Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Kiffer l'école, et transmettre le goût du vivre ensemble aux enfants par Emilie Hanrot.
Transcript
- 0:05Enquête d'accord,
- 0:07l'art de communiquer et d'être en lien.
- 0:14Émilie est professeure des écoles depuis plus de 20 ans,
- 0:18passionnée par les questions d'éducation et de communication.
- 0:21Elle partage sa vision de l'école sur les réseaux sociaux et rencontre très vite une résonance extraordinaire,
- 0:29révélatrice à la fois de l'importance cruciale des enjeux éducatifs
- 0:34des préoccupations grandissantes des parents et du mal-être d'une profession en pleine désaffection.
- 0:41Face à cela,
- 0:43Énilie répond par un enthousiasme lucide,
- 0:47un engagement profondément humain et la conviction intime qu'il n'existe pour elle aucune autre voie que celle de kiffer l'école.
- 1:02Bonjour Émilie.
- 1:03Bonjour Imane.
- 1:04Je suis tellement heureuse de t'accueillir.
- 1:06On s'est échangé il y a quelques temps,
- 1:09peut-être un mois ou deux.
- 1:10On s'est rendu compte qu'on s'était croisé par l'esprit et nous voilà enfin pour de vrai,
- 1:17ensemble,
- 1:18pour évoquer un sujet qui me tient à cœur,
- 1:21qui te tient à cœur,
- 1:23qui est l'éducation.
- 1:24T'en as fait ton métier,
- 1:27t'en as fait un livre.
- 1:29et
- 1:30Plein de publications sur les réseaux sociaux.
- 1:32C'est comme ça que je t'ai connue.
- 1:34C'est comme ça que je t'ai écoutée et découverte pour la première fois.
- 1:37Et le hasard a fait que toi aussi,
- 1:39tu as écouté quelques-uns des podcasts.
- 1:41Tout à fait.
- 1:42Et comme les esprits se retrouvent,
- 1:44on a constaté qu'il y avait beaucoup,
- 1:47beaucoup de similitudes.
- 1:48D'ailleurs,
- 1:48ça fait beaucoup sourire.
- 1:49Oui,
- 1:50tout à fait.
- 1:51Les choses qu'on a en commun.
- 1:52J'ai écouté énormément d'épisodes de ton podcast avant qu'on se parle.
- 1:56Et j'étais ravie que tu m'invites.
- 1:57Donc,
- 1:57merci beaucoup pour cette invitation.
- 1:59C'est un honneur pour moi.
- 2:00Je ne m'étais pas dit un jour que tu écouterais les sujets de facteurs humains.
- 2:06Cet été,
- 2:07j'étais en train de travailler beaucoup sur les facteurs humains,
- 2:09mais c'est tellement évident que ça intéresse tout le monde et c'est tellement évident que ça touche à la pédagogie qu'au fait,
- 2:16au final,
- 2:17c'est normal qu'on se rencontre un peu aujourd'hui.
- 2:19Tu sais que parfois,
- 2:20moi,
- 2:20je lis des livres sur la négociation,
- 2:22donc du VIGN et de choses comme ça.
- 2:24Et là,
- 2:25quand j'ai écouté tes épisodes sur le pilote d'Air France...
- 2:28les médecins,
- 2:29les personnes qui s'occupent de personnes en fin de vie.
- 2:31En fait,
- 2:31tout ça,
- 2:32dès que ça touche à la communication,
- 2:34j'ai l'impression qu'on dit à peu près tous la même chose,
- 2:36qu'on en arrive tous aux mêmes conclusions,
- 2:38que la façon de s'adresser à l'autre est tellement importante et qu'on fait passer des messages...
- 2:44Enfin,
- 2:44on va en parler,
- 2:44c'est tout ce qu'il y a du podcast,
- 2:46mais les mêmes façons de faire passer des messages et que quand on commet des erreurs de communication,
- 2:50on se retrouve face aux mêmes incidents,
- 2:52parfois des avions qui s'écrasent et parfois un enfant qui décroche à l'école.
- 2:57Parfois,
- 2:57la parole peut tout...
- 2:58Tout changer.
- 2:58Tout changer,
- 2:59c'est ça.
- 3:00C'est-à-dire,
- 3:00elle peut ouvrir des portes,
- 3:03mais ça peut être des murs.
- 3:04C'est comme ça qu'on dit.
- 3:05Absolument.
- 3:06Et les similitudes nous font tellement rigoler quand on parle de communication thérapeutique.
- 3:13Tous les enjeux qui peuvent parfois être différents,
- 3:15mais qui se ressemblent dans l'application,
- 3:18quand on s'adresse à un patient,
- 3:20quand on s'adresse à un enfant.
- 3:21C'est un peu pareil.
- 3:23On est sur des sujets profondément humains.
- 3:26Et donc ?
- 3:27On a tellement de choses à se dire,
- 3:28on a déjà partagé,
- 3:30mais on a envie de partager ça avec les auditeurs,
- 3:32les tiens et les miens.
- 3:34Et pour te présenter aux miens,
- 3:36j'ai envie de dire simplement que tu es institutrice,
- 3:41tu es maîtresse d'école depuis plus de 20 ans avec une grande,
- 3:44grande expérience.
- 3:46Tu es passionnée par la communication de façon générale.
- 3:50tu en as fait ton sujet,
- 3:52tu lis beaucoup,
- 3:53tu...
- 3:54essaie d'appliquer et tu as essayé d'appliquer déjà beaucoup de méthodologies dans ta façon de voir l'éducation,
- 4:02dans ta pratique quotidienne,
- 4:04et tu la partages et tu la transmets à tes auditeurs nombreux.
- 4:09Tu es aussi maman de trois enfants et ça,
- 4:11ça compte.
- 4:13Ça fait partie de la pratique.
- 4:16Tes réseaux sociaux ont commencé durant le confinement parce qu'au départ,
- 4:20tu voulais échanger,
- 4:22donner des
- 4:23petites astuces d'activité ?
- 4:25Disons qu'il fallait qu'on garde le lien avec les familles pendant le confinement.
- 4:29Je me suis dit que ce serait simple de faire une petite vidéo que je diffuserais sur YouTube.
- 4:33Au début,
- 4:33c'était un partage privé.
- 4:35Chaque enfant pouvait avoir une petite activité à faire en famille pour garder le lien.
- 4:39Je m'adressais directement à eux.
- 4:41On m'a demandé si je pouvais les passer en public parce que la classe d'à côté,
- 4:44il y avait quelqu'un que ça intéressait.
- 4:45Ensuite,
- 4:46de fil en aiguille,
- 4:47il y a eu quelques milliers de personnes qui ont commencé à me suivre pendant le confinement sur YouTube.
- 4:51Donc là,
- 4:51je ne faisais vraiment pas de montage.
- 4:53Je m'adressais vraiment à mes élèves face caméra.
- 4:56Et d'ailleurs,
- 4:57c'est une personne,
- 4:59une grand-mère qui me suivait,
- 5:00qui m'a dit,
- 5:00vous savez,
- 5:01mon petit-fils m'a dit que si vous tourniez le téléphone,
- 5:03on vous verrait mieux.
- 5:04Donc,
- 5:04c'était vraiment autodidacte.
- 5:06C'était très drôle.
- 5:07Et puis,
- 5:07je me suis pris au jeu.
- 5:08Et puis,
- 5:09quand le confinement s'est arrêté,
- 5:11j'ai eu envie de continuer à parler de mon métier d'éducation.
- 5:15Et je me suis plus adressée.
- 5:17Aujourd'hui,
- 5:17je m'adresse plus à mes collègues et aux parents.
- 5:20Oui.
- 5:20et plus aux enfants directement.
- 5:23Oui,
- 5:23qui te sollicitent,
- 5:25les instituteurs,
- 5:25tes collègues,
- 5:26tes parents qui te sollicitent pour des sujets et pour avoir ton avis sur...
- 5:30Oui,
- 5:30ça peut arriver.
- 5:32Je reçois pas mal de messages avec des questionnements.
- 5:35Alors,
- 5:36Le début n'a pas été facile.
- 5:38Les débuts,
- 5:38de toute façon,
- 5:40de ce métier,
- 5:41parce que c'est un métier extrêmement exigeant,
- 5:42tu m'en parleras peut-être tout à l'heure,
- 5:45c'est des métiers qui sont exigeants et physiquement,
- 5:47mentalement.
- 5:49Et au départ,
- 5:50on est un petit peu largués.
- 5:52Oui,
- 5:52j'ai envie de dire qu'on n'est pas vraiment préparés à ce qui va nous tomber dessus le premier jour où on se retrouve seule face à une classe,
- 5:58avec toutes les problématiques que ça contient.
- 6:02Ce n'est pas simple.
- 6:04Ça m'est arrivé de rentrer en pleurant.
- 6:05Même quand j'avais des classes dites faciles,
- 6:07de me dire,
- 6:08oh là là,
- 6:08mais comment je vais trouver l'énergie d'y retourner ?
- 6:10Comment je vais gérer cette situation ?
- 6:12Justement,
- 6:13dans ton livre,
- 6:15tu parles beaucoup de ces débuts qui sont quand même laborieux,
- 6:18où on se demande quelle est la chose la plus importante.
- 6:21Au départ,
- 6:22comme toute institutrice qui a envie de bien faire,
- 6:25on apprend les fondamentaux.
- 6:27On apprend ce qu'on doit préparer.
- 6:30Il y a beaucoup de préparation,
- 6:31beaucoup d'organisation.
- 6:32On apprend à évaluer.
- 6:34à avoir des retours et une appréciation sur ce qui a été enseigné.
- 6:39Ce que tu dis dans le livre,
- 6:40c'est que très vite,
- 6:40on se rend compte que tout ça ne sert à rien si on n'a pas une classe réceptive.
- 6:45Et ça,
- 6:46ce n'est pas forcément enseigné ni formé.
- 6:49Et ça a été ta principale difficulté et probablement la principale difficulté de beaucoup de...
- 6:54Tout à fait.
- 6:55Comment on s'adresse à un groupe d'enfants ?
- 6:57Comment on attire leur attention ?
- 6:59Comment on maintient leur attention ?
- 7:00Qu'est-ce qui est important pour eux ?
- 7:02soit c'est des choses...
- 7:04J'ai l'impression que dans le domaine du privé,
- 7:06les gens sont formés à la communication.
- 7:08Prendre la prise de parole en public,
- 7:09c'est quelque chose qui s'enseigne en banque,
- 7:12j'imagine,
- 7:12dans plein de milieux différents.
- 7:14Et c'est vrai que nous,
- 7:15on est face à un public très exigeant,
- 7:17parce qu'un enfant de 4 ans qui n'est pas intéressé ou qui a envie de faire autre chose,
- 7:21il vous le dit de façon très,
- 7:23très claire.
- 7:24Il se retourne,
- 7:25il part à quatre pattes,
- 7:26il rigole,
- 7:26il se lève,
- 7:27il quitte la pièce.
- 7:28Donc,
- 7:28il faut vraiment savoir les intéresser,
- 7:30ces enfants-là.
- 7:30Donc,
- 7:30comment on fait pour capter son auditoire ?
- 7:32Et comment on fait pour faire passer un message ?
- 7:35Ça s'apprend et ce n'est pas évident.
- 7:39Tu dis tout de suite que la prise de conscience,
- 7:41ça a été l'enjeu,
- 7:42ce n'est pas de transmettre particulièrement tous les fondamentaux que tu dois transmettre en fonction des niveaux.
- 7:50C'est surtout comment faire en sorte de maintenir une classe dans une ambiance qui est propice à la transmission de ce que tu veux transmettre.
- 7:58Tout à fait.
- 7:58Donc là,
- 7:59on parle de gestion de classe et la gestion de classe,
- 8:01c'est vrai que moi,
- 8:01On ne m'a jamais donné un cours.
- 8:04Je n'ai jamais appris à gérer ma classe.
- 8:07Qu'est-ce qu'on fait quand deux enfants se bagarrent,
- 8:11se fâchent parce que l'un a fait tomber le stylo de l'autre ?
- 8:13Comment on intervient dans ces cas-là ?
- 8:15Et certes,
- 8:16peut-être qu'il faut qu'ils apprennent leur table de multiplication ou qu'ils fassent du français,
- 8:21de la lecture,
- 8:21je ne sais quoi.
- 8:22Mais si,
- 8:22à un moment donné,
- 8:23ils sont tous les deux pris dans un conflit,
- 8:25qu'est-ce que je fais,
- 8:25moi,
- 8:25en tant qu'instit,
- 8:26pour qu'ils reviennent à la règle de grammaire ou pour qu'ils terminent leur exercice ?
- 8:30Ça,
- 8:30on ne me l'a jamais appris.
- 8:32Et je pense que c'est ce qui met vraiment le plus de profs en difficulté quand ils débutent.
- 8:36C'est l'enfant qui se lève et qui crache.
- 8:39Oups,
- 8:40moi j'ai des savoirs fondamentaux à transmettre.
- 8:43Là,
- 8:44j'étais partie,
- 8:44ma fiche de prép,
- 8:45elle est parfaite.
