Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Cyberpsychologie: Quand l'IA simule le lien humain. Pierre-Henri Garnier n'est ni technophile ni technophobe.
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- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:14Un océan de signaux.
- 0:17Nous vivons saturés de signaux,
- 0:20notifications fluentes,
- 0:23et l'IA émerge comme un objet étrange qui impose un milieu psychoculturel nouveau.
- 0:33Je rencontre aujourd'hui...
- 0:35Pierre-Henri Garnier,
- 0:37psychologue clinicien et docteur en sciences de l'information.
- 0:42Son double regard sur les nouvelles technologies et de psychologues m'a permis d'explorer à ses côtés la place de l'IA dans la santé mentale ainsi que les craintes qu'elle suscite.
- 0:57Excellente écoute !
- 1:03Bonjour,
- 1:04Pierre-Henri Garnier.
- 1:05Je suis très heureuse de t'accueillir aujourd'hui,
- 1:09d'autant plus que tu viens de loin quand même,
- 1:11et je te remercie pour ça.
- 1:14Dans Enquête d'accord,
- 1:15tu as un profil avec une double casquette,
- 1:19je peux le dire.
- 1:21Tu es d'abord psychologue,
- 1:23tu es psychologue clinicien,
- 1:24tu travailles d'ailleurs dans la région de Nantes,
- 1:27à Rézé plus précisément peut-être ?
- 1:29Alors maintenant c'est au CHU de Nantes,
- 1:33C'est une antenne qui a Saint-Herblain en pédopsychiatrie,
- 1:36avec des ados.
- 1:37Ah,
- 1:37c'est pour ça ?
- 1:38Voilà.
- 1:38C'est pour ça ?
- 1:39C'est d'ailleurs comme ça que je t'ai contactée,
- 1:42parce que je m'intéressais à la psychologie des adolescents,
- 1:47notamment à l'effet des nouvelles technologies.
- 1:51Et comme c'était le domaine sur lequel tu écrivais et tu postais à ce moment-là,
- 1:59donc je t'ai contactée via LinkedIn.
- 2:01Et ce qui est intéressant,
- 2:03c'est qu'en plus de ton regard de psychologue,
- 2:07tu as aussi une formation et surtout un doctorat en communication.
- 2:12Alors,
- 2:13c'est un doctorat plus précisément en sciences de l'information et de la communication ?
- 2:17Oui,
- 2:17exactement.
- 2:18Et donc,
- 2:18ça te fait un double doctorat ?
- 2:20Non,
- 2:21c'est un doctorat en sciences de l'information et communication.
- 2:24Et à côté,
- 2:25l'aspect pratique clinique,
- 2:26je suis psychologue clinicien et formateur.
- 2:29Et formateur parce que…
- 2:31Tu es formateur à Hypnosia,
- 2:33c'est un centre de formation en hypnose sous la direction d'Antoine Bioy.
- 2:39Exactement.
- 2:41Et tu es aussi formateur en éducation thérapeutique ?
- 2:44Voilà,
- 2:45le ETP,
- 2:46c'est un domaine depuis 20 ans en santé,
- 2:48éducation thérapeutique du patient.
- 2:51Et l'idée,
- 2:52c'est que j'arrive à faire des liens entre tout ça.
- 2:55Mais les mots clés,
- 2:56c'est éducation numérique,
- 2:59hypnose…
- 3:00Alors,
- 3:00lien entre numérique et hypnose,
- 3:02on va en parler sans doute.
- 3:03J'adorerais !
- 3:05Comment nos écrans,
- 3:07finalement,
- 3:08captent notre attention ?
- 3:09Et il y a un effet peut-être d'hypnose,
- 3:13on verra,
- 3:13positive et négative.
- 3:15Oui,
- 3:16c'est ça qui m'a un petit peu interpellée ou ce qui m'a intéressée.
- 3:20Et pour ça que j'ai voulu qu'on échange aujourd'hui,
- 3:24c'est l'idée que la psychologie liée à toutes les nouvelles technologies
- 3:29technologie.
- 3:31C'est un sujet actuellement beaucoup abordé,
- 3:35un peu à la mode parce que c'est un sujet qui mobilise beaucoup d'interrogations,
- 3:43beaucoup de craintes et je voulais en parler avec toi,
- 3:46d'autant plus que les principales craintes concernent quand même nos adolescents et comme tu es directement...
- 3:54associé à la prise en charge d'adolescents au CHU de Nantes.
- 3:59D'où l'intérêt de cette petite conversation cet après-midi.
- 4:06J'avais envie de faire directement le lien avec quelque chose dont tu parles directement,
- 4:13c'est le transnumérisme.
- 4:15Et aussi à la cyberpsychologie.
- 4:18Il y a ces deux notions-là.
- 4:20La cyberpsychologie parce que j'ai envie...
- 4:23qu'on puisse la décrire,
- 4:26l'expliquer,
- 4:27expliquer à quoi elle s'intéresse,
- 4:29quels sont les enjeux et en quoi ça consiste.
- 4:33Et aussi pour finir,
- 4:35j'aimerais avoir ton regard sur les nouvelles technologies et ta conception du numérique jusqu'à ta philosophie et ta pensée concernant les nouvelles technologies appliquées à
- 4:50ta pratique.
- 4:52et ce qui t'a emmené directement au transnumérisme.
- 4:55Parce que j'ai cru comprendre que le numérique,
- 4:58c'était toutes les nouvelles technologies,
- 5:02le...
- 5:04Il y a le numérisme,
- 5:05c'est le fait de croire que c'est une idéologie et que ça peut résoudre tous les problèmes de la Terre.
- 5:11Et le transnumérisme,
- 5:13c'est le regard que tu essayes d'avoir,
- 5:15c'est-à-dire le numérique,
- 5:18il est là comme quelque chose qui peut être très utile si on sait bien l'appréhender.
- 5:25Mais il y a des enjeux et des risques qu'il faut connaître et pour lesquels il faut être lucide également.
- 5:32Je rajouterais juste sur le transnumérisme que vraiment l'idée de ce mot est venue en opposition au transhumanisme.
- 5:40Dont la figure la plus connue,
- 5:41c'est Elon Musk,
- 5:42par exemple,
- 5:42qui développe l'idée d'aller sur Mars,
- 5:45de faire de l'homme augmenté.
- 5:47Et le transnumérisme,
- 5:48c'est d'explorer qu'on n'a peut-être pas besoin d'augmenter l'homme,
- 5:51c'est plutôt de faire de la relation augmentée ou de la culture enrichie.
- 5:56Et de tolérer la condition humaine,
- 5:58la vulnérabilité humaine.
- 6:01pourra développer,
- 6:01mais c'est vraiment cette approche opposée au transhumanisme.
- 6:05On peut développer,
- 6:07oui,
- 6:08bien sûr.
- 6:09Le transnumérisme,
- 6:12actuellement,
- 6:12si tu veux en parler...
- 6:14Rien avec la cyberpsychologie,
- 6:15mais on peut la décréer.
- 6:17Mais déjà,
- 6:18je pense pour les auditeurs,
- 6:19un petit repère intéressant,
- 6:21c'est de distinguer les outils numériques ou les cultures numériques et de l'idéologie,
- 6:27justement,
- 6:27ce que tu précisais,
- 6:29quasi religieuses.
- 6:30C'est Hervé Fischer,
- 6:32un auteur,
- 6:32et puis Vaillancourt qui ont travaillé de montrer que dans le discours par exemple des médias,
- 6:38des GAFA,
- 6:39etc.,
- 6:40il y a quelque chose de l'ordre du religieux et d'une idéologie,
- 6:43d'une volonté de dépassement de l'humain,
- 6:46de forme de spiritualité,
- 6:49techno-spiritualité.
- 6:51Et donc,
- 6:53distinguons le numérique et le numérisme.
- 6:56Et
- 6:57Le transnumérisme,
- 6:58c'est transpercer,
- 6:59traverser.
- 7:00C'est peut-être d'en faire,
- 7:02par exemple,
- 7:03par rapport aux nouvelles technologies et puis aux réseaux sociaux ou à tout ce qui est,
- 7:07on va dire,
- 7:08ce qu'on utilise,
- 7:09chat GPT.
- 7:11Tous les outils qu'on utilise au quotidien viennent quand même de cette économie conçue numériste,
- 7:18justement.
- 7:19C'est des outils de consommation.
- 7:21Mais c'est d'aller creuser un peu si derrière,
- 7:23il n'y avait pas un sens plus profond aussi.
- 7:26que derrière ces outils-là,
- 7:28derrière ce discours,
- 7:29il y a peut-être des choses très profondes qui s'expriment à travers nos usages.
- 7:35Notamment des mythes,
- 7:36des archétypes,
- 7:38du sens,
- 7:38quelque chose de plus existentiel.
