Oui.
- 20:08C'est une nourriture,
- 20:09en fait.
- 20:11Oui,
- 20:11et j'ai l'impression que c'est une forme de pleine conscience qui,
- 20:17mentalement,
- 20:17pour ma santé mentale,
- 20:18j'ai vraiment besoin de cette forme d'abstraction dans ma tête,
- 20:23de monter et vivre dans ma tête,
- 20:25souvent,
- 20:26pour écrire.
- 20:28De m'abstraire de la vie sociale pour...
- 20:32ne plus faire qu'à agencer des mots entre eux.
- 20:35Ça c'est complètement capital.
- 20:39Ce qui fait que les périodes de friche intellectuelle,
- 20:40même si je sais qu'elles sont nécessaires à la création,
- 20:43elles sont particulièrement difficiles à vivre pour moi.
- 20:47Parce qu'on ne sait jamais si ça va se remettre,
- 20:49en fait.
- 20:49On ne sait jamais si ça va se rétablir,
- 20:51on ne sait jamais si la soupe ne s'est pas tarie,
- 20:54si je ne portais en moi que trois livres,
- 20:56enfin trois romans et un documentaire.
- 20:59Il n'y a peut-être rien d'autre,
- 21:00c'est possible aussi.
- 21:01Bon,
- 21:03normalement,
- 21:04il devrait y avoir autre chose.
- 21:06Il y avait un fil,
- 21:06j'ai tiré,
- 21:07j'ai vu qu'il y avait quand même une pelote derrière,
- 21:08mais voilà,
- 21:10le reste de la pelote tarde à se manifester.
- 21:12Ça te fait peur ?
- 21:14Oui,
- 21:14vachement.
- 21:15Oui,
- 21:16j'ai peur,
- 21:17mais ça j'ai l'impression que depuis que j'ai 18 ans,
- 21:19même avant,
- 21:20je me dis toujours,
- 21:21avec un sens du drama quand même assez outré,
- 21:24je suis finie,
- 21:25ça y est,
- 21:26il n'y a plus rien,
- 21:28mes meilleures années sont derrière moi.
- 21:31Oui,
- 21:31mais je me le dis depuis que je suis ado.
- 21:33Et puis,
- 21:34je rebondis,
- 21:35toujours.
- 21:37Qu'est-ce qui fait que tu rebondis ?
- 21:42Je sais pas.
- 21:43Honnêtement,
- 21:43aucune idée.
- 21:44Si je le savais,
- 21:44je le convoquerais,
- 21:45quoi.
- 21:46Tu l'as jamais analysé ?
- 21:47Mais si,
- 21:48j'essaye.
- 21:48J'essaye de savoir quelles sont les conditions,
- 21:50justement,
- 21:51de ce rebond,
- 21:51mais...
- 21:54Non,
- 21:54je sais pas.
- 21:55J'ai pas trouvé.
- 21:57On avance dans la vie,
- 21:58alors on va revenir au côté plus chronologique des choses.
- 22:02Tu viens de finir tes études à l'université,
- 22:05tu les as réussies vu que tu étais bon élève,
- 22:06comme tu disais.
- 22:09Le premier boulot,
- 22:10c'est quoi ?
- 22:11Oh,
- 22:11j'en ai plein parce que je suis arrivée sur le marché du travail au moment où il n'y en avait plus,
- 22:16en tout cas en journalisme.
- 22:17On est à quelle année plus ou moins ?
- 22:19On est en 2005-2006.
- 22:22Et donc j'ai fait tous les petits boulots possibles et imaginables de la presse.
- 22:27J'ai été maquettiste au Vers l'avenir Brabant Wallon.
- 22:30J'ai été pigiste pour à peu près tout ce qui était possible d'investiguer comme média.
- 22:40Je travaillais partout,
- 22:42à Belle RTL,
- 22:43au Soir Magazine.
- 22:46à la livre.
- 22:48Beaucoup,
- 22:49j'ai travaillé longtemps au site internet des journaux du groupe IPM parce que j'ai rencontré à la salle de sport près de chez moi,
- 22:59alors que j'habitais encore chez mes parents,
- 23:00un des boss du développement web du groupe.
- 23:04Et c'est là que je pense que j'ai vraiment...
- 23:08J'ai commencé à m'asseoir un peu plus confortablement dans l'univers des médias.
- 23:11Enfin,
- 23:12confortablement,
- 23:13il faut le dire vite,
- 23:13parce que c'était vraiment...
- 23:15C'était franchement chiant à faire.
- 23:17Heureusement que les collègues étaient super.
- 23:18On était tous dans la même galère,
- 23:20on s'est bien entendus.
- 23:21C'est ça qui a forgé des bons souvenirs de cette époque.
- 23:24Mais sinon,
- 23:24c'était quand même vraiment répétitif.
- 23:26C'était du bâtonnage de dépêche.
- 23:27On les mettait en ligne,
- 23:28on trouvait un titre,
- 23:31on croppait une photo.
- 23:32C'était ce genre de boulot,
- 23:34la mise en ligne de dépêche.
- 23:36Pas très exaltant.
- 23:38Pas très exaltant.
- 23:39C'était formateur à certains niveaux.
- 23:41À l'époque aussi,
- 23:42j'étais...
- 23:43modératrice des forums du groupe IPM,
- 23:45parce qu'il n'y avait pas encore les commentaires sous les articles ou s'il fallait aller dans un forum pour commenter.
- 23:54Je pense que c'était évidemment pas aussi orduré qu'aujourd'hui,
- 23:56mais il fallait quand même avoir le cœur bien accroché et l'estomac aussi pour lire toutes ces saloperies.
- 24:04Et donc c'est nous,
- 24:05les petites mains du web,
- 24:07qui devions nettoyer de toutes les invectives,
- 24:10menaces.
- 24:13C'est un peu une période transitoire parce que c'est à ce moment-là que c'est apparu finalement tout ça.
- 24:17Les réseaux sociaux,
- 24:18Facebook est né un an ou deux après si je ne me trompe pas.