- 8:46Ma fiche de préparation,
- 8:47c'est le document que j'ai préparé en amont de la séance.
- 8:49Tout se déroulait bien et là,
- 8:50je suis face à ça.
- 8:51Évidemment que tout s'arrête.
- 8:54Et comment je redémarre ?
- 8:55Comment je gère ça à cet instant pour pouvoir continuer et enseigner ?
- 9:00Ces interrogations,
- 9:01cette appréhension,
- 9:04laissent place à un mal-être que les instit connaissent vraiment très bien.
- 9:08C'est-à-dire les premières fois,
- 9:10ce sont des fois où on arrive dans des endroits peu connus,
- 9:13par exemple quand on doit remplacer ou quand on doit démarrer dans le métier,
- 9:18on est quand même pris avec un mal au ventre,
- 9:21avec une appréhension,
- 9:22avec une inquiétude,
- 9:24dans laquelle on n'est pas toujours accompagné.
- 9:27On est seul face à une classe à tenir.
- 9:29Et ce qui est d'autant plus dur,
- 9:31c'est que notre réaction,
- 9:32qui va peut-être être,
- 9:33comme on ne sait pas comment réagir,
- 9:35on va peut-être se mettre à lever le ton.
- 9:37La première chose qui nous vient à l'esprit,
- 9:38c'est menacer,
- 9:39punir.
- 9:40Et du coup,
- 9:40on se retrouve dans un cycle infernal parce que je sais que ça ne marche pas.
- 9:46J'ai de l'expérience pour dire que non,
- 9:47la punition,
- 9:49ça ne marche pas.
- 9:50Mais comment je fais quand je débute face à un enfant qui a un comportement qui me pose problème pour réagir autrement que par...
- 9:59Ça suffit,
- 9:59assieds-toi,
- 10:00ne dis pas ça,
- 10:00termine ton travail,
- 10:02si on ne m'a pas appris à faire autrement.
- 10:03Et donc,
- 10:03je trouve que ce qui est dur,
- 10:04c'est de rentrer chez soi en se disant
- 10:06« J'ai passé ma journée à crier.
- 10:08Mais en fait,
- 10:09j'ai envie de pleurer parce que j'ai trouvé ça dur et j'ai envie de pleurer parce que je ne me reconnais pas.
- 10:12Je n'ai pas envie d'être cette personne.
- 10:13Moi,
- 10:13si j'ai fait ce métier,
- 10:14c'est parce que j'adore les enfants,
- 10:15parce que j'ai envie de transmettre.
- 10:16Ce n'est pas pour devenir quelqu'un qui crie,
- 10:20qui s'énerve,
- 10:21qui se fâche,
- 10:22qui punit,
- 10:22qui sépare,
- 10:23qui menace et qui,
- 10:24du coup,
- 10:25n'est pas heureux dans son métier.
- 10:26J'ai une anecdote,
- 10:27je t'en ai parlé.
- 10:29celle qui m'a beaucoup touchée,
- 10:30qui est en début du livre,
- 10:31et qui a probablement été l'un des électrochocs,
- 10:35ou celle qui a...
- 10:37Tu sais,
- 10:38quand il y a une prise de conscience,
- 10:40mais il y a des événements qui peuvent un petit peu servir de catalyseur,
- 10:44et qui poussent à une action,
- 10:47c'est quand tu rentres à la maison,
- 10:49tu es complètement abattue,
- 10:50tu n'es pas bien,
- 10:52et tu dis que tu ne veux plus retourner à l'école,
- 10:55que c'est trop dur.
- 10:57que tu dis à ton compagnon que ce n'est pas possible parce que les enfants sont violents entre eux,
- 11:03que tu ne supportes plus ça et que tu n'as pas la force d'y retourner le lendemain.
- 11:08Et là,
- 11:08il te répond,
- 11:09Émilie...
- 11:11C'était des enfants de CE1.
- 11:12Je me souviens très bien de cette école.
- 11:14Et il me répond,
- 11:15Émilie,
- 11:16n'oublie pas que ce sont des enfants.
- 11:17Et ça m'émeut.
- 11:19Mais je comprends,
- 11:19parce qu'au fait,
- 11:21il y a des évidences.
- 11:22Oui,
- 11:22c'était une évidence.
- 11:24Je pense que je m'étais mis en tête que c'était des élèves.
- 11:27que j'avais une mission que je prends très à cœur.
- 11:29J'ai envie de transmettre.
- 11:33Les programmes sont importants.
- 11:34J'avais vraiment envie de transmettre des choses.
- 11:36Et là,
- 11:36je me suis retrouvée dans une position où les élèves n'étaient pas élèves avec moi.
- 11:40Ils ne correspondaient pas à ce que je m'étais imaginée.
- 11:43Et j'étais vraiment en difficulté.
- 11:45Et cette petite phrase toute simple,
- 11:46rappelle-toi que ce sont des enfants,
- 11:47je me suis dit mais quelle évidence.
- 11:49Mais c'est vrai que ce sont des enfants.
- 11:50Alors attends,
- 11:51un enfant,
- 11:52si je devais m'occuper d'enfants quand je me suis occupée de mes neveux et nièces ou sur...
- 11:55Il faut que je les amuse,
- 11:56il faut que je les intéresse,
- 11:58il faut que je les écoute.
- 11:59Et en fait,
- 12:00je m'étais permise,
- 12:02je crois,
- 12:03de penser à eux comme autre chose que des élèves et des apprenants.
- 12:07Ça a été dur quand même,
- 12:08le reste de l'année avec cette classe.
- 12:10C'était quand même difficile.
- 12:11C'était une mise de conscience qui m'a fait du bien et qui m'a peut-être aussi déclenché cette envie de m'interroger et me dire,
- 12:18OK,
- 12:18là,
- 12:19je suis face à un mur,
- 12:19il faut que je fasse autrement,
- 12:20sinon je vais y rester.
- 12:21Donc,
- 12:22je pense que ça a déclenché une envie de formation personnelle et de réflexion sur le sujet.
- 12:27Et ça,
- 12:27c'est super.
- 12:28Par contre,
- 12:29ça n'a pas suffi parce que je passe une très bonne année.
- 12:32C'est ça,
- 12:32c'est parce que toutes les clés n'étaient pas encore à ta disposition.
- 12:35Exactement.
- 12:37Mais ça a enclenché,
- 12:38au fait,
- 12:39une prise de conscience et ça a poussé aux actions qui allaient venir.
- 12:43Tout simplement.
- 12:45Et l'autre chose dont tu parles,
- 12:47c'est l'anecdote,
- 12:49tu sais,
- 12:49de la cour de récréation quand tu étais remplaçante.
- 12:52Donc ça,
- 12:53c'est quelque chose de...
- 12:55d'absolument poignons dont tu parles au début de livre et qui caractérise et qui explique tout le reste de tes actions et ton engagement par la suite et c'est pour ça que j'ai bien envie de la partager avec mes auditeurs.
- 13:08Tu racontes quand tu as été en remplacement dans une zone prioritaire et que tu arrives là une boule au ventre,
- 13:16c'est toujours comme ça,
- 13:16quand on connaît pas un endroit,
- 13:18quand on sait pas où on atterrit.
- 13:20On ne connaît pas les élèves.
- 13:22D'autant que j'avais plutôt l'habitude des jeunes et que là,
- 13:24je remplaçais dans un CM2 et je m'étais imaginée des grands gaillards et des enfants qui allaient me répondre.
- 13:31Et tu as été vite rassurée parce qu'encore une fois,
- 13:33c'était des enfants.
- 13:35Exactement.
- 13:35C'est ça,
- 13:36c'est la bonne nouvelle.
- 13:37Mais alors,
- 13:39ça se corse parce que tu essayes de te détendre.
- 13:42On est en cours de récréation.
- 13:44En cours de récréation.
- 13:45Il y a deux garçons de ma classe qui se lancent des balles.
- 13:49Et parce que j'ai envie de créer du lien et que je les trouve fort sympathiques,
- 13:52je lui dis « tiens,
- 13:54fais-moi une passe » .
- 13:55Et comme je joue au foot,
- 13:56c'est un truc que je fais souvent en cours de récréation,
- 13:59c'est de montrer que je sais jongler,
- 14:01faire un petit crochet,
- 14:02ça les amuse et puis ils trouvent ça « waouh » .
- 14:04Et du coup,
- 14:05c'est une façon de rentrer en lien.
- 14:06Et donc l'enfant pose le ballon au sol et hésite.
- 14:09Et je lui dis « si,
- 14:10fais-moi une passe au pied » .
- 14:11Et donc il me fait une passe au pied,
- 14:12je lui renvoie la balle du plat du pied.
- 14:17Et là,
- 14:17patatras !
- 14:18C'est cool !
- 14:20Je l'ai encore en tête,
- 14:21tu dis,
- 14:22il y a une collègue qui sort les cheveux au vent et l'écume aux lèvres.
- 14:26Elle hurle sur le garçon.
- 14:28Elle hurle sur l'enfant,
- 14:29l'appelant par son prénom,
- 14:30en lui disant,
- 14:31je ne me souviens plus exactement des termes,
- 14:33mais je l'avais noté à l'époque.
- 14:34Humiliation.
- 14:35Humiliation,
- 14:35mais qu'est-ce que tu fais ?
- 14:37Depuis combien de temps tu es dans cette école ?
- 14:39Est-ce que tu ne connais toujours pas les règles ?
- 14:40Ce n'est pas possible.
- 14:41Et en fait,
- 14:42je comprends,
- 14:43parce que l'enfant m'explique après,
- 14:44qu'on,
- 14:45dans cette cour de récréation,
- 14:45on n'a pas le droit de jouer au foot,
- 14:47on n'a pas le droit de se faire des passes au pied et que c'est uniquement à la main.
- 14:51J'imagine parce que la cour est petite,
- 14:52pour éviter les accidents,
- 14:54j'en sais rien.
- 14:54Bon,
- 14:54c'était la règle de l'école et je la connaissais pas.
- 14:57Sauf qu'elle lui parle,
- 14:58mais comme un...
- 14:59Sauf qu'elle lui parle extrêmement mal.
- 15:01Moi,
- 15:02je suis un peu prise de cours,
- 15:04donc je lui dis,
- 15:05non,
- 15:05mais c'est de ma faute,
- 15:06c'est moi qui lui ai demandé de me faire une passe.
- 15:07Et là,
- 15:07elle se retourne vers moi,
- 15:08elle fait,
- 15:08non,
- 15:09mais toi,
- 15:09t'es nouvelle,
- 15:09tu peux pas savoir,
- 15:10mais lui,
- 15:10il sait très bien.
- 15:11Donc,
- 15:12elle s'adresse à lui comme si c'était...
- 15:15Je ne saurais pas le dire.
- 15:17Je vois,
- 15:17en fait,
- 15:17la détresse de cette femme qui,
- 15:19clairement,
- 15:20est fatiguée de répéter les mêmes choses,
- 15:23qui,
- 15:23peut-être,
- 15:23a du mal à asseoir son autorité.
- 15:26Je vois sa détresse à elle,
- 15:27en fait.
- 15:27Et je me dis,
- 15:28waouh,
- 15:28elle en est arrivée à ça de...
- 15:33Je ne sais même pas comment finir ma phrase.
- 15:34Je me dis,
- 15:34mais la pauvre,
- 15:35en fait.
- 15:36Comment on en arrive là ?
- 15:37Le changement d'attitude,
- 15:39c'est-à-dire avec toi.
- 15:40Deux secondes avant,
- 15:42il était souriant.
- 15:43Il était souriant.
- 15:43Il était ouvert.
- 15:44Il était ouvert,
- 15:44exactement.
- 15:45Et il s'est fermé comme une huître.
- 15:46Oui,
- 15:47il s'est fermé comme une huître.
- 15:48Il a ravalé sa colère.
- 15:50Il a ravalé sa colère.
- 15:51Il a marmonné quelque chose dans sa barbe.
- 15:54Et c'est pourquoi il t'a dit qu'il y ait l'habitude.
- 15:57Et quand je suis allée le voir,
- 15:58je lui ai dit,
- 15:58écoute,
- 15:58je suis absolument désolée.
- 15:59Parce que je trouvais que c'était...
- 16:02Il fallait que je m'excuse auprès de tous les adultes en général,
- 16:05que quelqu'un lui parle sur ce temps.
- 16:06Ça m'avait vraiment choquée.
- 16:07Donc je lui ai dit,
- 16:07écoute,
- 16:08je suis vraiment désolée.
- 16:09qui ont écrit dessus parce que je ne connaissais pas la règle.
- 16:11Et si j'avais su,
- 16:12je ne t'aurais jamais demandé de me faire une passe au pied.
- 16:15Et il m'a répondu,
- 16:18oui,
- 16:18mais je suis habituée.
- 16:19En gros,
- 16:20on parle toujours comme ça ici.
- 16:21Et ça,
- 16:22ça m'a vraiment choquée.