- 7:40Qu'est-ce qui fait qu'un ado en crise,
- 7:43pour être très concret,
- 7:44se met à surinvestir son téléphone ?
- 7:48Qu'est-ce qui représente le téléphone ?
- 7:50Il y a quelque chose d'une recherche,
- 7:51d'une quête,
- 7:53j'ose dire spirituelle ?
- 7:55qui n'aboutit pas forcément sur de la ressource,
- 7:59qui peut être mortifère,
- 8:01une forme d'aliénation.
- 8:02Comme dit
- 8:04Hartmut Rosa,
- 8:05un sociologue allemand,
- 8:06qui travaille sur cette notion de résonance.
- 8:09Mais voilà,
- 8:10tu me dis si c'est clair.
- 8:14Pour qu'on puisse vraiment savoir où on va et de quoi on va parler ?
- 8:20Là,
- 8:20il est question de cyberpsychologie.
- 8:23On peut la définir ?
- 8:24On peut expliquer c'est quoi la cyberpsychologie ?
- 8:26Parce que toi,
- 8:27tu es un peu à ce niveau.
- 8:29Tu es entre la psychologie et les nouvelles technologies.
- 8:33Alors cyber,
- 8:34pour nos auditeurs,
- 8:36c'est le gouvernail cyber en théorie de l'information.
- 8:40C'est la cybernétique.
- 8:42Et c'est l'idée de tout ce qui peut représenter aujourd'hui ces technologies de l'information.
- 8:48Et donc cyberpsychologie,
- 8:50ce qui est un peu flou dans la définition,
- 8:53c'est que ce n'est pas forcément la psychologie du cyber,
- 8:56puisque le cyber n'a pas de psychisme.
- 8:59Quoique,
- 9:00mais c'est l'idée de croiser l'interaction entre notre psychisme et puis dans son rapport à la technologie.
- 9:08Donc les interactions.
- 9:10Très concrètement,
- 9:10l'objet d'étude,
- 9:11ça va être nous,
- 9:12êtres humains,
- 9:13quand on utilise notre smartphone,
- 9:16qu'est-ce qui se passe sur le téléphone ?
- 9:17plan psychologique.
- 9:19On pourra même s'intéresser,
- 9:21si les auditeurs nous suivent,
- 9:23sur le psycho-culturel,
- 9:24c'est-à-dire de sortir de l'idée que j'ai mon psychisme à moi,
- 9:28qu'il est purement individuel,
- 9:30il est aussi en lien avec la culture.
- 9:32Et quand j'utilise mon smartphone,
- 9:34je dis quelque chose d'une relation à la culture aussi.
- 9:40D'accord.
- 9:40Donc j'entends que l'usage des nouvelles technologies...
- 9:46va modifier et notre rapport personnel,
- 9:49c'est-à-dire nous,
- 9:50notre conception de nous-mêmes,
- 9:52va modifier nos rapports entre nous.
- 9:54Donc il y a des impacts personnels et sociaux.
- 9:56Et la cyberpsychologie s'intéresse aux effets des nouvelles technologies sur l'attention,
- 10:03sur notre cognition,
- 10:06notre attention,
- 10:08nos relations,
- 10:09nos interactions humaines.
- 10:11Quoi encore ?
- 10:12Qu'est-ce qui peut se jouer dans cette influence ?
- 10:15Déjà,
- 10:16peut-être expliquer la cognition rapidement,
- 10:18mais c'est vraiment tout ce qui nous permet de traiter l'information au niveau presque de l'esprit humain.
- 10:25Et donc il y a la mémoire,
- 10:27l'attention,
- 10:28la perception.
- 10:30Et pour aller plus loin que cette boîte de cognition,
- 10:33c'est pour ça qu'on parle de psycho-culturel ou de socio-cognitif,
- 10:37et qu'il y a la dimension justement plus narrative.
- 10:43On parle d'information,
- 10:45j'ai dit.
- 10:46Il y a la signification.
- 10:47Et en fait,
- 10:48dans l'usage,
- 10:49ça prend une autre signification.
- 10:53Ça s'inscrit dans la culture.
- 10:55Pour illustrer et être moins abstrait,
- 10:57je propose de reprendre l'exemple des ados qui vont...
- 11:02C'est un mystère pour les boomers.
- 11:07C'est de les voir en soirée ensemble et ils partagent à un moment chacun sur leur portable.
- 11:13Alors,
- 11:13est-ce qu'ils partagent grand chose ?
- 11:14Peut-être que oui,
- 11:15peut-être que non.
- 11:16Mais dans leur pratique,
- 11:19cet acteur,
- 11:19le smartphone,
- 11:21tisse la culture,
- 11:25mais aussi les identités.
- 11:27Et aujourd'hui,
- 11:28on parle d'identité numérique.
- 11:31La cyberpsychologie va essayer de comprendre comment ça se tisse,
- 11:35comment se construit cette identité numérique.
- 11:38J'amènerais ça comme ça,
- 11:39mais c'est peut-être limité.
- 11:41Non,
- 11:41c'est ça.
- 11:43Il y a la construction du self en ligne.
- 11:46Donc chacun,
- 11:48qu'est-ce qu'il est quand il est connecté ?
- 11:51Et cette dissociation entre le soi quand on est tout seul et le soi quand on se présente via les réseaux sociaux.
- 11:59Et il y a cette histoire des avatars,
- 12:02des filtres,
- 12:04de tout ce qui nous modifie.
- 12:08au niveau du lien qu'on a avec les autres via cette interface.
- 12:15Et ça,
- 12:15je trouve utile pour les...
- 12:17S'il y a des parents qui nous écoutent ou de...
- 12:21Moi,
- 12:22je découvre à quel point c'est une culture.
- 12:25Il y a un jeu dans cette nouvelle génération autour des masques.
- 12:28Les avatars,
- 12:29c'est finalement des masques et on présente.
- 12:31Donc il y a une sorte de paradoxe.
- 12:35C'est-à-dire que je perds le contrôle ?
- 12:37puisque ça se diffuse sur les réseaux sociaux,
- 12:39mais je contrôle quand même mon avatar.
- 12:41Donc,
- 12:41je fais diffuser mon masque,
- 12:43mais ce n'est pas véritablement moi.
- 12:45Ah oui,
- 12:45d'accord.
- 12:45Et je joue.
- 12:46Donc,
- 12:46il y a un espace de jeu quand ça fonctionne bien.
- 12:49Je vais bien préciser,
- 12:50c'est-à-dire quand l'ado arrive à symboliser,
- 12:54à faire une relation de jeu avec ses symboles,
- 12:58ça peut être vraiment intéressant et ressource.
- 13:01Il joue à montrer des identités et ce n'est pas forcément son identité.
- 13:06où ça devient problématique,
- 13:08c'est quand le masque se confond avec,
- 13:12on pourrait dire,
- 13:13l'identité plus authentique et surtout tout ce qui est autour de l'intimité.
- 13:18Et je pense à Serge Tisseron,
- 13:19un psychiatre qui travaille et qui est pionnier en France,
- 13:22et on le remercie avec Frédéric Tordeau,
- 13:24deux pionniers de la cyberpsychologie,
- 13:27qui pointent ce concept d'extimité,
- 13:30j'aime bien.
- 13:30Il y a l'intimité et il y a l'extimité,
- 13:33comme si c'était deux faces de l'identité.
- 13:36Et vous voyez où je veux en venir ?
- 13:38Il y a la question de l'éducation,
- 13:42mais aussi comment on observe ces phénomènes.
- 13:45Comment les ados créent de la culture et comment finalement apprendre à jouer avec les masques dans la société pour exister,
- 13:55pour avancer.
- 13:56Et ils ont des choses à nous dire,
- 13:57les ados,
- 13:58je découvre ça.
- 13:59Mais aussi l'adulte a des choses,
- 14:01des mises en garde et des...
- 14:04des compétences à transmettre dans l'art de jouer avec ces masques.
- 14:09On le voit chez les youtubeurs,
- 14:10comment ils arrivent à se créer des identités différentes,
- 14:14à se protéger en mettant des filtres,
- 14:17en jouant des personnages.
- 14:18C'est un grand théâtre.
- 14:19Quand ça reste du théâtre ?
- 14:21D'accord.
- 14:21C'est-à-dire qu'une fois qu'on a compris qu'il y a une distance à avoir par rapport à tout ça,
- 14:26la juste distance à avoir et que c'est un jeu de rôle et pas...
- 14:32pas s'identifier complètement à ça,
- 14:34ça reste un jeu possible.
- 14:37Oui,
- 14:37je vais donner un exemple très clair pour les parents.
- 14:40Que se passe-t-il si vous voyez votre enfant,
- 14:42je ne sais pas,
- 14:4216-17 ans par exemple,
- 14:45un grand ado qui poste des photos sur Insta,
- 14:51un peu sexualisé,
- 14:53une sorte de mise en scène ?
