Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / La prise de décision, quelle part du rationnel ? par Guillaume Tirtiaux
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- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:14Au chapitre précédent,
- 0:16nous avons appris à déjouer tous les tours pour construire une conscience de la situation appropriée mais surtout commune.
- 0:26Cette étape est nécessaire et préalable à ce qui va nous occuper ici,
- 0:32la prise de décision.
- 0:35Et la première question qui m'est venue pour
- 0:38Guillaume Tiersiot,
- 0:39c'est raison ou émotion ?
- 0:48Nous avons appris à être factuel,
- 0:51à collecter,
- 0:53à mettre...
- 0:54les éléments en commun pour arriver jusqu'à la prise de la décision,
- 1:00parce que c'est l'objectif au final,
- 1:02il faut que cette connaissance de la situation permette d'arriver à une prise de décision et à l'action.
- 1:09Maintenant que nous sommes en mesure de passer à ce stade,
- 1:13nous allons aborder la prise de décision.
- 1:17Au fait,
- 1:18toi,
- 1:18tu as abordé la prise de la décision en parlant d'abord
- 1:23sous l'angle des émotions,
- 1:24parce qu'elles jouent un rôle prépondérant.
- 1:28Tu nous as proposé des modèles de prise de décision,
- 1:33et encore une fois,
- 1:35tu as parlé des biais cognitifs qui peuvent influencer la prise de décision.
- 1:45Et j'ai envie de te poser la première question concernant la prise de décision.
- 1:52raison ou émotion,
- 1:54Guillaume ?
- 1:55Alors ça,
- 1:55c'est une découverte avec laquelle j'ai eu beaucoup de difficultés il y a quelques années.
- 2:00Et j'ai validé ça au travers de plusieurs lectures parce que ça me semblait tellement incroyable,
- 2:07même si j'étais en train d'abandonner mon ultra-cartésianisme légendaire,
- 2:15étant donné ma formation.
- 2:17C'est le fait que toutes nos décisions
- 2:21sont influencés par nos émotions,
- 2:22même quand on essaie de s'en affranchir complètement.
- 2:26Et
- 2:27Kahneman donne un exemple.
- 2:29Il a eu l'occasion de rencontrer le gestionnaire d'un gros fonds d'investissement américain qui venait d'investir plusieurs centaines de millions de dollars dans l'action des voitures Ford,
- 2:44de l'automobile Ford.
- 2:47Et
- 2:47Kahneman s'est dit...
- 2:49J'ai la chance de rencontrer ce monsieur,
- 2:51donc je vais lui poser la question,
- 2:52comment ont-ils construit cette décision ?
- 2:53Parce que c'est quand même un investissement qui est colossal et donc il doit y avoir une grosse analyse préalable,
- 2:59etc.
- 3:00Et ce que le directeur du fonds d'investissement lui a répondu,
- 3:03c'est « je suis allé au salon de l'auto,
- 3:05ils font des superbes voitures,
- 3:07vous ne trouvez pas ? »
- 3:09Donc ça,
- 3:09c'était la motivation première d'investir dans l'action de ce fabricant.
- 3:16Et par la suite,
- 3:17bien sûr,
- 3:18il y a eu toute une série de réunions,
- 3:20d'analyses,
- 3:21etc.,
- 3:22qui ont eu pour objet de rationaliser cette décision.
- 3:25Mais en fait,
- 3:26cette décision,
- 3:26quelque part,
- 3:27elle était déjà prise.
- 3:28Et on se rend compte que,
- 3:30quand on y prête attention,
- 3:31la grande majorité de nos émotions,
- 3:35de nos décisions sont guidées par nos émotions.
- 3:38Et en fait,
- 3:38c'est complètement cohérent avec le modèle que nous avons discuté dans la partie connaissance de soi.
- 3:45À savoir que dans chaque situation,
- 3:48nos besoins,
- 3:48nos valeurs,
- 3:49nos croyances vont provoquer une émotion,
- 3:52un ressenti.
- 3:54Ce ressenti va provoquer une réaction ou une réponse,
- 3:57si on est capable de prendre un peu de recul,
- 4:01pour influencer la situation.
- 4:02En fait,
- 4:02c'est complètement cohérent avec ça.
- 4:04Toutes nos actions vont être guidées par une émotion.
- 4:10Lorsque nous sommes face à une situation qui...
- 4:14par rapport à laquelle nous ne sommes pas à l'aise,
- 4:17c'est-à-dire quelqu'un qui a peur des hauteurs,
- 4:19qui a un peu le vertige et qui doit franchir un passage qui est étroit et un peu en hauteur,
- 4:26eh bien,
- 4:27il y a une forme de calcul de probabilité qui est rapidement effectuée de manière complètement inconsciente par notre corps.
- 4:34Et si le calcul de probabilité,
- 4:37si le résultat de ce calcul est favorable,
- 4:39c'est-à-dire c'est bon,
- 4:39tu peux traverser,
- 4:40tu ne risques rien,
- 4:41je vais me sentir de l'élan pour y aller,
- 4:44Par contre,
- 4:45si ce calcul est défavorable parce que le risque est trop important,
- 4:50je perçois ce risque comme étant trop important,
- 4:53je vais ressentir une crainte qui va faire que je ne vais pas vouloir y aller.
- 4:59Est-ce que tu peux,
- 5:01oui,
- 5:01c'est-à-dire qu'au fait,
- 5:02quand on a mis cette expérience qui me semble assez parlante,
- 5:08quand on a mis des personnes dans une IRM fonctionnelle pour voir les zones du cerveau qui s'allument,
- 5:16et on leur a dit de choisir sur la base de photos ou d'images,
- 5:20je crois,
- 5:21et de choisir celles qui leur correspondent ou celles qu'ils aiment,
- 5:27On s'est rendu compte que les zones du cerveau s'allumaient avant même la prise de la décision et avant que les personnes soient conscientes.
- 5:35En somme,
- 5:38c'était quoi ?
- 5:39Même jusqu'à dix secondes avant qu'eux-mêmes prennent conscience de leur décision.
- 5:43C'est-à-dire que nos émotions savent déjà ce qu'on va choisir.
- 5:51Les écoles de commerce enseignent très bien ça.
- 5:54C'est ce qui fait que quand on arrive dans une boutique,
- 5:57on a l'impression de construire des choix rationnels,
- 6:00mais au fait,
- 6:01quand on est rentré,
- 6:02on savait déjà ce qu'on allait prendre.
- 6:04Oui,
- 6:04tout à fait.
- 6:04Tout ce qui est discipline comme le marketing,
- 6:08la manière dont les produits sont disposés dans un magasin,
- 6:14si c'est en tête d'aller,
- 6:15si c'est avec tel genre d'affiches associées,
- 6:19etc.,
- 6:21sont instables
- 6:24sont nourris de ce fonctionnement cognitif.
- 6:26Comme tu dis,
- 6:27dans les écoles de commerce,
- 6:28c'est une grande partie des formations qui sont données de manière à pouvoir influencer les acheteurs à leur insu complet.
- 6:37Parce que c'est inconscient,
- 6:38parce que le choix est inconscient avant qu'il soit rationnel.
- 6:41Complètement inconscient.
- 6:42Et donc,
- 6:43quand on lit des livres comme le petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens,
- 6:50très chouette à lire.
- 6:51J'adore.
- 6:52Ça décrit tous ces subserfuges qui sont utilisés par l'industrie de la vente pour influencer les acheteurs.
- 7:00Oui,
- 7:00c'est ça.
- 7:01Et là,
- 7:03du coup,
- 7:03ça me fait penser à nos chers ados qui,
- 7:08pour eux,
- 7:11la reconnaissance des pères est très,
- 7:13très importante.
- 7:14Et au final,
- 7:16leur choix,
- 7:17quand on leur pose la question sur ce qu'ils veulent acheter,
- 7:20notamment comme...
- 7:21habillés,
- 7:22ils ont tous les mêmes choix et ils s'habillent quasiment pareil et quand on leur pose la question ils expliquent,
- 7:31ils sont capables d'expliquer que c'est leur style qu'ils peuvent construire une rationalité autour de ça mais au final ce qui les anime est complètement inconscient c'est quand même l'envie d'appartenance et de
- 7:47d'acceptation par rapport à leur compère
- 7:50Oui,
- 7:50c'est une des motivations principales de tout être humain.
- 7:55L'appartenance au groupe,
- 7:57de nouveau,
- 7:57dans un objectif de survie.
- 7:59Si on ne fait pas partie du groupe,
- 8:01on va se retrouver isolé et donc nos chances de survie sont drastiquement diminuées.
- 8:06Et donc,
- 8:07l'émotion de crainte,
- 8:10de peur de ne pas appartenir au groupe va faire en sorte que ces adolescents vont s'habiller de la même manière pour...
- 8:19se sentir appartenir à ce groupe.
- 8:21Et comme tu le dis,
- 8:23ils vont rationaliser ça avec des histoires qui sont parfois rocambolesques,
- 8:27mais ça leur permet de justifier,
- 8:30de donner une forme de justification à leur comportement.