- 16:23Je me suis dit,
- 16:23waouh,
- 16:24cet enfant qui s'était ouvert est redevenu l'enfant,
- 16:27finalement,
- 16:27que j'avais peur de rencontrer quand je m'étais imaginée dans cette cour de CM2,
- 16:32en me disant,
- 16:33je vais me retrouver face à des enfants qui me parlent mal,
- 16:36qui me répondent.
- 16:37Et en fait,
- 16:37il s'est fermé.
- 16:38Et j'ai vu sa colère et je me suis dit,
- 16:40oui,
- 16:40là,
- 16:41s'il pète un câble contre un autre enfant,
- 16:42ça ne sera pas étonnant,
- 16:43en fait.
- 16:44Alors que c'est juste un enfant qui ne demande qu'à s'amuser et qui était heureux d'être en lien.
- 16:51Et moi,
- 16:51j'étais très heureuse d'être en lien et j'étais contente d'être sa maîtresse à ce moment-là.
- 16:55C'est ça.
- 16:56Alors,
- 16:57tu décris le déroulement encore de la journée.
- 17:00Tu dis que cette même personne va demander à ta classe de s'arranger.
- 17:06et la manière dont elle s'est adressée à eux tous.
- 17:10c'était je ne sais pas qui enlève ton pouce de ta bouche t'as plus l'âge de faire ça ta capuche je t'avais dit et puis silence en hurlant comme ça en fait elle pensait me rendre service parce que comme je débutais dans le métier que j'étais un peu jeune,
- 17:27un peu larguée elle s'est dit bon ben je vais l'aider à avoir un rang avec des élèves en rang 2 par 2 parce que elle ne va jamais s'en sortir Merci.
- 17:33Alors que déjà,
- 17:34moi,
- 17:34une classe qui se déplace en nuage et pas en rang 2 par 2,
- 17:37ça me va très bien à partir du moment où ils marchent doucement et qu'ils chuchotent.
- 17:40Voilà,
- 17:41je n'ai pas besoin qu'ils soient 2 par 2.
- 17:43Ça,
- 17:43c'est un autre sujet.
- 17:47Et je me suis dit,
- 17:48mais comment elle peut espérer obtenir 2 qui obtempèrent et qui aient un climat de classe serein après ça ?
- 17:55Une fois,
- 17:56moi,
- 17:56si on me crie dessus,
- 17:58qu'on m'insulte,
- 17:58qu'on m'humilie.
- 17:59Je n'aurais pas envie d'apprendre quoi que ce soit.
- 18:01Je n'aurais pas envie de m'asseoir comme il faut,
- 18:02derrière une chaise,
- 18:04sortir mon cahier et puis recopier une leçon.
- 18:06Jamais.
- 18:07J'aurais envie de me rebeller,
- 18:08c'est sûr.
- 18:09Et là,
- 18:09c'est une prise de conscience majeure.
- 18:11Là,
- 18:11tu as mal.
- 18:12Là,
- 18:12j'ai mal pour tout le système.
- 18:13J'ai mal pour les élèves,
- 18:14pour les profs,
- 18:16parce qu'on n'est pas formés,
- 18:19parce que je me dis qu'il y a du boulot.
- 18:24J'ai presque envie de dire que tu as décidé de vraiment kiffer l'école.
- 18:29qui fait l'école et pour toi,
- 18:30pour tes élèves,
- 18:32pour les parents que tu vas rencontrer,
- 18:34parce que ça,
- 18:35c'est un enjeu aussi qui est super important.
- 18:37On n'apprend pas aux gens de s'adresser aux parents,
- 18:40c'est tout un art.
- 18:42Et puis,
- 18:42si possible,
- 18:43de transmettre autour de toi à quelques personnes qui sont réceptives,
- 18:48notamment des instituteurs ou des collègues à toi qui sont réceptifs.
- 18:53Tout n'est pas rose.
- 18:55Tout le monde n'est pas encore...
- 18:56en mesure d'entendre le message,
- 18:58mais tu le fais et tu as une résonance incroyable parce que le nombre de personnes qui t'écoutent régulièrement depuis tant d'années est exponentiel et ça dénote simplement de l'importance du sujet.
- 19:11Oui,
- 19:12c'est vrai.
- 19:12C'est un sujet qui touche au cœur.
- 19:15C'est un sujet qui touche chaque parent.
- 19:18Ce sont les paroles qu'on recherche.
- 19:22C'est comme ça où on a envie d'accéder à l'école.
- 19:25C'est vrai que parfois,
- 19:25je reçois des messages vraiment très,
- 19:27très touchants de personnes qui me disent
- 19:30« j'ai écouté ce que vous avez dit,
- 19:32je l'ai appliqué,
- 19:32c'est incroyable comme ça marche et je vous remercie parce qu'avant,
- 19:35telle situation,
- 19:36c'était conflictuel avec mon enfant ou j'avais pour habitude de m'énerver quand il se passait ça et depuis que j'ai essayé ça,
- 19:43c'est fou parce que la classe est beaucoup plus calme et ça me fait vraiment,
- 19:46vraiment plaisir parce que tout ce que j'ai découvert quand je l'applique et que je vois que ça marche,
- 19:49je me dis « mon Dieu,
- 19:50ce n'est pas sorcier en fait » .
- 19:52tellement contente de pouvoir le transmettre et de l'avoir appris,
- 19:55moi,
- 19:55dans mes petites formations personnelles,
- 19:57je tiens à le préciser parce que,
- 19:59comme ce n'est pas enseigné encore à l'éducation nationale,
- 20:01c'est vrai qu'il a fallu que je me forme par moi-même.
- 20:03Là,
- 20:03aux prochaines vacances,
- 20:04je me refais un petit stage en communication,
- 20:07justement.
- 20:08Ah wow,
- 20:08tu me racontes.
- 20:10Communication non-violente.
- 20:12Enfin,
- 20:13j'écoute des podcasts comme le tien,
- 20:14aussi.
- 20:16Donc,
- 20:16c'est des facteurs humains,
- 20:17en fait.
- 20:18Oui,
- 20:18toujours.
- 20:18Toujours.
- 20:19On revient toujours là.
- 20:20Mais...
- 20:21Avant d'entrer dans le livre
- 20:23« Kiffer l'école » ,
- 20:24j'ai envie de te poser la question.
- 20:25Est-ce que tu kiffes l'école maintenant,
- 20:27Émilie ?
- 20:28Alors,
- 20:28aujourd'hui,
- 20:29j'ai passé une excellente matinée.
- 20:31On est mercredi,
- 20:31donc je n'ai travaillé que le matin.
- 20:33Et vraiment,
- 20:33j'ai kiffé.
- 20:33J'ai kiffé les interactions avec mes élèves,
- 20:35le travail que je leur ai proposé.
- 20:37C'était bien ciblé,
- 20:38ça intéressait tout le monde.
- 20:40Les enfants étaient au travail,
- 20:41super.
- 20:41Et de temps en temps,
- 20:42il y a des journées où je me dis « Waouh,
- 20:44combien de temps je vais tenir dans ce métier ? »
- 20:46Donc,
- 20:46c'est assez fluctuant,
- 20:47mais globalement,
- 20:48la balance est plutôt positive.
- 20:50Donc,
- 20:50oui,
- 20:51je kiffe ce métier parce qu'en ce moment,
- 20:53j'ai des conditions excellentes.
- 20:57J'ai une classe dédoublée,
- 20:58c'est-à-dire qu'ils sont 14.
- 20:59Donc,
- 20:59ça,
- 20:59c'est exceptionnel.
- 21:01Et je crains,
- 21:02l'année prochaine,
- 21:02il y a des suppressions de classes.
- 21:04Donc,
- 21:04il est tout à fait possible que je repasse à une classe à plus de 25.
- 21:08Et ça,
- 21:08ça m'inquiète vraiment.
- 21:10Donc là,
- 21:10j'ai vraiment des bonnes conditions de travail.
- 21:12Je m'entends bien avec mes collègues.
- 21:16L'inclusion,
- 21:17c'est un vrai sujet aussi.
- 21:19Et cette année,
- 21:20dans l'école,
- 21:20les enfants qui ont besoin d'être accompagnés ont des AESH.
- 21:25Certaines années,
- 21:27quand c'est compliqué,
- 21:28que les collègues ne sont pas remplacés,
- 21:29qu'on est tous fatigués,
- 21:32qu'on est très nombreux dans les classes.
- 21:34Rappelle-moi tes niveaux.
- 21:35En maternelle,
- 21:38ça change tous les ans.
- 21:39Et cette année ?
- 21:40Cette année,
- 21:40j'ai des grandes sections.
- 21:41C'est des grandes sections.
- 21:42Donc,
- 21:42tu les prépares pour passer aux primaires.
- 21:44Voilà,
- 21:44il faut aller au CP.
- 21:45Avec des interactions qui doivent être juste incroyables.
- 21:48Entre eux,
- 21:48avec moi,
- 21:49c'est très chouette.
- 21:50C'est vraiment très sympa.
- 21:52Et donc,
- 21:54est-ce qu'il y a des sujets de prédilection actuellement ?
- 21:57Parce que dans le livre,
- 21:58il y a plein de sujets que j'ai envie d'aborder avec toi.
- 22:00Quelles sont les choses qui te tiennent à cœur en ce moment ?
- 22:03Alors,
- 22:03en ce moment,
- 22:04avec mes élèves,
- 22:06la phrase que je sors,
- 22:07c'est « je comprends » .
- 22:08Est-ce que tu penses que tu pourrais le dire autrement ?
- 22:10Est-ce qu'on peut réussir ?
- 22:11Je comprends ton énervement,
- 22:12je comprends ta colère,
- 22:13je comprends ton conflit.
- 22:14D'accord,
- 22:15il s'est passé ça,
- 22:16donc je mets des mots sur ce que l'enfant m'explique.
- 22:19Actuellement,
- 22:20je ne prends pas position.
- 22:21Et ensuite,
- 22:21je lui dis,
- 22:23est-ce que tu pourrais dire ce dont tu as besoin à telle personne ?
- 22:27Et je leur demande de parler en girafe.
- 22:29Donc ça,
- 22:29je reprends l'écoute de la CNV,
- 22:31de la communication non-violente.
- 22:33Quand on parle en chacal,
- 22:34on s'aboie dessus,
- 22:35on s'agresse.
- 22:36Tu as fait ci,
- 22:36tu as fait ça.
- 22:38Ça se passe très mal généralement parce qu'on n'a qu'une seule envie,
- 22:40c'est d'aboyer en retour.
- 22:41Et donc la girafe,
- 22:43elle,
- 22:44va parler avec le cœur,
- 22:45va essayer de se mettre à la place de l'autre,
- 22:47ou en tout cas utiliser des mots qui ne vont pas mettre d'huile sur le feu.
- 22:52J'apprends aux enfants à formuler qu'ils soient mécontents,
- 22:57c'est une chose,
- 22:57mais qu'ils arrivent à formuler leur mécontentement de manière à ne pas blesser l'autre et surtout à pouvoir résoudre le conflit.
- 23:03Donc,
- 23:05ça va donner...
- 23:08Oui,
- 23:08mais je l'ai tapé parce que si ça,
- 23:11de toute manière,
- 23:11il n'est pas gentil.
- 23:12Et puis en plus,
- 23:12à chaque fois que je fais ça,
- 23:13je fais « Attends,
- 23:14excuse-moi. »
- 23:16Toi,
- 23:16ce que tu aimerais,
- 23:16c'est ça.
- 23:17Est-ce que tu peux tout simplement lui dire « Je n'aime pas quand on s'assied sur ma chaise. »
- 23:23Je donne un exemple au hasard.
- 23:25« S'il te plaît,
- 23:26la prochaine fois,
- 23:27demande-moi. »
- 23:28Je les aide à reformuler et on essaie de se parler en girafe.
- 23:31On parle de ce qu'on ressent,
- 23:32on en parle de nos besoins.
- 23:34Et on essaie de formuler tout simplement...
- 23:37Une demande qui est entendable par l'autre.
- 23:39Est-ce que ça veut dire que toutes les classes,
- 23:41à partir du moment où tu les prends en début d'année jusqu'à la fin de l'année,
- 23:45maintenant tu as établi un petit programme avec des choses à redire à toutes les classes ?
- 23:50Tout à fait.
- 23:50Et une formation à faire du début de l'année jusqu'à la fin de l'année pour qu'ils finissent l'année à tes côtés en ayant acquis des bases de communication et de facteurs humains ?
- 24:00Tout à fait.
- 24:01C'est ça ?
- 24:01Alors,
- 24:01ce n'est pas très structuré.
- 24:03C'est pas aussi structuré que la façon dont tu as l'habitude.
- 24:05J'aimerais te dire,
- 24:06oui,
- 24:06oui,
- 24:06j'ai un petit protocole et je peux te montrer mes fiches de préparation et mes séquences,
- 24:10etc.
- 24:12C'est pas aussi structuré,
- 24:14mais oui,
- 24:15dès le premier conflit en classe,
- 24:16j'arrête tout.
- 24:17Et on part de là.
- 24:18C'est-à-dire que j'attends qu'il y ait une agression verbale,
- 24:21qu'il y ait un geste violent pour dire,
- 24:24ok,
- 24:24là,
- 24:24j'aimerais qu'on s'arrête.