- 14:55C'est là qu'on ne peut pas faire l'économie de la communication,
- 14:58de dialoguer sur la signification.
- 15:00Quelle signification a ton poste,
- 15:03cher ado ?
- 15:04Qu'est-ce que tu souhaites véhiculer pour décoder ?
- 15:08Parce que ça dépend de...
- 15:10Si c'est une forme d'humour ou une manière aussi de montrer sa féminité,
- 15:14de séduire,
- 15:15et c'est des codes,
- 15:16tout est OK.
- 15:17Mais on ne peut pas faire l'économie du dialogue entre générations.
- 15:24Et c'est peut-être ça qui peut...
- 15:25pêche notamment,
- 15:27c'est que ça va tellement vite l'évolution technologique.
- 15:30Il y a un fossé générationnel et on est vite perdu en tant qu'adulte pour comprendre et décoder.
- 15:36Ça veut dire qu'il manque sans doute dans notre société des traducteurs,
- 15:41des médiateurs qui permettent de mieux comprendre.
- 15:43Les adolescents ?
- 15:44Les adolescents,
- 15:45leur culture.
- 15:46Là,
- 15:46on est des fois dans les médias,
- 15:48on voit qu'il faut comprendre les ados comme si c'était justement sur le plan psychologique.
- 15:53On risque,
- 15:53nous adultes,
- 15:54d'être un peu intrusifs dans leur...
- 15:56Mais c'est de comprendre en fait leur culture et comprendre,
- 15:59c'est peut-être déjà aussi la valoriser,
- 16:01valoriser aussi ce qui fonctionne.
- 16:03Moi,
- 16:03je...
- 16:04On peut parler à titre personnel ?
- 16:06Papa d'une allumine de 13 ans qui maintenant regarde de temps en temps avec sa fille les youtubeurs,
- 16:14donc
- 16:15Squeezie, Michou,
- 16:16etc.
- 16:17Je regarde et je découvre que c'est très complexe et qu'il y a comme on dit,
- 16:22il y a à boire et à manger mais il y a aussi des choses très intéressantes et finalement j'ai envie de dire des valeurs humaines assez universelles et
- 16:33ils peuvent s'exprimer aussi à travers ces médias.
- 16:35Donc,
- 16:35il ne faut pas idéaliser,
- 16:37il y a de tout.
- 16:39Mais d'apprendre à l'ado à questionner,
- 16:41à trier,
- 16:42ça implique quand même nous adultes de mettre...
- 16:45d'aller s'y intéresser.
- 16:47Je prends cet exemple des vidéos YouTube,
- 16:49mais ça peut être aussi les jeux vidéo.
- 16:51Ça vaut le coup pour avoir eu ma période sans jouer.
- 16:57J'ai joué un peu,
- 16:57mais regarder mes enfants jouer à Zelda,
- 17:01c'est fabuleux.
- 17:02mais aussi à Fortnite ou à Minecraft et de comprendre,
- 17:05d'essayer de poser des questions.
- 17:07Alors on passe pour le vieux,
- 17:09mais ça fait partie du jeu aussi de la transmission générationnelle de sagesse justement en disant aider le jeune à trier ce qui peut être addictif,
- 17:19moins addictif.
- 17:20On va parler de ce qui peut être résonant en sociologie et ce qui peut être aliénant d'aider à trier le poison et le remède.
- 17:28C'est-à-dire qu'au fait tu dis qu'il faut quand même s'approcher de la
- 17:32la culture de nos ados,
- 17:34d'essayer de comprendre un petit peu leur vécu et de vivre la même chose qu'eux.
- 17:39Parce que le fossé,
- 17:41déjà,
- 17:43le langage de l'ado est tellement différent et il se différencie par rapport à l'enfant qu'ils étaient et tout d'un coup,
- 17:50ils se transforment.
- 17:51Il n'est pas encore celui de l'adulte.
- 17:53Leurs priorités ne sont absolument pas ni ceux de l'enfant ni ceux de l'adulte.
- 17:58leurs codes et leurs cultures,
- 18:00en plus,
- 18:01nous est inaccessible.
- 18:02Alors si on rajoute à ça les technologies qui sont galopantes et qu'on ne maîtrise plus,
- 18:09ça élargit encore davantage le fossé de ce que je comprends.
- 18:13Exactement,
- 18:14et j'ai une métaphore.
- 18:16C'est la forêt amazonienne luxuriante qui se développe,
- 18:20ça devient une jungle,
- 18:22c'est la folie.
- 18:23Et on a des sages et des chamanes
- 18:27qui restent dans leurs cases et qui laissent leurs enfants déambuler dans la forêt.
- 18:32Et il y a des fruits magnifiques,
- 18:34des fruits ressources,
- 18:35des remèdes fabuleux.
- 18:37Mais il y a aussi du poison,
- 18:39des dangers,
- 18:39des risques de harcèlement,
- 18:41des risques d'abus,
- 18:42etc.
- 18:43Et il y a aussi des médiateurs,
- 18:45il y a des grands frères.
- 18:48Mais l'idée c'est que même les anciens,
- 18:50les chamanes puissent aussi visiter cette forêt
- 18:55et donner leur enseignement sur ce qui est poison,
- 18:58ce qui est remède.
- 18:59Pour que les jeunes puissent explorer ces nouveaux territoires,
- 19:04parce que c'est leur monde.
- 19:06C'est clair qu'ils l'habitent et ils développent des choses fabuleuses aussi.
- 19:12Alors,
- 19:12ce que tu dis résonne tout à fait avec le rapport qui est sorti de l'ANAS hier au sujet...
- 19:22de ce qu'on faisait par rapport aux effets cognitifs qu'on sait des réseaux sociaux et l'usage des réseaux sociaux chez les adolescents.
- 19:33Parce que,
- 19:35tout simplement,
- 19:36on a des inquiétudes et des études ont beaucoup démontré...
- 19:41Alors,
- 19:41pas toutes,
- 19:42il y a des choses qui sont nuancées,
- 19:43mais beaucoup d'études ont parlé de l'effet cognitif des réseaux sociaux,
- 19:48à savoir tout ce qui...
- 19:51agit sur la mémoire,
- 19:52sur l'attention,
- 19:53sur l'impulsivité,
- 19:54l'augmentation de l'anxiété,
- 19:56de la dépression,
- 19:57la sédentarité,
- 19:58le sommeil.
- 19:58Tout ça,
- 19:59c'est...
- 20:00Santé globale impactée.
- 20:01Santé globale,
- 20:02santé mentale qui est bien éditée,
- 20:04surtout chez les ados a priori de 9-13 ans.
- 20:07Et c'est exponentiel à l'usage des réseaux sociaux.
- 20:12On parle d'un usage important à partir de 3 heures par jour.
- 20:20passent entre une heure et cinq heures par jour devant les réseaux sociaux.
- 20:25Donc,
- 20:25c'est beaucoup.
- 20:26Les filles sont un petit peu plus vulnérables comparées aux garçons.
- 20:32Donc,
- 20:33l'idée actuellement,
- 20:34c'est de ne pas interdire.
- 20:36C'est dans le sens de ce que tu dis,
- 20:37c'est pour ça que j'en parle.
- 20:39Ce n'est pas interdire les réseaux sociaux aux enfants,
- 20:42c'est de les accompagner,
- 20:44d'éduquer,
- 20:44de sensibiliser et les parents et les plus jeunes aussi
- 20:48pour traverser cette jungle amazonienne que tu décris.
- 20:51de manière la plus saine possible.
- 20:55Et en entendant ça,
- 20:55je me dis qu'il y a quand même un thème qui est lié aussi pour moi à l'intention des producteurs de contenu.
- 21:05C'est aussi qu'il y ait de la régulation,
- 21:07qu'il y ait de la loi,
- 21:08qu'il y ait du cadre qui empêche aussi des...
- 21:14des contenus violents,
- 21:16etc.
- 21:17Je ne suis pas en train de développer l'idée que…
- 21:19C'est possible ça la régulation ?
- 21:21C'est ça,
- 21:22moi je n'ai pas la connaissance et les clés à mon niveau,
- 21:26mais en tant que citoyen,
- 21:27je souhaite quand même qu'il y ait le moins possible de contenus inadaptés dans cet espace Internet,
- 21:37sauf que c'est un peu naïf,
- 21:38on voit bien que ça se diffuse.
- 21:40C'est surtout que ce n'est pas en France que ça se passe.
- 21:43Je veux dire,
- 21:44ça se passe en Chine,
- 21:45ça se passe aux États-Unis.
- 21:46La régulation est compliquée.
- 21:49Il y a eu,
- 21:50avec tous les sites pornographiques,
- 21:52une tentative de régulation.
- 21:53Je ne sais pas,
- 21:54je n'ai pas assez d'éléments.
