Latest / En quête d' Accord - L'art d'être en lien / Guillaume Tirtiaux: Episode 2. Se connaître, la Suite.
Transcript
- 0:04enquête d'accord l'art de communiquer et d'être en lien bonjour les amis
- 0:13Dans le premier épisode,
- 0:15nous avons introduit aux facteurs humains et au CRM le Crew Resource Management dans l'aviation civile.
- 0:24Ce sont des formations destinées à progresser dans l'acceptation et la prise en compte des faiblesses du fonctionnement humain qui impactent nos performances individuelles et collectives.
- 0:38Dans ce premier volet,
- 0:40Guillaume Tiersiot nous a familiarisés avec les systèmes cérébraux,
- 0:44avec les modes mentaux.
- 0:46Nous poursuivons dans ce deuxième épisode l'exploration de soi en reprenant le chapitre des effets du stress sur la performance.
- 0:59Excellente,
- 1:00écoute.
- 1:01Pour en revenir à en parler de la gestion du stress,
- 1:05donc tu as
- 1:06proposer la respiration,
- 1:07tu as parlé de la gestion des modes mentaux et il nous restait les positions de perception et ça ça nous vient de la PNL.
- 1:15Oui tout à fait donc les positions de perception,
- 1:17on va reprendre l'exemple de tout à l'heure de cette personne qui s'est intercalée devant nous en voiture.
- 1:22Une manière de réussir à apporter une réponse appropriée et à rester serein ça va être éventuellement de relativiser la réalité de l'autre parce que moi je je me suis senti agressé,
- 1:34mais peut-être que l'autre a...
- 1:35sa bonne raison de se comporter.
- 1:37Et c'est pas peut-être,
- 1:38en fait.
- 1:38L'autre a sa bonne raison de se comporter comme il s'est comporté.
- 1:42Peut-être qu'il a reçu un coup de fil de la directrice de l'école et il a un enfant qui a eu un accident à l'école et il essaie de s'y rendre le plus rapidement possible.
- 1:50Et à partir du moment où j'envisage ce genre de possibilités,
- 1:54tout de suite,
- 1:55c'est pas que je légitime son comportement,
- 1:57mais j'ai davantage de compréhension pour son comportement et ça me permet,
- 2:01moi,
- 2:01de ne pas avoir la réaction inappropriée.
- 2:03Ça nécessite beaucoup d'exercices,
- 2:06beaucoup de travail sur soi,
- 2:09de défaire un petit peu ses façons d'agir,
- 2:13de désapprendre,
- 2:14d'apprendre de nouveaux fonctionnements.
- 2:17Pas mal de boulot,
- 2:18au fait.
- 2:19C'est pas mal de boulot et c'est un boulot,
- 2:21ça nécessite une implication individuelle.
- 2:23Et on le voit dans les formations,
- 2:25donc on propose une partie de ces outils dans les compagnies aériennes.
- 2:30On parlera des compétences d'équipe dans un prochain épisode,
- 2:33mais les compétences d'équipe,
- 2:34on peut facilement les entraîner.
- 2:36sur des cas concrets qui ont été vécus par un équipage et puis on analyse ensemble,
- 2:40on voit comment ce qui a marché,
- 2:41ce qui n'a pas marché,
- 2:42comment on aurait pu faire,
- 2:43etc.
- 2:43Pour ce qui est des compétences individuelles,
- 2:45la connaissance de soi,
- 2:45ça va nécessiter une implication personnelle.
- 2:49Si je veux apprendre à avoir une meilleure tolérance par rapport au stress,
- 2:53à être mieux capable de gérer mon stress dans une situation,
- 2:57Et bien comme tu l'as dit,
- 2:58il va falloir que je décide trois fois par jour pendant cinq minutes de faire de la cohérence cardiaque.
- 3:04On n'a pas parlé aussi,
- 3:05mais quelque chose qui est très efficace,
- 3:07c'est la méditation,
- 3:08la pleine conscience par rapport à la gestion du stress,
- 3:11par rapport à la gestion de la concentration,
- 3:12etc.
- 3:13Mais de nouveau,
- 3:14c'est une démarche individuelle.
- 3:15Personne ne peut le faire à ta place.
- 3:17Exactement,
- 3:18je vais moi décider d'allouer 20 minutes par jour à ça parce que j'ai décidé que c'était important pour moi.
- 3:23Là,
- 3:23je suis en train de lire quelque chose sur l'anxiété et avec une petite citation que j'ai trouvée extrêmement intéressante.
- 3:30On dit « Nous nous réveillons le matin avec l'idée que nous n'avons pas assez dormi.
- 3:35Nous nous endormons le soir avec l'idée que nous n'avons pas assez accompli pendant la journée.
- 3:40Et une grande partie de ce que nous vivons,
- 3:43Entre les deux est dicté par les sentiments de manque et de pénurie.
- 3:48On s'en rend pas compte,
- 3:49on oublie ça.
- 3:50Il y a une twist.
- 3:50Ouais.
- 3:52C'est ça l'anxiété ?
- 3:53En fait l'anxiété,
- 3:55oui elle est très bien expliquée par cette phrase.
- 3:57Ce n'est pas que ça.
- 3:59Il y a des anxiétés qui sont des syndromes d'anxiété généralisée qui sont liés à des événements traumatisants qui ont été vécus dans l'enfance par exemple,
- 4:06etc.
- 4:07Mais l'anxiété...
- 4:11qui plaint sur la société de manière continue,
- 4:16c'est une anxiété qui est liée au fait que nous sommes très souvent ailleurs que là où nous sommes.
- 4:24C'est-à-dire que nous sommes là où nous sommes,
- 4:26mais notre tête est ailleurs.
- 4:28On parlait tout à l'heure des blessures du passé qui vont conditionner nos craintes pour l'avenir.
- 4:33Et pour ce qui est du présent,
- 4:35la plupart du temps,
- 4:36on a certaines choses qu'on voudrait qui ne sont pas là,
- 4:38et certaines choses dont on ne voudrait pas qui sont là.
- 4:41Et donc on est dans une résistance par rapport au présent,
- 4:44dans des blessures du passé,
- 4:48dans des craintes par rapport à l'avenir,
- 4:50et finalement...
- 4:50Le présent ne le vit pas.
- 4:51Le vrai présent ne le vit pas.
- 4:53Et tout ce processus mental crée une anxiété.
- 4:57Parce qu'avoir peur que quelque chose se passe...
- 5:00Dans l'avenir,
- 5:00c'est complètement futile,
- 5:01parce que l'avenir,
- 5:02il ne s'est pas encore produit.
- 5:03Donc,
- 5:03commencer à réfléchir à la manière dont on va éviter le fait que ce qu'on ne veut pas qu'il se produise,
- 5:08se produise,
- 5:09c'est très énergivore et c'est complètement futile.
- 5:15Oui,
- 5:15mais il y a juste cette différence par rapport à l'anticipation,
- 5:19parce qu'il faut quand même anticiper.
- 5:21L'anticipation,
- 5:22c'est différent.
- 5:22L'anticipation,
- 5:23c'est très utile.
- 5:24Notre système 2 nous y aide.
- 5:27Si toi tu vas endormir un patient,
- 5:29hasard,
- 5:31élevé,
- 5:32tu vas voir avec ton équipe quels sont les risques potentiels et quelles sont les stratégies que vous mettrez en place si effectivement un risque se concrétise,
- 5:42si ça se complique.
- 5:43Donc vous allez anticiper,
- 5:44vous allez évaluer,
- 5:45vous allez envisager ensemble un plan B de manière à ce que ça se passe bien et que l'objectif final qui est que le patient sort de la salle d'op et de l'hôpital en meilleur état qu'il n'y est rentré.
- 5:55soit atteint.
- 5:57Mais si je me dis,
- 6:00demain j'ai une réunion de service,
- 6:03et de nouveau j'ai vu l'heure du jour,
- 6:04de nouveau on va aborder ce sujet,
- 6:06et de nouveau ça va dégénérer,
- 6:08parce que moi ce que je voudrais atteindre c'était l'objectif selon telle idée,
- 6:14et je sais que mon collègue il n'est pas de mon avis,
- 6:17et la dernière fois on s'est engueulé,
- 6:19on s'est quitté,
- 6:19on ne s'est plus parlé depuis lors,
- 6:20et demain on nous demande de réaborder le sujet.
- 6:23Si je me mets dans l'idée que ça va se passer demain comme ça s'est passé la dernière fois,
- 6:27déjà je vais créer ce qu'on appelle une prophétie autoréalisante,
- 6:29c'est-à-dire que je vais mettre dans les meilleures dispositions pour que ça se passe comme ça,
- 6:32et en fait je n'en sais rien.
- 6:34Et si je décide,
- 6:36au-delà de ça,
- 6:37d'appliquer les principes de l'échelle d'évaluation des modes mentaux,
- 6:39et de me dire,
- 6:40eh bien demain je vais faire l'effort de rester à l'écoute et d'essayer de vraiment comprendre son point de vue,
- 6:45parce qu'en fait je me rends compte que je ne le connais pas,
- 6:48parce que je ne l'ai jamais écouté à fond.
- 6:49mais je vais écouter son point de vue,
- 6:51je vais lui reformuler son point de vue,
- 6:53pour l'assurer qu'il m'a bien compris,
- 6:55et je vais ouvrir le canal de communication pour pouvoir moi-même partager les choses.
- 6:59Peut-être qu'on va trouver un accord.