- 24:25On va se regrouper tout à l'heure,
- 24:27si c'est pas le moment,
- 24:28et on va reparler de ce qui s'est passé.
- 24:29Et donc,
- 24:29on parle d'un incident.
- 24:31Et ensuite,
- 24:31on se met d'accord sur des règles de vie.
- 24:33Donc,
- 24:33généralement,
- 24:33je sors deux affiches.
- 24:34Je vais prendre un stylo vert,
- 24:36un stylo rouge ou alors une affiche rouge,
- 24:38une affiche verte.
- 24:39Et je vais leur proposer de me dire tout ce qu'ils aimeraient qu'on ait le droit de faire dans la classe et tout ce qu'on n'a pas le droit de faire.
- 24:44Ils adorent parce qu'évidemment,
- 24:45quand il y en a un qui dit « on n'a pas le droit de tirer les cheveux » ,
- 24:48ok.
- 24:48Donc,
- 24:48je dessine quelqu'un qui se fait tirer les cheveux.
- 24:51Du coup,
- 24:51il y en a un autre qui va dire « on n'a pas le droit de cracher,
- 24:52on n'a pas le droit de faire ci,
- 24:53on n'a pas le droit de faire ça » .
- 24:54Donc,
- 24:54ils s'en donnent à cœur joie.
- 24:55Ils sortent toutes les horreurs possibles,
- 24:57imaginales.
- 24:58J'en dessine plein.
- 24:59Donc,
- 24:59ça,
- 24:59c'est ce qu'on appelle la classe rouge.
- 25:01Et dans la classe verte ?
- 25:02ils ont souvent moins d'idées,
- 25:04donc les aident quand même,
- 25:05et je leur dis,
- 25:06on peut se parler poliment,
- 25:07on peut dire tout ce qu'on pense à condition qu'on se dit bonjour le matin,
- 25:11quand on descend les escaliers,
- 25:12le groupe reste ensemble,
- 25:13et donc dans la classe rouge,
- 25:15je dessine des enfants éparses,
- 25:17un dans le couloir,
- 25:18un en haut de l'escalier,
- 25:19et donc je leur explique pourquoi j'ai besoin de pouvoir en permanence voir tout le groupe quand on se déplace,
- 25:23et on se met d'accord sur les règles de vie de base,
- 25:27et puis ça je peux le compléter au fur et à mesure de l'année.
- 25:30nouvelle chose qui apparaît,
- 25:31on va l'inscrire sur le tableau.
- 25:32Et puis j'ai un petit carnet aussi,
- 25:34enfin un petit cahier que j'appelle le cahier des émotions,
- 25:36que je vais leur présenter assez rapidement,
- 25:38où je leur propose là de nouveau,
- 25:41c'est un cercle,
- 25:41on se met en mode réunion,
- 25:44mode discussion,
- 25:45soit on tire des chaises et puis soit on s'assied par terre.
- 25:48Et je pars d'une image inductrice où on voit un enfant qui exprime une émotion forte,
- 25:53soit une émotion agréable,
- 25:54de la joie,
- 25:55de l'excitation,
- 25:56soit une émotion...
- 25:58un peu plus difficiles,
- 25:58comme de la tristesse ou de la jalousie.
- 26:01Et puis,
- 26:01je leur demande ce qu'ils voient,
- 26:02ce qu'ils en pensent,
- 26:03est-ce que ça leur est déjà arrivé,
- 26:04comment on pourrait nommer cette émotion,
- 26:06qu'est-ce qui la déclenche et de quoi on a besoin quand on se sent comme ça,
- 26:09que ce soit dans un sens ou dans l'autre,
- 26:12pour aller mieux.
- 26:14Et ça,
- 26:15ils me font une dictée à l'adulte.
- 26:16Donc,
- 26:17je note,
- 26:18je leur pose des questions et j'écris ce qu'ils me disent.
- 26:20Et ensuite,
- 26:21ils font un dessin pour expliquer une scène qu'ils ont vécue et qui s'apparente à cette émotion.
- 26:26Donc,
- 26:26on apprend vraiment à mettre des mots sur les émotions,
- 26:29à les exprimer.
- 26:30Il n'y en a aucune qui est taboue.
- 26:32Donc,
- 26:33on parle aussi des émotions dont on parle peu,
- 26:36comme la convoitise.
- 26:38Peut-être pas ce mot-là en maternelle,
- 26:40mais la jalousie,
- 26:41la honte.
- 26:43Et dès qu'un enfant tombe et que j'en entends rigoler,
- 26:46j'arrête la classe.
- 26:47Je me retourne et je dis,
- 26:49alors moi,
- 26:49quand je tombe,
- 26:50les enfants,
- 26:51déjà,
- 26:51un,
- 26:51ça me fait mal.
- 26:52Je me sens un peu honteuse.
- 26:53Mais si en plus on rigole,
- 26:54je me sens encore plus mal.
- 26:55Donc je vous demande s'il vous plaît.
- 26:57Et en fait,
- 26:58je donne aussi la clé de comment on fait pour être en empathie avec quelqu'un,
- 27:00mais il y a quelque chose à faire derrière.
- 27:01C'est pas juste,
- 27:02je me moque pas,
- 27:02parce que parfois quand on rigole,
- 27:03bon ben c'est sorti.
- 27:04Qu'est-ce que je fais quand un enfant tombe ?
- 27:06Ben je vais le voir et je lui demande est-ce que ça va ?
- 27:07Tu t'es fait mal ?
- 27:09C'est tout.
- 27:09Donc la prochaine fois que quelqu'un tombe,
- 27:10les enfants,
- 27:11pensez-y,
- 27:11demandez-lui est-ce que ça va,
- 27:12est-ce que tu t'es fait mal,
- 27:13vous pouvez tendre la main,
- 27:14vous pouvez venir me chercher.
- 27:15Il y a plein de choses qu'on peut faire quand quelqu'un pleure,
- 27:17quand quelqu'un...
- 27:18Et ça,
- 27:18si on leur dit pas...
- 27:19Qu'est-ce qu'on fait quand un enfant se fait insulter par un autre et qu'il y en a trois qui rigolent ?
- 27:24C'est pas évident,
- 27:25puisque si tout le monde rigole,
- 27:26moi aussi peut-être que si je rigole,
- 27:28c'est ça qu'il faut faire.
- 27:28Donc tout le monde rigole et puis c'est le début du harcèlement finalement.
- 27:31ok donc je comprends que de toute façon dans la vie d'une classe il y a tout
- 27:37tellement d'occasions d'aborder tous ces sujets-là et que ce n'est même pas la peine de choisir un jour pour parler particulièrement de ça,
- 27:45sauf par exemple pour la gestion des émotions,
- 27:48où tu fais une activité,
- 27:50presque un atelier avec tout un petit groupe.
- 27:53Qui est inscrit dans mon emploi du temps,
- 27:54du coup.
- 27:55Mais l'idée,
- 27:55c'est de prendre chaque occasion de la vie de classe pour en faire un enseignement et de ne pas laisser passer les choses.
- 28:04de dire exactement ce qu'on attend d'eux.
- 28:06Et ce que j'entends,
- 28:07c'est aussi les règles,
- 28:08il faut les écrire avec eux.
- 28:10On les écrit ensemble,
- 28:11parce qu'il faut qu'ils les comprennent.
- 28:12Ce n'est pas quelque chose que je leur impose.
- 28:14Évidemment,
- 28:15je sais où je vais et qu'il y a certaines règles où je ne transigerai pas.
- 28:19Mais on les pose.
- 28:20On les pose ensemble et je m'assure que tout le monde a compris.
- 28:23Et quand un enfant transgresse une des règles,
- 28:25parce que ça va forcément arriver,
- 28:26je ne le punis pas,
- 28:28je ne dis pas c'est insupportable.
- 28:29On avait dit que je vais parler à tes parents.
- 28:31Ça,
- 28:32ce n'est pas possible.
- 28:32Ça ne sert à rien.
- 28:33En fait,
- 28:33si je dis ça,
- 28:34il va juste se sentir encore plus mal.
- 28:35Et puis,
- 28:36moi,
- 28:36je sais d'expérience.
- 28:37Quand j'étais enfant et que j'entendais un adulte,
- 28:38blablabla,
- 28:39hop,
- 28:40je mets mes mains sur les oreilles.
- 28:43Oh là là,
- 28:43ça y est,
- 28:44c'est une litanie qui est partie.
- 28:45J'en ai pour cinq minutes et puis après,
- 28:46ça ira mieux.
- 28:47Donc,
- 28:48ça n'a aucun sens.
- 28:49L'enfant,
- 28:49il n'est pas en train d'écouter à ce moment-là.
- 28:51Par contre,
- 28:52je lui dis,
- 28:52viens voir,
- 28:53on va après des affiches et je lui montre.
- 28:55Je lui fais,
- 28:55tu vois,
- 28:55ce comportement-là,
- 28:56il est plutôt classe rouge pour telle raison.
- 28:58Donc,
- 28:58j'explique.
- 28:59Ce que j'attends de toi,
- 29:00c'est ça,
- 29:00classe verte.
- 29:01Est-ce qu'il y a des différences de transmission quand les petits sont en petite section par rapport à la grande section ?
- 29:09Ou est-ce que c'est la même chose ?
- 29:11Tous les enfants sont capables de comprendre.
- 29:13Tous les enfants sont capables de comprendre.
- 29:14Et je pense que très tôt,
- 29:16ils désapprennent l'empathie.
- 29:18Parce que c'est terrible,
- 29:20mais je crois qu'il y a des expériences qui ont été faites.
- 29:22Un enfant de
- 29:2312-13 mois,
- 29:23si vous faites tomber votre fourchette à côté de lui,
- 29:25va se baisser pour vous la ramasser.
- 29:27Spontanément,
- 29:27ils ont envie de rendre service.
- 29:28Vous avez un bobo,
- 29:29il va regarder,
- 29:30il va vous regarder,
- 29:30il va souffler dessus,
- 29:31il va avoir envie de vous aider.
- 29:33Et en fait,
- 29:33on désapprend assez rapidement.
- 29:35Je pense que la première fois qu'on se prend une fessée qu'on ne pense pas mériter,
- 29:39ça doit bien donner envie d'arrêter aussi d'être empathique parce que ce n'est pas juste en fait.
- 29:45Donc oui,
- 29:45dès trois ans,
- 29:46dès deux ans et demi à la maternelle,
- 29:47quand je les accueille,
- 29:49ces enfants-là,
- 29:49ils sont tout à fait capables d'entendre
- 29:51« Ah bah tiens,
- 29:52tu peux faire ça au lieu de faire ça » .
- 29:53D'accord,
- 29:54donc l'empathie,
- 29:55elle est plutôt naturelle.
- 29:56De ce que j'ai compris,
- 29:57de ce que j'ai appris,
- 29:58oui.
- 29:58D'accord.
- 29:59Tout à fait.
- 30:00Alors,
- 30:01est-ce qu'on peut commencer par cette appréhension ou cette connaissance des facteurs humains ?
- 30:09Dans les facteurs humains,
- 30:10on dit qu'il faut d'abord commencer par soi et c'est ce que tu as fait.
- 30:14Au départ,
- 30:14tu étais tellement frustrée de tout ce qu'il y avait autour de toi qui ne correspondait pas à tes valeurs.
- 30:20Et au départ,
- 30:21c'était instinctif.
- 30:22C'est par la formation et par le fait de te renseigner
- 30:26et te former,
- 30:27qu'au final,
- 30:27tu as consolidé tes instincts et tu en as modifié plein d'autres.
- 30:31Bien sûr.
- 30:32Il y a plein de choses qu'on fait naturellement,
- 30:34qu'on a l'impression de faire bien et qu'on fait mal.
- 30:36Et puis surtout,
- 30:38parce qu'il y a plein de choses qu'on ne peut pas modifier autour de nous.
- 30:41Et le plus simple,
- 30:42c'est de commencer par soi.
- 30:43Tout à fait.
- 30:43Quelles sont les choses qui ont changé chez toi au départ,
- 30:47Émilie,
- 30:48comme institutrice ?
- 30:49Ton regard,
- 30:50par exemple,
- 30:50à l'enfant difficile.
- 30:52Alors ça,
- 30:52c'est venu plus tard.
- 30:55J'allais dire,
- 30:55la première chose que j'ai mise en place,
- 30:57qui est quand même très facile à mettre en place,
- 30:59c'est un truc mnémotechnique des Canadiens que j'adore,
- 31:02qui est le soda.
- 31:04C'est comme si vous alliez prendre un soda,
- 31:05S-O-D-A,
- 31:07S c'est stop,
- 31:08O c'est j'observe,
- 31:09D je décide,
- 31:10et A j'agis.
- 31:12Et d'attendre,
- 31:14de me laisser un petit temps avant de réagir pour être dans l'action et pas dans la réaction,
- 31:19ça je l'ai très vite mis en place.
- 31:20C'est-à-dire qu'un pot de peinture est renversé devant moi,
- 31:23même si l'enfant fait exprès.