- 21:56Mais j'ai l'impression que de toute façon,
- 21:58la jungle pousse un peu partout et ça contourne.
- 22:01Et puis nos jeunes ne pourront jamais être protégés totalement comme un écran total ou quelque chose qui...
- 22:11La seule loi qu'on a,
- 22:13c'est la loi de la majorité numérique qui stipule qu'un ado...
- 22:20Enfin,
- 22:21avant 15 ans.
- 22:22Il me semble que la majorité numérique,
- 22:24c'est 15 ans.
- 22:26Un ado est obligé d'avoir l'accompagnement parental pour s'inscrire.
- 22:31Concrètement,
- 22:31je ne sais pas si c'est ça au fait qu'il se passe.
- 22:35Quand je vois les...
- 22:37Quand je vois les smartphones de nos ados et des ados en général,
- 22:40ils ont déjà tous les sites bien avant 15 ans.
- 22:44Et puis,
- 22:45sans critiquer,
- 22:46une deuxième critique quand même de la société de consommation,
- 22:49mais sociologiquement,
- 22:50on sait qu'il y a quand même des liens entre ce que j'appelle le conçu numérisme,
- 22:55c'est-à-dire l'intention aussi.
- 22:56Si on considère que nos ados sont des produits de consommation,
- 23:01des consommateurs,
- 23:02si on considère que nos ados ont un cerveau...
- 23:06Le but du jeu,
- 23:06c'est de capter au maximum leur intention.
- 23:10C'est peut-être ça une source aussi du problème.
- 23:13Donc,
- 23:13il faut être sur tous les niveaux,
- 23:15mais ne pas évacuer le niveau qui me paraît,
- 23:18moi,
- 23:18le plus efficace que je vois sur le terrain avec les ados au CHU de Nantes.
- 23:23Un micado,
- 23:24c'est quand même développer l'esprit critique,
- 23:28de les amener par l'éducation à se poser les bonnes questions et à s'équiper,
- 23:32à sortir d'une position...
- 23:35naïve,
- 23:38l'espace numérique est devenu une jungle,
- 23:41une jungle fabuleuse mais dangereuse.
- 23:44Et nos jeunes peuvent développer des compétences et ont des compétences.
- 23:49C'est là qu'on les écoute en fait,
- 23:50on découvre qu'ils ont développé des sagesses,
- 23:53des stratégies pour aussi se protéger.
- 23:56Et j'ai envie de dire que c'est comment on arriverait aujourd'hui à le...
- 24:00à mieux l'évaluer et à encourager ses compétences.
- 24:05Pour ça,
- 24:05je parle d'éducation,
- 24:07d'éducation thérapeutique,
- 24:08mais les patients ou les ados sont acteurs aussi du monde qu'ils sont en train de construire.
- 24:14On ne va pas pouvoir les surprotéger.
- 24:16Par contre,
- 24:16de zoomer sur des cas précis d'ados,
- 24:20comme on a fait en…
- 24:22Vous avez peut-être entendu parler de la psychologie positive,
- 24:24par exemple.
- 24:24La psychologie positive,
- 24:25c'est intéresser aux cas positifs,
- 24:28à ceux qui arrivent à…
- 24:29qui sont par exemple résilients,
- 24:31etc.
- 24:31Donc ça peut être utile de s'intéresser aussi aux compétences de ces ados-là,
- 24:37ceux qui parviennent aussi et qui pourraient expliquer aux autres ados comment faire pour gérer un harcèlement en ligne,
- 24:43etc.
- 24:44Intéressant.
- 24:45Alors je voulais parler de la cyberpsychologie et la santé mentale de façon précise parce que là c'est un domaine immense,
- 24:53j'ai découvert.
- 25:00certains adultes aussi par rapport à l'intelligence artificielle c'est un mot qui veut tout dire et rien dire d'abord on peut s'intéresser à l'IA générative au LLM de base par exemple ChatGPT a
- 25:17priori l'usage comme chatbot conversationnel est devenu de plus en plus fréquent,
- 25:24c'est-à-dire que comme la solitude
- 25:29on peut le dire,
- 25:30est devenu épidémique.
- 25:32L'isolement.
- 25:33la dépression,
- 25:34l'anxiété sont en augmentation dans nos sociétés.
- 25:38Ce qui fait que depuis l'avènement de ChatGPT et autres
- 25:42LLM, les personnes et les ados,
- 25:45toutes les personnes vulnérables et qui peuvent rechercher des liens sociaux,
- 25:50peuvent se tourner vers des chatbots conversationnels et des LLM qui ne sont pas à la base dressés pour ça ni configurés pour ça.
- 25:58Et donc d'où les inquiétudes ?
- 26:01On s'inquiète parce qu'on a le vécu par rapport aux réseaux sociaux,
- 26:07on a quand même des inquiétudes justifiées.
- 26:11Et on se dit,
- 26:13est-ce que
- 26:14Tchadjepeté peut être notre copain ?
- 26:16Est-ce qu'il peut remplacer le lien social ?
- 26:18Non,
- 26:19je dis non.
- 26:20De ce que j'observe par rapport à mes constats cliniques,
- 26:24c'est...
- 26:25voilà,
- 26:25on parlait de danger,
- 26:26c'est dangereux.
- 26:27Le substitut de la relation...
- 26:30Cette illusion de...
- 26:33c'est un simulacre,
- 26:34dit Baudrillard,
- 26:35un philosophe.
- 26:39C'est clairement un simulacre et il faut dénoncer.
- 26:45Et ça ne veut pas dire qu'on ne va pas l'utiliser,
- 26:46mais comme un simulacre,
- 26:48comme un masque,
- 26:49comme quelque chose,
- 26:50ça peut être utilisable dans un autre espace,
- 26:53mais jamais,
- 26:54pour moi,
- 26:54dans ma pratique,
- 26:55jamais dans une situation de solitude.
- 26:59Si une société comme la nôtre propose à nos ados,
- 27:03par rapport à leur souffrance,
- 27:05un temps sur un chatbot,
- 27:06uniquement ça,
- 27:07waouh !
- 27:09Il est temps qu'on se réveille.
- 27:10Franchement,
- 27:11et là je fais référence à la science-fiction,
- 27:13à des films comme
- 27:15Heure ou comme la série
- 27:18Black Mirror qui nous informe.
- 27:20Donc il faut qu'on écoute ces messages-là.
- 27:22C'est délirant,
- 27:24on est en pleine aliénation si on laisse tourner un ado seul
- 27:28et que nous,
- 27:28adultes,
- 27:28on délègue à une machine.
- 27:31On est responsable de cette transmission.
- 27:34C'est l'histoire de l'humanité aussi,
- 27:36de pouvoir enseigner,
- 27:37transmettre aux autres générations.
- 27:39Donc,
- 27:39de déléguer ça à une machine,
- 27:40non.
- 27:42Après,
- 27:43j'ai fait l'expérience et je pense à un collègue aussi,
- 27:46comme
- 27:47Nicolas Jau,
- 27:48qui est infirmier,
- 27:48musicothérapeute et qui travaille aussi notamment en soins palliatifs à Saint-Nazaire.
- 27:54Et on expérimente l'utilisation du chatbot
- 27:57mais comme un dispositif théâtral.
- 27:59C'est-à-dire qu'on en fait un acteur,
- 28:01et vous avez le thérapeute,
- 28:03le patient et le chatbot,
- 28:05et on s'amuse à le critiquer,
- 28:06le chatbot,
- 28:07et à lui poser des questions.
- 28:08Vous voyez la différence ?
- 28:10C'est qu'on en fait une médiation,
- 28:12et on ne laisse pas l'ado ou l'adulte même,
- 28:15seul avec sa souffrance,
- 28:17dans un imaginaire,
- 28:18une illusion de contrôle que la machine pourrait être l'oracle,
- 28:22pourrait être l'archétype du sauveur.
- 28:27Tous les auteurs,
- 28:28je pense à Bernard Stiegler,
- 28:30Art Moutrosa,
- 28:31j'en parlais tout à l'heure,
- 28:32mais à d'autres nous disent que c'est...
- 28:36Baudrillard,
- 28:36par exemple,
- 28:37nous dit que ça,
- 28:38c'est clairement dangereux et...
- 28:42C'est dangereux,
- 28:44tout simplement.
- 28:45Alors du coup,
- 28:46ce que j'ai trouvé,
- 28:47c'est que...
- 28:48Enfin,
- 28:48ce que j'ai trouvé,
- 28:49ce que j'ai vécu aussi,
- 28:50c'est qu'il est très validant le chatbot GPT.
- 28:53C'est qu'au fait,
- 28:54il vous caresse dans le sens du poil,
- 28:56il vous dit que vous êtes merveilleux et ce que vous dites est vrai.
- 28:59Dans la grande majorité des cas,
- 29:01s'il y a pas d'altérité,
- 29:03c'est ça que je veux dire.