- 7:00Donc j'entends,
- 7:01c'est la différence qu'il y a entre une anticipation et le fait de ruminer et de gérer des émotions,
- 7:08de tourner en rond des émotions négatives,
- 7:11qu'on pourrait au contraire...
- 7:15Encore une fois,
- 7:15anticiper et écrire un scénario différent en y étant complètement actif.
- 7:20La meilleure manière que j'ai trouvé de le formuler,
- 7:23c'est se raconter des histoires.
- 7:25C'est éviter de se raconter des histoires.
- 7:27Ou se raconter des jolis,
- 7:29peut-être.
- 7:31Ça peut être aussi,
- 7:32bien sûr.
- 7:33Mais dans ce cas-là,
- 7:34c'est OK.
- 7:36Vaut mieux qu'elle soit sympa et qu'elle soit constructive.
- 7:38Exactement.
- 7:39Et on en revient à cette tendance qu'on a dans le présent à être en opposition,
- 7:44en...
- 7:45En réaction par rapport à des choses qu'on a et qu'on voudrait ne pas avoir,
- 7:50ou qu'on n'a pas et qu'on voudrait avoir,
- 7:53parce que,
- 7:55en fait,
- 7:57là je vais un peu plus loin,
- 7:58mais une chose qui est fondamentale,
- 8:00c'est que tout dans la vie répond à l'action,
- 8:03pas aux souhaits.
- 8:04Les souhaits,
- 8:05c'est bien joli.
- 8:06Mais par contre,
- 8:07ce n'est pas parce que dans une situation,
- 8:08quelque chose ne nous convient pas qu'il faut juste accepter que ce soit comme ça.
- 8:12Si ça ne nous convient pas et qu'on peut y faire quelque chose,
- 8:14mais à ce moment-là,
- 8:15on peut faire le choix d'y faire quelque chose.
- 8:18Par contre,
- 8:18si on ne peut rien y faire,
- 8:20est-ce que quelqu'un d'autre peut y faire quelque chose ?
- 8:21Est-ce qu'à ce moment-là,
- 8:22je peux faire le choix d'aller voir cette personne pour voir si elle peut y faire quelque chose ?
- 8:26J'entends souvent dans des services,
- 8:28oui,
- 8:28mais ça,
- 8:28ce n'est pas de mon ressort.
- 8:29D'accord,
- 8:29mais il reste de ton ressort d'éventuellement aller trouver la personne.
- 8:35qui peut influencer la situation et lui suggérer ce que toi tu souhaiterais.
- 8:39Oui,
- 8:39j'entends bien.
- 8:41Alors,
- 8:42pour reparler du stress,
- 8:44à un moment donné,
- 8:45tu as beaucoup parlé des hormones qui sont impliquées dans le stress,
- 8:50tu as aussi parlé du stress positif,
- 8:52parce que c'est quand même notre allié.
- 8:55C'est aussi ce qui nous pousse à aller de l'avant,
- 8:57c'est ce qui nous pousse à changer les situations,
- 9:00c'est ce qui nous pousse à agir.
- 9:03Il y a cette notion de psychologie positive,
- 9:06que tu différencies de la pensée positive.
- 9:10C'est un peu aussi ce que tu disais,
- 9:11il y a cette notion d'acceptation,
- 9:13mais il y a aussi le fait d'arrêter d'être perfectionniste.
- 9:18Alors ça c'est un fléau aussi,
- 9:20auxquels sont confrontés une série de personnes,
- 9:23j'en connais,
- 9:23c'est le perfectionnisme.
- 9:25C'est le besoin que tout soit absolument parfait.
- 9:28Alors,
- 9:29il y a l'image sociale qui les pousse à ça,
- 9:31entre autres,
- 9:32pas que,
- 9:34parce que si c'est pas parfait,
- 9:35qu'est-ce qu'on va penser de moi ?
- 9:36Et en fait,
- 9:37c'est usant,
- 9:39parce que rien n'est jamais parfait.
- 9:41Et donc le perfectionnisme,
- 9:42en fait,
- 9:43c'est la meilleure manière de ne jamais arriver à l'objectif qu'on s'est fixé,
- 9:47parce qu'en fait cet objectif,
- 9:48il est complètement utopique.
- 9:49Il n'est pas possible.
- 9:50Il n'est pas possible.
- 9:51Et donc le fait de pouvoir relativiser,
- 9:53de pouvoir en prendre conscience,
- 9:54et puis de pouvoir juste accepter le fait que les choses sont suffisamment bien pour pouvoir...
- 10:00Passer à la suite suffisamment bien pour pouvoir être présenté,
- 10:02suffisamment bien pour que sais-je,
- 10:05c'est extrêmement libérateur aussi.
- 10:07J'ai évoqué un élément qui est fondamental.
- 10:11Jusque-là,
- 10:11on a évoqué le stress essentiellement comme étant un frein à la performance.
- 10:16Donc les hormones de stress vont avoir un impact sur la disponibilité du système
- 10:212 et du système 3.
- 10:22Par contre,
- 10:23ce qui a été découvert depuis quelques années maintenant,
- 10:28c'est que...
- 10:29L'état d'esprit dans lequel on est par rapport au stress va avoir un impact sur la manière dont le stress agit sur nous.
- 10:35C'est-à-dire que si moi,
- 10:36mon idée du stress,
- 10:37c'est de dire
- 10:38« le stress,
- 10:39c'est quelque chose qui m'aide quand,
- 10:43par exemple,
- 10:44je vais donner une conférence,
- 10:47eh bien,
- 10:47je sens un peu cette même sensation physiologique que quand je suis face à une situation qui est vraiment stressante,
- 10:55mais je sais que c'est là pour m'aider. »
- 10:57Et que c'est positif.
- 10:59Ça me galvanise.
- 11:00Eh bien,
- 11:00dans ce cas-là,
- 11:01il y a une hormone supplémentaire qui fait son apparition,
- 11:04le DHEA.
- 11:04Alors,
- 11:05je suis incapable de prononcer le nom en entier,
- 11:07mais le diminutif,
- 11:08c'est le DHEA.
- 11:09Et le DHEA,
- 11:10figure-toi que j'ai découvert que c'est un antagoniste au cortisol.
- 11:16Et donc,
- 11:16en fait,
- 11:17il annule les effets négatifs du stress.
- 11:21Donc,
- 11:22quand on a une vision positive du stress...
- 11:24Quand on pense que c'est bon pour nous,
- 11:26que ça va nous aider,
- 11:28l'effet est positif.
- 11:29En revanche,
- 11:29quand on a une vision négative du stress,
- 11:32quand on pense que c'est mauvais pour notre santé,
- 11:34mauvais pour notre performance,
- 11:35et bien effectivement,
- 11:37on mesure ces effets-là.
- 11:38Donc j'imagine que si c'est un stress subi parce que quelqu'un me presse,
- 11:43quelqu'un me demande de faire des choses et que je ne me sens pas en mesure de pouvoir répondre à ses injonctions,
- 11:51je vais le vivre mal et je peux même le vivre.
- 11:53très mal parce que le stress peut entraîner des effets sur la mortalité carrément,
- 11:59c'est-à-dire que ça réduit l'espérance de vie,
- 12:02ça entraîne des maladies cardiovasculaires,
- 12:05que si ce stress-là,
- 12:07je le prends comme quelque chose qui va m'aider à m'améliorer,
- 12:12à progresser,
- 12:13à mieux présenter ma conférence,
- 12:16à mieux aller jusqu'au bout de ma thèse où je ne sais pas quel...
- 12:20Quel objectif ?
- 12:22Dans ce cas-là,
- 12:25je vais le prendre comme un allié et je vais mieux le vivre.
- 12:28Et au contraire,
- 12:29il n'y aura pas d'effet sur la santé.
- 12:34Il y aura même des effets qui semblent être bénéfiques.
- 12:37Je vais juste corriger un truc que tu as dit et qu'on entend souvent,
- 12:40c'est « quelqu'un me presse » .
- 12:42Personne ne te presse.
- 12:43Oui,
- 12:43c'est ça.
- 12:44C'est ma perception.
- 12:45Tu ressens.
- 12:48cette pression en fonction du comportement de quelqu'un.
- 12:51On a souvent tendance,
- 12:52et c'est culturel aussi,
- 12:53à...
- 12:55Attribuer aux autres la responsabilité de nos propres émotions.
- 12:58Oh mais lui il m'énerve !
- 12:59Non c'est pas lui qui m'énerve,
- 13:01c'est moi qui m'énerve,
- 13:02c'est moi qui me mets dans cet état de colère suite à son comportement à lui.
- 13:07Et donc le fait de le reformuler comme ça et de changer de paradigme,
- 13:13ça me permet de reprendre le contrôle de la situation.
- 13:15Parce que tant que j'ai l'impression que les autres sont responsables de mes émotions,
- 13:19je suis une victime.
- 13:21Une fois que j'ai le contrôle de mes émotions et je décide de quoi en faire,
- 13:25et je décide d'accepter son comportement ou pas...
- 13:28mais je suis ok avec ma colère par rapport à son comportement parce que c'est la mienne,
- 13:32à ce moment-là,
- 13:32je reprends le contrôle et je vais pouvoir éventuellement avoir une réponse appropriée plutôt qu'une réaction que je regretterai par la suite.
- 13:41Oui.
- 13:41Alors toujours dans le cadre du stress,
- 13:44tu as proposé différentes choses.