- 8:35Et ces émotions et ces sensations,
- 8:37eh bien,
- 8:39certains commencent à dire que ce sont des algorithmes,
- 8:46au fait,
- 8:47complètement
- 8:49programmée,
- 8:50une programmation qui est là,
- 8:51qui a comme finalité de perpétuer les gènes dans la survie de notre espèce.
- 8:57Les émotions sont à la base de nos choix,
- 9:02qui sont là avant nous,
- 9:03depuis toujours,
- 9:04depuis que l'homme existe,
- 9:06pour nous aider à prendre les décisions qui vont dans le sens de notre survie d'être humain.
- 9:15C'est le sujet du best-seller de ...
- 9:18de Harari
- 9:19Homo Deus ?
- 9:20Alors,
- 9:20ce n'est pas le sujet de son best-seller,
- 9:22mais il propose cette formulation d'algorithme humain.
- 9:28Il n'est pas le seul à le dire,
- 9:29mais je trouvais que la manière dont il le présente est intéressante.
- 9:32Ça revient à ce que je disais tout à l'heure,
- 9:34quelqu'un qui a une peur du vide et qui doit franchir un passage étroit et en hauteur va procéder inconsciemment à cette évaluation.
- 9:43Et de nouveau,
- 9:43on parlait d'inférence bayésienne tout à l'heure,
- 9:45on est de nouveau dans les inférences bayésiennes.
- 9:49et le ressenti
- 9:51qui va s'en suivre,
- 9:52va nous amener à passer à l'action ou pas.
- 9:54D'accord.
- 9:55Donc,
- 9:55au fait,
- 9:57nos décisions sont basées sur nos émotions,
- 9:59mais là,
- 10:00c'est un problème quand même.
- 10:01Quand on doit travailler et qu'on prend la décision avant même de le savoir,
- 10:06tout est joué à l'avance au final.
- 10:08Comment on fait ?
- 10:09Alors,
- 10:10on peut avoir l'impression que tout est joué à l'avance,
- 10:11effectivement.
- 10:14Pour les situations qui nous intéressent,
- 10:16à savoir la qualité des soins,
- 10:19dans une structure de soins ou la sécurité des vols pour des passagers.
- 10:25L'idée,
- 10:26c'est de réussir à s'affranchir autant que faire se peut de tout ce qui est émotion,
- 10:33de tout ce qui est biais cognitif dans la prise de décision par rapport à des situations qui sont ambiguës et pour lesquelles il n'y a pas,
- 10:44a priori,
- 10:44une décision évidente.
- 10:46Et pour cela...
- 10:49je propose de passer en revue quelques modèles de prise de décision.
- 10:53C'est-à-dire qu'on a essayé de rationaliser la prise de décision pour la sortir de l'émotionnel pur.
- 10:59Alors,
- 11:00on a toujours essayé,
- 11:01enfin,
- 11:02pas toujours,
- 11:02mais ça fait un moment qu'on essaie de rationaliser la prise de décision,
- 11:06même si le fonctionnement naturel,
- 11:10c'est le fonctionnement basé sur,
- 11:13quelque part,
- 11:13l'instinct.
- 11:14L'instinct avec les émotions,
- 11:16les biais cognitifs,
- 11:17etc.
- 11:18dans un objectif de survie.
- 11:20Dans ce cadre-là,
- 11:21je parlerais plutôt de raccourci cognitif,
- 11:24parce que ça nous permet,
- 11:25dans de nombreuses situations,
- 11:27de ne pas être exposé à un risque trop important.
- 11:32Et donc,
- 11:33déjà au XVIIIe siècle,
- 11:35Bernoulli avait fait allusion à un processus de prise de décision rationnel.
- 11:40Il avait identifié le fait que,
- 11:42dans de nombreuses situations,
- 11:44nous sommes irrationnels lorsque nous prenons des décisions.
- 11:46Et donc,
- 11:47il avait proposé un algorithme qu'on appelle soit la prise de décision analytique ou alors,
- 11:55on parle parfois de classical decision making parce que c'est le modèle le plus ancien qui a été identifié.
- 12:03Et donc,
- 12:04c'est un modèle de prise de décision qui est très structuré et qui a tendance à nous amener à procéder de la manière dont on se construit la conscience de la situation.
- 12:16et puis on va évaluer en fonction de cette conscience de la situation les différences alternatives qui se présentent à nous.
- 12:22On va anticiper les conséquences des différences alternatives,
- 12:26on va choisir et puis on va implémenter son choix et vérifier si ce choix répond à la situation de manière satisfaisante.
- 12:36On y reviendra par la suite parce que ce genre de prise de décision structurée est aujourd'hui utilisé quotidiennement.
- 12:45par les pilotes lorsqu'ils doivent prendre une décision.
- 12:48Entre-temps,
- 12:49il y a eu d'autres types de modèles de prise de décision,
- 12:53et il y en a un qui est très intéressant,
- 12:55c'est,
- 12:56on peut parler de
- 12:57RPD,
- 12:59Recognition Prime Decision,
- 13:02c'est-à-dire une prise de décision qui est basée sur une reconnaissance de pattern,
- 13:07et on a aussi ce qu'on appelle le
- 13:10NDM, le Naturalistic Decision Making,
- 13:13c'est relativement proche.
- 13:14Mais l'idée,
- 13:15c'est de dire que dans de nombreuses situations,
- 13:19en fonction de notre expertise,
- 13:21et ça c'est important,
- 13:23l'expertise a un rôle fondamental,
- 13:26nous allons prendre des décisions dans certaines situations dynamiques qui seront la plupart du temps les bonnes décisions.
- 13:31Et il semble n'y avoir aucune analyse consciente dans ce genre de décision.
- 13:36Et un des pionniers de ce modèle de prise de décision,
- 13:43c'est Gary Klein.
- 13:44qui a travaillé avec plein de professionnels dans des métiers confrontés à des situations dynamiques,
- 13:51et notamment avec des pompiers.
- 13:53Et il avait un jour interviewé un chef de feu aux États-Unis,
- 13:56qui s'était retrouvé dans une maison en feu.
- 13:59Ils étaient dans la cuisine avec ses collègues,
- 14:00en train d'attaquer le feu,
- 14:02et à un moment donné,
- 14:03il a hurlé tout le monde dehors,
- 14:06tous les pompiers sont sortis dans le jardin,
- 14:08et quelques secondes plus tard,
- 14:10le plancher de la cuisine s'est...
- 14:12effondré dans la cave,
- 14:13et c'était dans la cave que se trouvait le brasier le plus important.
- 14:18Et donc,
- 14:19Gary Klein,
- 14:19par des méthodes d'hypnose,
- 14:21a amené ce pompier,
- 14:23ce chef de feu,
- 14:25à déterminer la raison qui l'avait poussé à hurler tout le monde dehors,
- 14:30à faire en sorte de mettre son équipe à l'abri,
- 14:32parce qu'il ne semblait y avoir aucune analyse cohérente,
- 14:36consciente,
- 14:36pardon,
- 14:37et ce chef de feu était incapable de répondre à cette question.
- 14:41En le questionnant sous hypnose,
- 14:43il a répondu que la vision qu'il avait des flammes était incohérente avec la chaleur qu'il ressentait au niveau des oreilles.
- 14:50Mais il n'en avait absolument pas conscience.
- 14:52Donc,
- 14:52on se rend compte que…
- 14:53Il faisait trop chaud par rapport au feu qu'il y avait devant lui.
- 14:57C'était incohérent.
- 14:58C'était incohérent.
- 14:59Mais en plus,
- 14:59il était capable de déterminer que c'était au niveau des oreilles,
- 15:02si tu veux.
- 15:02Donc,
- 15:03c'était vraiment un sixième sens qu'il avait développé.
- 15:07Et c'est là qu'on parle d'expertise.
- 15:09C'est par le fait qu'il avait été confronté à de nombreux incendies dans sa vie qu'il était capable de faire cette analyse inconsciente.
- 15:18Et donc,
- 15:19on se rend compte que…
- 15:21Il y a une sorte d'incohérence entre,
- 15:24d'une part,
- 15:25Gary Klein et le
- 15:27Recognition Prime Decision qui dit
- 15:30« Faites confiance à votre instinct » ,
- 15:33et de l'autre côté,
- 15:33Kahneman qui dit « Il y a toute une série de situations dans lesquelles on prend des décisions qui sont irrationnelles.
- 15:40Et donc,
- 15:41méfiez-vous de votre système 1. »
- 15:43Oui,
- 15:43c'est ça.
- 15:43Or,
- 15:44l'instinct,
- 15:45il est dans le système 1.
- 15:46Donc,
- 15:46Kahneman nous invite à se méfier de notre système 1,
- 15:49et Gary Klein nous dit
- 15:50faites confiance à votre système 1.
- 15:52Est-ce qu'ils se sont mis d'accord ?
- 15:54Et ils se sont mis d'accord.
- 15:57Ils se sont mis d'accord en 2016,
- 16:04si j'ai bon souvenir.
- 16:06Non,
- 16:06pardon,
- 16:06en 2009.