- 29:05Il n'y a pas de relation,
- 29:06il n'y a pas d'altérité.
- 29:06Quand je t'entends,
- 29:08j'ai l'image et la sagesse ancestrale du...
- 29:11miroirs,
- 29:12robots-miroirs,
- 29:13ou du mythe de Narcisse.
- 29:14Donc ça,
- 29:15c'est tout bête,
- 29:16mais nous adultes,
- 29:17on le sait maintenant,
- 29:18c'est comment on le transmet cette sagesse-là aux jeunes ?
- 29:20En disant que tu ne te fais pas berner.
- 29:22Mais la bonne nouvelle,
- 29:23dans les ados que je vois pourtant des ados en crise,
- 29:26c'est qu'il y a des ados qui ne sont pas dupes.
- 29:28Il y a des ados qui pourraient même créer une culture parfois même anti-IA ou une culture où ça pourrait,
- 29:39en termes simples,
- 29:40être très ringard de se laisser berner par un chatbot.
- 29:44Donc,
- 29:45ce que je ressens,
- 29:46c'est qu'il y a des intentions.
- 29:48On est dans la jungle.
- 29:49Il y a des intentions conçues numéristes qui veulent être...
- 29:52Eh bien,
- 29:52si on mettait nos ados et le cerveau de nos ados sous algorithme comme ça,
- 29:59l'enjeu,
- 30:00c'est que ça permet de recueillir des datas.
- 30:02Et puis après,
- 30:03on peut faire tourner tout un business.
- 30:05C'est-à-dire que c'est de la donnée ultra sensible.
- 30:07De la donnée ultra sensible.
- 30:08C'est-à-dire que ce sont des gens qui sont fragiles,
- 30:10manipulables et on récupère leurs données.
- 30:14Ça veut dire que si on est mal intentionné,
- 30:16on peut en faire ce qu'on veut.
- 30:18On peut en faire ce qu'on veut.
- 30:19Et puis l'enjeu,
- 30:20c'est qu'on passe d'une économie de l'attention à une économie de l'intention.
- 30:24C'est-à-dire qu'on peut prédire,
- 30:26prévoir les désirs.
- 30:29Alors là,
- 30:29c'est vraiment au niveau marketing,
- 30:32au niveau commercial,
- 30:33c'est fabuleux.
- 30:33on peut devancer les désirs de nos consommateurs.
- 30:41C'est dangereux.
- 30:42Alors,
- 30:42quand on a des délires,
- 30:44des distorsions,
- 30:45Chadji Petit,
- 30:46la LLM de base qui n'est pas éduquée pour accompagner,
- 30:51il va renforcer les délires et les distorsions ?
- 30:54Eh oui,
- 30:54parce que rapidement,
- 30:57mais on parle de modèles.
- 30:58Donc,
- 30:58c'est LLM,
- 31:00là,
- 31:00on entend parler de ça,
- 31:04qui sont entraînés sur des données.
- 31:06Et donc,
- 31:07si on a mis des données biaisées,
- 31:10comme on dit,
- 31:11on a tout le biais qui se répercute.
- 31:13Et puis,
- 31:13comme un écho,
- 31:15en fait,
- 31:15je trouve utile la métaphore de l'écho.
- 31:17C'est-à-dire qu'à un moment donné,
- 31:20par exemple,
- 31:21je suis ado,
- 31:23je suis en plein malaise,
- 31:24je me scarifie,
- 31:25je vais demander des conseils sur la scarification.
- 31:28Si la machine est mal programmée,
- 31:31on peut dire qu'elle va renforcer...
- 31:33la bulle,
- 31:34jusqu'à une évidence qui est que,
- 31:37comme on a vu aux Etats-Unis,
- 31:39c'est la solution devient même le suicide.
- 31:41On est en plein délire.
- 31:44La violence,
- 31:44c'est-à-dire il y a des ados qui ont tué des parents ou des choses comme ça.
- 31:48Idées renforcées par ChatGPT.
- 31:51Donc pour utiliser...
- 31:53J'ai fait des tests même récemment avec ChatGPT.
- 31:56Aujourd'hui,
- 31:56ils ont des filtres mais je vois aussi dans des postes qu'il y a toujours possibilité de contourner les filtres,
- 32:02etc.,
- 32:02Ce que je voulais dire,
- 32:03c'est que les chatbots génératifs,
- 32:07les IA génératifs,
- 32:09c'est comme ça qu'on les appelle ?
- 32:13Notamment ChatGPT,
- 32:13où je dis ça parce que je ne connais que ça,
- 32:15mais toutes les autres.
- 32:17ChatGPT,
- 32:17pour citer plusieurs marques.
- 32:18J'ai mis Hiplod,
- 32:20Mistral,
- 32:21voilà.
- 32:22Donc tout ça,
- 32:22ce n'est pas conçu pour la thérapie,
- 32:25on est d'accord.
- 32:26Donc a priori,
- 32:28on peut avoir des inquiétudes et on ne peut pas…
- 32:32on devrait être vigilant à son usage comme chatbot conversationnel dans des moments de fragilité pour rechercher le lien social,
- 32:43pour rechercher le réconfort.
- 32:44Parce qu'effectivement,
- 32:46ça apaise les premiers signes d'anxiété.
- 32:49Le problème,
- 32:50c'est qu'à long terme,
- 32:51ça les aggrave parce que ça augmente l'externalisation de la décision,
- 32:58par exemple.
- 32:59On cherche...
- 33:01on cherche la solution ailleurs qu'en nous-mêmes.
- 33:05Aucun thérapeute ne fait ça.
- 33:06Voilà,
- 33:07c'est ce que j'ai envie de dire,
- 33:08c'est que c'est peut-être même un abus le terme d'intelligence.
- 33:11Déjà,
- 33:12c'était un premier abus,
- 33:13il n'y a pas véritablement d'intelligence.
- 33:16Et là,
- 33:17on vient parler de psybot ou de chatbot thérapeutique.
- 33:21Mais le mot thérapeutique,
- 33:24il n'est peut-être pas adapté parce que pour l'instant,
- 33:26de ce que j'ai observé quand...
- 33:29Sur ChatGPT,
- 33:30c'est plutôt du conseil.
- 33:32On va donner de l'information et du conseil.
- 33:35Et la thérapie,
- 33:36la plupart du temps,
- 33:37c'est de faire émerger,
- 33:39d'aider la personne à accoucher de sa solution.
- 33:41Ce n'est pas de donner des conseils.
- 33:43Donc,
- 33:44c'est cette altérité qui manque dans le chatbot.
- 33:47Il y a une pseudo-altérité,
- 33:49mais en fait,
- 33:49ça donne des conseils.
- 33:53Alors,
- 33:53ça peut être utile,
- 33:54mais utile pour moi quand c'est déjà imbriqué dans une relation.
- 34:00Donc,
- 34:01l'usage concret,
- 34:03c'est par exemple un psychologue
- 34:04qui va utiliser ChatGPT ou une IA.
- 34:08C'est même mieux s'il développe son IA.
- 34:11Par exemple,
- 34:11moi dans ma pratique,
- 34:13j'ai une pratique aussi de développement informatique et je suis en train de créer le psychographe.
- 34:20Et
- 34:21Cosmoji, c'est un outil qui permet de construire des promptes pour un support type Rorschach,
- 34:29un peu de projectif comme on dit,
- 34:30d'image projective.
- 34:31Je vais utiliser l'IA pour faire de la projection
- 34:34Et pas du tout du conseil.
- 34:37Qu'est-ce que c'est la projection ?
- 34:40Par exemple,
- 34:41tu déposes comme un journal intime ton vécu,
- 34:44je me sens anxieuse,
- 34:45etc.
- 34:46Et l'IA va te proposer une image,
- 34:50mais pas un conseil,
- 34:51une image qui va être suffisamment large,
- 34:53par exemple d'un océan avec un bateau.
- 34:57Et le thérapeute,
- 34:58lui,
- 34:58récupère l'image avec son patient et vont utiliser ça comme médiation,
- 35:02comme support.
- 35:03on parle aussi de photolangage donc moi je développe ça ça pourrait être aussi à transmettre aux auditeurs,
- 35:10ça s'appelle le psychographe post-moji tu reviendras pour nous mais un outil de médiation c'est vraiment comment ça peut devenir un outil de médiation et attention au chatbot qui donne des réponses et comme tu l'as dit qui va externaliser,
- 35:27qui va faire que je ne suis plus dans l'autonomie je suis dans l'assistance et
- 35:31Que ce soit en pédagogie ou en thérapie,
- 35:33nous,
- 35:33ce qu'on cherche,
- 35:34c'est la capacité à autonomiser.
- 35:37Et pas que le patient puisse dire « Ah,
- 35:39merci,
- 35:39j'ai été aidé par ChatGPTC » .