- 24:20Moi je terminais mes études quand les réseaux sociaux sont apparus.
- 24:24Donc quand j'ai commencé mes études,
- 24:26je n'imaginais pas que ça allait prendre une place si grande à tout point de vue.
- 24:30À la fois dans le travail,
- 24:31à la fois en imposant un service après-vente à ce travail.
- 24:34Et je pense que c'est aussi une des raisons pour lesquelles si je devais refaire ma vie,
- 24:39je ne le ferais pas.
- 24:40des études de journalisme parce que j'en ai rien à foutre en fait.
- 24:47d'assurer un service après-vente ou d'assurer une communication autour de mon travail.
- 24:52Ça ne m'intéresse pas,
- 24:53ça ne m'amuse pas.
- 24:54Mais au fond,
- 24:56c'est pas très d'un journaliste d'assurer un service après-vente.
- 24:59Exactement,
- 25:00je suis tout à fait d'accord.
- 25:01Mais ça le devient,
- 25:02beaucoup.
- 25:04ça devient ça les devises et finir plus dire nous devoir se justifier à tout point de vue en fait c'est ça que tu veux dire il ya évidemment le fait de dealer avec tous les commentaires parfois des commentaires tout à fait constructif mais bon aussi beaucoup de comment
- 25:18haineux,
- 25:19vindicatifs,
- 25:22auxquels longtemps les rédactions ont trouvé qu'il fallait prêter attention.
- 25:26Aujourd'hui on a un peu plus à répondre,
- 25:30si je comprends bien comment les choses se passent,
- 25:33des réponses toutes faites,
- 25:34des lettres type de « je vous remercie » ,
- 25:36même quand tu te prends une énorme insulte dans la tronche,
- 25:38le média répond,
- 25:39si c'est sur la page Facebook du du média,
- 25:41du média...
- 25:43répond merci beaucoup pour votre intérêt,
- 25:46une sorte de cirage de pompe très hypocrite,
- 25:48mais qui est supposé calmer la personne en face.
- 25:52Ça ne doit pas vraiment marcher.
- 25:53Et qui n'entre pas dans la polémique,
- 25:56alors qu'avant,
- 25:56il fallait absolument répondre à chaque commentaire,
- 25:59fâché ou content,
- 26:01et ne pas perdre l'opportunité d'avoir un abonné ou un adhérent.
- 26:06Et c'est fini ça.
- 26:09Tant mieux.
- 26:11tu retournerais pas en tout cas non non non et ça nous amène aussi à un autre de thé
- 26:21Un autre de tes travaux,
- 26:24on en a parlé un tout petit peu au début,
- 26:26tu as été dans la réalisation,
- 26:27enfin co-réalisatrice du documentaire Hashtag ça pue.
- 26:32Tout à fait,
- 26:33et j'ai aussi co-réalisé un documentaire,
- 26:35un webdoc en 2011 sur l'IVG qui s'appelle Cuisine interne.
- 26:43Comment tu rentres ?
- 26:44Tu décides d'abord que tu es du côté journaliste,
- 26:47puis en parallèle littéraire,
- 26:48et puis là tu viens à l'image.
- 26:50Comment ça se fait ?
- 26:51Comment ça se met en place ?
- 26:55Alors en réalité,
- 26:56c'est d'abord par le théâtre que j'ai fait mon premier pas de côté des médias.
- 27:03Parce que via les émissions radio pour lesquelles je bossais,
- 27:07j'avais fait la rencontre d'une directrice de théâtre,
- 27:08Nathalie Huffner.
- 27:10qui m'a proposé un jour d'écrire une pièce.
- 27:16Et j'en ai écrite une d'ailleurs,
- 27:17qu'elle n'a pas prise.
- 27:20Et puis,
- 27:21quelques années plus tard,
- 27:22elle m'a redemandé d'écrire quelque chose.
- 27:25Elle m'a fait une commande assez précise.
- 27:29Et là j'ai écrit un truc et c'était déjà trop bien,
- 27:33trop chouette à écrire et trop chouette à regarder réaliser par d'autres,
- 27:38par des comédiens et des comédiennes et par la metteuse en scène qui était Nathalie Huffner,
- 27:41cette espèce d'écriture qui passe pas uniquement par les mots mais qui s'appuie aussi sur des corps.
- 27:49Ça a créé chez moi un sentiment de joie et même un peu de puissance.
- 27:58d'avoir créé un monde,
- 28:00ou participer à créer un monde,
- 28:01puisque c'est de la co-écriture,
- 28:03l'écriture de plateau.
- 28:06Je pense que c'est peut-être bien là qu'en fait l'envie de faire du documentaire,
- 28:10de faire du cinéma de fiction,
- 28:12c'est vraiment affermi.
- 28:14C'est en voyant mes mots mis en scène,
- 28:18mis en voix,
- 28:19mis en espace par d'autres.
- 28:21personne.
- 28:25Et ma première pièce a bien marché,
- 28:27donc ça m'a donné la confiance et ça m'a donné la confiance d'essayer d'autres disciplines aussi,
- 28:32donc littérature,
- 28:34qui était la première chose que je voulais faire dans la vie,
- 28:37c'était écrire des romans.
- 28:38Mais je n'osais pas.
- 28:40Ou j'avais l'impression que c'était un travail de trop longue haleine pour que ma musculature mentale me le permette.
- 28:49Puis finalement,
- 28:50ça va.
- 28:51Et voilà,
- 28:53c'est comme ça.
- 28:54L'idée c'est aussi d'explorer les différents médiums,
- 28:59médias,
- 29:01qui permettent de raconter une histoire telle que j'estime qu'elle doit être racontée.
- 29:06J'ai l'impression que chaque histoire appelle son médium,
- 29:12et bien sûr sa narration,
- 29:13son adresse,
- 29:13etc.
- 29:14Mais il y a des choses que je veux raconter,
- 29:16mais je ne trouve pas du tout ça pertinent de le faire en roman.