- 13:46La méditation en pleine conscience,
- 13:48mais là,
- 13:48ce sont des recherches et des recherches qui sont sur le sujet dans différents milieux,
- 13:53notamment le milieu médical,
- 13:54où c'est extrêmement maintenant bien.
- 13:57bien connue,
- 13:57on sait qu'il y a une amélioration sur la marge de tolérance au stress.
- 14:05Il n'y a pas de problème là-dessus.
- 14:08Il y a simplement le fait de répéter que ce sont des choses qui ne fonctionnent pas parce qu'on a médité une fois.
- 14:16Il y a besoin d'instaurer un rituel dans sa vie et que ce soit une pratique qui se fait sur le long terme pour que les effets soient...
- 14:25probant et durable.
- 14:26Et tu as parlé...
- 14:27J'ai ajouté,
- 14:29j'ai entendu ça récemment et je trouvais ça très pertinent,
- 14:32parce que j'entends régulièrement mon beau-père qui me dit,
- 14:35moi je ne médite pas parce que j'ai essayé mais ça ne marche pas.
- 14:38Et en fait,
- 14:39il n'y a pas de mauvaise méditation.
- 14:41Ça n'existe pas.
- 14:43C'est juste...
- 14:44une mauvaise compréhension du phénomène,
- 14:47de l'exercice,
- 14:48mais il n'y a pas de mauvaise méditation.
- 14:50Donc chacun,
- 14:52j'invite chacun et chacune,
- 14:53plutôt que de se critiquer par rapport à ce qu'ils pensent et de supposer faire,
- 14:57c'est simplement accepter l'expérience qui s'offre à eux.
- 15:00Parce qu'on s'attend à ce que les pensées s'arrêtent,
- 15:03on peut s'attendre à beaucoup de choses au fait,
- 15:04mais il n'y a pas besoin de tout ça.
- 15:06Il n'y a pas besoin d'attente.
- 15:07En fait,
- 15:07l'idée c'est d'essayer de ne pas avoir d'attente,
- 15:09juste constater ce qui se passe.
- 15:11Oui,
- 15:11il n'y a pas d'objectif particulier à part le fait de prendre dans le temps,
- 15:15d'être dans le moment présent.
- 15:16Dans le moment présent,
- 15:17oui.
- 15:17Et le fait de se dire,
- 15:20« Mais enfin,
- 15:20je n'y arrive pas ! »
- 15:21Ça fait partie de l'exercice.
- 15:23Et de dire,
- 15:23OK,
- 15:24passe au-delà de ça.
- 15:25Continue.
- 15:26Oui.
- 15:26Ce n'est pas facile.
- 15:28Ce n'est pas simple.
- 15:29C'est difficile.
- 15:30C'est un exercice qui...
- 15:30De nouveau,
- 15:31comme tu le dis très bien,
- 15:32c'est une pratique régulière qui fait qu'à un moment donné,
- 15:34ça devient naturel.
- 15:35Exactement.
- 15:36Et après,
- 15:37tu parles de l'imagerie mentale et de la visualisation.
- 15:39Au début,
- 15:40je ne comprenais pas parce que pour moi,
- 15:41c'était un truc de sportif pour arriver à des objectifs.
- 15:45Et je ne voyais pas en quoi l'imagerie mentale pouvait s'appliquer dans le domaine du travail
- 15:52Et après,
- 15:53j'ai compris que c'était en rapport avec la simulation.
- 15:56Tu peux m'expliquer ?
- 15:58C'est en rapport avec la simulation,
- 15:59effectivement,
- 15:59mais pas que.
- 16:01L'idée,
- 16:01c'est que quand on...
- 16:04L'imagerie mentale,
- 16:05c'est le fait de se mettre dans sa bulle et d'imaginer qu'on réalise une action,
- 16:11par exemple,
- 16:12un geste technique,
- 16:13disons,
- 16:14à la fois en s'arrangeant mentalement pour voir ce qu'on verrait,
- 16:18Pour entendre ce qu'on entendrait dans ce genre de situation,
- 16:21éventuellement pour ressentir ce qu'on ressentirait au niveau kinesthésique en fonction des instruments qu'on aurait en main,
- 16:27en fonction de la température de la pièce,
- 16:30d'une soufflerie,
- 16:30etc.
- 16:31Donc se mettre mentalement dans une situation qui ressemble plus à la situation réelle,
- 16:39lorsqu'on réalise mentalement un geste dans ce genre d'exercice,
- 16:44on se rend compte que les mêmes zones cérébrales s'activent que quand on réalise
- 16:49réellement le geste.
- 16:51Et donc,
- 16:52tout à l'heure on a dit que les apprentissages passés par le système 2,
- 16:56à force de répéter,
- 16:58on câble la compétence dans le système 1.
- 17:01Ce qui a été montré c'est que à force de faire de l'imagerie mentale sur un geste un peu compliqué,
- 17:06on va déjà entraîner les zones du cerveau et on va avoir le système 1 qui va se pré-câbler quelque part.
- 17:15Bien sûr,
- 17:15la mise en pratique réelle sera utile pour vraiment avoir la finesse et les subtilités du geste,
- 17:22mais le fait de régulièrement répéter mentalement,
- 17:27et la différence entre juste la visualisation et l'imagerie mentale,
- 17:30c'est qu'en imagerie mentale,
- 17:32j'insiste sur cette nécessité de se plonger dans l'environnement dans lequel on serait.
- 17:35Donc il y a différents sens qui sont impliqués,
- 17:39il y a la visualisation,
- 17:39il y a la vue,
- 17:39il y a l'ouïe,
- 17:40il y a le kinesthésique.
- 17:41Parfois même,
- 17:42on peut avoir l'odeur,
- 17:44l'odorat,
- 17:45parce que dans cet environnement-là,
- 17:46il y a une odeur particulière.
- 17:48Si on est vraiment plongé dedans,
- 17:49une forme d'auto-hypnose,
- 17:50on va avoir tous ces sens qui vont être présents,
- 17:52et c'est un peu comme si on y était.
- 17:54Et c'est un super entraînement,
- 17:56c'est un peu comme un simulateur qu'on a en permanence avec nous.
- 17:59auxquels on peut faire appel pour se préparer à un geste difficile.
- 18:04C'est simplement que je ne comprends pas très bien comment exploiter cet outil quand on ne connaît pas l'endroit où on va aller.
- 18:13Je vais présenter une conférence dans un endroit que je ne connais pas.
- 18:17On m'a souvent dit
- 18:19« tu peux faire des exercices de visualisation avant d'y aller » .
- 18:23Je ne connais pas encore mon public,
- 18:24je ne connais pas la salle,
- 18:26je ne sais pas à quoi ressemble l'endroit.
- 18:29Est-ce que c'est possible quand même d'utiliser la visualisation pour préparer ?
- 18:35Oui,
- 18:36parce que tu vas inventer un lieu,
- 18:39tu vas inventer un public,
- 18:41et tu vas te mettre dans une situation dans laquelle,
- 18:45si ce genre de situation tendance à te stresser,
- 18:48tu vas ressentir ce stress.
- 18:50Même si ce n'est pas le même public que pour ta conférence,
- 18:52et même si ce n'est pas le même lieu.
- 18:54L'intérêt c'est après comment je le gère.
- 18:55Qu'est-ce que je peux...
- 18:56Oh,
- 18:56là je commence à sentir du stress.
- 18:58Comment je le gère ?
- 19:00Quels outils sont à ma disposition ?
- 19:01Et puis après,
- 19:02je revis l'expérience,
- 19:04mentalement,
- 19:05et ah tiens,
- 19:06mais effectivement,
- 19:07en appliquant telle méthode,
- 19:08ça marche.
- 19:09J'arrive plus loin dans l'expérience sans ressentir de stress.
- 19:13Ah,
- 19:13là je commence à ressentir de nouveau,
- 19:15donc comment je le gère ?
- 19:16Et ça permet de se préparer.
- 19:18Donc ça c'est pour une situation que tu vas vivre mais pour laquelle tu n'as pas tous les éléments.
- 19:22Mais c'est aussi par exemple,
- 19:23je vais te donner un exemple en aéronautique,
- 19:25avant un décollage,
- 19:26on fait de l'imagerie mentale pour pas de moteur au décollage.
- 19:29Si on a un moteur qui tombe en panne ou qui prend feu au décollage,
- 19:32pendant la phase où on est encore au sol et en dessous d'une certaine vitesse,
- 19:36on va s'arrêter.
- 19:38Il y a des gestes qui doivent être réalisés,
- 19:40qui sont assez rapides,
- 19:41et bien c'est répété avant chaque vol.
- 19:45Dans une forme d'imagerie mentale,
- 19:46de manière à pouvoir réaliser ses actions correctement,
- 19:51si jamais on est confronté à la situation.
- 19:53Donc le fait de...
- 19:54c'est un peu comme si on le...
- 19:55tu sais,
- 19:56tu essaies quelque chose,
- 19:56tu le rates,
- 19:57tu le refais après,
- 19:58généralement tu réussis.
- 19:59Mais c'est un peu comme...
- 20:00Si tu le faisais une première fois,
- 20:01et puis après,
- 20:01quand tu le fais pour deux,
- 20:03tu réussis.
- 20:03Oui,
- 20:03c'est la règle de Hebb,
- 20:06c'est ça.
- 20:06C'est les 30 fois qui sont nécessaires pour passer du système 1 au système 2 au système 1.
- 20:13Donc ça,
- 20:14c'est quelque chose qu'on entend régulièrement.