- 35:41Il m'a dit quoi faire.
- 35:42Oui,
- 35:42et ça,
- 35:43c'est le pire en thérapie quand,
- 35:44par exemple,
- 35:45ma patiente vous dit
- 35:46« Ah, merci,
- 35:47M.
- 35:47Garnier,
- 35:47il m'a aidé » .
- 35:48Alors,
- 35:48nous,
- 35:48on dit merci,
- 35:50mais c'est bien plus utile quand il commence à dire « Ah,
- 35:52j'ai compris,
- 35:53je vois quoi faire,
- 35:54moi,
- 35:54j'ai réussi » .
- 35:56Il internalise et il va transformer ça en confiance en soi.
- 36:00et pas en dépendance.
- 36:02La problématique de tout ça,
- 36:03c'est la flambée des besoins en thérapeute et il n'y en a pas assez.
- 36:09Oui,
- 36:10ou alors l'accès au thérapeute.
- 36:13L'accès au thérapeute est compliqué et c'est pour ça que dans l'attente et dans l'absence de possibilités,
- 36:20les gens ont recours depuis l'avènement de ces IA à quelqu'un qui leur parle dans l'urgence.
- 36:25Mais alors ce que j'ai vu dernièrement,
- 36:27c'est que
- 36:29Ce que je commence à comprendre,
- 36:30c'est que l'IA de façon générale,
- 36:33je ne parle pas de chat GPT,
- 36:34mais l'usage de l'IA dans la santé mentale est extrêmement prometteur.
- 36:39C'est l'un des axes d'ailleurs où l'IA dans la santé va pour l'instant à le plus d'impact.
- 36:47Et il y a plusieurs usages.
- 36:50Je ne sais pas toi,
- 36:51tu as décrit ?
- 36:53Toi,
- 36:53dans ta pratique ?
- 36:54Moi,
- 36:54dans ma pratique,
- 36:55j'utilise l'IA avec les patients.
- 36:58Mais la différence,
- 36:59c'est que cet outil,
- 37:01il est enchassé,
- 37:03enchevêtré dans une relation.
- 37:05Donc moi,
- 37:05j'imagine tout à fait des thérapeutes du futur,
- 37:08des cyberthérapeutes qui pourraient en effet modérer,
- 37:15animer,
- 37:16mettre de l'humain autour de ces pratiques pour…
- 37:21peut-être limiter,
- 37:23rendre ça plus accessible en permettant par exemple de se voir une fois par mois ou une fois tous les deux mois.
- 37:29Et puis de pouvoir proposer un parcours autour de l'IA avec des exercices,
- 37:35etc.
- 37:36Tout est à inventer.
- 37:39C'est-à-dire qu'au fait,
- 37:39il faut absolument qu'elle s'intègre dans un suivi par un thérapeute et un humain.
- 37:44Et qu'il y ait de la relation.
- 37:45Pourquoi ?
- 37:46Parce que ce qui va être thérapeutique,
- 37:49c'est pas moi.
- 37:50Ce que montrent les neurosciences,
- 37:51c'est aussi l'aspect identification,
- 37:54neurones miroirs.
- 37:55Il y a plein de processus qu'on n'a pas avec le chatbot.
- 38:01Alors si on commence à s'identifier au chatbot,
- 38:04c'est là que ça devient dangereux puisque c'est une machine.
- 38:06Et le chatbot,
- 38:07donc il faut dénoncer cette illusion,
- 38:09le chatbot ou l'IA n'a pas de corps,
- 38:12n'a pas d'expérience,
- 38:13n'est pas soumis à la condition humaine qui est la nôtre.
- 38:16Et donc si vous suivez où je veux en venir,
- 38:18c'est aussi notre condition de finitude.
- 38:20Donc on ne peut pas raisonner au sens humain avec une machine.
- 38:25Elle simule l'empathie.
- 38:26Voilà,
- 38:26elle simule l'empathie.
- 38:27Mais elle le simule parfaitement bien,
- 38:29c'est-à-dire qu'en fait on a l'impression qu'on est compris par l'IA.
- 38:32Voilà,
- 38:32et les outils quand même sont de plus en plus honnêtes.
- 38:36C'est qu'ils vont prévenir l'utilisateur en disant « je suis une IA »
- 38:41et c'est cet espace de jeu qui devient intéressant.
- 38:44Est-ce que ça ne te rappelle pas,
- 38:46ce n'est pas la première expérience du premier chatbot ?
- 38:50C'était Wesenbaum,
- 38:51je crois,
- 38:52avec Elisa.
- 38:52Oui,
- 38:53Elisa.
- 38:53C'est ça,
- 38:53c'est un informaticien et il avait testé le premier chatbot conversationnel
- 38:58Il y a encore la vidéo qui circule.
- 39:01J'ai pu la voir,
- 39:02c'est impressionnant parce que sa secrétaire a utilisé le chatbot et l'a conversé.
- 39:07Elle a commencé à confier ses petits tracas et ses soucis émotionnels du moment.
- 39:15Et le chatbot,
- 39:19il est conçu pour reformuler,
- 39:21pour poser des questions précises.
- 39:23Au fait,
- 39:23il y a un programme qui est précis et qui a...
- 39:27Elle a tout de suite demandé à son chef de la laisser seule,
- 39:32en intimité avec le chatbot parce qu'elle a estimé que c'était incroyable.
- 39:38C'est l'effet que ça fait quand on utilise un chatbot pour la première fois.
- 39:41C'est impressionnant cette impression d'empathie mais qui reste une impression et une simulation de l'empathie.
- 39:51Chez certaines personnes plus fragiles,
- 39:54j'ai eu un patient par exemple
- 39:56qui était vraiment,
- 39:57qui créait sa propre IA et tout.
- 40:00C'était vraiment un compagnon affectif,
- 40:03comme dans le film Heure,
- 40:04c'est pareil,
- 40:05exactement.
- 40:06Ce qui était encourageant,
- 40:07c'est qu'il venait quand même me voir moins souvent,
- 40:11puisqu'il avait son IA,
- 40:12mais il était très critique et plus on l'utilise,
- 40:16plus on voit...
- 40:18Ça peut renforcer l'angoisse et le vide,
- 40:21c'est ça le problème.
- 40:21C'est-à-dire que c'est une rencontre où il y a toujours au bout du
- 40:25compte une forme de déception,
- 40:26puisqu'il n'y a pas l'humain.
- 40:28On rencontre le vide.
- 40:29Voilà.
- 40:30Mais bon,
- 40:30c'est un sujet tellement vaste,
- 40:33mais retenons que l'importance quand même que c'est très efficace,
- 40:37mais il faut informer sur l'illusion et comme le théâtre,
- 40:42il y a une illusion et si on le sait,
- 40:45on va jouer avec une IA,
- 40:46mais sans confondre,
- 40:48sans partir de l'idée que l'IA est comme un humain.
- 40:52C'est seulement ça.
- 40:53C'est de pouvoir dire à nos enfants,
- 40:55tu sais,
- 40:55c'est une machine et on va jouer avec elle.
- 40:58Mais voilà.
- 40:59Ça me fait penser que les robots qui sont programmés dans un but compassionnel,
- 41:08il ne faut absolument pas qu'ils ressemblent à des humains.
- 41:11En général,
- 41:12on ne leur met pas des cheveux,
- 41:14on ne met pas tous les attributs d'un être humain parce que le patient doit absolument...
- 41:21à tout moment,
- 41:22faire la différence entre un humain et un robot et comprendre cette distance-là.
- 41:27D'ailleurs,
- 41:28je ne sais pas où j'ai entendu qu'il y avait la vallée de l'étrange.
- 41:30Oui,
- 41:30c'était avec ça.
- 41:32C'était très intéressant,
- 41:34la vallée de l'étrange,
- 41:34parce que ça montre aussi que plus l'IA veut ressembler à l'humain,
- 41:41plus les petits détails,
- 41:43les bizarreries deviennent saillantes.
- 41:46C'est ça.
- 41:46Donc,
- 41:49dans l'usage,
- 41:50moi,
- 41:50par exemple,
- 41:51Je suis utilisateur quotidien de chat GPT.
- 41:54Vraiment,
- 41:55je ne lui parle plus du tout comme un humain.
- 41:57Je n'utilise jamais le chatbot vocal quasiment.
- 42:00Parfait.
- 42:01Je lui parle comme à une machine et je lui fais des instructions et ça marche aussi.
- 42:06C'est-à-dire qu'au fait,
- 42:09Wesenbaum avait,
- 42:10quand il a créé Elisa,
- 42:12avait été stupéfait par ce qu'il avait créé tellement c'était incroyable.
- 42:17Ce n'est pas tant par l'intelligence de la machine ?
- 42:19et c'est ça qui est super important à transmettre,
- 42:23elle révèle la vulnérabilité humaine.