- 29:20où je ne trouve pas du tout pertinent de faire ça en pièces.
- 29:26Je choisis l'endroit où il me semble plus juste que ça atterrisse.
- 29:32tu viens de parler de confiance tu es quelqu'un qui a confiance en elle dans la vie de manière générale ou dans tes créations je pense ouais et
- 29:47je pense surtout en regardant parce que je me rendais pas bien compte c'est en train en faisant du travail collectif avec d'autres personnes ces dernières années,
- 29:56de la co-écriture par exemple,
- 29:59où je vois
- 30:01Alors je doute toujours du travail en cours,
- 30:03je doute toujours de ce qui est en train d'être fait,
- 30:07je questionne tout le temps la matière,
- 30:11ce qu'on raconte,
- 30:12est-ce qu'on a bien choisi le bon chemin pour le raconter.
- 30:14C'est d'ailleurs un peu chiant pour les gens qui travaillent avec moi,
- 30:16voire tout à fait chiant parce que c'est pas...
- 30:19c'est jamais verrouillé quoi,
- 30:20on n'est jamais sur une autoroute,
- 30:21on est tout le temps en train de prendre des chemins de traverse et c'est pas toujours...
- 30:25je pense que...
- 30:28Même si j'essaie de respecter les gens,
- 30:30quand on travaille collectivement,
- 30:31qu'il y ait toujours quelqu'un qui vienne questionner ce qu'il est en train de faire,
- 30:34ça doit vraiment être difficile à vivre.
- 30:38Mais en travaillant avec ces autres personnes,
- 30:41je me rends compte que j'ai quand même relativement confiance en moi.
- 30:46Et donc c'est par contraste avec le manque de confiance des autres que je me rends compte que chez moi,
- 30:50c'est quand même un truc assez solide.
- 30:54Peut-être que ça vient aussi...
- 30:56Je n'ai pas l'impression d'être née avec cette confiance.
- 30:59Je pense qu'elle est arrivée assez récemment,
- 31:02il y a
- 31:035-10 ans peut-être.
- 31:09Parce que je crois que d'une certaine manière,
- 31:10j'ai décidé d'arrêter d'être dans cette posture de la femme qui doute.
- 31:17Qui est une posture que...
- 31:21dans laquelle les femmes se mettent.
- 31:23Parce qu'une femme qui ne doute pas,
- 31:24c'est considéré comme pas féminin,
- 31:26pas jolie.
- 31:28Les femmes sont supposées ne pas avoir confiance en elles.
- 31:31Une femme affirmée a plutôt tendance à...
- 31:36à être disruptive dans l'univers.
- 31:41Et j'ai longtemps joué le jeu de la fille qui n'avait pas confiance en elle.
- 31:44J'ai longtemps fait « mon Dieu,
- 31:46je ne sais pas,
- 31:46c'est nul,
- 31:47je suis nulle,
- 31:49je n'y arriverai pas » .
- 31:51J'ai beaucoup joué ça.
- 31:52Et puis je me suis rendue compte que c'était un jeu justement.
- 31:56Et j'essaye de déconstruire ça.
- 31:59Et donc de reconstruire quelque chose de juste.
- 32:01Et ce qui est juste,
- 32:03c'est que je crois que je suis consciente,
- 32:09assez lucide de mes qualités et de mes défauts aussi,
- 32:13et de mes atouts et de ce dans quoi je suis vraiment nulle.
- 32:18Mais donc,
- 32:20si tu agites le tout,
- 32:20je pense à avoir confiance en moi.
- 32:27est ce que tu penses qu'il ya un avant et un après de documentaires que tu as co réalisé hashtag sa pute ce qu'il ya avant et après oui et non à la fois non parce que ça s'inscrit dans la continuité des du sujet que je creusais à ce moment là et que je continue d'ailleurs à creuser c'est
- 32:47la misogynie.
- 32:50J'ai pas l'impression que ça me met assis,
- 32:53une crédibilité particulièrement éclatante.
- 32:56Parce que dans ces métiers-là,
- 32:57t'as beau avoir fait plein de trucs,
- 33:00tu repars toujours de zéro et c'est comme si t'avais jamais rien fait,
- 33:02t'as encore tout à prouver.
- 33:06ce qui a ses côtés positifs aussi,
- 33:07c'est pas que négatif,
- 33:08mais bon,
- 33:09c'est assez insécurisant.
- 33:11Par contre,
- 33:12là où il y a eu un avant et un après,
- 33:14c'est que j'ai kiffé,
- 33:16quoi.
- 33:16J'ai kiffé faire des tournages,
- 33:19j'ai surtout kiffé le montage,
- 33:22l'étalonnage,
- 33:24toutes ces petits...
- 33:26Moi,
- 33:26les grosses œuvres,
- 33:26c'est pas tellement ce qui m'excite.
- 33:27Je préfère les...
- 33:28Donc,
- 33:28aller tourner les at-il-vous,
- 33:29c'était pas trop ton truc,
- 33:30en fait ?
- 33:31Rencontrer...
- 33:33J'apprécie encore dix fois plus ...
- 33:36Et même dans l'écriture de bouquins,
- 33:38déplacer des virgules,
- 33:39des respirations,
- 33:41faire des interventions sur des micro-trucs,
- 33:44ça,
- 33:44ça me fait vraiment triper.
- 33:46Et je me suis...
- 33:48J'ai adoré la rencontre avec tous les professionnels du cinéma,
- 33:52qui était pour moi une grande découverte de gens tous plus talentueux et passionnés les uns que les autres.
- 34:00où le film en cours est vraiment le sujet le plus important.
- 34:06C'est paradoxalement un milieu où il y a beaucoup moins d'égo,
- 34:09je trouve,
- 34:10le cinéma,
- 34:10que les médias.
- 34:13Alors que ce qu'on y fait est beaucoup plus chiadé et supposé t'apporter aussi plus d'argent,
- 34:19de gloire,
- 34:19enfin je ne sais pas quoi.