- 16:08Et ce qui est intéressant,
- 16:08c'est que,
- 16:09donc,
- 16:09ils ont fait un travail ensemble,
- 16:10ils ont fait des expériences ensemble,
- 16:13et ils ont publié un papier scientifique dont le titre est
- 16:19comment nous n'avons pas réussi à ne pas être d'accord.
- 16:23En gros,
- 16:24si on doit être rapide.
- 16:24Oui,
- 16:24c'était 2009.
- 16:25A failure to disagree,
- 16:27oui,
- 16:27en 2009.
- 16:28Et donc,
- 16:28ils ont déterminé trois conditions,
- 16:31trois conditions nécessaires au fait de pouvoir s'appuyer sur notre intuition,
- 16:37sur notre instinct dans une situation.
- 16:38La première,
- 16:40c'est qu'il faut que l'environnement soit suffisamment régulier pour être prévisible.
- 16:44Donc,
- 16:44si on est dans un environnement qui est trop complexe,
- 16:47ça ne fonctionnera pas.
- 16:48Régulier,
- 16:48ça veut dire quelque chose qu'on a déjà vu.
- 16:51Ça veut dire que la suite des événements est généralement relativement prédictible.
- 16:58Ensuite,
- 17:00il faut que cette situation permette,
- 17:03que ces situations qu'on a vécues plusieurs fois permettent un apprentissage.
- 17:10C'est-à-dire qu'on peut tirer des enseignements de la situation qu'on vient de vivre pour les appliquer aux situations futures similaires.
- 17:17Ce qui n'est pas toujours le cas.
- 17:18C'est un peu plus complexe.
- 17:20C'est-à-dire que je peux en tirer des conclusions,
- 17:22que je vais pouvoir reproduire,
- 17:24que je vais pouvoir utiliser la prochaine fois que je suis confronté à ce genre de situation.
- 17:27Oui,
- 17:27mais ça,
- 17:27on n'y pense pas quand on est en train de prendre la décision.
- 17:31Non,
- 17:32non,
- 17:32on n'y pense pas.
- 17:32Mais ils se sont rendus compte que ces situations répondaient à ce paramètre-là,
- 17:38à cette propriété-là.
- 17:39Et enfin,
- 17:42que la situation donne...
- 17:45un retour rapide sur le fait que la décision a été correcte ou pas,
- 17:49a été efficace ou pas.
- 17:51Alors,
- 17:51si on voulait synthétiser une manière simple,
- 17:55une question simple qu'on peut se poser dans une situation quand on sent qu'on a tendance à faire confiance à son intuition,
- 18:01parce qu'il y a toute une série de situations dans lesquelles on est poussé de nouveau dans une optique de simplification,
- 18:08d'économie,
- 18:09on est poussé à faire confiance à nos intuitions.
- 18:12Une question simple qu'on peut se poser,
- 18:13c'est est-ce que j'ai déjà été confronté à ça par le passé ?
- 18:17Si la réponse est non,
- 18:19asseyons-nous sur notre intuition,
- 18:20elle sera non pertinente.
- 18:23Ce n'est pas qu'elle soit fausse,
- 18:24c'est qu'elle est probablement basée sur rien.
- 18:26Exactement.
- 18:28Elle est basée simplement sur notre volonté d'économiser de l'énergie et d'économiser à notre cerveau le besoin d'avoir recours au système 2 avec tout ce que ça implique.
- 18:39Oui,
- 18:39c'est ça,
- 18:39le cerveau qui saute à la conclusion.
- 18:41Donc,
- 18:41qui veut une réponse.
- 18:43Mais ce que je comprends,
- 18:45c'est qu'au final,
- 18:46notre instinct,
- 18:48c'est quand même notre expertise qui est passée de notre système inconscient,
- 18:54qu'elle est là quelque part,
- 18:56et que dans la prise de décision,
- 19:00on peut,
- 19:00dans des situations où on n'a pas le temps,
- 19:02où c'est dynamique et il y a une situation de stress,
- 19:06pouvoir compter dessus,
- 19:08que ça vienne sous cette forme-là.
- 19:10Et on peut s'y appuyer si on a de l'expérience et si on a du vécu quand la situation survient.
- 19:19On peut s'appuyer dessus.
- 19:20On peut s'appuyer dessus.
- 19:22Il reste important de se poser consciemment cette question.
- 19:26Ai-je déjà été confronté à ce genre de situation ?
- 19:29Parce que,
- 19:29comme dans tous les biais cognitifs,
- 19:31notre système 1 va nous influencer et tenter de nous...
- 19:36endormir par rapport au moindre doute qu'on pourrait avoir.
- 19:40Donc,
- 19:41le réflexe,
- 19:42ça va toujours être,
- 19:43le bon réflexe,
- 19:43ça va toujours être de se poser la bonne question.
- 19:45C'est comme par rapport au biais cognitif.
- 19:47Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?
- 19:49Ai-je déjà été confronté à ce genre de situation ?
- 19:51D'accord.
- 19:51Donc,
- 19:52quelqu'un qui n'a pas d'expérience,
- 19:53comment il procède pour décider ?
- 19:55Il est obligé de décider,
- 19:56il décide comment ?
- 19:58Alors,
- 19:58on va avoir différents phénomènes cognitifs,
- 20:01différents processus cognitifs de prise de décision en fonction de son niveau d'expérience.
- 20:08On va faire la distinction entre trois niveaux d'expérience.
- 20:13On a le novice,
- 20:14lui,
- 20:14il ne peut s'appuyer que sur ses connaissances.
- 20:16Il a des connaissances souvent qui sont récentes parce que généralement,
- 20:19il sort de l'école,
- 20:21mais il ne peut s'appuyer que sur ses connaissances.
- 20:23C'est déjà quelque chose.
- 20:25Mais il y a toute la partie expérientielle qui est manquante.
- 20:28Ensuite,
- 20:29on a le niveau intermédiaire où on va généralement s'appuyer sur,
- 20:35toujours un peu sur la connaissance,
- 20:36mais aussi sur des règles consécrées.
- 20:38C'est-à-dire que,
- 20:39comme on vient de le dire,
- 20:41on a vécu des situations qui ont permis un apprentissage.
- 20:45Et cet apprentissage,
- 20:46on se rend compte qu'on peut le prendre en compte dans les situations ultérieures et que ça fonctionne à nouveau.
- 20:52et donc on va commencer à créer un set
- 20:54d'un ensemble de règles qui vont nous simplifier la tâche par rapport à une analyse poussée uniquement basée sur les connaissances auxquelles doit procéder le novice.
- 21:06Et puis,
- 21:07on a l'expert,
- 21:08c'est-à-dire qu'on a la personne qui a été confrontée de très nombreuses fois à ce genre de situation,
- 21:14et l'expert,
- 21:15lui,
- 21:15va avoir tendance à davantage s'appuyer sur son expertise.
- 21:18Et de temps en temps,
- 21:20il va pouvoir se laisser dépasser par
- 21:23son impression d'être compétent,
- 21:26précisément parce qu'il rencontre une situation qui n'est pas tout à fait conforme à ce qu'il connaît,
- 21:31mais son système 1 va essayer de le persuader.
- 21:33Si c'est bon,
- 21:33vas-y,
- 21:34c'est comme ça,
- 21:35c'est comme d'habitude.
- 21:35Il y a les biais qui vont rentrer en ligne de compte également.
- 21:39Et donc,
- 21:40ce dont on se rend compte,
- 21:40c'est que l'équipe efficace,
- 21:43ça va être celle qui va allier le novice et l'expert.
- 21:47Voir le novice,
- 21:48l'intermédiaire et l'expert.
- 21:49Pourquoi ?
- 21:49Parce que le novice,
- 21:49il a des connaissances récentes que l'expert n'a peut-être pas parce qu'il n'est peut-être pas retourné dans la littérature récemment.
- 21:55Et il y a eu des évolutions au niveau des connaissances et des pratiques et des recommandations,
- 22:00pardon.
- 22:01Et l'expert,
- 22:02lui,
- 22:02va pouvoir amener toute cette composante liée à l'expérience et au vécu.
- 22:09Très bien,
- 22:09très bien.
- 22:10Et donc,
- 22:12dans la prise de décision,
- 22:13il y a aussi des biais.
- 22:16qu'il est important de connaître parce que ça a quand même des conséquences et qu'on a l'impression,
- 22:21encore une fois,
- 22:22de décider selon notre libre arbitre.
- 22:26Mais au final,
- 22:27on peut être influencé par d'autres choses,
- 22:30comme le biais de conformité,
- 22:31par exemple.
- 22:32Alors,
- 22:33le biais de conformité,
- 22:34il est très connu.
- 22:35Il a été découvert par Solomon H.
- 22:38en 1952.
- 22:42Donc,
- 22:42ça remonte.
- 22:43et tu évoquais tout à l'heure cette
- 22:46ce besoin d'appartenance qu'éprouvent les adolescents,
- 22:49particulièrement à cette période de notre vie,
- 22:51eh bien,
- 22:52le biais de conformité,
- 22:53c'est un peu la même chose.