- 31:24Je ne vais pas tout de suite dire quelque chose ou me lever.
- 31:28Je soda,
- 31:29stop.
- 31:30Du coup,
- 31:31je me vois en train de regarder l'action et ça me permet de prendre un temps de recul et de ne pas surréagir.
- 31:37Et de ne pas du coup priver aussi l'enfant de la possibilité de réparer son erreur ou de s'excuser ou d'aller chercher une éponge.
- 31:47C'est pas mal aussi de laisser le temps à l'enfant qui réalise ce qu'il vient de faire.
- 31:50Il vient de taper,
- 31:52sauf évidemment s'il y a quelqu'un qui est en danger.
- 31:54Là,
- 31:54dans ces cas-là,
- 31:54j'y vais et je sépare les protagonistes.
- 31:57Mais si un enfant vient de s'énerver ou vient de jeter une chaise,
- 32:00stop.
- 32:01Je le regarde,
- 32:02on se regarde,
- 32:02ça nous laisse à tous un temps de...
- 32:04Ok,
- 32:05j'observe.
- 32:06Ok,
- 32:06la chaise est par terre,
- 32:07le pot de peinture est renversé.
- 32:08Qu'est-ce que je décide de faire ?
- 32:09Est-ce que je décide d'intervenir tout de suite ?
- 32:11Est-ce que je termine la phrase ?
- 32:12Est-ce que je suis en train de faire avec l'enfant avec qui je suis ?
- 32:15Et rien que de faire ça,
- 32:16ça crée un climat vachement plus apaisé pour tout le monde parce que je ne suis pas la maîtresse qui va tout de suite faire « Stop !
- 32:22Quoi ?
- 32:22Qu'est-ce qu'il y a ?
- 32:23Arrête ! »
- 32:23Je suis celle qui va peut-être dire « Arrête ! »
- 32:25mais qui va d'abord faire
- 32:27« Ah non,
- 32:27là tu t'arrêtes. »
- 32:28Mais juste avant,
- 32:29je me serais dit
- 32:30« Ah,
- 32:30ok,
- 32:31qu'est-ce que je fais ? »
- 32:32Voilà,
- 32:32donc ça,
- 32:32c'est tout bête.
- 32:34Le soda.
- 32:35Oui,
- 32:35et après...
- 32:37Et pour l'élève qui a des comportements perturbateurs,
- 32:42une des choses...
- 32:43Tu ne sors pas de tes gants ?
- 32:44Comment tu te déroules ?
- 32:44Comment je ne sors pas de mes gants ?
- 32:46Déjà,
- 32:48je me dis que je suis un stit,
- 32:50que je suis professeur des écoles,
- 32:51et que là,
- 32:52j'ai quelque chose à enseigner.
- 32:53Donc,
- 32:53l'enfant a un comportement qui me déplaît,
- 32:54certes,
- 32:55mais ce n'est pas lui,
- 32:55ce n'est pas l'enfant qui est insupportable.
- 32:57Le geste...
- 32:58peut-être insupportable.
- 33:02Mais c'est le geste,
- 33:02en fait.
- 33:03À partir du moment où c'est son geste qui est inadmissible et pas lui qui est inadmissible,
- 33:06déjà,
- 33:06j'ai un regard vachement plus positif parce que lui,
- 33:08ça veut dire que si je m'adresse à lui d'une certaine façon,
- 33:10il va être en mesure de changer son geste.
- 33:12Alors que si je dis de lui,
- 33:13t'es insupportable,
- 33:15quelle violence,
- 33:16cet enfant.
- 33:18Et si je me mets à lui parler en chacal,
- 33:22il va coller probablement à l'étiquette que je lui colle.
- 33:26Et qu'est-ce que c'est dur de changer son comportement quand quelqu'un te dit « mais t'es un petit voleur » ,
- 33:31plutôt que
- 33:32« je vois que t'avais très envie de la petite voiture » .
- 33:35« Je vois que t'as très envie de la petite voiture et que c'est pour ça qu'elle est dans ta poche » ,
- 33:39c'est très différent que « mais ça suffit de voler,
- 33:41tu vas pas voler tous les jours » .
- 33:43Donc c'est une façon aussi de se dire « ok,
- 33:45le geste,
- 33:45c'est vrai que ça peut sembler insupportable qu'un enfant prenne un objet et le mette dans sa poche,
- 33:50mais en vrai,
- 33:52ça part peut-être d'une pulsion,
- 33:53ça s'explique,
- 33:54ça se travaille » .
- 33:56Ça s'appelle en fait de ne pas se jeter sur un objet dont on a très envie.
- 33:59C'est une occasion d'apprentissage.
- 34:00C'est une occasion d'apprentissage.
- 34:01Donc l'enfant dit insupportable,
- 34:03pour moi,
- 34:03c'est plutôt un enfant qui,
- 34:06pour l'instant,
- 34:06n'est pas en mesure d'appliquer les règles de vie de la classe.
- 34:09Qu'est-ce que je vais pouvoir faire ?
- 34:11Déjà,
- 34:11je vais garder le lien,
- 34:12je ne vais pas le casser,
- 34:15je ne vais pas me moquer,
- 34:16je ne vais pas l'insulter,
- 34:17je ne vais pas le gronder,
- 34:17je ne vais pas le punir.
- 34:19Je vais me mettre en lien avec lui,
- 34:20donc je vais essayer de comprendre quelle est sa dynamique à lui,
- 34:24qu'est-ce qui a pu le pousser à faire ça.
- 34:26peut-être qu'il s'est senti agressé,
- 34:27peut-être qu'il a envie que je le vois ou que je le regarde.
- 34:29Il y a peut-être un milliard de raisons pour lesquelles il a fait son geste.
- 34:32Et puis après,
- 34:34je vais essayer de modéliser,
- 34:36lui dire ce que j'attends de lui,
- 34:37plutôt que de lui répéter ce que je ne veux absolument pas qu'il fasse.
- 34:40C'est beaucoup plus fort de dire,
- 34:41écoute,
- 34:42je vois que tu adores cette petite voiture,
- 34:44tu sais quoi,
- 34:44je te la prête demain,
- 34:45je te demande de la ranger ici,
- 34:46parce que je voudrais qu'elle soit dans la classe à tout moment,
- 34:49pour que tout le monde puisse s'en servir.
- 34:50Mais comme tu l'aimes beaucoup...
- 34:53je ne sais pas trouver une solution avec lui.
- 34:54C'est là qu'on fait de la négociation.
- 34:55Quand je lisais des livres de négociation,
- 34:57c'est « Ok,
- 34:57je vois que tu en as envie.
- 34:58Moi,
- 34:58je dis que ce n'est pas possible.
- 34:59Quelqu'un d'entendre,
- 35:00on va trouver pour que tu sois satisfait,
- 35:02que je sois satisfaite. »
- 35:03Oui,
- 35:03il y a une partie du livre où tu parles d'apprendre aux enfants à gérer la frustration parce que ça fait partie de la maturité d'un enfant.
- 35:12Au début,
- 35:13il ne sait pas gérer sa frustration.
- 35:15Et donc,
- 35:16comment accompagner un enfant dans cet apprentissage ?
- 35:19Il y a un truc que j'aime bien,
- 35:20c'est que tu dis que euh euh
- 35:22Il faut être vachement bienveillant envers les enfants qui sont en cours de cet apprentissage-là.
- 35:27Il suffit de penser à nous quand on n'arrive pas à obtenir quelque chose qu'on veut vraiment très fort,
- 35:32c'est quelque chose qui fait mal.
- 35:34Donc,
- 35:35se mettre au niveau de l'enfant,
- 35:36lui prendre la main,
- 35:37dire qu'on comprend sa frustration,
- 35:39c'est bien,
- 35:40de la nommer,
- 35:43et quand il arrive à la surpasser ou à patienter,
- 35:47mettre cet effort en valeur,
- 35:49encourager et renvoyer du positif.
- 35:53L'autre chose à laquelle je pense,
- 35:54c'est tous ces enfants qui sont catalogués depuis le début de leur scolarité comme enfants difficiles,
- 36:00avec cette étiquette qui est transmise d'année en année,
- 36:03de prof en prof,
- 36:05jusqu'à la conviction même des parents.
- 36:07C'est ça.
- 36:09Il est irrécupérable cet enfant.
- 36:11Et ça,
- 36:13c'est comme en hypnose,
- 36:15nous on dit la suggestibilité,
- 36:16c'est-à-dire...
- 36:17Il peut être autre chose cet enfant.
- 36:19Lui-même,
- 36:20il ne peut pas...
- 36:20Oui,
- 36:20lui,
- 36:22le pouvoir d'être autre chose que ce qu'on lui a,
- 36:26ce à quoi on l'a condamné.
- 36:27On l'a assigné,
- 36:27exactement.
- 36:28Et c'est là où je trouve qu'on a un rôle très,
- 36:29très fort,
- 36:30c'est justement de lui suggérer,
- 36:31lui dire dans d'autres moments,
- 36:32mais regarde là,
- 36:33tu fais exactement ce qu'on attend de toi,
- 36:35bravo.
- 36:35Et parfois,
- 36:35c'est des petites choses insignifiantes.
- 36:37C'est,
- 36:37ah,
- 36:37tu as accroché ton manteau au porte-manteau,
- 36:39je te félicite.
- 36:40Alors que cinq minutes plus tôt,
- 36:42il a tiré des cheveux,
- 36:43jeté des trucs,
- 36:45lui montrer qu'à des moments,
- 36:46il se comporte exactement comme c'est attendu.
- 36:48Et bravo,
- 36:48je suis fière de toi,
- 36:49je te vois.
- 36:50Dans ce moment-là,
- 36:50je te vois.
- 36:50Je te vois quand tu fais quelque chose,
- 36:52quand tu es en réussite.
- 36:53Et ça fait du bien à l'enfant peut-être qu'il se dit finalement,
- 36:56j'ai peut-être pas besoin de tirer des cheveux pour qu'on me remarque.
- 36:59Puisqu'on peut aussi me remarquer à d'autres moments.
- 37:00Mais si systématiquement,
- 37:02on lui fait que des remarques négatives et des retours négatifs,
- 37:04qu'est-ce que c'est dur pour lui aussi de changer son comportement ?
- 37:08Et ça me fait penser,
- 37:10tout à l'heure,
- 37:10tu me disais que ça commençait aussi par moi-même.
- 37:13Une chose très importante que je voulais rajouter,
- 37:15c'est qu'il faut accepter de voir ce qu'on fait mal aussi pour progresser.
- 37:21Et que ça ait la prise de...
- 37:23Quand j'ai réalisé qu'il y avait des choses qui étaient absolument contre-productives que je faisais,
- 37:28ce n'était pas très agréable.
- 37:30Donc,
- 37:30il y a un moment aussi,
- 37:30il faut se regarder dans le miroir et se dire,
- 37:32oh là,
- 37:33là je déconne en fait.
- 37:34Quand je réponds comme ça,
- 37:36je pourrais faire mieux.
- 37:37Et à partir du moment où on met le doigt sur ce qu'on fait de mal,
- 37:40mais ça aussi,
- 37:41il faut que quelqu'un soit là pour nous dire,
- 37:42tiens,
- 37:42tu sais,
- 37:43là,
- 37:43quand tu dis ça,
- 37:44voilà telle résonance que ça peut avoir sur l'enfant.
- 37:46Donc,
- 37:47ces mots-là,
- 37:47ils sont importants parce que si tu les utilises comme ça,
- 37:50ça peut faire ça comme effet.
- 37:51Et je ne me rendais pas forcément compte quand tu dis à un enfant,
- 37:55oh,
- 37:56mais t'es un petit cochon,
- 37:56là,
- 37:57parce qu'il a cochonné son travail.
- 37:59C'est violent,
- 38:00en fait,
- 38:00d'entendre t'es un petit cochon.
- 38:01Alors,
- 38:01c'est peut-être pas de la violence,
- 38:03mais pour l'enfant,
- 38:04par rapport à son estime de lui,
- 38:06Ce n'est pas facile.
- 38:07Ça peut briser un petit quelque chose.
- 38:09Ça peut briser l'envie de réessayer,
- 38:10par exemple,
- 38:11quand on essaye de faire de la copie et qu'on rate et que quelqu'un dit,
- 38:15il n'est pas joli,
- 38:16joli ton travail.
- 38:17Quand on fait un peu de sarcasme comme ça,
- 38:19le sarcasme,
- 38:19je pense que j'employais du sarcasme sans m'en rendre compte et sans savoir que c'était dur à entendre pour l'enfant.
- 38:25Et donc,
- 38:27quand je m'entends,
- 38:28parfois,
- 38:28je me dis,
- 38:29tu peux faire mieux.
- 38:30Et ça,
- 38:30c'est le premier travail aussi,
- 38:32c'est de s'écouter et de voir là où on fait mal.
- 38:34Oui.
- 38:35Et je pensais aussi à notre rôle,
- 38:37qui est vraiment tellement important.