- 34:20En tout cas,
- 34:20c'est contre-intuitif,
- 34:21je trouve,
- 34:21de constater que le milieu du cinéma est plus simple que le milieu des...
- 34:30de la radio,
- 34:30de la télé,
- 34:31de la presse écrite.
- 34:33J'ai adoré me frotter à ces professionnels,
- 34:36professionnels du son,
- 34:37de l'image,
- 34:38des gens hyper spécialisés dans leur domaine,
- 34:41les talonneuses,
- 34:42la monteuse de son.
- 34:43J'ai envie de revivre ça,
- 34:44quoi.
- 34:44J'ai envie de revivre ça plein de fois.
- 34:45Côté très technique,
- 34:46en fait.
- 34:47Oui,
- 34:48oui.
- 34:51Comment des toutes petites interventions peuvent...
- 34:55Inventer ou proposer un langage différent,
- 34:57une manière de dire différente,
- 34:59très précise.
- 35:00La précision qu'on peut avoir dans l'expression sur des tout petits postes,
- 35:07comme une simple modification de la lumière ou même simplement l'image.
- 35:13La cheffe opératrice,
- 35:14son travail,
- 35:15je trouve ça tout à fait fascinant.
- 35:18ce que racontent les plans,
- 35:20ce que raconte son éclairage.
- 35:24J'ai trouvé ça génial d'explorer ça.
- 35:27Donc oui,
- 35:28il y a un avant et un après ce documentaire.
- 35:30Par rapport à ça,
- 35:30par rapport à mes envies professionnelles,
- 35:34c'est clair.
- 35:35Maintenant,
- 35:36politiquement,
- 35:37je n'ai pas l'impression que ni pour moi,
- 35:38ni pour le monde,
- 35:39il y ait eu vraiment un avant et un après.
- 35:41Parce que les choses n'ont pas changé.
- 35:45Si,
- 35:46en fait,
- 35:46elles sont pires.
- 35:50je te suis beaucoup via tes stories instagram je crois que tu aimes beaucoup ça tu en fais un certain nombre par jour et l'autre jour tu avais été je crois dans une école ou une rencontre de jeunes et
- 36:06tu avais un ressenti assez
- 36:08assez fort par rapport à ça,
- 36:10où tu disais que finalement ça s'empirait ?
- 36:15C'était ton ressorti à la sortie de cet événement,
- 36:18si je me rappelle bien en tout cas.
- 36:19Non,
- 36:19en fait,
- 36:20en réalité,
- 36:21c'est une intervention qu'on a faite à plusieurs,
- 36:23on était trois,
- 36:24sur l'invisibilisation des femmes dans l'espace public et dans l'histoire.
- 36:28Et donc chacune avec sa spécialisation,
- 36:30moi c'était parce que j'avais écrit un bouquin sur une résistante oubliée,
- 36:33elle était « Allez parler à des jeunes gens » .
- 36:37et une des intervenantes en est sortie particulièrement chamboulée de l'accueil assez hostile qui a été fait aux idées féministes.
- 36:52Moi,
- 36:52je ne sais pas pourquoi,
- 36:53ça ne m'a pas tellement ébranlée parce que peut-être que je le savais déjà.
- 37:00Et qu'un article récent que j'ai lu dans Le Monde démontrait que,
- 37:06d'après je ne sais pas quelle étude récente elle aussi,
- 37:09les jeunes garçons étaient de plus en plus conservateurs et les jeunes filles de plus en plus progressistes,
- 37:15et qu'il y avait un double mouvement en fait,
- 37:18qui créait aussi des tensions,
- 37:20de la friction,
- 37:20de la violence.
- 37:21Parce qu'on a beaucoup tendance à croire à tort que le monde est de plus en plus féministe,
- 37:26C'est clair qu'il y a des gens qui sont...
- 37:28de plus en plus féministe et de plus en plus progressiste.
- 37:31Mais à côté de ça,
- 37:32tu as toute une partie de la population qui est aussi de plus en plus hostile aux idéaux d'égalité.
- 37:41Et c'est comme ça que je l'avais...
- 37:45que j'avais digéré en fait cette rencontre avec ses élèves moi je fais beaucoup je vais beaucoup dans les écoles et en général ça se passe assez bien même plus qu'assez bien ça se passe toujours super bien pour les écoles je vais dans des écoles surtout avec mon deuxième bouquin les
- 38:00Les yeux rouges,
- 38:01qui est un livre d'autofiction où la narratrice est harcelée par un homme.
- 38:08Je suis beaucoup invitée.
- 38:11Je suis beaucoup invitée parce que,
- 38:12comme ça parle de harcèlement et que c'est une problématique capitale dans les écoles et que les enseignants et les directions ont vraiment du mal à savoir par quel bout la prendre,
- 38:21ils prennent mon livre comme support de discussion.
- 38:24Mon livre ne parle pas des ados,
- 38:25donc je pense que les ados ne sont pas...
- 38:27On ne voit pas immédiatement la correspondance qu'il y a entre la situation de cette femme,
- 38:31la narratrice et la leur,
- 38:32mais en classe,
- 38:34moi comme c'est un sujet que je connais très bien,
- 38:37je peux en parler de leur réalité aussi à eux,
- 38:40je crois.
- 38:42Et c'est super,
- 38:43j'ai fait beaucoup de ça en Belgique,
- 38:45beaucoup de ça en France aussi.
- 38:48Et j'adore en fait moi le contact avec les ados,
- 38:50même quand il est musclé,
- 38:51même quand il est parfois un peu hostile.
- 38:56J'en sors toujours avec quelque chose,
- 38:59il se passe toujours un petit truc un peu magique.
- 39:02Qu'avec les adultes,
- 39:03pas.
- 39:04Avec les adultes,
- 39:04les rencontres littéraires,
- 39:09c'est surtout chouette au début de la sortie d'un bouquin,
- 39:11parce que...