- 22:54C'est-à-dire que nous avons tendance à nous conformer à l'avis d'un groupe,
- 22:59même si notre avis initial est différent,
- 23:01juste pour ne pas se sentir exclu.
- 23:05Il y a des expériences très drôles qui ont été menées dans ce domaine-là.
- 23:10Et ce qui est perturbant,
- 23:12c'est que jusqu'à...
- 23:15une petite quarantaine de pourcents des gens vont répondre consciemment,
- 23:21vont donner consciemment une mauvaise réponse qui est celle qui correspond à l'avis général du groupe,
- 23:27juste pour ne pas se sentir ostracisé.
- 23:29Alors,
- 23:30pour éviter cela,
- 23:31parce que la question c'est toujours comment on peut se prémunir de ça,
- 23:34d'une part c'est quand on doit prendre une décision en équipe,
- 23:38l'effet de groupe,
- 23:39le biais de conformité risque.
- 23:42de survenir si chacun s'exprime à tour de rôle et que moi qui ai un avis,
- 23:46j'entends mes trois premiers collègues qui émettent un avis différent,
- 23:50mais trois fois le même avis,
- 23:52je risque à un moment donné de me laisser aller à la facilité et de me ranger à leur avis.
- 23:58Donne-moi un exemple concret pour que ce soit plus parlant.
- 24:01L'expérimentateur,
- 24:02par exemple,
- 24:03nous dit de choisir entre A,
- 24:05B et C.
- 24:06Et donc,
- 24:07les premiers qui choisissent euh
- 24:11passe de l'équipe et pour la grande majorité vont choisir B.
- 24:14Moi,
- 24:15quand j'arrive,
- 24:16je n'ai qu'une envie,
- 24:17c'est de dire B aussi,
- 24:18au fait.
- 24:18Je vais te donner un exemple encore plus concret qui m'a été partagé par un ami chirurgien cardiaque avec qui j'ai mangé hier soir.
- 24:25Un patient d'une soixantaine d'années qui a fait,
- 24:30alors je n'ai plus tous les termes techniques parce que ça,
- 24:32ce n'est pas mon domaine,
- 24:33mais il est aux soins intensifs à la suite d'une opération.
- 24:39et un pontage au niveau des artères qui vont vers les jambes.
- 24:46Et on l'appelle pour dire,
- 24:49c'est bouché,
- 24:49il faut absolument faire quelque chose pour ce monsieur.
- 24:51C'était bouché depuis la veille.
- 24:53Et manifestement,
- 24:54le problème est présent à différents endroits de son corps.
- 24:57Et donc,
- 24:58rapidement,
- 24:58il y a eu une réunion.
- 24:59Lui,
- 25:00il est dans son esprit,
- 25:01c'est...
- 25:03Ce monsieur,
- 25:04pour reprendre ses mots,
- 25:05est cuit.
- 25:06Il a 60 ans,
- 25:08c'est relativement jeune,
- 25:10mais étant donné son état,
- 25:11il est cuit.
- 25:12Et donc,
- 25:13une réunion a lieu,
- 25:15et il y a la chef de service qui s'exprime,
- 25:19« Si,
- 25:19si,
- 25:19il faut l'opérer,
- 25:20il faut essayer de le sauver,
- 25:21etc. »
- 25:21Il y a deux autres collègues qui s'expriment,
- 25:23« Il faut l'opérer,
- 25:24il faut essayer de le sauver. »
- 25:25Et lui m'a dit,
- 25:27« J'ai senti cette tension de... »
- 25:31J'ai envie d'aller dans leur sens parce que sinon je passe pour le vilain petit canard.
- 25:36Mais en fait,
- 25:37il a tenu bon pour la petite histoire.
- 25:40Ce patient a quand même été opéré par un autre chirurgien.
- 25:42Ils ont ouvert et puis ils ont décidé,
- 25:44on arrête là,
- 25:44ça ne sert à rien manifestement.
- 25:46Mais il a senti cette tension qui aurait pu l'amener à se conformer à l'avis du groupe parce que trois avis identiques avaient été prononcés avant que lui ne s'exprime.
- 25:58Alors que son idée était claire dans sa tête.
- 26:00Et donc,
- 26:01une manière de s'affranchir de ça,
- 26:02si on veut s'assurer qu'au sein d'un groupe au sein duquel on doit prendre une décision importante,
- 26:07on ne va pas être influencé par ce qu'expriment les autres,
- 26:10c'est de procéder à un vote secret.
- 26:12Procéder à un vote secret,
- 26:13et du coup,
- 26:14une fois que tout le monde a écrit,
- 26:15il y a une lecture,
- 26:16la lecture des différents points de vue par une seule personne.
- 26:19Comme ça,
- 26:20on ne s'influence pas les uns les autres.
- 26:22Tout à fait.
- 26:23Voilà.
- 26:23Et après,
- 26:24il y en a un qui n'est pas des moindres,
- 26:25qui est le biais d'obéissance à l'autorité.
- 26:29On avait évoqué le gradient d'autorité,
- 26:32je crois,
- 26:33aussi dans la connaissance de soi.
- 26:35Et là,
- 26:36ce biais d'obéissance,
- 26:38je pense qu'il est très intéressant à décrire.
- 26:42Le biais d'obéissance à l'autorité,
- 26:43c'est un phénomène qui a été montré par un monsieur qui s'appelle
- 26:51Stanley Milgram,
- 26:52dans les années 60.
- 26:54Il a procédé à des expériences dans lesquelles
- 26:59Un sujet était interviewé,
- 27:02était interrogé par rapport à des questions de culture générale et lorsqu'il répondait mal,
- 27:07il fallait qu'un autre sujet de l'expérience lui inflige une décharge électrique.
- 27:12Et l'objectif était de voir jusqu'à quel stade le questionneur allait accepter d'infliger les décharges électriques.
- 27:20On ne s'attend pas du tout à ces résultats.
- 27:23C'est impressionnant.
- 27:24Alors déjà en amont,
- 27:25ce qu'il faut savoir,
- 27:25c'est que...
- 27:26la personne à qui les questions étaient posées faisait partie de l'expérience et qu'aucun choc n'était réellement délivré.
- 27:33Heureusement.
- 27:34Et que les cris qui étaient entendus par le questionneur,
- 27:37parce qu'au-delà de 135 volts,
- 27:39si je me souviens bien,
- 27:40il commençait à y avoir des cris qui étaient préenregistrés chaque fois qu'un choc était soi-disant donné.
- 27:47Oui.
- 27:47Et au-delà d'une certaine tension,
- 27:50il n'y avait plus aucune réaction de la part de la personne qui était questionnée.
- 27:54Eh bien,
- 27:54figure-toi que...
- 27:59Dans
- 27:5962% des cas,
- 28:02les questionneurs sont allés jusqu'au bout,
- 28:04c'est-à-dire jusqu'aux derniers interrupteurs de la machine qui avaient été créés pour l'expérience,
- 28:12et au-dessus desquels il n'y avait même plus de tension en volts qui était écrite,
- 28:18il était écrit un X.
- 28:20Donc on ne savait même plus,
- 28:21ça ne permettait même pas aux questionneurs de se faire une représentation de ce qu'ils infligeaient comme...
- 28:25douleur à la personne qu'ils questionnaient.
- 28:28Et donc,
- 28:2962%
- 28:30des gens sont allés jusqu'à infliger la douleur maximale à la personne qu'ils interviewaient.
- 28:37C'est-à-dire où la personne ne réagit plus,
- 28:39quoi.
- 28:39Alors,
- 28:40la personne ne réagit plus du tout depuis un certain temps.
- 28:42Et lorsque...
- 28:44Il y a des vidéos de cette expérience qu'on peut retrouver sur Internet.
- 28:47Certains questionneurs,
- 28:49à un moment donné,
- 28:50commencent à hésiter sur le fait de continuer.
- 28:53Et...
- 28:54le scientifique qui était présent dans la salle,
- 28:56habillé avec une blouse blanche,
- 28:58donc très sérieux,
- 28:59avec un air un peu intimidant.
- 29:02Il représente l'autorité.
- 29:03Il représentait l'autorité aux yeux des sujets.
- 29:08Leur disait simplement,
- 29:10pour le bien de l'expérience,
- 29:12il est important que vous continuiez,
- 29:14ou ce genre de phrase.
- 29:15Donc,
- 29:16relativement neutre,
- 29:17mais en insistant pour qu'il continue.
- 29:19Et 62%
- 29:21des gens ont continué jusqu'au bout.
- 29:22C'est énorme.
- 29:23C'est énorme.
- 29:24Et il y a d'autres expériences beaucoup plus simples qui ont été menées.
- 29:27Si dans la rue,
- 29:29ça n'existe plus aujourd'hui,
- 29:30mais à l'époque,
- 29:31il y avait des parcmètres pour les places de parking et on pouvait mettre une pièce dans le parcmètre et ça déclenchait une minuterie pour un certain temps.