- 42:27C'est ce message qu'il faut passer.
- 42:30C'est-à-dire qu'on est impressionné par l'attachement émotionnel comme si c'était l'IA qui était incroyable,
- 42:37mais au fait non,
- 42:38c'est juste un miroir de notre propre vulnérabilité.
- 42:42C'est nous qui sommes extrêmement friands de ce lien
- 42:47mais qui n'est qu'un lien humain au final.
- 42:50Pour les auditeurs sensibles à la philo,
- 42:52là on a la question philosophique centrale.
- 42:56Comment se fait-il que l'être humain ait besoin ?
- 42:59toujours,
- 43:01je dis de créer des nids,
- 43:03des nids technologiques.
- 43:05C'était Internet,
- 43:06l'IA.
- 43:06Qu'est-ce qui le pousse comme ça ?
- 43:09Quel est le mythe qui nous traverse ?
- 43:12Pourquoi chercher à combler ce manque,
- 43:15ce vide ?
- 43:16Je fais référence au mythe de Prométhée.
- 43:20C'est Epiméthée aussi,
- 43:22c'est le mythe que l'humain est arrivé avec un manque.
- 43:28On a tout...
- 43:29Et Epiméthée,
- 43:29je crois,
- 43:30avait distribué toutes les ressources aux animaux,
- 43:33etc.
- 43:34Et puis à la fin,
- 43:35l'humain,
- 43:35il ne restait plus rien.
- 43:36Et donc l'humain,
- 43:37il va être en quête,
- 43:38il se manque,
- 43:40il est comme nu quelque part.
- 43:42Et c'est là que le frère d'Epiméthée qui s'appelle Prométhée va amener le feu,
- 43:47le pouvoir,
- 43:48la force par la technologie.
- 43:50Comme si on cherchait à combler le vide.
- 43:53Mais Prométhée n'a pas donné l'immortalité.
- 43:55Il a donné l'outil,
- 43:56mais juste le pouvoir,
- 43:58mais pas...
- 43:58pas l'immortalité.
- 44:00Et donc,
- 44:00pour moi,
- 44:00ça résume pas mal de choses de notre quête.
- 44:03Qu'est-ce qui fait qu'en 2026,
- 44:04on est tous gaga,
- 44:06fascinés,
- 44:07terrorisés,
- 44:08sidérés face à cette nouvelle production culturelle qui s'appelle l'IA,
- 44:12mais qui finalement rejoue les grands thèmes et les grandes questions philosophiques de la vie,
- 44:19la mort,
- 44:19etc.
- 44:20Est-ce que tu veux nous parler de ta traversée,
- 44:24comme tu l'imagines,
- 44:25du transnumérisme ?
- 44:26Parce que c'est...
- 44:28Moi,
- 44:29j'ai une métaphore.
- 44:30Alors un peu,
- 44:31si vous avez vu,
- 44:32c'est
- 44:332001, Odyssée de l'espace.
- 44:35Il y a un monolithe à un moment,
- 44:38une espèce de pierre noire rectangulaire et le groupe de singes tout autour qui…
- 44:45Il y a un mystère autour de ça.
- 44:47Et comme image mentale,
- 44:48en pensant à l'IA,
- 44:49surtout au début,
- 44:51je le voyais comme un iceberg immense,
- 44:55anthracite à la Black Mirror.
- 44:58très brillant,
- 44:59comme un miroir inquiétant,
- 45:01fascinant.
- 45:02Et il y a l'aspect miroir et l'aspect écho qui nous renvoient à notre propre image.
- 45:09Cette métaphore,
- 45:11par rapport au transnumérisme,
- 45:12serait un peu comme un kayakiste qui arrive dans une mer avec des icebergs et il y en a un qui est en tracite et là,
- 45:21ils se disent « Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ? »
- 45:24L'iceberg fond un peu le...
- 45:27Le carbone anthracite glisse dans l'eau.
- 45:31Quand je dis ça,
- 45:32c'est aussi pour faire référence aux coûts écologiques.
- 45:35On n'en a pas parlé pour l'instant.
- 45:37Et en fait,
- 45:38sous l'iceberg,
- 45:39tout ce qui est beau et brillant,
- 45:40en dessous,
- 45:41il y a tous ces enjeux-là.
- 45:44L'IA n'est pas virtuelle.
- 45:46L'IA fait travailler des petites mains.
- 45:48L'IA consomme des ressources énergétiques tous les jours.
- 45:52Donc,
- 45:53c'est juste d'en prendre conscience.
- 45:55et une responsabilité par rapport à nos usages.
- 45:58Tout à fait.
- 45:59Et l'idée du transnumérisme,
- 46:01c'est peut-être d'oser traverser ça et de découvrir qu'en creusant la glace...
- 46:07Alors j'imaginais le kayakiste avec une petite torche,
- 46:11une source de chaleur.
- 46:12Il va creuser des galeries,
- 46:14des arches,
- 46:14etc.
- 46:15Et il va découvrir des petits fossiles.
- 46:17En fait,
- 46:17que dans la glace,
- 46:18il y a des choses fossilisées.
- 46:20Et c'est de redécouvrir les mythes,
- 46:22les archétypes
- 46:23qui peuvent être là depuis des milliers d'années.
- 46:26C'est ça l'intérêt pour moi de l'IA,
- 46:29puisque l'IA c'est de l'utiliser,
- 46:32d'apprendre à l'utiliser pour se rencontrer,
- 46:34créer des galeries,
- 46:35créer des chemins de relations pour que ça résonne et que ce ne soit pas qu'une surface froide à la Black Mirror qui nous renvoie notre propre écho comme Narcisse et notre propre solitude,
- 46:49écho au final,
- 46:51moi,
- 46:52on se retrouve avec notre écran chatbot à remplir de vacuité notre propre vide existentiel.
- 47:03Par contre,
- 47:04il y a un enjeu de résonance,
- 47:07comme dit Art Moutrosa,
- 47:08et de rencontre.
- 47:10Et l'IA peut être…
- 47:11Je ne sais pas si je peux développer sur le usage que je fais de l'IA.
- 47:15Oui,
- 47:15s'il te plaît.
- 47:16Alors,
- 47:17je vais parler d'un collègue.
- 47:18Oui.
- 47:19qui utilise en soins palliatifs un infirmier qui utilise l'IA pour composer des morceaux de musique.
- 47:27Donc il est musicothérapeute,
- 47:29c'est Nicolas Jau et il travaille avec cette matière-là avec des patients en fin de vie.
- 47:34Et ça donne du sens.
- 47:35Il y a un de ses patients par exemple qui a pu donner cette musique à ses proches qu'ils ont diffusée le jour de son enterrement.
- 47:48Il y a du sens qui peut passer à travers la médiation.
- 47:51Moi,
- 47:51dans ma pratique avec les ados,
- 47:53c'est par exemple de travailler sur l'image du corps,
- 47:56de travailler sur les scarifications,
- 47:59où je propose à l'ado sans IA de me décrire comment il voit la scarification.
- 48:06Il y a des images plus ou moins poétiques,
- 48:08on les transforme en haïkus,
- 48:10par exemple.
- 48:10Là,
- 48:11dernièrement,
- 48:11c'est un ado qui me parlait de ses idéations suicidaires et on les a transformées en haïkus
- 48:17Donc déjà,
- 48:18c'est un peu décalé.
- 48:20Mais après...
- 48:21Le contenu va être...
- 48:23On va demander à l'IA de nous générer une image,
- 48:25une vidéo,
- 48:26une audio pour rendre ça plus sensible et mettre de la sensorialité.
- 48:33Et tout un travail a pu être fait,
- 48:34par exemple,
- 48:36sur l'image qui représente la pensée suicidaire,
- 48:41mais poétique finalement,
- 48:44à la Rimbaud,
- 48:44quoi.
- 48:47De pouvoir en faire une image...
- 48:51et la partager.
- 48:52Alors écoutez-moi bien,
- 48:53partager juste l'image aux parents.
- 48:54Et ce qui s'est passé,
- 48:55c'est que les parents ont pu projeter sur l'image des contenus plus glauques,
- 49:03plus lourds.
- 49:04Et ça a permis d'autoriser l'adolescente à parler aussi de son glauque et de cette souffrance à ses parents.
- 49:11Donc l'IA indirectement devient médiation par l'image,
- 49:14par la représentation.
- 49:16Et l'avantage,
- 49:16c'est que c'est très rapide et très fluide à faire.
- 49:19C'est-à-dire que moi,
- 49:19je suis en consulte,
- 49:20j'ai mon téléphone,
- 49:21on pose les mots,
- 49:22j'ai l'image.
- 49:23Et on peut en faire un support comme ça de médiation.
- 49:27Et puis,
- 49:27on a mis dans la boucle les parents,
- 49:29etc.