- 38:39J'imagine,
- 38:40alors là,
- 38:40je m'imagine une situation où vous êtes en train de faire de la pâtisserie avec un enfant et que l'enfant qui est à côté de vous veut absolument mettre ses doigts sur les gâteaux,
- 38:47veut mettre du sucre glace,
- 38:49je ne sais quoi.
- 38:50Et donc là,
- 38:51tout était prêt à aller au four,
- 38:52puis lui,
- 38:52il vient faire tap,
- 38:53tap,
- 38:54tap dedans.
- 38:55Vous n'avez qu'une seule envie,
- 38:55c'est de lui dire,
- 38:56arrête,
- 38:56arrête,
- 38:56arrête,
- 38:57non,
- 38:57mais ça suffit,
- 38:58c'est agaçant parce que là,
- 38:58regarde,
- 38:59on avait terminé.
- 39:00et quand,
- 39:00c'est fou parce que
- 39:02On est en train de demander à l'enfant d'apprendre la patience.
- 39:04On aimerait qu'il soit patient,
- 39:05on aimerait qu'il soit délicat.
- 39:06Et qu'est-ce qu'on lui montre comme exemple ?
- 39:08C'est arrête,
- 39:08stop,
- 39:09ça m'énerve.
- 39:10Donc en fait,
- 39:11au lieu de lui dire,
- 39:12je vois que tu as très envie,
- 39:13tiens,
- 39:13je te donne un petit bout de pâte,
- 39:15fais ce que tu veux avec ce morceau-là,
- 39:16mais s'il te plaît,
- 39:17celui-là,
- 39:17on n'y touche pas.
- 39:19Au lieu de lui modéliser la patience,
- 39:21la douceur et le calme,
- 39:22on voudrait qu'il apprenne de lui-même qu'il faut qu'il soit patient,
- 39:26tout en lui montrant qu'on est hyper impatient et que ça nous agace.
- 39:28Et ça,
- 39:28c'est fou et ça,
- 39:29je m'entends très souvent.
- 39:30être impatiente et agacée,
- 39:32alors que justement,
- 39:32c'est ce que je voudrais que l'enfant apprenne.
- 39:34Et c'est fou,
- 39:35parce que si on ne se regarde pas faire ça,
- 39:37on va le refaire et le refaire à l'infini.
- 39:40Moi,
- 39:40je trouve ça dur quand même.
- 39:41C'est très difficile,
- 39:42mais si on s'intéresse à ça,
- 39:44on s'entend.
- 39:45On s'entend.
- 39:46C'est ça.
- 39:47Autant avec un adulte,
- 39:49on a moins d'impulsivité,
- 39:51moins d'actes comme ça,
- 39:52spontanés.
- 39:53Moi,
- 39:53je compare par rapport à,
- 39:55par exemple,
- 39:55mon exercice ou mon activité.
- 39:57Je me dis,
- 39:58envers des adultes,
- 40:00moins d'effets comme ça où tu as besoin de dire ah non,
- 40:03ne bougez pas ou ne faites pas ça parce que ça ne va pas dans le sens où tu vas.
- 40:07Donc,
- 40:08j'ai beaucoup plus de possibilités et le temps et les ressources pour dire à un adulte ce que j'ai envie de dire avec la patience qui est nécessaire.
- 40:16Mais à un enfant,
- 40:18c'est un challenge continu.
- 40:20Alors,
- 40:20je n'imagine même pas quand il est en A14 ou
- 40:25A25. Il faut faire d'ailleurs.
- 40:26Ça me fait penser à ton premier chapitre où tu dis Merci.
- 40:30que quand même le métier d'un site est un métier particulier.
- 40:34C'est un métier de vigilance continue,
- 40:38c'est-à-dire que c'est et physique et psychologique.
- 40:41Une séance avec 25 élèves où il faut faire preuve de patience,
- 40:46comme tu dis,
- 40:47je peux entendre que certains de tes collègues disent « Non mais attends,
- 40:51c'est de la théorie,
- 40:52on pratique mais on n'est pas des surhommes,
- 40:54comment on peut faire ? »
- 40:55Je comprends très bien qu'on ne puisse pas faire ce métier.
- 40:58Quand on rentre,
- 40:59très bien.
- 41:00Après,
- 41:00moi,
- 41:01il faut aussi se rappeler qu'un enfant,
- 41:04ça a des gestes incertains.
- 41:05C'est salissant d'avoir 5 ans.
- 41:08Oui,
- 41:08ça va en mettre partout.
- 41:11Ils passent par l'expérience.
- 41:12Donc,
- 41:12ils vont avoir envie de toucher.
- 41:13Ils vont avoir envie de retourner,
- 41:15de pousser.
- 41:16C'est normal,
- 41:16en fait.
- 41:17Et un enfant,
- 41:17ça bouge.
- 41:17Et oui,
- 41:19c'est maladroit un enfant.
- 41:20Ils ont leur terminaison nerveuse qui ne sont pas finies au bout des doigts.
- 41:24Quand ils tiennent quelque chose en main,
- 41:25ça ne tient pas aussi bien que quand c'est nous qui le tenons en main.
- 41:28Donc,
- 41:28il faut s'attendre à ça.
- 41:29Je pense qu'il faut aussi désapprendre l'envie que tout soit propre,
- 41:31bien rangé,
- 41:32bien placé.
- 41:34C'est forcément un peu le chaos.
- 41:36C'est pour ça que ce n'est peut-être pas pour tout le monde.
- 41:39Mais il faut se détendre par rapport à ça,
- 41:40c'est sûr.
- 41:41Un enfant,
- 41:42ça bouge,
- 41:43ça répond,
- 41:45ça triture,
- 41:47ça malaxe.
- 41:48Du coup,
- 41:49ça me fait penser au lâcher-prise.
- 41:50Et dans ton livre,
- 41:52le lâcher-prise,
- 41:53tu l'as associé à une anecdote.
- 41:54C'est quand tu as eu une inspectrice qui était venue.
- 41:57Oui.
- 41:57Tout à fait.
- 41:58Et qui a regardé toutes les œuvres,
- 42:01les jolies œuvres des dessins des enfants.
- 42:04C'était très joli.
- 42:07C'était des...
- 42:07Des arbres d'automne.
- 42:09Des empreintes de main à la peinture qui devaient figurer des arbres d'automne.
- 42:13C'était vraiment ma première année.
- 42:15Volontiers,
- 42:15donc c'était ma première année.
- 42:16Et moi,
- 42:18j'imaginais...
- 42:19J'avais 31 élèves de petite section.
- 42:20C'était même plus que
- 42:2125. C'était très sport.
- 42:23Mais j'étais jeune et très heureuse d'être là.
- 42:27Et donc,
- 42:27je m'étais dit,
- 42:28pour que ça soit réussi,
- 42:29il faut bien qu'on voit chaque empreinte de main.
- 42:31Et donc,
- 42:32chaque enfant va prendre trois fois de la peinture orange,
- 42:34trois fois de la peinture marron,
- 42:35les couleurs d'automne et le tronc d'arbre.
- 42:37On va le faire comme ça.
- 42:39Et je pense que peut-être la SEM qui travaille avec moi ou moi avons manqué de vigilance à un moment donné,
- 42:44parce qu'il y a un enfant qui clairement a dû travailler seul et sa production était vraiment dégoûtante.
- 42:49C'est-à-dire qu'il avait dû taper dix fois dans la peinture orange alors qu'on avait dit que trois fois dans la peinture orange.
- 42:54Et au final,
- 42:55son arbre était dégoulinant.
- 42:56Et il ressemblait très peu à un arbre,
- 42:58mais plastiquement.
- 42:59Et pourtant,
- 43:00j'ai fait une école d'art,
- 43:01donc j'avais l'œil averti.
- 43:04Il était génial,
- 43:05ce travail.
- 43:05Il était vibrant.
- 43:07Il avait quelque chose.
- 43:08Et puis surtout,
- 43:09il était très personnel,
- 43:10alors que les autres,
- 43:10c'était vraiment la réplique du modèle de la maîtresse.
- 43:13Mais comme je débutais,
- 43:14je pense que j'avais en tête qu'il fallait que ça ressemble au modèle.
- 43:17Et cette inspectrice est passée devant les productions qui étaient joliment affichées dans le couloir et a dit,
- 43:21si j'avais le temps,
- 43:22je vous dirais pourquoi je trouve que cette œuvre-là est la plus intéressante.
- 43:25et que probablement vous pensez que c'est la plus ratée.
- 43:27Et là je fais,
- 43:27s'il vous plaît,
- 43:28prenez le temps,
- 43:29ça m'intéresse vraiment,
- 43:30parce que je pense qu'elle avait aussi mis le doigt sur un truc que je percevais,
- 43:33mais que je n'arrivais pas à identifier.
- 43:35Et elle m'a dit,
- 43:36là je crois que c'est vraiment la seule production,
- 43:38on peut dire que l'enfant a travaillé seul,
- 43:39n'est-ce pas ?
- 43:40Et je me suis dit,
- 43:40mais elle a tellement raison,
- 43:42mais merci,
- 43:43merci de me l'avoir dit,
- 43:44merci de m'avoir permis de m'autoriser de la liberté en arts plastiques.
- 43:48Je ne sais pas d'où me venait l'idée qu'il fallait que les productions se ressemblent,
- 43:51pour qu'elles soient réussies.
- 43:52Aujourd'hui,
- 43:53ça n'a rien à voir.
- 43:54Mes séances d'art pectiniques,
- 43:56tout le monde s'éclate.
- 43:57Et moi y compris.
- 43:58Il n'y a pas deux réponses pareilles de mes élèves.
- 44:01Il y a des évidences comme ça.
- 44:03Il faut des leçons pour les comprendre.
- 44:06Et puis surtout,
- 44:07il faut que quelqu'un vous renvoie ce que vous avez l'habitude de faire et ce qui n'est pas forcément souhaitable.
- 44:14Je voulais parler d'alliance thérapeutique pour l'importance des mots.
- 44:18Parce que par rapport aux patients,
- 44:21c'est
- 44:21tellement important ce qu'on dit et des fois,
- 44:24même la,
- 44:26comment dire,
- 44:27sans parler de violence ou de maltraitance,
- 44:29il y a des mots qui sont malheureux,
- 44:32qui partent d'une bonne intention et qui peuvent avoir un effet nocebo.
- 44:36Quand on veut parler de la douleur,
- 44:39quand on suggère des choses,
- 44:41il vaut mieux suggérer plutôt les bonnes que de faire penser à la douleur ou faire penser à des choses qui ne sont pas confortable.
- 44:50Un bon rétablissement,
- 44:51ça va mieux que « attention,
- 44:53ça ne va pas faire mal » .
- 44:54C'est ça.
- 44:55Il faut changer les mots et les remplacer par des mots qui sont plutôt à consonance positive pour suggérer des choses sympas.
- 45:04Et donc,
- 45:05du coup,
- 45:05dans le jargon,
- 45:06nous,
- 45:06on dit « saupoudrer » .
- 45:07Saupoudrer de jolis mots parce qu'avec ça et grâce à ça,
- 45:13on apporte un plus.
- 45:14Notre communication est un vrai plus.
- 45:17Et je vois tout à fait ça chez l'enfant.
- 45:20Bien sûr.
- 45:21Un mot malheureux est un mot qui fait mal.
- 45:26Et un mot joliment saupoudré va amener un sourire énorme.
- 45:29Et l'enfant sera tellement plus réceptif à n'importe quelle demande après avoir justement été valorisé par un petit mot.
- 45:35Tout à l'heure,
- 45:36il faisait du vélo dans la cour,
- 45:37mes élèves,
- 45:38et il y a une enfant qui voulait absolument que je la regarde faire ci sur la trottinette,
- 45:41regarde maîtresse,
- 45:41regarde maîtresse.
- 45:43Et plusieurs fois,
- 45:44je lui ai dit,
- 45:45oui,
- 45:45je regarde et j'ai dit son prénom.
- 45:47Et en fait,
- 45:47ça lui faisait tellement...
- 45:48plaisir que je dise « je te vois machine,
- 45:52machine je regarde » .
- 45:53Et ce n'était pas grand-chose de ma part,
- 45:55mais je sentais qu'à ce moment-là,
- 45:56elle avait besoin que je la regarde,
- 45:58que je la vois.
- 45:59La reconnaissance.
- 46:01Et j'aurais pu faire « hum hum,
- 46:02hum hum » .
- 46:03Mais non,
- 46:04en fait,
- 46:04j'ai rajouté juste ce petit mot,
- 46:05juste dire son prénom.
- 46:07Et de la présence.
- 46:08Et de la présence,
- 46:08oui,
- 46:08bien sûr.
- 46:09Il n'y avait rien d'autorétique.
- 46:12C'était vrai,
- 46:13c'était réel.
- 46:14Donc,
- 46:14au fait,
- 46:15je me dis qu'en pédagogie,
- 46:17il n'y a pas
- 46:17probablement un effet placebo.
- 46:19Comment ça se fait ?
- 46:22Et d'ailleurs,
- 46:22ça fait partie des choses dont tu parles dans le livre.