- 39:12Tu comprends enfin ce que tu as écrit en le confrontant au regard des autres qui sont face à toi et qui peuvent te faire un retour ou te poser des questions,
- 39:19même quand ils n'ont pas lu le bouquin.
- 39:21Mais à partir d'un certain moment,
- 39:23c'est un peu souvent la même chose et il y a une forme de lassitude qui s'installe.
- 39:27Tandis qu'avec les ados,
- 39:28ce n'est jamais la même chose.
- 39:31C'est très vivant.
- 39:32C'est très vivant et parfois c'est violent un peu,
- 39:34mais moi ça me plaît vachement.
- 39:37Mais certaines personnes peuvent être...
- 39:39Moi je crois que la castagne ça a tendance à m'exciter un peu.
- 39:43Mais certaines personnes,
- 39:43la castagne ça a tendance à les...
- 39:46Donc oui,
- 39:48c'est un constat que je valide totalement.
- 39:50Mon expérience empirique de visite dans les écoles montre qu'il y a de plus en plus de jeunes garçons très hostiles aux idéaux d'égalité et aux idéaux féministes en particulier,
- 39:58et de plus en plus de jeunes filles ultra vénères.
- 40:00ultra instruite en matière de lutte politique,
- 40:05très mature sur ses questions et très agacée par l'inertie en face dans le meilleur des cas et le rejet en face dans le pire des cas.
- 40:18Ça,
- 40:18c'est certain.
- 40:19C'est à quel moment de ta vie que tu as pris conscience des luttes féministes ?
- 40:25Alors j'ai pris conscience que les luttes féministes me précédaient,
- 40:31il n'y a pas si longtemps en fait.
- 40:33Mais moi je me suis sentie féministe et ça a été un sujet pour moi depuis que je suis enfant.
- 40:42Ça c'est sûr.
- 40:43Depuis que je suis enfant j'ai l'impression qu'on essaie de me mettre dans un moule et que j'essaie d'en sortir.
- 40:48C'est comme ça que j'estime.
- 40:53être féministe ou avoir un regard affaibli sur les choses.
- 40:58J'ai longtemps cru que je pourrais échapper totalement au moule et que,
- 41:06en me battant bien,
- 41:08il n'y aurait pas de déterminisme ni social,
- 41:13ni environnemental,
- 41:14ni de genre.
- 41:16Et c'est aujourd'hui que je me dis,
- 41:18en regardant un peu le passé,
- 41:19que je me suis quand même...
- 41:21J'ai pas gagné sur tous les plans.
- 41:23Et il y a des tas de domaines sur lesquels j'ai abdiqué un peu,
- 41:30en fait,
- 41:31pour avoir la paix.
- 41:35Voilà,
- 41:36en gros,
- 41:36c'est ça.
- 41:39Les luttes féministes m'intéressent vachement.
- 41:43Je lis énormément sur le sujet.
- 41:46Je n'ai pas l'impression,
- 41:47moi,
- 41:47d'avoir une pensée nouvelle et originale à proposer.
- 41:53Ce que je fais,
- 41:54je ne suis pas une théoricienne du féminisme,
- 41:57mais ce que je fais,
- 41:58je crois,
- 41:59dans mon travail,
- 42:00que ce soit en journalisme,
- 42:04en littérature,
- 42:05dans les pièces que j'écris,
- 42:06documentaires,
- 42:07c'est que j'essaye de visibiliser l'expérience sociale des femmes.
- 42:15J'essaye de montrer les choses telles qu'elles sont.
- 42:17J'essaye de « cut the bullshit » .
- 42:23mon ikigai ma mission en tout cas c'est que je crois m'être donné est ce que ça te rend ça te rend connaître
- 42:38Oui,
- 42:39oui,
- 42:40oui,
- 42:40je suis quelqu'un de...
- 42:42assez...
- 42:44Ouais,
- 42:45je suis quelqu'un d'en colère,
- 42:46c'est sûr.
- 42:48Mais est-ce que c'est un moteur,
- 42:49cette colère ?
- 42:50Bien sûr,
- 42:51c'est même le moteur principal.
- 42:55La colère,
- 42:56la frustration,
- 42:58le...
- 43:03Ouais,
- 43:04oui,
- 43:04c'est vraiment un moteur à piston,
- 43:05quoi.
- 43:08C'est mon fuel,
- 43:10c'est mon fuel quoi,
- 43:10pour activer le moteur,
- 43:12c'est sûr que c'est la colère.
- 43:14Et la colère n'est pas toujours une colère sociale,
- 43:16c'est parfois des colères très personnelles,
- 43:18c'est parfois des injustices que j'estime avoir subies de manière interpersonnelle et qui ne sont pas forcément politiques.
- 43:25Mais voilà,
- 43:26c'est ça qui me fait écrire,
- 43:28c'est ça qui me fait dire.
- 43:32Donc si on te met en colère maintenant,
- 43:33il y a des chances que tu trouves d'inspiration pour le roman que tu as cherché tout l'été ?
- 43:37Ah oui,
- 43:38c'est ça que je tiens.
- 43:40Peut-être que s'il m'arrive un énorme malheur,
- 43:42une terrible injustice,
- 43:44il y a un très très bon roman qui va sortir,
- 43:46mais j'aurais dû me frapper cet énorme malheur,
- 43:48cette terrible injustice.
- 43:49Donc je préfère aller puiser dans les malheurs et les injustices qui se sont déjà produits dans le passé.
- 43:55Et donc voilà.
- 43:56Et comme il y en a...
- 43:58me semble-t-il à mon estime un certain nombre je pense que je devrais avoir de quoi de quoi faire mais j'ai pas encore trouvé lequel tu regardes quoi tu parlais tout à l'heure que tu regardais énormément de films etc est ce qu'il ya un style en
- 44:15particulier ou un auteur une autrice non je change beaucoup change beaucoup d'avis change beaucoup de passion j'ai par exemple ma période de...
- 44:27Indienne,
- 44:29où je regardais beaucoup de séries indiennes.