- 20:17Moi,
- 20:18il me faut plus que 30,
- 20:19je vous le dis.
- 20:19Une trentaine de répétitions,
- 20:20ce n'est pas quelque chose qui peut être transposé à toutes les compétences,
- 20:24mais on dit généralement qu'à partir d'une trentaine de répétitions,
- 20:27on commence à avoir
- 20:29Une transposition de la compétence du système,
- 20:31ou de l'action du système 2 vers le système 1.
- 20:35Oui.
- 20:35Au piano,
- 20:36je ne pense pas qu'il fasse
- 20:3830, je ne crois pas que ce soit assez.
- 20:40Non,
- 20:41mais ça dépend de nouveau de la complexité.
- 20:46Très bien,
- 20:47très bien.
- 20:49Tout à l'heure,
- 20:50tu as évoqué quelque chose en parlant de la disponibilité de notre...
- 20:56de notre cerveau et surtout de notre cortex préfrontal.
- 21:01Tu as dit que le stress faisait en sorte qu'on le rendait moins disponible,
- 21:08mais il y avait tellement d'autres choses.
- 21:10Il y a l'éveil,
- 21:11la fatigue,
- 21:12la performance.
- 21:13Et du coup,
- 21:14venant d'un milieu médical et faisant des gardes de nuit,
- 21:17et toi ayant des voyages avec des décalages horaires,
- 21:23Il y a cette notion qui est hyper importante,
- 21:25qui est celle de la fatigue et la performance,
- 21:28l'éveil et la performance.
- 21:30Il me semble que c'est important à expliquer.
- 21:33Alors effectivement,
- 21:34la fatigue c'est un des éléments qui a un impact important sur notre niveau de performance,
- 21:41au travers de la disponibilité du système 2 et du système 3.
- 21:45Il y a différentes études qui ont été menées.
- 21:48Il y en a une qui est célèbre.
- 21:52parce qu'elle,
- 21:53au travers de toute une série de tâches à réaliser,
- 21:56elle mesurait l'équivalence entre une durée d'éveil et un niveau d'alcoolémie,
- 22:01un taux d'alcoolémie.
- 22:02Ça c'est incroyable.
- 22:03Et donc,
- 22:06corrige-moi si je me trompe parce que je vais essayer de le faire de tête,
- 22:08mais
- 22:0917 heures d'éveil ça correspond à un niveau d'alcoolémie de
- 22:140,5% c'est ça ?
- 22:160,05.
- 22:200,05 pardon.
- 22:21et donc c'est en gros
- 22:22Le taux moyen qu'on atteint quand on a bu trois verres de vin,
- 22:27et donc c'est la limite pour conduire,
- 22:29on en a un peu dépassé.
- 22:31Et
- 22:3324 heures de veille,
- 22:34c'est ?
- 22:36C'est 0,1.
- 22:38C'est 0,1.
- 22:38C'est deux fois le taux autorisé en Europe.
- 22:40Voilà.
- 22:41Donc on dépasse largement,
- 22:43on a des capacités cognitives et des capacités motrices qui sont très affectées.
- 22:49Et on s'en rend compte.
- 22:51Le nombre d'accidents en sortie de garde sont plus importants.
- 22:56J'imagine que pour les pilotes c'est pareil.
- 23:00Il y a dû y avoir des études qui ont mesuré,
- 23:02je dis les pilotes,
- 23:03mais tout le personnel de la devant.
- 23:07Effectivement,
- 23:08je ne peux pas citer l'événement parce que c'est un événement qui est en train d'être analysé dans une compagnie européenne dont j'ai eu connaissance.
- 23:18Il n'y a pas eu de conséquence,
- 23:21il n'y a pas eu de mort,
- 23:22mais il y a eu une décision très inappropriée qui a été prise par l'équipage et ce qui a contribué à cette décision,
- 23:28c'est l'état de fatigue.
- 23:31A posteriori,
- 23:32c'est toujours facile,
- 23:32mais quand l'équipage a discuté avec les enquêteurs de la raison pour laquelle ils avaient pris la décision,
- 23:37ils ont dit qu'ils étaient incapables de vous l'expliquer parce que ça n'a pas de sens.
- 23:41En plus,
- 23:41la récupération,
- 23:42ça met du temps.
- 23:44Il faut plusieurs nuits pour récupérer la dédate ?
- 23:46Pour récupérer,
- 23:47alors on est tous inégaux par rapport au sommeil.
- 23:52Les notions principales utiles,
- 23:55je vais dire,
- 23:56pour des professionnels qui sont confrontés à soit des horaires irréguliers,
- 24:02soit des décalages horaires.
- 24:04D'une part,
- 24:05c'est le fait qu'on est tous inégaux et on a tout ce qu'on appelle un chronotype.
- 24:10Le chronotype,
- 24:11c'est soit je suis...
- 24:13couche tôt lève tôt,
- 24:14couche tard lève tard,
- 24:15ou plutôt dans la moyenne.
- 24:17Matthew Walker,
- 24:17qui est un spécialiste du sommeil anglais,
- 24:20en distingue cinq.
- 24:21Et donc il est complètement...
- 24:24Quelqu'un qui est d'un chronotype couche tôt lève tôt et qui va à une fête le soir,
- 24:33va se coucher plus tard,
- 24:35et puis va quand même se réveiller tôt le lendemain,
- 24:37va être très affecté par ça,
- 24:39et vice versa.
- 24:39Donc quand on ne respecte pas notre chronotype...
- 24:42ça a un impact.
- 24:43C'est la même chose quand on a une garde qui ne respecte pas le chronotype,
- 24:47ça a un impact.
- 24:48Moi,
- 24:48en tout cas,
- 24:49il y a une expérience dont tu as parlé qui m'a beaucoup marquée.
- 24:53C'est l'expérience du journaliste qui s'est prêté au jeu avec la clinique.
- 25:00du Sommeil de Paris et qui avait passé une bonne nuit de sommeil et qui avait pris la route.
- 25:05Donc il avait 930 km à faire.
- 25:08Il a respecté les heures de conduite avec les pauses qui sont réglementées.
- 25:15Tu te souviens combien de temps il avait dormi ?
- 25:175 minutes je crois sur le trajet,
- 25:18c'est ça ?
- 25:19Au total,
- 25:20la vitesse moyenne était de 130 km heure.
- 25:23Le conducteur a parcouru
- 25:2524 km en dormant.
- 25:28Ça fait 12 minutes.
- 25:3011-12 minutes.
- 25:30Mais c'est une folie !
- 25:32Alors c'est pas des minutes d'affilée,
- 25:34c'est des secondes,
- 25:35c'est à chaque fois des microsommés.
- 25:36Oui,
- 25:36mais ça veut dire qu'il a passé sur le total des kilomètres,
- 25:4024 kilomètres en dormant.
- 25:44Même en ayant respecté toutes les précautions d'usage,
- 25:48la bonne nuit d'avant,
- 25:50les heures de conduite et les arrêts.
- 25:53Le fait de rester statique,
- 25:54c'est quelque chose qui joue beaucoup aussi.
- 25:57Quand on reste assis pendant longtemps,
- 25:58ce qui est le cas dans une voiture,
- 25:59même en respectant la pause toutes les deux heures,
- 26:03il est préconisé de se déplacer.
- 26:05Et dans un cockpit,
- 26:06en long courrier,
- 26:07parfois on a tendance à rester assis pendant plus longtemps que deux heures,
- 26:12ça peut arriver.
- 26:13Moi aujourd'hui,
- 26:14je me conditionne pour me lever régulièrement quand je le peux,
- 26:19pour justement bouger.
- 26:20Et vous faites des siestes ?
- 26:22Alors on fait des siestes.
- 26:23Ça c'est un élément fondamental aussi.
- 26:25On fait des siestes dans le cockpit pendant des périodes de faible intensité.
- 26:32Jamais tous les deux en un temps,
- 26:33bien sûr.
- 26:34Il y a toujours deux pilotes au cockpit.
- 26:35Et quand il y en a un qui fait une sieste,
- 26:38l'autre veille.
- 26:39Et l'autre est même en contact avec le personnel de cabine,
- 26:42toutes les 20 minutes,
- 26:43de manière à s'assurer que lui ne s'est pas endormi.
- 26:46Ah c'est incroyable.
- 26:47Il y a un process qui se met en place.
- 26:50et l'objectif de faire une sieste,
- 26:52c'est...
- 26:53quand on le peut,
- 26:55de remonter notre niveau d'énergie pour être suffisamment en forme pour les phases dynamiques,
- 27:00les phases qui nécessitent beaucoup d'énergie,
- 27:02comme par exemple une phase d'approché d'atterrissage.
- 27:06Tu connais d'autres domaines où c'est appliqué la sieste ?
- 27:10Parce que j'ai l'impression que c'est un gros mot.
- 27:12En France ?
- 27:13Il y a des entreprises dans lesquelles ils font la promotion de la sieste,
- 27:17c'est-à-dire qu'ils encouragent les collaborateurs à...
- 27:21Une sieste sur commande,
- 27:22ce n'est pas facile.
- 27:23Par contre,
- 27:24parfois,
- 27:25on sent qu'on a un coup de mou.
- 27:26Et ça,
- 27:26c'est le bon moment pour la sieste,
- 27:27parce qu'en fait,
- 27:28on peut trouver facilement un sommeil qui n'a pas besoin de durer très longtemps,
- 27:33mais qui va nous rebooster pour la suite.