- 29:39Eh bien,
- 29:40des expériences ont été menées où,
- 29:41par exemple,
- 29:42deux personnes abordent un passant en disant
- 29:47« Auriez-vous une pièce pour ce monsieur,
- 29:49l'autre personne,
- 29:50parce qu'il n'a pas de pièce sur lui,
- 29:52il en a besoin pour le parcmètre ? »
- 29:53il y avait un faible degré d'acceptation.
- 29:58Par contre,
- 29:58quand c'était une personne habillée en policier qui demandait d'aider le conducteur qui n'avait pas de pièces,
- 30:06le degré d'acceptation était bien plus élevé.
- 30:11Et donc,
- 30:12dans le milieu professionnel,
- 30:14quelle est l'influence du biais d'autorité ?
- 30:16C'est le fait que lorsque l'on est subordonné
- 30:19à une autorité ou lorsqu'on se sent subordonné à une autorité,
- 30:23parce qu'il y a certaines situations qui sont particulières.
- 30:26Par exemple,
- 30:27dans la plupart des structures de soins,
- 30:28il n'y a aucun lien de subordination entre une infirmière et un médecin.
- 30:33Mais il y a cette culture,
- 30:35donc je parle de subordination légale,
- 30:37mais par contre,
- 30:38il y a cette culture qui fait que l'infirmière se sent hiérarchiquement inférieure.
- 30:43Et donc,
- 30:44on va avoir ce biais d'autorité qui va jouer.
- 30:48Dans un cockpit,
- 30:48on va avoir ce phénomène entre le commandant de bord et le copilote,
- 30:52ou les pilotes et le personnel de cabine,
- 30:55ou les pilotes et les bagagistes,
- 30:59les personnes qui font le plein de l'avion,
- 31:01etc.
- 31:02Donc,
- 31:03on a ce biais qui peut se manifester à différents niveaux.
- 31:08Quel est le danger ?
- 31:09Alors,
- 31:10le danger,
- 31:11ça va être de ne pas...
- 31:13pas oser dire,
- 31:13comme on a dit tout à l'heure,
- 31:14notamment dans le cadre du signal faible,
- 31:16c'est-à-dire de ne pas se sentir suffisamment,
- 31:18on a parlé aussi de sécurité psychologique dans un épisode précédent,
- 31:22de ne pas ressentir une sécurité psychologique suffisante pour pouvoir s'exprimer,
- 31:26pour oser s'exprimer et donc,
- 31:28éventuellement,
- 31:29remettre en cause une décision qu'on pense être inappropriée,
- 31:32faire une remarque,
- 31:33une suggestion lorsqu'on pense que c'est nécessaire.
- 31:36Et comment le déjouer,
- 31:38par exemple,
- 31:39quand tout le monde doit parler ?
- 31:42L'idée,
- 31:42c'est de nouveau,
- 31:44c'est un biais cognitif,
- 31:45donc on a tendance,
- 31:47malgré nous,
- 31:48à tomber dedans.
- 31:49Et donc,
- 31:50l'idée,
- 31:51c'est de,
- 31:52lorsqu'on détecte quelque chose dont on pense qu'il faut qu'on l'exprime,
- 31:59un doute qu'on a,
- 32:00une suggestion,
- 32:01une remarque,
- 32:02c'est toujours de se poser la question de l'objectif commun.
- 32:05Quel est l'objectif commun ?
- 32:06L'objectif commun,
- 32:07c'est la sécurité du patient.
- 32:08D'accord.
- 32:09Eh bien,
- 32:09dans le...
- 32:11Ayant cet objectif commun en tête,
- 32:13je vais exprimer ce que j'ai à exprimer,
- 32:16quel qu'en soit quelque part le coup psychologique que je vais endurer si j'exprime cela par rapport à quelqu'un qui est un peu autocratique,
- 32:23qui a tendance à facilement sortir de ses gonds.
- 32:26Ça me fait penser à ce qu'on a dit du leader et de ses qualités.
- 32:31Il pourrait s'exprimer en dernier pour laisser simplement la possibilité aux autres,
- 32:37à tous les autres,
- 32:38de dire leur avis.
- 32:39Et ça permettrait éventuellement de déjouer ce biais.
- 32:42Tout à fait.
- 32:43Donc ça,
- 32:43c'est un moyen de faire également.
- 32:45C'est ne pas influencer les autres en leur donnant notre manière de penser en tant que leader,
- 32:51de manière à laisser libre cours à leurs idées.
- 32:57Et au préalable,
- 32:59on peut aussi adopter les comportements du leader inclusif pour développer une sécurité psychologique suffisante pour que tout le monde puisse...
- 33:08s'exprimer.
- 33:09Donc,
- 33:10rappelez le fait que tout le monde peut se tromper,
- 33:12moi y compris,
- 33:13qui suis votre responsable hiérarchique.
- 33:17Donc,
- 33:17je vous invite à vous exprimer si vous avez l'impression que quelque chose ne va pas en restant très accessible dans la manière dont on se comporte avec ses collègues.
- 33:27Très bien.
- 33:28Il y a aussi le fait de prendre des décisions qu'on a l'habitude de prendre.
- 33:32Donc,
- 33:32encore une fois,
- 33:33de choisir par habitude,
- 33:36c'est le biais d'habitude.
- 33:38qu'on retrouve ici,
- 33:38effectivement.
- 33:39Ensuite,
- 33:40le suivant que je te propose d'explorer,
- 33:42c'est le biais d'excès de confiance.
- 33:45C'est quelque chose qu'on entend,
- 33:48qu'on observe souvent.
- 33:51D'ailleurs,
- 33:52c'est marrant parce que j'en parlais de nouveau hier avec une amie.
- 33:58Semble-t-il,
- 33:58je n'ai pas TikTok,
- 33:59mais semble-t-il,
- 34:00il y a une vidéo,
- 34:02je fais fureur sur TikTok pour l'instant,
- 34:05où...
- 34:05des femmes demandent à leurs compagnons,
- 34:08à leur mari,
- 34:08si tu étais à bord d'un avion de ligne et que les deux pilotes mourraient,
- 34:11est-ce que tu penses que tu serais capable de l'atterrir ?
- 34:13Et il semble qu'il y ait environ 70 à 80 %
- 34:16des hommes qui disent,
- 34:16oui,
- 34:16bien sûr,
- 34:17chérie.
- 34:18Donc,
- 34:19ça témoigne…
- 34:19Parce qu'ils ont joué à des jeux vidéo,
- 34:21et donc ils imaginent que tu peux faire atterrir un avion.
- 34:24Alors,
- 34:24il n'y a même pas besoin de jouer à des jeux vidéo.
- 34:26Nous sommes,
- 34:27nous avons tendance à surestimer,
- 34:31donc il y a le biais d'excès de confiance qu'on peut mettre en parallèle avec le biais d'optimisme.
- 34:35C'est-à-dire que nous avons tendance à surestimer nos capacités dans plein de domaines.
- 34:40Il y a des études qui ont été menées là-dessus,
- 34:42notamment dans le domaine de la conduite automobile.
- 34:45Et je pense que c'était aux États-Unis.
- 34:47Quand on demande…
- 34:49à des conducteurs « faites-vous partie des 50%
- 34:52des meilleurs conducteurs »
- 34:53ou des 50%
- 34:54des moins bons conducteurs,
- 34:56il y a 80%
- 34:57des gens qui estiment faire partie des 50%
- 34:59des meilleurs conducteurs.
- 35:00On a tendance,
- 35:01dans des domaines soit qu'on fantasme,
- 35:04soit dans lesquels on a une certaine maîtrise,
- 35:07de surestimer largement notre propre compétence par rapport à celle des autres.
- 35:11C'est-à-dire qu'on se voit de toute façon mieux que ce qu'on est ?
- 35:14On se voit dans…
- 35:16Alors,
- 35:16ce n'est pas systématique.
- 35:18Parce qu'il y a des gens qui sont très…
- 35:20Qui peuvent avoir des doutes ou avoir…
- 35:22On connaît tous des personnes qui se sous-estiment en permanence.
- 35:27Là,
- 35:27c'est plus du domaine du pathologique,
- 35:30mais on a tendance,
- 35:32pour la plupart d'entre nous,
- 35:33à se voir sous un bien meilleur jour que nos capacités réelles.
- 35:40Et ça nous conduit,
- 35:42dans certaines situations,
- 35:44à des illusions de performance qui font que…
- 35:47même si tous les paramètres ne sont pas alignés pour que ça se passe bien,
- 35:51on va se convaincre que ça va aller.
- 35:54Et de nouveau,
- 35:54l'effet de groupe va jouer.
- 35:56Parce que si moi,
- 35:57individuellement,
- 35:58j'ai l'impression que quand même,
- 36:00si cet équipement n'est pas là ou pas tout à fait conforme,
- 36:03ou les paramètres,
- 36:04les constantes du patient ne sont pas tout à fait dans la bonne plage pour réaliser ce genre d'intervention,
- 36:08ce n'est peut-être pas tout à fait opportun,
- 36:11il est possible que si mes collègues disent « si,
- 36:13si,
- 36:14ça va aller » ,
- 36:14ça va aller,
- 36:15ça va aller.