- 46:25C'est-à-dire que tu dis que,
- 46:27par exemple,
- 46:27ton fils,
- 46:28il t'a dit « Maman,
- 46:30cette année,
- 46:31t'inquiète pas,
- 46:31j'aurai des mauvaises notes en maths parce qu'on a M.
- 46:34un tel cette année. »
- 46:36Il faut que tu saches que l'année prochaine,
- 46:38ça va bien se passer,
- 46:39j'aurai de bonnes notes.
- 46:40Mes notes vont remonter parce que j'aurai Mme Picou.
- 46:43C'est dingue,
- 46:44ça,
- 46:44non ?
- 46:44C'est fou.
- 46:45Quand une matière conditionne,
- 46:48quand un prof conditionne les notes et les résultats.
- 46:51Les gens qui ont des carrières parce qu'ils ont croisé telle personne qui leur a donné envie d'être biologiste alors qu'ils n'avaient pas forcément...
- 46:59choisi cette orientation,
- 47:00mais que cette personne-là leur a transmis quelque chose.
- 47:03Et souvent,
- 47:03on a juste transmis la confiance en soi,
- 47:07je crois en toi,
- 47:08je te vois,
- 47:09t'es important,
- 47:11tu as de la valeur.
- 47:12Ah,
- 47:12d'ailleurs,
- 47:12ça me fait penser,
- 47:14la vidéo qui a eu le plus de vues,
- 47:16des millions de vues,
- 47:18l'histoire que tu as racontée sur les notes.
- 47:21Alors,
- 47:21est-ce que tu peux me rafraîchir la mémoire que je produis tellement ?
- 47:25Je sais,
- 47:25mais il y en a une qui a eu un succès fou.
- 47:27Elle est très émouvante parce que c'est une...
- 47:30Les commentaires des bulletins scolaires.
- 47:32Oui,
- 47:32exactement.
- 47:33Tu veux la raconter ?
- 47:35Alors,
- 47:35bien,
- 47:35volontiers.
- 47:36Il y a une petite fille dans ma classe que j'ai appelée Charlotte dans la vidéo qui avait beaucoup de difficultés en langage,
- 47:44en écriture,
- 47:45pour dénombrer.
- 47:47On était en CP et c'était une de mes premières classes.
- 47:50C'était la première fois que j'avais un CP.
- 47:51C'est la première fois que je remplissais des bulletins scolaires.
- 47:55Et j'ai rempli mes bulletins scolaires.
- 47:57Et ensuite,
- 47:57j'ai appelé ma sœur qui était prof depuis plus longtemps que moi.
- 47:59Et je lui ai lu les appréciations pour qu'elle me fasse un retour.
- 48:02Elle m'a dit,
- 48:03« Ouais,
- 48:03Émilie,
- 48:04alors tu vas tout effacer,
- 48:05tu vas recommencer. »
- 48:06Je fais,
- 48:07« Mais pourquoi ? »
- 48:07Elle fait,
- 48:07« Parce qu'il faut absolument que tu écrives quelque chose de positif pour chacun d'entre eux. »
- 48:11Les notes parlent d'elles-mêmes,
- 48:12donc ça ne sert à rien de casser un enfant.
- 48:15Ça va être écrit noir sur blanc,
- 48:16ça va aller suivre toute leur scolarité.
- 48:18Les parents vont le lire,
- 48:19donc tu recommences,
- 48:20en fait.
- 48:21Et je lui dis,
- 48:21mais pour tous,
- 48:22même pour ceux qui s'ennulent partout,
- 48:23il me fait surtout pour ceux qui s'ennulent partout.
- 48:25Et donc,
- 48:26je reprends mes bulletins.
- 48:28Et au lieu d'écrire,
- 48:29peu mieux faire des choses,
- 48:30des phrases toutes faites que j'ai pu lire,
- 48:31moi,
- 48:32sur mes propres bulletins.
- 48:34Je pensais que c'est comme ça qu'il fallait faire,
- 48:35parce que là encore,
- 48:36on n'a pas de formation là-dessus.
- 48:37Donc,
- 48:37je reprends et je dis,
- 48:38un tel a beaucoup d'imagination.
- 48:40Je trouve des choses positives à lire sur tout le monde.
- 48:42Et quand j'arrive à la fameuse petite Charlotte,
- 48:44je me dis,
- 48:44waouh,
- 48:45là,
- 48:45ça va être compliqué,
- 48:46mais qu'est-ce que je vais pouvoir dire ?
- 48:48Parce que franchement,
- 48:49elle chute dans tout.
- 48:51toutes les compétences ont chuté et là je me figure son visage,
- 48:54son sourire et j'écris Charlotte est un rayon de soleil pour la classe continue tes efforts ton sourire illumine notre CP ça m'élimine c'est fou en fait je trouve que c'est la vidéo qui a fait le plus pleurer et en fait l'histoire s'arrête pas là parce
- 49:09qu'ensuite j'ai remis le bulletin à son père et son père quand il a lu l'appréciation a pleuré lui-même il avait les larmes aux yeux donc là j'ai vu un monsieur qui était plus âgé que moi parce que je débutais
- 49:19Et ça m'a fait quelque chose quand même de voir ce monsieur pleurer qui m'a dit,
- 49:22vous savez pas le bien que ça fait de lire une appréciation positive sur ma fille.
- 49:26C'est la première fois depuis qu'elle est rentrée à l'école que je lis quelque chose de positif.
- 49:29Et j'avais rien mis d'autre,
- 49:30j'avais mis que ça parce qu'il savait très bien qu'elle galérait en lecture.
- 49:34Et donc j'ai rajouté,
- 49:36je lui ai dit oui,
- 49:37mais vous savez,
- 49:38elle est vraiment géniale votre fille.
- 49:39Et puis j'ai continué à dire des choses positives sur son enfant.
- 49:42Alors elle a continué de galérer,
- 49:44cette petite fille,
- 49:45ça n'a pas été miraculeux.
- 49:45mais je pense que ce jour-là,
- 49:46le papa est reparti en disant ma fille...
- 49:48est chouette,
- 49:49c'est chouette,
- 49:49plutôt que oh là là,
- 49:50ma fille galère.
- 49:51Donc ça,
- 49:51c'était déjà un premier point positif.
- 49:54Et ce qui est vraiment chouette,
- 49:54c'est que cette jeune femme maintenant m'a contactée sur les réseaux et m'a écrit un mot extrêmement touchant.
- 50:01Du coup,
- 50:01dans la vidéo,
- 50:02je lis le mot où elle me remercie pour ma pédagogie et qu'elle est heureuse de voir que je continue à transmettre parce que ça lui avait fait beaucoup de bien cette année-là et qu'elle avait apprécié ce que j'avais,
- 50:12enfin,
- 50:13qu'elle se souvenait encore de ce que j'avais écrit dans son bulletin.
- 50:16Mais oui,
- 50:16je suis désolée.
- 50:18Je suis en train de dissocier là pour ne pas pleurer.
- 50:22Et ça m'a énormément touchée parce que c'était tellement beau comme reconnaissance.
- 50:26Puis des années plus tard,
- 50:27c'était juste deux phrases dans un bulletin,
- 50:30dans la vie de quelqu'un.
- 50:31C'est vraiment rien du tout.
- 50:34Et donc,
- 50:35le fait qu'elle m'ait retrouvée,
- 50:36qu'elle m'ait écrit ça,
- 50:37que ce papa ait pleuré,
- 50:39que ma sœur m'ait dit « change tout,
- 50:41recommence » ,
- 50:42je me remercie à elle.
- 50:44Et c'est là que je me suis dit mais c'est fou comme les mots ont...
- 50:47tellement d'importance et que ça peut vraiment changer le parcours d'une fille.
- 50:50Et cette jeune femme,
- 50:51je me suis toujours dit,
- 50:52même quand elle était enfant,
- 50:53cette enfant,
- 50:54elle va rendre des gens heureux,
- 50:55c'est sûr.
- 50:55Parce qu'elle le fait déjà.
- 50:57C'est ça,
- 50:57son super pouvoir.
- 50:58Et puis après,
- 50:59clairement,
- 50:59elle m'a écrit un message.
- 51:00Donc,
- 51:00elle a appris à lire et à écrire.
- 51:01Peut-être que ça a été un petit peu plus long.
- 51:03Mais elle a tellement de choses à offrir au monde et elle a tellement de compétences par ailleurs.
- 51:08Et c'est dur parce que certaines compétences très scolaires,
- 51:11elles ne sont pas accessibles du premier abord à tout le monde.
- 51:14Et ça ne veut pas dire qu'on n'a pas énormément de valeur.
- 51:16Exact.
- 51:20Comment je peux enchaîner là ?
- 51:23Alors,
- 51:26il y a la relation des parents.
- 51:28C'est une relation extrêmement spéciale.
- 51:30Tu vois,
- 51:31moi,
- 51:31je fais l'analogie avec la relation avec les familles de patients.
- 51:35Et là,
- 51:36tu en parles très bien parce que tu dis que c'est une relation ascendante.
- 51:40Parce qu'au fait,
- 51:41il faut prendre en compte les parents qui te...
- 51:44confies ce qu'ils ont de plus cher au monde.
- 51:46Qui te le laissent.
- 51:48Et surtout à cet âge-là.
- 51:50Bien sûr,
- 51:50à l'âge où souvent ils n'ont jamais été dormir chez quelqu'un d'autre,
- 51:54à part les grands-parents,
- 51:55peut-être que personne ne les a gardés.
- 51:57Et là,
- 51:57tout d'un coup,
- 51:57ils vont passer la journée entière avec une inconnue.
- 52:00Et s'ils perdent son doudou,
- 52:01et s'ils doivent aller aux toilettes,
- 52:02et qui va l'essuyer ?
- 52:04Et ils ont plein d'interrogations qui sont tout à fait valables,
- 52:07et ils n'ont aucune réponse,
- 52:08parce qu'en plus le fait est qu'ils ne rentrent pas dans l'école.
- 52:10Ou très peu.
- 52:11Tu dis que c'est une boîte close.
- 52:13C'est une boîte close,
- 52:13oui.
- 52:14Avec un jargon et puis un...
- 52:17C'est un microcosme,
- 52:18c'est très particulier.
- 52:19Les codes de l'école aussi et tous les parents d'élèves ne sont pas non plus au fait de ce qui se passe dans une école,
- 52:23de ce qu'on attend d'un élève,
- 52:25de ce que c'est qu'être élève,
- 52:26de ce que c'est qu'être parent d'élève.
- 52:27Ce que c'est que la vie de classe,
- 52:29la collectivité pour l'enseignement qui apprend tout.
- 52:32C'est ça.
- 52:33Et alors,
- 52:33tu ouvres les portes,
- 52:35tu donnes la possibilité d'ouvrir les portes.
- 52:38En tout cas,
- 52:38tu les invites,
- 52:39tu dis que quand ils ont besoin,
- 52:41ils peuvent.
- 52:42D'ailleurs,
- 52:42tu dis qu'ils ne sont pas tous là à venir tous les matins rester avec toi.
- 52:46au final.
- 52:47Le fait de savoir seulement qu'ils en ont la possibilité,
- 52:50si jamais ils en éprouvaient le besoin,
- 52:52ça ouvrait déjà de la confiance,
- 52:55du lien.
- 52:57J'allais mettre le mot confiance,
- 52:58parce que je pense que toi aussi,
- 52:59en médecine,
- 53:00avec les familles,
- 53:00c'est ça,
- 53:01c'est qu'en fait,
- 53:02les proches d'une personne malade,
- 53:04ils ont envie de savoir qu'ils peuvent te faire confiance.
- 53:07Et moi,
- 53:07c'est pareil.
- 53:07Le meilleur moyen pour qu'ils aient confiance en moi,
- 53:09c'est de leur dire,
- 53:10venez,
- 53:10je n'ai rien à cacher,
- 53:10venez voir comment ça se passe.
- 53:12Comme ça,
- 53:12vous vous faites une idée,
- 53:14et puis ça sera peut-être plus facile pour vous aussi.
- 53:16Je fais beaucoup de sorties scolaires aussi,
- 53:18donc les parents ont l'occasion de nous accompagner en sortie scolaire.
- 53:21C'est chouette.
- 53:21Ça,
- 53:21c'est des moments de partage et de connaissance.
- 53:24Il y a aussi,
- 53:26il faut l'avouer,
- 53:27beaucoup de sujets de conflit,
- 53:28parce qu'ils ont des difficultés aussi personnelles dans la gestion et l'éducation de leurs enfants,
- 53:35qui se confrontent à la tienne,
- 53:37que quand ils viennent en classe.
- 53:39Je veux dire qu'il y a des règles,
- 53:41par exemple,
- 53:41en classe,
- 53:42avec la collectivité,
- 53:43qu'ils finissent par accepter.
- 53:45Alors même que...
- 53:46au sein de la famille,
- 53:47les règles ne sont pas forcément bien suivies par l'enfant.
- 53:51Et donc,
- 53:51il y a des heurts.
- 53:53Il y a des fois,
- 53:54ça ne fonctionne pas.
- 53:57Entre les parents et moi ?