- 27:34Et donc,
- 27:35ces entreprises préconisent le fait que,
- 27:37quand on sent qu'on a un coup de mou,
- 27:40on s'isole dans des endroits qui sont prévus pour ça,
- 27:43dans des endroits dans lesquels la lumière est tamisée,
- 27:46et éventuellement,
- 27:46on peut s'allonger.
- 27:49Et l'idée c'est qu'un quart d'heure plus tard on en sort,
- 27:52mais on en sort dynamisé.
- 27:54Dans les cockpits c'est ce qu'on fait à un moment donné,
- 27:56moi ou mon collègue,
- 27:57dire tiens mais comment tu vas,
- 28:00comment tu te sens maintenant parce que je sens que j'ai un petit coup de mou,
- 28:03ok écoute je me sens bien,
- 28:04vas-y fais une sieste.
- 28:06On limite la durée des siestes à 45 minutes,
- 28:08parce qu'on part du principe qu'il faut un bon quart d'heure pour trouver le sommeil éventuellement.
- 28:13Et puis on ne veut pas que le sommeil en lui-même dure trop longtemps parce que sinon on risque de...
- 28:18rentrer dans un sommeil trop profond,
- 28:20et j'aborderai dans un instant l'inertie du sommeil,
- 28:22on veut éviter ça,
- 28:24et donc on va limiter la durée des siestes à 45 minutes.
- 28:27Mais par contre,
- 28:27si mon collègue a fait 45 minutes de sieste,
- 28:29on fait une période de veille à deux pour être sûr que lui soit bien réveillé,
- 28:33et puis moi je vais éventuellement faire une sieste,
- 28:36et sur des vols de nuit qu'on fait à deux,
- 28:39parfois on enchaîne quatre siestes d'affilée,
- 28:43donc deux pour chaque pilote.
- 28:45et l'objectif c'est
- 28:47En fait,
- 28:47faire une sieste dans ce cadre-là,
- 28:50c'est juste être professionnel parce que l'objectif,
- 28:52c'est se mettre dans les meilleures dispositions possibles pour pouvoir répondre à des éventualités lors de phases plus critiques.
- 28:59Tu me vends du rêve,
- 29:00là.
- 29:00C'est-à-dire,
- 29:01déjà,
- 29:02tu as demandé à ton collègue comment il allait.
- 29:04Est-ce que tu vas bien ?
- 29:05Déjà,
- 29:05ça,
- 29:06c'est énorme de se demander comment on va.
- 29:09Ça ne fait pas partie de la culture habituelle.
- 29:13Et l'autre chose qui me vient en tête,
- 29:14du coup,
- 29:14je pensais...
- 29:16aux chauffeurs de car,
- 29:18je ne sais pas s'ils sont formés à ça,
- 29:20s'ils font des rondes habituellement et qu'ils arrivent à prendre en compte justement l'inertie du sommeil.
- 29:29Je ne sais pas s'ils ont...
- 29:30Je ne connais pas leurs règles.
- 29:31Je sais qu'ils ont des règles parce que je sais que sur les trajets de plus de
- 29:34X heures,
- 29:35il y a une couchette,
- 29:36il y a deux chauffeurs,
- 29:36etc.
- 29:37Et c'est un peu comme nous.
- 29:38Sur les vols de plus de
- 29:409 heures,
- 29:41en moyenne,
- 29:418h30,
- 29:419 heures,
- 29:42on sera trois pilotes et donc on fait des...
- 29:44Tour de repos,
- 29:45mais à ce moment-là,
- 29:46on a un pilote qui s'isole dans une couchette.
- 29:49On divise le temps de repos en trois.
- 29:51Ce qui n'empêche pas éventuellement les deux pilotes qui restent au cockpit pendant un tour de repos de faire une sieste.
- 29:59Parce que c'est vraiment...
- 30:00Si le moment est opportun et qu'on sent que c'est le bon moment pour nous,
- 30:03l'idée c'est vraiment de booster son énergie.
- 30:06Et donc l'inertie du sommeil,
- 30:08c'est un phénomène qui est bien connu de tout le monde.
- 30:12Quand on est réveillé au milieu de la nuit par quelque chose d'imprévu,
- 30:15on a oublié de couper son téléphone,
- 30:16quelqu'un qui téléphone à 2h du matin alors qu'on est dans une phase de sommeil profond,
- 30:22on est dans le coltard,
- 30:23on a du mal à se reconnecter à la réalité.
- 30:26et on a du mal à donner des réponses,
- 30:28à comprendre ce qu'il nous dit,
- 30:29etc.
- 30:30Il faut un moment pour qu'on reprenne nos esprits.
- 30:33Quand on est de garde ou quand on est dans un post-repos,
- 30:36dans un avion,
- 30:37et qu'à un moment donné on nous réveille,
- 30:39peut-être qu'on est dans une phase de sommeil profond,
- 30:41on est sujet à cette inertie du sommeil.
- 30:44Et donc l'idée c'est d'en avoir conscience pour ne pas se lancer dans des activités à la fois soit cognitives,
- 30:52soit manuelles,
- 30:54qui peuvent avoir des conséquences.
- 30:55On ne peut pas se lancer là-dedans trop rapidement parce qu'on risque de mal faire les choses.
- 30:59On risque de se tromper,
- 31:00on risque d'avoir des gestes inappropriés.
- 31:03Oui,
- 31:03nous on en est conscients en santé.
- 31:05Alors ça n'a jamais été fait l'objet de quelque chose de concret parce que c'est en disant que je me rends compte que c'est instinctivement qu'on le fait.
- 31:14Quand on a besoin d'avoir toutes ces facultés,
- 31:16en général,
- 31:18et quand on est de garde 24 heures,
- 31:19on sort de son lit et on se déplace.
- 31:22Pour avoir les idées claires,
- 31:23parce qu'il est déjà arrivé d'avoir des réponses par téléphone,
- 31:28quand l'infirmière te chope comme ça à l'appel,
- 31:31que tu puisses donner un avis,
- 31:33et après te dire « mais qu'est-ce que j'ai répondu au fait ? »
- 31:38Je ne me souviens pas très bien de ce que j'ai dit,
- 31:40et tu te lèves et tu vas vérifier au fait tes propos.
- 31:44Oui,
- 31:44c'est ça.
- 31:45La caféine ?
- 31:46Alors la caféine,
- 31:46je t'avoue que je ne l'ai plus tout à fait en tête,
- 31:48parce que c'est un truc dont je n'ai plus parlé depuis longtemps.
- 31:50Au fait,
- 31:50la caféine,
- 31:53ça marche très bien,
- 31:54mais ça met du temps à marcher.
- 31:56Donc,
- 31:56ça met
- 31:5720 à 30 minutes à marcher.
- 31:59C'est principalement...
- 32:00Moi,
- 32:00je suis sevrée du café,
- 32:02donc du coup,
- 32:02je...
- 32:03Par contre,
- 32:04il y a un élément qui est intéressant,
- 32:05c'est la notion de pression du sommeil.
- 32:07C'est ça dont je voulais parler tout à l'heure.
- 32:08Oui,
- 32:08dis-moi.
- 32:08Au fur et à mesure de la journée,
- 32:10on a notre corps qui libère de l'adénosine.
- 32:15L'adénosine,
- 32:16c'est une hormone qui,
- 32:18quand il y en a un certain...
- 32:19C'est la pression du sommeil.
- 32:20Donc quand il y en a une certaine dose dans notre physionomie,
- 32:26on sent vraiment cette envie d'aller dormir et ça va nous aider à l'endormissement.
- 32:30Quand on fait une sieste,
- 32:32on réduit un peu la quantité d'adénosine.
- 32:33Donc ça peut avoir un impact négatif sur l'endormissement le soir,
- 32:37parce que la pression du sommeil sera moins forte.
- 32:39Mais par contre,
- 32:40la caféine,
- 32:41elle va se fixer sur les mêmes récepteurs que l'adénosine.
- 32:44Donc elle empêche l'adénosine de faire savoir qu'elle est suffisamment présente.
- 32:49Et donc,
- 32:50la caféine,
- 32:50tant qu'elle est présente,
- 32:53bloque la pression du sommeil,
- 32:54mais une fois que l'effet s'estompe,
- 32:56il y aura encore plus d'adénosine,
- 32:57tous les récepteurs seront disponibles,
- 32:59et là c'est...
- 32:59Et on va sentir le coup de barre encore plus.
- 33:01Oui,
- 33:01tout à fait.
- 33:02Ok,
- 33:02ok.
- 33:04Eh bien,
- 33:04on arrive à la tension.
- 33:06La tension.
- 33:07Tout un sujet,
- 33:07la tension.
- 33:08Alors la tension,
- 33:09c'est...
- 33:10On entend aujourd'hui beaucoup parler de problèmes de...
- 33:13Concentration chez les jeunes,
- 33:16de TDAH,
- 33:17etc.
- 33:19Tout ça est lié à l'attention.
- 33:21Et de nouveau,
- 33:24c'est quelque chose qui s'entraîne.
- 33:27C'est un processus qui nécessite le système 3.
- 33:30Parce qu'en fait,
- 33:32si on se laisse aller à...
- 33:35scanner notre environnement,
- 33:36on a un scanning qui change,
- 33:39nos yeux vont changer de place,
- 33:40ou notre attention va changer de place,
- 33:41de manière spontanée,
- 33:43plus ou moins toutes les 7 secondes.
- 33:44Donc en fait,
- 33:45on est très rarement concentré sur une chose,
- 33:50tant qu'il n'y a pas quelque chose de saillant qui nous attire vers cette chose.