- 44:33Voilà,
- 44:34certaines faites pour le marché américain et d'autres faites pour le marché indien,
- 44:38pour comprendre comment les gens vivent.
- 44:42J'ai beaucoup aimé,
- 44:44puis aussi j'ai eu ma période japonaise,
- 44:47coréenne,
- 44:50comprendre,
- 44:51et en littérature aussi,
- 44:53parce que là même la fiction je trouve apporte des éléments de compréhension du réel,
- 44:58de la manière dont des gens qui vivent très loin de nous vivent.
- 45:06Voilà,
- 45:07mes périodes changent et mes obsessions changent.
- 45:09J'ai beaucoup lu de l'autofiction à une époque.
- 45:13J'adorais,
- 45:14enfin ce que je préférais c'était de voir comment les gens se meuvent dans l'existence.
- 45:22Maintenant l'autofiction,
- 45:25j'en ai vraiment marre.
- 45:26Je cherche de...
- 45:28Je cherche...
- 45:30J'ai cherché beaucoup de la fiction,
- 45:33mais de la fiction très élaborée,
- 45:34pour savoir comment les gens aussi créent les personnages,
- 45:38pour être face à une mécanique d'invention nourrissante,
- 45:44intellectuellement pour moi.
- 45:46Mais je trouve peu de fiction qui ne m'ennuie pas très vite.
- 45:49Donc,
- 45:50je lis beaucoup de longs récits journalistiques,
- 45:54beaucoup d'enquêtes.
- 45:56Voilà.
- 45:57C'est ça ce que je lis beaucoup en ce moment.
- 46:00On revient au côté sociologique et documentaire.
- 46:02Ouais.
- 46:03C'est un peu un leitmotiv en fait.
- 46:05Les livres d'Ariane Chemin,
- 46:06de Raphaël Baquet,
- 46:08des journalistes du monde.
- 46:11J'essaye de ne pas tous les lire trop vite parce qu'après il n'y en aura plus,
- 46:14mais...
- 46:18Clairement ça me plaît beaucoup.
- 46:20et ça m'intéresse surtout ça m'intéresse parce que je me désintéresse très très vite des choses en ce moment pourquoi peut-être parce que je sens que le voilà j'ai 40 ans plus de 40 ans et je sens que peut-être que le temps est compté et que quand
- 46:37je perds mon temps c'est un temps qui ne reviendra j'ai commencé à comprendre que le temps ne reviendra jamais et que
- 46:44Un livre qui m'énerve,
- 46:47une posture d'auteur qui m'agace,
- 46:49en fait,
- 46:50c'est du temps qui,
- 46:51je pense,
- 46:53ne sert à rien.
- 46:55Du temps déprécieux.
- 46:56Oui.
- 46:59C'est récent,
- 47:01cet échec de temps.
- 47:03Oui,
- 47:03c'est très récent.
- 47:05Une année file,
- 47:06finalement,
- 47:07la voie avancée à l'orcap.
- 47:08Avant,
- 47:09une après-midi pouvait paraître une éternité.
- 47:12Et puis maintenant ?
- 47:14Oui,
- 47:15oui tout à fait,
- 47:16exactement.
- 47:18Les jours,
- 47:19les semaines,
- 47:19les années,
- 47:20ça passe comme des voitures.
- 47:25Donc il est temps de faire des choix,
- 47:28d'arrêter les non-choix.
- 47:29Moi j'ai fait beaucoup de non-choix,
- 47:30mais là il est temps de faire des choix,
- 47:31je crois.
- 47:32Et à tout point de vue.
- 47:34Tu as peur de ne pas avoir assez de temps pour faire tout ce que tu voudrais faire ?
- 47:48Non pas trop,
- 47:51sûrement,
- 47:52mais c'est pas comme ça que je formule les choses.
- 47:56J'ai peur de perdre tout à fait mon énergie,
- 48:04de ne plus arriver à faire exactement ce que je veux faire.
- 48:11Mais je suis pas,
- 48:12je me dis,
- 48:13oh la la,
- 48:14je suis pas dans l'état d'esprit de se dire,
- 48:16je n'ai plus que 40 ans à vivre,
- 48:18il faut que je me dépêche.
- 48:20Il n'y a pas une dead end à la fin.
- 48:22Moi,
- 48:22je veux juste que la dead end,
- 48:23elle ne soit pas maintenant.
- 48:27Est-ce que tu aimes l'époque ?
- 48:28L'époque dans laquelle on vit ?
- 48:29Je ne la déteste pas.
- 48:38Mais tu n'aimes pas ?
- 48:41J'essaie de...
- 48:42parce que j'ai aimé une époque,
- 48:44peut-être pas.
- 48:47Il y a quand même plein de trucs excitants et intéressants qui se passent en ce moment.
- 48:50On ne peut pas dire que l'époque n'est pas intéressante.
- 48:54Bon,
- 48:54elle est violente,
- 48:55elle est triste à plein de niveaux,
- 48:58mais les gens qui disent qu'ils n'aiment pas l'époque,
- 49:01c'est souvent des gens ou des artistes qu'on lit dans les magazines dire que...
- 49:07On n'a plus de liberté,
- 49:08on ne peut plus rien dire,
- 49:09on ne peut plus rien faire.
- 49:11C'est souvent une vision assez réactionnaire des choses.
- 49:14Moi je trouve qu'on n'a jamais pu autant dire de trucs et faire de trucs.
- 49:18Je me sens beaucoup plus libre,
- 49:20j'ai l'impression que tout le monde est beaucoup plus libre aujourd'hui que dans les années 90 par exemple.
- 49:25Ce que je n'aime pas de l'époque,
- 49:27et là c'est peut-être mon côté réac naissant ou renaissant qui s'exprime,
- 49:32c'est...
- 49:34Peut-être le culte de l'influence,
- 49:37à tout point de vue.
- 49:45Je pense qu'il y a autant d'influenceurs et d'influenceuses que de...
- 49:48de sujets de préoccupation,
- 49:50quoi.
- 49:50Donc,
- 49:50je ne suis pas anti-influenceur ou influenceuse.