- 53:58C'est-à-dire le passage entre l'enfant qui n'arrive pas à obéir aux parents,
- 54:04même si ce terme est un petit peu à prendre entre parenthèses,
- 54:07les règles ne sont pas appliquées par l'enfant au sein de la famille même,
- 54:11alors même que ça se passe bien au niveau de l'école.
- 54:15Oui,
- 54:15il y a tous les cas de figure.
- 54:16Il y a des enfants qui vont avoir un comportement exemplaire en classe,
- 54:19mais qui effectivement font la vie dure aux parents.
- 54:22Et inversement,
- 54:23des parents qui me disent mais à la maison,
- 54:24ça se passe très bien,
- 54:24il n'y a aucun souci.
- 54:26Et moi,
- 54:26en classe,
- 54:26j'ai un enfant qui va transgresser absolument toutes les règles possibles,
- 54:30imaginables.
- 54:31Il y a vraiment tous les cas de figure.
- 54:33Alors,
- 54:34tu dis que faire obéir les enfants,
- 54:36ce n'est pas naturel pour une institutrice.
- 54:38Ce n'est pas parce que tu es prof d'école que forcément...
- 54:43L'autorité...
- 54:45Oui,
- 54:46je t'en prie.
- 54:46Excuse-moi.
- 54:48L'autorité n'est pas naturelle.
- 54:49Ce n'est pas parce qu'on met la cape de prof le matin qu'on va avoir de l'autorité qui va jaillir de toi naturellement.
- 54:58Absolument.
- 54:59C'est un apprentissage.
- 55:00C'est un apprentissage.
- 55:01Et je pense même que ce n'est même pas une question d'autorité.
- 55:03C'est ça qui est fou.
- 55:04C'est-à-dire que parfois,
- 55:05on me dit « Oui,
- 55:05mais toi,
- 55:06c'est facile pour toi.
- 55:06Tu as de l'autorité naturelle. »
- 55:08Je me dis...
- 55:08C'est quoi de l'autorité naturelle ?
- 55:10Je ne crois pas être autoritaire,
- 55:11en tout cas,
- 55:11c'est sûr que non.
- 55:12Qu'est-ce que ça veut dire de l'autorité naturelle ?
- 55:14Je pense que je suis juste très au clair avec ce qui est permis,
- 55:16ce qui n'est pas permis,
- 55:17et ce sur quoi je ne transgiserai pas.
- 55:19Je crois que j'arrête d'utiliser ce mot.
- 55:22Les règles non négociables.
- 55:23Il y a des choses qui sont non négociables,
- 55:25et ça m'arrive très souvent de devoir répéter à un enfant,
- 55:28« Je t'ai déjà répondu,
- 55:29ma réponse ne changera pas. »
- 55:31Et en fait,
- 55:31je vais le dire avec un ton de voix très assertif.
- 55:34Ma pensée,
- 55:35ma voix,
- 55:35ma parole,
- 55:36tout ça,
- 55:36c'est aligné.
- 55:38Je suis congruence.
- 55:40Je suis congruence.
- 55:42Voilà,
- 55:42tu m'as demandé si c'était possible.
- 55:44Eh bien,
- 55:44je t'ai dit non.
- 55:45Et c'est tout.
- 55:46En fait,
- 55:46point final,
- 55:47il n'y a pas de discussion possible.
- 55:49Et je pense que certains parents,
- 55:50parfois,
- 55:50c'est difficile pour eux.
- 55:51Parce qu'on parlait des parents tout à l'heure.
- 55:53Parce que quand tu as un seul enfant avec toi et qu'il te dit,
- 55:56s'il te plaît,
- 55:56est-ce que je peux juste cinq minutes ?
- 55:58Oui,
- 55:58bon,
- 55:58vas-y.
- 55:59Mais moi,
- 55:59j'en ai 25,
- 56:0030 parfois.
- 56:01Non,
- 56:02si je dis non,
- 56:02c'est non.
- 56:03Ce n'est pas pour t'embêter.
- 56:04C'est parce que là,
- 56:05le groupe exige qu'on descende tous en même temps ou qu'on respecte tel horaire.
- 56:11Pour moi,
- 56:11avoir de l'autorité,
- 56:12ce n'est pas vraiment avoir de l'autorité,
- 56:13c'est juste être très au clair sur ce qui est permis et pas permis.
- 56:15En fait,
- 56:17les règles sont quand même données à l'avance.
- 56:19Très souvent.
- 56:20À l'avance,
- 56:21elles sont faites avec eux.
- 56:22C'est-à-dire qu'ils participent à la mise en place,
- 56:26la rédaction,
- 56:27le fait de schématiser les règles,
- 56:29d'en parler auparavant.
- 56:30qui fait que tout le monde est au clair de...
- 56:33de ce qui est attendu d'eux.
- 56:35Et puis,
- 56:36l'intérêt et l'enjeu est expliqué,
- 56:37parce que c'est aussi ça.
- 56:39Il faut que les enfants sachent pourquoi on leur demande ça,
- 56:42quel est l'intérêt derrière cette injonction,
- 56:45pour qu'ils comprennent l'intérêt.
- 56:46Ça marche mieux quand on comprend l'intérêt.
- 56:49Et une fois que tout ça s'est fait,
- 56:51on explique que ce n'est pas négociable et que ça fait partie de l'intérêt de la collectivité,
- 56:57point à la ligne.
- 56:57Oui,
- 56:58ou de...
- 56:59Ta sécurité.
- 57:01Quand on dit à un enfant,
- 57:02on s'arrête quand le bonhomme est rouge.
- 57:06Pas besoin d'aller plus loin que ça.
- 57:08On s'arrête quand le bonhomme est rouge.
- 57:09Alors bien sûr,
- 57:09on peut expliquer.
- 57:10Parce que tu risques de te faire renverser.
- 57:13Mais moi,
- 57:14je peux dire la même chose.
- 57:16Je vais utiliser le même ton de voix d'une certaine façon.
- 57:18Si l'enfant donne des coups de pied à un camarade,
- 57:20je fais ah non.
- 57:21Les coups de pied,
- 57:21c'est absolument interdit.
- 57:23Tu peux t'exprimer autrement,
- 57:24tu peux lui dire que tu n'es pas content.
- 57:25Si tu veux,
- 57:26tu peux te mettre de l'autre côté,
- 57:27je vous éloigne,
- 57:28on peut trouver plein de solutions.
- 57:29Mais donner un coup de pied,
- 57:30c'est comme s'arrêter au feu rouge,
- 57:31c'est juste non.
- 57:32Très bien,
- 57:34c'est clair,
- 57:34c'est net.
- 57:36Mais ça ne veut pas dire que je ne les répète pas en permanence.
- 57:38Ce n'est pas parce que j'ai une certaine autorité naturelle,
- 57:42si on appelle ça comme ça,
- 57:43que ça ne me demande pas beaucoup de patience,
- 57:45beaucoup de répétition,
- 57:46beaucoup de ratés,
- 57:47beaucoup d'enfants qui transgressent les règles,
- 57:48etc.
- 57:49Moi,
- 57:50je comprends quand même,
- 57:51après toute cette discussion avec toi,
- 57:53c'est que ça n'a rien de naturel au fait de tout ce travail.
- 57:55Oui,
- 57:56tout ce travail.
- 57:57Si c'était naturel,
- 57:58ça se saurait et on viendrait tous avec notre autorité.
- 58:01Or,
- 58:01ce n'est absolument pas le cas.
- 58:02Tu vois bien que c'est le travail d'une vie.
- 58:05Oui,
- 58:06et puis une chose est sûre aussi,
- 58:07c'est que si on revient sur ce qu'on a dit,
- 58:09on perd toute crédibilité.
- 58:11Donc,
- 58:11il faut aussi,
- 58:12si vous dites non à cinq enfants et qu'il y en a un sixième qui insiste et que pour lui,
- 58:15il vous dit,
- 58:16c'est le sixième,
- 58:17allez,
- 58:18vas-y,
- 58:18fais-le si tu veux.
- 58:19Ben non.
- 58:20C'est-à-dire que si vous dites non à 5,
- 58:21vous dites non à 6,
- 58:21parce que sinon,
- 58:22là,
- 58:22pour le coup,
- 58:22ce n'est pas juste.
- 58:23Et là,
- 58:23vous perdez de crédibilité,
- 58:24vous perdez votre autorité naturelle.
- 58:26Donc parfois,
- 58:27ce n'est pas drôle,
- 58:28mais là,
- 58:29j'ai un exemple ce matin.
- 58:30Franchement,
- 58:30ce n'est pas de chance,
- 58:31mais il y en avait 4 qui devaient passer à la peinture.
- 58:33Pour X raisons,
- 58:34le quatrième n'a pas pu passer.
- 58:36Je lui ai dit,
- 58:36écoute,
- 58:38vas-y maintenant,
- 58:39ça a sonné,
- 58:40donc il n'y a plus eu le temps.
- 58:41Donc l'enfant m'a dit,
- 58:41mais oui,
- 58:41mais tu m'as dit que,
- 58:43et il n'était pas content.
- 58:44J'ai fait,
- 58:44oui,
- 58:45mais ça a sonné,
- 58:45c'est l'heure de la récréation,
- 58:46donc là,
- 58:46on n'a pas le choix.
- 58:47et
- 58:48il a voulu trépigner,
- 58:49et juste,
- 58:50on n'avait pas le choix.
- 58:51Après,
- 58:51j'ai négocié,
- 58:52je lui ai fait,
- 58:52t'inquiète pas,
- 58:52demain matin,
- 58:53la première chose que tu fais,
- 58:54c'est de prendre ta blouse,
- 58:55regarde,
- 58:55ton pinceau est là,
- 58:56ta feuille t'attend,
- 58:57mais là,
- 58:57maintenant,
- 58:58c'est fini.
- 58:59C'est pas possible.
- 59:00Et ce qui est fou,
- 59:01c'est que...
- 59:04Avec moi,
- 59:04en début d'année,
- 59:05ils peuvent pleurer,
- 59:06taper des pieds,
- 59:07se fâcher,
- 59:07renverser des pots de peinture,
- 59:08mais là,
- 59:09on est au mois de bientôt février,
- 59:11plus personne ne se plaint.
- 59:13Quand la maîtresse dit non,
- 59:13c'est non.
- 59:14Ok,
- 59:15clair.
- 59:15Émilie,
- 59:16on va conclure.
- 59:17On pourrait rester des heures.
- 59:21On pourrait encore rester des heures pour tous les parents,
- 59:24tous les gens qui sont passionnés de pédagogie,
- 59:27ceux qui s'intéressent à l'école,
- 59:29à comment ça se passe à l'école,
- 59:32où te retrouver,
- 59:33où t'écouter.
- 59:35Avant de savoir que j'aurais un petit succès,
- 59:37je me suis appelée Kiffé l'école.
- 59:39Et du coup,
- 59:40je m'appelle toujours Kiffé l'école sur les réseaux.
- 59:43J'ai écrit un livre qui s'appelle Kiffé l'école.
- 59:45et puis...
- 59:46Et puis là,
- 59:47je me lance dans les albums de jeunesse.
- 59:48Donc,
- 59:49j'en ai déjà un qui est sorti.
- 59:50Qui s'appelle ?
- 59:51Entre n'aie pas peur.
- 59:52Voilà,
- 59:53qui est derrière toi.
- 59:54Qui est derrière moi.
- 59:55Et il y en a un deuxième en cours d'écriture sur les enfants qui mordent.
- 59:59Oh,
- 59:59wow.
- 1:00:00Donc,
- 1:00:00tout ça,
- 1:00:01c'est des lectures que tu vas pouvoir faire toi-même en classe.
- 1:00:05Oui.
- 1:00:06Et tes consœurs et tes confrères également pourraient profiter de ces histoires-là,
- 1:00:12ainsi que les parents.
- 1:00:13Tout à fait.
- 1:00:13Un énorme merci,
- 1:00:14Émilie.
- 1:00:15C'était un énorme plaisir.
- 1:00:17Un grand merci à toi.
- 1:00:18Je te souhaite beaucoup de succès à ton podcast que je trouve absolument génial.
- 1:00:21Je te remercie tellement.
- 1:00:22Merci,
- 1:00:23Émilie.
- 1:00:28Mes chers amis,
- 1:00:29nos enfants ont des besoins.
- 1:00:32Leurs comportements se transforment.
- 1:00:34Leurs émotions parfois les débordent.
- 1:00:37Et leurs besoins d'appartenance les animent toujours.
- 1:00:41Chaque comportement
- 1:00:42Chaque mouvement intérieur est une occasion d'accompagnement,
- 1:00:46de compréhension et d'enseignement.
- 1:00:50Si ces sujets te passionnent,
- 1:00:52je t'invite à suivre « Qui fait l'école ? »
- 1:00:55sur les réseaux sociaux et n'oublie pas de retrouver Enquête d'accord sur toutes les plateformes d'écoute,
- 1:01:01Apple Podcasts,
- 1:01:01Spotify ainsi que sur Instagram.
- 1:01:05Merci infiniment pour ta fidélité,
- 1:01:07ton écoute et ta présence.
- 1:01:10A très bientôt pour un nouvel épisode.