- 33:55Et de nouveau,
- 33:57c'est quelque chose qui était très efficace dans l'évolution de l'espèce,
- 33:59parce que ça nous permettait d'être attentifs à l'environnement et de détecter rapidement s'il y avait une menace.
- 34:04Donc ça a contribué à notre survie.
- 34:06On continue à fonctionner comme ça.
- 34:07Il faut bien avoir conscience que ce cerveau qui nous équipe,
- 34:11ça fait grosso modo 150 000 ans qu'il n'a pas évolué.
- 34:16Homo sapiens.
- 34:18L'environnement a un peu évolué depuis.
- 34:21Et donc,
- 34:22on est un peu victime de nous-mêmes,
- 34:23dans le sens où on a cette machinerie qui est extrêmement efficace pour assurer notre survie dans un environnement dangereux.
- 34:32dans lequel il y a des prédateurs qui nous veulent vraiment du mal,
- 34:37alors qu'aujourd'hui on est dans un environnement qui est complètement différent,
- 34:39mais la machinerie fonctionne toujours de la même manière.
- 34:42Et donc on a toujours cette attention qui a tendance à,
- 34:44toutes les 7 secondes en moyenne,
- 34:46changer d'endroit.
- 34:47Et donc si on veut se concentrer sur quelque chose d'important,
- 34:49il va falloir que notre système 3 inhibe cette tentative permanente de changer de focus.
- 34:57C'est ce qu'on appelle la vigilance ou pas ?
- 34:59La vigilance...
- 35:00C'est cette fonction qu'on a en permanence de scanner notre environnement.
- 35:04Et l'attention dirigée,
- 35:06c'est le choix qu'on va faire à un moment donné de focaliser notre attention,
- 35:10notre concentration sur un élément.
- 35:12C'est utile pour plein de choses,
- 35:14ça a une durée limitée dans le temps.
- 35:15L'attention en moyenne,
- 35:17on parle de 15-20 minutes d'attention soutenue.
- 35:19Après ça,
- 35:20il est impératif de changer d'activité ou de faire une pause parce que...
- 35:28on en a besoin,
- 35:28sinon on ne va pas être capable de maintenir une attention aussi soutenue.
- 35:32Et par contre,
- 35:33il y a des situations dans lesquelles l'attention a un effet négatif sur notre performance.
- 35:39On parle d'hyperfocalisation.
- 35:40Donc on est tellement focalisé sur un élément qu'on perd la notion de l'environnement autour de nous.
- 35:47Et ça nous arrive souvent.
- 35:48Quand on lit un bouquin qui est prenant,
- 35:50quand on regarde une émission de TV,
- 35:51un film qui nous absorbe,
- 35:55quelqu'un vient nous dire que
- 35:58Je ne sais pas moi,
- 35:58le dîner est servi,
- 36:00mais parfois il faut qu'il le dise trois fois avant qu'on l'entende,
- 36:03parce qu'avant on ne l'a pas entendu.
- 36:04On est hyper focalisé,
- 36:05on est dans notre bulle.
- 36:06C'est un peu un état d'hypnose quoi.
- 36:08C'est un état d'hypnose,
- 36:09complètement.
- 36:10C'est l'outil au fait qui est utilisé pour l'hypnose.
- 36:14Exactement.
- 36:14Et là il y a beaucoup à dire.
- 36:16Et du coup dans un environnement professionnel,
- 36:18quand on est confronté à une situation compliquée,
- 36:22on peut commencer à être dans un état d'hyper focalisation sur le fait de réussir le geste.
- 36:27Il y a un exemple célèbre dans les soins de santé qui a été porté à la connaissance du public par Martin Bromilly.
- 36:37Il a écrit la préface de mon livre.
- 36:39C'est un pilote anglais dont l'épouse devait subir une opération des sinus.
- 36:45Le titre de sa vidéo,
- 36:46d'ailleurs,
- 36:46parce qu'il a partagé l'événement en vidéo,
- 36:48c'est « Just a routine operation » .
- 36:50C'est comme ça qu'on leur avait présenté les choses.
- 36:51C'est une petite opération de routine,
- 36:52vous verrez,
- 36:53ce sera rapide.
- 36:54Et en fait,
- 36:55ils ont eu des difficultés d'intubation.
- 36:58L'anesthésiste et puis le chirurgien qui l'a rejoint et puis un autre anesthésiste étaient tous les trois hyper focalisés sur le fait de réussir cette intubation.
- 37:08Ils ont perdu la notion temporelle.
- 37:11La patiente est restée à un degré de saturation inférieur à 40%
- 37:14pendant deux minutes.
- 37:16Les infirmières qui se rendaient compte qu'il y avait un problème avec les alarmes sonores,
- 37:20etc.
- 37:21ont essayé d'apporter des solutions aux médecins.
- 37:24Elles ont apporté le chariot de trachéo en leur disant ...
- 37:28Elles les ont informées du fait qu'elles contactaient les soins intensifs pour les informer de l'arrivée de la patiente.
- 37:34Et elles n'ont pas réussi à sortir ces médecins de leur état d'hyperfocalisation.
- 37:40Ils étaient complètement pris et ils persévéraient à essayer de réaliser ce geste.
- 37:45Alors que si l'un d'entre eux avait,
- 37:47par exemple,
- 37:48une infirmière,
- 37:49avait pris par la manche un des médecins en disant « Hé ! »
- 37:51en l'appelant par son prénom.
- 37:53regarde la saturation,
- 37:54ça fait deux minutes que vous êtes occupé,
- 37:56il faut que vous passiez à autre chose,
- 37:57elle l'aurait sortie de cette hyperfocalisation.
- 38:00Il aurait essayé de trouver une alternative.
- 38:02Exactement.
- 38:03Et c'est quelque chose qui arrive régulièrement dans les cockpits aussi.
- 38:07Moi,
- 38:07il m'arrive,
- 38:08si à un moment donné,
- 38:11on est en approche vers l'atterrissage,
- 38:13c'est moi qui pilote,
- 38:14il fait turbulent avec des variations de vitesse qui sont liées au changement de vent.
- 38:19et donc à un moment donné je suis un peu accaparé par cette
- 38:22par la gestion de cette vitesse,
- 38:24je peux perdre la notion de ce qui se passe à l'extérieur.
- 38:27C'est pour ça que mon collègue qui est là à côté de moi,
- 38:30il a pour rôle notamment d'attirer mon attention sur des éléments et de faire en sorte que je ne sois pas hyper focalisé sur une donnée,
- 38:39une variable.
- 38:40Donc au fait,
- 38:41on est passé de l'attention qui est nécessaire à...
- 38:45accomplir des tâches et à nous faire progresser dans nos processus.
- 38:51Celle-là,
- 38:52elle est variable en fonction de la tâche qu'on a à faire.
- 38:54Il y a des tâches qui sont intéressantes et qu'on aime et qu'on va faire de façon...
- 38:59C'est le cas des enfants,
- 39:00on voit bien,
- 39:01il y a des choses qu'ils vont faire,
- 39:02ils vont passer des heures dessus et tu vas leur demander d'aller faire un devoir et ils ne vont pas pouvoir le faire ni s'attarder plus que 10 minutes.
- 39:13Donc on voit bien que...
- 39:15D'ailleurs même dans le TDAH,
- 39:16on parle du système de récompense qui est complètement lié à l'attention.
- 39:21Ça c'est quand tout va bien et quand on arrive à utiliser son attention et ça peut nous mettre dans un état de flot qui est hyper agréable et dans lequel on est extrêmement performant ou on est dans notre zone de génie on va dire.
- 39:38Là,
- 39:39on peut s'accomplir.
- 39:41Et dans lequel on va aussi avoir un phénomène d'hyperfocalisation,
- 39:44quelque part sur la tâche qu'on est en train de faire.
- 39:46Mais c'est positif,
- 39:47ça contribue à la performance.
- 39:49Exactement.
- 39:50D'ailleurs,
- 39:50les enfants,
- 39:50quand ils sont sur un truc qu'ils adorent,
- 39:52tu peux les appeler 10 000 fois pour venir manger,
- 39:54il n'y a personne qui répond.
- 39:55Tout à fait.
- 39:56Voilà.
- 39:56Et c'est pareil dans le cadre du travail,
- 39:59mais il y a...
- 40:00Tu décris les fois qu'on connaît très bien,
- 40:02où on est extrêmement pris par l'enjeu,
- 40:09et à ce moment-là,
- 40:11on pourrait perdre des informations qui peuvent être utiles.
- 40:16Et dans ce cas-là,
- 40:17la connaissance de soi,
- 40:18et puis surtout l'interaction avec le reste de l'équipe est primordiale.
- 40:23Tout à fait.
- 40:24Il a toute sa place.
- 40:26Le reste de l'équipe...
- 40:28Les autres membres de l'équipe ont pour mission de détecter si quelqu'un rentre dans ce processus d'hyperfocalisation pour les en sortir.
- 40:36C'est ça.
- 40:37C'est quoi l'effet d'amorçage ?
- 40:40C'est le fait d'avoir tendance de faire correspondre la réalité à nos attentes.
- 40:45C'est-à-dire que si je m'attends à voir ça,
- 40:48il y a une possibilité que j'ai l'impression qu'effectivement ce que je m'attends à voir est effectivement là,
- 40:54mais ce n'est pas là.
- 40:55Ou ce n'est pas tout à fait conforme à la réalité.