- 49:53Moi-même,
- 49:54je consomme pas mal de vidéos,
- 49:56notamment de youtubeurs sur des sujets très précis qui peuvent être considérés comme des influenceurs,
- 50:01des influenceuses.
- 50:03Mais que le nombre d'abonnés,
- 50:08que le nombre de clics soit vraiment l'unique prisme par lequel on envisage quelqu'un aujourd'hui,
- 50:15ça,
- 50:15ça me fait assez peur,
- 50:16quoi.
- 50:18TikTok,
- 50:18ça me fait assez peur aussi.
- 50:22J'ai l'impression que c'est en train de réduire notre capacité d'attention encore plus que ce qu'elle était déjà circonscrite.
- 50:33Donc ouais,
- 50:33ça c'est des trucs qui me font peur.
- 50:34Des trucs liés à une forme d'idiocratie,
- 50:41comme dans le film.
- 50:44Ça,
- 50:45ça me stresse.
- 50:46Mais je trouve que plein de choses aussi qui sont géniales dans l'époque dans laquelle on vit.
- 50:54Par exemple ?
- 50:57L'émergence publique d'identités plus marginales,
- 51:01qui arrêtent de se cacher,
- 51:03qui existent,
- 51:05des représentations qui n'existaient pas avant,
- 51:07des gens qu'on ne voyait pas avant,
- 51:09qui maintenant sont visibles,
- 51:11parfois spectaculairement visibles.
- 51:13s'agrègent les uns aux autres,
- 51:14qui trouvent des communautés,
- 51:15des familles.
- 51:17Ça c'était pas du tout possible dans les années 90.
- 51:19Dans les années 90,
- 51:20t'avais une identité un peu marginale,
- 51:21je sais pas moi,
- 51:21t'étais neuro-atypique ou...
- 51:26porteur de je sais pas d'une originalité ou envie de revendiquer une originalité battait tout seul quoi tu étais tout seul et en général plutôt j'étais plutôt des pierres quoi et aujourd'hui même si les pierres existent encore tu as aussi le reste quoi tu
- 51:41as aussi la possibilité de de taf il y à d'autres je trouve ça vraiment formidable ce récord la bande originale de ta vie
- 52:00alors là une musique en particulier mais ça je n'en ai strictement aucune idée c'est
- 52:17beaucoup trop vaste comme question tellement vaste que je fais un black out
- 52:23Écoute,
- 52:23certains non,
- 52:24d'autres non pas,
- 52:25ce n'est pas une question obligatoire.
- 52:28On a posé à 2-3 personnes,
- 52:30certaines personnes ça vient tout de suite comme ça,
- 52:33presque même pas besoin de poser la question.
- 52:35Et puis d'autres,
- 52:36j'avoue que moi-même si on me la posait,
- 52:37je serais incapable de répondre.
- 52:38C'est un peu fort de ma part de poser une question à laquelle je ne serais pas capable de répondre.
- 52:43Je ne sais pas pourquoi,
- 52:45mais il y a une idée qui me vient,
- 52:47c'est « I wanna be your dog »
- 52:48des Stooges.
- 52:50Pour la pulsation,
- 52:53l'énergie mordante de la chanson.
- 52:57Le rythme.
- 52:59Oui,
- 53:00mais un truc acéré,
- 53:04électrique et acéré.
- 53:07ça je pense que ça peut c'est une pulsation assez naturel par rapport à mon rythme interne à moi et qu'elle est il ton rythme interne comment c'est quoi ton rythme interne c'est les doigts dans la prise carrément
- 53:25mais ça va ça fait pas trop mal alors ici quand même ça chauffe parfois mais ça marche moi ça me maintient ça me maintient en effet
- 53:37Bien.
- 53:41Est-ce que tu as une héroïne,
- 53:44un héros,
- 53:46quelqu'un qui t'a toujours fait fasciner,
- 53:47fait rêver,
- 53:48fictionnel ou vrai ?
- 53:52De moins en moins.
- 53:58Clairement,
- 53:58moi je suis une padawan de Virginie Despentes.
- 54:01J'ai énormément d'admiration pour Virginie Despentes.
- 54:04Quand la vie va mal,
- 54:06je me fais souvent une petite interview audio-vidéo de Virginie Despentes sur YouTube.
- 54:12Parce que je trouve sa clairvoyance et son authenticité,
- 54:20ça fait vachement de bien de la lire.
- 54:23Moi c'est quelqu'un qui me procure de l'apaisement,
- 54:25beaucoup.
- 54:26tellement qu'elle est sharp et affûtée.
- 54:33Ouais,
- 54:34Virginie Despentes.
- 54:37c'est bon alors c'est un peu ridicule de dire mon héroïne parce que si ça se trouve en privé c'est une atroce personne je ne pense pas mais tout cas elle donne du sens à l ordonne le monde de manière beaucoup plus claire mais
- 54:57est ce que tu voudrais que des gens disent la même chose de l'interview qu'on est en train de tourner
- 55:02que ça les apaise,
- 55:03que ça leur donne du clé ou quoi,
- 55:04quand ils la regarderont,
- 55:05enfin on espère.
- 55:08Oui évidemment,
- 55:09je préfère que les gens trouvent que c'est apaisant et stimulant intellectuellement,
- 55:15que ça leur a volé une partie de leur temps qui ne reviendra jamais,
- 55:19c'est sûr.
- 55:21Maintenant est-ce que ça me meut d'une manière ou d'une autre,
- 55:23je sais pas.
- 55:25En tout cas je sais que moi j'aime les gens qui les interviewent,
- 55:29les propos de gens qui ne tournent pas autour du...
- 55:32du pot et qui disent vraiment des choses,
- 55:34qui ne sont pas dans le small talk.
- 55:35Le small talk dans la vie de tous les jours et dans le discours médiatique,
- 55:39c'est vraiment pour moi,
- 55:41c'est douloureux.