- 36:16« Bon,
- 36:16allez,
- 36:16ça va aller,
- 36:16on va tenter le coup. »
- 36:17Et donc,
- 36:17on ne va finalement pas exprimer sa réelle opinion.
- 36:21Alors,
- 36:21peut-être qu'on est un peu trop en confiance sur son expertise par le fait qu'on n'est pas suffisamment conscient de tous les biais et tous les tours que notre cerveau nous joue au final.
- 36:35Tout à fait.
- 36:36Et ça,
- 36:37c'est important à retenir.
- 36:38Et tu dis que ce n'est pas la même chose que l'effet Dunning-Kruger qui commence à être connu.
- 36:47l'effet de nîmes kruger qui dit que quand on commence à s'intéresser à un sujet et à le connaître on passe d'abord par une phase où on a l'impression qu'on est incroyablement maîtrisant et c'est il appelle ça la montagne de stupidité et
- 37:04après on va passer par une phase qui sera une petite phase de doute ou la vallée de lumi de l'humilité où on va se poser des questions et Et ensuite,
- 37:14on va...
- 37:15consolider ces compétences-là et on va arriver à un plateau de consolidation.
- 37:21Oui,
- 37:21tout à fait.
- 37:22Et c'est lié au fait que quand on acquiert des connaissances qu'on n'avait pas auparavant,
- 37:28on se sent plus rapidement,
- 37:30plus compétent,
- 37:31mais de manière excessive.
- 37:33Et puis,
- 37:34au fur et à mesure qu'on commence à pratiquer pour de vrai,
- 37:37on accumule une certaine expertise et on se rend compte de toute notre incompétence,
- 37:42c'est-à-dire de toutes les situations.
- 37:44dans lesquels ce qu'on avait accumulé comme connaissances n'était pas suffisant.
- 37:50Et donc,
- 37:50on commence à relativiser cette compétence et même à douter de soi-même.
- 37:55Et ensuite,
- 37:55on va réellement monter en compétence.
- 37:56Et ce qui est intéressant,
- 37:58c'est l'événement qui a mené
- 38:04David Dunning et Justin Kruger à se rendre compte de ce phénomène.
- 38:11C'est un fait divers qui s'est passé aux États-Unis en 1995.
- 38:15Et il y a deux braqueurs de banque qui ont braqué une banque à visage découvert.
- 38:20Et puis,
- 38:20il y avait des caméras dans la banque.
- 38:22Et forcément,
- 38:23ils ont été capturés,
- 38:25ils ont été reconnus,
- 38:26ils ont été capturés par la police.
- 38:28Et lors des interrogatoires,
- 38:30ils ont été extrêmement surpris.
- 38:32Ils ont dit être extrêmement surpris d'avoir été retrouvés parce qu'ils avaient appliqué du jus de citron sur leur visage.
- 38:39et ils étaient persuadés que ça les faisait
- 38:41devenir invisibles selon le principe de langue sympathique.
- 38:45Donc,
- 38:46ils avaient lu ça quelque part,
- 38:48ils s'étaient persuadés d'avoir complètement compris ce phénomène,
- 38:53ils étaient sur la montagne de la stupidité.
- 38:56Très drôle.
- 38:57Alors,
- 38:58et un autre qu'on enseigne aussi dans les écoles de commerce,
- 39:03c'est le biais d'ancrage et qui me fait penser à toutes les négociations commerciales.
- 39:10Explique-nous,
- 39:11Guillaume,
- 39:12le biais d'ancrage.
- 39:13Le biais d'ancrage,
- 39:14de nouveau,
- 39:15c'est un phénomène qui a été étudié en profondeur par Kahneman.
- 39:20L'idée,
- 39:20c'est que dans une prise de décision,
- 39:26l'outcome dont la décision en elle-même va être une valeur,
- 39:30quelle qu'elle soit,
- 39:32cette valeur finale va être influencée par la première valeur qui va être énoncée lors des échanges menant à la prise de décision.
- 39:39que ce soit
- 39:40Dans le cadre de l'achat d'une maison,
- 39:42la première valeur qui va être proposée,
- 39:46le premier prix qui va être offert,
- 39:48va être où ou demandé.
- 39:50ça peut être d'un côté ou de l'autre,
- 39:51va être celui à partir duquel on va raisonner pour faire une offre plus haute ou plus basse.
- 39:58Et donc,
- 39:59l'idée,
- 39:59c'est que dans certains cas,
- 40:02on va influencer une situation de manière à ce que,
- 40:07de nouveau,
- 40:09on ne se donne pas la chance que chacun exprime sa réelle opinion.
- 40:13Ou sa propre évaluation.
- 40:14Sa propre évaluation.
- 40:16Un exemple concret.
- 40:18et on essaie d'apporter une solution à ça en permanence dans les cockpits.
- 40:23Avant chaque vol,
- 40:25on va déterminer la quantité de carburant nécessaire pour le vol.
- 40:28Ce calcul est en partie réglementaire,
- 40:30mais il y a aussi une notion de raisonnable,
- 40:33c'est-à-dire est-ce qu'il est raisonnable de partir vers cette destination,
- 40:36étant donné les conditions météo,
- 40:37étant donné la densité du trafic quand on va arriver,
- 40:40étant donné d'autres paramètres,
- 40:42en partant avec la quantité réglementaire minimale.
- 40:47Chaque pilote fait un calcul de carburant avec lequel il souhaiterait arriver à destination,
- 40:52qui va conditionner la quantité de carburant avec laquelle il souhaiterait décoller.
- 40:56L'idée,
- 40:57c'est qu'on fait ce calcul de manière indépendante,
- 41:00complètement indépendante.
- 41:02Après,
- 41:02on va partager avec les autres les différents paramètres qu'on a pris en compte et le résultat final.
- 41:08Généralement,
- 41:09à moins qu'il y ait de la part d'un des collègues une exagération,
- 41:15manifeste par rapport à un des paramètres,
- 41:18on va partir avec la quantité de carburant la plus élevée calculée par un des collègues.
- 41:22Généralement,
- 41:23ça se joue à quelques centaines de kilos parce qu'on a construit au préalable une conscience de la situation partagée.
- 41:29Mais on a peut-être des expériences différentes par rapport à l'aérodrome de destination.
- 41:35Et si,
- 41:37en revanche,
- 41:39le commandant de bord exprime rapidement
- 41:41« Écoutez, j'ai fait un calcul,
- 41:43autant de carburant,
- 41:43qu'est-ce que vous en pensez ? »
- 41:45les copilotes vont être influencés dans le choix qu'ils vont faire.
- 41:50Ils vont raisonner par rapport à cette valeur-là plutôt que de raisonner de manière absolue.
- 41:55Donne-nous un exemple.
- 41:59C'est-à-dire,
- 42:00si le copilote donne un chiffre et que ça va influencer le chiffre que tu vas donner par la suite,
- 42:08ou alors dans le sens contraire.
- 42:09Le commandant de bord dit,
- 42:12par exemple,
- 42:126 tonnes.
- 42:14Le copilote,
- 42:16il trouve que ce n'est absolument pas ce qu'il avait calculé.
- 42:20Il va essayer de s'en rapprocher et surestimer un peu,
- 42:27mais ce n'est pas le chiffre initial qu'il voulait proposer.
- 42:30Voilà,
- 42:30ce n'est pas la valeur absolue qu'il voulait proposer.
- 42:33Il va essayer inconsciemment,
- 42:35de nouveau,
- 42:35c'est un phénomène inconscient,
- 42:36mais il va,
- 42:38à partir du moment où un chiffre a été...
- 42:41prononcé,
- 42:41il va résonner à partir de ce chiffre-là.
- 42:46Et là,
- 42:46ça peut avoir des conséquences majeures.
- 42:48Et bien sûr,
- 42:48on a le biais d'autorité qui va intervenir également dans ce genre de situation,
- 42:52c'est-à-dire que si le commandant de bord s'exprime en premier,
- 42:55on va encore plus s'accrocher à cette première proposition.
- 43:02C'est ça.
- 43:02Donc,
- 43:03il faut faire ces calculs d'abord,
- 43:05chacun dans son coin et énoncer,
- 43:08pas en fonction de l'autre,
- 43:09mais chacun donne
- 43:11donne sa proposition.
- 43:13Voilà.
- 43:13Il y a un qui n'est pas des moindres,
- 43:16qui est l'aversion à la perte.
- 43:17Et je pense que ça,
- 43:19ça concerne vraiment tout le monde.
- 43:21On a des exemples de la vie de tous les jours.
- 43:27Moi,
- 43:27je suis aussi de ceux qui n'aiment pas perdre.
- 43:29Et j'ai compris que c'était un vrai biais cognitif,
- 43:32c'est-à-dire que notre cerveau,
- 43:34il ne calcule pas ce qu'on va gagner,
- 43:36mais il met en perspective...
- 43:40plus le coût psychologique de la perte que le bénéfice psychologique de la gagne,
- 43:45en gros.
- 43:46C'est ça.
- 43:47Et une petite expérience très simple à laquelle on peut exposer les auditeurs,
- 43:52c'est de leur poser la question.