- 49:29Donc,
- 49:30moi,
- 49:30j'explore si ça peut créer du lien social et du lien thérapeutique.
- 49:35Alors,
- 49:35quand tu dis archétype,
- 49:37je me demande ce que c'est que ces IA génératives,
- 49:43ces grands modèles comme ChatGPT ?
- 49:46Qu'est-ce que ça contient ?
- 49:47Parce que quand il y a de l'information qui vient de moi,
- 49:50de toi et de chacun de nous,
- 49:52ça donne quoi ?
- 49:53Un inconscient collectif ?
- 49:56Qu'est-ce que c'est ?
- 49:57C'est abusif de parler d'inconscient collectif,
- 49:59mais l'idée est là.
- 50:00Sur le plan métaphorique,
- 50:01on peut s'autoriser où c'est une accumulation,
- 50:04c'est une stratification,
- 50:05je ne sais pas,
- 50:06comme une condensation,
- 50:08une cristallisation de plein d'expériences,
- 50:10parce que le modèle est entraîné sur plein,
- 50:13plein,
- 50:13plein,
- 50:13plein,
- 50:13plein de données.
- 50:14Et donc,
- 50:16comme toute culture,
- 50:17il y a des structures.
- 50:18Et les archétypes,
- 50:19c'est ça,
- 50:20c'est des structures d'expérience qu'on retrouve dans les rêves,
- 50:23qu'on retrouve dans les cultures et qui sont comme des sagesses enfouies.
- 50:28Et dans le transnumérisme,
- 50:29il y a l'idée de transpercer.
- 50:31Donc si je fais simple,
- 50:32il y a le conçu numérisme.
- 50:34Et si on transperçait comme des hackers un peu,
- 50:37on allait chercher quel est le sens caché,
- 50:40implicite,
- 50:41le latent ?
- 50:42comme disait Freud,
- 50:43le manifeste et le latent.
- 50:45Est-ce qu'il y a de l'attente dans cette culture ?
- 50:49Ce n'est pas du Pierre Henri Garnier.
- 50:52Je m'appuie sur Hervé Fischer ou Gilbert Durand qui ont développé par exemple la mythanalyse,
- 50:58qui analyse les mythes,
- 51:00notamment dans nos cultures technologiques.
- 51:05On a des grands mythes qui nous traversent,
- 51:07mais très simples,
- 51:08comme l'Iyamama.
- 51:11L'IA mama,
- 51:12c'est la mère toute puissante qui nous nourrit.
- 51:15Mais il y a aussi l'IA sauveur,
- 51:16l'IA oracle.
- 51:18Donc je ne les ai pas en tête,
- 51:19mais je réfléchis à une typologie de quelques archétypes qu'on retrouve et qu'il faut expliciter.
- 51:28En fait,
- 51:29en tant que psychologue,
- 51:30ce qui me passionne,
- 51:31c'est aussi d'expliciter l'implicite.
- 51:33Quand on s'intéresse à l'inconscient,
- 51:35on aime bien comprendre.
- 51:36Mais pourquoi pour gagner en liberté ?
- 51:39Et c'est un peu le...
- 51:41Le but de ce podcast,
- 51:42c'est aussi que l'auditeur puisse réfléchir et trouver des voies de sa propre liberté.
- 51:49En se disant,
- 51:51l'IA c'est intéressant,
- 51:52mais je ne suis pas obligé de rester collé à mon écran.
- 51:54Je peux aussi développer l'esprit critique et l'utiliser,
- 51:59apprendre à utiliser cette culture-là.
- 52:02Très bien,
- 52:03merci Pierre-Henri Garnier d'avoir éclairé nos connaissances sur l'IA.
- 52:08énormément appris grâce à toi.
- 52:12Et l'idée,
- 52:13c'est que plus on connaît le sujet,
- 52:16plus on va pouvoir nous aider nous-mêmes et aider nos ados parce qu'ils comptent sur nous aussi pour qu'on soit à jour sur le sujet pour qu'on puisse les accompagner au mieux parce que c'est une vraie jungle comme tu l'as décrit.
- 52:31Les nouvelles technologies apportent énormément d'espoir à la santé mentale.
- 52:36on n'a pas eu le temps d'en parler,
- 52:37mais il y a des applications multiples.
- 52:39Il y a des chatbots conversationnels et compassionnels qui sont maintenant dressés,
- 52:47on peut dire ça comme ça ?
- 52:48Oui,
- 52:48dressés.
- 52:49L'apprentissage profond,
- 52:50il parle de deep learning qui permet tout ça.
- 52:53Qui permet de décoder les signes précoces,
- 52:57qui permet d'aider à la recherche,
- 52:59qui permet d'assister le thérapeute,
- 53:02mais c'est
- 53:02toujours,
- 53:03encore une fois,
- 53:04dans le cadre d'une thérapie d'un suivi.
- 53:07Aucune IA à l'heure actuelle ne peut rien faire toute seule.
- 53:10Elle n'est là pour se substituer à un thérapeute.
- 53:14Et j'ai envie de dire,
- 53:15même dans la fabrication,
- 53:16un peu comme dans l'open source,
- 53:18c'est de faire des boîtes transparentes et pas des boîtes opaques.
- 53:21où c'est suspect,
- 53:22c'est quand on ne peut pas comprendre comment a été construit l'IA.
- 53:29Et ça commence par là,
- 53:30l'esprit critique,
- 53:32pouvoir mettre de la lumière,
- 53:33de la transparence.
- 53:34Et de la science,
- 53:36les études scientifiques tout simplement.
- 53:38Il faut qu'elles soient validées.
- 53:40Oui,
- 53:40c'est ça,
- 53:40et qu'elles se soient validées scientifiquement comme tout médicament,
- 53:43comme toute thérapie et qu'on puisse avoir la possibilité de valider les choses.
- 53:50C'est vrai que c'est vaste.
- 53:51Moi,
- 53:51j'ai plein d'idées comme construire aussi des modèles,
- 53:55mais à partir de l'expérience des patients.
- 53:57C'est comment les données,
- 53:59il faut qu'elles ne soient pas que du côté de l'expert,
- 54:04du savoir,
- 54:04mais aussi de l'expérience,
- 54:06de les rendre plus sensorielles,
- 54:07ces données-là,
- 54:07d'avoir du vécu pour que ça résonne plus et pas être qu'un...
- 54:14Un rapport d'experts,
- 54:15comme si l'IA pouvait nous accompagner et plus que nous conseiller.
- 54:21Mais il y a d'autres formes d'IA qui émergent.
- 54:25On va attendre la validation.
- 54:27Ça reste alternatif.
- 54:28Oui,
- 54:29c'est ça.
- 54:29Le message,
- 54:29c'est de dire,
- 54:30et c'est très prometteur,
- 54:32on espère que ça va régler le problème de l'accès aux soins pour la santé mentale et que ça va aider dans ce sens en accompagnant les thérapeutes.
- 54:43Mais en attendant,
- 54:45garder à l'esprit qu'on n'a pas suffisamment de recul par rapport Ausha avec les IA génératives normales comme ChatGPT,
- 54:57Claude et autres.
- 54:58Elles ne sont pas faites pour ça,
- 55:00il faut s'en méfier jusqu'à preuve du contraire.
- 55:02C'est une thérapeutique en soi.
- 55:04Je pense qu'un médicament,
- 55:06c'est rare qu'on laisse le patient s'autoprescrire,
- 55:09etc.
- 55:10C'est de le voir…
- 55:12pris dans une relation de soins avec tout un professionnalisme et toute une culture.
- 55:18Et plus on va s'y intéresser,
- 55:19plus on va pouvoir façonner cette culture-là.
- 55:22En tout cas,
- 55:22si ce podcast peut aider les auditeurs à sortir d'une posture,
- 55:26on pourrait dire technophile ou technophobe,
- 55:29parce que les jeunes que je rencontre au quotidien ont besoin d'adultes qui vont aussi explorer avec eux la jungle.
- 55:37Si je reprends la métaphore,
- 55:39non pas de l'iceberg,
- 55:40mais de la jungle.
- 55:42On pourrait dire d'explorer,
- 55:43de creuser l'iceberg pour chercher les petits trésors à partager.
- 55:48Voilà.
- 55:50Merci infiniment Pierre-Henri.
- 55:51Merci beaucoup pour cette invitation et une bonne journée à tous les auditeurs.
- 55:55Merci beaucoup.
- 55:55Merci.
- 55:58Mes chers amis,
- 55:59j'espère que cet échange sur la cyberpsychologie et le transnumérisme a suscité chez vous intérêt et curiosité.
- 56:09Si c'est le cas,
- 56:10faites-moi un retour sur les plateformes d'écoute et sur Instagram.
- 56:15J'attends impatiemment votre feedback.
- 56:17En attendant,
- 56:18prenez soin de vous et à très bientôt !