- 55:42Et donc,
- 55:42j'essaye en interview,
- 55:44et parfois,
- 55:45je sais que je peux être dans un excès de sincérité à cause de ça.
- 55:48Comme je déteste le small talk que les autres m'infligent,
- 55:51je fais tout pour ne pas moi-même être dans le small talk.
- 55:53Donc,
- 55:53j'essaye de créer,
- 55:54de dire vraiment des choses et de répondre vraiment aux questions et de mobiliser vraiment.
- 56:00Après les interviews,
- 56:01je suis souvent hyper crevée,
- 56:02parce que c'est sportif,
- 56:04je reste pas en surface.
- 56:07Donc oui,
- 56:08si quelqu'un dit que l'interview lui a apporté de la nourriture à quelconque niveau,
- 56:14je serais contente.
- 56:17et justement comment tu vis le rapport avec les gens qui te disent des fans etc comment tu échanges avec eux d'une manière ou d'une autre oui je suis dispo sur instagram donc enfin c'est un
- 56:31compte privé est verrouillé,
- 56:33mais la plupart des gens,
- 56:35ils me font une demande d'abonnement,
- 56:37je les accepte.
- 56:38Je ne les accepte pas quand ils ont l'air d'immenses psychopathes,
- 56:40mais bon,
- 56:41parfois...
- 56:41On l'a fait cet après-midi avant de venir,
- 56:43donc on va vérifier.
- 56:46Mais voilà.
- 56:46C'est pour ça qu'il y a beaucoup de gens en attente,
- 56:48parce que parfois,
- 56:49je ne suis pas sûre qu'ils soient des psychopathes ou pas.
- 56:54J'ai complètement oublié ce que je racontais.
- 56:56Oui,
- 56:57voilà,
- 56:57le rapport avec les gens qui me lisent.
- 56:59Oui,
- 56:59oui,
- 57:00en fait,
- 57:00j'ai beaucoup et souvent et un peu trop,
- 57:02parce que j'ai notamment avec mon dernier bouquin,
- 57:05j'ai accepté toutes les invitations.
- 57:06Je dis oui à toutes les invitations.
- 57:07Alors que je m'étais dit non,
- 57:09cette fois-ci,
- 57:09tu vas vraiment choisir.
- 57:11Tu vas faire trois librairies.
- 57:13Et puis c'est tout.
- 57:14Et en fait,
- 57:14j'ai dit oui absolument à tout.
- 57:16J'ai fait tous les festivals.
- 57:18C'était à la fois des trucs prestigieux.
- 57:20Et à la fois des trucs dans des bleds improbables où il y a les trois pelées de tondu,
- 57:24j'ai vraiment tout fait.
- 57:26Et donc j'ai rencontré tout type de gens,
- 57:28des gens complètement indifférents à ce que je faisais,
- 57:30mais aussi des gens,
- 57:32des fans hardcore,
- 57:35des gens qui avaient lu distraitement et d'autres qui avaient fait une exégèse des bouquins,
- 57:40qui les connaissaient mieux que moi.
- 57:41Donc oui,
- 57:42je suis souvent en contact avec des gens qui me lisent et je leur parle souvent.
- 57:48Je crois qu'il faut trouver une posture où à la fois tu entends ce qu'on te dit,
- 57:54mais tu ne prends pas pour argent comptant ni les compliments,
- 57:57ni les scuds.
- 58:02Voilà,
- 58:03c'est...
- 58:04Je sais pas très bien comment on arrive à faire ça.
- 58:05Je pense avec l'habitude,
- 58:07l'expérience.
- 58:07Mais je crois que j'y arrive.
- 58:08Je crois que je sais très exactement ce que j'écris et certains compliments ne me font jamais plaisir parce que je les trouve faux et certains scuds ne me font jamais mal parce que je les trouve faux aussi.
- 58:20C'est pari pour la critique.
- 58:22Ouais.
- 58:24Je pense que je sais très bien ce que je fais et que...
- 58:30je suis vraiment ces derniers temps je suis ma propre boussole quoi et c'est mon intuition sur mon texte qui doit me laisser la l'impression finale et parce que tartampion
- 58:46on dira de bien ou de mal tartampion ou ou le pape 1 lui envoyer un livre au pape oui non c'est une idée par l'impression que c'est.
- 58:58Ça l'intéressera forcément.
- 59:01Avec ça,
- 59:01j'arrive à la fameuse dernière question pour boucler la boucle.
- 59:05Qui voudrais-tu voir,
- 59:07entendre,
- 59:08lire dans Raconte ?
- 59:11J'étais tellement concentrée sur tes questions que je n'ai pas réfléchi.
- 59:15Ça doit être absolument un artiste ou une artiste ?
- 59:17Forcément,
- 59:18toute personne.
- 59:20Alors,
- 59:21moi,
- 59:21je suis assez fascinée par Raja Mawan,
- 59:23l'ancienne coprésidente d'Ecolo.
- 59:28notamment pour sa solidité mentale,
- 59:32le fait d'avoir choisi une carrière qui t'expose tout entière,
- 59:38en tant que personne aussi,
- 59:41en tant que corps,
- 59:42en tant que tout.
- 59:44Et elle,
- 59:45j'ai l'impression qu'elle traverse la violence de la vie politique avec une force et une forme de placidité qui me fascine.
- 59:56comprendre avec quelles lunettes elle regarde le monde et comment elle fait pour vivre,
- 1:00:01survivre et même peut-être même s'amuser de toutes les attaques qu'elle endure,
- 1:00:06de toutes les violences,
- 1:00:08les cruautés qui traversent son existence.
- 1:00:13Pour moi,
- 1:00:14une petite dissection du cerveau de Raja Mahwan,
- 1:00:18ça pourrait beaucoup m'intéresser,
- 1:00:19je pourrais beaucoup apprendre,
- 1:00:20je crois.
- 1:00:21Écoute,
- 1:00:21on va essayer de programmer cette dissection prochainement.
- 1:00:25Merci beaucoup Myriam.
- 1:00:26Merci.