- 40:58Ce phénomène est bien connu en aéronautique.
- 41:02On appelle ça le « wish seeing » .
- 41:04J'ai une telle attente par rapport au fait de voir une information...
- 41:10voir une certaine valeur,
- 41:12que quand je lis la valeur,
- 41:14je lis mon attente et pas ce qui est réellement écrit,
- 41:17qui ne correspond pas à mon attente.
- 41:19Il y a eu des accidents qui ont été liés au fonctionnement du cerveau.
- 41:24Ça fonctionne aussi pour l'ouïe.
- 41:26Oui,
- 41:27justement.
- 41:28Donc je m'attends à ce qu'on me donne ça comme réponse.
- 41:30Typiquement un changement d'altitude.
- 41:32Je sais qu'au départ de Charles de Gaulle,
- 41:34il y a différents paliers.
- 41:36Le deuxième palier,
- 41:36c'est généralement...
- 41:38Le niveau de vol 190,
- 41:40le troisième panier,
- 41:41le niveau de vol 260.
- 41:43Et donc je m'attends à ce que le contrôleur aérien,
- 41:44parce que c'est quasi toujours comme ça,
- 41:46m'autorise,
- 41:47quand je passe avec lui,
- 41:48à monter au niveau 190.
- 41:50Et peut-être que ce jour-là,
- 41:51parce qu'il y a un trafic long fluctuel,
- 41:52il va dire 170.
- 41:54Et je m'attends tellement à ce que ce soit 190 que...
- 41:57Tu n'entends pas ?
- 41:58Je n'entends pas.
- 41:59Et heureusement,
- 42:00on en parlera dans la partie communication.
- 42:02Je vais lui répéter ce que j'ai compris,
- 42:03mais comme ma compréhension,
- 42:05c'est en fait ce que j'ai dans la tête,
- 42:06ce sera mon attente,
- 42:06je vais lui répéter 170,
- 42:08et lui,
- 42:08s'il est attentif,
- 42:08il va corriger.
- 42:09C'est la raison pour laquelle on a cette boucle de communication.
- 42:12Et donc,
- 42:13cette attente peut nous amener à entendre quelque chose qui ne correspond pas à ce qui a été dit.
- 42:16Oui.
- 42:17Tiens,
- 42:17ça me fait penser à un truc qui était en rapport avec les visualisations.
- 42:22C'est que tu dis que regarder n'est pas voir.
- 42:25Oui.
- 42:26que d'abord au fait notre nos yeux capte l'information c'est à dire voie l'image mais que ce que ça active les zones visuelles que une fois que ce message est passé en préfrontal et que on l'a conscientisé c'est comme ça et
- 42:42que à ce moment là l'image se forme et quand et qu'on voit et c'est pareil pour les oreilles j'imagine on peut entendre oui
- 42:52Et si on n'a pas accroché ça et conscientisé en préfrontal,
- 43:00ça va rester un bruit de fang,
- 43:01quoi.
- 43:02Alors,
- 43:03il semblerait qu'au niveau de Louis,
- 43:07la manière dont nous comprenons les messages que nous entendons,
- 43:11c'est au travers d'une mise en image de ce message.
- 43:15Et donc,
- 43:15si notre sens visuel est trop sollicité au moment où on nous dit quelque chose,
- 43:20et c'est le cas...
- 43:21Dans une hyperfocalisation,
- 43:23on est super concentré sur la télé,
- 43:25on est super concentré sur un bouquin,
- 43:26on est super concentré sur une tâche.
- 43:28Le signal auditif n'arrive même pas au cerveau parce qu'il est bloqué par les aires visuelles qui sont...
- 43:34De nouveau,
- 43:34c'est un modèle.
- 43:35Donc peut-être qu'on se rendra compte que ce n'est pas tout à fait comme ça que ça marche,
- 43:38mais on se rend compte comportementalement que ça correspond à un signal qui n'atteint pas le cerveau quelque part,
- 43:45parce qu'il est bloqué par les ailes visuelles,
- 43:47les aires visuelles.
- 43:50On a tout intérêt à comprendre comment ça fonctionne pour vraiment jouer avec ça et l'utiliser à bon escient.
- 43:57Et du coup,
- 43:58ce cerveau,
- 43:59il nous joue des tours.
- 44:00C'est incroyable.
- 44:01Il peut même construire la réalité.
- 44:03Il ne fait que ça.
- 44:04il ne fait que construire la
- 44:05la réalité.
- 44:07On sait tous que si on est de bonne humeur,
- 44:11il pleut,
- 44:12c'est cool.
- 44:13On est de mauvaise humeur,
- 44:14il pleut,
- 44:14c'est dramatique,
- 44:15j'en ai marre de cette météo.
- 44:17Donc l'état d'esprit dans lequel on est va avoir un impact sur notre réalité.
- 44:22Et notre cerveau nous joue des tours,
- 44:24oui et non.
- 44:27Il y a toute une série de biais cognitifs qu'on abordera plus tard,
- 44:30mais ces biais cognitifs,
- 44:31ils ont une utilité aussi.
- 44:33Et donc...
- 44:34Ce sont des raccourcis qui nous permettent de ne pas devoir tout processer au travers du système 2,
- 44:39parce que le monde serait invivable.
- 44:41Tu t'imagines si on devait passer toutes les informations qui parviennent à notre...
- 44:48tous les photons qui parviennent à notre rétine,
- 44:50toutes les vibrations qui parviennent à nos tympans,
- 44:53au travers du système 2 pour s'en faire une compréhension,
- 44:56on serait incapable de vivre.
- 44:57Ce serait impossible.
- 44:58Pour parler de vision...
- 45:00Au fait,
- 45:00il complète l'image.
- 45:03Alors,
- 45:04effectivement,
- 45:06quand on regarde devant soi,
- 45:07on a l'impression qu'on a une vision périphérique en couleur,
- 45:12même si c'est une couleur qui est moins forte,
- 45:13mais une vision périphérique avec des objets qui sont là,
- 45:18tels qu'ils étaient il y a quelques instants.
- 45:20Pourquoi ?
- 45:20Parce qu'en fait,
- 45:21notre cerveau,
- 45:23les aires visuelles du cerveau,
- 45:24reconstruisent la réalité en permanence.
- 45:26Dans notre champ visuel,
- 45:27il y a des choses qu'on voit.
- 45:28qui en fait ne sont pas perçues par nos yeux,
- 45:30mais qui sont construites par notre cerveau.
- 45:32Si ce processus n'existait pas,
- 45:34étant donné toute la vascularisation des rétines et de l'iris,
- 45:37etc.,
- 45:38parce qu'il y a de l'énergie qui arrive là-dedans,
- 45:39il y a des nutriments,
- 45:40il y a du sang qui arrive là,
- 45:43on aurait une image remplie de faisceaux sanguins ou de flous,
- 45:46etc.,
- 45:47dans tous les sens,
- 45:49et notre cerveau nous fait une correction pour que l'image qui nous est présentée semble tout à fait nette et propre.
- 45:55Incroyable !
- 45:56Passionnant,
- 45:57passionnant,
- 45:58passionnant.
- 45:59Alors,
- 46:01on a parlé tellement de l'attention,
- 46:02de comment la développer.
- 46:04Je pense qu'on a à peu près dit quels étaient les points importants qui améliorent cette attention.
- 46:11Moi,
- 46:12j'ai envie de faire un podcast rien que pour ça.
- 46:15Il y a tellement à dire pour nos enfants sur l'attention.
- 46:18C'est un sujet sans fin.
- 46:20Je recommande les travaux de Jean-Philippe Lachaud,
- 46:22qui est un spécialiste français de l'attention,
- 46:24avec des bouquins.
- 46:25qui sont destinés à la fois aux adultes,
- 46:27mais aussi à la fois aux parents,
- 46:29et des supports pour les enfants.
- 46:31Et pour les enfants atteints de troubles de l'attention aussi.
- 46:34Bien sûr,
- 46:34avec des exercices concrets qu'ils peuvent réaliser.
- 46:38Je le note avec grand plaisir.
- 46:40Et donc,
- 46:42j'arrive au dernier...
- 46:43Point,
- 46:44et qui n'est pas des moindres,
- 46:45mais qu'on va peut-être aborder d'abord sur le plan individuel,
- 46:49mais tu vas vite me dire qu'il y a cette dimension individuelle,
- 46:53mais il y a aussi son implication au niveau des compétences sociales.
- 46:59Je parle bien de l'intelligence émotionnelle.
- 47:02Elle a été pour la première fois vulgarisée par Daniel Goleman dans les années 90.
- 47:10Maintenant,
- 47:11on en parle...
- 47:12beaucoup,
- 47:12il y a eu beaucoup de recherches,
- 47:15on commence à mesurer,
- 47:17on parle même de quotient émotionnel.
- 47:21Quelle est sa place en entreprise dans le monde du travail ?
- 47:24Ça devrait être une place importante,
- 47:28mais on doit remonter plus en amont selon moi que le monde de l'entreprise parce que je disais tout à l'heure qu'il y a une quinzaine d'années…
- 47:39j'étais complètement incompétent en ce qui concerne l'intelligence émotionnelle.
- 47:43J'ai découvert ça depuis et je continue à progresser.
- 47:46Je ne suis pas encore complètement compétent.
- 47:49Si je le serai un jour,
- 47:50on ne sait jamais.
- 47:51Mais de nouveau,
- 47:54c'est culturel,
- 47:55c'est lié à notre système éducatif qui évolue.