- 43:54Imaginez-vous jouer à un jeu de pile ou face dont les règles sont les suivantes.
- 43:58Si la pièce tombe côté pile,
- 44:02vous gagnez 150 euros.
- 44:03Et si la pièce tombe côté face,
- 44:06vous perdez 100 euros.
- 44:08Donc statistiquement,
- 44:09lâche.
- 44:10la probabilité de gagner est positive.
- 44:13Oui.
- 44:13Parce que pile ou face,
- 44:14a priori,
- 44:15c'est une fois sur deux.
- 44:16Sur un grand nombre de tirages,
- 44:17on sera gagnant.
- 44:19Et ça,
- 44:19c'est le rationnel.
- 44:20Ça,
- 44:20c'est le rationnel.
- 44:21Mais comme on déteste perdre,
- 44:23en fait,
- 44:23l'écart entre le gain et la perte,
- 44:26entre les 100 et les 150 euros,
- 44:27n'est pas suffisant.
- 44:28Et donc,
- 44:29généralement,
- 44:29la plupart des gens refusent ce genre de jeu.
- 44:32Et nous sommes tous inégaux par rapport à la différence.
- 44:38entre le gain et la perte que nous sommes capables d'accepter.
- 44:40Et donc,
- 44:41on pourrait poser la question,
- 44:42OK,
- 44:42si quand vous gagnez...
- 44:45vous gagnez 200 euros et quand vous perdez,
- 44:47vous perdez 100 euros.
- 44:48Est-ce que vous êtes OK de jouer ?
- 44:51Et on se rend compte que notre cerveau a besoin d'une compensation significative,
- 44:56d'une perte potentielle par rapport au gain potentiel pour accepter de s'engager.
- 45:02Oui,
- 45:03c'est ça.
- 45:03Et
- 45:04Kahneman dit qu'au fait,
- 45:07il faut que ce soit de l'ordre de deux fois et demi.
- 45:10En moyenne,
- 45:11oui.
- 45:11Voilà,
- 45:12c'est ça.
- 45:13C'est ce que notre cerveau nous...
- 45:14pousse à décider.
- 45:16Alors qu'on connaît des gens qui sont plus,
- 45:19qui vont plus facilement prendre des risques,
- 45:21et d'autres qui sont très très très opposés à prendre des risques,
- 45:24et donc eux,
- 45:25il y en a qui sont en dessous du 2,5 et d'autres qui sont largement au-dessus du 2,5.
- 45:29C'est ça.
- 45:30Il y a un autre biais,
- 45:31c'est celui de prendre la décision en fonction de ce qui nous est arrivé en dernier.
- 45:36Oui,
- 45:38le biais de...
- 45:40C'est pas la règle pique-fin ?
- 45:43Alors,
- 45:43il y en a deux.
- 45:46Donc,
- 45:46on a le biais de disponibilité,
- 45:48notamment qui va faire en sorte que nous serons influencés par les dernières expériences que nous avons eues.
- 45:56Mais celui auquel tu fais référence ici,
- 45:59la règle PICN,
- 46:00c'est le fait que lorsque nous vivons une expérience,
- 46:02quelle qu'elle soit,
- 46:03nous allons nous rappeler à postériori essentiellement du moment le plus engageant émotionnellement.
- 46:11et de ce qui s'est passé à la fin.
- 46:13Et il peut s'être produit plein d'autres phénomènes pendant cette expérience que nous allons complètement occulter.
- 46:20Et donc,
- 46:20au final,
- 46:21on peut se retrouver à avoir un souvenir très négatif d'une expérience juste parce qu'à un moment donné,
- 46:29il y a eu un élément très inconfortable et qu'à la fin,
- 46:32ce n'était pas top,
- 46:33alors que pendant tout le reste du temps,
- 46:35c'était très agréable.
- 46:37Ou à l'inverse,
- 46:38on peut...
- 46:39Ce souvenir d'une expérience où on a eu un moment où c'était super et puis à la fin c'était chouette,
- 46:47mais pendant tout le reste du temps,
- 46:51on s'est retrouvé dans une situation relativement désagréable et on sera OK de reproduire cette expérience parce qu'on va se focaliser sur ce souvenir de ces deux moments,
- 47:03le pic,
- 47:03c'est-à-dire le moment où l'émotion était la plus forte,
- 47:07et
- 47:07la manière dont on s'est senti à la fin.
- 47:10C'est aussi comme ça que notre mémoire enregistre.
- 47:12Au fait,
- 47:13des fois,
- 47:13on n'a pas mémoire,
- 47:16souvenir de la durée.
- 47:17On se souvient de ce qu'on a ressenti au plus,
- 47:20au max.
- 47:22Et l'état dans lequel on était à la fin de l'événement.
- 47:29Et alors,
- 47:30maintenant qu'on a fait un petit peu le tour de comment notre cerveau fonctionne pour...
- 47:36prendre une décision,
- 47:38comment faire pour que notre décision se fasse en conscience et qu'on ne soit pas les pontins de notre fonctionnement et qu'on puisse décider vraiment en ayant connaissance de tous ces
- 47:54systèmes de fonctionnement ?
- 47:55Eh bien,
- 47:55on va en revenir à ce qu'on a décrit au tout début,
- 47:59la prise de décision analytique qui avait été proposée par
- 48:02Bernoulli au XVIIIe siècle.
- 48:04Et en fait,
- 48:04l'objectif va être
- 48:06en fonction du temps disponible de déployer une méthode structurée de prise de décision dont l'objectif va être d'essayer de nous affranchir de l'influence des émotions,
- 48:19des biais cognitifs,
- 48:21de manière à prendre la décision la plus rationnelle possible.
- 48:23Elle ne sera jamais complètement rationnelle.
- 48:25C'est impossible parce que à chacune des étapes de cette méthode structurée de prise de décision,
- 48:32nous allons être influencés inconsciemment par...
- 48:35notre vécu,
- 48:36nos émotions,
- 48:36nos biais,
- 48:37etc.
- 48:38Mais par contre,
- 48:40ça va nous donner la meilleure chance de nous en affranchir un maximum.
- 48:48Et donc,
- 48:48cette méthode qui est développée en aviation,
- 48:50en tout cas dans certaines compagnies,
- 48:51il y a différents acronymes qui sont utilisés,
- 48:53mais de manière générale,
- 48:56le principe est le même partout.
- 49:00Chez nous,
- 49:00c'est le TFORDEC,
- 49:02donc T-F-O-R-D-E-C.
- 49:05L'acronyme,
- 49:06c'est d'abord T pour le temps.
- 49:08On évalue d'abord le temps disponible.
- 49:10Le temps disponible,
- 49:11ça va être soit le temps disponible pour rester en vol.
- 49:15Combien de temps est-ce qu'on peut encore se permettre d'attendre avant de se poser ?
- 49:18Il y a des situations dans lesquelles on a beaucoup de temps.
- 49:22Ça va toujours être de toute façon,
- 49:23au final,
- 49:24en fonction du carburant qu'on a à bord.
- 49:26Mais il y a des situations dans lesquelles,
- 49:28par exemple,
- 49:29un feu non maîtrisé à bord,
- 49:30une urgence qui nécessite de se poser rapidement.
- 49:34le temps disponible va être très réduit.
- 49:37Donc on évalue d'abord le temps disponible.
- 49:39Et ça,
- 49:40c'est une évaluation qu'on fait indépendamment et puis qu'on partage.
- 49:44Pourquoi ?
- 49:45pour éviter le biais de conformité,
- 49:48le biais d'obéissance à l'autorité,
- 49:49etc.
- 49:50Et puis,
- 49:51le F,
- 49:52c'est pour faits.
- 49:54Quels sont les faits ?
- 49:55On va,
- 49:55à ce moment-là,
- 49:56rassembler les faits tangibles,
- 49:58c'est-à-dire qu'on n'est pas dans l'interprétation.
- 50:00On va se forcer à aller chercher les faits évidents et les faits,
- 50:06éventuellement,
- 50:06qu'on doit aller chercher un peu plus loin,
- 50:07qui nécessitent d'investir un peu d'énergie pour aller chercher l'information.
- 50:12Par rapport à ces faits,
- 50:13Une fois qu'on a ces différents faits,
- 50:15on va envisager les options disponibles dans la situation.
- 50:17Donc ces faits,
- 50:18forcément,
- 50:18ils vont mener à une compréhension de la situation.
- 50:20Ça,
- 50:20c'est ce qu'on a évoqué dans la conscience de la situation.
- 50:23Et puis,
- 50:23on va envisager les différentes options possibles.
- 50:26Et ces options,
- 50:28on se rend compte à ce stade qu'on peut rapidement être influencé par nos émotions et par nos biais.
- 50:33Parce que si on a vécu un événement récent qui n'était pas très agréable,
- 50:38pas facile à gérer,
- 50:39etc.
- 50:40Ça peut être une option qu'on va inconsciemment éluder.
- 50:43Donc,
- 50:44on travaille en équipe de manière à ce qu'un pilote énonce les options et puis l'autre ou les autres pilotes vont compléter les différentes options.
- 50:51Et ensuite,
- 50:52par rapport à chacune des options,
- 50:54là on arrive à la lettre R,
- 50:56on va évaluer les risques et les opportunités relatifs à chaque option.
- 51:00Et de nouveau,
- 51:01on a la personne,
- 51:03le pilote qui réalise ce foredeck,
- 51:06qui va énoncer les différences.
- 51:09risques et opportunités,
- 51:09les collègues qui vont compléter.
- 51:11Et enfin,
- 51:12on en arrive à la prise de décision.
- 51:14Donc là,
- 51:14qu'est-ce qu'on a fait jusque-là ?
- 51:16En fonction du temps disponible,
- 51:18on a rassemblé les faits,
- 51:20envisagé les différentes options et évalué pour chacune des options les risques et les opportunités.
- 51:25Arrive le temps de prendre la décision.
- 51:27Cette décision,
- 51:28elle va être énoncée en premier par le pilote le plus junior dans le cockpit.
- 51:34Le moins gradé.
- 51:36Le moins gradé est le plus...
- 51:39le plus novice.
- 51:40Pourquoi ?
- 51:40Pour s'affranchir du biais d'obéissance à l'autorité.
- 51:43Cette décision,
- 51:44bien sûr,
- 51:44elle va être validée ou invalidée par le commandant de bord.
- 51:47Généralement,
- 51:48dans la plupart des cas,
- 51:49elle est validée parce qu'il y a quand même une construction commune des faits,
- 51:52des options et des risques et opportunités.
- 51:56Et le commandant de bord garde,
- 51:59dans tous les cas,
- 52:00la responsabilité pénale du vol.
- 52:03Et donc,
- 52:03à un moment donné,
- 52:04c'est lui qui va valider ou invalider la décision.
- 52:07Et ensuite...
- 52:08on va procéder à l'exécution de la décision.
- 52:11Donc,
- 52:12on met en place tout ce qui est nécessaire pour que cette décision se déroule de manière à atteindre l'objectif qu'on s'est fixé.
- 52:22Et donc,
- 52:22on va prévenir toutes les parties qui sont impliquées.
- 52:25L'équipage commercial,
- 52:26le contrôle aérien,
- 52:27la compagnie,
- 52:28les services de maintenance éventuellement.
- 52:30Et on va aussi informer les passagers.
- 52:32Et enfin,
- 52:33en permanence,
- 52:34on va contrôler si ce qu'on a mis en place...
- 52:38comme décision,
- 52:41comme action suite à la décision,
- 52:43nous amène vers l'objectif fixé.
- 52:45Et si à un moment donné,
- 52:46on se rend compte que ce n'est pas le cas,
- 52:47ou si à un moment donné,
- 52:48on se rend compte qu'il y a des faits supplémentaires,
- 52:50des éléments supplémentaires à prendre en compte,
- 52:53on va reprocéder au même processus de manière à adapter la décision.
- 53:00Alors,
- 53:00mais je me demande comment on arrive à suivre...
- 53:03Toutes ces étapes sont se tremper.
- 53:06Est-ce que vous avez un support visuel qui permet de suivre toutes ces étapes ou est-ce que vous les connaissez par cœur et ça se fait spontanément ?
- 53:13Comment ça se déroule ?
- 53:14Alors là,
- 53:16on va aborder une partie qui est relative à l'apprentissage de tout ça.
- 53:20Bien sûr,
- 53:22l'utilisation d'un outil comme le T4D,
- 53:23ça passe par un apprentissage,
- 53:25une formation.
- 53:26C'est-à-dire qu'il y a d'abord un apprentissage théorique,
- 53:30quelles sont les différentes étapes,
- 53:31même si des décisions…
- 53:33On en a pris toute notre vie,
- 53:35y compris dans les cockpits.
- 53:36Même avant que l'outil TFORDEC ne soit déployé,
- 53:40les pilotes prenaient des décisions.
- 53:42Mais le fait de les structurer de cette manière-là a démontré que la qualité des décisions prises était meilleure.
- 53:48Et donc,
- 53:49à force d'être formé de manière théorique et puis de pratiquer cet outil au simulateur,
- 53:55de pratiquer cet outil en situation réelle,
- 53:58on se l'approprie.
- 53:59C'est un acronyme qui est quand même simple.
- 54:01à retenir,
- 54:02t'efforder qu'une fois qu'on l'a en tête,
- 54:04on se souvient à quoi correspondent les différentes lettres.
- 54:08Et ce qui nous arrive de faire,
- 54:10ça va dépendre de la situation.
- 54:11Si on a une situation qui est extrêmement simple à résoudre,
- 54:15par exemple,
- 54:18ça m'est arrivé il y a quelques années,
- 54:20nous sommes alignés sur la piste à
- 54:22Orly, c'était un vol qui partait vers l'île de la Réunion,
- 54:25et au moment où nous nous alignons sur la piste,
- 54:28l'avion...
- 54:29qui venait de décoller devant nous annonce au contrôle aérien qu'un renard a traversé la piste au moment où il prenait le renvol.
- 54:36Et donc la question c'est,
- 54:37ce renard était-il toujours sur la piste ?
- 54:40Est-ce qu'éventuellement cet avion a percuté le renard et que le renard serait sur la piste mort ?
- 54:49avec un risque pour nous qui allons décoller de l'ingérer éventuellement dans un moteur.
- 54:55Et donc,
- 54:56rapidement,
- 54:57on a fait un foredeck.
- 54:58Donc,
- 54:59quels sont les faits ?
- 55:00Quelles sont les options ?
- 55:00Quels sont les risques et opportunités liés à chaque option ?
- 55:02La décision,
- 55:03ça a été,
- 55:07un autre avion a vu qu'il n'y avait pas eu,
- 55:09on a eu une information qui a influencé le foredeck,
- 55:12un autre avion a vu qu'il n'y avait pas eu d'impact,
- 55:15donc le renard,
- 55:16il n'y avait pas de renard mort sur la piste.
- 55:18La probabilité qu'il soit encore sur la piste après avoir été confronté à un avion qui passait au décollage juste à côté de lui était quand même très faible.
- 55:24Donc,
- 55:25ça nous a amené à prendre la décision de décoller.
- 55:28D'accord ?
- 55:28D'accord.
- 55:29Par contre,
- 55:30si on est dans une situation où on est en plein milieu de l'océan Atlantique et on a un passager qui est malade,
- 55:35et on doit évaluer si on peut continuer jusqu'à destination,
- 55:38ou alors si on doit dérouter vers un terrain,
- 55:40quel terrain va-t-on choisir,
- 55:41etc.
- 55:42Et que le terrain le plus proche,
- 55:43il est à deux heures de vol et que de toute façon,
- 55:45il est devant nous,
- 55:46donc on ne fera pas demi-tour dans tous les cas.
- 55:48On peut prendre le temps de faire un foredeck très approfondi pour essayer de prendre la décision la plus appropriée possible.
- 55:53Et dans ce cas-là,
- 55:54généralement,
- 55:55on s'appuie sur un support.
- 55:56Alors,
- 55:56on n'a pas de support qui est préformaté,
- 55:58mais on prend une feuille de papier sur laquelle on va noter quels sont les faits,
- 56:03les options,
- 56:03etc.
- 56:04pour essayer de construire la meilleure décision possible.
- 56:08En anglais,
- 56:08c'est pareil ?
- 56:09C'est les mêmes initiales ?
- 56:10Alors,
- 56:11le foredeck fonctionne en anglais aussi,
- 56:13mais il y a d'autres...
- 56:15Parce qu'on a FACTS.
- 56:16Options,
- 56:17Risks,
- 56:18Decision,
- 56:19Execution,
- 56:19Control.
- 56:20Donc,
- 56:20en anglais,
- 56:21FORDEC fonctionne aussi.
- 56:23Mais des compagnies anglo-saxonnes utilisent aussi le
- 56:25DODAR, donc T-DODAR,
- 56:28Time Diagnostic Options Decision
- 56:31Action Review.
- 56:32Donc,
- 56:32il y a différents acronymes qui ont été développés.
- 56:36Le principe de base reste le même.
- 56:38Très bien.
- 56:39Voilà,
- 56:40donc nous avons fait un petit peu le tour de la prise de décision.
- 56:47Nous avons un peu compris comment ça fonctionnait.
- 56:49Au final,
- 56:50on est vraiment soumis à un algorithme émotionnel qui nous pousse à la décision.
- 56:57Et c'est important de connaître ce fonctionnement-là,
- 57:00ces biais cognitifs,
- 57:01pour arriver à des prises de décision factuelles,
- 57:05pertinentes et surtout en commun.
- 57:08Merci Guillaume,
- 57:09merci pour ce chapitre.
- 57:11Au prochain,
- 57:11je te dis.
- 57:12À bientôt Imane.
- 57:17Mes chers amis,
- 57:18je vous remercie infiniment pour votre écoute attentive et pour vos retours encourageants.
- 57:26Continuez à suivre le podcast et à le partager pour élargir la communauté d'enquête d'accord.
- 57:34Je vous attends impatiemment au prochain épisode.
- 57:38A très bientôt les amis.