- 47:58J'ai deux jeunes enfants,
- 47:59je vois que...
- 48:00Il y a une approche d'acceptation et de gestion des émotions qui est différente de ce que moi j'ai pu connaître.
- 48:08Je ne sais pas ce que toi,
- 48:09on te disait,
- 48:10on est de la même génération,
- 48:11qu'est-ce qu'on te disait au niveau des émotions par rapport à toi,
- 48:14fille ?
- 48:15Qu'est-ce que tu devais en faire de tes émotions ?
- 48:17Ah non,
- 48:17mais ça n'a jamais été un sujet.
- 48:19Ça n'a même jamais été un sujet.
- 48:20Jamais,
- 48:21jamais,
- 48:21jamais.
- 48:22Et puis,
- 48:22ne montre pas que tu as peur,
- 48:24ce genre de choses.
- 48:24Oui,
- 48:25oui,
- 48:25voilà.
- 48:25C'est-à-dire,
- 48:26moins on en montre,
- 48:27plus on est fort.
- 48:28Voilà,
- 48:29parce que ce serait faire aveu de faiblesse.
- 48:32Moi,
- 48:32je me souviens,
- 48:33un garçon,
- 48:33ça ne pleure pas.
- 48:36Et donc,
- 48:37à un moment donné,
- 48:39on ne développe pas la compétence parce qu'on nous signifie à moult reprises que...
- 48:45C'est quelque chose dont on ne parle pas.
- 48:46Débrouille-toi avec.
- 48:48Et on se retrouve dans des situations où on est complètement dépassé par une énergie intérieure qu'on n'explique pas et qui nous fait faire des choses dont on n'est pas fier après.
- 49:00Et on ne sait pas d'où ça vient et on ne nous accompagnait pas à l'époque pour comprendre comment gérer ça efficacement.
- 49:07Un exemple que j'aime bien prendre,
- 49:08c'est...
- 49:08Tu descendais à l'époque...
- 49:11Imane,
- 49:11pardon,
- 49:12la...
- 49:12Le dîner est servi.
- 49:14Tu arrives et il y a de la purée,
- 49:18une saucisse,
- 49:19et des choux de Bruxelles.
- 49:21L'horreur !
- 49:21Des choux de Bruxelles !
- 49:22Mais ce n'est pas grave parce que dans ta tête,
- 49:24tu sais que les fois précédentes,
- 49:26quand tes parents ont essayé de te faire manger des choux de Bruxelles,
- 49:28tu ne les as pas mangés,
- 49:29ça s'est bien passé.
- 49:30Et puis,
- 49:31tu commences par,
- 49:32comme les enfants font,
- 49:34la saucisse,
- 49:34parce qu'ils préfèrent la saucisse,
- 49:35puis la purée,
- 49:35c'est bon aussi,
- 49:36et il reste les choux de Bruxelles.
- 49:37Et là,
- 49:38tes parents te disent,
- 49:39Imane,
- 49:39aujourd'hui tu vas manger tes choux de Bruxelles.
- 49:41Non.
- 49:43Généralement ils insistent trois fois,
- 49:44ça va passer.
- 49:45Et maintenant aujourd'hui tu vas les manger.
- 49:46Non.
- 49:47Et puis ils insistent,
- 49:49ils insistent,
- 49:49manifestement aujourd'hui ils insistent plus que d'habitude.
- 49:51Et puis tu sens que ça commence à monter,
- 49:53tu sais pas ce que c'est,
- 49:54mais tu sens que ça commence à monter à l'intérieur,
- 49:55et à un moment donné tu attrapes l'assiette,
- 49:56tu la balances au travers de la table,
- 49:58elle atterrit sur le sol de la crème.
- 50:00cuisine les choses bruxelles sont étalées partout et là tu es un peu comme confus tétanisé qu'est ce que j'ai fait là qu'est ce qui s'est passé file dans ta chambre on ne se comporte pas comme ça chez nous etc et on t'accompagne pas pour essayer
- 50:15d'expliquer ce qui s'est passé et le fait que c'est pas grave ça peut arriver et maintenant on va t'expliquer comment le gérer et finalement tu es dans ta chambre toute seule et puis au bout du compte
- 50:29Je sais pas ce qui s'est passé mais ça va mieux,
- 50:30je me sens mieux.
- 50:31Il me semble qu'on m'a dit si tu ne les manges pas,
- 50:33tu n'auras pas de dessert,
- 50:35c'est qu'il doit y avoir un dessert.
- 50:36Et donc tu descends.
- 50:38Tout va bien maintenant,
- 50:39vous m'aviez parlé d'un dessert.
- 50:41C'est catastrophique comme enseignement au niveau émotionnel pour un enfant.
- 50:46Et c'est la même chose pour la joie,
- 50:48pour les émotions joyeuses.
- 50:50Parce que quelques jours plus tard,
- 50:52tu es dans la cuisine,
- 50:52tu entends tes parents.
- 50:54qui sont en train de parler,
- 50:55en train de faire la vaisselle,
- 50:56et puis t'entends parler de cirque,
- 50:58samedi,
- 50:58cirque,
- 50:59samedi,
- 50:59cirque,
- 50:59samedi on va au cirque !
- 51:00Mais c'est génial,
- 51:01samedi on va au cirque !
- 51:02Et puis tu vois une cuillère en bois,
- 51:03tu vois une casserole,
- 51:04tu les attrapes,
- 51:04tu commences à faire du tambour,
- 51:06et puis c'est « Oh ! »
- 51:07mais tu vas te calmer tout de suite,
- 51:08on se comporte pas comme ça ici,
- 51:09on s'entend plus parler,
- 51:10allez file dans ta chambre !
- 51:11Donc quel que soit cet élan,
- 51:13agréable ou désagréable,
- 51:14qui m'envahit,
- 51:15et qui me pousse à faire des choses,
- 51:17à avoir des comportements,
- 51:19C'est malvenu en société.
- 51:21Et donc on en arrive à avoir des adultes qui ont un niveau de compétence émotionnelle qui est très faible.
- 51:30Et c'était mon cas jusqu'à une quinzaine d'années.
- 51:33Et la bonne nouvelle c'est que ça s'apprend.
- 51:36Et la bonne nouvelle c'est qu'une fois qu'on l'apprend et qu'on se l'approprie...
- 51:41Ça facilite énormément les choses de manière générale dans la vie,
- 51:46dans les interactions avec soi-même,
- 51:48dans les interactions avec les autres.
- 51:49C'est comme la gestion des modes mentaux.
- 51:51Moi,
- 51:51ça a été un truc qui m'a aidé dans les interactions avec les autres,
- 51:53mais de manière phénoménale.
- 51:55J'étais en permanence dans la certitude d'avoir raison,
- 52:00l'incapacité d'écouter,
- 52:01etc.,
- 52:02et vouloir asséner mes vérités.
- 52:04Mais ça ne marche pas.
- 52:06Moi,
- 52:06j'ai l'image qui me vient en tête,
- 52:07c'est un carrosse avec des chevaux.
- 52:11et quand tu arrives à gérer tes émotions tu arrives à donner la cadence aux chevaux pour que ça se passe bien pour qu'ils aient pas des accélérations et des arrêts et que ce soit fluide et harmonieux et que ça se passe bien et
- 52:27ne pas se laisser entraîner par ses chevaux tout simplement au fait et d'en avoir la gestion et il ya notre
- 52:36propre gestion mais il y a aussi la compétence émotionnelle sociale.
- 52:42Celle-là,
- 52:44on la découvre et j'ai l'impression que tout le développement personnel ou la progression personnelle n'a finalement de sens que quand elle s'emploie,
- 52:56elle se déploie dans un cadre social parce qu'au final on veut ça,
- 53:01on veut vivre en harmonie,
- 53:03on veut que ça se passe bien.
- 53:04En entreprise,
- 53:06on veut performer,
- 53:07on veut que ce soit efficace.
- 53:09Avec nos enfants aussi,
- 53:10on a envie que ça se passe bien,
- 53:12qu'on leur transmette des messages et qu'ils ne soient pas tout le temps en opposition.
- 53:17Donc on a fait un petit peu le tour de toutes les compétences.
- 53:24individuelles.
- 53:26Alors on a essayé de faire au mieux.
- 53:28On a essayé de faire au mieux pour couvrir un maximum de choses.
- 53:32Pour couvrir un maximum de choses et nous voilà des individus qui ont un petit peu travaillé sur eux et qui ont questionné leurs compétences,
- 53:43qui ont un petit peu mesuré leur ego,
- 53:46qui se sont remis en question et nous voilà prêts à aborder le monde de...
- 53:54où il y a d'autres individus qui sont là pour s'articuler,
- 53:57pour travailler ensemble,
- 53:58pour vivre ensemble,
- 53:59tout simplement.
- 54:00On va aller voir ça au prochain épisode,
- 54:03Guillaume,
- 54:03si tu veux bien.
- 54:04Nous allons mieux réussir ensemble.
- 54:06Nous allons mieux réussir ensemble.
- 54:08Merci pour tout,
- 54:09Guillaume.
- 54:09Avec plaisir.
- 54:11Mes chers amis,
- 54:12nous terminons ici le deuxième épisode d'Enquête d'accord consacré au livre de Guillaume Tirsio.
- 54:18Je vous retrouverai avec joie au prochain épisode.
- 54:22Il sera question...
- 54:24Toujours en sa compagnie de communication et leadership.
- 54:28J'ai hâte d'y être.
- 54:29A très bientôt !